vendredi, 09 mars 2007
Le tiers exclu
Deux brèves réflexions sur des mots de campagne.
Ségolène a parlé de sororité à la veille de la Journée des femmes. Il n'a fallu que cela pour qu'on l'accuse encore une fois d'avoir créé un néologisme ou commis un barbarisme (voilà qu'elle recommence avec bravitude), ce qui n'est pas le cas comme le rappelle Jean Véronis. Cependant le terme est dans le Dicomoche. La raison ? il nous est revenu par le biais de l'anglais et il comporte un glissement de sens : la sorority anglo-saxonne désigne la communauté tandis que la sisterhood est la qualité morale, oui mais... en français cela a été d'abord la qualité et ensuite l'association.
On peut faire un reproche à Ségolène, c'est que le terme sororité est excluant alors que fraternité est un terme générique regroupant sous une forme de neutre (comme homme, anthropos et non aner) à la fois les deux sexes. Mais il existe un terme grec qui se rapporte à la fois au frère et à la sœur : l'élément adelphe. Il a donné chez les féministes, à côté de la sorosité ou sororité, l'adelphité. On aurait pu prendre aussi philadelphie, mais le terme est vraiment très rare et spécialisé. L'élément adelphe est dans le domaine de la botanique, de la biologie, de la tératologie, de l'histoire. Bon... le nom de la ville Philadelphie dira quelque chose aux gens, mais on ne verra pas les raisons un peu utopistes de nommer ainsi cette cité, et puis bien rares sont les lecteurs de Charles Fourier et ses communautés d'adelphes, de Térence et sa pièce de théâtre. de Jarry et son calendrier 'pataphysique... Cette racine ne dit rien à la plupart des gens car elle appartient à des domaines fort pointus. En revanche, la racine soror- est assez aisément compréhensible, même si elle est plus rare que frater-.
Dans un autre genre, Bayrou se déclare clintonien. Ce dont Corinne Lesne s'étonne, car le terme clintonian est vraiment rare en anglais. On peut chercher la référence en français, on ne la trouvera pas : il n'y a que le NYT à rapporter I am a democrat, I am a clintonian. Mais presque tous les candidats français sont des démocrates ! Sarkozy ou Royal sont aussi des démocrates au sens français du terme, même Le Pénible veut son brevet de démocratie. Il y a simplement ici un glissement de sens puisque le démocrate en question doit être entendu au sens américain (membre du parti démocrate) et même plus comme membre d'un parti progressiste qui prend des positions conservatrices (notamment en matière budgétaire) pour couper l'herbe sous les pieds des républicains (c'est la fameuse théorie de la triangulation qui aboutit à la troisième voie de Tony Blair). Cela devient plus clair quand il parle justement de cette troisième voie, mais est-ce qu'elle n'est pas là pour faire oublier ce que fut la troisième force sous la IVe République ? On notera l'insistance sur le trois : troisième homme, troisième voie, ce qui doit faire échapper à la bipolarisation. Or justement la troisième voie continue le bipartisme et en fait elle est une stratégie d'un des deux partis de pouvoir. Or ce que vend Bayrou, c'est la troisième force (alliance entre la gauche et la droite) sous le nom plus moderne de troisième voie. Alors... pourquoi se dit-il clintonien ? Sans doute pour l'image positive. Il ne se serait quand même pas posé en admirateur de la pensée de W ou de Reagan ! C'est très ambigu...
11:30 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : langue française, féminisme, mlf, femme, royal, ps, udf
jeudi, 08 mars 2007
Femme, je n'écris pas ton nom
Juste une petite devinette pour cette journée du 8 mars : à votre avis quel est le seul candidat de l'élection présidentielle à avoir inscrit dans son programme le fait de revenir par la loi sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions et donc d'interdire les noms féminins ou l'emploi du simple article féminin ?
00:05 | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : politique, féminisme, langue française, ségolène, ps, royal, femme
mercredi, 06 septembre 2006
Message subliminal
Comment faire passer une idée controversée et défendue seulement par quelques groupes de pression obscurantistes et réactionnaires, celle de l'allaitement maternel ? En la faisant imprimer comme mention obligatoire dans les publicités pour les produits alimentaires : « Quant aux publicités pour des aliments destinés aux moins de trois ans, ils pourront comporter d'autres messages tels que : " Le lait maternel est le meilleur lait pour votre bébé" ». Le ministère de la Santé fait passer le message du groupe de scientifiques le plus attaché au fait que la femme doit se réduire à un vagin, puis à un utérus, puis à un sein. Il milite ainsi implicitement pour les positions les plus conservatrices sur la place de la femme et il œuvre à culpabiliser toutes les femmes qui ne peuvent pas allaiter pour des raisons physiques.
22:17 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, langue française, politique, santé, femme, femmes


