dimanche, 27 juin 2010
La surféminisation, une absurdité pseudo-féministe
Personnellement, je suis attaché à la féminisation des noms de métiers et de fonction — laquelle est une obligation pour l'administration en France. Je veux bien admettre que certains de ces noms sont formés de manière un peu bancale ou qu'ils heurtent l'oreille, mais le temps se chargera de régler le problème.
Le hic, c'est la surféminisation. Au XIXe s., Gautier et Baudelaire ont raillé les poétesses. Certes avec de solides motifs conservateurs et misogynes, mais aussi parce que ce terme était un néologisme de la Révolution française. Pourquoi utiliser poétesse plutôt que poète, lequel est épicène ? Mais poétisse existait en moyen français, plus anciennement en latin médiéval, et ce n'est qu'une simple résurrection d'un terme ancien afin de rappeler qu'il a existé une poésie féminine auparavant. Je ne crois pas que cela était utile. Le suffixe -esse ou -eresse est ambigu en français : laudatif à la Renaissance ou péjoratif. Il apparaît comme un intensif plus que comme une marque du simple féminin, du fait de ses emplois limités en français. Une vengeresse sera plus forte qu'une vengeuse, une chasseresse plus noble qu'une chasseuse.
On connaissait déjà la mairesse québécoise alors que la maire suffit. Je découvre dans un blogue féministe des peintresses ! Je trouve que ce genre de surféminisation nuit à la féminisation simple — celle qui peut se faire par un article féminin, par exemple, lorsque le nom est épicène. Écrire simplement une peintre ou une femme peintre, est-ce trop compliqué ? Cela dessert la cause défendue. Avec ce genre de propositions ridicules, il est certain que les railleurs auront beau jeu de refuser des féminisations plus logiques et plus simples.
11:00 Publié dans La mal-langue, Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (64) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, langue française
jeudi, 11 février 2010
Le délicat féminisme du Post
Quand on ne sait pas trop quoi écrire, que faire ? Taper sur Le Post ! Il y a toujours du mal à dire au sujet du site poubelle du journal de référence. Même quand on est à court d'idées, on peut y trouver son inspiration tellement il y a à redire sur la forme.
Le Post divise ses billets et articles en cinq grandes catégories : Faits-divers, Politique (c'est le fonds traditionnel), Médias, Web (l'ancien Buzz qui permet de parler de pipoleries) et maintenant Conso. Or, c'est là que les choses commencent à coincer. Je lis les titres de la catégorie Conso. On y parle de prix, de marques, de publicité, de surcharge pondérale, de pouvoir d'achat, voire de grève, jusque-là rien de plus normal et légitime. Seulement, il y a quelques hic.
- Quoi de plus excitant que de coucher avec des types qu'on ne connaît pas ?
- Le secret des amours de vacances enfin dévoilé.
- Pour aimer il faut avoir un intérêt financier ou professionnel.
- "Sois mère et tais-toi." Je dis non !
- Tu fais tellement vieille que tout le monde t'appelle Mireille Mathieu.
- Tu es juste jalouse parce que tu sais que je vais prendre mon pied.
- 6 % des couples ne veulent pas d'enfant, pourquoi ?
J'abrège, je ne retiens que les derniers, mais je garde le meilleur pour la fin :
- Elle met sa virginité aux enchères sur Internet... et accepte une offre de 32 000 $ !
Je m'étonne que les redoutables féministes qui lisent mon blogue ne se soient pas encore emparées de cette question. Parce qu'enfin... on parle là de féminité, de sexe, de maternité sous la forme consumériste. Certes, c'est du sous-Cosmopolitan avec des titres provocateurs ou racoleurs, mais dans les journaux dits féminins, il y a des rubriques Sexo. Ailleurs (dans les journaux sérieux comme celui de référence), on classerait cela prudemment en Société. Dans des journaux plus grand public, ce serait Vous ou Psycho. Mais au Post, c'est de la consommation. On est très décomplexés au Post. Les sentiments, cela peut faire partie de ce qui est monnayable et tarifable. Je m'étonne aussi que les virulentes féministes qui pestent dans leurs blogues au sujet d'un misérable foulard de rien du tout ne s'interrogent pas au sujet de l'existence d'une minute blonde qui me fait rire tant elle ressemble à un canular situationniste destiné à provoquer du bruit. Mais la blogobulle féministe s'empare de sujets plus importants, comme le fait d'être mieux représentée dans Wikio ou d'avoir un classement distinct dans Wikio (le tout avec des représentations assez peu flatteuses pour les catégories de blogues).
Mais malgré tout, classer, c'est penser et surtout construire la pensée des autres. Il ne suffit pas d'obtenir une bonne note dans un classement, il faut voir aussi quelle est l'idéologie présente dans le classement. Et là... ce n'est vraiment pas féministe, ou alors juste par goût de la provocation.
10:36 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (34) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : web, internet, féminisme
dimanche, 31 mai 2009
Féminisme, mon erreur !
Ben, je ne suis pas si sûr que Mademoiselle, il y a l'Huma et Mediapart depuis deux heures avec son seul mot clé.
Vous connaissez les alertes "Google" ? Vous collez un mot et le grand manitou repère directement, dans la mââsse d'informations, les endroits ou ce mot est cité. Moi j'ai mis "féminisme", autant vous dire que ma boîte mail n'est pas envahie d'alertes.
Mais il faudrait utiliser d'autres mots clés et d'autres sources pour cibler mieux, au lieu de se livrer à un dragage primaire dans la presse imprimée qui est reprise par Google News et pas des autres sources possibles.
20:09 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, mlf, google, blog, web, internet
samedi, 04 avril 2009
Le jour du treillis
Le bruit autour du Jour de la jupe m'a rappelé une histoire ancienne dont le point de départ est identique et le déroulement plus réel.
Cela se passe dans un collège moyen et semi-urbain d'une ville moyenne de province qui accueille un public mélangé, mais avec aussi des élèves issus de familles désocialisées ou délinquantes. Une de mes collègues était professeure principale d'une des classes poubelles de ce collège, les classes poubelles se repèrent aisément : elles n'ont pas d'option (ou alors une option découverte des métiers), il n'y a pas d'allemand. Mais toutes les classes sont indifférenciées pour l'administration et les filières n'existent plus.
Un jour, en inspectant les devoirs faits à la maison, elle aperçoit une arme dans le cartable d'un de ses élèves. Que faire ? Elle n'a pas le droit de quitter sa salle durant son heure de cours et de laisser ses élèves sans responsable. Si elle envoie un élève porter un mot à l'administration, le fautif saura immédiatement qu'on va venir s'occuper de lui. Leurs regards se sont croisés. Il sait qu'elle sait et elle sait qu'il sait. Or, il s'agit d'un élève impulsif et imprévisible qui posait déjà des problèmes de comportement. Elle ne peut connaître sa réaction si on touche à une de ses affaires. En outre, elle n'a pas le droit de prendre l'arme en question, puisqu'elle ne possède aucun pouvoir délégué de police et elle ne pourrait même pas fouiller une trousse dans le cas de jets de boulettes. Elle ne sait d'ailleurs même pas s'il s'agit d'un pistolet, d'un revolver, si c'est une arme à balles, à grenaille, à air comprimé ou factice.
Pendant une heure donc, elle va faire cours avec la peur au ventre. Sa seule idée est la préservation de ses élèves pendant ce temps. Puis elle se rend à l'administration pendant l'intercours afin d'avertir de la situation. Celle-ci se livre à une fouille en règle et en vain dans un autre cours. On retrouve après une longue traque le revolver à grenaille en question dans des fourrés. Bien entendu, le coupable s'en est débarrassé ou a chargé un complice de le faire. Mais c'est justement ce qui va être reproché.
Suit alors une assemblée générale extraordinaire demandée par les enseignants, où les Dalton (le surnom des membres de l'administration) s'emploient à charger cette enseignante qui n'avait pas su s'emparer de l'arme directement dans le sac, alors même qu'elle ne savait pas de quel type d'arme il s'agissait, qu'elle aurait été incapable de situer le cran de sûreté en manipulant pour la première fois une arme à feu et qu'il y avait un élève dont le comportement était le plus souvent absurde. Mais pour les Dalton, cela ne fait pas un pli : ils auraient su répondre virilement en empoignant le revolver et en repoussant l'élève grâce à leurs muscles fort développés. Nous sommes quelques professeurs hommes à protester en disant que le fait d'empoigner une arme est un acte grave et dangereux, que cela fait monter le rythme cardiaque et qu'on ne peut découvrir un tel objet dans la seconde même sauf si on a vu trop de films. On ne peut être tous sous-officiers de réserve et se prendre pour James Bond. Ce qui était reproché ici à l'enseignante, c'était aussi d'être une femme qui n'avait jamais eu de contact avec les armes et qui aurait eu trop d'appréhension envers les armes parce qu'elle était femme, donc n'ayant pas les capacités pour enseigner face à tout public. L'enseignante a bien mis en valeur cette forme de sexisme assez crétin, parce qu'on la renvoyait à son sexe sans voir qu'il s'agissait d'une affaire humaine avant tout.
Un autre reproche était le fait qu'elle avait empêché de prendre le coupable en flagrant délit. Parce que faute de preuve pour la détention de l'arme qui était passée par plusieurs personnes, il n'était plus question d'exclure même à titre conservatoire l'élève fautif. Il aurait fallu le prendre sur le fait et non sur la base d'un témoignage. Ensuite, il a passé tranquillement dans la classe supérieure et a terminé normalement sa scolarité tout en perturbant les autres cours, sans aucun ennui pour lui.
Le soir de cette réunion, les pneus de la voiture de cette professeure ont été crevés alors qu'elle faisait deux cents kilomètres pour faire cours. Les deux coupables (fort gaulois comme le premier) ont été vite connus, ils s'en sont vantés en cours de récréation, mais aucun n'a été victime de sanctions : la voiture était garée hors de l'établissement, les Dalton ne pouvaient donc appuyer la plainte ou s'appuyer sur les dires de chacun. La fin est exemplaire : l'enseignante qui avait déjà demandé sa mutation l'a obtenue après une fin d'année où elle a subi des vexations multiples de l'administration pour des motifs futiles, les Dalton sont partis en retraite quelques années plus tard et ils ont été fort heureux que l'Oignon ne parle surtout pas des problèmes de sécurité dans leur collège à ce moment-là alors qu'ils tentaient de mettre en avant leurs filières d'élite. Au fond, c'était le but de l'accusation.
15:08 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, mlf, éducation; enseignement, profs
mercredi, 25 mars 2009
Madame ou mademoiselle ?
Hum... Ces déclarations dans les médias italiens me paraissaient d'abord quelque peu surjouées.
Non si può più dire "signora" e "signorina", nelle varie lingue dell´Unione Europea: dunque basta mrs e miss, madame e madamoiselle [sic], senora e senorita, frau e fraulein. Così ordina, o perlomeno esorta, un pamphlet introdotto dal parlamento della Ue sul modo corretto di rivolgersi pubblicamente, a voce o per iscritto, a una donna, in particolare se onorevole - nel senso di deputata, non della sua vita privata. L´auspicio fa parte di un codice sul linguaggio "sessualmente neutro" da utilizzare nelle conversazioni e pubblicazioni ufficiali: un dibattito in aula, un convegno, un documento.
On impute déjà bien des choses farfelues à l'Union européenne sans aucune preuve ou bien alors que les responsables sont dans le pays même, le Daily Telegraph ne brillant pas par sa ferveur européenne ou son progressisme ou son féminisme, j'ai préféré aller voir à la source.
The politically correct rules also mean a ban on Continental titles, such as Madame and Mademoiselle, Frau and Fraulein and Senora and Senorita. Guidance issued in a new 'Gender-Neutral Language' pamphlet instead orders politicians to address female members by their full name only.
On a au départ un document à usage interne au parlement européen afin de définir des usages à propos de la citation de personnes politiques. Cela devient chez les Britanniques une marque de la progression du genre neutre, alors qu'il ne s'agit que d'éviter le fait de dire si une femme est mariée ou non - sans considération du fait que les hommes peuvent toujours être nommés par leur nom de civilité. Passons, la misogynie est une tradition britannique fort respectable et bien établie, comme le fouet et la sodomie dans les pensionnats, la saoulerie du samedi soir au pub, la chasse à courre, le hooliganisme, la cravate de son collège et l'appartenance à un club. Gardons-nous de juger ces particularismes parfaitement respectables, mais on cherche en vain le genre neutre.
En Italie, cela devient : on ne pourra plus dire madame ou mademoiselle dans quelque langue de l'Union européenne, même si l'on est obligé ensuite d'avouer que cela concerne d'abord les députées - il fallait bien accrocher le lecteur par une annonce totalement fausse et encore plus exagérée que l'anglaise. L'Italien est bien connu pour exagérer, mais il ne fait qu'extrapoler à partir des balivernes britanniques. Puis l'on disserte longuement sur la langue que l'on emploie tous les jours pour s'adresser à l'hôte de son restaurant... Parce que l'Italien, au contraire du Britannique, est pratique et songe d'abord aux cas de la vie quotidienne, surtout s'il s'agit de bien manger et d'être bien traité. Il le dit dans un style plus prolixe, mais un peu plus honnête en fin de compte.
Comment faire une Europe avec des gens qui se servent de l'Europe pour en rire à partir de faits déformés ou accuser le féminisme et avec d'autres qui ne cessent de se moquer des prétentions des premiers sans rapport avec les gens et la vie ?
21:43 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : italien, anglais, langue française, féminisme, mlf, europe
mercredi, 11 mars 2009
Le plafond de verre, ou comment ne rien comprendre aux différences culturelles
Je me demande encore pourquoi on a traduit aussi sottement et littéralement une expression anglaise :
L'expression américaine pour décrire cet état de fait est parlante : les femmes sont enfermées sous un glass ceiling, un plafond de verre qui les empêche de parvenir au sommet.
Il y a bien un film pour avoir repris l'expression sotte et littérale. Mais il ne parle pas des femmes, juste des immigrés. Ce qui a pu entraîner la contagion de l'expression absurde, c'est qu'il a été réalisé par une femme qui évoquait aussi des femmes.
Où trouve-t-on un plafond de verre dans les objets de la vie quotidienne française ? Nulle part... On ferme des verrines ou des conserves avec un couvercle quand on appertise, on pose parfois une assiette sur un verre ou une tasse, mais de plafond... je ne vois pas sauf dans un blogue qui fait de cette expression une vérité de la langue et de la culture française à force d'entrisme dans Wikio et Vendredi. Mais où serait donc le sommet puisqu'en fait tout est contenu dans un pot hermétiquement clos ? Ne faudrait-il pas dire alors plutôt sortir du pot, ce qui veut dire ne plus être astreinte aux règles du pot, donc du commun des mortels ? Être au dessus du pot serait sans doute trop désobligeant pour des femmes aussi avides de pouvoir et d'influence que des hommes déjà en charge de bien de fonctions et de titres. Que les termes soient faux depuis le départ en français ne dérange personne puisque la seule vérité doit venir de la source anglophone traduite littéralement et sans aucun recul, même si cela ne correspond en rien à la réalité culturelle de mon pays, mais comme l'anglais est la langue dominante il faut employer ses expressions si l'on veut dominer quelle que soit la cause. Je ne suis pas de ce combat...
22:31 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglais, féminisme, mlf
samedi, 07 mars 2009
Clara Zetkin, réveille-toi !
Ah oui ? Seulement trente ans ? Et pourquoi ?
Comme chaque année depuis plus de trente ans, le 8 mars célèbre les femmes dans le monde entier.
Le gros blème, c'est que l'on ne veut plus du tout parler du passé révolutionnaire et communiste de cette journée qui n'a été institutionnalisée enfin en France que sous un gouvernement d'union de la gauche (alors que l'ONU l'avait reconnue cinq ans plus tôt, mais on était encore dans les années Giscard en plein anti-soviétisme même chez certaines prétendues féministes devenues ministres). La journée avait été reconnue officiellement dix ans avant au Québec (parce que l'on y vivait sous la dictature du Parti québécois d'inspiration socialiste). Cachez donc ce communisme que je ne saurais voir ! Ne parlons surtout pas de l'Union soviétique qui a établi cette journée avant les autres pays. Faisons comme si c'était sans histoire et laissons Clara Zetkin dans les romans d'Aragon !
13:05 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, mlf, communisme, politique
samedi, 31 janvier 2009
Imposteuse
Dans un portrait de Libération non encore mis en ligne :
L’imposteuse échoue en taule, en octobre dernier, pour chéquiers volés et billets de train impayés.
Que dit le TLF ? Pas de féminin au nom imposteur.
Que dit l'oracle Google ? Impostrice 224 (résultats réels et pages francophones), imposteuse 234 (même méthode), imposteure 203 (idem). Ce dernier a l'avantage d'être dans un titre de livre, mais enfin... ma préférence va impostrice par rapport à usurpatrice qui existe déjà comme synonyme dans un sens spécialisé d'imposteur au féminin.

12:00 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, féminisme
samedi, 06 décembre 2008
Ronsard politiquement incorrect
Chers collègues enseignants bedonnants, myopes, boiteux, voûtés, édentés et chauves, proches du 11e échelon ou de la hors-classe, vous aviez l'habitude de faire étudier ce poème de Ronsard aux fraîches adolescentes de troisième ou de seconde - tout juste guéries de leurs boutons d'acné - afin de les séduire et de susciter chez elles un début de réflexion épicurienne, eh bien ! sachez que ce ne sera plus possible du fait de thèmes fort dérangeants et indignes d'une éducation vraiment émancipatrice.
A Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.
Voici en effet ce que dit la Halde à travers un rapport de l'université Paul-Verlaine (sic !) de Metz :
Nous n’avons pas eu la possibilité, faute de temps, d’étudier les textes des manuels. En effet, certains textes pourraient contenir des stéréotypes. Par exemple, en français, le poème de Ronsard « mignonne allons voir si la rose » est étudié par tous les élèves. Toutefois, ce texte véhicule une image somme toute très négative des seniors. Il serait intéressant de pouvoir mesurer combien de textes proposés aux élèves présentent ce type de stéréotypes, et chercher d’autres textes présentant uneimage plus positive des seniors pour contrebalancer ces stéréotypes.
Il est logique que pour intéresser les élèves au contenu des manuels ces derniers privilégient les illustrations mettant en scène des personnages les plus jeunes possible (compte tenu du contexte). Mais cela se fait au détriment de l’image des seniors.
Il convient en effet de ne pas étudier en classe ce Ronsard qui donne une si piètre image des séniors, comme en témoigne cet autre poème :
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que i'estois belle.
Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom, de louange immortelle.
Je seray sous la terre et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendray mon repos
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez des aujourdhuy les roses de la vie.
Mais comment peut-on en effet proposer à la jeunesse le modèle d'une vieillesse aussi dégradée ? L'obscénité est là et non dans ce vieux thème :

J'ai choisi à dessein, Suzanne et les Vieillards, une peinture d'Artemisia Gentileschi, femme peintre du XVIIe s.
Mes informations viennent de ce site.
14:06 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note | Tags : politique, littérature, peinture, poésie, poème, féminisme, mlf
mercredi, 26 novembre 2008
Le classement des blogues de filles arrive
Voilà qui traduit une belle idée des blogueuses :
Le 8 décembre prochain, ELLE dévoilera le premier classement des blogs de femmes. Vous découvrirez alors la lauréate et les 20 premières classées de chacune de nos huit catégories (Mode, Beauté, Chroniqueuses, Dessinatrices, Cuisine, Créations, Mamans/bébés, Sexe-love).
Le terme créations doit couvrir je pense les loisirs créatifs (du type scrapbooking, point de croix). Nous noterons que la partie un peu intellectuelle, littéraire ou politique pourra être habilement comprise dans les chroniqueuses - ce qui promet un joyeux désordre comme dans les divers. Et je présume qu'en fait on aura surtout des blogues de filles à la Bridget Jones. En fait, ce classement est fait en fonction des attentes présupposées des lectrices de Elle. Cela correspondra plus à la politique commerciale de ce magazine féminin qu'à un état de la blogosphère écrite aussi par les femmes qui ne se situent pas toutes d'abord comme femmes.
On pourrait imaginer un classement parallèle des blogues d'hommes aussi caricatural : bricolage, chasse-pêche, voitures, vins et bières, sports, high-tech, photos de charme...
17:00 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, féminisme
samedi, 22 novembre 2008
La première secrétaire
Même au Figaro, on s'y met pour la féminisation des titres de fonction :
13h44 : la première secrétaire sera désignée mardi soir. Le conseil national du Parti socialiste «se réunira mardi soir» pour se «prononcer sur le résultat et désigner la prochaine première secrétaire», vient de déclarer le patron sortant du PS, François Hollande.
Il est vrai qu'entre une première secrétaire déclarée élue et une autre première secrétaire encore contestaire, il était difficile de choisir... le masculin comme forme du genre neutre. L'imposture grammaticale du masculin comme genre neutre a volé en éclat dans les plus solides bastions de la phallocratie comme le Fig. Est-ce que cela veut dire que les secrétaires du PS étaient auparavant premières et non premiers ? Non. Justement. Mais la situation nouvelle commande un langage plus proche de la réalité et éloigné des fumigations au sujet des genres qui seraient prétendument neutres.
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mardi, 03 juin 2008
Mort du compagnon de Michel Drucker
C'est chez Morandini.com (je ne lis pas Morandini, mais son ennemi préféré, Schneidermann) :
L'inséparable compagnon de Michel Drucker dans "Vivement Dimanche" était âgée de 10 ans.
Elle s'est éteinte des suites d'un cancer des os.
Diable... Aurait-on voulu suggérer ainsi que le gendre idéal n'était pas zoophile ou infidèle à sa chère Dany ? Il y a des formes de pudeur qui laissent un peu pantois. On prend encore plus de pincettes qu'avec Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé... Compagnon serait-il un terme générique pour tout animal, même lorsque celui-ci a un nom spécifiquement féminin et que tout le reste du texte emploie le féminin ? Olga était-il/elle un(e) transgenre ? Quelles autres perversions Michel Drucker dissimule-t-il ? Vous le saurez bientôt !
19:12 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, langue française, télévision, humour
samedi, 15 mars 2008
Bac to the Basic
Le 17 mars, on célébrera le bicentenaire du baccalauréat français. L'événement sera occulté par le résultat des élections municipales et cantonales, lequel sera aussi occulté par la cérémonie pharaonique aux Invalides en hommage aux combattants de la Première Guerre mondiale (il y a des morts qui tombent à point pour les pompes du régime actuel). Le décret napoléonien qui créait ce grade (notez le terme, tout l'enseignement public de l'époque était calqué sur un modèle militaire dont il reste quelques survivances) contient quelques perles comme :
Aucune femme ne pourra être logée ni reçue dans l'intérieur des lycées et des collèges.Tout le mal vient de là ! Voilà ce qui a perdu l'enseignement... On les a acceptées au baccalauréat, puis comme enseignantes, puis les écoles sont devenues mixtes après Mai-68 (la cause de tous nos maux actuels) et on se retrouve avec une génération violente et illettrée du fait du laxisme proprement féminin des enseignantes devenues majoritaires dans la profession. Du temps de Napoléon, au moins il y avait de l'ordre, on ne remettait pas en cause l'autorité (même en passant la Bérézina). Il serait grand-temps de revenir à ces fondements de l'enseignement public...
17:22 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, profs, politique, féminisme, sarkozy, jeunes pops
lundi, 19 novembre 2007
Huissière
Encore un masculin pseudo-neutre :
Tout le monde sauf l'huissier qui, pas peu fière, a réussi du premier coup !
Le féminin huissière existe dans l'administration française depuis 1999 et il est employé lorsque les personnes ne militent pas pour la masculinisation abusive. Il est parfaitement formé comme portier, portière. Il ne souffre d'aucune difficulté propre à la formation du suffixe ou liée à une connotation péjorative. Il y a du ridicule à vouloir accorder dans un cas et non dans l'autre. Dans la phase précédente, on lit :
Face à la longueur du nom, tout le monde, y compris son avocate, finit par laisser tomber et l'appeler par son prénom.

12:15 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, féminisme, MLF
vendredi, 05 octobre 2007
Madame au féminin
Ah ben oui ! On n'avait pas du tout compris que madame était une femme... Il était fort utile de préciser que le nom procureur était un féminin... Voilà les bêtises auxquelles conduit le refus de la féminisation des noms de métiers et de fonction.
L'occasion d'apporter alors des éléments de réponses quant aux motivations de cette désagréable missive reçue par Mme S***, procureur de la République de Reims. Procureur… au féminin.
Et plus fort encore :
Cette lettre n'a pas de sens d'autant que son auteur ignorait que la fonction de procureur de la République était exercée par une gent dame à Reims, ça ne tient pas la route.
Confondre l'adjectif gent, au féminin gente, et le substantif féminin la gent, c'est une erreur fréquente, mais en règle générale c'est le substantif que l'on met à tort au faux féminin la gente. Mais que vient faire cette histoire de sexe et de genre grammatical dans cette affaire d'une lettre écrite prétendument pour un autre et adressée à une personne que le prévenu déclare ne pas connaître ? Pourquoi est-elle invoquée comme si c'était le fait majeur de ce procès ? Voilà bien des mystères...
11:42 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, féminisme
jeudi, 19 juillet 2007
Monsieur la doyenne
Elles sont folles ces Suissesses !
On ne parle pas, ici, des publications qu'on appelle «épicènes» et qui ménagent la parité en utilisant des termes neutres (élève, personne, âmes) ou rédigés aux deux genres (délégué-e-s). Non, on parle ici de textes 100% au féminin (comme dans «La Suisse compte 7 millions d'habitantes»).
Pas plus absurde en tout cas que le masculin obligatoire jusqu'à l'article dans les noms de métiers ou de fonctions.
11:44 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langue française, francophonie, féminisme, mlf
lundi, 02 juillet 2007
Le sens du beau
C'est le genre de phrases que j'adore lire :
«Le sens du beau est féminin. On va inculquer aux louvettes le réflexe de mettre un bouquet de fleurs sur la table. Les garçons seront plutôt chargés de la solidité de la table», illustre Marie-Hélène Morel, responsable des Scouts et guides d’Europe, en stricte jupe plissée.
Elle pourrait voir mon sens du beau si je lui envoyais sa table solide à la figure, ce serait un acte gratuit dans la plus pure tradition du surréalisme.
15:31 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : mlf, féminisme
dimanche, 24 juin 2007
Sculpteuse
On hésite encore sur la forme féminine du nom :
Je crée une scène pour y laisser la nature s'exprimer. Je suis une sculpteuse de brume, mais je n'essaie pas de la modeler. L'atmosphère est le moule, le vent le burin", explique-t-elle à l'AFP.
Sculptrice aurait pourtant convenu, même si le masculin comme forme épicène est encore plus courant quoi que moins repérable dans les textes. Le verdict de Google (sans que ce soit les résultats réels) : sculptrice 54 100, sculpteuse 12 500. Sculptrices 969, sculpteuses 329.
12:57 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, féminisme
vendredi, 09 mars 2007
Le tiers exclu
Deux brèves réflexions sur des mots de campagne.
Ségolène a parlé de sororité à la veille de la Journée des femmes. Il n'a fallu que cela pour qu'on l'accuse encore une fois d'avoir créé un néologisme ou commis un barbarisme (voilà qu'elle recommence avec bravitude), ce qui n'est pas le cas comme le rappelle Jean Véronis. Cependant le terme est dans le Dicomoche. La raison ? il nous est revenu par le biais de l'anglais et il comporte un glissement de sens : la sorority anglo-saxonne désigne la communauté tandis que la sisterhood est la qualité morale, oui mais... en français cela a été d'abord la qualité et ensuite l'association.
On peut faire un reproche à Ségolène, c'est que le terme sororité est excluant alors que fraternité est un terme générique regroupant sous une forme de neutre (comme homme, anthropos et non aner) à la fois les deux sexes. Mais il existe un terme grec qui se rapporte à la fois au frère et à la sœur : l'élément adelphe. Il a donné chez les féministes, à côté de la sorosité ou sororité, l'adelphité. On aurait pu prendre aussi philadelphie, mais le terme est vraiment très rare et spécialisé. L'élément adelphe est dans le domaine de la botanique, de la biologie, de la tératologie, de l'histoire. Bon... le nom de la ville Philadelphie dira quelque chose aux gens, mais on ne verra pas les raisons un peu utopistes de nommer ainsi cette cité, et puis bien rares sont les lecteurs de Charles Fourier et ses communautés d'adelphes, de Térence et sa pièce de théâtre. de Jarry et son calendrier 'pataphysique... Cette racine ne dit rien à la plupart des gens car elle appartient à des domaines fort pointus. En revanche, la racine soror- est assez aisément compréhensible, même si elle est plus rare que frater-.
Dans un autre genre, Bayrou se déclare clintonien. Ce dont Corinne Lesne s'étonne, car le terme clintonian est vraiment rare en anglais. On peut chercher la référence en français, on ne la trouvera pas : il n'y a que le NYT à rapporter I am a democrat, I am a clintonian. Mais presque tous les candidats français sont des démocrates ! Sarkozy ou Royal sont aussi des démocrates au sens français du terme, même Le Pénible veut son brevet de démocratie. Il y a simplement ici un glissement de sens puisque le démocrate en question doit être entendu au sens américain (membre du parti démocrate) et même plus comme membre d'un parti progressiste qui prend des positions conservatrices (notamment en matière budgétaire) pour couper l'herbe sous les pieds des républicains (c'est la fameuse théorie de la triangulation qui aboutit à la troisième voie de Tony Blair). Cela devient plus clair quand il parle justement de cette troisième voie, mais est-ce qu'elle n'est pas là pour faire oublier ce que fut la troisième force sous la IVe République ? On notera l'insistance sur le trois : troisième homme, troisième voie, ce qui doit faire échapper à la bipolarisation. Or justement la troisième voie continue le bipartisme et en fait elle est une stratégie d'un des deux partis de pouvoir. Or ce que vend Bayrou, c'est la troisième force (alliance entre la gauche et la droite) sous le nom plus moderne de troisième voie. Alors... pourquoi se dit-il clintonien ? Sans doute pour l'image positive. Il ne se serait quand même pas posé en admirateur de la pensée de W ou de Reagan ! C'est très ambigu...
11:30 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : langue française, féminisme, mlf, femme, royal, ps, udf
jeudi, 08 mars 2007
Femme, je n'écris pas ton nom
Juste une petite devinette pour cette journée du 8 mars : à votre avis quel est le seul candidat de l'élection présidentielle à avoir inscrit dans son programme le fait de revenir par la loi sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions et donc d'interdire les noms féminins ou l'emploi du simple article féminin ?
00:05 | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : politique, féminisme, langue française, ségolène, ps, royal, femme
mercredi, 21 février 2007
Histoire de tranchées
Hier, j'ai lu cette tribune libre dans Libération. Je comprends les raisons de son auteure et je partage son indignation au sujet de l'emploi pornographique du mot beurette. Mais je crois qu'elle se trompe de combat en pensant que c'est exclusivement réservée aux femmes arabes ou d'origine arabe ou ayant un vague lien avec la religion musulmane. Il faut dépasser ce cadre. Le terme entre juste dans une grande classification qui englobe aussi bien les couleurs exotiques par les termes blacks, asiatiques, latinos, etc., ou que les couleurs de cheveux, ou que les tranches d'âge, j'ai eu hier et aujourd'hui des pourriels me vantant des matures, des vieilles et des pregnants (femmes enceintes).
La pornographie, c'est de la viande en tranches, comme pour les bêtes à l'abattoir. Qui penserait avant que le terme vieille pourrait être un mot clé dans les recherches pornographiques ? Pourtant, c'est le cas. Parce que j'ai un jour écrit (comme Jean Véronis) le mot poilu en référence à la Guerre de 14, certains de mes textes ont été pompés par des sites pornographiques pour leur servir d'alibi textuel ou référentiel. Ben oui... les femmes poilues, cela fait partie des recherches pornographiques et si on veut se renseigner sur la Grande Guerre, on risque de tomber sur des choses à la limite de la légalité. Il ne faut pas tout mélanger : il y a un regard déjà ancien propre à la prostitution et à la pornographie avec l'exotisme de pacotille (la belle juive, l'orientale déjà chez Maupassant) et puis quelque chose de plus fondamental dans toutes les entreprises pornographiques qui est le découpage des modèles et des clients en tranches, exactement comme dans la mode, la publicité, le commerce de masse.
La beurette livrée sur un site pornographique, ce n'est pas forcément différent de la beurette dans un défilé de haute-couture, car elle sera aussi livrée pour les images qu'elle connote. Et le vrai problème, c'est d'abord le statut de la femme dans les entreprises qui vendent des images humaines. Ensuite, c'est le fait que le voyeur-spectateur-client est lui aussi segmenté-découpé-tranché selon de prétendus centres d'intérêt pour un type de femme précise. Et au-delà, cela nous interroge sur une aliénation plus générale par un commerce qui fonctionne en ne ciblant que des intérêts presque tribaux et fétichistes, sur une décomposition sociale, culturelle, morale et politique à force de n'être considérés que comme des tranches de marché que l'on pourrait satisfaire aisément parce que tous les êtres seraient bien répartis dans des cases prédéterminées. L'avenir de la boucherie est grand...
16:00 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mlf, féminisme, langue française, sexe
samedi, 23 décembre 2006
Joyeuse Noëlle
Cette année, du fait de la parité dans les mandats publics et de la féminisation des noms de métiers, les cadeaux de Noël seront distribués par la Mère Noëlle dans son chariot tiré par des rennesses. L'année prochaine, le Père Noël reprendra ses droits en vertu de la règle de l'alternance dite Arrêté chabada-chabada. La sainte Nicolette l'a déjà précédée en compagnie de la Mère Fouettarde avec laquelle elle s'est pacsée. Elles seront suivies par les reines magesses, Melchiorine, Gasparde et Balthazara. Cette initiative citoyenne qui témoigne d'une nouvelle ambition démocratique conforme à un esprit de service public et de libéralisme. Les naines qui confectionnent les colis de la Mère Noëlle ne doivent plus être appelées que « personnes à verticalité différente » comme chacun s'en doutait. On ne parlera pas à leur propos d'emplois-vieux ou
d'emplois-vieillardes, mais d'animatrices socio-culturo-éducatives et de rippeuses. Précisons que la Mère Noëlle, comme le Père Noël, sont actuellement en contrat de réinsertion et qu'elle et il comptent sur vous pour tenir les objectifs de force de vente qui leur ont été fixés depuis le rachat de leur start-up Web -2°C, à la suite d'un first-tuesday désastreux auprès des business-angels. (Réédition)
10:13 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Noël, féminisme, MLF, langue française
lundi, 11 décembre 2006
De la féminisation
Au même titre que l'iconographie des manuels scolaires ou des livres d'enfants, le langage participe à la création des stéréotypes. Et donc à la construction d'une identité sexuée. Si le nom de métier ou si le statut n'existe pas au féminin, il est difficile pour les filles de s'y projeter.
Entretien avec une linguiste sur la féminisation des noms de métiers.
06:19 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, féminisme, mlf, politique
samedi, 18 novembre 2006
Vainqueure
Ségolénistes, ségolénist-e-s ! La féminisation des noms et des adjectifs est à présent vraiment en marche. C'est Libé qui ouvre ce que je pressens comme le début d'une série de nouveautés.
Les militants, expliquait-on du côté de la vainqueure comme des perdants, «ont voté utile».
Bien sûr, on aurait préféré lire vainqueresse qui est le féminin ancien de vainqueur (victrix au féminin en latin). L'ajout du e féminin, cela fait un peu féminisation à la québécoise, mais j'espère que l'on pourra écrire la successeure.
09:27 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : langue française, orthographe, féminisme, ps, journalisme
samedi, 04 novembre 2006
Défenderesse
Et le cimetière du Nord se meurt un peu plus chaque jour. Défenderesse du site, Arlette Rémia, créatrice de SOS Reims urbanisme, doit, c'est sûr, se retourner dans sa tombe à deux pas du maréchal d'Erlon.
Je suppose que c'est contre cette morte qu'une action en justice est intentée. Défenseur et défendeur sont des notions opposées en droit... Tout cela pour éviter le féminin défenseure...
11:21 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, presse, média, médias, journalisme, langue française, droit
jeudi, 19 octobre 2006
Femstruation
C'est le genre de choses que je n'apprécie guère : rapporter ici une querelle d'ailleurs (mais je me suis expliqué sur place déjà). Je vais tenter de le faire de manière dépassionnée en essayant de montrer les enjeux et les méthodes.
Je participe à un forum sur la langue française. L'auteur d'un fil veut prouver à tout prix que les féministes sont des personnes dangereuses qui mettent en péril la langue. Et pour le démontrer, il nous sort comme argument que les féministes ont réussi à faire que le mot femstruation soit passé dans l'usage à la place de menstruation (men = hommes en anglais) au mépris de l'étymologie. On lui fait remarquer qu'il parle alors de l'usage anglais car sur les 160 pages de Google, il n'y en a pas une seule en français (ou en allemand, italien, espagnol, etc.)
Moi, je fais remarquer que 160 pages, c'est bien peu pour dire que l'usage est répandu, que dans les forums Usenet (archivés dans Google Groupes) il est l'auteur de la moitié des 8 occurrences parce que c'est la quatrième fois qu'il en parle. Je détaille ensuite ces pages qui pourraient servir de preuve si l'on croyait en l'infaillibilité de Google : 55 pages réelles (tout le reste, c'est des doublons dus aux pages aléatoires). Sur les 55 pages où le mot apparaît, on trouve en tout et pour tout 8 pages de discussions soit pour dire que les féministes veulent imposer femstruation, soit pour se demander si c'est exact. On est bien loin d'une expression entrée dans l'usage même anglais ! Tout le reste, c'est des pages pornographiques, des pages pour des médicaments peu légaux, écrites souvent en caractères chinois ou cyrilliques : les margoulins entrent le maximum de mots clés dans les pages cachées et les menstrues permettent à ces sites de se faire recenser par les moteurs de recherche dans deux domaines commerciaux précis.
Visiblement, on a affaire à un hoax, c'est-à-dire un bobard, une rumeur, un canular ; et l'ânerie en question doit traîner dans un recueil de plaisanteries américaines contre le prétendu politiquement correct que tenteraient d'imposer de prétendues féministes forcément enragées. C'est ce que me confirme ce message en anglais dans une liste linguistique multilingue. Mais à force de prétendre dire ce que l'autre aurait pu dire ou de répéter qu'il l'aurait dit (sans jamais préciser la source), on peut finir par faire croire que c'est ce que cet autre a vraiment dit. Et c'est comme cela que le langage se dégrade, parce qu'on fabrique un langage de l'autre à sa place. Le politiquement correct, c'est d'abord la créature de ceux qui veulent s'opposer à une chimère langagière.16:20 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue anglaise, langue française, francophonie, féminisme, féministe, MLF, femmes
mercredi, 06 septembre 2006
Message subliminal
Comment faire passer une idée controversée et défendue seulement par quelques groupes de pression obscurantistes et réactionnaires, celle de l'allaitement maternel ? En la faisant imprimer comme mention obligatoire dans les publicités pour les produits alimentaires : « Quant aux publicités pour des aliments destinés aux moins de trois ans, ils pourront comporter d'autres messages tels que : " Le lait maternel est le meilleur lait pour votre bébé" ». Le ministère de la Santé fait passer le message du groupe de scientifiques le plus attaché au fait que la femme doit se réduire à un vagin, puis à un utérus, puis à un sein. Il milite ainsi implicitement pour les positions les plus conservatrices sur la place de la femme et il œuvre à culpabiliser toutes les femmes qui ne peuvent pas allaiter pour des raisons physiques.
22:17 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, langue française, politique, santé, femme, femmes
lundi, 31 juillet 2006
Fille, soeur, cousine, compagne
Cette note est inspirée d'une réflexion de Fuligineuse.
Quand on pense à Maritain, c'est à Jacques et non à Raïssa.
Quand on pense à Rivière, c'est à Jacques et non à Isabelle (puisse-t-elle d'ailleurs rôtir longtemps en Enfer).
Quand on pense à Claudel, c'est à Paul et non à Camille.
Quand on pense à Mendelsohn, c'est à Félix et non à Fanny.
Quand on pense à Mahler, c'est à Gustav et non à Alma.
Quand on pense à Schumann, c'est à Robert et non à Clara (sauf pour les Duhamel qui pensent que l'on parle de Maurice Schumann ou de Robert Schuman).
Quand on pense à Staël, c'est à Nicolas et non à Germaine.
Quand on pense à La Fayette, c'est au marquis et non à madame.
Quand on pense à Guérin, c'est à Maurice et non à Eugénie.
Quand on pense à Paulhan, c'est à Jean et non à Claire.
Quand on pense à Lambrichs, c'est à Georges et non à Louise.
Quand on pense à Robbe-Grillet, c'est à Alain et non à Catherine.
Quand on pense à Bowles, c'est à Paul et non à Jane.
Quand on pense à Shelley, c'est à Percy et non à Mary.
Quand on pense à Byron, c'est à George Gordon et non à Ada.
Quand on pense à Copolla, c'est à Francis et non à Sofia.
Quand on pense à Deleuze, c'est à Gilles et non à Émilie.
Quand on pense à James, c'est à Henry et non à Alice (ou même William).
Quand on pense à Modiano, c'est à Patrick et non à Marie.
Quand on pense à Allégret, c'est à Yves ou à Marc, et non à Catherine.
12:30 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, langue française
jeudi, 06 juillet 2006
Metteure en scène
Dans le portrait de Romane Bohringer publié par Libération aujourd'hui, je lis : « La metteure en scène, Irina Brook ». Bigre ! Voilà que Libé se convertit aux féminins québécois. Le DHLF me dit que le féminin metteuse est évité, sauf dans le cas d'ouvrières (1848). On retrouve dans ce cas la vieille discrimination sexiste : le féminin n'est possible que pour les métiers jugés inférieurs. Bon... mais metteure, ce n'est pas heureux. On a une formation logique, ancienne, avec des analogies (entremetteur, entremetteuse), alors pourquoi féminiser avec l'ajout d'un -e seulement ?
La recherche Google est édifiante :
— metteure en scène : 28 700 ; France : 441 ; Canada : 19 800 ;
— metteuse en scène : 21 500 ; France : 12 900 ; Canada : 134.
10:28 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, québec, féminisme


