dimanche, 07 mars 2010

Devenir soi-même ? Non, merci, déjà donné

armee.jpgIl y a quelques petites choses qui me dérangent dans l'administration qui m'emploie.

Par exemple, le fait de voir cette affiche dans le lycée où je me trouve sur la porte d'entrée des bâtiments et non pas seulement sur le panneau d'orientation comme il se devrait. Il faut dire que ce lycée public est dirigé par un officier de carrière, ce qui est une situation totalement absurde et qui aboutit à un délire pseudo-patriotique sur tous les murs de couloirs de ce lycée.

Mais revenons à l'affiche. Que nous dit-on "Devenez vous-même". Mais n'est-on pas soi-même au départ, à la naissance ? Comment pourrait-on le devenir plus ? Serait-on moins soi-même au fur et à mesure de son éducation et de son avancée en âge et pourrait-on le devenir soudainement ensuite en intégrant l'armée ? On se croirait dans une émission de téléréalité où il faut faire semblant d'être authentique afin de rester dans le jeu, dans un reportage exotique ou sociologique où les gens sincères, dans une vie qui n'est pas la vie, mais où tout le monde imite la vie de la télévision et d'une fiction absurde.

Il y a là un problème ontologique que je ne peux résoudre. Je suis moi-même depuis ma naissance et je le serai jusqu'à mon décès. Avec une foule de contradictions et de marches en arrière, mais je suis une personne malgré tout. Comment pourrais-je devenir plus moi-même alors que je le suis déjà par mon histoire et ma réflexion ? Je veux bien admettre que d'autres m'apportent encore des choses que j'ignore, mais pourquoi devrais-je les mettre au bout d'un fusil afin de comprendre qu'il est inutile de porter une arme ? Devenir soi-même, c'est aussi cela : devenir anti-militariste.

Cette propagande profondément stupide s'adresse à des jeunes qui sont en situation de rupture ou d'échec scolaire et qui n'ont aucun autre débouché que celui de cette dernière chance : l'Armée qui va les révéler à eux-mêmes puisque tout le monde les a méconnus auparavant. Malheureusement, quand ils reviennent à la vie de tous les jours, ils apprennent que ce qu'ils ont appris ne vaut strictement rien. Et ils ne sont donc plus rien. C'est une propagande dangereuse qui risque de causer des morts à long terme.

Comment une institution comme l'Armée pourrait-elle révéler la véritable nature d'un être en montrant qu'il ne s'était jamais dépassé auparavant ? C'est là un insondable mystère. Je vais être plus grossier : comment le fait d'assassiner les autres que l'on ne connaît pas et que l'on n'a jamais vus permet-il de révéler notre nature profonde ? Parce que le métier du militaire, ce n'est pas de seulement de protéger les siens, mais aussi d'agresser autrui pour de vils motifs. Être soi-même dans de telles conditions, cela me semble très difficile. Et vouloir devenir soi-même en acceptant de commettre le pire, ne suppose qu'une seule réponse : Non.    

Twitter à Saint-Tropez

Je me posais il y a quinze jours la question de savoir si je devais rendre mes tweets publics ou non, j'avais décidé de tenter un essai en public pour voir ce que cela donnerait et je m'étais donné une période de deux ou trois semaines. Jusqu'alors j'étais réservé, parce que je ne voulais pas être envahi de pourriels et de faux abonnements. Il me fallait voir aussi quelle était la limite entre ce qui est dicible en privé ou en public, parce que si comme dans un blogue la frontière du public et du privé est fragile, il y a en outre le risque de l'immédiateté vu la brièveté des messages et leur instantanéité. Je crois d'abord aux échanges asynchrones, à la distance, au temps, à la réflexion. Cela ne m'a pas empêché en mode privé d'avoir un Twitterclash avec Ronald parce que j'avais osé comparer le numéro un des blogues politiques dans Wikio à notre divin président fort agité, fort vulgaire et surtout préoccupé d'abord de son image. Outrage suprême envers un blogue faussement politique !

Cette prévention est vite tombée, je n'ai eu que trois faux abonnements le premier jour, cinq le deuxième, puis presque plus rien. On bloque alors la personne qui veut s'abonner à vous de manière abusive afin de récupérer votre adresse. Je n'ai vu aucun afflux de pourriels dans ma boîte aux lettres depuis, mais j'ai déjà de bons filtres. Le résultat entre nouveaux abonnés, nouveaux abonnements et abonnements pourris est positif : j'ai eu trois fois plus d'abonnements authentiques que commerciaux. Or, j'avais déjà parfois des abonnements commerciaux en restant en mode privé du fait des RT* et Follow Friday**. Le mode de communication avec autorisation préalable constitue un filtre, mais ce filtre est fort poreux.

Ecrire dans Twitter pose des questions essentielles d'écriture et de lecture. Le format (140 caractères) impose de faire des choix stylistiques, typographiques pour dire l'essentiel et pour être repris éventuellement. Mais dans le cas présent, c'était la question de la lecture qui se posait : par qui veux-je être lu et pourquoi ? Avec qui ai-je envie d'échanger ? Mon cercle proche d'amis que j'ai invités sur Twitter ? Les lecteurs de mon blogue ? Des gens venus là par le hasard d'un lien ? Au début, j'ai invité une seule personne dans Twitter et pour répondre à une question précise en se créant conjointement un compte, puis cela m'a dépassé. C'est toute la question du réseau qui est en cause : on se construit un réseau par Twitter, exactement comme on inscrit des signets dans son navigateur ou dans son agrégateur de flux, mais il y a une interaction lorsque l'on cite quelqu'un et c'est justement l'aspect le plus intéressant de Twitter : je ne me suis jamais abonné aux flux de Guy Birenbaum, il ne s'est jamais abonné non plus aux miens et pourtant il m'a lu et je lui ai répondu, le tout de manière fort courtoise et ironique.

Bien sûr, on peut vouloir jouer en milieu totalement fermé comme les Leftblogueurs qui se citent entre eux, se répondent entre eux, évitent de citer les autres tout en reprenant leurs textes sans aucune mention d'origine. C'est le réseau en rond qui se retrouve dans le haut du palmarès de Wikio politique. Il y a aussi le réseau échangiste, on peut également s'abonner à quelqu'un pour qu'il s'abonne à vous et que vous deveniez plus influent ainsi. Cela n'a aucun sens si la même information peut vous être donnée par quelqu'un d'autre qui est plus proche de la source et il faut chercher aussi des sources que vos autres lecteurs ne possèdent pas ou sinon il n'y a pas d'échange possible, juste de la redondance, comme dans le haut du palmarès des blogues. Il faut choisir qui lire et pourquoi, quels liens seront apportés et ce qui vous sera utile. Construire son réseau, c'est aussi savoir lire et écrire, vivre en société en acceptant d'être cité ou de ne pas être abonné, savoir que l'on ne sera jamais le premier au sommet de l'affiche. Tout cela est humain, très humain.

* Le RT est une reprise de tweet, mais vu le nombre de RT possibles et la longueur d'un tweet, je me demande s'il faut citer la dernière source ou la première. Une adresse normalement en accès autorisé se retrouve ainsi sur la place publique et on a droit aux demandes d'abonnement de pourrielleurs alors. 

** Le #ff (Suivez Untel ce vendredi) est un rituel que je ne suis pas du tout parce que je déteste toutes les routines, on donne la liste des comptes Twitter que l'on apprécie. Tous les vendredis, je suis cité par quelqu'un et même si j'apprécie la mention, je préférerais que ce soit pour un message précis. Cela fait un peu trop blogobulle en rond.

vendredi, 05 mars 2010

Sardouïsme et sarkozysme : la démonologie de l'école

Je reçois une nouvelle lettre de Mariah-Samanthah, jeune sarkozyste de gauche.

Très cher comte, je me demande si mes trois échecs précédents au bac STG ne sont pas dus au fait que je me trouvais soumise à l'idéologie des profs barbus et chevelus de l'école publique où j'étudie. J'ai compris cela en voyant ce texte lumineux du poète Michel Sardou dans le cadre de la thématique Sardouïsme et sarkozysme. Est-ce que ce serait une bonne hypothèse de lecture pour commenter ce texte admirable qui nous dit d'être d'abord nous-mêmes, sans aucun tabou ou complexe.  

J'ai eu l'instituteur qui, dans les rois de France,
N'a vu que des tyrans aux règnes désastreux
Et celui qui faisait du vieil Anatole France
Un suppôt de Satan parce qu'il était sans dieu.

Précisons d'abord le contexte : cette chanson a été écrite et chantée en 1984. La date a un sens : la prise de position de notre chanteur engagé intervient en pleine querelle sur l'enseignement scolaire. Une manifestation avait alors rassemblé un million de personnes emmenées par cars de province afin de défendre l'enseignement privé rebaptisé comme libre (il faut noter qu'en général, l'enseignement dit libre est l'enseignement public dans les autres pays que la France). Deux caricatures s'affrontent,  ce qui permettra de renvoyer les personnages dos à dos, alors que l'on sait qu'il était fortement prescrit dans les instructions ministérielles de toujours dire le plus grand mal de tout monarque et de ne donner à lire que des auteurs dont l'athéisme aurait été certifié par l'inspection générale.

J'ai fait les deux écoles et j'ai tout oublié,
La nuit des carmagnoles, la fin des Assemblées,
Les dieux de l'Acropole et les saints baptisés.
J'étais des deux écoles et ça n'a rien changé.

La leçon est fort simple : le poète déclare qu'il n'a rien appris et il mélange toutes les idées dans un grand galimatias totalement absurde. Mais l'essentiel est préservé : s'il demeure sans aucune culture, il peut rester ou devenir lui-même, totalement naturel et sincère. Ce faisant, le barde se montre fort rousseauïste : seule compte la transparence et la vérité que l'on proclame. D'une certaine manière, Michel Sardou se montre un héritier de Jean-Jacques Rousseau et d'abord un disciple d'un des inspirateurs de la Révolution française. Il faut juste être aussi authentique que le saucisson pur porc, les programmes scolaires n'apprennent rien qu'on ne sache déjà.   

Dans le Lot-et-Garonne,
On bouffait du curé.
On priait la Madone,
Le dimanche en Vendée.
Des cailloux de Provence
Aux châteaux d'Aquitaine,
On chantait la Durance,
On pleurait la Lorraine.

Dans ce passage en forme de name-dropping géographique se cachent deux erreurs historiques fort mineures que le public ne peut apercevoir immédiatement : la Vendée du sud n'était pas chouanne et la Vendée historique n'est pas le département de la Vendée ; la Lorraine n'était plus pleurée dans l'école intemporelle à la mode de la IIIe République que veut mettre en valeur Michel Sardou.

Dans le Rhône et l'Essonne,
On chassait les abbés.
On plantait en Argonne
Des croix de Saint-André.
Des sommets du Jura
Aux jardins de Touraine,
On pleurait la Savoie,
On chantait la Lorraine.

Nous trouvons encore quelques erreurs historiques fort mineures parmi cette liste de clichés. Le département de l'Essonne n'a été créé qu'en 1968. La Savoie a été rattachée à la France en 1860 et a été occupée par l'Italie, sans annexion, entre 1940 et 1944. Mais ce ne sont que des broutilles, il s'agit de mélanger les époques en un tout intemporel : les croix de Saint-André de l'Argonne se réfèrent aux cimetières militaires qui contiennent aussi des stèles musulmanes à croissant ou israélites avec étoile de David ou des plaques sans aucun signe religieux. Ces dernières ne comptent pas du tout. Le tout est de se laisser emporter par le lyrisme de pacotille selon lequel tout se vaut.

Je veux que mes enfants s'instruisent à mon école
S'ils ressemblent à quelqu'un, autant que ce soit moi.
Après ils s'en iront adorer leurs idoles
Et vivre leur destin où bon leur semblera.

Il est entendu que l'école ne peut qu'enfermer dans une idéologie et non libérer. Pour le chanoine du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance." Pour Michel Sardou, c'est la figure du père qui montre la radicalité de ce sacrifice et il refuse à d'autres le droit de permettre l'émancipation des enfants par l'apprentissage d'une culture plus vaste. Il est entendu que tout savoir nouveau ne peut qu'asservir et que toute idée de tolérance et de neutralité ne peut être qu'une forme d'idéologie de type théologique.

Cette sacrée République qui dit oui, qui dit non,
Fille aînée de l'Eglise et de la Convention,
Elle serait bien heureuse que ses maîtres la laissent
Libre de faire l'amour et d'aller à la messe.

Nous terminons dans un grand n'importe quoi habituel aux couplets finals de Michel Sardou qui mélange tout et son contraire ou ce qui n'a aucun rapport, exactement comme dans les discours improvisés de notre admirable président. On mélange la politique, la religion, l'érotisme et cela n'a aucun sens. Ou plutôt si, cela en a un : la République est pour lui aussi religieuse, voire sainte, et il faut défendre l'école des curés au nom de l'identité nationale. Nous sommes en pleine confusion de toutes les valeurs laïques. C'est en cela que le sardouïsme et le sarkozysme se rejoignent.

lundi, 26 octobre 2009

Fioretti

Après l'histoire de la rate, voici le récit de mon premier cours de français. Je n'étais même pas encore stagiaire, on m'avait demandé de faire un remplacement de quelques heures. Je réfléchis à ce que je peux faire en si peu de temps et je me dis que la poésie peut s'intercaler n'importe où dans une progression que je ne connais pas. Je me trouvais dans un collège semi-rurbain qui recrutait aussi fortement dans des quartiers populaires et défavorisés. Entendre par là que l'on n'était pas loin d'un classement en ZEP qui venaient d'être crées, vu le nombre de boursiers, d'incidents, lss résultats du DNB ou les évaluations de sixième, mais cela avait été refusé par la direction qui ne voulait pas effrayer la petite bourgeoisie des villages péri-urbains où chacun protège sa petite villa choisie sur catalogue derrière sa haie de bambous ou de troènes. Une population très mélangée donc. "

Comme il s'agissait d'une classe de cinquième, je me suis dit que le Dormeur du val était une bonne occasion pour parler de prosodie ou de vocabulaire des sensations ensuite ou du sens historique. Et puis Rimbaud ne peut être totalement mauvais à connaître au moins une fois. Je commence donc à écrire le texte au tableau (je parle d'une époque où les photocopieuses n'existaient presque pas dans les établissements du secondaire et que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître). Tout le monde est très sage et attentif au début, malgré ma tension. De grands éclats de rire accueillent cependant le premier tercet.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Je ne comprends pas d'abord pourquoi. Puis on m'explique que les glaïeuls, c'est trop drôle. Je tente péniblement d'expliquer qu'il s'agit de fleurs poussant en bord de rivière ou d'étang et qu'il n'y a aucune connotation sexuelle dans le texte (mais là je mens éhontément). Mettre les pieds dans les glaïeuls, cela avait un autre sens pour certains de ces élèves qui étaient versés en argot (on ne parlait pas encore de verlan). Parce que c'était l'autre nom qu'ils donnaient aux glaouis. Et comme il s'agit d'une fleur à bulbe, comparable à l'orchidée qui fait pouffer de rire les érudits quand ils rappellent son étymologie, l'assimilation est facile avec un testicule. Cela ne mettra pas cependant en péril mon remplacement, on est tous revenus au cours normal des choses après cette parenthèse.

Je connaissais le sens qu'ils pouvaient donner à glaïeuls, je n'y avais pas songé une seule minute. Plus tard, quand j'ai raconté cette histoire à des collègues, on m'a affirmé que ce n'était pas possible, que j'affabulais, que ce sens n'existait pas, et je n'ai pas rencontré de telles réactions lorsque j'ai effectué quatre ou cinq fois ensuite une lecture ou une récitation du Dormeur du val, mais c'était ailleurs et dans un autre milieu. Pourtant, je n'avais pas rêvé !

jeudi, 22 octobre 2009

Un ratage

Voici un extrait d'un petit texte que j'avais donné comme lecture à des élèves de cinquième. Il est tiré des Enfances Renart, ou les aventures de jeunesse du fameux goupil. Ces textes sont postérieurs dans l'écriture aux premiers exploits racontés sous forme manuscrite, mais on les insère dans une sorte de pseudo-chronologie narrative et non historique, c'est la branche V mais cela se présente au début du roman pour les versions scolaires. Il faut dire que j'aime bien le Roman de Renart et que je m'en sers à beaucoup de niveaux, par exemple si je dois traiter la fable dans le but de l'argumentation ou en classe de troisième ou de première, cela peut faire un bon contrepoint à La Fontaine ou Orwell. Là, il s'agissait donc d'élèves de cinquième qui étudient le Moyen Âge et la Renaissance en histoire, mais je n'avais pas tout prévu. A la question, pourquoi Renart est-il mal reçu chee Ysengrin, j'ai eu des réponses peu en rapport avec ce qui était énoncé dans ce passage.

— Levez vous, dame Hersent,
faites lui un petit rôti
avec deux rognons et une rate.

J'ai entendu alors que c'était dégueulasse de faire bouffer du rat. La femelle du rat se nomme en effet rate ou ratte (sur le modèle de chat-chatte) selon les auteurs et le mot est récent si l'on prend une large échelle de temps (1848). On retrouvait là tous les préjugés ancestraux autour du rat, animal considéré comme nuisible et surtout porteur de maladies. La peste et le choléra, vous dis-je ! Un élève m'a assuré que les patates, ce n'était pas bon, et qu'il n'aimait pas les pommes vapeur. Un bon point, il connaissait autre chose que les frites surgelées. Un petit tour dans le dictionnaire a permis de voir que la ratte, pomme de terre, ne s'écrivait pas comme la rate, organe interne des mammifères. J'ai ajouté que l'Amérique n'avait pas été découverte lorsque le Roman de Renart avait été écrit. Il ne pouvait donc pas y avoir de pommes de terre en Europe, pas plus que de tomates, de haricots, de maïs. Mais la Renaissance et les grandes découvertes n'avaient pas encore été traitées en histoire à cette période de l'année, et puis l'histoire de la circulation des produits ne fait pas partie de l'enseignement le plus fondamental dans les programmes.

Mes élèves ignoraient donc qu'il y avait un organe nommé rate, faisant partie des bas morceaux en boucherie. Cela peut être encore recherché par les amateurs de tripes et d'abats, mais la génération du steak hâché, des boulettes de viande reconstituée et de la viande panée est désormais omniprésente. Il y avait donc un décalage culturel complet et pas simplement une méconnaissance du fonctionnement du corps ou bien des aliments en boucherie. Il faut dire que trouver de la rate ou des rognons en vente comme tels relève aujourd'hui de l'exploit alors que c'était bien des aliments populaires autrefois au même titre que la cervelle de veau, quand j'étais encore en culottes courtes. Il y avait un autre niveau d'incompréhension, lié à la culture médiévale que mes élèves ne pouvaient pas connaître : le jambon était la partie noble de la viande pour cette époque, parce qu'il était apprêté sur une longue période à la différence des ces bas morceaux que l'on pouvait laisser aux chiens. On a une différence entre nature et culture, le cru et le cuit, la viande des pauvres et celle des nobles. Je ne pouvais pas faire part de ces réflexions ethnologiques à ces élèves, tout au plus mentionner que la viande qui avait de la valeur à ce moment-lè était celle de certains morceaux externes. Et puis ils n'avaient pas entendu ce célèbre titre d'Ouvrard qui a fait la joie de mes jeunes années, puisqu'ils préfèrent les tubes des années soixante ou soixante-dix de leurs parents.

jeudi, 15 octobre 2009

Ethique du sarkozysme

Je reçois un nouvel appel à l'aide de Mariah-Samanthah, la fameuse umpiste de gauche qui passe son bac STG pour la quatrième fois.

Très cher comte adoré, je vous adresse le texte qui figure au programme et que notre professeur, encore malade, dépressif ou en stage, a totalement refusé de nous expliquer parce que je crois qu'il doit être membre de l'ultragauche qui nous attaque sans arrêt comme le dit si bien monsieur Hortefeux. Comme sarkozyste de gauche, je ne peux dire que mon indignation devant un tel comportement qui nous pénalise gravement pour notre égalité des chances et la discrimination positive. Ce n'est pas parce que le programme de cette année, "sardouïsme et sarkozysme", lui déplaît qu'il doit ne pas faire face à ses obligations légales. Je vous demande de m'expliquer ce texte représentatif de la culture française, comme vous avez su si bien le faire jusqu'à présent.

Dans les villes de grande solitude
Moi le passant bien protégé
Par deux mille ans de servitude
Et quelques clous sur la chaussée

Interrogeons nous d'abord sur les deux mille ans de servitude. Que veulent-ils dire ? Cela nous renvoie à la période de colonisation complète de la Gaule par l'Empire romain. Mais les villes dites de grande solitudes existaient-elles avant que Rome ne gouverne la Gaule ? C'est ce que suggère le texte, comme si les Gaulois n'avaient jamais su créer de villes et de chemins. Que veut dire le mot servitude au juste ? C'est à la fois le fait d'être assujetti à quelqu'un pour lui accorder un service et puis le fait d'accorder le passage à quelqu'un sur son propre terrain dont on est propriétaire. Ce que dénonce Michel Sardou, c'est l'existence du droit romain qui permet d'emprunter un chemin au milieu d'un champ ou d'un pré appartenant à quelqu'un d'autre au mépris du droit de propriété !         

Dans les villes de grande solitude
De nouvel-an en nouveaux nés
Quand j'ai bu plus que d'habitude
Me vient la faim d'un carnassier

Notez l'anaphore qui sert de refrain, puisque de refrain il n'y a pas, c'est presque du Guaino. On a affaire à un personnage imaginaire qui envisage des actions absurdes. Il se compare donc à un "carnassier" qui peut être aussi bien rat, loup, chat, vautour, tellement c'est vague comme vocabulaire. Mais cela a été préféré à "prédateur" qui ne rimait pas vraiment et puis il fallait évoquer l'idée de la bidoche que l'on débite.

L'envie d'éclater une banque
De me crucifier le caissier
D'emporter tout l'or qui me manque
Et de disparaître en fumée

Ce qui est remarquable sur le plan stylistique dans ce quatrain, c'est le fait de "se crucifier quelqu'un". On n'avait jamais crucifié quelqu'un pour son seul plaisir auparavant ou alors on ne le disait pas. C'est cela qui est décomplexé dans le sarkozysme et qui fait qu'on apprécie ses interventions dans le régime bancaire, notamment pour la Banque populaire-Caisse d'épargne où il a crucifié le caissier.  

Mais dans les villes de grande solitude
Tous les héros se sont pollués
Aux cheminées du crépuscule
Et leurs torrents se sont calmés

Ce passage ne veut strictement rien dire. Il a été sponsorisé à la fois par Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand, Cécile Duflot, Daniel Cohn-Bendit et Jean-Louis Borloo qui a vidé toute sa cave pour l'occasion. Je vous déconseille absolument de tenter de l'expliquer à l'oral. C'est aussi idiot qu'un devoir de droit remis par Jean Sarkozy pour son admission en deuxième année de DEUG. 

J'ai envie de violer des femmes
De les forcer à m'admirer
Envie de boire toutes leurs larmes
Et de disparaître en fumée

Nous arrivons au passage le plus difficile qui a légitimé l'inscription de ce texte exemplaire au programme du bac. Michel Sardou encourage-t-il le viol, oui ou non ? Notez qu'il ne parle pas de viols d'hommes ou de mineurs, il a des délicatesses insoupçonnées. Il reste un pur hétérosexuel respectant la loi. Vraiment, comment a-t-on pu accuser Michel Sardou de légitimer le viol alors qu'il ne parlait pas de s'attaquer à une mineure de treize ans qui posait nue pour Vogue ou de forniquer contre argent avec de jeunes Thaïlandais qui ressemblaient à Tony Leung plus jeune ?

lundi, 05 octobre 2009

Pour une réforme radicale de l'orthographe

Je republie ici ce que j'ai écrit dans fllf, parce qu'il me semble que cela peut intéresser un autre public.

"Faut-il réformer l'orthographe ?", vidéo avec André Chervel, historien et linguiste. Chervel est le grand spécialiste de l'histoire de l'enseignement de l'orthographe et de la grammaire. Il propose une réforme radicale et simple en trois points :
- suppression de toutes les doubles consonnes lorsque cela ne touche pas à la prononciation (par exemple, "bone" au lieur de "bonne", mais "baisser" reste inchangé) ;
- suppression de toutes les lettres grecques (y, ph, rh, th), sauf si le y note la semi-voyelle yod ("ritme", mais "payer") ;
- alignement de tous les pluriels de noms et d'adjectifs en -s, sauf pour les mots qui finissent déjà par un -x ou un -z au singulier (prix, riz).
La vidéo dure seize minutes, elle n'a pas d'URL propre, elle est sur la page d'accueil de Cap Canal.

Le premier point avait été abordé par les rectifications de 1990, mais seulement pour l'alignement des mots d'une même famille (imbécile et donc imbécilité et non plus imbécillité), mais il maintenait des consonnes doubles (charriot et non plus chariot). Je pense qu'il peut soulever des problèmes dans le cas d'homonymies et il est moins simple qu'il n'y paraît.
Le deuxième point est un fait que j'ai toujours défendu. Pourquoi contrairement à toutes les autres langues latines devrions-nous nous embarrasser encore des lettres grecques qui ne traduisent que la rranslittération en latin (et encore, pas toujours) ? Cela ne permet pas de mieux savoir le grec qui est écrit dans un autre alphabet, cela ne dit rien sur l'étymologie qui est souvent fausse contrairement à ce que dit son nom.
Le troisième point est le plus dérangeant parce qu'il s'attache au tabou des exceptions à la règle qui font partie de la mythologie scolaire. Je ne l'aurais pas osé personnellement, mais cela a l'avantage de créer un clivage clair entre ceux qui veulent conserver l'orthographe grammaticale telle qu'elle est même si elle est massacrée et ceux qui voient qu'elle n'est plus maîtrisée de manière égale, faute de temps pour l'enseignement du français.

Mais ce qui importe, c'est que dit Chervel : une réforme est urgente vu le niveau actuel des horaires de français qui est deux fois inférieur à celui du temps de Jules Ferry ou de de Gaulle, les réformes précédentes sont toutes oubliées ou presque, pour qu'une réforme réussisse elle doit être très simple et doit s'énoncer clairement afin de pouvoir être reprise.     

samedi, 03 octobre 2009

Archéologie du bac G


Je reçois un courrier affolé de Mariah-Samanthah, Umpiste de gauche, qui me demande de l'aide :

Très, très, très cher comte adoré et chéri,

Je me présente au bac STG pour la quatrième fois (oui, j'ai encore échoué, mais ce n'est pas de votre faute, ma mini-jupe ne devait pas être encore assez courte et mon décolleté assez ouvert pour l'examinateur) et j'ai absolument besoin de votre aide, parce que cette année le programme porte sur la transmission des valeurs citoyennes, éthiques et compatibles avec le développement durable, respect de la biodiversité et lutte contre la bulle financière à travers l'oeuvre de Michel Sardou ! Il paraît que les Lacs du Connemara sont une oeuvre obligatoire, par la volonté de notre président ô combien béni. Je ne comprends strictement rien à ce que cela veut dire. Je vous donne le premier texte à étudier, notre prof qui doit être un peu fou nous a dit qu'il fallait que cela évoque notre vécu, mais je ne comprends pas pourquoi, je passe un bac STG (j'ai commencé il y a quatre ans un bac STS, mais on me l'a supprimé au mauvais moment et j'ai dû me réorienter en STG dont je n'avais pas entendu parler), pas un bac G dont je n'ai jamais entendu parler ! Expliquez-moi ce que tout cela veut dire ! Comme vous le savez je suis toujours fortement engagée dans les sarkozystes de gauche du Haut-Cantal-Maritime et nous allons promener, à nous trois, bientôt, notre mascotte Alf (la même que dans l'émission télévisée, on croirait que c'est la vraie) dans les rues de la ville pour montrer que l'on peut être sarkozyste, de gauche, sympa et drôle !

Vous aviez quoi ?
Dix-sept ans, dix-neuf ans ?

Dans le commantaire, il faudra rappeler le poème de Rimbaud "On n'est pas sérieux à dix-sept ans", cela paraîtra tout de suite plus sérieux, car Rimbaud est le prototype du cancre génial et sans aucun bac.  

Vous me l'avez écrit mais je n'm'en souviens pas.
On hésite, on remet, on attend

Notez la gradation du second vers, on appelle cela une procrastination. C'est destiné à mettre en relief un fait en le répétant. Votre enseignant songe sans doute que cela doit vous interpeller au niveau de votre vécu.

Et la lettre se perd, mais vous savez tout ça.
Vous passiez un bac G,

Notez le jeu de mots entre la lettre comme caractère et la lettre comme écrit. On a un pseudo-énonciateur totalement fictif qui est en quelque sorte un futur employeur, lequel ne sait pas ce que veut dire la lettre du nom du bac en lisant la lettre de demande d'emploi. Dites alors que G ! est une des interjections préférées du Concombre masqué. Vous marquerez un point culturel.

Un bac à bon marché,
Dans un lycée poubelle,
L'ouverture habituelle
Des horizons bouchés.
Votre question était : "Faut-il désespérer ?"

Développez sur le développement durable, le tri sélectif qui repose sur un geste citoyen et la nécessité de recycler tous les déchets, y compris vous, afin de pouvoir sauver enfin la planète qui est en grave danger de mort imminente, d'autant plus que la grippe A  et le Sida risquent de s'attaquer bientôt à la couche d'ozone. Il faut sauver la planète avant les hommes !

Vous aviez un prénom mais je n'm'en souviens pas
J'aurais dû, j'aurais pu, certainement

On change d'énonciation ici, il ne s'agit plus d'un futur employeur, mais d'un enseignant. Bien entendu, vous devez dire qu'il était trop accaparé par ses tâches syndicales, associatives pour se rappeler le prénom des dix mille élèves qu'il peut croiser en dix ans. Dites que s'il avait travaillé plus pour gagner plus, il aurait pu se souvenir plus aisément des noms d'élèves qu'il ne voit que par hasard danz un couloir et qu'il n'a pas en cours ou pour peu de temps.     

Vous renvoyer dix lignes. Je n'l'ai pas fait voilà
J'étais je n'sais plus où,
Enfoncé jusqu'au cou
Dans ma vie personnelle,
Cette angoisse éternelle
Du déclin qui rend fou.

Remarquez ici qu'on ne sait plus qui est le locuteur, le professeur, l'employeur, le bachelier. Le texte est totalement confus, mais cela participe sans doute d'une volonté esthétique afin de dire que le sort de tous est identique. On ne sait jamais qui parle clairement ici, même s'il y a un vous et un je. Tout est dans le brouillage des références que l'on ne comprend plus.

 

mardi, 08 septembre 2009

Le lycée Paul Eluard vu par l'UMP

Le site Créateurs de possibles, officine occulte de l'UMP (à peine visible avec son logo en pommier), est assez formidable dans les messages subliminaux. On découvre ainsi Virginie, jeune mère d'élève qui déplore chaque année l'état des classes de ses enfants (mais comment voulez-vous qu'ils étudient dans ces conditions) et qui déclare qu'il est désormais urgent de rénover les salles de classe du lycée Paul Eluard. Mais pourquoi le lycée Paul Eluard ?

Le premier que je trouve et le seul qui fournisse des entrées dans Google se trouve à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, académie de Créteil. Il n'y a pas deux lycées Paul Eluard en France ! Je suppose que le proviseur de ce lycée, qui comporte aussi des classes préparatoires et qui a des filières d'excellence, sera un tout petit peu ravi devant cette publicitié inattendue.

On essaye de rentrer dans la tête des communicants abrutis à coup de coke et de speed :

- Il faut taper contre la gauche pour les régionales qui sont à venir l'an prochain. Qu'est-ce qui est du ressort de la région ?
- Un lycée !
- Bravo ! La région est sous la coupe des socialo-communistes, il nous faut trouver le nom d'un communiste qui pourraitt être le nom du lycée à rénover de manière urgente parce que la gestion socialo-communiste a été catastrophique.
- Pourquoi communiste ?
- Pour dire que les socialistes et les communistes, c'est pareil. Et qu'en attaquant les socialistes en les taxant d'être communistes, on peut faire peur aux petites vieilles.
- Staline, Lénine, Trostky, Maurice Thorez, Georges Marchais, Che Guevara, Mao Tsé Toung, Fidel Castro,..
- Lycée Joseph Staline ou LEP Léon Trostky, cela fait un peu trop gros quand même. On se moquera de nous.
- On ne nous croira pas, même les communistes les plus orthodoxes rigoleront. Je vois d'ici la tête de Maxime Gremetz ou de Mélenchon en train de se gondoler.
- C'est vrai, il nous faut un nom qui fasse communiste sans l'être tout à fait explicitement.
- Gagarine ?
- Pouchkine ?
- Potemkine ?
- Anna Karénine ?
- Mazarine ?
- Margarine ?
- Végétaline ?
- Bonnemine ?
- Eltsine ? 
- Poutine ?
- Je ne parle pas de noms russes, mais de noms bien français ! Des noms qui font penser aux bolcheviks, mais sans être tout à fait étrangers.
- Je verrais bien un lycée Jacques Duclos ou colonel Fabien ou Jeannette Veermersch.
- Vous le vieux, taisez-vous ! Vous nous égarez, personne ne sait à présent qui c'est. Il nous faut un nom qui fasse vraiment communiste.
- Picasso ?
- Il est étranger, et puis on a des collèges Picasso partout en France, pas seulement en Île-de-France où on doit battre les socialo-communistes .
- Je me souviens que mon prof de français en classe de BTS action-communication voulait nous faire étudier un poème particulièrement ridicule intitulé Liberté. Il était communiste je crois, car il lisait Télérama. Je ne me souviens plus du nom de l'auteur. Edouard ou Edgard, je crois.
- Voilà ! Nous avons notre nom communiste parfaitement identifiable comme tel, mais sans que nous ayons besoin de dire que c'est communiste. Le lycée Paul Edouard donc...
- Paul Eluard.
- Vous qui avez fait un Deug de lettres et raté votre hypokhâgne, ne venez pas m'ennuyer avec votre culture dépassée ! Le lycée Paul Edgard donc.
- Eluard.
- Si vous y tenez, ce sera donc Eluard.
- Il y a un lycée Eluard dans la banlieue rouge ?
- Je ne pense pas, s'ils ont des lycées en banlieue rouge, cela se saurait comme dit notre divin président ! Et puis même, s'il y en a un seul, qu'il tente de nous intenter un procès pour dénigrement ! On dira qu'on a pris le nom au hasard !


mercredi, 02 septembre 2009

Du danger de la lecture

Quand on réintègre des intégristes lefebvristes dans la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, cela donne ce genre de courrier :

 

Abbé Régis de Cacqueray, Supérieur du District de France

Suresnes, le 25 août 2009

« De nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais, c'est la lâcheté et la faiblesse des bons, et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens. »

Saint Pie X s'adressant à l'évêque d'Orléans après la béatification de Jeanne d'Arc, le 13 décembre 1908.



Le Bulletin officiel n°15 du 9 avril 2009 de l'Education Nationale a fait connaître la liste des œuvres obligatoires inscrites au programme de langues et cultures de l'Antiquité de la classe terminale des séries générales et technologiques. Pour le latin, l'œuvre unique est « L'art d'aimer » d'Ovide. Cette oeuvre se trouvera encore au programme de l'année 2011.

« L'art d'aimer » est une œuvre érotique du poète Ovide uniquement consacrée à exposer aux hommes d'abord, aux femmes ensuite, touts les conseils pour séduire. L'amour est ravalé à un exposé complaisant des moyens les plus dégradés et les plus cyniques pour parvenir à sa fin. L'auteur promeut la multiplication des partenaires et réduit la femme à l'état de proie.

Voilà la littérature sur laquelle les élèves de terminale des deux années à venir devraient se plonger pendant des mois !

Nous protestons et nous invitons tous les Catholiques et tous les hommes à qui il reste un sens moral à protester contre ce programme totalitaire qui constitue une véritable incitation publique à l'immoralité et à la débauche.

Nous vous recommandons de faire entendre votre protestation [1] auprès :

- du Ministre de l'Education Nationale

110, rue de Grenelle
75007 Paris

- du médiateur de l'Education nationale

Bernard Thomas,
61-65 rue Dutot
75732 Paris Cedex 15
mediateur@education.gouv.fr

Nous invitons tout spécialement tous les parents, les professeurs et les Directeurs d'établissement scolaire à se mobiliser et à faire connaître leur opposition à un tel programme.

Abbé Régis de Cacqueray ,
Supérieur du District de France.
Suresnes, le 25 août 2009

mardi, 23 juin 2009

Ma rencontre de blogueur avec Henri Guaino

Sur le modèle du blogue Les mots ont un sens qui avait interrogé le splendide président sur les sujets du bac en philosophie, j'ai décidé de me livrer moi aussi à un entretien de blogueur avec une sommité politique mais sur les sujets de dissertation en français. Il en va de ma réputation de blogueur influent - puisque l'on ne peut pas être influent sur le ouaibedeuxpointzéro sans parler de politique avec des gens qui sont déjà reçus largement dans les médias traditionnels.

Qui choisir, sinon la plume du magnifique président, dont chacun reconnaît le souffle littéraire à la Péguy ? Vous aurez tous reconnus Henri Guaino, l'homme qui sait admirablement varier et renouveler ses figures de style. L'homme s'imposait par ses vues totalement et suprêmement supérieures au sujet de la nation, de la littérature, du rôle éducatif et de l'histoire. Nous nous sommes donc retrouvés autour d'une choucroute comme chez Nadine Morano, ce plat est fort recommandé pour permettre la digestion de ces idées élevées.

Série ES

Dans quelle mesure le spectateur est-il partie prenante de la représentation théâtrale ?
Vous répondrez en faisant référence aux textes du corpus, aux œuvres étudiées en classe, et à celles que vous avez vues ou lues.

HG : Le spectateur n'a pas seulement des droits, il a d'abord des devoirs ! Devoir de se présenter sans cagoule, ni burqa face à l'acteur grimé. Devoir d'assister à la comédie du pouvoir lors du parlement réuni en congrès. Devoir de se taire quand l'autorité suprême désignée par le peuple souverain s'exprime. Devoir de ne pas se moucher, de ne pas éternuer, de ne pas afficher de défiance ostentatoire, d'éteindre son téléphone portable. Devoir d'être présent à la représentation théâtrale. Devoir de débattre lorsque l'autorité supérieure s'est retirée, mais surtout devoir de ne pas voter et de ne pas mettre en cause la responsabilité de cette autorité. Tout cela est le fondement de la démocratie : il est nécessaire d'être impitoyable envers les moindres signes d'ironie ou de distance qui montreraient que l'on n'adhère pas à la fiction. La liberté du spectateur repose d'abord sur sa nécessaire adhésion au spectacle républicain.

Série L

On emploie parfois l’expression «créer un personnage» au sujet d’un acteur qui endosse le rôle pour la première fois. Selon vous, peut-on dire que c’est l’acteur qui crée le personnage ? Vous répondrez en faisant référence aux textes du corpus, aux œuvres que vous avez vues ou lues, ainsi qu’à celles étudiées en classe.

HG : Certes il y a eu des présidents de la République autrefois, mais aucun n'a vraiment créé le président comme tel. En réalité, il n'y avait pas de présidence du tout, car aucun ne savait faire président. Faire président, c'est s'approprier les gestes symboliques, les propos, les images de tous ses prédecesseurs afin d'être l'incarnation de ce que serait la présidence idéale. Faire président, c'est livrer des discours farcis de citations empruntées à toutes les grandes figures de l'histoire et à tous les courants, sans aucun souci de cohérence idéologique, puisqu'il s'agit de rassembler tout le monde dans un vague tout. Faire président, c'est oser aller à Versailles au lieu de s'enfermer dans les ors de la cour de l'Elysée. Faire président, c'est agir de telle sorte que chacune de ses actions doit éclipser celle de tous ses prédécesseurs et que personne ne puisse dire "la loi existait déjà" ou "c'est une vieille recette qui ne marche pas" ou "ce ne sont que des voeux pieux". Oui, je crois qu'un acteur peut créer le personnage d'un président en effaçant tous ses prédecesseurs qui ne sont que des brouillons imparfaits.       

Série technologique

Le monologue, souvent utilisé au théâtre, paraît peu naturel. En prenant appui sur les textes du corpus, sur différentes pièces qui vouss avez pu lire ou voir et en vous référant à divers éléments propres au théâtre (costumes, décor, éclairages, les gestes, la voix etc.), vous vous demanderez si le théâtre est seulement un art de l'artifice et de l'illusion.

HG : Le monologue en fait n'existe pas. Croyez-vous donc que le président ne reprend pas la parole de ses interlocuteurs quand il s'exprime ? Croyez-vous donc qu'il ne fait pas à la fois les questions et les réponses ? Croyez-vous donc qu'il ne paraît pas naturel en jouant tout à la fois le rôle du spectateur, du metteur en scène, du décorateur du témoin, de l'homme de la rue, du procureur, de l'éclairagiste, de l'érudit, du juge, du journaliste, de l'historien, du pompier de service ? Croyez-vous donc qu'il n'est pas capable d'incarner tous ces personnages à la fois dans une sorte de one-man-show ? Croyez-vous donc que lorsque le président lit les mots que j'ai écrits pour lui, il ne soit pas le meilleur garant de la liberté de tous puisqu'en bon républicain social je prends soin d'emprunter des citations ou des expressions à tout et n'importe qui pourvu que cela sonne bien ? Croyez-vous donc que je ne suis pas le réceptacle des paroles de tous les humains ? Comment cela pourrait-il donc être un monologue ?

A la suite de cet entretien, Henri Guaino m'a déclaré qu'il ouvrirait un compte Twitter quand je lui ai expliqué que le système de hashtags # conviendrait admirablement à ses anaphores.


jeudi, 11 juin 2009

Sur la piste des lectures dangereuses

castorsjuniors.jpgOn commence par accepter que des jeunes délinquants apportent des armes dans le sanctuaire que doit être une cour de récréation d'école et voici ce qui se passe. Il est absolument anormal et inadmissible que la presse éducative donne des idées aussi perverses aux enfants. Ce journal gauchiste (dont on voit bien l'idéologie à la couleur rouge de sa manchette, rappelée ensuite par la citrouille qui doit être une allusion maoïste obscure comme toutes les comparaisons maoïstes parce que chinoises) devrait être interdit afin de préserver la pureté candide de nos enfants.

rirififiloulou.jpg

Voici, ce qui se passe ensuite lorsqu'ils ont rejoint la communauté anarcho-autonome de Tarnac ! Les attentats étaient déjà prévus ! Je suis persuadé qu'en fouillant dans la bibliothèque de Julien Coupat ou le grenier de ses parents, on finira bien par trouver des exemplaires de cette publication extrémiste.

 

Tout cela parce qu'ils ont lu un manuel subversif où l'on apprend à se servir d'un canif afin de fabriquer des bateaux, des maquettes, des arcs, des flèches, des cabanes... Un tel livre devrait être interdit, parce qu'il incite les enfants à tendance délinquante à posséder un instrument meurtrier. On commence par un canif afin de couper du saucisson ou une tomate lors d'un pique-nique, et puis on finit par ridiculiser Michèle Alliot-Marie - crime insupportable.

manuel_des_castors_juniors.jpg

lundi, 08 juin 2009

Pour un Grenelle de la littérature et de la langue

Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique et le gaspillage des ressources naturelles de notre sainte mère la Planète, notre divin président a décidé de nommer un comité Odule placé sous le patronage du grand écrivain international Paolo Coelho, mondialement reconnu, afin de voir comment faire en sorte que la littérature et la langue réduisent leur empreinte écologique - puisque la survie de la Planète dépend de tous. Les livres constituent un incroyable gâchis écologique qui détruit des arbres, produit de l'effet de serre à cause de l'encre imprimée et induit des frais de stockage ou de transport trop importants par rapport au bénéfice que l'on serait en droit d'attendre d'eux.

Quelques pistes sont envisagées :

- Etablissement d'un bilan carbone des oeuvres littéraires en fonction de la longueur des phrases, de leur complexité et de leur difficulté de compréhension, de la sophistication ou de la rareté du lexique. Une échelle de 1 à 100 pourrait ainsi être établie (de Francis Mizio ou Marc Lévy à Proust ou Joyce). Une étiquette parfaitement visible en couverture permettrait ainsi de comprendre que Dante ou Shakespeare polluent plus sûrement la Planète que Christine Angot et Camille Laurens. Une taxe sur ce genre d'oeuvres nuisibles pourrait être envisagée (N. B. : Penser à créer des critères adaptés pour que la Princesse de Clèves soit lourdement taxée). Cette sous-commission sera dirigée par Claude Allègre, choisi à la fois pour ses connaissances scientifiques reconnues de tous et sa parfaite maîtrise des langues ou du style.

- Obligation pour les enseignants de lettres et de langue de pratiquer au moins une heure de cours par semaine consacrée exclusivement à l'apprentissage des abréviations et de l'écriture SMS en lieu et place de l'orthographe ou de la grammaire. Une sous-commission présidée par Phil Marso interrogera les différents acteurs de l'Education nationale et leur demandera pourquoi par pur élitisme elles ne luttent pas de manière efficace contre le gaspillage de papier et le poids des sacs d'école. Un bilan carbone de chaque copie d'élève pourrait être établi aussi en fonction de la longueur de ses phrases et de ses textes, il pourrait faire partie de la notation au DNB et au bac de manière à valorieer les élèves attentifs à l'écologie en n'écrivant rien ou presque sur une page. 

- Privatisation de toutes les bibliothèques publiques et obligation aux nouveaux prestataires de service de procéder à un recyclage écologique de la matière des ouvrages qui n'auront pas été empruntés depuis cinq ans. Les bibliothèques gaspillent une grande partie de l'énergie nationale afin de conserver dans des conditions idéales des ouvrages que plus personne ne veut lire. Est-il raisonnable de maintenir de tels coûts alors que la Planète va mourir du fait de l'égoïsme de certaines élites ? La sous-commission dirigée par Steevy Boulay, critique littéraire reconnu de tous, interrogera les bibliothécaires et documentalistes au sujet des ouvrages à détruire en premier.     

- Suppression progressive des livres imprimés pour mal-voyants qui sont écrits trop gros, avec trop de pages, pour trop peu de public. Chacun sait que les mal-voyants n'existent pas et que ce terme ne relève que d'un politiquement correct à la mode américaine. Une enquête conduite par Gilbert Montagné montrera que les mal-voyants sont soit de vrais voyants, soit des aveugles. Une solution possible (la sous-commission évacue la question oiseuse du braille) serait l'écoute de chansons par téléchargement légal.


En avant, vers un monde plus juste, plus libre, plus responsable et plus conscient de son passé comme de son avenir ! Des matins glorieux nous attendent parmi cent mille fleurs ! 

mercredi, 22 avril 2009

Le grand retour vers le passé mythique de l'école

J'ai entendu la productrice Simone Harari à la radio et j'ai été consterné ou effaré par le principe même de l'émission conçue comme une Star Ac pédago-service public :

Deux mille élèves de cinquième, issus de 12 académies, vont, pour la première fois, devoir épeler des mots, des plus faciles aux plus difficiles, sans erreur, sans omettre les accents ou les traits d'union.

L'orthographe, comme son nom l'indique, n'est pas de l'oral : c'est de l'écrit. Pour se faire une idée de la représentation graphique d'un mot, beaucoup de personnes incapables de l'épeler doivent d'abord passer par l'écriture, car elles ont mémorisé la forme de manière visuelle, comme un dessin, et elles ne sont pas dans une logique de transcription de l'oral (c'est le cas de pas mal de mes collègues de lettres). Un exercice d'ânonnage débilitant est présenté comme le nec plus ultra de la modernité la plus en phase avec les populations diverses alors que c'est une entreprise régressive, infantilisante, qui exclut de fait au moins la moitié des élèves dotés d'une bonne orthographe mais incapables de voir les mots sans support écrit (et inversement des personnes qui feront mal le lien entre l'oral et l'écrit). L'exercice d'une dictée comme celle des Dicos d'or était déjà suffisamment crétin du fait de complications qui n'existent pas dans la langue usuelle, mais là on atteint des sommets puisque l'on va récompenser la performance d'enfants qui sont avant tout des auditifs ou de ceux qui savent réciter une leçon sans la comprendre. Que des collègues se soient prêtés à ce genre de pitreries qui ne revalorisent pas du tout l'enseignement du français sous le couvert d'une fausse branchitude et d'une ouverture aux nouvelles cultures urbaines ne laisse pas de me rendre songeur... Il n'était déjà pas très glorieux de participer à l'entreprise sado-maso des Dicos d'or, mais s'il faut la ressusciter sous la forme de la téléréalité version slam, cela en dit long sur la baisse de niveau général.

lundi, 20 avril 2009

Aux armes, etc.

Le recteur de l'académie de Créteil (ou son nègre comme je le présume) écrit ceci sans rire au sujet de la Marseillaise qui doit absolument être enseignée dans les petites classes :

Repoussé par l'Empire, puis la Restauration, ce chant est fondamentalement un chant de défense de la République et de ses valeurs.

Il n'y a qu'un gros problème : la Marseillaise n'a plus été chantée sous le Consulat ! Or que je sache, le Consulat était encore la République (de manière formelle). Ce n'est pas moi qui l'affirme, c'est l'Assemblée nationale ! Que je sache l'Empire n'a pas été proclamé en 1800, mais en 1804. C'est sous la Répunlique même que cet hymne a été interdit pour la première fois avant d'être aussi interdit par d'autres régimes tous issus d'élections républicaines ou d'assemblées républicaines comme le Second Empire et Vichy. Il a représenté alors l'opposition à ces régimes autoritaires et non une simple défense de la République qui aujourd'hui fixe des quotas d'expulsions et d'arrestations comme valeurs des droits de l'Homme. Nous savons tous que la République peut être anti-républicaine et le seul but de l'opération est de priver l'opposition d'un chant de révolte possible. Cela me donne envie d'apprendre quelques couplets supplémentaires du Temps des cerises, de la Chanson de Craonne et de l'Internationale. Parce que la République, la vraie, la seule, celle du peuple, cela a été cela ! Et c'est ce qu'il faut transmettre. Malheureusement, c'est de gauche et donc non républicain ou non français pour le nouveau régime qui s'y entend en matière de définition d'une identité nationale assez hypothétique...

vendredi, 06 mars 2009

L'élève qui ne savait ni lire, ni écrire

Quand on commence à accuser un certain âge et que l'on reste dans la même région, on voit revenir dans les pages des journaux ou des pages Internet le devenir de ses anciens élèves, et c'est parfois fort triste. Je regarde le journal ou la Toile et puis je me réjouis d'un mariage, d'une naissance, d'une entreprise, mais je vois aussi d'autres choses déplaisantes :

Celui qui a avoué « ne savoir ni lire, ni écrire » a bien conscience de l'enjeu de cette audience qui se tenait hier.

Il se trouve que j'ai été l'enseignant de ce prévenu lorsqu'il était dans les petites classes du collège, je l'ai reconnu parce que l'Oignon donne les noms des personnes de manière indigne et sans vouloir respecter le droit des personnes à leur image. Je donnais un ou deux pour ses compositions afin de remarquer son effort, il était en fait en voie d'illettrisme dès la sixième et je savais ce qui l'attendait à la sortie. Je ne me souviens plus des conseils de classe à son sujet, mais je suppose qu'on a dit "sortie vers la vie active" et tout le monde était content de se débarrasser de ce fardeau par des vocables fort vagues. Seulement, c'est le troisième ou quatrième de mes anciens élèves que je retrouve à la page des faits-divers pour des histoires imbéciles de rivalités et des trafics minables de dope. Ce que j'aurais pu dire à la barre aurait été : c'était un bon gamin, fort soumis, pas perturbateur ou de mauvais esprit, plutôt serviable, il faisait tout pour qu'on ne remarque pas qu'il ne savait pas écrire ou lire et je le squizzais pour les lectures ou les récitations afin de ne pas l'accabler. Je pense avoir fait mon travail, mais je ne sais si mon travail était en fait le but et si je n'aurais pas dû lutter contre mes collègues ou mon supérieur qui estimaient qu'il n'y avait rien à tirer. De combien de lâchetés suis-je le coupable ? J'alertais, on me riait au nez, et je devais tout prendre à la dérision comme mes autres collègues qui déclarent ensuite "je l'avais bien prédit" !

dimanche, 15 février 2009

Caducité

De Valérie Pécresse :

A la question de savoir si ce projet de décret controversé, qui doit être retravaillé pendant deux mois par la médiatrice nommée lundi par la ministre, était "caduc", Mme Pécresse a répondu sur Radio J: "à partir du moment où il est remis sur le métier, il est remis sur le métier. Il n'est pas caduc car il n'existait pas".

Si le projet antérieur n'existait pas, il n'y a en effet aucune chance pour que le décret soit déclaré caduc puisqu'il n'y avait même pas de projet et que de toute manière on est en train de le réviser, donc il s'appliquera forcément à la rentrée prochaine même s'il n'y avait rien avant. J'ai énormément de difficultés à saisir l'argumentation et la logique de la ministre de l'Enseignement supérieur qui me semble avoir des vues tout à fait personnelles sur la recherche en matière de rhétorique. Je suis consterné par une telle sortie qui nous ramène au bon vieux temps de Claude Allègre par une agréable bouillie verbale qui dit tout et son contraire en une phrase.

Moi, je

J'ai peine à croire que de tels propos aient été tenus par l'actuel ministre de l'Education nationale :

D'ailleurs, on me dit "les universités ne voudront pas préparer les étudiants à cela"  ; vous savez, moi je recrute 14 000 personnes ; on va les trouver les gens pour passer nos concours. Et aujourd'hui, un professeur sur deux qui est recruté par moi, n'est déjà pas passé par des systèmes de formation des maîtres. Il a tout simplement une licence ou une maîtrise, et il se présente à nos concours et il les a. Donc moi je n'ai pas absolument besoin d'entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. Je suis recruteur. Je définis les concours dont j'ai besoin. Je garantis la formation professionnelle des personnels que je recruterai. Après, chacun nous suit, ou pas.

Passons sur l'idiotie à propos d'un enseignant sur deux qui ne serait pas passé par le système de formation des maîtres - cela ne concerne guère que des agrégés pour lesquels ce n'est pas une contrainte, des lauréats du concours de la troisième voie (ni externe, ni interne) qui est en voie d'extinction depuis quelques années, des enseignants du privé sous contrat et puis des contractuels ou vacataires qui n'ont justement pas passé ou réussi les concours, mais que l'on recrute afin d'enseigner moins cher et plus souplement qu'un titulaire. En additionnant le tout, on doit bien obtenir quelque chose qui se rapproche un peu des 50 % , mais en comptant dedans des gens qui pour la plupart n'appartiennent pas à la fonction publique, soit parce qu'ils ont opté pour le privé sous contrat, soit parce qu'ils sont dans un régime précaire et qu'ils n'ont pas passé ces fameux concours !

Mais ce qui me laisse bien plus pantois est l'emploi constant du pronom personnel ou de de l'adjectif possessif à la première personne du singulier : que je sache, mon ministre n'est pas le propriétaire de son ministère et les enseignants ne sont pas ses gens de charge ou de domesticité ! Un enseignant n'est pas recruté par lui, mais en son nom ou plutôt parce qu'il est en charge d'une fonction parfaitement révovable par l'actuel monarque. Le ministre n'est que le dépositaire d'une charge, il ne peut parler de son domaine d'activité comme si c'était une entreprise qu'il aurait créée (et même un chef d'entreprise doit rendre des comptes à son conseil d'administration, ses associés ou à ses actionnaires).

Ce type de discours me paraît totalement délirant : on est dans le mélange des genres le plus complet, comme si le ministre se vivait en chef d'entreprise qui se vivrait lui-même comme un paysan propriétaire prêt à engager des ouvriers agricoles pour la récolte. Mais à quelle époque vivons-nous ? A celle de son maître qui abuse lui aussi de la première personne du singulier.

 

mercredi, 04 février 2009

Le coup de calcaire

J'apprécie énormément les éditoriaux bien pensants et bien sarkozystes d'Hervé Chabaud : on est toujours certain d'y trouver une foule de clichés et d'expressions toutes faites alignés tant bien que mal à l'aide d'une syntaxe boiteuse et poussive. C'est censé être plus vivant, original et personnel, mais un poncif plus un auttre poncif, cela ne fait pas une phrase grammaticalement acceptable. L'édito du jour ne dépare pas dans la polygraphie habituelle du sage de la place d'Erlon et cela se voit à la première phrase (qui commence bien entendu par un point d'exclamation accusateur) !

Le coup de calcaire des universitaires illustre le conservatisme français de confort qui fortifie les prés carrés !

Le conservatisme français (qui est déjà un cliché en soi*), cela suffisait, pourquoi ajouter de confort ? Le conservatisme a toujours visé son propre confort...

Ensuite, ce confort fortifie... Comme la tournure est heureuse ! Et un pré carré ne serait-il pas déjà fortifié ? On peut le renforcer certes, mais parce qu'il est déjà un domaine protégé.

Enfin, ce coup de calcaire est du plus bel effet, mais cela se rapporte mal à un mouvement qui dure depuis des mois et qui n'est pas un simple coup de colère. Il faut alors songer à la motivation : le calcaire forme une sorte de dépôt et il s'incruste à la surface, ce qui est en relation avec la dénonciation d'un prétendu conservatisme. Et en fait, Hervé Chabaud dit trois ou quatre fois la même chose, car dans la célèbre chanson de Gianni Messiaen (sans aucun rapport avec un compositeur de musique contemporaine) le coup de calcaire est un retour en arrière, une fixation du passé ! Il est difficile de faire plus redondant...

Toutefois, l'expression coup de calcaire n'est pas entrée dans les locutions de dictionnaires, mais cela ne saurait tarder tellement les éditorialistes à la solde du régime actuel veulent vendre leurs réformes régressives.

* Le conservatisme anglais, étatsunien, c'est en revanche toujours bien pour les journalistes de droite français.

samedi, 31 janvier 2009

Points de détail

Dans cette dictée, je m'interroge sur les critères de notation qui évaluent les compétences d'élèves de CM2 de 1987 et 2007. Admettons qu'il y ait une erreur sur Le dans la première phrase du fait de l'absence de capitale, mais ce n'est plus compréhensible dans la dernière phrase avec le groupe le chien pris dans le milieu de la phrase. Je me dis alors que ce n'est pas l'orthographe qui a été sanctionnée, mais la graphie sans doute illisible.

Un autre point concerne les erreurs qui se cumulent et qui n'en font qu'une en réalité. Par exemple, un élève écrit non ou nont à la place de n'ont. Cela fait donc selon la méthode choisie deux erreurs pour les deux notions différentes alors qu'il n'y en a qu'une seule du fait du fonctionnement de la langue orale. L'absence d'identification de l'apostrophe qui passe de 90% à 83 % ne laisse pas de me troubler, mais c'est un signe discret qui n'est pas forcément très visible dans toutes les copies.

Je suis également fort intrigué par la graphie de Á dans Á ce moment. Qu'est-ce qui a été sanctionné ? L'absence de capitale après un point d'exclamation (lequel ne requiert pas automatiquement un nouveau début de phrase) ou d'accent pour 8 ou 9 % d'élèves ? Pourtant, c'est exactement la même proportion dans le groupe à la maison qui n'est pas en tête de phrase (96 à 91 % de réussite). Il y a là trois types d'erreurs différents et le fait que les capitales accentuées s'imposent aujourd'hui a pu augmenter le score d'échec pour le Á, car si l'on prend les autres débuts de phrases on a des taux d'échec similaires pour des mots plus complexes comme Pourquoi.

L'absence de ponctuation dans certaines copies pour la virgule ou le point simple sont aussi dérangeantes : il peut y avoir une simple inattention, mais cela conduit ensuite à une erreur sur la capitale présente ou non du mot suivant. Les erreurs entre points d'exclamation et d'interrogation sont fréquentes à ce niveau et relèvent d'une autre catégorie liée à la confusion des notions, elles sont plus importantes que celles sur la ponctuation ordinaire mais là encore on peut se demander si une erreur n'en entraîne pas une autre.

Je suis donc fort sceptique sur la méthode suivie, elle consiste en un découpage formel qui ignore les phénomènes d'accumulation pour les groupes (alors qu'il n'existe pas de cumulation à l'intérieur d'un seul mot même si trois ou quatre erreurs peuvent s'y trouver) et il n'y a aucune pondération par la prise en compte d'unités plus larges ou sur la différenciation des types d'erreurs plus fine que la simple mention de ponctuation.

Ce sont des points de détail, à la marge. Mais chacun de ces petits chiffres pèse dans l'ensemble du résultat et on ne peut se faire une photographie exacte à partir des chiffres bruts.

vendredi, 30 janvier 2009

Les touffes frisées

Discussion entre collègues au sujet d'un devoir commun. Le texte choisi est extrait de Clochette de Maupassant. Et puis un passage choque une de nos collègues qui ne veut pas entendre ses élèves ricaner, vu qu'ils ont l'esprit mal tourné comme c'est courant à leur âge. C'est dans cette phrase :

C'était une haute femme maigre, barbue, ou plutôt poilue, car elle avait de la barbe sur toute la figure, une barbe surprenante, inattendue, poussée par bouquets invraisemblables, par touffes frisées qui semblaient semées par un fou à travers ce grand visage de gendarme en jupes.

Ce qui faisait peur à la collègue, c'est l'expression touffes frisées. Elle veut supprimer cette mention du texte. Certes, certes... mais l'ensemble du portrait de la vieille couturière est grotesque, exagéré et surprenant. Il est aussi totalement sexualisé et la deuxième partie de l'histoire tourne justement autour d'un dépucelage raté. Mais le portrait tout entier suscite le rire et l'embarras. Alors pourquoi avoir peur de ces touffes frisées ? Parce que cela évoquerait une partie du corps ? Mais alors il faudrait éliminer aussi l'adjectif poilue ! Parce que lui aussi va déchaîner des réactions. Une autre collègue dit à part : "Cela ne m'étonne pas d'elle ! Elle a vraiment un problème avec ça..." Et puis comme elle passe toujours en coup de vent, sans jamais s'asseoir, très agitée et affairée, battant l'air à l'aide de ses multiples sacs Joseph Gibert en fin de vie, sa correction passe auprès de la direction puisque l'ensemble des collègues n'a pu lui dire en face et en même temps "non" avant qu'elle remette le sujet qu'elle avait repris à son compte.

Il est vrai que l'on a droit de temps à autre à des réactions face à des mots connotés. Ainsi, je suis certain que si je trouve le verbe fourrer, je  pourrai identifier les élèves qui ont une connaissance sommaire du lexique des films X. Je suis sûr que le verbe branler dans son sens classique et non argotique va susciter des pouffements lorsque j'étudie Molière ou Beaumarchais. Mais je demande alors à quoi l'on pense, on n'ose trop répondre, et je donne l'explication du mot dans ce contexte, avec des exemples d'autres emplois comme le branle-bas de combat ou le branle comme danse. Dois-je passer la scène où Thomas Diafoirus déclare "Père, baiserai-je ?" alors que le double sens a été voulu par Molière et que les spectateurs de l'époque en riaient ? On peut ne pas inciter à lire tel passage (je me vois mal expliquer à des élèves de douze ans la scène du viol commis par Renart sur Hermeline et démontrer qu'il la sodomise, ce qui était un acte diabolique à l'époque), mais enfin... il y a des passages qui n'ont nul besoin de cette forme de censure. Il peut être utile d'afrronter les rires scabreux, d'abord parce que cela permet de faire progresser l'élève dans sa vie personnelle et affective alors qu'il est encore en période de recherche, ensuite parce que cela montre la richesse de la langue et de ses registres.

Mais faire comme l'autruche, c'est une attitude non pédagogique. Je l'ai déjà exprimé ici lorsque j'ai évoqué les révisions grossières du Lagardetmichard au sujet deRabelais quand on proscrivait le mot connelet dans la bouche de Grandgousier. C'était bête. Cela l'est plus encore lorsque le mot en question n'est pas considéré comme obscène dans son contexte. De réécriture en réécriture, on peut en venir à bannir tous les mots qui pourraient susciter des désirs impurs, des mots grossiers et des pensées malsaines chez les jeunes acnéiques en quête de fausses provocations afin de s'affirmer. Devrait-on interdire l'adjectif ou le substantif bonne au sujet d'une femme sous prétexte que l'expression "elle est bonne" a un sens sexuel chez les adolescents qui regardent les DVD X de leurs parents en cachette ? Construit-on des adultes ainsi ?

mercredi, 28 janvier 2009

La blague de l'économie

Une des dernières déclarations du magnifique président de la République n'est pas sans me laisser un peu dubitatif :

"Il y a une filière économique pour vos enfants. C'est une blague", s'est exclamé le président de la République en déplacement, mardi 27 janvier, à Châteauroux (Indre).

Rappelons que ledit splendide président est titulaire d'un bac B, ancêtre du bac ES, obtenu à l'oral de rattrapage. Que dans la définition du bac ES, comme avant du bac B, il y a économie et social.

Il poursuit sur le mode de la fausse indignation de celui qui fait semblant de découvrir une évidence que tout le monde aurait cachée. Qui résisterait à une telle argumentation de bonimenteur de marché de sous-préfecture ou de G. O. de club Med ?

"Parce que la filière économique ES, mettez vos enfants dedans, et ils ne peuvent pas se permettre de se présenter dans les meilleures écoles économiques. Qu'est-ce que cela veut dire ?"

Bien entendu, la réponse est dans la question comme à l'habitude. Mais surtout la question est fausse dans son point de départ.

Ce qui est visé, c'est l'enseignement des sciences économiques et sociales.

Or, c'est justement ce social que ce président si compétent en économie n'apprécie pas quand il stigmatise un diplôme sous prétexte de rééquilibrer les filières. Quant aux meilleures écoles d'économie auxquelles les bacheliers ES pourraient prétendre, elles n'existent pas : ce sont des écoles de commerce et de finance, pas d'économie.

Le raisonnement est faux en toutes parts, mais cela importe peu : il faut tuer l'enseignement social dans les études secondaires.

 

 

dimanche, 04 janvier 2009

Le journal le plus photocopillé (comme il dit)

Je lis l'éditorial de fin du Monde de l'éducation (dans sa version magazine) :

Mais ces abonnés sont souvent des établissements scolaires… où Le Monde de l’éducation est le magazine français le plus «photocopillé» : environ 40 000 exemplaires vendus pour plus d’un million cent mille lecteurs!

J'ai enseigné dans une quarantaine d'établissements de niveaux fort différents et je n'ai jamais vu une seule page du Monde de l'éducation photocopiée, que ce soit par les enseignants ou les élèves ou les membres de l'administration. Mieux ! Le Monde de l'éducation est l'un des journaux les moins lus par les enseignants lorsqu'ils se rendent au CDI (je regarde pour ma part la NRP, les Cahiers pédagogiques, Virgule ou La Hulotte, les Cahiers de l'Unesco, Alternatives économiques, mais le Monde de l'éducation cela ne me viendrait même pas à l'idée, car j'ai l'information ailleurs, soit par voie administrative, soit syndicale, soit tout autre). Il n'est d'ailleurs pratiquement jamais emprunté par les élèves, sauf en lycée pour des dossiers spécifiques et en général anciens, en général pour des cours de SES (et encore... ce n'est pas crédible, puisque les thèmes ne sont pas ceux du programme). Le chiffre d'un million cent mille lecteurs est un pur fantasme calculé on ne sait trop comment ! Car un(e) documentaliste d'établissement scolaire ne peut pas établir un chiffre des revues ou des livres feuilletés sur place et non empruntés ou des ouvrages qui auraient été photocopiés. L'argument selon lequel le Monde de l'éducation était très lu et copié est totalement faux quand on est dans la réalité des établissements scolaires : il est en fait très peu consulté, sujet à railleries de la part de l'administration ou de l'inspection, très peu reproduit à la différence d'autres supports. Un million cent mille lecteurs, cela n'existe que dans la tête de ceux qui dirigent ce journal : il faudrait cumuler toutes les personnes ayant un peu ouvert ce journal ou regardé la couverture durant un an pour aboutir à un tel chiffre (et alors bien des journaux français pourraient dire qu'ils ont plus de cent millions de lecteurs puisqu'ils ont vu la manchette). Pendant plus de trente ans, le Monde de l'éducation a fait croire qu'il bénéficiait d'un lectorat exceptionnel afin de bénéficier de pubs juteuses et maintenant il découvre que ce lectorat n'existait pas du tout ! Alors il feint d'accuser le photocopillage qui n'existe pas du tout pour son titre. Les annonceurs avaient dû finir par avoir un peu la puce à l'oreille avec ces chiffres exagérés et ils ont dû dire que la plaisanterie avait assez duré.

dimanche, 14 décembre 2008

Des chiffres et des lettres

J'aime bien la désinformation du Fig Mag qui prétend lutter contre la désinformation :

Ainsi donc, Xavier Darcos voudrait diminuer le nombre d'heures de cours en seconde ? Faux : il n'y en aura ni plus ni moins qu'aujourd'hui.

La réalité, c'est ça :

La nouvelle classe de seconde prévoit 27 heures d'enseignement hebdomadaire, au lieu de 28,5 en moyenne aujourd'hui, et très fréquemment 35 heures selon les élèves et leurs options.

Pourtant l'Express n'est pas un journal à la solde des syndicats (forcément politisés) et de l'ultra-gauche (qui ne rêve que de renverser le pays).

27 heures comme plafond de tous les enseignements et pas une heure de plus. Or on ne peut diminuer le volume des heures d'enseignement obligatoire (21 heures dans la réforme, 25 heures actuellement sans les SES qui rejoindraient le tronc commun et qui pèsent 2 h 30 dont une heure dédoublée) qu'en abaissant le volume de certains enseignements, dont le français (actuellement à 4 heures communes, 1 heure de module par quinzaine ou 1 heure semaine par enseignant, plus 1 heure de soutien individualisé). On ne baissera pas le nombre des heures obligatoires, mais il y aura bien eu deux heures de français supprimées sur six pour un enseignant de lettres en lycée ! Soit un poste sur trois supprimé à plus ou moins long terme (même si on va atténuer les effets immédiats en proposant des heures de soutien pour compenser l'horaire). Il n'est pas possible de caser tous les enseignements obligatoires dans les 21 heures sans dégâts. Or, il y a dix ans, avant la précédente réforme (due à ce cher géophysicien pataphysique brouillé avec la langue française) il y avait bien 6 heures pleines et obligatoires. C'est un tiers du temps d'enseignement du français qui va disparaître au lycée.

On sait comment cela commence et on se doute comment cela finira. On propose des dédoublements ou des heures pour le soutien. Fort bien ! Et puis ces heures disparaissent à la réforme suivante puisqu'elles ne font plus partie du tronc commun. En collège, le volant devrait être pour les classes de 5e à 3e de 4 à 5 heures, et on s'aligne sur le niveau le plus bas afin de récupérer des heures d'IDD ou de soutien. Or, avant la réforme Bayrou, le volume horaire était de 4,5 heures en 4e-3e (et même bien avant, 5 heures enseignant du fait des groupes) et de 5,5 heures en 5e (6 heures enseignant). On rogne sur les heures communes pour proposer des heures de remédiation ou d'aide ou de soutien que l'on rebaptise de noms pompeux et de sigles obscurs et ces heures sorties du tronc commun serviront ensuite à déshabiller un peu plus la discipline. Parce que les classes de sixième à quatre heures de français, c'est pour bientôt. Après, on proposera encore de nouvelles heures d'aide et de soutien, prises toujours aux mêmes endroits, puisque le niveau a encore continué à baisser dans les disciplines pour lesquelles on a supprimé des heures.

Et ainsi de suite...

vendredi, 05 décembre 2008

Aprenons l'ortografe

Les règles d'une orthographe réformée doivent être très simples. Par exemple : supprimer les doubles consonnes inutiles pour la prononciation...

Autre règle très simple : supprimer les lettres grecques, en abandonnant tout souci de l'étymologie. Quand la prononciation le permet, il faut supprimer les "y" (ceux qui ne correspondent pas à un double "i"), supprimer les "h" après les "t" ou les "r", remplacer "ph" par "f"...

Encore une règle simple : que tous les noms et adjectifs prennent un "s" au pluriel (même "des animaus"), à l'exception des mots qui sont déjà terminés en "s", "x" ou "z", comme "mois", "paix" ou "nez".

Le simple énoncé de cette réforme - bien plus radicale que les rectifications orthographiques - suffirait à faire bondir les neuf dixièmes des personnes, et surtout celles qui ont eu du mal à maîtriser l'orthographe. Ces thèses provocatrices sont cependant en deçà d'une écriture phonologique. Mais, si d'autres langues européennes ont pu simplifier de la sorte de leur orthographe, cela s'est opéré quand l'écriture et la lecture étaient encore inconnues de la grande masse de la population et lorsque les livres, les journaux n'existaient pas de manière industrielle.

mercredi, 26 novembre 2008

Carpette anglaise 2008 : Pécresse élue !

Je suis déçu. Mon candidat n'avait même pas été sélectionné pour ce prix que je ne rate pas (tout comme les IgNobels ou le Prix du maire de Champignac).

Au premier tour de scrutin, par onze voix contre deux, le prix de la Carpette anglaise 2008 a été décerné, à Mme Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche pour avoir déclaré que le français était une langue en déclin et qu'il fallait briser le tabou de l'anglais dans les institutions européennes, ainsi que dans les universités françaises, en rendant obligatoire l'enseignement intensif de cette langue au détriment de toutes les autres (ce qui est notamment contraire au traité de l'Elysée de 1963).

Je suis en revanche satisfait de voir la sélection de Xavier Darcos.

La Carpette anglaise.

samedi, 22 novembre 2008

Pavillon auditif sous bois

Je ne vois vraiment pas très bien comment il serait possible de faire le rapport entre l'actuel sénateur-maire UMP de Pavillons-sous-Bois et puis le maire évoqué dans cette chanson :

Dans la chanson, Bertrand Soulier, auteur-interprète de 3http://www.humanite.fr/2008-11-21_Cultures_La-chanson-qui-derange-la-droite7 ans sélectionné pour le prix Adami-Bruno Coquatrix 2009, évoque son enfance, banale et plutôt heureuse à Pavillons, mais esquisse un futur hypothétique assombri par les communautarismes, lorsqu'il quitte la ville à la fin des années 80: "Je ne retournerai plus là-bas/l'enfance est un monde englouti/Comme l'Atlantide/Comme le Conforama/Tout a brûlé, tout est pourri" et "Je n'verrai pas l'église/Ni la mosquée/Le maire Front Nat'/Et la boucherie hallal".

Les paroles ne cassent pas des briques et je peux dire que c'est de la poésie à deux balles avec des clichetons, c'est même fort mauvais et on devrait l'interdire dans les collèges pour cette seule raison. Même comme chanson, cela ne le fait pas. Mais enfin... le futur maire était imaginé comme étant du Front Haineux, pas le maire actuel qui n'est pas désigné de manière précise. Mais enfin... on suppose qu'il sera maire jusqu'à la fin de ses jours et donc dans cet avenir, cette étiquette d'extrême droite peut ainsi se rapporter à lui et constituer un motif de plainte, surtout s'il a par ailleurs des idées et des propos peu éloignés de ceux du Front Haineux. Et puis il se considère comme celui qui est désigné dans cette (fort mauvaise) chanson (fortement subventionnée par les fabiusiens).

Les belles leçons de la Meuse

lameuse.jpgEh bien ! on ne peut pas dire que ce soit fameux, puisqu'en quatre lignes le secrétaire de rédaction a été capable de commettre pour ce chapeau au moins trois erreurs de français dont une de syntaxe et deux de logique !

(La sixième secondaire en Belgique est en fait la classe de terminale, mais elle est appelée classe de rhétorique alors que ce nom ancien devrait correspondre à la classe de première française tout comme la terminale était nommée classe de philosophie. Rien n'est simple en Belgique, en France non plus.)

dimanche, 16 novembre 2008

Flickr fliqué à l'EN

Les filtres mis en place par des ouaibemasteures incompétents et sous-payés de l'Education nationale commencent à me gonfler sérieusement. Je faisais part l'an dernier du refus du serveur de mon établissement pour me connecter au Bondyblog. Cette année, autre établissement, autre censure. C'est carrément Flickr qui est censuré parce que ne répondant pas à une préoccupation pédagogique ou technique ! L'avis est le même que précédemment. Mais bon sang ! On trouve des choses intéressantes et diverses dans Flickr, comme ça. Avec aussi bien des photos des opposants du ministre de l'Education nationale que celles destinées à la propagande gouvernementale. Un élève peut trouver des photos libres de droit pour faire des panneaux ou de dossiers afin de participer par exemple à l'indispensable et inévitable devoir de mémoire (mes photos de monuments aux morts par exemple). On ne peut voir que là par exemple les photos de la Bibliothèque du Congrès étatsunien (Flickr a passé un contrat avec elle) et d'autres grandes institutions de ce pays qui a élu Obama dont les photos de l'élection sont justement sur... On n'y trouve pas beaucoup de photos cochonnes, des instituteurs, des professeurs se servent de Flickr pour mettre en partage avec des parents des photos d'activités, de sorties, de journées spéciales. Si ce n'est pas d'un intérêt pédagogique... Je me demande ce qui se passe dans la tête des censeurs au petit pied qui s'imaginent que tout un site serait nuisible alors qu'il passe des accords avec les gouvernements. Là, je vais en parler, mais comme je sais que le responsable informatique dans l'équipe éducative est un adjoint UMP d'une mairie aux manières fort musclées et d'une incompétence évidente, ce n'est pas gagné.

mercredi, 12 novembre 2008

Comment devenir un ministre professionnel

C'est bizarre :

A la sortie de la troisième, les collégiens auront donc désormais le choix entre le baccalauréat professionnel en trois ans et le CAP en deux, un diplôme en général plus adapté aux métiers de l'artisanat.

Moi, ce que j'ai compris, c'est qu'un grand nombre de CAP (hyperspécialisés comme facteur d'orgue ou luthier) en trois ans étaient encore maintenus en plus des BEP-CAP en deux ans dans des filières bien précises (les épreuves sont communes le plus souvent, mais avec des barêmes différents), et que l'élève qui se lançait dans un bac pro passait toujours le BEP avant, tel qu'il était, afin d'éviter qu'il sorte sans aucun diplôme (une minorité d'élèves continuent après un BEP vers un bac technique ou professionnel). Un inspecteur pédagogique m'avait certifié que le BEP continuait à exister et à être un diplôme qualifiant. Mais il faut croire que l'on se perd un peu dans cette jungle des diplômes professionnels qui n'ont pas l'aura de ceux plus universitaires.

Bon... dit comme cela, on peut trouver la situation plus rationnelle, sauf qu'elle le devient de moins en moins avec les bac pro en quatre ans, les bac pro en trois ans, les CAP qui ne passent pas de BEP, les BEP qui passent des CAP, les CAP en deux ans et ceux en trois ans. Si on voulait mettre de l'ordre dans le système, c'est fort réussi. Je félicite mon ministre qui est un anarchiste inavoué.