vendredi, 10 avril 2009
No Bran New World
Voici une expérience scientifique sidérante qui se situe entre le Truman Show et Bienvenue à Gattaca. Son sujet : l'observation de l'apparition du langage chez un enfant. Le nom même du logiciel de l'expérience d'un film tiré d'une nouvelle de Dick qui se révèle de plus en plus prophétique et le grand auteur réaliste américain du siècle passé (Minority Report, nous y sommes déjà par les dernières lois voulues par le gouvernement du divin président au sujet des délinquants de trois ans ou bien du délit de bande). Ce qui est encourageant, c'est le fait que la masse d'informations fournies par une seule journée sera tellement riche et complexe (pour la phonétique, la sémantique, la syntaxe, la morphologie, les rapports émotionnels) qu'elle deviendra inexploitable ou ce qui est décourageant, c'est que l'on fera des coupes ou des carottages de manière arbitraire. Et puis ceci : "Quelques semaines avant l'accouchement, en juillet 2005, le chercheur installe 11 caméras et 14 microphones, dissimulés dans les plafonds et les murs de toutes les pièces, sauf aux toilettes." Quand on connaît le rôle valorisant de la défécation dans l'apprentissage du langage par les petits enfants qui sont stimulés et rendus de plus en plus autonomes par leurs parents, on se rend compte que l'on perd alors le passage décisif du petit pot au pot adulte adapté avec un réducteur de lunette, du nettoyage par les adultes à l'autonettoyage, du lange à la maîtrise de son corps, et donc de l'apparition de l'enfant comme individu singulier qui ne doit plus demander aux autres que la satisfaction d'autres besoins. Je suis désolé si je choque, mais faire l'impasse sur ces moments essentiels de la vie d'un petit enfant (comme ceux où il peut se servir lui-même avec sa cuillère ou se tenir sur ses jambes ou se connaître dans le miroir) conduira à des erreurs dans les résultats, ce n'est pas le genre de chose à occulter sous prétexte de pudeur et c'est justement un passage décisif, puisque l'enfant peut être scolarisé après. Pourquoi d'ailleurs cette limite de trois ans et non celle de cinq où se situe le début de l'apprentissage de l'écrit qui est une rupture encore plus grave, nous rendant plus singuliers, uniques, fragiles et mortels ?
19:12 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : science, linguistique, pédiatrie, langage, enfants
mercredi, 24 octobre 2007
Des couches historiques
On ne dira jamais assez de mal de nos ancêtres les Gaulois et les Romains qui ont inventé les couches jetables, à moins qu'on ne doive imputer cette invention anti-Grenelle-de-l'environnement à Cro-Magnon, voire à Néandertal (et on comprend mieux les raisons de sa disparition puisqu'il n'avait aucun souci écologique) :
La part de marché des couches lavables reste encore infime en France.
Il est certain que la couche jetable existe depuis la plus haute antiquité, comme l'aurait noté avec pertinence Vialatte.
17:25 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, parents, enfants, bébés, grenelle
mardi, 10 octobre 2006
Petits Grands
Les gars du marquetinge sont des gens formidables ! Ils se sont aperçus chez Bledina qu'ils ne pourraient plus étendre à l'infini la gamme des produits pour bébés, donc ils ont décidé d'étendre leur action sur la tranche d'âge supérieure : les 18-36 mois. Comment faire passer l'idée ? D'abord, en rappelant la tradition de Bledina qui est construite autour du mot petit. Tout est petit chez Bledina : petits pots, petits plats pour les tout-petits, en petites calories, en petite quantité, et surtout à un très gros prix... On fabrique donc un nom de gamme en forme d'oxymore Petits Grands. Les petits enfants qui deviennent des grands. C'est très parlant, coco ! Tout le monde comprendra. Comprendra surtout que ce qui est petit est mignon et ne coûte pas cher alors.
Les gars du marquetinge ont oublié que le produit, prétendument approuvé par des nutrionnistes n'est pas plus petit que les raviolis pour adultes vendus par MM. Panzani et Buitoni : il contient pratiquement autant de graisse et il coûte cinq fois plus cher.
Ensuite, on peut se demander pourquoi avoir choisi des raviolis comme premier exemple d'alimentation variée... Un enfant de trois ans aura bien des occasions ensuite de manger des raviolis et ce n'est pas ce que je nommerais un plat équilibré. On notera le nom du produit construit avec un faux possessif qui place le mangeur en futur consommateur et la capitale de majesté : Mes Ravioli. On aurait pu aussi bien commencer avec Ma Choucroute, Mon Bortsch, Mon Goulasch, Mon Cassoulet, Ma Poutine, Mon Fish'n'Chips, Mon Kebab.
Il faut encore une couleur d'authenticité, et quand on a un plat italien c'est très simple : il faut à tout prix du rouge car cela fait penser à la sauce tomate et le rouge est vendeur en magasin. Mais ce n'est pas encore assez italien. Donc on n'accorde pas les raviolis. Et puis on rajoute une touche de vert pour le nom de la marque. On met le nom du produit dans un cercle blanc. C'est vraiment italien alors... On est vraiment trop forts en conception marquetinge.
20:30 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : publicité, marques, noms de marques, alimentation, enfants, bébés


