dimanche, 18 avril 2010
Quel génie dans les alpages ?
J'avais promis d'écrire quelques bricoles sur le Génie des alpages. Et m'y voilà. C'est extrêmement difficile de parler d'une telle série, parce que tout fuse en tout sens et même contre le sens commun. J'ai choisi un angle qui me permet d'aborder un ensemble de thèmes, ce n'est pas forcément le meilleur album de la série, je crois que le précédent était un vrai feu d'artifice, mais je peux dire quelque chose dessus et c'est ce qui est important.
Commençons par le titre de la série : le Génie des alpages. Qui est ce génie ? Au départ, c'est le chien du berger qui est capable de jouer aux échecs ou de lire des oeuvres philosophiques. Un être doué de plus de raison que son prétendu maître. Mais cela s'estompe peu à peu, le chien devient un personnage d'arrière-plan, un spectateur face à l'univers délirant des brebis qui redoublent d'inventivité ou qui se trouve en compétition avec Romuald le bélier noir en matière de philosophie ou amoureux de la bergère d'à côté. Il faut remarquer que le chien n'a pas de nom, le premier berger non plus, la bergère d'à côté pas plus. Seules les brebis et Romuald le bélier ont un nom. La série a commencé dans l'épure la plus totale.
Cet album ne constitue pas un tournant dans l'oeuvre de F'murr(rr). Certes, le vieux berger (le premier) n'est plus au centre de l'action, mais il revient pour subir bien des désagréments à cause des farces et attrapes des brebis qui sont toujours aussi indociles. Ce sera sa dernière apparition. Le berger est alors Athanase Percevalve qui apparaissait d'abord comme le simplet du village avec son béret vissé sur sa tête et son cri surpuissant. F'murr(rr) avait dit que le vieux berger l'ennuyait et qu'il ne lui trouvait plus de rôle. Cependant, Athanase était prévu comme le successeur du vieux berger depuis le tome 3 et il était au centre de la couverture du tome 4. La transition s'est effectuée en douceur. Reste que le génie des alpages n'est plus du tout le chien comme au début puisqu'il passe au second plan, mais l'ensemble de la montagne : brebis, nuages, herbe, hauteurs, soleil et différents gadgets pour animer les pages.
Passons au nom de l'auteur : on écrit le plus souvent F'murr. Mais il signe aussi F'murrr ou F'murrrr. Le nom vient du roman de Hoffmann, le Chat Murr qui présente les interpolations d'un chat (!) dans le récit assez médiocre de son maître. Il y avait déjà l'idée d'une forme de débat sur l'intelligence des bêtes par ce pseudonyme programmatique et à géométrie variable. F'Murr(rr) a commmencé en détournant des contes de fées dans Au loup ! mais on voit alors que ce qui l'intéressait était le rapport entre des clichés et ce que l'on en fait, entre l'humain et l'animal.
Un fait me semble remarquable dans cette série : toutes les couvertures utilisent la montagne comme un élément graphique permettant de segmenter l'espace de la page. Que ce soit en fond, au premier plan, sous forme de cailloux ou de rochers, la montagne est toujours présente, et elle divise la page. On le voit ici avec cette pente blanche qui coupe la page en deux parties. C'est, je pense, le côté le plus audacieux de F'murr(rr) : il pense son album comme un tout, comme un concept et la couverture non marquetingue est sa marque de fabrique.
Venons en au titre de l'album proprement dit. Tonnerre et Mille Sabots sont les enfants de Paradoxe, le grand bélier ancestral. On a droit à des dialogues comme ceux-ci dans l'histoire contée par le chien sans nom :
— Notre père, le Grand Bélier Paradoxe nous accorda ce droit !
— Je me fiche du Grand bélier !
— Ça c’est dur ! Ça va chier !
— Certainement, je vous attends !
Mais Tonnerre et Mille sabots, cela fait penser à un des jurons favoris du capitaine Haddock. Il y a juste un retour à la bande dessinée d'origine certifiée.
Il s'agit d'une histoire de filiation. Comment faire de la bédé traditionnelle tout en n'étant pas traditionnel. Comment passer le relais à un nouveau personnage. Comment faire qu'il y ait une unité dans la série tout en la renouvelant. Comment écrire à partir de rien par un temps de pluie.
Ah ! il faut signaler aussi que le titre comprend un deux-points peu conforme aux règles typographiques. Il n'y a que Sagan à l'avoir osé en couverture dans Aimez-vous Brahms..
Venons-en à l'image même. Que voyons-nous ? Un troupeau de brebis sous forme de nuage. Une sorte de passé fantasmatique. Un autre troupeau de Pères Noël en bicyclette dans le ciel. Cela fait référence à l'histoire qui donne le titre de l'album puisque le clan Noël avait voulu que tout paysage blanc leur appartenait. Ah bien... On est dans une histoire de propriété intellectuelle ou territoriale, même si ce n'est pas dit explicitement. On revisite les mythologies fondatrices de civilisations et pour cela on surligne les personnages de grosses couleurs rouges (les bonnets, les luges). Qui est propriétaire de son oeuvre à partir du moment où il la divulgue ? Quelles histoires du passé invente-t-on pour passer le temps ou pour fonder un droit ? Qui sommes-nous pour croire au droit ?
10:54 Publié dans Soulever la couverture | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, langue française, droit, philosophie
jeudi, 01 avril 2010
Ma pomme devant le juge
Ce n'est vraiment pas du tout le genre de chose que j'aimerais exhiber, mais je suis l'objet d'une enquête judiciaire sur commission rogatoire. Cela fait peur et je le comprends. Un brigadier-chef (donc non OPJ et sans autorité pour mon blogue) me demande de dire si je suis l'auteur d'un commentaire publié à telle date et telle heure dans tel forum de tel magazine en ligne. Je lui réponds que je n'en sais rien puisque je ne connais ni le titre, ni le contenu. Il me réponds poliment en me donnant toute les références nécessaires. Je suis toujours très poli avec la police, parce que je ne sais jamais comment elle va se comporter.
Je découvre alors que je suis assigné en justice par un directeur de journal qui a grenouillé pendant des années à l'extrême droite et qui ne veut pas que l'on fasse le rapprochement avec les articles un tantinet racistes et anti-socialistes qu'il commande dans le journal régional qu'il dirige. Cela se produit treize mois après les faits et dites-moi où est la loi dans ce cas ? J'aime la loi, je la respecte et j'ai répondu à toutes les questions du brigadier-chef, mais il y a une chose que je n'aime pas : être soupçonné pour un délit imaginaire. J'ai énoncé clairement les connivences d'extrême droite du rédacteur en chef de ce journal et j'ai dit que certains des articles étaient d'extrême droite par leur contenu, ce serait diffamatoire ? Il me semble que l'on aurait pu réfléchir avant...
19:03 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (38) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, ump, fn, occident, politique, justice, droit
jeudi, 07 janvier 2010
Des métamorphoses judiciaires du trait d'union
Tout commence, semble-t-il, par un billet de Maître Eolas qui s'exprime ainsi.
“Il faut donc décider d’un moyen typographique de distinguer le nouveau nom de famille cumulé, intransmissible d’un bloc”, affirme notre patajuriste. Et puisque l’espace est prise, puisque le tiret est pris, la logique est donc de prendre… deux tirets.
Ainsi, Sganarelle s’appellera Sganarelle Pater—Mater.
Maître Eolas est fort compétent en droit et croit-il en typographie : il sait par exemple que le mot espace est féminin en typographie, il ne se prive pas de le faire remarquer aux ignorants qui ne l'aurait jamais remarqué. Le problème, c'est qu'il utilise un tiret cadratin à la place du double trait d'union et qu'il nomme ce signe comme un tiret (ce qu'il est par la force des choses, mais il n'est alors pas double).
Cela continue avec Pascale Robert-Diard dans un article du Monde et non sur son blogue.
Le double tiret est mort. La nouvelle de ce décès devrait être annoncée officiellement dans une circulaire de la chancellerie "dans les jours qui viennent", selon le porte-parole du ministère de la justice, Guillaume Didier.
Mais heureusement pour elle, elle ne donne pas d'exemples avec un tiret cadratin à la place du double trait d'union, comme Maître Eolas. Cela se poursuit dans Libération, par l'AFP et on a enfin l'explication du mystère.
"La solution du double tiret a été invalidée par le Conseil d'État et elle était parfois assez mal vécue par les familles", a indiqué le porte-parole du ministère de la Justice, Guillaume Didier, confirmant une information du journal Le Monde.
Le ministère de la Justice n'est pas capable de distinguer trait d'union et tiret cadratin ou semi-cadratin ! Il emploie un mot pour l'autre, comme l'immense majorité des Français et c'est repris tel quel d'abord. Pourtant, il y a une différence visuelle assez évidente entre Sganarelle Pater—Mater et Sganarelle Pater--Mater. Fort étrangement, ce sont les journalistes de l'AFP qui ont rectifié l'erreur de langage et surtout l'erreur typographique de Maître Eolas : il s'y connaissent mieux qu'en droit. Cependant, on peut douter des spécialistes du droit quand ils utilisent des mots approximatifs à la place des mots exacts et surtout des signes incorrects à la place des signes justes. Cela relativise grandement les jugements au sujet de la patajustice qui s'appuient sur la connaissance du genre du mot espace.
19:12 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : droit, justice, langue française, typographie
mardi, 04 août 2009
Allumer les feux !
Voici un panneau routier assez singulier. On le trouve en général à la fin des tunnels. Au début du tunnel, on trouve son comparse "Allumez vos feux" (sous-entendu de croisement) et on pourrait s'attendre à lire par symétrie "Eteignez vos feux", mais non...
Normalement, l'allumage, c'est l'action d'allumer ou de s'allumer. Cela prend quelques fractions de seconde dans le cas d'une lampe, plusieurs heures dans le cas d'une fusée, mais c'est une action ponctuelle, de l'ordre de l'accompli : une fois l'allumage fait, l'allumage n'existe plus comme tel. Ce n'est pas un état ou un résultat, mais un acte. Ici, le service des Ponts et Chaussées a pris le mot "allumage" dans un sens duratif qu'il ne possède pas vraiment. Il s'est surtout laissé égarer par le caractère obligatoire de ce type de panneau, car "Eteignez vos feux" aurait été aussi impératif que "Allumez vos feux" alors qu'il est possible de circuler de jour et par temps clair avec les feux allumés.
On aboutit donc à une sorte de monstre sémantique, puisque le conducteur peut éteindre ses feux et n'a plus l'obligation de les allumer, mais il ne faut pas le dire trop explicitement afin qu'il ne s'imagine pas qu'il devrait obligatoirement éteindre ses feux sur la route. Le résultat ? C'est que l'on peut croire que l'allumage dure sur des kilomètres et des minutes. C'est absurde, mais d'une logique imparable quand on regarde la réglementation. Une solution serait de circuler en toute circonstance avec les feux allumés (le panneau n'aurait donc plus de raison d'exister, comme dans les pays scandinaves, mais cela alourdirait le bilan carbone et si on peut le conseiller parfois au nom de la sécurité, une autre priorité gouvernementale aussi prioritaire interdit de le dire trop explicitement).
09:23 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, sécurité routière, législation, droit
vendredi, 19 juin 2009
La parole conative de notre divin président
Les paroles présidentielles peuvent être expliquées de bien des façons, il est possible de voir la fonction métalinguistique à l'oeuvre comme Olivier qui s'interroge sur les manifestations de sincérité, mais moi après coup, je me suis demandé quel était l'interlocuteur réel de notre divin président :
Réponse de Nicolas Sarkozy, après un léger rire: "C'était pas la peine de vous mettre à ma droite pour parler de ça, franchement.
Pourquoi la position du journaliste changerait-elle quelque chose au sens du propos ? Serait-ce une allusion à l'apologue des deux brigands qui entourent le Christ ? Le mauvais bandit était bien sûr à gauche...
Enfin écoutez c'est ridicule. Franchement, monsieur, franchement c'est ridicule.
Là, il interpelle clairement le journaliste, mais il le fait comme si celui-ci était un juge ou un procureur qui avait livré ses arguments à charge.
Pas vous, hein, je me permettrais pas, je vous respecte mais enfin écoutez.
Pourquoi "pas vous" ? Parce qu'il a dit "c'est ridicule" et qu'il a peur que l'on confonde l'attaque sur les soupçons et puis une attaque sur la personne qui pose des questions sur ces soupçons ? Er on glisse vers le public plus général après la prise à partie d'un seul qui ne rapportait pas son opinion.
Soit il y a des éléments, donnez-les nous. (Balbutiements).
Le journaliste en question n'a que les éléments établis par les juges d'instruction et répercutés par les associations de victimes. Il n'est pas un juge ou un procureur ou un avocat et il ne peut se substituer à eux. Mais on fait comme si l'on se trouvait devant un tribunal.
C'est grotesque, voilà, c'est ma réponse. Alors qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. Raisonnement: Pour son financement Monsieur Balladur aurait accepté des commissions qui n'auraient pas été payées ensuite et ça a donné Karachi… Mais enfin, respectons la douleur des victimes. S'il vous plaît mais qui peut croire à une fable pareille. Qui peut croire à une fable pareille. Et puis si vous avez des éléments donnez-les à la justice et demandez à la justice qu'ils [sic] enquêtent.
C'est exactement ce que la justice a fait et ce sur quoi le divin président était interrogé. Le journaliste en question n'a pas enquêté afin de détenir une autre vérité que celle détenue par les juges d'instruction dont il relaye les éléments.
Mais enfin franchement qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Mais, honnêtement, qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Y a 14 ans, de surcroît. On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d'Etat n'existe plus.
Première nouvelle que l'absence de secret d'Etat. Notons ici que le vous s'adresse plus au public ici qu'au journaliste.
14 ans après vous venez me poser la question: 'est-ce que vous êtes au courant de rétrocommissions qui auraient pas été versées à des Pakistanais dans le cadre de la campagne de Monsieur Balladur'. Et vous, vous étiez pas au courant non plus, non ? Vous, vous, vous étiez peut-être journaliste à cette époque, peut-être à ce moment là je vous aurais… non, mais je ne vous en veux pas mais enfin écoutez franchement. (Soupir).
Encore une fois une implication du journaliste à l'aide d'un argument particulièrement tordu, il repose sur l'implication de l'interlocuteur dans ce qu'il aurait dû forcément connaître comme son interlocuteur (puisqu'il doit être assez âgé pour avoir connu cette période). Si lui n'a pas entendu parler de commissions à ce moment-là, donc personne n'a pu en entendre parler. On apprécie le syllogisme.
Enfin, si y a un braquage à Bruxelles aujourd'hui, j'y étais… (rires dans le public) c'est incontestable."
Nicolas Sarkozy se met alors à rire avant de reprendre: "Non pardon, hein, je ris pas du tout parce que Karachi c'est la douleur de familles et de trucs comme ça… mais… qu'est-ce que vous voulez que j'aille répondre là-dessus."
Et on finit par s'adresser au public en général en feignant de répondre au journaliste.
Que retenir de tout cela ?
1) Le magnifique président tente de déstabiliser ses interlocuteurs en mettant en cause d'abord leur position. C'est une réaction primaire qui devient plus complexe ensuite avec de fausses implications.
2) Il les implique dans la fiction de son récit, même si celui-ci est totalement déconnecté de la réalité (la fable de l'absence de secret d'Etat est particulièrement cocasse et digne d'un ancien régime de l'Est).
3) Il confond le journaliste qui pose des questions légitimes et le juge qui enquête et dont le journaliste reproduit certaines conclusions provisoires. Il faut faire sortir la question du débat en confondant les personnes.
4) Il jongle sans cesse sur les pronoms comme vous (l'interlocuteur et la foule) ou on (lui ou la foule). La fonction conative est extrêmement forte dans cet extrait et je l'ai soulignée. Elle doit s'adresser à la fois au perturbateur et puis à l'audience plus générale
5) Il essaye de se mettre néanmoins l'interlocuteur dans la poche en l'exonérant d'une faute (pas vous) après l'avoir vertement admonesté, tout en pratiquant le système de la douche écossaise.
6) Il finit par une séquence émotion devant laquelle chacun doit s'incliner comme il se doit. On est sommés de se taire.
Mais répondre à des questions de journalistes sur des affaires d'Etat ne signifie pas se livrer à de pénibles effets d'avocat de tribunal correctionnel de sous-préfecture de province en croyant avoir les gros rieurs de son côté.
20:22 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, sarkozy, langue française, droit, justice, politique
jeudi, 07 mai 2009
Les petits soldats de la Sarkozie
Les militants UMP montrent qu'ils ne savent pas s'exprimer et qu'ils ignorent les règlements administratifs.
Plus loin, Philippe L***, 42 ans, de C***, retraité de l'Armée intervient en homme libre qu'il est maintenant.
« On le descend ! »
« En raison de mon droit de réserve et de mon statut, je ne pouvais adhérer auparavant. Mais sachez que tout chef qui bosse bien ou mal est critiqué quoi qu'il en soit ».
Rompez !
Le devoir de réserve n'existe pas réellement, même si on l'invoque tout le temps. Il y a des obligations diverses liées à la nature des différentes fonctions ou des différents grades : pour un militaire, l'appartenance à un parti ou à un syndicat est tout simplement interdite et il convient de ne pas nuire par ses propos ou son attitude à son administration, mais un autre fonctionnaire ou contractuel de l'Etat peut ne pas être soumis à une obligation de discrétion aussi forte que celle qui affectera son supérieur hiérarchique. Il n'empêche que certaines prises de parti fort à droite sont fort bien acceptées dans l'armée, voire encouragées, et que je n'ai pas vu souvent ce fameux devoir de réserve au cours de mon séjour en Allemagne...
Enfin... confondre droits et devoirs, voilà une attitude fort soldatesque et fort umpesque... Tellement, cela ressemble à un régime caporaliste.
18:22 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, droit, langue française
mardi, 21 avril 2009
La minute de l'agression
Notre admirable, splendide et incommensurable président l'a décidé :
"Je veux qu'on travaille pour voir dans quelles conditions la victime pourrait être traitée aussi bien que le délinquant et dans quelles conditions on pourrait voir que la victime elle aussi ait le droit à la minute de l'agression qu'elle subit", a déclaré le chef de l'Etat
Diable ! cela voudrait-il donc dire que les avocats soient prévenus avant les agressions ds leurs futurs clients afin qu'ils soient sur les lieux avant même les policiers, les gendarmes, le SAMU ou les pompiers ?
18:12 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, sarkozy, langue française, droit, justice, loi
vendredi, 20 mars 2009
Ce cadre verdoyant pour l'élaboration des projets innovants
Il y a une naïveté écologiste et régionaliste totalement ahurissante qui me fait rire jaune quand je lis ceci dans un blogue local :
Ces secteurs sont porteurs d'emploi, 28 postes nouvellement créés pour le CEF, et montre les capacités de notre région à accueillir des populations méritant toute notre attention. C'est ainsi leur proposer ce cadre verdoyant où il est possible de profiter de la nature, marche, VTT, équitation, cyclotourisme, pêche, et tant d'autres activités propices à l'accompagnement éducatif et à l'élaboration de projets innovants.
On parle d'un centre éducatif fermé et qui dit fermé ne dit pas ouvert... Centre éducatif fermé veut dire cellules, sas de sécurité, hauts murs, grillages, multiples portes et portiques à franchir, protocoles à subir. Bref, prison, prison, prison. Une vraie petite prison en miniature, mais en plus high-tech derrière son allure de blockhaus. Les activités dites éducatives se déroulent entièrement dans le centre et les éducateurs ou enseignants prennent en charge les détenus - puisque ce sont des détenus, même si on ne veut pas les nommer comme tels - de manière individuelle. Ceux-ci ne peuvent sortir du centre, filtré exactement comme dans une centrale ou une maison d'arrêt. Avec en outre vidéosurveillance et deux fois plus de personnel que de détenus, contrairement au lot ordinaire des autres prisons. La nature, la marche, le VTT, l'équitation, le cyclotourisme, la pêche, ce n'est absolument pas au programme de l'incarcération qui est vue sous l'aspect le plus régressif. Cela s'adressera au mieux aux gardiens ou à leurs enfants qui méritent donc toute notre attention... Se féliciter que l'emprisonnement des uns soit porteur d'emploi (sic) pour les autres et de développement rural est d'une forme d'inconscience qui me laisse stupéfait. J'imagine aussi bien une publicité en faveur de Clairvaux déclarant que l'on y bénéficie d'un cadre champêtre exceptionnel et que la présence de la centrale montre les capacités de la Haute-Marne à attirer de nouvelles populations qui pourront bénéficier des bois, étangs, sentiers afin de se ressourcer par des "projets innovants" (innovants par le contrôle). Ou comment les discours tout faits et préfabriqués se heurtent quand ils se rencontrent et comment devenir prisonnier des mots des autres.
20:22 | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, justice, droit, prison, éducation
mercredi, 18 mars 2009
Minority Report (The Return)
Notre magistral président vient encore une fois de plus de réinventer le fil à couper le beurre dans l'eau tiède :
"Le fait même d'être membre d'une bande doit être un délit", a-t-il déclaré, rappelant que le nombre de bandes en France est estimé à plus de 200, dont 80% dans la région parisienne.
Et cela sert donc à quoi les lois qui ont été publiées avant lui ?
La bande organisée a été définie officiellement lors de la réforme du code pénal du 1er mars 1994, dans un article 132-71 qui dispose que « constitue une bande organisée tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’une ou plusieurs infractions » ; témoignant d’une conception sévère, ce texte suppose donc la préméditation (« formé », « entente établie », « en vue de »), et sanctionne même la commission d’une infraction unique, et même constituée d’un seul fait matériel.
Pourtant, on me dit qu'il aurait été avocat et donc un peu au fait du droit avant ses actuelles fonctions fort prenantes et qu'il appartenait même au gouvernement qui avait décidé de cette réforme indispensable... Une deuxième couche sur une loi qui ne fonctionne déjà que trop bien (bonjour à Julien Coupat toujours incarcéré sans les autres membres de sa bande organisée, cela fait drôle d'être une bande organisée à soi seul), ce n'est que justice. Il ne s'est jamais rien produit en matière de maltraitement du droit à des fins démagogiques avant notre extraordinaire président. Mais tout cela a du bon : on pourra commencer à haïr des lois anciennes parce qu'il les aura reprises au mot près, tellement il est devenu haïssable par sa personne.
21:41 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : droit, politique, justice
Mon banquier m'écrit
Je reçois une lettre de mon banquier, ou plutôt de l'un d'eux. Je n'ai de comptes que dans deux banques et rien en Suisse. En effet, je suis sociétaire à la fois de la Banque populaire et de la Caisse d'épargne. Vous me direz mauvaise pioche et vous aurez raison, parce que dans deux feuillets le président de la Banque populaire à laquelle j'appartiens tient à m'expliquer que l'Etat n'interviendra pas dans son propre conseil d'administration (comme si on n'avait pas nommé à la tête de l'organisation nationale le conseiller économique du divin président), mais qu'au contraire les Banques populaires inspecteront et contrôleront Natixis (il serait un peu temps et il me semble qu'un conseiller économique de l'astronomique président était à son origine dans des conditions douteuses, c'est paraît-il le même qui va présider l'organisme commun sur ordre du mirifique président qui n'a pas laissé le choix à nos banques dites mutualistes). Mais ce qui me retient est cet alinéa : "Pour autant, la Casden veillera à ce que la loi qui fixera demain les missions de ce nouvel organe central commun, ne vienne pas remettre en cause (et blablabla)". On mobiliserait donc les députés et les sénateurs pour voter une loi sur le fonctionnement de deux entreprises mutualistes sans consulter les adhérents ? Que veut dire cette ingérence dans des affaires privées ? Où est le droit quand on impose un dirigeant qui a été à l'origne de la déroute financière de Natixis malgré une participation plus que minoriraire de l'Etat et où est l'indépendance revendiquée sans arrêt dans cette lettre si le statut des sociétés doit être défini par la loi ? Et quelle loi ? Il faudrait donc voter une loi pour justifier le coup d'Etat de la nomination du conseiller économique du splendide président afin de lui éviter de se retrouver devant un juge d'instruction ? Et l'organe central commun serait donc illégal en l'état puisque la loi future n'existe pas encore ? Mais on marche sur la tête. Et il y a des têtes qui doivent tomber.
Il n'empêche, il est possible qu'une telle loi sur la fusion des deux banques soit proposée exprès afin de sauver le conseiller économique du merveilleux président et on pourra user d'un amendement de cavalerie.
19:02 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : droit, justice, finance, économie
mardi, 17 février 2009
L'Oignon s'essaye à la diffamation
Les articles de Catherine Frey dans l'Oignon me laissent souvent stupéfait par leur côté rentre-dedans sur fond de propos de bistrot et leur aspect violemment populiste, souvent à la limite de la légalité - voire susceptibles de procès. Ainsi :
Pourquoi les loyers commerciaux rémois sont-ils si chers ? De l'avis de certains, les prix sont tenus par « une sorte de mafia pilotée par l'agence *** qui file les tuyaux aux propriétaires ».
J'ai anonymisé le nom de l'agence immobilière qui était citée textuellement, parce que je ne tiens en aucun cas à être accusé de diffamation. Rapporter les propos d'un tiers ne veut pas dire que l'on se trouve à l'abri de toute poursuite judiciaire puisque l'on n'en serait pas le premier auteur. Parler de mafia, c'est porter une accusation grave pour laquelle il faudrait des preuves, parce que la Mafia est une organisation criminelle et que la comparaison est calomnieuse. Désigner un chef de cette mafia sous le nom d'une entreprise est encore plus grave et il y a là un préjudice commercial certain du fait de l'atteinte à la réputation de cette entreprise. Cela peut se dire certes entre deux connaissances de comptoir (et je suppose que l'on raconte des choses encore bien pires dans les cafés chics de la place d'Erlon), rien ne prouvera alors la réalité de la diffamation s'il n'y a pas de témoin de la scène, mais le rapporter par écrit signifie que l'on est prêt à colporter toutes les rumeurs, et ce n'est pas la suite qui contrebalance cette déclaration :
Pour d'autres, l'explication est moins ciblée : « Les murs commerciaux à Reims appartiennent à de multiples propriétaires mais tout se sait. Si le voisin fixe un prix élevé et que ça marche, celui d'à côté s'alignera et c'est ainsi que les prix ne cessent de monter ».
Il aurait fallu rétablir le plateau en donnant la parole à l'agence accusée, ou mieux il aurait fallu ne pas en parler en termes sans équivoque, ou encore demander des preuves et mener une enquête. Mais c'est la parole brute et sans aucune distance qui compte. Comme d'habitude, les enquêtes de cette journaliste se limitent à des micro-trottoirs sans aucune reformulation, sans aucun approfondissement, sans aucun complément et on retient là le mot mafia, comme lorsqu'elle parle de communautarisme ou de tribalisme dès qu'il est question de quartiers populaires et qu'elle interroge le premier venu qui est prêt à sortir des sornettes. Mais elle reprend tous ses petits bouts d'entretiens de manière brute sans se poser des questions sur la matière dont elle dispose et sur leur réception. Je me demande alors comment on peut être journaliste ainsi.
17:45 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, justice, droit
mardi, 03 février 2009
Délation et diffamation
L'Oignon se fache contre le complexe cinématographique champignaicien et titre :
Mauvaise humeur Information = délation ?
Or, le problème ne repose pas sur une accusation de délation comme on peut le lire par la suite, mais sur un fait qui peut s'apparenter plutôt à la diffamation si l'on veut vraiment poursuivre en justice :
Nous vous laissons juges de leurs arguments (photo ci-dessous). De notre côté, nous les estimons d'une incroyable mauvaise foi. Et même mensongers. Ils nous accusent en effet de vous avoir incités, chers lecteurs, à ne plus fréquenter leur « infâme établissement ». Ce ne fut pas le cas à l'époque mais peut-être devrions-nous y songer.
Quant à établir un parallèle entre la complainte, légitime, d'une cinéphile qui s'estime flouée et vient nous en parler et le délateur qui balance ses voisins de palier sans papiers… faut vraiment arrêter le délire.
Si c'était de la délation, les faits reprochés seraient supposés réels et authentiques. Si c'était de la diffamation, les faits seraient considérés comme imaginaires et destinés surtout à commettre un tort à autrui. Or, il y a bien dénonciation de faits à partir d'un témoignage comme dans le cas d'une délation et la délation n'est pas un délit ! Mais la diffamation, si... La délation est même prévue par la loi pour se faire dans l'anonymat le plus complet lorsque les circonstances l'exigent, par exemple en autorisant le témoignage sous X dans certaines affaires où le délateur pourrait être victime de vengeance. Moralement, la délation est un comportement peu recommandable dans la plupart des actes de la vie ordinaire, mais elle peut se changer en accusation simple aussi lorsque l'on dénonce un comportement peu conforme aux règles (par exemple les habitudes électorales du couple Tiberi ou bien les déclarations de revenu du magnifique président. La connotation de délation implique dans l'imaginaire le fait que la délation serait mauvaise par nature et ici on la prend comme une action destinée à nuire, comme la diffamation ou l'accusation mensongère. Or en accusant de délation, on peut se livrer aussi à de la diffamation, surtout si l'on commet des tracts accusateurs... Ce qui n'est pas sans nous plonger dans des abîmes de compréhension.
19:41 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, droit, presse, média, médias, journalisme
dimanche, 18 janvier 2009
Des faits inqualifiables
Je tombe sur cette dépêche et je me demande ce que l'on a voulu dire :
"Le parquet a souhaité apporter à ces faits inqualifiables une réponse rapide pour montrer que la justice ne laisse pas faire ce type de faits sur des professeurs d'école ou d'autres personnels de la fonction publique", explique à France 3 Nicolas Sept, substitut du procureur.
Le problème, c'est que les faits doivent justement être qualifiés par le procureur de la République afin qu'ils soient jugés en fonction de leur gravité ou du préjudice, de déterminer leur échelle de santion. Qualifier un fait appartient justempent au devoir de ce substitut et ce délit entre bien dans une catégorie existante. Or, en apportant une réponse (comme on dit dans le jargon pseudo-technocratique), il a qualifié les faits puisque la mère en question se retrouvera en correctionnelle. Que les faits soient inadmissibles ou intolérables ou insupportables ou répréhensibles soit, mais inqualifiables, pourquoi donc ? Que veut-on prouver de plus par l'absence de qualification ? Que peut-il y avoir au dessus après un tel terme ? Est-on en manque d'hyperboles ?
14:33 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : droit, justice, langue française
dimanche, 11 janvier 2009
L'argent du contribuable et la réécriture des textes
Les versions imprimées et électroniques de l'Oignon sont souvent très différentes. Ainsi, je lis ici :
Le substitut du procureur de la République, Camille Sigriest, a fustigé les déclarations mensongères de la jeune femme «car les prestations versées sur deux ans ont été finalement assez importantes...».
Et la version imprimée dit aussi : "La prévenue doit savoir que l'on ne joue pas impunément avec l'argent du contribuable. Il requiert" etc.
Je comprends un peu que l'on ait effacé l'idiotie énorme prononcée par le substitut du procureur, puisqu'il ne s'agissait justement pas de l'argent du contribuable. Les prestations de la CAF viennent de cotisations et non d'impôts. Ce qui me trouble le plus, c'est que dans l'article en ligne, on omet tout un paragraphe sur les remboursements déjà effectués. Quand on voit les sommes importantes sur deux ans, on se dit que c'est fort peu : 11 957 euros, soit à peu près 613 euros par mois, une somme proche du revenu minimum, du minimum vieillesse, deux fois moins que le Smic. Cumulé, cela fait certes une somme importante, mais comme ne le dit pas l'article en ligne, le remboursement de 47 euros par mois, cela veut dire 254 mois de remboursement en plus de l'amende, soit 22 années de pénalités. Tout cela parce que l'on est entré dans la vie personnelle et sexuelle de la personne en question afin de savoir qui se trouvait dans son lit, que l'on attend quelqu'un de présentable parce qu'il n'aurait pas de vie afffective. L'inspection des brosses à dents dans les salles de bain a quelque chose d'infect, ne trouvez-vous pas ?
C'est fort cher payé et je comprends que l'Oignon n'ose pas dire en ligne tout ce qu'il dit sur papier. Parce qu'alors il serait un peu plus difficile de stigmatiser des prétendus fraudeurs.
15:58 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, justice, droit
jeudi, 01 janvier 2009
Le schizophrène a été repéré
L'année vient à peine de commencer que le schizophène dangereux, récemment échappé de son asile au Brésil, vient de frapper pour nous annoncer une nouvelle année remplie de promesses boufonnes et délirantes :
Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il voulait "que l'on réfléchisse à la possibilité pour les juridictions pénales d'interdire à un mineur condamné pour des faits d'incendie de véhicule de passer un permis de conduire pour des véhicules deux ou quatre roues aussi longtemps que la victime des faits ou le fonds de garantie n'a pas été indemnisé en totalité".
Ah oui ? On fait comment si un individu majeur au moment des faits veut passer un permis ? Sa situation serait-elle différente de celle d'un mineur ?
Dans ce flot d'imbécillités présidentielles et de preuves d'incompétence juridique, on peut noter quelques faits notoires :
- les crimes (puisque l'incendie d'une voiture est d'ordre criminel et non délictuel) sont d'abord le fait de mineurs ! Tout crime ne peut être que le fait d'un mineur et il y a de ce fait toutes raisons de les ficher dès l'âge de trois ans, Edvige a raison ;
- on peut légitimement créer deux catégories de citoyens selon qu'ils ont fauté avant ou après leur majorité, le Conseil constitutionnel appréciera, tout comme la Cour de justice européenne ;
- on peut mélanger réparations civiles et sanctions pénales sans se soucier le moins du monde de ce qui constitue une régression du droit de l'ordre de... euh... cela nous mène tout droit à l'Angleterre de Dickens et même plus loin dans le temps.
Et imaginons que le jeune incendiaire passait un CAP de chauffeur-routier, comment fera-t-il pour rembourser les victimes ? En acceptant un boulot de pizzaïolo sur scooter, peut-être, puisqu'il a déjà ce permis moto ? Ou en roulant en voiture sans permis afin de se rendre à la plateforme de logistique dans un hangar d'une lointaine banlieue afin d'exercer son boulot de manutentionnaire cariste ?
Mais dans quel monde vit ce schizophrène ?
Bref, en dehors de l'effet d'annonce, il ne sortira rien de tout cela. Sinon, un renforcement des angoisses des gens qui ne voient le monde que par la lucarne de leur téhèfun et puis un peu plus de manquements aux droits existants, puisqu'il faut être totalement décomplexés même si l'on va contre' la démocratie.
21:35 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : droit, politique
mercredi, 03 décembre 2008
De l'innovation
Voici ce que dit la prétendue ministre de la Justice :
"Ce serait une innovation importante dans notre droit, elle mérite d'être examinée avec beaucoup d'attention".
Une innovation que de revenir au droit tel qu'il existait avant le XIXe s. et de généraliser l'incarcération d'enfants de bas-âge alors que ce n'était permis qu'à titre exceptionnel pour les mineurs de treize ans ? En quoi le fait de poser la barre à douze ans plutôt qu'à treize ans pour un emprisonnement (et non pas une mesure éducative comme un placement en foyer) modifierait-il le sens de la responsabilité pénale des mineurs qui existe déjà, malgré ce que dit la fausse ministre ? Parce qu'il est déjà possible pour un juge d'emprisonner un mineur. La loi le permet. Mais il faut bien forcer tous les juges rouges à prendre des décisions obligatoires et automatiques.
La gardesse des Sceaux, des montres Cartier et des robes Dior n'a pas tout à fait la même conception de l'histoire que les juristes. Comment peut-on présenter comme une innovation ce qui est un retour en arrière et un détricotage des multiples révisions des lois sur les mineurs ? L'ensemble des mesures pénales ou éducatives existe déjà, mais ce que l'on veut installer dans l'opinion et dans les textes, c'est qu'il serait normal d'emprisonner un mineur et anormal de le faire à titre exceptionnel.
17:36 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, rachida dati, justice, droit
dimanche, 23 novembre 2008
Garde à vue
Une garde à vue pour actes de terrorisme dure quatre jours pleins :
Après une centaine d'heures de garde à vue vécue la semaine passée dans le cadre de l'enquête sur les sabotages à la SNCF, Mathieu B. est plutôt en forme.
24 fois 4, cela fait 96 heures. Mais le délai de signification de la garde à vue intervient après l'interpellation et il peut s'écouler un long délai avant qui n'est pas compé dans la garde à vue. De même, le délai après la signification de mise en liberté ou de défèrement devant un juge peut rallonger ce temps. C'est donc autre chose que la simple garde à vue qui est désigné : l'emprisonnement. Mais on a un langage policé, civilisé, juridique pour parler de ce qui est la privation de liberté. Et donc la centaine d'heures n'est pas une imprécision ou une approximation de langage.
12:35 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, droit, justice, police
dimanche, 16 novembre 2008
Le nom du condamné
A quoi cela sert-il d'affubler quelqu'un d'un nom tronqué lorsque l'on donne par ailleurs le nom et le lieu de son exposition ?
« L’association invite le peintre Patrick S. (ancien détenu en liberté conditionnelle) à dévoiler ses œuvres au Garage : cette exposition individuelle s’intitule “Résilience”.
Il y a des formes de respect des parcours personnels assez peu orthodoxes. Si l'on avait voulu tout masquer, il n'aurait pas fallu donner les noms qui ne sont pas ceux de l'ancien condamné, ou si l'on avait voulu tout révéler il n'aurait pas fallu donner seulement le début du nom d'un possible criminel. Mais ce serait trop difficile de faire sans cette sorte d'appât ? Pourquoi masquer le nom de quelqu'un qui a été condamné ?
23:42 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, fait divers, justice, droit, journalisme, presse
samedi, 15 novembre 2008
Les preuves solidifiées
Comme c'est dit en termes prudents :
La "cellule invisible", ainsi que se serait désigné le groupe, avait le projet "d'actions plus violentes contre des personnes", a avancé le procureur, tout en reconnaissant qu'il ne disposait pas, là, "d'éléments solidifiés, pour l'instant".
Pour l'instant, aucun élément à charge n'est vraiment solide dans cette affaire.
Le comité invisible est le pseudonyme collectif d'un ouvrage d'inspiration post-situationniste publié au grand jour dans une maison ayant pignon sur rue, disponible sur la Toile, mais il n'y a pas eu de revendications au nom de ce pseudo-groupe et rien ne prouve qu'un livre vendu en librairie et soumis au dépôt légal soit le nom d'une pseudo-organisation terroriste Cellule invisible, d'autant qu'on ne sait pas si dans ce livre se trouvent des appels aux actions reprochées (c'est vague, très vague). Rien ne prouve non plus que les personnes arrêtées ont pu écrire ce livre, même si l'un est désigné plus précisément comme la tête pensante de ce mouvement terroriste du fait de son parcours universitaire. Mais a-t-on aussi songé au fait que :
a) Le terme de cellule invisible est un pléonasme ironique et situationniste d'invention policière. Dans le langage révolutionnaire, une cellule doit forcément rester invisible ! C'est bien pour cela qu'elles ont été créées afin d'échapper à la police, contrairement aux sections du PS qui est un parti réformiste. La structure d'une cellule peut même être pyramidale, sans lieu de réunion fixe et avec usage de pseudonymes comme dans certaines structures de l'extrême gauche, mais non de l'ultra-gauche qui fonctionne en réseau.
b) L'expression cellule invisible se réfère aussi au langage d'Excel de Microsoft. Amusant, non ? On comprendra alors l'insistance sur les dix ordinateurs saisis. Comme si on pouvait les faire parler, de même qu'on pourrait faire parler des suspects. Mais dans un tel cas, on ne laisse pas des preuves de sa culpabilité sur son propre ordinateur ! (Cela pourra être d'ailleurs une preuve à charge, car on pourra s'être méfié de la mémoire de son micro et on aura préféré écrire un texte insurrectionnel ailleurs sur un ordinateur qu'on ne retrouvera pas...)
Revenons à nos "éléments solidifiés", on a trouvé des choses bizarres chez ces autonomes. Le problème, c'est qu'il est difficile de les faire parler : la soudure des fers à béton qui nécessite une soudure à l'arc par exemple, cela ne peut s'effectuer avec le matériel qui a été saisi, ce qui a été trouvé est plus propre à l'électronique... Le matériel d'escalade semble peu pratique sur une voie TGV, mais plus adapté pour une falaise ou dans un arbre (et j'imagine que tous les adeptes d'acrosports peuvent devenir suspects). Les barres de fer ne permettent guère de servir de perches vers des caténaires (d'autant que c'est très lourd, surtout en hauteur), mais cela peut être utile pour desceller des pierres dans un champ. Comment arriver à rendre solide ce qui n'est pas encore solidifié ?
Dans le bric-à-brac de preuves, je ne vois rien de solide et c'est pourquoi on parle de preuves non solidifiées. Des présomptions fumeuses fondées sur des rapprochements biscornus, des mélanges d'éléments tangibles et d'autres livresques, des confusions techniques élémentaires pour qui possède un métier. Il faudra bien des arguties afin de rapprocher tous ces éléments de preuves non solidifiées afin d'en faire une démonstration technique. Mais une fois que l'on a désigné un coupable, tout doit être mis en oeuvre afin de ne pas ridiculiser encore plus la police et la justice. Même si les preuves ne sont toujours pas plus solides, il faudra les solidifier par le verbe.
17:43 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, droit, justice, police
mercredi, 12 novembre 2008
Les belles réponses de monsieur L'Express
Cher X, faut-il vraiment vous préciser pourquoi trouver un manuel du petit inculpé (sic*) chez un paisible commerçant de Tarnac dit quelque chose sur ce qu'il est, ou en tous cas sur la manière dont il conçoit son avenir ? Bien à vous, LEXPRESS.fr
En réponse à un commentaire de cet article où l'auteur s'interrogeait sur le fait qu'un manuel au sujet du comportement en cours de garde à vue constituait un élément de preuve. Je suppose que la détention d'un code pénal ou civil serait aussi un élément à charge contre le prévenu. Nul n'est censé ignorer la loi, mais alors comment ne pas l'ignorer sinon en se documentant ? Mais en cherchant des informations sur ses droits les plus élémentaires on devient un coupable potentiel... Curieux raisonnement.
* Le mis en garde à vue n'est pas inculpé (ancien droit), mais il peut être mis en examen (droit actuel) au terme de cette garde à vue et c'est alors le rôle de la justice du parquet, non des autorités policières. Tant qu'il est en garde à vue, il ne fait pas l'objet d'une accusation publique, il doit juste répondre de ses actes éventuels et il peut être libéré au terme de cette procédure ou déféré en justice.
14:51 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, journalisme, média, presse, médias, droit, justice
vendredi, 24 octobre 2008
Sursuicidité
Le mot est une horreur langagière, la chose est encore plus horrifique, car comment serait-il normal d'accepter un taux normal de suicides en prison ou même ailleurs ? Merci à Olivier d'avoir relevé cette monstruosité qui fait honte à la langue et à un pays, du fait d'une politique pénale indigne d'un Etat civilisé, évolué et développé.
20:52 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : justice, droit, langue française, politique, ump
Infirmer et confirmer
L'erreur repose sur deux ou trois lettres :
La cour d'appel de Paris a ordonné, à cause d'une erreur d'écriture, la remise en liberté d'un violeur récidiviste présumé. Le 17 octobre dernier, Jorge Montes, un Français d'origine uruguayenne de 48 ans incarcéré à Fresnes, a obtenu de la chambre de l'instruction l'infirmation (au lieu de la confirmation) d'une ordonnance de rejet de demande de remise en liberté.
Elle est due d'abord au service du greffe - qui est un office libéral, indépendant du ministère, comme pour les huissiers - chargé de retranscrire la décision. Mais aussi au magistrat qui n'a pas relu la copie et vu le cas présenté, cela s'imposait dans le détail, à la virgule près. Une telle erreur à un si haut niveau est exceptionnelle et peut laisser pantois. Mettons que la faute - car il s'agit bien de faute de français et non plus d'erreur comme en matière d'orthographe scolaire - est due aux automatismes et à un travail à la chaîne, au rendement exigé à la justice. J'aurais du mal à croire à l'absence de compréhension des mots par le greffe. Cependant, vu le cas grave qui était présenté, la faute n'aurait jamais dû avoir lieu ou n'aurait pas dû passer le filtre de la signature. Et cela arrive sur fond de graves dysfonctionnements de la justice ou de l'administration pénitentiaire, du fait d'une politique pénale de plus en plus absurde ou aboutissant à des morts d'hommes. C'est d'ailleurs peut-être pour cela que l'on en parle aujourd'hui, alors que le même fait serait passé à la trappe en d'autres temps, si la ministre n'avait pas été un mannequin Dior et une vedette d'émisssions de confessions publiques. Car la cour d'appel aurait pu ne pas prendre le texte à la lettre, mais dans son esprit. Cela montre toute une défiance du corps des magistrats sur un fonctionnement de la justice.Pourtant j'ai souvenir de faits similaires, mais aux conséquences plus comiques et clochemerlesques.
Une personne responsable à la mairie de Champignac avait énoncé dans un règlement d'urbanisme qu'il fallait prescrire les volets et les huisseries en PVC sur des demeures anciennes à pans de bois au lieu de les proscrire. Dans ce cas-là aussi, la différence de sens ne reposait que sur une lettre et l'opposition était aussi totale. La mairie - alors fort bolchevique - avait laissé passer cette très grosse bourde dans son plan de rénovation, puis s'était rattrapée par la suite quand on s'était gaussé de la désinvolture ou de l'amateurisme de certains de ses cadres (une décision administrative peut être corrigée ou rectifiée par un texte de même niveau, pas une décision judiciaire). Le dénonciateur de la faute avait dû se fendre d'une lettre d'excuses à la personne qu'il soupçonnait d'incompétence notable, sous peine de procès en dffamation. Mais enfin... cela faisait un peu désordre. Et cela a pesé dans un bilan pas globalement positif.
On peut tenter de visser des décisions judiciaires ou administratives par le maximum de mots techniques, par une foulitude d'attendus et de formules recherchées pour englober tous les cas possibles, et puis... l'effet obtenu peut être l'inverse, du simple fait d'une inattention au moment capital. C'est ce que je nomme l'erreur de la page de couverture : l'Imprimerie nationale avait décidé de publier un livre sans aucune erreur, tout avait été révisé, relu, corrigé plusieurs fois, sauf... la page de couverture qui contenait la seule erreur d'orthographe. Plus c'est en évidence, moins on le voit. Un peu comme dans l'histoire de la Lettre volée.
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jeudi, 18 septembre 2008
La déontologie de l'Oignon
L'Oignon possède une déontologie. Enfin... disons qu'elle est surtout fort variable et qu'elle dépend des journalistes. Pour certains faits-divers, il arrive fréquemment que l'on ne donne pas simplement le nom et le prénom de la personne, mais aussi son adresse exacte, quand ce n'est pas l'étage de l'appartement. De quoi désigner à la vindicte de la foule un auteur de vols, de violences conjugales ou de trafic de drogue, ou bien comme victime potentielle quelqu'un qui a déjà subi des sévices ou des dols. Cela a quand même tendance à reculer et je découvre de plus en plus souvent des indications selon lesquelles le prénom a été changé afin que la victime ou le coupable présumé ne soient pas importunés. Cette pratique me semble légitime et je regrette qu'elle ne soit pas générale dans ce canard. Ce qui importe, c'est les faits, pas ce qui fait croire à la réalité. Mais je m'interroge sur cette précaution en fin d'article :
* Les surnoms ont été changés à cause de la grande notoriété des intéressés.
Que de précautions ! Les surnoms sont ceux de SDF. Il est vrai que les marginaux installés dans un quartier sont fort renommés. Chacun les reconnaît, les salue parfois, les cite à l'occasion. Bon... mais la notoriété ne dépasse pas la taille d'une commune, et encore... En outre, c'est bien la première fois que je vois des pseudonymes modifiés, et c'est d'autant plus surprenant que les intéressés sont décrits comme parfaitement gentils, sans aucun acte de violence à leur actif.
Ce qui est plus troublant, c'est que l'on pouvait trouver dans le paragraphe précédent ceci.
Emmanuel Pignatelli, gérant du Marché Plus de l'avenue de Laon, a déjà fait son ménage. À sa façon.
Nom et prénom, adresse du magasin. Il ne reste plus qu'à trouver son numéro de téléphone dans l'annuaire. Cela pourrait encore passer sauf que l'on peut lire ensuite :
Emmanuel a fait à l'ancienne, à la mode Tonton flingueur. « Je leur ai dit : ici c'est la Star Académy, il y a des caméras partout et le premier que je prends à voler, cracher ou pisser dans le magasin, je sors avec lui en causer sur le trottoir à coups de baffes. »
Le gérant n'est pas du genre à parler en l'air.
Ben... là, même si le SDF a commis un délit ou un acte contraventionnel, le patron de la supérette énonce clairement l'intention de commettre ce qui est en droit un crime. Et le seul fait de le dire est déjà un acte répréhensible. J'imagine sans peine les réactions à la lecture de l'article : "Il a raison ! Faut leur taper sur la gueule d'abord, on discute après ! Il est dans son droit, il peut leur démolir la tronche ! Faut pas se laisser faire, quitte à prendre le fusil !" Sauf que... toutes ces paroles peuvent entraîner aux assises ou au moins en correctionnelle si elles ne sont pas mises en acte. Et je m'étonne que l'on laisse paraître des propos délictuels en indiquant bien leur auteur, tout en voulant protéger le prétendu anonymat de SDF parfaitement reconnaissables pour les gens de leur quartier. Voilà un beau paradoxe.
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jeudi, 28 août 2008
Diffamation
Deux articles de l'Oignon (non mis en ligne) attirent mon attention et me font rire. Le tribunal administratif de Champignac fait sa rentrée et doit donc juger d'affaires qui commencent un peu à dater, comme le recours de candidats qui s'estiment lésés. Je ne remplacerai pas les juges puisque je ne connais pas le fond, mais au vu des sottises débitées par les plaignants il y a peu de chance pour que le jugement leur soit favorable. Je n'ai pas la prétention de jouer au Maître Eolas, mes compétences juridiques étant plus réduites et peu monnayables, ce qui m'intéresse c'est l'effet de langage.
Le premier - dissident de droite pour une municipale - déclare : "La loi stipule qu'il est interdit de diffuser des documents diffamatoires la veille des élections parce que la personne agressée n'a pas la possibilité de répondre." Parce que la diffamation serait autorisée auparavant et à d'autres moments ? C'est un délit, passible de la correctionnelle. A présent, la diffusion de documents pendant la durée du vote est autorisée par le code électoral sous certaines conditions, par exemple qu'il ne s'agisse pas d'un nouveau texte ou d'une réimpression d'un texte plus ancien. Ce tract reproduirait le texte d'un blogue (tout le mal vient des blogues, on le sait) qui a été jugé "diffamatoire", "insultant", "agressif" par la liste perdante. Mais alors... pourquoi ne pas porter plainte au pénal contre les auteurs dudit blogue si diffamation il y a ? Il y a bien eu plainte contre X, mais classée sans suite par la gendarmerie. On n'a donc pas trouvé les coupables ?
Le deuxième - encore un dissident de droite, mais pour une cantonale - affirme sans rire que les propos tenus par le candidat Modem "sont calomnieux et diffamatoires". Pourquoi ? Parce que l'élu se réclamait de la majorité départementale (de droite, faut-il le préciser) dans un tract et déclarait qu'il était le seul dans ce cas - puisqu'il avait reçu le soutien du président du conseil général par une lettre personnelle. Encore de la diffamation ? Mais la gendarmerie ou le greffe ouvrent grandes leurs portes... Ce candidat malheureux ne connaît pas plus que le précédent son code électoral quand il affirme "le code électoral ne prévoit pas l'usage en campagne électorale d'autres documents que la profession de foi des candidats". Il n'a rien compris à rien : les documents officiels pour le vote qui sont adressés à l'électeur sont la profession de foi et le bulletin, mais le législateur a prévu le remboursement de bien d'autres documents lors d'une campagne électorale : hébergement de blogue ou de site, affiches, films, tracts, autocollants, casquettes, t-shirts, pom-pom girls, DJ, vin d'honneur et distribution de cannabis (non, il y a des dépenses qui sont quand même refusées lors de l'examen des comptes).
On va me dire : les petits candidats de droite dissidents sont très bêtes et surtout incompétents. C'est une accusation que je ne porterai pas vu les risques encourus, mais ce qui me frappe, c'est qu'ils emploient tous les deux le terme de "diffamation" pour dénoncer l'adversaire. Qualifier les propos de l'autre comme diffamatoires, c'est les disqualifier et c'est dire que l'autre a agi de manière malhonnête et mensongère, alors qu'il n'est pas nécessaire de prouver la fausseté des opinions ou des faits dès lors que l'on intente une action en justice pour diffamation : il suffit de démontrer le tort causé à sa personne ou à sa réputation. Parler de "diffamation", cela impressionne immédiatement. Dans un microcosme comme la campagne champignacienne, dire que l'on a poursuivi en diffamation, cela pose tout de suite un homme, car personne n'ira voir ce que ce terme recouvre dans la réalité juridique.
13:56 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : politique, droit, langue française
lundi, 23 juin 2008
Le papier et ses redoutables dangers !
Faut-il légiférer sur le papier et ses auteurs ?
Qui se cache derrière un texte écrit sur papier ?
Sur les textes imprimés, on trouve de tout (des opinions, des photos, des dessins) et tout le monde (particuliers, artistes, journalistes, politiques). Outil d’expression libre et interactive au succès mondial, le papier peut pourtant poser des problèmes légaux, liés à la propriété intellectuelle ou à la vie privée. Il peut aussi être un instrument puissant delobbysme ! Pour rendre le domaine du papier plus transparent, les députés proposent d’agir. Leurs solutions sont-elles les bonnes ? A vous la parole !
« Les papiers constituent un moyen de plus en plus ordinaire de s'exprimer, tant pour les professionnels des médias que pour les particuliers », constate le rapport sur la concentration et le pluralisme dans les médias dans l'Union européenne, adopté le 2 juin en Commission Culture.Et en effet, le nombre de pages de papier a explosé dans le monde : selon certaines études, 120 milliards de feuilles seraient échangées chaque jour à l’échelle planétaire.
Cinq milliards d'alphabétisés, et moi et moi et moi…
Derrière le mot papier se cache en fait une grande variété de modèles et d'auteurs ; de l’étudiant qui tient son journal intime à l’artiste qui expose des œuvres, en passant par le journaliste qui expose ses opinions ou l’amateur de photos qui dévoile ses derniers clichés…
Tous les textes sur papier ont en commun des auteurs adressant régulièrement leurs pensées, consignes, histoires, sur lesquels les lecteurs peuvent laisser des commentaires, comme le professeur sur une copie ou le supérieur sur la note de son subordonné. Outil d’expression libre, le papier est avant tout interactif. « Les textes sur papier et leur contenu contribuent de manière fraiche et vivante à animer le paysage médiatique à multiples facettes », estime le député belge Ivo Belet (Parti Populaire Européen-Démocrates Européens). « Il ne faut pas les restreindre. Néanmoins, certaines questions légales, comme la propriété intellectuelle ou le droit de réponse, existent et nécessitent une solution appropriée ». Cette solution, le projet de rapport rédigé par la députée estonienne Marianne Mikko (Parti Socialiste Européen), tente de l’esquisser.
Des problèmes légaux à clarifier
« L'expansion (des textes sur papier) implique la nécessité d'établir des garanties légales quant à l'attribution des responsabilités en cas de poursuites judiciaires et d'établir un droit de réponse », constate le rapport adopté en commission. Il propose par conséquent d'assimiler les papiers à « toute autre forme d'expression publique ». Objectif ? Répondre à l'utilisation croissante de propos et de photos personnelles des utilisateurs, qui peut poser des problèmes de respect de la vie privée des citoyens et des personnalités publiques. Et offrir un droit de réponse sur les textes imprimés ou manuscrits, comme pour la peinture pariétale et la statuaire mégalithique (ce droit existe déjà dans plusieurs pays européen, par exemple en France).
Même son de cloche chez l’Allemand Jorgo Chatzimarkakis (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe), qui a donné l’opinion de la commission Affaires économiques et monétaires à ce sujet : « Les textes sur papiei sont des outils puissants qui peuvent représenter une forme avancée de lobbysme : imaginez les groupes de pression, les intérêts professionnels ou autres groupes utilisant les imprimés pour faire passer leur message ! Si cela n’est pas surveillé, cela peut menacer le pluralisme des médias ».
Un label qualité pour les imprimés et les manuscrits ?
« Les groupes d'intérêts financiers, commerciaux ou professionnels utilisant des textes sur papier devront être inclus dans le système de surveillance du pluralisme des médias », propose Jorgo Chatzimarkakis, qui appelle à créer des médiateurs pour l’indépendance des médias dans chaque Etat-membre. Selon lui, cela permettrait de savoir qui finance ou soutient quel imprimé ou quel manuscrit. Qui serait concerné par ces mesures ? « Tous les gens sachant lire et écrire qui représentent ou expriment plus que leur opinion personnelle sur un bout de papier », explique Jorgo Chatzimarkakis.
Une surveillance indispensable pour permettre au public de garder confiance dans les textes sur papier, qu’il considère généralement comme des « médias sincères », renchérit Marianne Mikko. « Nous avons besoin d’une marque de qualité, de révéler qui écrit réellement et pourquoi », ajoute-t-elle. Elle propose donc d’encourager la labellisation volontaire des textes écrits sur un autre support que les tablettes d'argile ou dans la pierre, « en fonction des responsabilités professionnelles et financières et des intérêts de leurs auteurs et éditeurs ». Mais Marianna Mikko n'a pas été suivie par ses collègues : sa proposition a été rejetée par une majorité de députés européens en commission Culture et elle ne figure plus dans le rapport adopté.
15:44 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, droit, europe
Tempête dans un verre de champignac (le retour)
J'ai déjà évoqué ici et là l'horrifique histoire de l'usurpation de l'identité du maire de la paisible bourgade de Sainte-Ménehould (son pied de cochon, son Jean-Baptiste Drouet sur la route de Varennes, sa statue de sainte Ménéhilde). Les faits étaient particulièrement graves et attestaient de la dangerosité de la Toile et surtout des blogues où tout est permis : on avait signé un commentaire sur un blogue du nom du maire ! Lequel se charge de poursuivre en justice le malandrin qu'il a parfaitement identifié, même si la procureure a classé l'affaire sans suite (elle a autre chose à faire avec quelques misérables histoires de voitures brûlées lors d'une émeute urbaine, ce n'est en fait qu'un prétexte de sa part).
Ledit maire outragé qu'on lui impute des propos blessants envers une de ses conseillères municipales sur un blogue (tellement privé qu'il est introuvable) avait donné des indications non nominales, mais suffisamment précises pour que son suspect se manifeste. Celui-ci réplique (l'article de l'Oignon n'est pas en ligne) :
Sans trop de courage ni beaucoup de délicatesse, Bertrand Courot, dans son entretien paru dans vos colonnes, accumule les éléments qui, sans ambiguïté, me désignent comme "coupable" livré à la vindicte populaire si ce n'est à l'échafaud.
Il rejette l'accusation et nie être l'auteur du moindre commentaire sur le blogue ultra-confidentiel de Virginie Lalaque (si vous trouvez par accident ce blogue, signalez-le). Il poursuit :
Quand on ouvre un blog, il faut s'attendre à des commentaires de ce type ; c'est le risque. Pour tout vous dire, ça ne m'intéresse pas. Je trouve que l'on est dans un bien mauvais vaudeville !
Le délit d'usurpation d'identité existe, mais dans le cas cité il est bien difficile de l'établir puisqu'il repose sur une initiale et un nom courant, sans mention du prénom complet et surtout de la qualité. Christophe Grébert de MonPuteaux a dû passer en ante-modération lorsque quelqu'un a signé un commentaire du nom de Joëlle Ceccaldi-Reynaud, votre maire, et il a été poursuivi en justice alors même qu'il avait supprimé ce commentaire dès que cela lui avait été possible. Mais l'affaire a tourné en jus de boudin. Or il était poursuivi en tant qu'hébergeur du commentaire, donc coupable, tandis que l'auteur (non identifié) du commentaire aurait été seulement le complice. Si l'on suit ce précédent, le maire (UMP, cela va de soi) devrait se retourner contre sa conseillère municipale qui risque les plus graves sanctions judiciaires - si la plainte est jugée fondée, ce qui est loin d'être le cas, après son classement sans suite.
On arrive au fond de l'affaire :
Oh, c'est très simple. Début mai, lors de la Foire aux Pieds de cochon, alors que le maire venait vers moi, j'ai refusé de lui serrer la main [cela me rappelle quelque chose, mais quoi ?]. Vexé, il m'a fait comprendre en gros que puisque je le prenais ainsi, j'aurais affaire bientôt à la gendarmerie.
On croit que Champignac ou Groland sont des mondes imaginaires, mais pourtant cela existe dans la France la plus profonde !
Il faut noter que celui qui se défend d'être l'auteur des propos en rajoute aussi dans la même touche paranoïaque que le maire :
Je déplore que la Mairie se soit dotée d'un service "d'espionnage informatique" s'intéressant aux ordinateurs des citoyens.
Comment dire les choses encore plus sottement ? On a peine à imaginer un système Echelon pour Sainte-Ménehould (5 000 habitants) et ledit maire a juste consulté les données enregistrées sur l'ordinateur de sa conseillère sans se demander si la fameuse IP qu'il exhibe comme preuve suprême pouvait être retrouvée chez le FAI du commentateur avec les heures de connexion ? Beaucoup de fantasmes, d'ignorance et de mauvaise foi de part et d'autre. C'est cela, la représentation de la Toile dans les campagnes où l'on regarde d'abord téhèfun : un monde sans loi, une source de complots, l'espionnage à tous les étages, et qui sait ? les pirates au bout du fil ! Alors qu'on est juste dans une affaire de village, assez pitoyable.
12:47 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : web, blog, internet, droit, journalisme
lundi, 16 juin 2008
L'Académie française joue au Conseil constitutionnel
Quand j'ai lu ça :
L'Académie française demande le retrait d'un texte, adopté par l'Assemblée nationale, qui inscrit la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution, et porte, selon les académiciens, "atteinte à l'identité nationale".
Je me suis dit que l'Académie qui s'est passablement couvert de ridicule ces dernières années (il n'y a guère que l'affaire Robbe-Grillet qui soit amusante dans la suite des accidents académique) aurait mieux fait de ne rien dire du tout, parce qu'elle achève de se discréditer. C'est un des corps consultatifs de l'Etat, elle est placée sous la protection du président, soit. Mais en quoi serait-elle compétente en matière législative ou plus encore constitutionnelle ? Comment une institution fondée sur la cooptotation serait-elle plus légitime que la représentation nationale ou le peuple souverain ? Il n'existe qu'un seul organe pour dire si ce texte est constitutionnel : la conseil constitutionnel où siège justement un ancien président de la République, académicien français, accordéoniste et fort talentueux romancier pornographique. Que l'Académie exprime ses réticences, sa réprobation, sa différence, je le comprends, c'est normal. Cela aurait pu se faire par un simple avis, comme à l'habitude. Qu'elle demande aux deux seules chambres élues et compétentes en matière constitutionnelle de légiférer en fonction d'une idée de l'identité nationale dont elle serait la seule dépositaire, cela me dépasse ! Cette noble assemblée n'a pas à donner d'ordres aux vrais pouvoirs élus. Comme il s'agit de toute manière d'une sorte de sommation rédigée de manière grotesque, il ne fait guère de doute que les députés et les sénateurs se feront un plaisir de ne pas aller dans le sens du Quai Conti, parce qu'ils sont soucieux de leur indépendance dans certains cas. Le résultat sera donc nul. En outre, cette petite mesurette va un peu plus cristalliser la défiance des indépendantistes de tout poil et de toute langue qui avaient accueilli la chose avec défiance. Ou bien, sentant que le projet de réforme de la constitution avait fort peu de chances d'aboutir en l'état, les académiciens se sont-ils senti pousser des ailes au point de se prendre pour une institution politique ? Mais il n'y a donc pas un seul homme politique dans ce cénacle pour dire que cette motion une sombre imbécillité juridiquement sans valeur ? Ah si ! il y a un ancien président...
14:45 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, langues, francophonie, politique, droit
samedi, 24 mai 2008
Sarkozy, marque déposée, © ® ™
La majorité des tee-shirts concernés, dont certains ont été saisis sur un marché d'Albertville, ont été commercialisés par des sociétés lyonnaise et avignonnaise dont les gérants ont été mis en examen courant avril pour "contrefaçon, détournement de marque sans autorisation", a précisé leur avocat.
Le motif me semble un tout petit peu... alambiqué. Est-ce pour éviter les accusations d'outrage au chef de l'Etat, d'injure, de diffamation ou d'incitation au meurtre ?
13:16 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, ump, justice, droit, marques
mercredi, 14 mai 2008
Du chevalier de La Barre et de son supplice
Charlie-Hebdo vit depuis l'affaire des pseudo-caricatures de Mahomet sur une rente prospère : rappeler qu'il est par excellence le journal de référence en matière de blasphème, comme si le blasphème était une marque de qualité ou d'originalité ou de liberté. La petite boutique entend donc faire fructifier son capital accumulé lors des procès et elle nous offfre un publi-reportage sur le film réalisé par Daniel Lecomte C'est dur d'être aimé par des cons, qui sera présenté à Cannes, film qui concerne (vous l'aurez deviné, vous êtes malins), la fameuse affaire des pseudo-caricatures. Rien de très grave jusque-là. Charlie exploite tous les filons contestataires en produits dérivés, l'islamiste barbu comme le Sarkozy au Kârcher. De toute manière, l'auto-promotion est une règle de base dans la presse. Passons.
Seulement, je tique quand je lis la légende du dessin géant de Riss qui montre des personnages (Jean Hus, l'amiral de Coligny, pas des tendres, Theo Van Gogh, pas un démocrate, Daniel Pearl) montant le tapis rouge des marches : "Merci au chevalier de La Barre, écartelé pour blasphème". Le blasphème est là ! Dans l'erreur historique. On n'écartelait que les régicides ! Le dernier à avoir été écartelé était Damiens en 1757. C'était le crime suprême par excellence, puisque le roi était l'oint du Seigneur, le représentant de Dieu en son royaume et qu'il tenait sa souveraineté d'une source divine, comme par magie. Le chevalier de La Barre meurt en 1766. Il partage avec Damiens le triste privilège d'être un des derniers condamnés à mort, cette fois pour blasphème. La demande de condamnation était qu'il eût la langue tranchée, la main droite coupée, qu'on le fît brûler à petit feu avant de le décapiter. Pourquoi décapiter un corps mort ? Parce qu'il était gentilhomme malgré tout et que c'était la forme officielle d'exécution des nobles, or il n'avait pas perdu cette qualité. On commua la peine en petite et grande questions, c'est-à-dire une banale brisure des membres par serrements entre des étaux, et une simple décapitation à la hache - comme il se doit. D'un côté, l'on supprimait tous les châtiments liés au blasphème (les membres tranchés), ou à une hérésie, une apostasie, la sorcellerie (le bûcher), de l'autre on maintenait une condamnation à mort sous les formes civiles du temps mais pour des raisons religieuses. Il y avait là une contradiction insoutenable d'un point de vue juridique, tout comme celle de la fausse clémence que Voltaire a relevée.
Je m'étonne que dans le journal, dont l'éditorialiste vedette ne cesse de se réclamer de Voltaire à chaque paragraphe (quand ce n'est pas de Spinoza ou de Descartes ou de Montaigne, cela dépend des semaines et de son stock de citations), on ne se soit pas dit "mais l'affaire La Barre c'est un peu plus compliqué que ça" ! Il faut passer des heures à expliquer les détails du procès, sa sentence définitive. Et en fait, on continue la même confusion du politique et du religieux, comme lorsque les rois de France faisaient écarterler les régicides au nom de leur onction divine. Mais dire que La Barre avait été décapité pour blasphème, cela ne le faisait pas, cela ne collait pas aux représentations de l'Ancien Régime, c'est un cas unique, et cela aurait fait doublon avec Daniel Pearl. Et voilà comment on a un supplice réduit à peu de chose alors qu'il nous renvoie à une société aussi complexe que la nôtre.
17:17 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : histoire, culture, politique, presse, journalisme, littérature, droit
samedi, 19 avril 2008
Comment imprimer ?
Décidément, le langage judiciaire commence à changer et à sortir des formules latinisantes, comme le montre cet exemple tiré de la correctionnelle de Champignac :
Monsieur, vous avez été contrôlé parce que votre véhicule sortait d’un parking à très vive allure, fait remarquer la présidente. Quand on a bu de l’alcool on se sent fort. Ce n’est pas la première fois. Vous n’imprimez pas.
Je ne suis pas certain que le sens métaphorique d'imprimer (comprendre, avoir conscience) soit accessible à toutes les personnes qui ne se servent pas forcément d'un ordinateur ou que ce soit vraiment plus populaire et proche du langage utilisé par l'accusé. Cela peut faire plus branché, donc plus familier et djeuns, mais en fait cela ne renvoie qu'à son propre univers culturel (peuplé d'ordinateurs) et aux références que l'on présuppose chez l'autre, lequel peut ne pas les posséder. Une sorte de petit-nègre à usage des tecis. On mime le ziva-la-mort-de-ma-mère sans se demander si l'autre ne comprendrait pas plus simplement le mot comprendre.
13:14 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, justice, droit


