vendredi, 14 novembre 2008
Vers de nouvelles conventions
Pierre Encrevé dans Non Fiction à propos des rectifications qui ont été récemment avalisées par le Robert :
Mais les Français ont toujours tendance à croire que chaque mot possède, de toute éternité, dans le ciel des idées une forme graphique unique et perpétuelle à laquelle, par on ne sait quelle magie, les dictionnaristes et eux seuls auraient accès. L'école des "noirs hussards" chers à Péguy a beaucoup fait pour enraciner et répandre cette croyance naïve, fondée sur une ignorance soigneusement entretenue parce qu'indispensable à légitimer la sélection par l'orthographe. L'orthographe est une production culturelle multiple, complexe, et continue des écrivains, éditeurs, imprimeurs, lexicologues et lexicographes ainsi que des usagers ordinaires dont les prétendues "fautes" finissent souvent par s'imposer lorsqu'elles rectifient l'arbitraire de la convention.
Je partage son point de vue, faut-il encore le dire ? Et où y aurait-il faute dans évènement ou charriot ou déciller alors que les formes antérieures n'étaient que des accidents et que des exceptions justifiées ensuite par une prétendue maîtrise de l'orthographe devenue figée, mais ne répondant ni à la cohérence, ni à l'étymologie ? L'orthographe a toujours été un instrument de pouvoir, de discrimination culturelle, mais elle a pu prendre la manière la plus absurde qui soit dans de tels exemples. L'autre était forcément inférieur, puisqu'il raisonnait logiquement et n'écrivait pas la forme conservée par hasard.
22:04 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langue française, francophonie, dictionnaire, orthographe
mardi, 08 juillet 2008
Actualités régionales
J'apprends qu'il n'existe qu'un seul dictionnaire américain, le Merriam-Webster. "Subprime entre dans le dictionnaire américain". Heureusement, on n'a pas écrit "dans le dictionnaire" de manière absolue, comme c'est trop souvent le cas. Ce qui est amusant, c'est de voir l'angle choisi par les médias pour traiter le marronnier des mises à jour de dictionnaires : chez TF1, on donne dans l'actualité des journaux télévisés via les subprimes, et puis on enrobe le tout avec quelques mots exotiques comme soju ou prosecco afin de donner une touche de légéreté et de mettre un peu l'eau à la bouche. Mais le choix de ZDNet est totalement différent : malware, webinar, fanboy ou netroots. Le public n'est pas le même, il n'a pas les mêmes attentes, le même arrière-fond culturel et les mêmes compétences de lecture. L'un ne comprendra pas de quoi parle l'autre lorsqu'il évoque un malware alors que subprime lui parlera puisqu'on lui en a déjà parlé dans ses médias à lui. Et cela deviendra donc un mot admis, puisqu'il est dans le fameux dictionnaire (peu importe alors qu'il soit américain), il est inutile de proposer une traduction en français la vérité vient des Etats-Unis et d'eux seuls. Il est un fait étrange, c'est que l'actualité des dictionnaires anglo-saxons soit aussi bien relayée en francophonie, on aimerait que l'attention soit aussi vive pour les dictionnaires italiens, espagnols, allemands, néerlandais (pour ne parler que des plus proches voisins). Pourquoi parle-t-on aussi peu souvent dans les dépêches d'agences francophones des nouvelles entrées dans les dictionnaires portugais ou polonais ou grecs ou turcs ? Je me le demande...
20:18 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : dictionnaire, langues, langue anglaise, langue française, informatique, médias, média
mercredi, 21 mai 2008
Le marquetingue viral de Reverso
J'en avais déjà fait part hier. Je m'étonnais de la présentation de la version Reverso du Littré. Cela continue.
(Paris - Relax news) - Le célèbre dictionnaire d'Emile Littré est désormais disponible sur Internet. La consultation de cette référence de la langue française est proposée gratuitement et dans son intégralité depuis cette semaine.
Les internautes amateurs de belles lettres peuvent donc désormais consulter depuis leur ordinateur cette mine d'informations qui se compose de 80.000 entrées, avec une catégorisation des différents sens et usages des mots ou expression, et quelque 200.000 citations d'auteurs comme Stendhal, Balzac, etc.
Le dictionnaire d'Emile Littré existe désormais en version numérique. Accessible gratuitement à l'adresse littre.com celui-ci propose 80.000 entrées, avec une catégorisation des différents sens et usages des mots et des expressions.
Tombé dans le domaine public depuis longtemps, le Littré est désormais accessible sur le web. Le fameux Dictionnaire de la langue française d’Emile Littré, publié à l’origine entre 1863 et 1877 par Hachette, est consultable sur le site de l’entreprise Reverso, plutôt spécialiste des logiciels de traduction.
C'est étrange... Trois articles en ligne sur cinq écrivent "désormais". Et seulement deux d'entre eux indiquent que le Littré était déjà accessible gratuitement en ligne, après avoir été en outre numérisé par les éditions Redon.
Trois textes de journaux numériques sur les nouvelles technologies qui emploient le mot désormais alors qu'il est inapproprié. Trois sur cinq qui oublient de préciser qu'il existait depuis trois ans une version plus complète et tout aussi gratuite en ligne. Tout cela sent le communiqué de presse recopié à la virgule près, mais la palme revient à un cinquième journal qui fait carrément dans la désinformation :
Reverso offre le Littré aux internautes
À l'heure où certains éditeurs tentent de donner un second souffle au Littré imprimé, le site reverso.net propose l'intégralité du dictionnaire de référence de la langue française sur Internet. Tombé dans le domaine public, l'ouvrage était déjà disponible sur support numérique payant, mais aucun site d'envergure n'avait pris les devants en le publiant gratuitement sur le Net. Il revient ici dans une version dépoussiérée et franchement pratique à utiliser.
On signale l'existence du CD-ROM de Redon, mais pas du tout celle du site gratuit de François Gannaz et, cerise sur le gâteau, on déclare sans rire qu'il s'agit de l'intégralité de ce dictionnaire ! Après avoir supprimé entre le tiers et la moitié du texte ! Le service commercial de Reverso sait faire valoir ses arguments à ceux qui n'avaient pas consulté le Littré avant. Et il assure aussi un service de veille, puisque j'ai eu droit à un commentaire venu de cette société hier, à la suite de mon billet légèrement sceptique sur les capacités de l'objet par rapport aux autres dictionnaires électroniques ou sur le respect de l'oeuvre.
Et cela marche fort bien... Je relève à cette heure quinze blogues au moins qui reprennent au mot près ces dépêches ou plutôt ces communiqués de presse. Le marquetingue viral fonctionne. Même si les perroquets en question se trompent et ne regardent pas l'objet.
14:24 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, reverso, dictionnaire, littré, pub, journalisme, web
samedi, 29 mars 2008
Les Québécois dictent leurs mots aux maudits Français
Les Québécois vont pouvoir proposer indirectement les québécismes d'usage courant qui entreront dans le Petit Larousse et le Petit Robert. Quand je dis Québécois, j'entends l'homme de la rue, le premier venu et non un lexicographe ou un universitaire, comme c'est déjà le cas. Ce sont donc des Québécois ordinaires qui feront remonter les mots qu'ils voudraient voir figurer dans les ouvrages de ces maudits Français. Il y aura cependant un double tri, d'une part avec un jury composé d'autorités linguistiques du Québec, d'autre part au niveau des maisons d'édition françaises qui conservent leur contrôle éditorial.
Si les équipes des dictionnaires français ont accepté aussi facilement (le Multidictionnaire est lui un produit purement québécois quoique traitant du français standard), c'est qu'il existe un enjeu financier important : il se vend 100 000 PLI par an au Canada sur environ 800 000 à 1 000 000 d'exemplaires. C'est le marché francophone le plus important après celui de la France, il représente 10 à 15 % des ventes et il assure la plus-value. Les gains seraient plus minimes en Suisse ou en Belgique, vu la taille des populations respectives. Pour d'autres dictionnaires courants comme le Flammarion ou le Hachette, voire le Nouveau Littré, la lutte n'est pas égale.
D'un côté, l'on a une promotion de la langue française et de l'usage des dictionnaires par cette sorte de concours. Mais d'un autre, l'on a aussi une valorisation de ses particularismes (qui peuvent parfois être bien particuliers). C'est donc ambigu, à la fois ouverture à l'autre pour être reconnu comme autre et puis expression populaire qui peut être prise par certains comme un exercice démagogique. Il y a aussi le risque de l'incompréhension : pourquoi tel mot que j'emploie fréquemment n'a-t-il pas été retenu ? Ce n'est donc pas du français, comme on me l'a souvent répété* ? Le mode de sélection des termes dans un dictionnaire d'usage n'est souvent pas très bien compris et il y a un risque de dispute langagière -- une de plus -- au Québec à ce sujet. La seconde ambigüité tient au fait que ces maisons d'édition sont avant tout des entreprises commerciales et que ce n'est pas simplement un intérêt pour la langue du pays de l'hiver qui dictera l'introduction de mots ou de sens québécois : il faut une petite dose de régionalismes pour contenter un peu toutes les clientèles, mais trop de chacune les mécontenterait toutes. Or, cette opération ouvre les vannes et peut faire croire qu'un dictionnaire n'est pas d'abord un choix opéré dans la réalité bien plus multiple. Si cela se déroule de manière pédagogique, les avantages seront supérieurs aux inconvénients, mais cela peut aussi se retourner.
* Je n'ai pas envie de m'étendre sur le sujet de la norme québécoise (en fait des normes québécoises) par rapport au français standard ou français européen débarrassé des particularismes régionaux, y compris ceux de l'Île-de-France.
17:18 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : langue française, francophonie, dictionnaire, larousse, québec, québécois
mardi, 31 octobre 2006
Que faire des crétins
«Beaucoup de garçons de café meurent sans avoir vu s'accomplir leur rêve d'établissement.»
«Le Chinois est doux, poli [sic], ami de la joie, mais poltron, vénal, vindicatif.».
D'autres perles de Pierre Larousse sont lisibles en ligne, par exemple ici (cela tourne surtout autour du sexe pour ces extraits) où on cite Que faire des crétins par Pierre Enckell (qui écrivait sur ce blogue il y a quelques mois) dans la collection Points-Seuil.
13:45 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : langue française, dictionnaire, lexique
vendredi, 01 septembre 2006
Mini-vrac
Je me demande si je ne devrais pas ouvrir plutôt une note fourre-tout pour les différents nouveaux régionalismes (Belgique, Suisse, Canada) du Petit Larousse, car d'autres articles vont paraître dans la presse de ces différents pays. C'est un marronnier, bien entendu, tout comme le coût de la rentrée scolaire, les revendications d'enseignants ou de parents, les premières impressions de bambins, les auto-satisfecit de ministres de l'Éducation nationale. Cela correspond aussi à une stratégie marquetingue bien étudiée : Larousse et Robert consacrent quelques régionalismes, les ouvrages bénéficient alors d'une publicité dans la presse locale et se vendent mieux sur place. C'est la Belgique qui ouvre la scène.
Les belgicismes faisant leur apparition, cette année, sont: accoucheuse, bidon (arranger les bidons), boîte (à tartines), brique (avoir une brique dans le ventre) et cuisine-cave.
Je ne me pose pas la question du sens de ces expressions, mais plutôt de leur place dans un dictionnaire : est-ce vraiment souvent employé ? Est-ce que d'autres belgicismes ne seraient pas plus pertinents ?
Autre actualité. Alain Rey publie une biographie de Furetière chez Fayard et on annonce aussi de sa part une histoire de la langue française chez Perrin, il en avait déjà parlé il y a quelques années. Sa retraite du Robert, puis de France-Inter lui réussit. Si le Furetière s'annonce déjà comme une référence pour le grand public, l'histoire de la langue française ne va pas de soi vu le nombre considérable d'ouvrages précédents, j'espère qu'elle sera subjective et personnelle.
Enfin, samedi après-midi, une émission d'hommage à Bertrand Jérôme sur France Culture.
11:54 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française, belgicisme, dictionnaire, Belgique, lexique
mardi, 08 août 2006
Mille milliards de mots
La nouvelle est importante, mais elle n'est guère diffusée en français pour l'instant : Google s'apprête à rendre publique sa base de données lexicales. Elle comprend plus de mille milliards de mots — mais il n'est pas précisé dans quelles langues et dans quels systèmes d'écriture. On ne sait pas non plus si cela comprend les variantes orthographiques (formes anciennes ou dialectales ou argotiques, erreurs de frappe), ni si les noms propres sont inclus dans cette base (Google ne connaît paa les différences de casse), ni s'il n'y a pas des mots artificiels ou obtenus par encodage. En tout cas, on apprend que seulement un milliard de mots sont employés plus de 200 fois. Cette base sera éditée en 6 DVD de texte uniquement. Les applications sont multiples : traitement automatisé des langues naturelles, traduction ou reconnaissance vocale ou optique, constitution d'un corpus pour des enquêtes scientifiques, commerce (eh oui ! il est important d'acheter des noms de domaines ou des mots clés qui auraient pu échapper, ou bien de cerner les présupposés de ses clients). Un autre aspect important, c'est la politique de Google : le moteur a été fortement critiqué ces derniers temps (soumission à la dictature chinoise et censure, non respsct des droits littéraires et des législations internationales avec GooglePrint, non respect des droits de propriété des agences de presse ou des journaux, très forts soupçons de tricheries dans les chiffres de ses bases de données), Google tente donc de se racheter une virginité et de retrouver un peu de sens à son slogan Don't be evil.
11:12 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : linguistique, informatique, google, traduction, TALN, dictionnaire, lexique
lundi, 07 août 2006
Mots de bouche
Je poursuis mes élucubrations linguistico-culinaires. La restauration ou l'industrie alimentaire sont à l'origine d'un grand nombre de néologismes qui ne sont pas reconnus. C'est particulièrement frappant dans le domaine des condiments. Il existe des verbes et des adjectifs correspondants qui sont dérivés d'un ingrédient. Pour les ingrédients traditionnels et de base, les formes sont anciennes et personne ne s'interroge vraiment sur leur formation : huiler, vinaigrer, saler, poivrer, crèmer, beurrer, persiller, safraner, praliner. Il existe également des mots qui apparaissent avec la naissance de la cuisine bourgeoise au début du XIXe s. (ailler, vanillé) ou de la nouvelle cuisine à la fin du XXe s. Un autre fait à noter, c'est que très vite ces mots ne veulent pas dire seulement ajouter un ingrédient, mais qu'il prennent un sens figuré et familier – preuve de leur intégration dans les habitudes culturelles.
Il existe encore tout un ensemble de mots qui ne trouvent pas de place dans les dictionnaires traditionnels. Par exemple, tomater et l'adjectif tomaté(e), On peut ainsi faire une sauce tomatée qui ne sera pas exactement une sauce tomate ou à base de tomate. De même, on peut tomater une soupe, une purée, un hachis. Mais cela va plus loin encore : une salade peut être olivée, basiliquée, fromagée. Un grammairien a écrit il y a quelques lustres que fromagé(e) n'était pas français. Il existe pourtant des tartes fromagées, tout comme oignonnées, et des gâteaux frangipanés. Dans ce domaine, les auteurs ne se demandent pas si on peut légitimement tirer un verbe ou un adjectif d'un nom de chose : ils les forgent parce que cela correspond à un geste. Bien sûr, il y a des ingrédients qui ne donnent pas de dérivés comme le thym ou le cumin (pour des raisons phonétiques), d'autres ont des noms peut-être déjà trop longs. Il y a une sorte d'infra-vocabulaire que l'on peut voir quotidiennement dans les magasins ou la restauration et qui n'a pas de réelle existence dans les usuels.
10:20 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : néologismes, lexique, dictionnaire, langue française, cuisine
mercredi, 02 août 2006
Des rectifications
Un article bien confus dans la Libre Belgique au sujet des rectifications orthographiques. J'en extrais ceci :
Une enquête a été réalisée en 2002 et 2003 (et publiée en 2006) auprès de 306 étudiants francophones (en langues et littératures romanes et classiques ou en dialectologie pour la plupart) pour déterminer le pourcentage de personnes connaissant ou appliquant la nouvelle orthographe. Résultat: les Belges viennent en tête. Un peu plus de 60 pc des étudiants qui ont répondu aux questionnaires affirment connaitre («connaître» en orthographe traditionnelle) les rectifications de 1990. Nous sommes suivis de près par les Suisses qui répondent positivement à plus de 53 pc. Viennent ensuite les Québécois à 38 pc, et enfin les Français, qui trainent les pieds avec 10 pc.
Quelques remarques sur la présentation de l'article, sur l'analyse de l'enquête et enfin sur le fond. Le titre “Les Belges maîtrisent la réforme” est faux et il contredit les conclusions. On voit qu'il s'agit d'un échantillon d'étudiants non représentatifs de la population. Ensuite, on évoque une réforme qui n'existe pas ; il y a des rectifcations avec une double orthographe possible. Enfin, l'article finit par le fait que la plupart des journaux belges (à part le Ligueur où écrit Henri Landroit, farouche partisan des rectifications) n'appliquent pas les nouvelles règles et qu'il n'y a pratiquement pas de publicité sur ces graphies.
Passons à l'enquête. On ne peut prendre au sérieux un échantillon de 306 personnes pour tirer des conclusions comme ici, ce n'est pas une mesure statistique valide pour avoir une photographie de la société. Avec un tel chiffre, il faut multiplier les questions pointues, demander des précisions, recouper les réponses, retracer les histoires, écrire des présentations. C'est un travail sociologique de fond qui va bien avec la durée de l'enquête sur deux ans, normalement un sondage est une coupe à un instant n. Le journaliste a retenu un chiffre qui l'intéressait, mais qui est faux puisque rien ne dit que la même méthode a été appliquée dans les autres pays. Ensuite, l'échantillon est bien particulier : des étudiants (donc jeunes, ouverts, informés, cultivés) qui plus est dans des disciplines littéraires (une comparaison avec les disciplines scientifiques ou techniques aurait été intéressante). Ce sont en outre ceux qui ont accepté de répondre, la marge d'erreur peut être de plus de cinquante pour cent. Enfin, la question retenue est le fait de connaître l'existence des rectifications et non pas de connaître leurs principes, encore moins de savoir les appliquer ou les expliquer. Le glissement sémantique est de taille : 80 % des Français jugent que Sarkozy est populaire, cela ne veut pas dire qu'ils l'aiment pour autant et on se moque du populo en jouant sur les deux sens de populaire. Les comparaisons avec le Québec sont d'ailleurs fausses quatre ans après l'enquête car il y a eu voici deux ans un fort mouvement pour mettre en application les rectifications dans l'administration et l'enseignement.
Parlons du fond. Cela baigne dans un gloubiboulga délectable. Tout est mélangé. Les féminisations qui sont en œuvre au Québec depuis vingt ans, en France et en Belgique depuis dix ans ; les francisations de termes anglais qui ne sont pas identiques en Europe et au Québec, et puis les rectifications. On apprend que les mots nouveaux sont apparus depuis 1993 ! Ah bon ? Il n'y avait pas de mots nouveaux auparavant ? Et que faisaient l'OQLF et la DGLF pendant ce temps ? Nos dictionnaires étaient figés depuis les Gaulois ? Quant au mélange entre les deux orthographes chez certains locuteurs comme preuve d'une non lmaîtrise, eh bien ! les deux orthographes sont admises. Certains dictionnaires, comme le Robert ou celui de l'Académie, ne retiennent parfois qu'une partie des rectifications (voir Josette Rey-Debove “Les rectifications au banc d'essai du Robert”). On peut rechigner à écrire j'argüe (1990), j'arguë (1975) et préférer j'argue. On peut aussi avoir souvent écrit interpeler, imbécilité, évènement, charriot sans connaître la réforme – et c'est la fréquence de ces prétendues fautes qui est une des motivations de certains changements.
Il reste un fait : la plupart des enseignants de français en France n'ont jamais entendu parler de ces rectifications et ceux qui en ont une vague idée ignorent souvent leur contenu.
11:26 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, orthographe, lexique, dictionnaire, presse, journalisme, statistiques
mercredi, 19 juillet 2006
Déplacement du front du rösti
Le Robert a augmenté de 50 % le nombre de ses mots suisses, mais ce n'est pas exactement au goût de son expert :
« Les définitions que j'ai fait parvenir au Robert étaient très brèves, et en plus elles ont été charcutées ! » Le linguiste déplore des changements effectués sans son accord, et le fait d'avoir même découvert des fautes.Par exemple le «vengeron» est décrit comme un poisson du lac Léman et de « Neufchâtel ». Ou alors, la transcription phonétique du mot « rösti » est fausse (avec « s » au lieu de « ch »), comme dans les précédentes éditions, alors qu'André Thibault l'avait corrigée. Ironie du sort, si l'on pense au poids de ce mot-là dans ce pays.
Malheureusement pour lui, la prononciation en France est rosti ou reusti le plus souvent et au masculin, alors que c'est reuchti et au féminin en Suisse (et souvent en Alsace).
14:37 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, lexique, suisse, dictionnaire, helvétismes, prononciation
mercredi, 14 juin 2006
Marronnier de la branchitude
Ça y est ! Après le marronnier sur les sujets de philosophie au baccalauréat (je me demande d'ailleurs si je ne devrais pas consacrer un billet à ce genre d'articles ou de reportages tellement c'est caricatural), voici qu'arrive l'autre qrand marronnier de la fin juin : les mots entrant dans les nouvelles éditions des dictionnaires. Par dictionnaires, il faut entendre les deux dictionnaires familiaux standard : le Petit Larousse et le Petit Robert. Hachette, Flammarion, connais pas ! Cela fait à chaque fois un article déjà tout prêt puisque la liste des nouveautés se trouve dans le dossier de presse. Et à chaque fois, je me demande quels sont les mots qui sont sortis pour faire de la place. Je rêve d'une sorte de Larousse ou de Robert du type L'Obsolète, mais où les mots seraient classés selon leur année de décès et qui prendrait vraiment tous les mots défunts depuis les origines. Un autre aspect déplaisant de ce rituel consacré à la consécration, c'est l'idée que le mot existe, devient légitime, vraiment officiel pour beaucoup s'il est vraiment enregistré dans un de ces deux seuls ouvrages de référence, comme s'il n'y avait pas d'autres sources d'autorité, comme si l'usage ne comptait pas, comme si les autres ouvrages ne comptaient pas, comme si l'esprit critique ne comptait pas. Le dernier aspect et le plus déplaisant, c'est cette sorte de course aux mots nouveaux, dans l'air du temps, qui collent à l'actualité et qui sortent parfois très vite. Ce travers hérité de l'imitation commerciale des dictionnaires anglo-saxons fait que ces deux dictionnaires perdent de leur crédibilité à force d'accueillir tout et n'importe quoi.
Pierre Assouline a eu l'exemplaire ou le dossier de presse avant les autres, et il s'y colle. Le volume doit paraître demain jeudi. Cela donne :
Parmi les 60 000 mots qu'elle contient, les nouveaux concernent surtout l'informatique (blog, cybermonde, URL, USB) et la médecine (addict, insulinodépendant, toxicodépendance). Sans oublier les mots déjà anciens mais qui prenant un sens nouveau (intégrationniste, souverainiste). Le souci d'exhaustivité a amené les éditeurs à nous offrir en prime les recommandations officielles de la Délégation générale à la langue française, histoire de vérifier que ce sont bien celles qu'on ne respecte pas justement : bloc-notes pour blog, mentor pour coach et message multimédia pour MMS.
Aucune remarque sur le registre de langue d'addict, cela passe comme une lettre à la poste, et en outre addict ne concerne pas simplement la médecine, c'est du jargon branché pour toutes sortes de choses : la télé, le foot, la sarkomania. Une petite pique justifiée contre la DGLF, mais n'y a-t-il pas quelque chose sur les québécois (cyber)carnet ou blogue (comme on l'écrit en ces lieux aussi) ? Mentor pour coach est nettement insuffisant, les recommandations proposent bien d'autres équivalents. Ceux-ci sont beaucoup plus usuels et moins littéraires, moins pompeux, mais quand on veut dénigrer à peu de frais on use de raccourcis trompeurs. MMS, comme SMS, est une marque déposée et pas un nom commun, cela doit être précisé dans une parenthèse. Je me demande d'ailleurs si la différence est bien faite entre le minimessage (SMS, Texto ou une autre marque) et le message multimédia, si même ce scripteur est capable de la faire. Bref, c'est une critique très légère, juste démago comme il faut. Ah ? Et que dit-on pour podcast et videocast, au fait ? Il serait un peu temps de se remuer à la fin !
11:59 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : langue française, linguistique, lexique, dictionnaire, néologisme, anglicisme


