samedi, 23 janvier 2010

Plantu et le coup du lapin

Dans le journal de référence, le dessinateur de référence s'exprime ainsi, selon son interviouveur :

Concernant la censure, Plantu, dessinateur au Monde, aime raconter cette anecdote : "Qu'importe que, sur un bateau, il soit interdit de prononcer, selon la superstition, le mot "lapin". Je me fiche de dire au capitaine le mot "lapin", du moment que je peux dénoncer les conditions d'exploitation de l'Indonésien qui est dans la soute." Manière de dire que s'il faut dénoncer les interdits, plutôt que d'achopper dessus, le plus efficace est de les contourner.

Plantu confond deux faits différents. Les lapins - considérés autrefois comme rongeurs étaient interdits sur les navires -, mais on pouvait parfaitement les nommer, puisqu'ils n'inspiraient pas de peur sauf celle de voir le navire infecté par des maladies à cause des déjections ou que la nourriture disparaisse et soit souillée. Le mot qui était interdit était le mot "corde". Parce que la seule corde du navire servait à pendre les mutins ou à leur faire subir le supplice de la cale mouillée. Toutes les cordes d'un navire à voile ont un nom particulier selon leur taille et leur emplacement, sauf une. Celle qui se rapporte à la torture et à la mort. On ne parle pas non plus de corde dans la maison d'un pendu. Cette superstition liée au mot s'est aussi étendue au théâtre, puisque les premiers machinistes qui travaillaient dans les cintres des théâtres classiques étaient à l'origine d'anciens marins qui pouvaient manoeuvrer des machineries complexes afin de faire descendre le char des dieux sur Terre. C'est resté comme une tradition, et comme on ne comprend plus ce qu'est le théâtre ancien ou la marine à voile, cela permet de parler de choses en apparence absurdes. 

Pourquoi alors évoquer la fausse peur du mot "lapin" chez les marins ? Celui-ci évoque l'idée de l'innocence et de l'insouciance pour le lecteur moyen qui ne voit là qu'un adorable nouvel animal de compagnie, un personnage de cartoons ou bien un bon plat. Ah ! comme il devient sympathique le lapin avec nos représentations contemporaines ! Mais en posant le nom "lapin" comme interdit, Plantu peut se permettre de dire qu'il dénonce les véritables interdits non dits, ceux qui seraient à fond de cale comme l'Indonésien (version moderne de l'esclave noir) qui travaille dans la soute à charbon ou qui est convoyé clandestinement. Il oppose ainsi faussement le haut et le bas, le faux (en haut) tout en superstition et le vrai (en bas), le mot (lapin) et la réalité (l'Indonésien caché), l'interdit apparent et l'interdit porteur de sens.

Or, en fait, c'est bien le mot "corde" qui était interdit et pour des raisons bien plus graves que le simple fait d'avoir peur d'un lapin ou d'un mot ! Il s'agit de l'interdit suprême, celui que l'on pose sur le nom de la mort et surtout de la mort indigne que l'on ne saurait jamais désigner comme telle. On se trouve dans une situation bien pire que celle de la simple exploitation de la misère humaine : dans le cas où des hommes avaient un droit de vie et de mort sur d'autres hommes, qu'ils soient sur le pont ou dans la cale. Est-il si anormal que des marins aient conservé le souvenir si anormal ? Cela les rend-il moins humains ? Interdit-on encore les lapins ou le mot "corde" dans les embarcations surchargées pour réfugiés ou émigrés clandestins ? Proscrit-on les mêmes choses dans les navires poubelles sous pavillon bananier ? Je ne crois pas. On n'y parle pas vraiment français, ou à peine. Ces expressions ne voudraient rien dire sur ces navires, d'autant que la plupart des Français ne les comprennent plus, Plantu le premier. La réalité a si peu changé en si peu de siècles alors que les mots de la réalité ancienne se sont perdus dans la confusion et l'autojustification.

mardi, 14 avril 2009

Pour Pierrre Etaix (one more time)

Je ne peux que répondre favorablement à cette invitation de demander à voir (ou revoir comme dans mon cas puisque cela a été un de mes enchanteurs d'enfance) enfin les films de Pierre Etaix."Le 28 novembre 2008 à notre grande surprise, les  auteurs se voyaient refuser le droit de procéder à la restauration de leurs films (une restauration pourtant jugée urgente et dont le financement était assuré)." Depuis Christine Albanel a été sourde et aveugle, tellement elle était occupée par la loi imbécile d'Hadopi condamnée par des socialistes dissimulés derrière des rideaux et des colonnes dans des couloirs. Comment peut-on interdire l'accès à l'un des plus grands clowns, scénaristes et cinéastes français alors même que se déroule une rétrospective Tati à la Cinémathèque ? Les auteurs de la pétition demandent que l'on invite au moins deux personnes afin d'obtenir 50 000 signatures afin de peser un peu plus que les 16 000 actuelles, cela n'est pas inaccessible et il faut qu'Etaix rentre enfin dans le patrimoine culturel et que cesse le scandale d'un auteur qui ne peut plus être vu alors qu'il est simplement humain. Je trouve honteux qu'on interdise en France au nom de raisons marchandes et contre son gré l'un des plus grands auteurs d'images de ce pays (au fait, il n'a pas sa Légion d'honneur et il ne porte pas de Rollex, cet Etaix inconnu ?)

vendredi, 13 mars 2009

Le mystère de la date d'anniversaire du Petit Nicolas

La date de naissance du Petit Nicolas ne cesse de reculer. On fête ses cinquante ans et puis on découvre qu'il est apparu en septembre 55 jusqu'à avril 56 sous forme de bande dessinée :

Le Petit Nicolas est d’abord une bande dessinée publiée en 1955, sous la signature de Sempé et sous le pseudonyme d’« Agostini » pour Goscinny. Vingt-huit gags (une page par semaine) paraissent dans Le Moustique, un hebdomadaire édité par les éditions Dupuis.

Puis qu'en fait le personnage existait déjà dans le même hebdomadaire sous forme de dessins humoristiques :

Le Moustique, un journal belge, m’avait demandé un dessin humoristique avec un petit garçon. Je l’avais appelé Nicolas en voyant une publicité pour les vins Nicolas. Chaque semaine, j’apportais mon dessin du Petit Nicolas à l’agence World Press, qui le transmettait au Moustique. C’est là que j’ai rencontré René Goscinny [responsable de l'agence parisienne, distincte de la bruxellloise].

Or il se trouve qu'en 1955, Goscinny est licencié de la World Press suite à une fronde syndicale (Charlier et Uderzo l'accompagnent en démissionnant). Et c'est après que Goscinny signera provisoirement Agostini dans plusieurs journaux qui étaient servis en bandes dessinées et articles par la World Press. Il ne conservera pas ce pseudonyme ensuite et il n'en usera pas dans des journaux qui ne sont pas liés à la World Press comme Tintin. La création sous forme de bande dessinée correspond au moment où Goscinny risque de se retrouver au chômage (il n'a pas encore repris Lucky Luke avec le Juge, il n'a pas commencé à collaborer à Tintin avec Modeste et Pompon ou Oumpapah ou à fonder ses propres journaux surtout publicitaires). L'animation du Petit Nicolas en BD était fort probablement un coup de main temporaire de Sempé à Goscinny qui se retrouvait dans la dèche et qui était interdit de publication dans un cercle de presse - ce que Sempé se garde bien d'évoquer du fait de sa très grande pudeur sur son passé et de son respect envers les silences légendaires de Goscinny, écorché vif. En outre, il rétablit un peu la vérité historique au delà de l'épisode commercial actuel (un film, un nouveau recueil, un anniversaire, un prénom trop dévoyé aujourd'hui par de mauvaises plaisanteries) en montrant comment le personnage a pris naissance peu à peu. Le Petit Nicolas revient en 59 sous la forme que nous connaissons du conte illustré lorsque Sempé commence à être reconnu et repris comme dessinateur et que Goscinny a lancé avec fracas Pilote qui devient provisoirement un succès d'édition. C'est alors le signe d'une revanche contre les mauvais coups et on date alors le début de la saga de là. De quand datent les premiers dessins du Petit Nicolas sans texte de Goscinny ? Je n'ai aucune idée, sauf que cela date du début des années 50 quand Sempé est monté à Paris. Et au fond quel rapport entre Reiser et Sempé ?

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vendredi, 16 mai 2008

Dessine-moi un mouton

On se souvient de l'affaire du mouton noir figurant sur les affiches du parti xénophobe suisse UDC. Cette affiche avait été reprise par le parti néo-nazi allemand NPD.

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La métaphore est claire. Les moutons représentent le peuple. Le mouton noir représente l'étranger ou le délinquant, puisque l'accent est mis sur la sécurité intérieure.

L'affiche a également été reprise par la Ligue lombarde, le mouvement le plus extrémiste et raciste de la coalition Berlusconi. Graphiquement, les trois affiches se ressemblent, l'italienne figure l'étoile des régions de la Padanie et les couleurs vertes de l'Italie. Les moutons ont la même disposition, dans les trois cas une bordure sépare la couleur du blanc. Il y a opposition entre une masse et une marge. La marge est un ailleurs indéterminé, laissé en blanc. C'est hors du cadre. Ce qui est valorisé, c'est le pouvoir de la masse,  du troupeau de moutons, en jouant sur l'aspect innocent que l'on prête aux agneaux blancs et sur les connotations liées à cet animal.

 

 

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Cette affiche a fail l'objet de nombreux détournements de la part des opposants à l'UDC, comme cette affiche de POP, le parti communiste suisse (il existe des Suisses communistes, aussi incroyable que cela soit). Ici, le mouton ceint de son drapeau national et identitaire est exclu. Mais on conserve l'idée d'un groupe uni.

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Or cela peut faire penser à une célèbre affiche de Mai-68 qui a été revue pour le festival Furies qui se tient cette année.

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Il existe de nombreuses variantes de l'affiche de 68. Comme c'est une sérigraphie, elle a été tirée en plusieurs couleurs, mais tout en conservant un fond uni.  L'affche de Marianne Pasquet rompt avec cette tradition, elle montre un mouton à front renversé et en bichromie. Ce qui était intéressant dans l'affiche originale, c'était que les moutons avançaient dans le sens contraire de la lecture. Ils vont en arrière. C'est une masse indistincte, on ne voit pas les yeux aux contraires des affiches racistes, la spirale des cornes cache leur regard, ils avancent sans voir vers où ils se dirigent. Notons que les moutons précédents étaient sans cornes, pour être plus innocents. Le mouton représente ici la passivité, la soumission, la bêtise ordinaire, l'anonymat de la foule. L'affiche de Furies reprend cette idée, mais en introduisant un élément perturbateur et coloré qui va à contre-courant. En cela, il y a une opposition similaire à celle des affiches précédentes. Cependant le mouton rouge rentre dans le cadre formé par le troupeau, il se trouve pris dans la masse. Le choix du détournement de l'affiche de 68 n'est pas gratuit, vu les innombrables pavés qui remplissent les librairies en ce moment, il justifie d'ailleurs le choix de la couleur rouge associée à ce moment. L'opposition n'est pas simplement entre singularité et uniformité, mais aussi entre nouveauté et tradition, manifestation ponctuelle et monotonie. C'est la grande récup' de 68 vu cette fois sous l'aspect festif et non plus revendicatif (les détournements des affiches de 68 par E. Leclerc jouaient plus sur ce présupposé au sujet de 68).  

mardi, 04 décembre 2007

Turbulences

c5eaaa3eb85220bf2cc656a1cff582e4.jpgVous voyez cette voiture et vous vous demandez comment écrire son nom. Il s'agit de la Turbotraction ou Turbot-Rhino, ainsi nommée non parce qu'elle est équipée d'un moteur turbo, mais parce qu'elle sort des usines Turbot et que l'on suppose qu'il existe un monsieur Turbot qui devait avoir un lointain rapport avec monsieur Talbot.

Mais en allant voir le blogue de Tarrin, je vois un article du Parisien où la Turbot devient une turbo. Horreur et infâmie ! C'est montrer que l'on n'a pas lu la Corne de rhinocéros ou Spirou et les héritiers ! Et je retrouve la même erreur dans un grand nombre d'articles de presse ou de billets de blogues, je renonce à les recenser. On semble s'être dit que le nom ne pouvait pas être le même que celui d'un poisson, mais pourtant c'est le cas. Tout se perd, les jeunes générations ne savent plus rien... Et le vintage est une cause perdue d'avance ! 

jeudi, 25 octobre 2007

Vous reprendrez un peu de Martine ?

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mercredi, 24 octobre 2007

Encore Martine !

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Toujours Martine

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jeudi, 27 septembre 2007

Martine n'est pas nunuche

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Regardez bien cette illustration de couverture d'une célèbre série d'albums illustrés et ô combien gentillets ! Il y a un détail anatomique qui a échappé au dessinateur et qui aurait pu inspirer les auteurs de ces détournements de couvertures (lien obtenu par un article de Libé, mais la référence circule pas mal sur la Toile). Les parodistes n'ont pas remarqué ce détail. Alors quel titre proposez-vous ?