dimanche, 15 février 2009

Moi, je

J'ai peine à croire que de tels propos aient été tenus par l'actuel ministre de l'Education nationale :

D'ailleurs, on me dit "les universités ne voudront pas préparer les étudiants à cela"  ; vous savez, moi je recrute 14 000 personnes ; on va les trouver les gens pour passer nos concours. Et aujourd'hui, un professeur sur deux qui est recruté par moi, n'est déjà pas passé par des systèmes de formation des maîtres. Il a tout simplement une licence ou une maîtrise, et il se présente à nos concours et il les a. Donc moi je n'ai pas absolument besoin d'entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. Je suis recruteur. Je définis les concours dont j'ai besoin. Je garantis la formation professionnelle des personnels que je recruterai. Après, chacun nous suit, ou pas.

Passons sur l'idiotie à propos d'un enseignant sur deux qui ne serait pas passé par le système de formation des maîtres - cela ne concerne guère que des agrégés pour lesquels ce n'est pas une contrainte, des lauréats du concours de la troisième voie (ni externe, ni interne) qui est en voie d'extinction depuis quelques années, des enseignants du privé sous contrat et puis des contractuels ou vacataires qui n'ont justement pas passé ou réussi les concours, mais que l'on recrute afin d'enseigner moins cher et plus souplement qu'un titulaire. En additionnant le tout, on doit bien obtenir quelque chose qui se rapproche un peu des 50 % , mais en comptant dedans des gens qui pour la plupart n'appartiennent pas à la fonction publique, soit parce qu'ils ont opté pour le privé sous contrat, soit parce qu'ils sont dans un régime précaire et qu'ils n'ont pas passé ces fameux concours !

Mais ce qui me laisse bien plus pantois est l'emploi constant du pronom personnel ou de de l'adjectif possessif à la première personne du singulier : que je sache, mon ministre n'est pas le propriétaire de son ministère et les enseignants ne sont pas ses gens de charge ou de domesticité ! Un enseignant n'est pas recruté par lui, mais en son nom ou plutôt parce qu'il est en charge d'une fonction parfaitement révovable par l'actuel monarque. Le ministre n'est que le dépositaire d'une charge, il ne peut parler de son domaine d'activité comme si c'était une entreprise qu'il aurait créée (et même un chef d'entreprise doit rendre des comptes à son conseil d'administration, ses associés ou à ses actionnaires).

Ce type de discours me paraît totalement délirant : on est dans le mélange des genres le plus complet, comme si le ministre se vivait en chef d'entreprise qui se vivrait lui-même comme un paysan propriétaire prêt à engager des ouvriers agricoles pour la récolte. Mais à quelle époque vivons-nous ? A celle de son maître qui abuse lui aussi de la première personne du singulier.

 

dimanche, 14 décembre 2008

Des chiffres et des lettres

J'aime bien la désinformation du Fig Mag qui prétend lutter contre la désinformation :

Ainsi donc, Xavier Darcos voudrait diminuer le nombre d'heures de cours en seconde ? Faux : il n'y en aura ni plus ni moins qu'aujourd'hui.

La réalité, c'est ça :

La nouvelle classe de seconde prévoit 27 heures d'enseignement hebdomadaire, au lieu de 28,5 en moyenne aujourd'hui, et très fréquemment 35 heures selon les élèves et leurs options.

Pourtant l'Express n'est pas un journal à la solde des syndicats (forcément politisés) et de l'ultra-gauche (qui ne rêve que de renverser le pays).

27 heures comme plafond de tous les enseignements et pas une heure de plus. Or on ne peut diminuer le volume des heures d'enseignement obligatoire (21 heures dans la réforme, 25 heures actuellement sans les SES qui rejoindraient le tronc commun et qui pèsent 2 h 30 dont une heure dédoublée) qu'en abaissant le volume de certains enseignements, dont le français (actuellement à 4 heures communes, 1 heure de module par quinzaine ou 1 heure semaine par enseignant, plus 1 heure de soutien individualisé). On ne baissera pas le nombre des heures obligatoires, mais il y aura bien eu deux heures de français supprimées sur six pour un enseignant de lettres en lycée ! Soit un poste sur trois supprimé à plus ou moins long terme (même si on va atténuer les effets immédiats en proposant des heures de soutien pour compenser l'horaire). Il n'est pas possible de caser tous les enseignements obligatoires dans les 21 heures sans dégâts. Or, il y a dix ans, avant la précédente réforme (due à ce cher géophysicien pataphysique brouillé avec la langue française) il y avait bien 6 heures pleines et obligatoires. C'est un tiers du temps d'enseignement du français qui va disparaître au lycée.

On sait comment cela commence et on se doute comment cela finira. On propose des dédoublements ou des heures pour le soutien. Fort bien ! Et puis ces heures disparaissent à la réforme suivante puisqu'elles ne font plus partie du tronc commun. En collège, le volant devrait être pour les classes de 5e à 3e de 4 à 5 heures, et on s'aligne sur le niveau le plus bas afin de récupérer des heures d'IDD ou de soutien. Or, avant la réforme Bayrou, le volume horaire était de 4,5 heures en 4e-3e (et même bien avant, 5 heures enseignant du fait des groupes) et de 5,5 heures en 5e (6 heures enseignant). On rogne sur les heures communes pour proposer des heures de remédiation ou d'aide ou de soutien que l'on rebaptise de noms pompeux et de sigles obscurs et ces heures sorties du tronc commun serviront ensuite à déshabiller un peu plus la discipline. Parce que les classes de sixième à quatre heures de français, c'est pour bientôt. Après, on proposera encore de nouvelles heures d'aide et de soutien, prises toujours aux mêmes endroits, puisque le niveau a encore continué à baisser dans les disciplines pour lesquelles on a supprimé des heures.

Et ainsi de suite...

lundi, 31 mars 2008

Lettre ouverte à Xavier Darcos

Ce matin, j'ai voulu lire un billet complet du Bondyblog, billet complet puisque je n'en avais que les premières lignes dans mon agrégateur. Ce billet contenait des propos hautement subversifs, terroristes et dangereux comme on peut le constater ici. J'ai alors vu sur la page suivante un avertissement qui me disait que la page que je demandais ne pouvait être affichée parce qu'elle ne présentait pas d'intérêt pédagogique ou technique. Et c'était signé de l'équipe TICE de l'académie de Champignacie. Ben oui, je naviguais depuis mon lieu de travail, un établissement d'enseignement secondaire.  Je connaissais ce type d'avertissement, puisque mon premier blogue (chez Monblogue.com) avait fait l'objet d'une même interdiction au bout de trois semaines d'existence (j'avais eu le tort de le consulter depuis mon établissement de l'époque et un petit chef -  qui avait vu cela - s'était empressé de le faire placer en liste noire, valable dans toute la France, car il avait dû trouver mes plaisanteries sur le langage de Raffarin un peu déplacées). Cela porte un nom (je joue ici de la figure préférée du divin président), cela s'appelle de la censure. Parce qu'il n'était même pas question d'écrire ou de commenter, mais de lire.

En quoi le Bondyblog peut-il déranger l'Education nationale ? Peut-être parce qu'il parle d'elle comme ici ou ici. Et encore ou . Mais ce n'est pas la seule raison. C'est un blogue qui parle de la (ou des) banlieue(s). Avec des rédacteurs qui portent des noms pas tous du modèle Jean Dupont. Un blogue créé d'abord par des journalistes suisses (!) durant les émeutes de novembre 2005 lorsqu'un magnifique futur président couvrait la responsabilité des policiers dans la mort de deux jeunes grillés dans un transformateur électrique. Puis ce blogue est devenu collectif, pris en charge par des gens issus des banlieues. On se dit alors que le Bondy sent très fortement le terrorisme islamiste ou la vindicte de la part de la "racaille" qui veut casser du keuf ! Que nenni ! Ce blogue possède un partenariat avec Sciences-Po Paris dans le cadre d'une augmentation de la mixité sociale de cette école et celui de la création d'un Sciences-Po Paris II en banlieue, il intervient par le biais de son association dans des lycées classés en ZEP (zones d'éducation prioritaires), l'association a des statuts déposés en préfecture comme la loi l'indique, elle anime une école du blogue ! Si avec ça, ce n'est pas d'un intérêt pédagogique... Oui, mais... on va me dire que les commentaires peuvent être insultants, racistes, diffamatoires, etc. 1) Ce blogue est sévérement modéré. 2) Il y a une fonction d'alerte pour des commentaires litigieux comme dans tout blogue de presse qui se respecte (on aimerait voir cette fonction mise en oeuvre dans les forums du Figaro qui dépassent souvent en niveau d'âneries, d'intolérance et de xénophobie le pire des Skyblogs tenu par un skinhead). C'est un blogue responsable et je dirais même exemplaire de ce point de vue-là.

Bref, je ne comprends pas que l'on m'interdise de lire le Bondyblog depuis mon bahut, qu'on l'interdise à mes élèves, pas franchement favorisés et avec un avenir pas très reluisant, qu'on leur interdise cet autre regard sur ce qui est aussi un peu leur monde mais vu d'ailleurs et autrement, qu'on les empêche aussi de voir qu'il y a d'autres choses dans le blogage que d'écrire Kikoo LOL MDR. Oui, cela parle de sujets qui fâchent : chômage, misère sociale, culturelle, architecture idiote des années 60 (mon lycée gagne la palme dans cette catégorie), absence de structures collectives ou commerciales, suppression de postes d'enseignants, sans-papiers pourchassés, ségrégation sociale ou raciale, bêtise crasse des supporteurs du PSG, mais aussi de découvertes, d'expérience. Ce n'est pas en jouant à la politique de l'autruche que l'on peut éviter ce genre de questions : ou il y a information et débat (étant entendu que celui qui lit débat aussi en lui-même et se transforme), ou il y a conflit et violence. Je ne sais si le Bondyblog est interdit dans toutes les académies de France, un avis de mes collègues me serait nécessaire à ce sujet. Et puis, je sais que mon ministre a été aussi blogueur, mauvais blogueur certes (il reproduisait ses discours anciens) mais blogueur quand même, alors monsieur Darcos entre blogueurs, vous devriez faire un geste : que le Bondyblog puisse être accessible dans toutes les écoles de France, parce que sinon ce n'est pas la peine de permettre de lire les autres blogues ou de vouloir demander d'initier des élèves de lycée à l'argumentation. Il suffira de leur demander de regarder les journaux de TF1 pour se forger un sens critique. Monsieur le ministre, rétablissez le Bondyblog partout dans toutes les écoles de France, pour qu'on ne puisse pas dire que vous avez été le censeur d'un blogue respectueux de toutes les règles républicaines. C'est votre propre image qui est en cause alors et je pense qu'elle se trouverait grandie si vous faisiez un sort aux petites manoeuvres des petits chefs trop zélés.