mercredi, 02 juin 2010
L'impératif culturel
Il s'agit d'un nouveau style gouvernemental. Les principales manifestations du ministère de la Culture sont débaptisées et renommées depuis disons le début du deuxième mandat de Jacques Chirac. Or, je trouve que cela utilise surtout une tournure : l'impératif.
— La Fureur de lire était devenue Lire en fête. Et maintenant, c'est À vous de lire ! cette année (après avoir été supprimée l'an dernier et déplacée cette année à une période inopportune). Elle vient juste de se terminer sans aucune vraie politique de communication du ministère à ce sujet, tout s'est vraiment passé en catimini afin qu'aucun bibliothécaire ou documentaliste ou libraire ou enseignant ne sache que cela avait lieu. Comme si l'on avait eu honte d'avoir tué la Direction du livre et de la lecture dans ce ministère...
— La Semaine de la francophonie devient avec Dis-moi dix mots ! comme sous-titre qui sera amené à devenir le nom dans les écoles.
— La Fête de la musique créée dès 82 est devenue Faites de la musique !
— On a créé Rendez-vous dans les jardins ! (Belle initiative que j'approuve par ailleurs.)
— Et aussi Entrez dans la danse ! Autre création relativement récente. Notez tous les points d'exclamation...
Mais il y a une sorte de tropisme. Quelque chose qui ne va pas. Je sais que Philippe Muray s'est passablement moqué de l'Homo Festivus. Ou Finkielkraut de ce goût pour le divertissement obligatoire de l'ère Djâck. Cependant, il se manifeste bien plus ouvertement aujourd'hui avec ces différents changements de noms et ces créations. On est passés à l'ère du cynisme pleinement assumé.
C'est un peu étrange de retrouver partout le même impératif pour des fêtes qui devraient d'abord être des moments de liberté et de réjouissance. Il y a là un paradoxe : nous devrions nous sentir libres de venir ou non et on nous impose de lire, de jouer, de nous promener, de danser, de parler à notre guise, mais seulement dans le cadre qui a été défini par le pouvoir souverain.
Cette transformation des noms des manifestations culturelles est à mon avis une marque importante d'un régime décrié qui utilise ces occasions comme soupapes de sécurité. Amusez-vous dans ce que nous avons organisé ou sinon la police sera là pour réprimer vos apéros Facebook, vos manifestations et vos grèves. Comment conduire un peuple comme des moutons ? En s'adressant à lui comme à des moutons ! Nous sommes généreux et nous nous adressons à vous directement, ce que les régimes précédents n'ont pas fait. Il y a comme une atmosphère de Panem et Circenses qui ne me plaît guère. Et dans tout cela traîne l'impératif. Je n'aime pas trop.
15:35 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, langue française, politique
samedi, 10 octobre 2009
Exclusif ! les grands entretiens du Petit Champignacien
Dans la série "Les grands entretiens du Petit Champignacien", nous annonçons la parution prochaine d'un DVD contenant cette série de discussions avec d'éminentes personnalités de la scène culturelle, politique et médiatique française. C'est le premier volume d'une collection destinée à sauvegarder les paroles des personnages qui font de la France un pays incomparable par son sens de la tolérance, du bon goût, de l'honnêteté, de l'élégance et du raffinement dans l'art du dialogue.
Ma rencontre de blogueur avec Nadine Morano, 15 juin 2009.
Ma rencontre de blogueur avec Henri Guaino, 23 juin.
Ma rencontre de blogueur avec Frédéric Mitterrrand, 9 juillet.
Mon entretien de blogueur avec Philippe Val, 16 juillet.
Mon entretien de blogueur avec Bernard-Henri Lévy, 22 juillet.
Ma rencontre de blogueur avec Valéry Giscard d'Estaing, 22 septembre.
Ma rencontre de blogueur avec Alain Duhamel, 23 septembre.
Ma rencontre de blogueur avec Alexandre Adler, 24 septembre.
Ma rencontre de blogueur avec Jean Daniel, 1er octobre.
Mon entretien de blogueur avec Christophe Barbier, 4 octobre.
Ma rencontre de blogueur avec Alain Finkielbraut, 10 octobre.
Bonus :
Un entretien exclusif avec Amélie Nothomb, 7 juillet 2006.
Le podcasting exclusif de ma boulangère, 22 octobre 2006 (en mode Loïc Le Meur et Nelson Monfort à la fois).
Les interviouves (à peine imaginaires) sont dans une liste un peu fourre-tout, les carabistouilles, donc j'ai tenu à les en sortir par un billet qui peut servir de référence. Je ne sais encore qui j'interrogerrai ensuite : Eric Zemmour, Jean-Luc Godard, Gérard-Alain Slama, Franz-Olivier Giesbert, Christine Angot, Jacques Chancel, Laurent Joffrin, Philippe Sollers, Jean-Pierre Raffarin ? La liste des prétendants est longue.
15:01 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, culture, médias, politique
jeudi, 09 juillet 2009
Ma rencontre de blogueur avec Frédéric Mitterrand
Afin de conforter ma situation de blogueur très influent et souvent repris dans les médias en ligne ou cité par tous les apprentis blogueurs qui veulent gagner en notoriété, authority de Technorati, classement de Wikio, invitations de Vendredi, abonnements de Netvibes, ReTwittages, mentions dans les pages saumon du Figaro, je me suis décidé à rencontrer le nouveau ministre de la Culture. En effet, on ne peut devenir un blogueur influent que si l'on rencontre un personnage influent et si l'on rapporte son entretien inédit.
LPCI : Monsieur Mitterrand, je suis heureux d'être reçu par vous dans ces superbes appartements de la rue de Valois qui dépassent en prestige la villa Médicis.
FM : Je suis particulièrement heureux de recevoir un blogueur aussi influent que vous dans ces lieux prestigieux et de discuter librement et à la bonne franquette autour d'une choucroute républicaine et citoyenne. Remarquez combien je suis plus simple que mon oncle...
LPCI : Encore une choucroute ! Déjà chez Nadine Morano et Henri Guaino...
FM : Que voulez-vous ? Mon directeur de cabinet m'a recommandé de ne surtout pas servir de pizza à des blogueurs, parce que cela donnerait trop l'impression d'être dans la culture hacker et du logiciel libre. Je dois donner l'impression que je suis chiraco-compatible tout en portant le nom de Mitterrand, et comme j'ai peu de goût pour la tête de veau, j'ai préféré aller au plus simple. Vous voyez, je peux vous comprendre, moi aussi je pirate les codes des représentations sociales.
LPCI : Justement parlons de la loi sur le piratage, s'il vous plaît.
FM : Ah ! quel ne fût pas le malheureux destin de cette pauvre loi Hadopi I, trop vite chargée par tous les vils courtisans de sociétés informatiques, tous occupés à dénigrer cette nouvelle princesse auprès des malheureux députés incompétents trop prompts à croire toutes les rumeurs ou de ceux plus corrompus qui sont stipendiés par l'industrie du logiciel libre. Que de complots d'agents de l'étranger n'ont pas été tramés durant ces riches heures d'histoire contre la liberté du commerce qui ne fait qu'un avec celle de l'esprit qui ne fait qu'un avec le gouvernement auquel j'appartiens et qui serait sans esprit sans moi. Dans l'esprit corrompu et décadent de ces assemblées, l'on a vilipendé les accoutrements de cette malheureuse princesse Hadopi I qui n'avait comme seul tort que d'être trop libre et trop nouvelle dans un monde agonisant qui se mourait de manière funèbre, funéraire et funeste dans la déliquescence, la dégradation et la déréliction de son miroir renvoyant tel celui du Portrait de Dorian Gray la triste vérité sinistre, sombre et malheureuse de son destin inéluctable et fatal : "Non ! tu n'es pas la plus belle en ce royaume !"
LPCI : Où voulez-vous en venir ?
FM : Il faut imaginer ce qu'aurait pu être le sort de Hadopi I si elle n'avait pas été victime des chauffards du Conseil constitutionnel et si son destin n'avait pas été fracassé sous un pilier de la Déclaration universelle des droits de l'homme comme celui de Diana jadis, il y a longtemps, autrefois, il y a tellement longtemps ! Que n'aurait-elle pu faire tellement elle était dotée de dons par ses marraines-fées, Franck Riester, Christine Albanel, Denis Olivennes, Alain Minc et ce grand souverain qui est si magnanime ? Oui, on l'a assassinée de façon meurtrière, criminelle et mortelle, mais heureusement une nouvelle Hadopi nous est née. Voyez donc comment cette tragédie est dramatique ! Combien avons-nous été de témoins éplorés et pleurant devant cette figure magnifique et grandiose qui symbolisait tout ce qu'il y avait de plus symbolique pour les grands républicains amoureux de la royauté et des royalties ! Que n'aurait-on dit contre nous si nous n'avions pas agi afin de réserver des revenus de rente à ceux qui en possédaient déjà plus qu'assez ! Cette pauvre et malheureuse princesse Hadopi I dont la pureté virginale, mariale, immaculée et immarcesible était restée d'une blancheur candide d'aube aurorale malgré tous les pires tourments que lui avaient infiligés les vils courtisans socialistes, trotskystes, linuxistes crypto-anarchistes et autres communistes castristes, guévaristes ou chevazistes avait été cependant souillée d'une tache indélébile que rien ne saurait jamais effacer puisqu'ils avaient cru l'abaisder au plus bas de leur propre abjection. Mais heureusement, il était des esprits purs, comme moi, qui ne pensaient qu'à sauver le sens même de la civilisation et de la culture de manière purement désintéressée, gratuite et sans regarder aux frais de fonction.
LPCI : Qu'est-ce à dire ?
FM : Avant de décéder d'une mort funèbre, funeste et funéraire, bien entendu malheureuse et due à des forces obscures autant qu'inconnues ou mystérieuses, la princesse Hadopi I avait prévu de donner naissance à une héritière Hadopi II qui est presque son portrait craché et qui porte tous les espoirs de la pérpétuation de la dynastie afin de donner de belles images autorisées et de source légale au bon peuple. Notre devoir républicain, c'est d'assurer cet avenir futur à cette princesse qui permet de faire croire que l'on va plus respecter la constitution et les droits fondamentaux, ces institutions malheureuses et décadentes.
LPCI : Je vous remercie infiniment de cet échange fort utile.
FM : Mais je vous en prie, toute la choucroute décadente a été pour moi.
17:49 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, culture, web, internet, hadopi, frédéric mitterrrand
dimanche, 28 juin 2009
Flowers for Algernon
Voilà un écrivain dont j'ignorais l'existence :
Il [William Thery] découvre des perles signées Montesquiou, Pierre Louÿs, Algernon ou Swinburne.
Swinburne, j'avais entendu parler de lui et j'ai quelques opuscules avec sa signature dans ma bibliothèque. Mais Algernon, c'est du nouveau. Et que l'on ne me dise pas que Swinburne se prénommait par hasard Algernon ! Il y a longtemps que j'attendais le journal intime d'une souris qui devient d'un coup très intelligente, puis de plus en plus stupide.
19:01 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, presse, média, médias, culture, sf, fantastique
lundi, 22 juin 2009
Pause cérébrale pour Aillagon
L'ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon - actuel président du domaine de Versailles après Albanel - aime étaler sa culture et surtout s'étaler avec des couenneries. Voici ce qu'il écrit dans son blogue à la date du mois dernier.
Au retour de Metz, je m’arrête, avec mes deux compagnons de voyage à Sainte Ménehould. Je leur propose de leur faire goûter un pied de cochon, spécialité locale. Nous nous attablons dans un bistrot. J’y suis reconnu par le député de la circonscription, Benoît (sic) Apparu, qui vient me saluer… Être reconnu à Sainte Ménehould, c’est tout un programme… Il est vrai que nous étions sur la route de Paris et non sur celle de Verdun via Varennes. J’en profite pour rafraîchir la mémoire historique de mes compagnons : la fuite du Roi, l’arrestation, le retour à Paris.
Passons sur le fait que la rencontre totalement fortuite entre deux personnalités du même parti politique dans une sous-préfecture de 5 000 habitants et dix cafés ou restaurants est un peu téléphonée. Mais je vois surtout que s'il a bien enseigné l'histoire, il ne connaît pas du tout la géographie. La route de Sainte-Ménehould à Verdun ne passe nullement par Varennes qui se trouve plus au nord et la route de Verdun dans ce bourg mène bien à Paris : c'est la même. Les chemins pour se rendre à Varennes en revanche sont doubles, par la Haute-Chevauchée ou par les Isletttes - c'est pourquoi Drouet a pu prendre un raccourci et devancer la lourde berline royale. Si le roi Louis XVI est passé à Varennes, c'est parce qu'il voulait se rendre à Montmédy qui se trouve au nord-ouest de Verdun, plus près de la frontière et qu'un passage par Verdun lui aurait fait effectuer un détour considérable. Tout cela sent le billet de blogue lourdement didactique, mais en fait fort confus et convenu. Mais cela fait si bien...
22:36 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, géographie, culture, politique
dimanche, 22 mars 2009
Le français décomplexé
Pour clore la semaine de la langue française, le Parisien fait l'éloge du splendide orateur qu'est notre président de droit divin. Florilège de ses hautes paroles fort bien mesurées dans une prose scandée que n'auraient pas reniée Bossuet ou Chateaubriand :
« Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts… »
« On se demande c’est à quoi ça leur a servi ? »…
« On commence par les infirmières parce qu’ils sont les plus nombreux. »

Reproduction d'un objet dangereux, archaïque et inutile qui ne vaudra jamais une Rolex.
Signalez gratuitement et anonymement à vos amis policiers les possesseurs d'une de ces armes.
12:33 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, langue française, sarkozy, culture, littérature
vendredi, 01 août 2008
Mythologie du livret A
Voici une étrange image que j'ai vue dans Libération.
Analysons. Nous avons affaire à une image issue d'une banque de photos prêtes à l'avance pour convenir à toutes sortes de sujets d'actualité ou de dossiers plus généraux. Elle n'a donc rien d'original, mais elle semble convenir à l'article qu'elle illustre.
On voit partout la mention Livret A qui est fort parlante à tous. Mais il y a un problème : le livret A se nomme Livret bleu au Crédit mutuel et était de couleur... bleue. Le rouge en question est celui des Caisses d'épargne dont on a bien pris soin de masquer le logo en forme d'écureuil en superposant les livrets de manière à éviter la raison sociale en bas (elle demeure cependant un peu lisible pour deux livrets aux extrémités). Le rouge est bien entendu un rappel de l'emblême de l'écureuil, bien parlant pour les Français ordinaires, puisque l'écureuil est considéré comme un animal qui accumule des provisions pour l'hiver (d'où l'idée fausse selon laquelle Tic et Tac de Walt Disney seraient des écureuils). Un livret rouge parle plus qu'un livret bleu. Cela rappelle des souvenirs d'argent de poche déposé chaque mois, de l'inspection des pièces d'identité par un oeil suspicieux et de gros mécanographes qui inscrivaient la nouvelle somme en faisant beaucoup de bruit.
Seulement, il y a un problème. Le livret A (et je crois le livret bleu) est entièrement dématérialisé ! Il n'existe plus que sous la forme de fichiers informatiques ! Bien mieux, le bilan des comptes n'est plus délivré automatiquement, il n'y a plus de récapitulatif du calcul des intérêts chaque mois. On est entré dans une ère de gestion plus rationnelle où chaque sou compte (mais d'abord ceux du banquier qui s'épargne de la main d'oeuvre humaine). Parce que faire et refaire les comptes et le calcul des intérêts, puis les retranscrire, cela prenait beaucoup de temps et ne permettait pas de gagner de l'argent sur d'autres produits plus rentables.
Nous avons donc ici une image qui renvoie à un passé depuis longtemps révolu, celui où l'on pouvait voir dans un objet précieux le produit de ses économies et où cet objet concrétisait une forme d'accomplissement personnel. Mais si cet objet - le livret sous sa forme physique - n'est plus, il parle encore à la mémoire de la plupart. On ne peut décemment pas représenter une liste informatique ou une carte de retrait pour figurer le changement des Livrets A ou bleus. Cela ne voudrait rien dire, on pourrait tout penser. On fait donc appel à une sorte de lieu commun à la fois très reconnaissable (la couleur rouge) et masqué (pas d'écureuil, pas de nom de banque).
17:18 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : photographie, langue française, économie, journalisme, presse, culture
dimanche, 18 mai 2008
L'occupation préférée d'Hervé Chabaud
Quand Hervé Chabaud - l'Alain Duhamel des champs de betteraves - n'éditorialise pas avec force points d'exclamation et d'interrogation, il se pique d'histoire. Il faut savoir que l'histoire pour Hervé Chabaud se résume en un seul fait : la guerre ! Hors de la guerre, pas d'histoire. Et quand il s'agit de guerre, autant faire dans la seule, la vraie, il faut qu'elle soit mondiale ou sinon cela n'a pas d'intérêt. Il n'est pas question pour lui de critiquer des ouvrages frivoles comme le roman ou la poésie, il faut des livres sérieux à offrir aux lecteurs afin de montrer qu'il n'est pas là pour se divertir, mais pour s'instruire.
Hervé Chabaud s'est donc attaqué à un volumineux (570 pages) pavé au titre fort austère : 1940-1945, Années érotiques. Grande période de référence pour ce "quotidien issu de la Résistance" qu'est l'Oignon. Et Hervé Chabaud se cultive donc (un peu comme les betteraves) en évoquant le stupre, la luxure, l'homosexualité, les lupanars, les images de la virilité, le culte du corps masculn, les plaisirs de la chair (sic). Il faut bien intéresser le lecteur en le rassurant néanmoins sur le fait qu'il s'agit d'abord de quelque chose de sérieux, l'histoire, la vraie, donc la guerre, laquelle permet ensuite de profondes réflexions en forme de questions à la Chabaud.
Il n'est pas de bon texte d'Hervé Chabaud sans des questions dont on se demande à quoi elles peuvent bien conduire tellement leur formulation est alambiquée (en fait, c'est pour faire comme s'il entendait élever le débat, mais on ne voit pas trop vers où). Ainsi : "Est-ce à dire que cela conduit à tous les débordements et que dans les salons fréquentés par Stéphane, Cocteau, Marais ou autre Genet, la frivolité et la drague des beaux blonds de Berlin est d'actualité [en 1940] ?" Voilà un joli balançage de noms qui est censé faire son effet. Sauf qu'il y a plus que quelques petits problèmes.
Les quatre noms évoquent des homosexuels qui sont plus ou moins célèbres et qui n'ont jamais fait mystère de leurs préférences. Seulement, les salons fréquentés par Jean Genet jusqu'à l'envoi du Condamné à mort à Jean Cocteau en 42, c'était les cellules de prison ! Après, ce fut aussi le parloir, jusqu'à ce que Cocteau demande sa libération. Genet était un minable délinquant, condamné pour des faits de droit commun peu graves, mais il n'a pas eu le loisir de s'extasier sur la beauté des Aryens à cette époque. En outre, par la suite, il ne semble pas avoir été un familier des salons, loin de là. Passons.
C'est plus dérangeant dans le cas de Stéphane dont le nom ne doit rien dire à la quasi totalité des lecteurs de l'Oignon qui prendront cela pour argent comptant. Il s'agit de Roger Stéphane. Or là, il s'agit d'un homme qui fut durant sa jeunesse proche du Parti communiste, qui s'est engagé dans la Résistance dès 41 (avant le PCF donc), qui a compté ensuite parmi les gaullistes de gauche, mais surtout qui était juif et qui a passé trois années de sa vie en prison, malgré une évasion. Voilà bien des faits qui pouvaient le faire pencher pour une collaboration amoureuse avec les Nazis ! Encore heureux qu'Hervé Chabaud, tout fier de sa litanie de noms d'homosexuels célèbres ayant vécu sous l'Occupation, n'ait pas ajouté Max Jacob à sa liste. Là, cela aurait fait un peu désordre.
10:51 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, littérature, histoire, culture
mercredi, 14 mai 2008
Du chevalier de La Barre et de son supplice
Charlie-Hebdo vit depuis l'affaire des pseudo-caricatures de Mahomet sur une rente prospère : rappeler qu'il est par excellence le journal de référence en matière de blasphème, comme si le blasphème était une marque de qualité ou d'originalité ou de liberté. La petite boutique entend donc faire fructifier son capital accumulé lors des procès et elle nous offfre un publi-reportage sur le film réalisé par Daniel Lecomte C'est dur d'être aimé par des cons, qui sera présenté à Cannes, film qui concerne (vous l'aurez deviné, vous êtes malins), la fameuse affaire des pseudo-caricatures. Rien de très grave jusque-là. Charlie exploite tous les filons contestataires en produits dérivés, l'islamiste barbu comme le Sarkozy au Kârcher. De toute manière, l'auto-promotion est une règle de base dans la presse. Passons.
Seulement, je tique quand je lis la légende du dessin géant de Riss qui montre des personnages (Jean Hus, l'amiral de Coligny, pas des tendres, Theo Van Gogh, pas un démocrate, Daniel Pearl) montant le tapis rouge des marches : "Merci au chevalier de La Barre, écartelé pour blasphème". Le blasphème est là ! Dans l'erreur historique. On n'écartelait que les régicides ! Le dernier à avoir été écartelé était Damiens en 1757. C'était le crime suprême par excellence, puisque le roi était l'oint du Seigneur, le représentant de Dieu en son royaume et qu'il tenait sa souveraineté d'une source divine, comme par magie. Le chevalier de La Barre meurt en 1766. Il partage avec Damiens le triste privilège d'être un des derniers condamnés à mort, cette fois pour blasphème. La demande de condamnation était qu'il eût la langue tranchée, la main droite coupée, qu'on le fît brûler à petit feu avant de le décapiter. Pourquoi décapiter un corps mort ? Parce qu'il était gentilhomme malgré tout et que c'était la forme officielle d'exécution des nobles, or il n'avait pas perdu cette qualité. On commua la peine en petite et grande questions, c'est-à-dire une banale brisure des membres par serrements entre des étaux, et une simple décapitation à la hache - comme il se doit. D'un côté, l'on supprimait tous les châtiments liés au blasphème (les membres tranchés), ou à une hérésie, une apostasie, la sorcellerie (le bûcher), de l'autre on maintenait une condamnation à mort sous les formes civiles du temps mais pour des raisons religieuses. Il y avait là une contradiction insoutenable d'un point de vue juridique, tout comme celle de la fausse clémence que Voltaire a relevée.
Je m'étonne que dans le journal, dont l'éditorialiste vedette ne cesse de se réclamer de Voltaire à chaque paragraphe (quand ce n'est pas de Spinoza ou de Descartes ou de Montaigne, cela dépend des semaines et de son stock de citations), on ne se soit pas dit "mais l'affaire La Barre c'est un peu plus compliqué que ça" ! Il faut passer des heures à expliquer les détails du procès, sa sentence définitive. Et en fait, on continue la même confusion du politique et du religieux, comme lorsque les rois de France faisaient écarterler les régicides au nom de leur onction divine. Mais dire que La Barre avait été décapité pour blasphème, cela ne le faisait pas, cela ne collait pas aux représentations de l'Ancien Régime, c'est un cas unique, et cela aurait fait doublon avec Daniel Pearl. Et voilà comment on a un supplice réduit à peu de chose alors qu'il nous renvoie à une société aussi complexe que la nôtre.
17:17 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : histoire, culture, politique, presse, journalisme, littérature, droit
samedi, 03 mai 2008
Au bon vieux temps d'autrefois
Dans l'Oignon d'aujourd'hui (que vous ne pourrez pas lire en ligne, car la rédaction n'aime pas mes billets un peu ironiques à son sujet), je découvre ce texte sur la Haute-Mère-Dieu.
Un certain Marc P*** rachète l'immense bâtiment datant du XIIe siècle, mais n'exploite que la galerie commerciale.
Le malheur, c'est que rien dans ce bâtiment composite n'est du XIIe s. : il y a juste une façade XVIIIe s. qu'Alexandre Dumas (ou son nègre) a fort apprécié dans la Route de Varennes et puis rien d'autre ! Le reste est pur XXe s.
Mais cela continue :
Les étages supérieurs, un hôtel depuis le XVe siècle, sont laissés à l'abandon.
Oui, certes... Mais les murs ne sont pas de cette époque et l'hôtel en question n'occupait pas cette superficie d'une largeur d'îlot ou d'un pavé de maison. Il était moins imposant, sauf quand notre illustre Dumas s'y est rendu afin de faire son reportage. Il s'agit de vendre un immeuble datant de la plus haute Antiquité en lui attribuant des lettres de noblesse alors que cet édifice est plus récent que les dates avancées. Certes, il faut conserver les beaux frontons XVIIIe s. avec leur architecture théâtrale qui me remplit d'admiration, mais ce n'est pas la peine de parler d'autres siècles pour émouvoir le pékin qui va s'imaginer que l'on construisait comme ça dans une sorte de vague Moyen-Âge !
11:57 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, histoire, culture
jeudi, 20 mars 2008
Révélations royales et impériales
Dans Charlie-Hebdo (j'ai de mauvaises lectures et on va me tomber dessus de droite comme de gauche), je lis la chronique de Cavanna. J'aime bien Cavanna, même s'il joue un peu trop au Cavanna et s'il tourne un peu réac. Là encore, il nous refait le coup du petit Rital Cavanna qui nous parle de son père Luigi Cavanna, lequel était... je vous le donne en mille ! originaire du même village que Lazare Ponticelli, le fameux dernier poilu si bien honoré par la sarkozye ces derniers jours. Incroyable ! et Cavanna apporte les preuves en citant ses livres autobiographiques qui parlent de ce petit village italien d'où viennent donc deux grandes figures françaises.
Seulement, cela se complique ensuite quand il veut décrire le contexte historique et géographique, il faut dire qu'il a des vues un peu cavalières sur la réalité des époques.
Qu'est-ce que Bettola ? Un infime village accroché aux pentes d'un torrent, le Nure, qui coule au fond d'une vallée profonde à qui il a donné son nom, la Valnure. Vous trouvez tout ça sur la carte, à vingt kilomètres au sud de Plaisance (Placenza), dans l'ancien duché d'Emilie-Romagne où régna Marie-Louise avec son amant Naundorff tandis que son Napoléon de mari pourrissait à Sainte-Hélène, n'oubliez pas le guide, s'il vous plaît.
Mon sang ne fait qu'un tour. Naundorff, c'est le nom de l'un des prétendus dauphins de France, un de ceux qui déclaraient être Louis XVII ! Marie-Louise d'Autriche aurait-elle donc couché avec un membre de la famille royale française (même d'ascendance plus que douteuse) ? On aurait donc l'alliance des deux familles ennemies, avec une nouvelle branche des Bourbons ? Que nenni, son amant et futur mari se nommait Neipperg, bonhomme à peu près aussi sympathique que le soudard Napoléon.
Bon... et puis, Cavanna aurait pu parler plutôt de la fiction de la dynastie de Parme dans la Chartreuse où les faits sont contemporains de la vie de Marie-Louise. Car ce n'est pas par hasard que Stendhal a installé son intrigue dans cette sorte de non-Etat qui est un condensé de tous les Etats possibles.
C'était le billet Point de vue-Images du monde du jour.
17:31 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, histoire, culture, littérature
samedi, 01 mars 2008
Le secret mystérieux et énigmatique de la dalle ésotérique des Vosges
135 vues en une semaine pour ma plaisanterie au sujet des écritures anciennes et mystérieuses ! Mon record pour mes photographies ordinaires, saugrenues ou intrigantes. Comme la moitié de ces affichages ne s'est fait que durant les deux premiers jours, je publie un nouveau billet afin de faire gonfler les statistiques un peu plus et d'atteindre le sommet de FlickR avec trois fois rien... Une vieille dalle sur laquelle on posait des outils métalliques, tranchants et pesants. Puis... comme les signes d'une autre écriture à l'instar d'un disque de la Grèce ancienne que je ne nommerai pas.
20:16 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : humour, langue française, histoire, culture
samedi, 26 janvier 2008
Le silence ou le vacarme
Moins vous avez de mots et moins vous avez de monde à contempler, à aimer, à penser, moins donc vous savez être seul et silencieux. La langue heureuse meuble le silence, la langue racornie conduit au vacarme.
09:28 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : langue française, francophonie, politique, ump, sarkozy, culture
dimanche, 11 novembre 2007
Du mensonge en histoire
Nicolas Sarkozy a également déposé une gerbe devant la plaque commémorant la manifestation, le 11 novembre 1940, d'étudiants qui avaient décidé de commémorer la mémoire de leurs pères malgré l'occupation allemande et avaient été fusillés.
Selon Reuters.
Mais en fait :
Par petits groupes, en chantant « la Marseillaise », en criant « Vive de Gaulle », ou en lançant des slogans hostiles à l'occupant et à Pétain, des milliers de jeunes montent à l'Étoile, le soir du 11 novembre 1940. Appuyant la police française, les troupes nazies chargent. La répression est violente. Le nombre des blessés est inconnu. On dénombre plus de cent arrestations. L'Université est fermée, le recteur Roussy est révoqué. Les responsables des organisations étudiantes sont convoqués par le directeur de l'Institut Allemand qui, menaçant, leur reproche de compromettre l'œuvre de collaboration de Pétain.
Oui, appuyant la police française laquelle appliquait l'ordre de l'Etat français de ne plus commémorer cet événement. On peut chercher aussi les étudiants fusillés, il n'y en eut qu'un seul car tous les autres ont été soit emprisonnés, soit déportés : Claude Lalet qui faisait partie des otages de Chateaubriant à côté de Guy Môquet, soit deux ans plus tard, désigné par Pucheu ministre de Vichy comme Guy Môquet arrêté par des policiers français et interné dans une prison française. Il y a eu répression et des blessés, mais en aucun cas des étudiants n'ont été fusillés pour la participation à cette action, qui en plus était surtout motivée par la révocation du professeur Langevin. Le sarkozysme ou la manipulation et le travestissement de l'histoire.
13:13 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : histoire, culture, guerre, 14-18, 11 novembre, résistance
samedi, 10 novembre 2007
Matera
J'ai failli m'étouffer en lisant ce chapeau dans le Monde (version papier, la version réticulaire ayant été révisée semble-t-il à la suite de cette énorme sottise) :
Vieille de dix mille ans, la ville italienne est une merveille d'enchevêtrement de maisons creusées dans le roc.
Quand on sait que les villes sont apparues en Mésopotamie il y a six mille ans, cela laisse songeur...
17:28 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, histoire, journalisme, presse, média, médias, archéologie
mercredi, 22 août 2007
L'ombre du Z
On connaissait déjà le phénomène par des expressions populaires comme entre quat-z-yeux, les Gad'z'Arts ou en créole les zoreilles, en verlan le zarab et le beurza. On a vu ensuite une émission s'appeler les zamours. Cela a été amplifié par une marque comme Zapetti qui joue en fait sur bon-z-appêtit (merci à Pierre Hallet pour l'explication). Le z prosthétique accompagné d'une fausse coupe ou d'une déglutination a tendance à se répandre. Et puis en me promenant dans des rues commerçantes je m'aperçois que l'on me promet des zzz'affaires ou des z'affaires, en fouinant sur la Toile on trouve des bonnes z'affaires, des petites z'affaires, et bien d'autres z'affaires qui rapportent aussi des z'euros et beaucoup de zeuros.
Mais je dis halte-là ! Le z prosthétique et la fausse coupe commencent à devenir aussi lassants que les apostrophes de coiffeurs pour leur vitrines en forme de blague carambar ! Cela ne peut être plus toléré que pour des noms comme le zaricot. Résistons à la puissance du Z !
16:42 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française, histoire, culture, humour, publicité, marque, marques
mercredi, 18 juillet 2007
Fête à neuneu
Au Xe siècle, le village se serait appelé « Villare asinorum » : littéralement, le village des ânes ! (...) Au fil des siècles, le nom se modifie : Villare-ad-Nex (1245) Villers-as-Neux (1344) Villers-aux-Neufz (1658).
Bon... admettons une déglutination avec fausse coupe, la première syllabe devenant un article contracté dans Villers-aux-Noeuds, et puis au fur et à mesure des réinterprétations.
Trois noms sont proposés : Villaunois, Villersnaudais, Villare-Anodiens.
Trois propositions absurdes. La dernière un peu moins que les précédentes si l'on part de la graphie actuelle. Le mot noeud ne vient pas d'un naudus inexistant, mais de nodus et l'adjectif correspondant est nodosus. La proposition retenue est totalement bâtarde : la première partie est totalement française et contemporaine, la deuxième repose sur un latin imaginaire. Quant à la prononciation, elle n'est pas facilité du fait de la graphie déroutante rsn. Mais il faut remarquer que chaque petit coin de France tient à se faire remarquer par un gentilé excentrique et pompeux qui lui vaudra d'être cité dans des anas ou des jeux de lettres. Un nom plus simple ferait moins de publicité.
11:40 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, histoire, culture, humour
dimanche, 15 juillet 2007
Moi, mon colon, celle que j'préfère
Il reste quelque chose :
Les membres du comité franco-allemand aiment à imaginer la vie des soldats allemands, pendant la guerre 14-18, dans ce camp, découvert en 1996, dans un état de conservation tout à fait exceptionnel.
Lors des visites, le public ne manquera pas d’être impressionné devant l’état de conservation du lieu.
Il ne reste plus rien :
Un départ qui ne se fera pas sans avoir au préalable tenté de détruire les traces des trois années passées sur place. Le peu qui reste sera détruit ou perdu dans la nature. « Aujourd’hui, il ne reste plus rien mais nos fouilles et notre passion nous a permis de mieux comprendre comment vivaient ces hommes », sourit encore Pierre Pouyet.
Tout est faux :
Ils ont recréé les tranchées, galvanisé les abris, refait le lavoir et nettoyé les douches de ce camp militaire allemand abandonné du temps de la Grande Guerre.
Comment dire tout et son contraire dans le même article ! Et toujours les mêmes erreurs d'orthographe et de syntaxe pour le verbe pallier.
11:45 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, culture, histoire
vendredi, 13 juillet 2007
Histoires de Babel
A l'instar des tubes des Bee Gees (...), les chants des oiseaux peuvent aussi finir par passer de mode. De telles évolutions pourrait en partie expliquer l'apparition de barrières reproductives susceptibles à long terme d'être à l'origine de nouvelles espèces.
Le modèle animal pour comprendre le modèle humain, sauf que l'homme moderne ne constitue en fait qu'une seule espèce et une seule race, et même l'autochtone le plus nu de la contrée la plus reculée de Nouvelle-Guinée ou d'Amazonie conserve avec l'homme occidental suffisamment de traits pour qu'il ne soit pas différent et pour qu'il puisse se reproduire avec des personnes ayant un passé totalement différent.
17:35 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, histoire, culture, anthropologie, ethnologie, préhistoire
mercredi, 11 juillet 2007
OLLI
L'écriture de calculettes remonte loin :
Que signifie l’inscription « OLLI » gravée sur la façade Est de la porte ? « 1770 à l’envers. L’année du passage de Marie-Antoinette. On a mis du temps à comprendre. »
Un peu comme dans ces jeux où l'on doit composer SOLEIL sur un écran.
12:11 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, histoire, culture, humour
mercredi, 20 juin 2007
Marmandelade
Je me disais bien que Francis Marmande avait encore dû écrire une débilité cette semaine et cela n'a pas raté (je ne rate pas souvent le Marmande tellement il est grotesque à chaque fois, mais je l'évite de temps à autre pour ne pas avoir trop les nerfs en boule) : "22 h 30 : Afrique 50, le tout premier document de René Vautier (Trésor militant vivant, comme on dit dans les faubourgs prolétaires de Kyoto), si rarement vu, film treize fois condamné en 1950 au nom d'un décret, on croit rêver, signé Laval en 1934." Quand on confond 13 chefs d'inculpation et une seule condamnation, il y a de quoi s'interroger sur les capacités de lecture d'un prof de littérature en fac... Il aurait été bon aussi de préciser que ce décret dit de Laval était en fait celui du ministre des Colonies dans le gouvernement de Gaston Doumergues qui a dû aussi voir ce décret. Il serait faux de l'attribuer seulement au Laval d'après 1940 en ne citant que son nom afin de le condamner sans autre forme de procès et en faisant un amalgame avec la suite des événements. Mais Marmande, c'est souvent ça : de la marmelade historique et littéraire.
21:37 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, culture, cinéma
samedi, 16 juin 2007
L'idiotie remonte le temps
Dernière nouvelle : Dumouriez et Kellerman n'étaient pas à Valmy, c'est Napoléon Bonaparte qui avait tout fait et il était déjà empereur... Mondieumondieu...
DE la toute première flûte d'Égypte en poudre d'os aux tambours napoléoniens annonçant la victoire de la bataille de Valmy
11:58 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, journalisme, presse, média, médias, histoire, culture
Dans la forêt des nombres
Entretien passionnant et riche, dont voici un extrait :
Le système de comptage des Mundurucus, comme celui de beaucoup de peuples sans écriture, est basé sur le corps : une main, deux bras... Ils parviennent à effectuer des opérations d'addition et de soustraction exactes pour des nombres allant de 1 à 5... Ensuite, ils passent à «beaucoup», et le calcul se fait de manière approximative, comme nous l'avons montré. Nos résultats conduisent à poser une question : existe-t-il ou non un lien entre calcul exact et développement de l'écriture ? Les deux facultés apparaissent souvent de concert, et l'on sait qu'un système de chiffres apparaît souvent en même temps que l'alphabet.
On sait que les premiers Indo-Européens (au sens linguistique du terme, sans connotation raciale) possédaient un système quinaire, exactement comme certaines peuplades d'Amazonie ou d'Australie. Les nombres de un à quatre se déclinaient et cinq devait représenter la totalité indéclinable. Les racines de six et de sept sont peut-être des emprunts à des langues sémitiques, la racine de huit repose comme celle de vingt sur une multiplication de deux, le radical de neuf viendrait du caractère nouveau du nombre. Le passage d'un système quinaire à un système décimal se serait fait au contact de peuples qui avaient déjà développé l'écriture, cela ne résout pas du tout l'énigme du système vigésimal qui se superpose en français au décimal (tout comme en basque, géorgien, danois, nahuatl, maya et plusieurs langues celtiques). Or ce système vigésimal s'est développé sans écriture ancienne attestée, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de comptes tracés. Disons que dans la forêt des nombres et des signes, les hommes ont tenté différents chemins qui n'ont pas tous été poursuivis (le système duodécimal babylonien par exemple serait le plus parfait et le plus abstrait parce qu'il permet une foule d'opérations et qu'il peut coïncider avec les lunaisons), mais l'idée que la numération et l'écriture (les chiffres romains ne sont pas des lettres, mais les lettres grecques servaient de chiffres) commencent à naître lorsque l'on commence à cultiver des champs et à faire paître ses bêtes dans un pré où on se sera établi, cette idée n'est pas absurde. Je ne suis pas sûr que dans un univers parallèle, il n'existe pas une Terre où le système duodécimal s'imposerait à tous, à moins que ce ne soit le système vicésimal. Mais le saut du système quinaire à un autre crée ce que nous nommons civilisation.
11:04 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ethnologie, mathématiques, culture
dimanche, 27 mai 2007
Cochonnailles
Dans la rue Chanzy se trouvait le célèbre Hôtel de Metz, où Victor Hugo était descendu le 24 juillet 1838, et qui fermera ses portes dans le début du XXe siècle pour laisser la place à un garage.
Le mélange des temps me paraît bien peu heureux avec les compléments circonstanciels de temps. J'aurais remplacé le plus-que-parfait par un passé composé car on se souvient toujours du texte d'Hugo et le futur historique par un autre passé composé afin d'éviter le heurt avec l'infinitif à valeur de futur et d'équilibrer la phrase (d'ailleurs fortement alourdie par “dans le début du XXe siècle” au lieu de “au début du XXe siècle”). Il y a là une sorte de redondance temporelle qui grince un peu. Employer le passé composé pour grisailler légèrement son texte, ce n'est pas illégitime et je comprends mal pourquoi on tente de l'éviter au profit de constructions un tantinet bancales. Le futur historique est une forme parfaitement acceptable dans un récit au passé simple, mais dans cette phrase il me semble qu'il ne convient pas. Et puis le bon père Dumas, il compte pour du beurre ? C'est pourtant un de ceux qui ont le plus contribué à la légende du pied de cochon et de la visite à Sainte-Ménehould, alors que le Rhin d'Hugo avait eu bien peu de lecteurs.
P.-S. : grâce à ce titre, je serai vite copié par des sites pornographiques.
12:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, journalisme, presse, langue française, histoire, culture
vendredi, 06 avril 2007
Un cache-nez rouge
Qu'il m'est pénible ici d'évoquer la misère dans laquelle vécu l'infortuné X s'est, jusqu'à la fin, débattu ! Il habita d'abord Y, puis on le vit à La Z, dessinant sans arrêt sur un calepin dont il froissait et déchirait les pages. Un marchand avait cru en lui, avait tenté de le lancer, s'était lassé et, finalement, avait résilié son contrat.
Dieu lui pardonne ! X erra dans un Paris hostile, sans argent, sans espoir, un cache-nez rouge autour du cou, l'hiver, en guise de pardessus et riant du ciel et des hommes comme un enfant maudit. Il lutta. Il accepta, pour peindre d'être enfermé par un second marchand qui, lui ayant aménagé une cave pour atelier, le payait tous les soirs quelques francs et bien souvent le querellait. Il y avait sur ce beau garçon très noble comme une fatalité. Il était beau ; l'alcool et l'infortune le dégradèrent, intelligent, des brutes en vinrent à bout ; fier et doux, aimant son art, le servant, s'y employant avec passion, la vie l'humilia et, par tous les moyens, lui fit comme à plaisir expier cette audace incroyable de n'exister que pour de secrètes destinées.
C'est un peintre que j'aime bien, mais ici l'auteur ne parle que de sa vie et nulle part de sa peinture. C'est pareil dans la suite du texte. Certes, il fut un témoin de cette vie, cependant c'est un auteur régionaliste qui donne dans le folklore, le cliché pour touristes, la nostalgie fadasse d'une époque composée de deux ou trois figures pittoresques, quelques noms de lieux légendaires et puis la mythologie des poètes maudits ou des mauvais garçons pas si méchants que cela ou des prostituées au grand cœur, etc. Il ne faut pas attendre beaucoup de profondeur de sa part puisque ce sont des écrits un peu faits pour épater le bourgeois avec une bohème rassurante. Cela dit, comme document, c'est important puisqu'on voit apparaître des artistes plus importants que cet auteur. L'aspect humain intéressait plus notre auteur qui fournit des anecdotes nombreuses. Le peintre est je crois aisément reconnaissable par les détails donnés. Une précision encore : le peintre est nommé par son diminutif.
15:25 Publié dans Les arts et les gens | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, peinture, écriture, art, arts, culture
mercredi, 28 mars 2007
Oration et trèsaggréable loenge
Oration et trèsaggréable loenge à la susdicte vierge et martire, contenant vingtechincq motz, comprenant chascun mot par les XXV lettres de l'abécé.
Admirable Beaulté Célicque,
Divine Et Ferveur Glorieuse,
Honneste, Juste, Katholicque,
Luciférant, Miraculeuse,
Nette, Odorable, Précieuse,
Quérant Refuge Suportable,
Tousjours Vierge Xpristicoleuse
Ymne Zélable & 9fortable.
Destrées
C'est un alphabet antérieur aux lettres ramistes (I distingué de J, U, de V), de bien avant l'intégration du W comme lettre à part entière dans la langue française, mais on notera que le k fait encore partie du français (il ne le quittera qu'un temps au XVIIe s.) Ce qui est intéressant, c'est de noter la place de deux ligatures à la fin : l'esperluette ou la perluette (qui n'a pas encore ces noms, car les premières attestations datent de la fin du XIXe s.) et puis... un cercle ouvert et complété par une boucle à gauche descendant nettement sous la ligne de point comme un q, ce que j'ai écrit 9. Ce signe qui fait partie des abréviations tironiennes veut dire cum, con-, com-. En latin, cela signifiait avec. Il y avait pour Destrées un signe faisant partie de l'alphabet, signe que l'on ne retrouve plus ensuite. Et puis il y a une énigme avec un mot étrange.
17:49 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, histoire, culture, poésie, poésies, poème, poèmes
Mal-inscription
Dans Libération, je trouve cette notion nouvelle :
A ce phénomène s'ajoute celui de la «mal-inscription», que pointe Benoît Verrier, un responsable du CAS : salariés en mobilité professionnelle, étudiants inscrits dans la commune des parents, personnes ayant déménagé, etc. «Dans la cité des Cosmonautes, à Saint-Denis, la "mal-inscription" représente 28 % des inscrits» , constatent deux chercheurs (2).
Le terme est intéressant d'abord sur le plan du langage : il s'inscrit dans la continuité de la malbouffe, de la mal-vie (inventée par Ben Jelloun), de la mal-langue (dont je ne suis pas l'auteur), de la mal-éducation, du mal-logement. Le préfixe mal- qui tend à se répandre est un symptôme de l'air du temps.
Je m'étais récemment insurgé chez Choubine à propos de la conclusion d'un article de Denise Bombardier. J'avais pointé ce phénomène et dit que derrière les chifrres de l'abstention, il y a des réalités diverses. Si vous déménagez après le 31 décembre, vous restez inscrit dans votre ancienne commune. On peut certes faire valoir le cas de force majeure, mais ce n'est valable que pour les fonctionnaires qui sont mutés : cela m'est arrivé au moment du traité de Maastricht. Si votre employeur est privé, vous pourrez toujours aller voir ailleurs. Dans le cas des travailleurs en mobilité professionnelle, les missions dans le bâtiment ou les contrats dans la restauration, pour les récoltes dans l'agro-alimentaire sont de durées très variables et surtout ne sont pas vraiment prévisibles avant le 31 décembre : un ouvrier qui se trouve sur le chantier d'une route ou d'un pont part six mois par exemple loin de sa famille, loge sur place, revient quand il peut, parce que les déplacements coûtent cher. Un chauffeur routier peut être bloqué loin de son domicile du fait de l'interdiction de circuler en fin de semaine. Cela touche avant tout des catégories pauvres de la population. Un étudiant peut se trouver à cinq cents kilomètres de la maison de ses parents, c'est le cas d'un de mes neveux. Un autre étudiant peut vivre à l'étranger, mais change souvent d'hébergement, ce qui est un cas fréquent en Grande-Bretagne à cause du prix des loyers. Pour établir une procuration, il faut encore se rendre à son domicile, connaître la procédure (qui a été simplifiée depuis), avoir une personne à qui confier son vote (et en fait il y a toujours eu une méfiance envers les votes non personnels). On ajoute à cela toutes les conséquences de la misère sociale : combien de personnes ne sont pas devenues des SDF au sens strict, mais sont hébergées par des amis, de la famille, dans un foyer, tout simplement parce qu'elles sont au châmage, en situation de divorce, en surendettement ?
J'avais dit alors que la domiciliation était un résidu du suffrage censitaire. Cela touche avant tout les catégories défavorisées de la population, mais on peut trouver encore plus défavorisé : les sans-domicile fixe ne peuvent tout simplement pas voter. Eux sont dans la non-inscription : radiés au fur et à mesure des listes électorales. Et même s'ils le voulaient, pourraient-ils se faire réinscrire avec une adresse fictive, une boîte aux lettres prêtée par une association, un centre d'hébergement ? Derrière la fiction du prétendu suffrage universel, il y a une réalité d'exclusion. Figurez-vous que lorsque la IIe République a institué ce suffrage universel (masculin en fait), tout le monde n'y avait pas droit. Dans les villages, les bûcherons, forgerons, gardiens de troupeaux, fromagers qui vivaient dans des écarts n'étaient tout simplement pas inscrits : leurs cahutes n'étaient pas considérées comme des maisons, elles n'avaient pas de numéro, pas de nom de rue, pas d'inscription sur le cadastre. Il faudra attendre la fin du Second Empire pour que ces gens soient considérés comme des citoyens à part entière. Les domestiques pendant un long moment de la IIIe République n'avaient pas le droit de vote : les chambres de bonne ou les remises n'étaient pas considérés comme des logements. Les ouvriers qui changeaient de meublé ou de foyer très souvent étaient aussi exclus, mais il ne leur était pas formellement interdit de voter à la différence des militaires (jusqu'à une date récente, on comptait la population militaire à part de la population civile). Ah si ! certains d'entre eux étaient astreints à avoir sur eux le passeport ouvrier qu'ils devaient présenter devant les autorités quand ils arrivaient dans une nouvelle localité, mais le passeport ouvrier interdisait de voter (une sorte de carte de séjour pour immigrés de l'intérieur)... Et on ne parle pas des camps-volants ou des ouvriers agricoles, cette réalité demeure. Le nomade est toujours l'intrus...
Alors que l'on déploie des trésors infinis de techniques et d'artifices juridiques pour dresser des fichiers de délinquants de tous ordres, pour croiser les fichiers sociaux, bancaires, fiscaux, judiciaires, pour sécuriser les papiers d'identité, pour tracer le parcours des individus, on est incapable de donner à ces mêmes individus les droits les plus élémentaires en donnant une carte électorale utilisable en tout lieu, sans avoir à se référer à un domicile permanent et principal. Entre les grands principes républicains réaffirmés et puis la réalité de la société, il existe un abîme. C'est bien beau d'accuser les Français d'aller pêcher à la ligne (le nombre de pêcheurs est en baisse constante depuis dix ans) ou de profiter du soleil lorsqu'on ne leur pas complètement les moyens d'exercer leurs droits, tout simplement parce que l'on est encore dans la logique du XIXe s. où il fallait disposer d'un logement sûr et stable, logique de propriétaires, continuation du suffrage censitaire, refus du nomadisme et en fait de tout ce qui est extérieur à son lopin de terre. Notre démocratie est incomplète, c'est ce que l'on appelle une démocratie formelle : on peut en respecter les formes extérieures, mais concrètement elle reste encore à construire, et je crains fort qu'elle ne prenne pas vraiment la bonne direction puisque ces mauvais citoyens sont plus fichés pour leurs rapports avec la police que pour leurs rapports avec le bureau de vote.
11:55 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, culture, histoire, ps, royal, ségolène
dimanche, 02 juillet 2006
Les maths c'est du chinois
C'est le genre d'études qui me laisse fort sceptique :
Si vous ne parvenez pas à résoudre des problèmes mathématiques et si le calcul vous rebute, mettez-vous au chinois. Après plusieurs années de pratique, votre cerveau s’y prendra peut-être différemment pour débrouiller les énigmes arithmétiques. Des chercheurs ont en effet constaté que les anglophones et les sinophones ne mobilisaient pas les mêmes aires de leur cerveau pour effectuer des calculs.
Il y a tant d'autres paramètres : les méthodes d'apprentissage et de mémorisation, les démarches logiques de déduction ou d'induction, la structure familiale et son histoire particulière, les sentiments et leur expression face à un groupe, le réseau de relations, l'idéologie culturelle, l'implication personnelle dans un avenir ou un groupe, les sollicitations sociales ou affectives, la présentation des énoncés au bon moment, les faits valorisés dans une société donnée, le type de représentation langagière qui est le plus consacré dans une culture donnée. Apprendre le chinois (lequel ?) n'aidera pas si l'on ne vit pas depuis l'enfance dans le monde chinois avec des ancêtres chinois.
11:30 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : chinois, langue anglaise, mathématiques, sciences, anthropologie, culture, psychologie


