samedi, 02 janvier 2010

Le mystère de la septième bière trappiste

Voici un sujet qui m'a été suggéré à l'insu de son plein gré par mon honorable correspondant bruxellois Stéphane De Becker, spécialiste en Orval, zwanze et Pléiade. Il m'apprend que la Libre a repris un texte de Libé. Je ne remue pas plus un sourcil que cela, mais je me penche sur l'article et je découvre alors ceci :

Des bières trappistes, la Belgique en a pourtant à revendre. On connaît la Chimay à étiquette bleue, blanche ou rouge ou l’Orval ou les Rochefort 6, 8 ou 12 que l’on trouve dans les bons supermarchés. Seules six abbayes belges et hollandaises ont autorité dans la fabrication de ces élixirs.

Hop là ! comme dirait Papa Talon. Mon sang belgophile (on est Belges jusqu'aux bords de la Seine et jusqu'au Rhin, César dixit) ne fait qu'un bond. Comment ? Six abbayes trappistes belges dont au moins une néerlandaise ? Je compte. Westmalle, Westvleteren, Achel (côté flamand), Chimay, Orval, Rochefort (côté wallon), cela fait bien six. Toutes en Belgique. Où est le problème ?

Il est du côté de l'abbaye trappiste située dans le Brabant néerlandais. La marque La Trappe de l'abbaye d'Onze-Lieve-Vrouw van Koningshoeve qui a été longtemps le sujet de disputes judiciaires. Elle peut se targuer à nouveau d'être une authentique bière trappiste, mais les autres moines trappistes en Belgique ne parlent que des six abbayes, toutes belges. La septième est le canard boîteux de la bande. Donc, oui les bières trappistes se font aussi aux Pays-Bas, mais non il n'y a que six abbayes trappistes pour faire de la bière. Ces Belges me semblent un peu Normands sur les bords.

Ben voyons ! Il faut pouvoir à la fois se garantir d'une origine plus flamande (on avance le fait qu'il y aurait une trappiste néerlandaise), puis on se réfugie dans sa belgitude (il n'y a que six abbayes trappistes, toutes belges), et bizarrement les noms des trois bières que l'on retrouve dans tous les supermarchés sont seulement les noms des trois bières issues d'abbayes wallonnes et pas ceux d'abbayes flamandes. Comme s'il y avait un discours flamingant derrière. Or ce discours ne dit pas ce qu'est la fameuse septième bière trappiste : une production industrielle qui a le droit d'étiqueter authentiquement trappiste sur ses bouteilles, mais qui n'est pas reconnue comme telle par les autres trappistes qui ne se comptent que par six. Et le brave grand reporter de Libé avale tout cela parce qu'il est venu sur les lieux de la meilleure bière du monde. Mais pas du meilleur baratin publicitaire à connotation ethnique.

mercredi, 18 novembre 2009

La vengeance du fils du y trématé

supremya.jpgCe matin, j'ai découvert Supremÿa, ce produit dit anti-âge (sic) qui présente la particularité de posséder un y trématé, lequel s'ajoute à ma collection. Il est amusant de constater que le ÿ commence à devenir plus répandu dans le domaine du commerce que dans les noms de personnes ou de lieux. Cela dit, Sisley avait déjà commis le même type de nommage auparavant et j'en avais parlé. On peut supposer que le y trématé joue un peu la même fonction pour cette marque que pour l'accent circonflexe de Lancôme qui peut être décliné sur des noms de produits : une sorte de repère, d'identifiant graphique.

dimanche, 31 mai 2009

Hybride consumériste : la pizza conçue comme un sandwich

Les déclinaisons du sandwich sont innombrables selon les origines : hamburger, hot-dog, panini, nem, kebab. Le sandwich est un produit universel qui peut être réinventé par tout un chacun à partir d'une idée de base extrêmement simple. Il existe un autre produit universel qui n'a plus rien à voir avec sa forme d'origine : la pizza. Et voilà que je découvre le résultat monstrueux de leur accouplement : le Piz'Wich ou pizza sous forme de sandwich.

Le monde de la restauration rapide est plein d'inventivité ? Pourquoi ? Parce que l'on ne peut pas vendre aux gens quelque chose qu'ils peuvent fabriquer eux-mêmes à moindre coût et selon leur goût sans leur proposer un mode de vie en plus du produit. Cela explique les croisements de formules, les injections de nouveaux aliments toujours plus exotiques, les noms forgés sur la base de présupposés et de préjugés.

Examinons à présent l'argumentaire des marqueticiens de la marquetique (ou les gars de la profession). C'est édifiant de nullité.

Piz'Wich offre les nombreux avantages d'un sandwich (pas d'assiette, pas de couverts). On peut déjà manger une pizza avec ses doigts si l'on est en bonne compagnie ou seul, mais il faut qu'elle soit petite, ce qui est le cas ici (175 grammes, soit le poids d'une mini-pîzza).

Piz'Wich est un vrai produit "Service". Quel produit ne serait pas l'objet d'un service ? Faut-il donc que l'on ait tant en tête l'idée d'un objet alimentaire conçu comme un gadget pour que l'on se croit obligé de dire que non, pas du tout.

Piz'Wich est un produit sans risque. Du début de l'opération (ouverture du sachet) à la livraison au client (remise de l'étui), Piz'Wich n'est jamais au contact des mains...Derrière, on a une idéologie hyper-hygiéniste destinée à évacuer le fait que c'est un objet industriel dont les composants ne sont pas très clairs et pas très sains (quand je lis le descriptif des ingrédients, c'est à hurler) .

Et le meilleur est pour la fin :

Pas de déchets : 1 produit acheté = 1 produit vendu. Ce produit est vendu ici de manière commerçante pour les commerçants qui pourront délivrer des balivernes, il y a au moins un déchet. Le fameux étui ou sachet protecteur qui est justement au coeur de la campagne marquetingue. Mais on peut dire tout et son contraire dans les mêmes pages.

Maintenant, imaginons les nouveaux produits service innovants : la tortilla sandwich, la flammekueche sandwich, la quiche lorraine sandwich, la tourte au maroilles sandwich et autant de produits gastronomiques locaux et si pittoresques qui ne demandent qu'à être réinventés afin d'être funs, djeuns et urbains actifs..

mardi, 14 avril 2009

Pour une publicité variée et équilibrée

Coca-Cola contre-attaque ! L'Empire est de retour ! La célèbre firme de détergents a été heureusement bannie des établissements scolaires, un programme d'information de propagande a été conçu avec des recommandations slogans élaborés par des communicants fort malins avec des textes totalement idiots et débilitants comme "consommez au moins cinq fruits et légumes par jour". Voici donc le nouveau produit de la célèbre entreprise de déboucheurs de toilettes : Minute Maid.

Comme on peut le constater sur ces photos ici et , la mention obligatoire d'un des cinq slogans pour une bonne hygiène de vie et une bonne alimentation a été détourné et est devenu le slogan même de la marque sous la forme "1/5e des fruits et légumes recommandés par jour". Et nulle part ailleurs de mention du slogan officiel, sauf la signature générique de la campagne "Il est important d'avoir une alimentation variée et équilibrée et d'avoir un mode de vie sain" (amen !) Le tout écrit bien entendu dans le sens de la hauteur en petits caractères illisibles pour le passant pressé. Cette tactique publicitaire en rappelle d'autres : il s'agit exactement du même procédé que celui utilisé par des firmes qui adoptent des slogans en anglais et qui rendent quasiment invisibles les traductions en français ou qui en donnent une traduction fantaisiste quand elles ne se moquent pas de la loi Toubon.

Ce qui est particulièrement comique dans l'affaire, c'est que ce nouveau produit dit énergisant (donc tentant de réagir aux campagnes des boissons de type Red Bull et autres cochonneries) est particulièrement sucré même s'il n'a pas de sucres ajoutés et que le rappel obligatoire aurait dû être "évitez de manger trop sucré ou trop salé". Mais en intégrant la communication le catéchisme du ministère de la Santé directement dans son propre slogan, en récupérant la campagne gouvernementale, CoCa-Cola se refait une santé : un produit présenté comme sain (le beurre), remplaçant les boissons énergétiques en vogue chez les ados (l'argent du beurre) et n'ayant pas besoin de mentionner la formule gouvernementale puisque le produit serait conforme aux recommandations (les fesses de la crémière).

Dans un domaine voisin et ami, la stratégie marquetingue de McDonald's est similaire avec le développement des menus "P'tit" pour désigner des produits différents des hamburgers ou milke-shakes et un peu plus verts ou apparemment plus traditionnels comme des salades, il faut à tout prix se faire pardonner les accusations de malbouffe et devenir éthiquement irréprochable. Mais cela ne va pas jusqu'à détourner les injonctions légales en les prenant comme si l'on avait le seul produit susceptible de répondre exactement aux nouvelles instructions en matière de publicité.

Comme toujours, les demandes d'inscriptions de textes d'origine officielle sont détournées, déformées, récupérées. Est-ce que cela vaut vraiment la peine d'exiger qu'il y ait des instructions à destination des consommateurs ? Oui, si elles contiennent des informations essentielles, mais dans le cas de slogans... C'sst de la provoc' ? Et alors ? .

samedi, 21 mars 2009

Vers la surimisation de la nourriture

Via Bakchich, ce chapeau de LSA le magazine de la grande distribution :

Dominé par le jambon cuit, le marché de la charcuterie continue de croître. Cependant, dans un contexte où les marques de distributeurs ne cessent de renforcer leurs positions, les marques nationales et les entreprises régionales sont à la recherche de nouveaux leviers de croissance : bien-être, bio et halal sont des axes privilégiés.

Du jambon halal, et pourquoi pas cachère tant qu'on y est ? Cela ressemble aux steaks de soja des végétariens. Est-ce que l'on peut qualifier des éléments de poulet ou de dinde recomposés à la manière des surimis comme étant du jambon puisque cette pièce de viande est prise en un seul morceau dans un pied du porc avant d'être débitée. Comment peut-on refaire un jambon ou pied de cochon sans utiliser du cochon ?  Cela voudrait dire que les tranches vendues sous cellophane et en barquette sont pensées comme des aliments essentiels, alors que le morceau de jambon qui pendouille pour sa fumaison ou qui est trempé pour sa salaison n'existerait plus dans la réalité des consommateurs. On assiste à quelque chose qui est depuis longtemps présent dans l'air : le lait est tiré d'usines qui fabriquent de la poudre, les poissons naissent tous carrés, panés, et surtout sans arêtes, les mammifères sont invertébrés à preuves les hamburgers, les fromages doivent avoir une croûte plastique, métallique que l'on peut détacher délicatement de ses mains d'un seul coup parce qu'ils ont été toujours été conçus comme ça ! Et les surimis sont plus agréables à regarder que des crustacés et des poissons avec leurs gros yeux vitreux.

Quand on aura finalement établi comme seules normes le poisson pâné, le steak de soja, le hamburger, le surimi, le jambon halal, le fromage hollandais, il sera temps de penser à l'étape suivante : la plaquette ou la pastille alimentaire contenant d'ailleurs les cinq légumes et fruits recommandés par jour.

vendredi, 13 mars 2009

Du nuage de mots à la carte d'achat et surtout à l'idéologie du temps

carteleclerc.gifJe ne me rends pas souvent chez monsieur E.Leclerc (je préfère choisir mes magasins même parmi ceux qui affirment faire du dure discompte), sauf lorsque j'accompagne ma vieille mère quand je le peux. Mais sa publicité pour sa nouvelle carte m'a tapé dans l'oeil et ce pour des raisons bien différentes de celles des consommateurs lambda.

D'abord, les grands panneaux publicitaires m'ont surpris, je me suis dit : "Tiens, des nuages de mots en petites polices et grandes ! On se croirait devant la couverture d'un numéro spécial de Télérama ou des Inrockuptibles, ou bien chez Jean Véronis ou une des pages d'accueil de monsieur Hautetfort".

Puis j'ai regardé mieux. Le tout est en typo sans empattement, comme dans le fameux ouaibe point deux zéro. C'est en couleur orange dominante avec juste un peu de bleu clair pour contrebalancer, comme dans le ouaibe point deux zéro.

Bizarre...   Il me semblait qu'avant la couleur complémentaire du bleu foncé était le rouge foncé chez monsieur E.Leclerc. Tout aurait donc été adouci et on aurait aussi adopté des polices sans empattement depuis lors ? Et que dire des mots d'ordre présents sur la carte ou les pancartes ? Prix bas ? On est d'accord même si on ne sait pas que cela veut dire des salaires bas, des horaires très flexibles, des contrats précaires. Développement durable ? On eet d'accord même si on ne sait pas que cela veut dire plus d'impôts injustes. Culture ? On est d'accord même si on ne sait pas ce que cela veut dire vente des meilleurs vendeurs. Santé ? On est d'accord même si on ne sait pas que monsieur E.Leclerc se bat afin de récupérer le marché juteux de la pharmacie après avoir phagocyté celui de la parapharmacie et qu'il attend beaucoup de l'automédication ou de la hausse des taux de déremboursement de consultations médicales. Equilibre alimentaire ? Encore un slogan gouvernemental qui est repris tel quel et qui ne trouve guère de traduction concrète vu les offres de promotion dans les rayons, offres d'ailleurs largement subventionnées par des producteurs que l'on étrangle financièrement en les forçant de vendre à perte sous peine de n'être plus référencés.

Tout cela est bel et bon, on vit dans le meilleur dss mondes ouaibe point deux zéro. Mais ce qui me stupéfie le plus est de voir le mot "culture" écrit en trois ou quatre tailles de caractères différents et avec la même graphie, comme si les pubeux n'avaient jamais compris ce que veut dire un nuage de mots. Ils sont encore dans l'idée qu'il faut répéter, répéter et encore répéter exactement la même imbécillité pour qu'elle devienne vraie, et c'est encore l'idée du vieux monde qui tente de copier maladroitement le nouveau monde avec les mots d'ordre du pouvoir actuel qui tente d'habiller à une sauce nouvelle des décisions fort anciennes et désagréables. Les impostures communicationnelles de monsieur E.Leclerc seraient risibles si des gens ne les prenaient pas comme la vérité sans se souvenir de la campagne publicitaire de la veille. Un monde de valeurs fausses pour inciter à acheter encore et toujours dans un endroit qui serait prétendument soucieux du bien-être des autres. Et puis un grand virage pseudo-écolo après la campagne ratée pseudo-soixante-huitarde et gauchiste.

jeudi, 06 novembre 2008

La revanche du y trématé

elays.jpgVoici un nouveau produit qui va compléter ma collection de ÿ trématés. C'est le troisième ou quatrième produit commercial que je découvre avec ce glyphe. Les patronymes et les toponymes sont un peu plus nombreux. Mais pourquoi un ÿ trématé ? Tout simplement parce que cette gamme de soins pour le visage et le corps est à base de champignac ! Le ÿ évoque donc bien la flute de champignac surmontée de deux petites bulles et puis renvoie aussi à la ville d'Aÿ qui donnait autrefois son nom au champignac : on disait jusqu'au début du XIXe s. du vin d'Aÿ ou un aÿ. L'autre motivation tient peut-être au fait que ce y trématé est aussi employé par la marque Sÿsleya, ou Sunleÿa de Sisley, qui est "l'antiride de toutes les rides" - un autre produit de beauté donc. Il y a donc une légère imitation du nom alors que ce produit se situe dans le même créneau commercial. Hum...

Un autre fait à noter, c'est l'utilisation de la forme d'un blogue et non d'un site : cela permet un meilleur référencement dans les moteurs si les pages sont régulièrement actualisées, mais il n'y a que quelques brefs rédactionnels au cours du mois de septembre. Le produit est tout nouveau et je crois qu'il ne doit guère dépasser la vente régionale. Ces blogues à caractère publicitaire sont un peu gênants quand ils ne s'affichent pas explicitement comme tels, mais en général ils sont choisis par de petites entreprises et cela indique les capacités de conception d'un site.

Pour rappel :

 

La geste du y trématé.

L'inévitable retour du y trématé.

Mission : y trématé.

mardi, 23 septembre 2008

Prix Pouvoir d'achat

Les publicités pour les enseignes de la grande distribution possèdent toutes leur style bien particulier. Monsieur Leclerc se distingue par un registre pseudo-revendicatif avec des affiches de style gauchiste ou altermondialiste, monsieur Monoprix joue la carte de l'humour, monsieur Intermarché ou monsieur Auchan celle du mauvais goût graphique, et monsieur Carrefour... celle du mépris de la langue française. Cela remonte à loin, depuis le slogan inepte qui déclarait qu'avec lui on devait positiver. Il est l'inventeur de ce verbe au contenu vide.

prix.jpg

 

 

 

 

 

 

Vous voyez ça ? C'est le nouveau concept de Carrouf ! Avec un logo très laid et de style étatsunien en diable. Le nom du concept n'est pas moins mal fichu que les précédents : les "Prix Pouvoir d'achat" (avec des capitales inutiles, ne lésinons pas en la matière). Les gars du marquetingue ont dû cogiter durant des heures pour trouver l'idée et surtout pour la vendre. D'autant qu'ils commencent à se lancer sur les terres de monsieur Leclerc ou de monsieur Auchan avec un thème un peu populaire, mais totalement bancal dans sa formulation grammaticale.

Parce que "prix pouvoir d'achat", cela ne veut strictement rien dire. Je connais les premiers prix, les prix bas, les petits prix, les prix réduits, les prix bradés, les prix économiques ou bon marché, mais les prix pouvoir d'achat, c'est du nouveau pour faire passer une nouvelle ligne commerciale en partant des débats actuels autour de la baisse du pouvoir d'achat ou bien de l'augmentation de la vie chère. Mais dire "bas prix" dans le logo à la noix, cela ne l'aurait pas fait. Monsieur Carrefour tient à ce que ses clients gardent une bonne image d'eux-mêmes. Et puis il devait se distinguer de la concurrence par un terme plus original.

Qui tombe à plat. Parce que personne dans la rue ne parle de la baisse de son pouvoir d'achat (c'est le langage des économistes et de certains politiques qui parlent très bien le langage des économistes qui savent), mais de vie chère ou d'augmentation des prix de produits de première nécessité. Comme on vit dans un autre monde que celui de la réalité chez les as du marquetingue, on s'imagine que tout le monde va se précipiter sur les disques à démaquiller ou les lingettes pour bébé afin de maintenir son magnifique pouvoir d'achat dans un acte citoyen ! Enfin, la construction est totalement illogique et incongrue, car elle veut dire que l'on perd du pouvoir d'achat sur les autres produits vendus et que monsieur Carrefour nous a escroqués pendant des années !

 

vendredi, 13 juin 2008

Mal écrire pour très cher

Je feuillette le dernier numéro du Nouvel Obs (le magazine de la gauche caviar qui réfléchit au sort de la gauche sardines à l'huile) dont le dossier est "Bien vivre pour pas cher". Vaste programme ! Il y a bien entendu des articles sur les sites d'occasion sur la Toile, les voyages low-cost, les hard-discounteurs, les fouilleurs de poubelles (vraiment, on peut se demander ce que veut dire bien vivre). Mais ce qui m'a surpris, ce n'est pas tellement le contenu des articles, plutôt celui des publicités environnantes dans ce même dossier :

- des montres suisses (IWC) qui doivent facilement coûter deux années de SMIC ;

- beaucoup de grosses voitures, une Audi coupé ou roadster, la berline 308 de Peugeot, la nouvelle Jaguar (!), un 4x4 de Nissan, une Volvo à 25 000 euros (alors qu'un articulet vante la Logan) ;

- des lunettes Dolce et Gabana, plus un parfum Dolce et Gabana, plus un parfum de Guerlain, ce qui représente quelques RMI ;

- le dernier caméscope haute-définition de Sony, plus le grand jeu VIP de Nikon afin de gagner un séjour de luxe à Hollywood ou un week-end de luxe à Deauville (sic) ;

- la carte Visa premier avec une photo prise dans un établissement de standing et pas dans un Formule1.

Le Nouvel Obs n'a malheureusement pas pu attirer la pub des Restaus du coeur ou d'Emmaüs ou de Terre des hommes ou du Secours populaire. Pas assez haut de gamme, sans doute pour eux. On voit que c'est un journal qui s'adresse vraiment aux classes les plus défavorisées et qui sait trouver les sujets les plus en correspondance avec ses annonceurs. Un petit coup de compassion pour les fouilleurs de poubelles et puis vite ! les meilleurs plans pour devenir "fashioniste" (sic) grâce à la Toile ! L'important reste de consommer à tout prix. L'étalage de luxe m'amuse quand c'est dans Elle ou le Fig mag (surtout si le rédactionnel est de la pub déguisée), il me surprend plutôt ici car la publicité (qui fait vivre ce magazine) est en complet décalage avec le contenu affiché (mais le sort du petit peuple fait aussi partie du fonds de commerce du magazine). Là, c'est juste un peu plus criant que d'habitude.

dimanche, 18 mai 2008

Carola, ou la préférence régionale

Au détour de quelques rues de ma brave ville de Champignac, je tombe sur ce genre de panneaux publicitaires. Le slogan est : "Je vais bien,  Ma région aussi". Je me dis... y a comme un blème, et un gros de chez gros*. Parce que ladite pub concerne l'eau de source Carola, que la source de Carola est en Alsace et que Champignac n'est pas en Alsace ! Renseignements pris, la pub en question date de déjà un an, elle avait été conçue pour la clientèle alsacienne et diffusée en Alsace seulement. Les images que je donne en exemple sont d'ailleurs dans un billet intitulé "Pub régionaliste alsacienne". 

Parce que la Carola est un signe d'identification très fort pour tous les Alsaciens. On reconnaît immédiatement l'habitant du Sundgau ou du Florival lorsqu'il s'étonne à Palavas-les-Flots ou Saint-Brévin-les-Pins de ne pouvoir obtenir sa Carola à table. Il ne lui viendrait jamais à l'idée de commander une Kronenbourg ou un riesling hors de sa région, mais la Carola, c'est sacré ! Les autres eaux ne seront jamais aussi bonnes.  Comme les Alsaciens sont un peuple migrateur (à l'image des cigognes si chères à cette région chérie), on trouve des endroits où acheter de la Carola hors de l'Heimat. Très précisément le long de la ligne Paris-Strasbourg ou de la ligne Paris-Bâle. Parce qu'il y a plein d'Alsaciens émigrés, déracinés, perdus dans cet Hinterland, comme votre serviteur. Ils veulent leur Carola, leur sucre Erstein, leurs spätzle ou knäpfle de l'Alsacienne. Je ne suis pas le dernier à donner dans ce travers.

Seulement, le slogan apparaît un peu étrange hors d'Alsace. En premier, le message était : j'achète les produits de ma région afin qu'elle se porte bien d'un point de vue économique (en gros consommons alsacien et surtout pas lorrain, franc-comtois, etc.) Une publicité identitaire, fondée sur le micro-nationalisme local. Placée dans une autre région, cela veut dire autre chose : j'ai une origine certaine, celle de ma région qui se porte bien d'un point de vue écologique ou sanitaire (ce qui reste largement à prouver...) En changeant de destinataire, on a changé de message, mais ce message est quand même brouillé parce que le Champignacien de base va se demander si Carola est bien une marque issue de sa région à lui qu'il a et où il est né. Si on est dans l'aire de distribution de la Carola, ce n'est pas du tout identifié comme un marqueur géographique et quasi-ethnique en Champignacie. Je ne suis pas certain que le message passe bien.    

Est-ce qu'on ne sent pas aussi un tout léger sous-entendu dans "Carola, ma préférence" ? Comme une référence à certaines idées et à un substrat politique ? 

* Je ne parle pas du galbe des voluptueuses créatures légèrement habillées des couleurs des trois Carola (bleu, vert, rouge), tellement c'est un cliché de la pub que de faire évoquer l'eau par une femme si possible avec de jolies cambrures rappelant le motif de la bouteille.   

mercredi, 30 avril 2008

Regarde de tous tes yeux, regarde !

Il est rare de lire autant d'âneries à la ligne dans le quotidien parisien du soir et de référence :

La première description du steak tartare est due à l'imagination de Jules Vernes (sic) dans Michel Strogoff [J'attends la mention du chapitre en question]. Que pouvaient donc bien manger les barbares ennemis de la Russie tsariste après leurs exactions sanguinaires ? De la viande crue, saignante... Par une modification phonétique (que la rhétorique appelle métaplasme), barbare est devenu tartare, et par métonymie le nom des peuplades supposées manger la viande crue s'est peu à peu appliqué à cette nourriture.

D'où sort ce tartare dérivé prétendument de barbare, de l'imagination du rédacteur gastronomique qui a l'imagination aussi développée que celle de ses collègues spécialisés dans les cuisines et pas dans la langue ! Quant à parler de métaplasme, c'est ne rien dire : les métaplasmes sont des déplacements, ajouts ou suppressions de phonèmes, alors qu'ici il y aurait un changement d'articulation. Parlons de métaplasme pour tatare contre tartare (ajout du r), mais pas pour barbare contre tartare. J'attends aussi que l'on me prouve que le steak dit tartare existait dans les cuisines parisiennes sous ce nom du temps de Jules Verne, parce que la sauce dite tartare n'apparaît qu'en 1941 selon le DHLF et 1937 selon le TLFi, le steak étant postérieur pour son nom. Je veux bien que Verne ait parlé des Tartares dans son roman, mais à quel endroit peut-il bien citer le moindre morceau de barbaque qui correspondrait à la recette actuelle ou à la légende des cavaliers faisant cuire cette bidoche sous leurs fesses ? On ne trouve que des passages comme :

Nadia, épuisée par la faim, dont son compagnon souffrait cruellement aussi, fut assez heureuse pour trouver dans une maison du bourg une certaine quantité de viande sèche et de «soukharis», morceaux de pain qui, desséchés par évaporation, peuvent conserver indéfiniment leurs qualités nutritives. Michel Strogoff et la jeune fille se chargèrent de tout ce qu’ils purent emporter. Leur nourriture était ainsi assurée pour plusieurs jours, et, quant à l’eau, elle ne devait pas leur manquer dans une contrée que sillonnent mille petits affluents de l’Angara.

Très loin de tous les steaks tartares qui sont sortis de l'imagination du rédacteur.

dimanche, 20 avril 2008

La vie intime et sentimentale du pamplemousse

Qu'est-ce qui est énervant dans un pamplemousse ? Tout !

D'abord, c'est un de ces fruits dont on ne sait jamais très bien s'ils sont à point ou pas encore vraiment consommables. Le tâter ne sert à rien, on ne sait jamais ce qu'il recèle et combien de temps on peut le garder. Fort heureusement, on a choisi pour vous les pamplemousses. Vient l'instant crucial de la coupe du pamplemousse en deux. Il faut bien savoir se repérer pour obtenir deux parts égales coupées exactement au milieu. Mais le pamplemousse est une sorte de marsupilami fruitier, il est capable de bondir si on a mal placé le couteau ou mal choisi le couteau. Dans tous les cas, une seule règle : maintenir le pamplemousse d'une main ferme afin qu'il ne saute pas à la figure de votre voisin. L'usage d'une fourchette solidement plantée est vivement recommandé, mais attention aux projections de jus à cette occasion.

Reste encore le pire. Que faire avec une moitié de pamplemousse ? Certains découpent délicatement le bord en évitant de prendre un peu trop d'écorce, d'autres laissent de la peau sur les bords. Des astucieux découpent d'abord en quartier le pamplemousse selon ses rayons supposés, mais ah ! ils ne peuvent pas découper le fond du pamplemousse parce qu'il faut aussi le détacher de son écorce. La troisième voie existe : on sort carrément toute la peau après avoir maintes et maintes fois retourné l'écorce par une foule d'opérations étranges. Et pendant ce temps, tout le monde a été bien aspergé de jus de pamplemousse ! Parce que ce diable ne se laisse pas avoir sans réagir. Il faudrait y aller à la hache, mais ce serait pire.

Admettons que l'on ait pu obtenir un demi-pamplemousse à peu près présentable pour être mangé, ce n'est pas fini ! Si on le prend à la cuiller, on risque fort de lancer encore des jets de jus pour chacun des petits quartiers que l'on voudrait faire. Si on continue au couteau, c'est plus pratique pour une coupe fine, mais cela devient difficile de le porter à sa bouche. Et puis après... il y a encore les reliquats sur l'écorce : comme si vous n'aviez mangé que le quart de votre pamplemousse, il y a des fibres qui vous montrent narquoisement que vous n'avez pratiquement rien mangé. Mais certains ne sont pas à prendre parce que c'est trop dur. Vous êtes tombé sur le mauvais pamplemousse comme on tombe sur le mauvais melon ou le mauvais avocat.

Contemplons enfin le spectacle final : une assiette complètement inondée, la nappe largement salie, quelques taches sur la chemise ou la serviette, pas grand-chose dans la bouche. L'impression d'un gâchis infini.

samedi, 29 mars 2008

Le mythe du sac jetable

Je m'interroge sur l'expression sac jetable qui est apparue il y a cinq ou six ans - du fait des campagnes de promotion pseudo-écologistes de E. Leclerc. Elle est construite sur le mode de briquet jetable, stylo jetable, rasoir jetable. Que proposait-il à la place ? Des cabats payants, mais qui sont recyclables, comme presque tous les sacs plastiques, et qui sont échangeables sans autre frais. Toutefois, dans le double et triple discours de Michel-Edouard Leclerc, le sac jetable ne disparaît que de son enseigne-phare : ce  qu'il nomme sac jetable existe toujours dans ses Espaces culturels parce que l'homme d'entreprise n'est pas bête. 

Il avait en effet remarqué que les sacs Fnac (surtout), Furêt du Nord, Virgin, Gibert (Joseph ou fils), Boulinier, and so on jouaient un rôle essentiel dans la diffusion de la marque. La personne qui se promène en ville avec un sac dit jetable siglé en gros Fnac en lettres blanches sur fond ocre est à la fois la représentation d'une certaine culture élitiste en mileu urbain (et peu importe qu'elle ait acheté en fait un disque de Michel Sardou, un DVD de Max Pécas et le dernier roman de Marc Lévy ou d'Anna Gavalda). Elle montre ainsi qu'elle a des références élevées et cela pose un peu plus qu'un sac Lidl ou Aldi dans lequel on trouverait au mieux des bouteilles de bière de sous-marques et des jambons lyophilisés sans aucune marque. L'exhibition du sac de course est un acte à la fois culturel et civilisateur. On s'avance parmi la foule anonyme fièrement pourvu d'un insigne qui indique clairement que vous possédez l'étiquette culturelle et on montre à ses amis ou à de lointaines connaissances le sac qui valorise son haut intérêt pour les choses culturelles (Johnny Halliday, les Bronzés 5, Christine Angot). Cela fait signe et c'est ce qui compte. Le client dit culturel est un prescripteur d'achat, et surtout de lieux d'achat, donc il faut le soigner, quitte à payer des amendes pour ne pas respecter les lois que l'on a demandées et fait semblant d'aprouver totalement. Essayez de demander que l'on vous remplace un sac Espace culturel Leclerc comme un sac E. Leclerc ! Mais cela n'existe pas, nous sommes dans un espace distinct (une troisième dimension peut-être ?) Essayez de dire que vous avez déjà un sac ou une malette pour emballer vos emplettes, on vous les emballe quand même d'office dans le sac qui ne répond pas aux nouvelles normes dites écologistes et équitables (parce que chez E. Leclerc, on sait que vous pouvez être la pub).

Je considère un sac Espace culturel E. Leclerc et puis je ne lui trouve pas une seule mention à un aspect écologique (Ce sac est échangé et recyclé dès qu'il est hors d'usage ; avec E. Lecler protégeons l'environnement). Je considère un sac Auchan qui me dit "Fabriqué avec 40 % minimum de plastique recyclé" (donc on peut recycler, ce n'est pas jetable par nature dans la nature), "Habilité au transport de produits alimentaires" (on se demande ce que serait un sac plastique non habilité), "Réutilisable en sac poubelle" ! Alors, là, c'est là meilleure : le sac non jetable est en fait jetable, mais comme sac poubelle, ce qu'il était déjà souvent. Parce que mettre un sac à la poubelle ou le prendre comme sac poubelle, c'est bien le jeter, n'est-ce pas ? Donc ce sac dit non jetable et 100 % recyclable est bel et bien jetable. On le jette à la poubelle comme les anciens sacs jetables ou je ne m'y connais pas.

Ce terme jetable nous renvoie donc non pas au fait que de toute manière et d'une façon ou d'une autre le sac sera malgré tout jeté (peu importe où ce n'est pas encore la question) : il signifie que jetable s'oppose à durable conçu comme un synonyme de recyclable ou de biodégradable. Parce que tout ce qui est conçu par l'homme ou par la nature a une durée de vie limitée dans son état et donc aussi une autre durée de vie plus courte après son utilisation entière. Jetable veut dire à vie courte et utile pour le briquet ou le rasoir, et cela a été un argument de vente de ces produits dans les années soixante, mais il est devenu synonyme de vie longue dans les années septante et cela sur un autre plan comme celui de la permanence des produits dans la terre. Jetable pour un sac plastique a un seul sens, le dernier. Or, il existe des sacs parfaitement jetables, en papier (de préférence sans compléments chimiques trop compliqués, donc non glacés) ou en tissu d'origine végétale ou animale par exemple qui n'imprégneront pas une terre pendant plus de cent ans. Le fameux sac jetable, c'est d'abord celui que l'on ne devrait pas jeter dans la nature ou livrer aux éboueurs, mais son nom se construit sur un autre mythe ; durant les années soixante-septante, on a vécu dans la civilisation publicitaire du jetable, et E. Leclerc conduit sa politique de marquetingue en faisant semblant de croire qu'il incarne une nouvelle manière de porter les aspirations de la génération de 68, tout en pratiquant une politique similaire à celle de la Fnac de ces années pour ses Espaces culturels. Et je ne sais pourquoi, mais je me sens en accord avec Trondheim qui a voulu le bannir d'Angoulème.

Parce que faire sa pub en jouant à la fois sur plusieurs registres et en utilisant les classes sociales selon leurs représentations, cela va bien un temps. Le prof ou le cadre sup qui a un sac jetable sera fier de le montrer pour dire qu'il est vachtement culturé. Le prolo ou le RMIste (ou le même prof ou cadre sup) qui a un sac recyclable et échangeable (avec des produits peu bio et peu cultureux) sera fier de le montrer pour dire qu'il est vachtement concerné par le sort de la Planète. Mais on culpabilise surtout les plus pauvres en parlant de sac jetables sans expliquer ce qui se cache derrière et quelle est la durée de vie ou le danger des ingrédients de chaque sac.   

samedi, 23 février 2008

Brunch & Co

Dans Libération du 19 février, un entrefilet rapportait ceci. Une entreprise d'électroménager et un publicitaire parisien ont inventé le drunch ou le slunch. « En gros, c'est quand on reçoit ses amis à goûter le dimanche, soit un hybride brunch/goûter préapéro un peu anglo-saxon. » Et de suggérer le vlunch « brunch sur le Vélib'».

Au delà du ridicule de cette opération mercantile et snobinarde à la manière du barbare fooding, ce faux anglicisme ne manque pas d'intérêt. Brunch est déjà un mot-valise, la contraction de breakfast (petit-déjeuner) et de lunch (déjeuner). Mais les mots-valises récents ont une tendance à former des rejets car un élément est pris comme un nouveau suffixe, ainsi le blog contraction de weblog, engendre le splog ou le vlog, l'informatique donne naissance à la bureautique et à la billetique, le logiciel crée le gratuiciel, le partagiciel, le carticiel, le didacticiel, le ludiciel...

Notre brunch, bien anglais, avait déjà servi à baptiser la chaîne de restauration rapide bien française Flunch (Fast lunch). En revanche, les biscuits Crunch doivent tout à une onomatopée qui devient un substantif en anglais. Avec trois noms formés à partir de l'élément -unch, nous avons affaire à une petite famille de mots.

On appelle traditionnellement famille de mots, les termes formés à partir d'un même radical auquel viennent s'ajouter des affixes. Dans ces nouveaux mots-valises, la situation des radicaux et des affixes est intervertie : l'élément -(i)ciel porte le sens principal et ce qui semblerait le radical indique la destination ou le moyen comme le ferait un suffixe. De même, l'élément -log désigne un support Web 2.0 et non plus un journal de bord, un rondin. Il y a une nouvelle motivation. Ce qui signale le repas, c'est l'élément mal coupé -unch. La dérivation se fait à l'aide de lettres initiales en nombre limité et dénuées de sens lorsqu'elles ne sont pas expliquées. Ces créations emploient surtout le système des rimes.

Petit jeu : imaginer d'autres formes de repas branchouilles en -unch.

  • Chunch : brunch à base de fromages (cheese) ou de chocolat.

  • Punch : brunch de cacahuètes (peanuts) ou de paninis ou de pizzas.

jeudi, 06 décembre 2007

La guerre du faux

Que faire en cette période de l'année ? Vanter d'abord les produits gastronomiques de notre si beau terroir (et on n'échappe pas à la règle en Champignacie puisque le breuvage pétillant est l'objet de campagnes de promotion, notamment au ministère des Affaires étrangères). Et surtout dénoncer les ignobles imitations étrangères. C'est ce que fait par exemple la Dépêche en évoquant un faux fois gras d'origine britannique. Je vous rassure tout de suite, je n'ai pas émigré du côté de Toulouse, j'ai trouvé cette page par hasard en lien ailleurs.

La chaîne britannique de supermarchés Waitrose vient de lancer sur ses rayons un bien étrange produit, le « Faux Gras », made in England. Cette enseigne avait arrêté, il y a six ans, de vendre du foie gras, du vrai, au nom de la défense des animaux. Elle vient donc de trouver « sa » solution.

C'est une information reprise avec autant de sérieux par des médias comme TF1 ou le Figaro. Ah ! les Godons ! s'ils n'existaient pas avec leurs inventions farfelues et excentriques, on aurait des difficultés à avoir une saine xénophobie de tradition et de bon goût... Nous apprécions d'avoir de tels ennemis héréditaires qui nous confortent dans nos certitudes.

Toutefois, ce qui est étrange, c'est que pour montrer le côté chic de la chose, enfin de cette pâte, il a fallu employer un nom français pour la marque Faux Gras. Le français fait raffiné et sophistiqué dans l'archipel. Le nom est assez paradoxal puisque justement cette sorte de pâté est constitué de gras, ou plutôt de graisse ajoutée ! Ensuite, vanter le caractère gras de l'aliment est assez étrange dans cette époque de régimes diététiques ou amaigrissants. Mais puisque c'est faux, on ne doit pas se sentir coupable de trop manger. Enfin, il est plus que bizarre de voir un produit annoncer ses vertus en se donnant comme un faux, alors que nos vaillants producteurs du Midi présentent les leurs comme authentiques, selon les méthodes ancestrales disent-ils.

Le paradoxe ne s'arrête pas là. En effet, la marque comporte aussi une indication sur la nature du produit et c'est Hot Foie Gras. Il faudrait savoir... C'est du faux ou ce n'est pas du faux ? La sonorité du mot faux prononcé par un Anglais a joué, mais malgré tout il faut l'annoncer comme étant du foie gras. C'est un peu moins gros que l'argumentaire destiné à satistfaire les mouvements de libération animale en précisant que les bestioles ont été traitées avec humanité et sans gavage, mais c'est quand même présent.

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