dimanche, 01 juin 2008
Sujet d'étonnement
- Je m'étonne que personne n'ait encore parlé de... n'ait cité... n'ait fait référence à... n'ait fait le lien avec...
- Je m'étonne de ne pas lire un mot sur... une seule réaction à propos de...
- Je m'étonne qu'aucun commentaire...
- Mais pourquoi personne ne dit que...
Ce sont des entames ou des attaques fréquentes de commentaires dans les fils de discussion des blogues ou des forums. On les trouve dans les fils très très longs, de préférence avec plus de cent réponses. Cela s'adresse aux commentateurs précédents qui n'auraient pas vu un détail essentiel ou dirigé vers la seule information vraiment importante. Hélas ! bien souvent, le commentaire qui tance les commentateurs précédents n'apporte strictement rien de nouveau ou d'original, et parfois, pire ! reprend une information déjà donnée auparavant. Pourquoi alors commencer un commentaire en faisant ainsi un procès implicite des autres commentateurs ? Parce que c'est une formule toute faite !
Mais à quoi sert-elle, me direz-vous, docte, scient et sapiens comte ? D'abord, à se rassurer. Ensuite, à enclencher la prise de parole. Enfin, à susciter l'intérêt pour son propos dans une masse de discours où plus rien ne se dégage vraiment tellement le fil part dans toutes les directions ou bien se concentre sur un échange entre quelques groupes. A l'oral, on se racle la gorge, on toussote, on dit "écoutez". A l'écrit, ce type de communication phatique existe aussi dans les discussions de bistrot que sont les forums et les blogues, mais alors que l'on est dans une suite temporelle à l'oral, que la présence physique importe, les discussions électroniques se présentent sous un aspect asynchrone (j'exclus le clavardage ou chat et la vidéo-conférence) et tous les propos semblent sur le même plan et le même temps s'il n'y a pas d'indentation ou de notation des commentaires. Il s'agit donc de se distinguer, de sortir du groupe par un artifice rhétorique. Nous avons donc affaire à deux phénomènes, l'un psychologique (une ré-assurance, une demande d'autorité) et l'autre linguistique (établir la communication, commencer son discours).
Mais ce faisant, 1) on use d'une formule stéréotypée qui risque d'être dénoncée comme tel (par exemple ici) ; 2) on s'expose à la possibilité de railleries ou de réactions vexées. Ce n'est pas de la plus grande habilité oratoire, toutefois le mode de communication simili-oral par l'écrit électronique est en cours d'élaboration, car cette forme est encore neuve. Elle a déjà ses figures imposées comme les pourriards (smileys), le rappel à la loi de Godwin ou au principe de Peters, les abréviations codifiées... C'est ce dont on parle le plus pour évoquer le langage en train de se créer, et cependant cela peut s'exercer aussi bien dans une syntaxe plus complexe que kikoo lol. Ce type de formule se distingue fortement de l'aspect communautariste des "heureux de vous relire Machin", mais on est dans le même système de dynamique de groupe où quelqu'un cherche à s'intégrer dans un ensemble perçu comme fermé, quitte à paraître le rejeter.La singularité est en fait au service d'une adhésion à la pluralité, de manière paradoxale.
12:00 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, rhétorique, langue française, linguistique, communication
jeudi, 22 mai 2008
Signaux de fumée
L'Oignon (dans une page bien entendu inaccessible) m'apprend qu'une de mes anciennes élèves est à présent responsable des pages d'une communauté de communes et je tousse fortement en les voyant. Elle s'est spécialisée dans la communication communicante et communicative, mais je ne suis pas certain que la communication soit vraiment au rendez-vous.
D'abord, on a affaire partout - horreur suprême - à du Comic sans sérif ! Ensuite, elle édite des PDF qui sont un mélange fort bizarre de mauvaise numérisation d'articles et d'HTML, si bien qu'on ne peut pas naviguer dans le texte des articles numérisés. Je me doute que le moindre linuxien hurlerait à l'abomination. Mais ce qui est le plus amusant est la communication du président de la communauté :
Avec des informations pratiques sur la déchèterie mais aussi sur les associations existantes au sein de la CCRV, vous aurez tout le plaisir de naviguer sur cette interface interactive.
Parce que laisser une adresse réticulaire de réponse sans offrir d'espace de réponse, c'est faire de l'interactivité ? L'administration ou la société qui donnent leur adresse postale ou leur numéro de téléphone ne sont pas interactives en revanche ! Pourtant, c'est ce qu'elles avaient laissé croire avant qu'Internet n'arrive... Qu'est-ce que l'interactivité quand elle reprend les anciens schémas ? Les Sioux étaient plus interactifs avec leurs signaux de fumée que tous ces gens qui prétendent donner la parole aux citoyens tout en ne leur accordant aucun espace !

20:02 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : publicité, politique, marketing, communication
dimanche, 17 septembre 2006
Génis
Génis est un grand spécialiste de la communication et des relations publiques. Pour exister dans son secteur d'activité, il a vite compris qu'il devait utiliser un blogue afin de montrer qui il est vraiment, dans toute son authenticité. Il donne donc son avis sur les sujets qui font l'actualité et puis les gens qui s'engagent vraiment dans la vie de la cité.
Un de ses amis et ennemis, Ariste pour ne pas le nommer vient d'être introduit dans la Confrérie des mangeurs de tartes à l'oignon et il déclare qu'il en fera désormais son plat de préférence. Cela faisait des mois qu'Ariste déclarait qu'il s'intéressait à l'histoire et aux recettes de la tarte à l'oignon, mais il prenait soin de dire aussi qu'il avait fait beaucoup de podcasts d'amateurs de tartes au citron ou aux pommes. Génis salue le courage exemplaire d'Ariste qui ose enfin prendre position sur un sujet essentiel car c'est ce genre de déclaration qui manquait tant avant. Ce genre de coming out est absolument étonnant et va contre toute la tradition française, alors que nos amis d'outre-Atlantique n'hésitent pas à mettre devant leur maison ou sur leur voiture “Oui, je préfère le yaourt à la fraise” ou “Non au Flanby !”. Les Français ont honte d'afficher leurs préférences culinaires et ils n'en parlent jamais, ils s'interdisent depuis toujours d'y faire allusion estimant que c'est indigne, vulgaire, bas, déclare Génis. Et, ajoute-t-il, il règne une dangereuse omerta au sujet de la meilleure composition des pizzas, des crêpes bretonnes, des quiches, des tourtes et des Flammekusche ! Personne n'ose débattre de ces sujets, mais heureusement grâce à Internet, le Web 2.0, les blogues et les podcasts, tous les espoirs sont permis en matière de démocratie : on peut enfin publier ses recettes en ligne et les faire connaître alors qu'elles étaient ignorées des gens qui les pratiquaient.
Génis poursuit ainsi pendant des lignes, montrant combien son esprit est subversif, corrosif, polémique, anticonformiste. Grâce à lui, qui est un acteur du Web 2.0, ce qui existait déjà deviendra une véritable révolution des mentalités et une nouveauté absolue au goût incomparable.
15:43 Publié dans Les caractères des blogues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blog, internet, humour, web, communication, publicité, com


