mardi, 12 février 2008

Typo du cinéma

La légende veut que Ed Benguiat, l’un des plus grands typographes de la fin des années 70, et Woody Allen prenaient leur petit déjeuner dans le même diner du New Jersey. Un jour, Woody Allen lui aurait demandé conseil pour une bonne typographie, et Benguiat lui aurait suggéré la Windsor qu’il appréciait particulièrement. Et le jeune cinéaste l’aurait suivi presque religieusement.

Je devrais essayer de la trouver, elle me plaît beaucoup. Elle est claire, simple, sans prétention, tout en conservant des éléments un peu grotesques dans les empattements, mais elle souligne aussi bien l'aspect cinématographique par sa hauteur de corps, comme si on se trouvait juste en dessous de l'écran, au premier rang des fauteuils.

samedi, 13 octobre 2007

Des images déplacées

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Voici le jeu littéraire et artistique de fin de semaine. J'ai décidé de ruser puisque GooglePrint donne trop de solutions lorsque je cite un texte. Je cite donc une image, extraite d'une oeuvre. Son auteur (nommons-le X) s'est inspiré pour sa composition d'un peintre (qui sera Y), mais c'est dans l'adaptation d'un récit dû à un écrivain (bien entendu Z). Il y a un point commun entre le tableau et le récit : dans les deux cas, un animal apparaît en songe, mais ce n'est pas le même animal. Tous deux renvoient à des mythes, chez le peintre Y à une croyance surnaturelle autour de la nuit ; chez l'écrivain Z au thème de la fécondité, ce qui n'est pas sans rapport avec le sujet de son oeuvre. Mais X a déplacé la scène de Z à la fin de son oeuvre afin de lui donner un ressort dramatique. Qui sont ces trois auteurs et quelles sont leurs oeuvres ? De quels animaux s'agit-il ? 

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mercredi, 10 octobre 2007

Etudiante, diantre, diantre !

Quand j'ai appris via Yahoo! Actualités que Hugh Grant avait été pris en photo dans des situations compromettantes avec des étudiantes américaines, je me suis dit : bon, il était encore en compagnie d'une jeune fille aux moeurs légères et tarifées. Parce qu'étudiante a un sens dans les pourriels que je reçois : cela veut dire une fille de plus de dix-huit ans et surtout de moins de vingt-cinq ans qui accepte volontiers de se dévêtir, cela s'oppose à d'autres catégories comme les  femmes mûres ou les vieilles, mais c'est en compétition avec les cheerleaders ou les teens. Et puis vérification faite (parce que j'ai une certaine affection pour le beau Hugh), les étudiantes étaient bien étudiantes dans une université et non call-girls, ou alors seulement pour leurs loisirs et leur argent de poche. Mais je m'interroge sur la contamination des dépêches pipole par des expressions venues tout droit du monde du sexe en ligne. Parce que cette formulation n'est pas innocente : il y a maintenant une connotation sexuelle du mot étudiante et le titre-ci est plus que faux-cul avant d'être démonté par le texte. Ah ! et on notera avec délice que Facebook est "un site communautaire pour étudiants"...

samedi, 06 octobre 2007

Mythologie de la péniche

«On n’est pas resté à l’époque de Gabin et de l’Atalante », corrige François Bordry, mais on croit comprendre qu’on n’en est pas loin…

Léger problème... Gabin ne joue pas dans l'Atalante, c'est Michel Simon. Et en fait l'Atalante est tout ce que l'on veut sauf un film qui montrerait le voyage d'une péniche : le navire ne bouge pour ainsi dire pas, toutes les scènes se déroulent soit en ville, soit dans un huis-clos plus proche des Enfants terribles que des romans de Simenon autour des canaux comme le Charretier de la Providence. Et même le dernier plan, repris par Carax dans les Amants du Pont-Neuf, est un plan immobile.

Autre problème, Gabin n'a joué qu'une seule fois un rôle de capitaine de péniche dans un film mineur, la Belle Marinière. Je doute que beaucoup de personnes l'aient vu... Et dans la Péniche de l'amour, cette péniche n'est qu'une sorte de taudis pour marginaux et où Gabin n'est même pas marinier. Et qui peut dire qu'il a vu ce film ? Mais on associe aisément Gabin aux rôles de marin* du fait de films bien plus marquants qui se déroulent en réalité dans des ports de mer et puis parce que Gabin a bel et bien servi dans la marine. D'ailleurs, la plupart du temps il n'est pas en mer, mais en permission ou sur le point d'embarquer.

Bon... Un film qui ne traite absolument pas des canaux et des mariniers et où on ne voyage pour ainsi dire pas. Un acteur que presque personne n'a jamais vu sur une péniche. Et puis malgré tout une sorte d'image d'une autre époque qui s'installe, comme une sorte de passé recomposé. Une image fausse, mais qui semble s'imposer malgré tout parce qu'elle correspond à ce que l'on croit attendre. Une forme de mythologie. Il n'y a pas tellement d'oeuvres autour de la batellerie. Alors on se fabrique une sorte de filmographie par association d'idées.  

* Quand Gabin revient en France après la guerre, il a pris du grade : il est devenu armateur dans la Marie du port. C'est le passage du Gabin prolétaire, troufion ou voyou au Gabin patron, commissaire ou caïd.

dimanche, 01 juillet 2007

Ratatouille

Le sujet n'est pas forcément facile à résumer aux États-Unis, admettent les créateurs. Et Ratatouille n'est pas un titre évident, dit Brad Lewis, le producteur (il est d'ailleurs transcrit en phonétique sur l'affiche: «rat-a-too-ee»).

Drôle de tambouille. L'affiche du chef (en anglais le chef), j'aime beaucoup le dessin du cartouche qui imite bien les plaques anciennes.

Disclémeur : je déteste la ratatouille.

mardi, 26 juin 2007

Swimming pool

La maison ne recule pas devant les sacrifices et elle vous offre une exploration d'un objet mythique contemporain :  la piscine.

Pourquoi la piscine ? A cause de Secret Story bien sûr... Comment faire une émission ayant beaucoup d'audience sans une piscine ? En faisant un plateau où les gens iront chanter ! Eh... mais c'est alors la StarAc' alors ? Ben oui... le menu est simple : plateau ou piscine. Si les gens que l'on montre comme des fauves en cage ne peuvent se présenter sur un plateau afin de pousser la chansonnette à deux balles avec des tas de canards, il faut les plonger dans une piscine. 

La piscine remonte à la plus haute antiquité comme en témoigne l'étymologie de son nom (il est toujours important de préciser l'étymologie quand on va dire un truc très tordu), c'était le bassin à poissons. Donc on observe des poissons dans l'aquarium de la télévision. C'est rigolo de voir des poissons rouges ou des truites, sauf que l'on ne peut rester plus de deux minutes devant un spectacle aussi fascinant, à moins d'en faire l'élevage et alors on y prêtera de l'attention. Et justement, il s'agit de faire de l'élevage de carpes en appuyant sur 1 ou 2 avec son portable, un peu comme les enfants nourrissent ou font mourir leur tamagochis. Secret Story (le nouveau nom de Loft Story ou de Big Brother), c'est cela : vous êtes con, nul, moche, pauvre, électeur de l'UMP, mais vous avez un pouvoir secret grâce à nous sur la vie des autres exactement comme vous auriez un pouvoir sur votre tamagochi ou votre poisson rouge. 

Venons-en à l'objet de notre propos : la piscine. Elle commence à apparaître dans les villas hollywoodiennes de célébrités du cinéma muet. Elle est immédiatement associée au luxe, à la vie plaisante et au grand air, aux grands espaces, et surtout au cinéma. Le surface de la piscine est comme la toile sur laquelle se projette les images qui font rêver. Est-ce un hasard si Billy Wilder fait commencer son film Sunset Boulevard sur une scène de piscine où le héros-narrateur surnage et parle d'outre-tombe ? Est-ce un hasard si les dernières images retenues de Marilyn Monroe sont justement celles de la piscine de Something's Got to Give ? Et on imagine tout au sujet de ce film inachevé (elle aurait nagé nue, elle aurait eu une combinaison couleur chair). Et puis de Deray en Ozon, combien de swimming pools comme autant de métaphores du cinéma ! Mais depuis chacun a sa petite piscine dans son petit pavillon de petite banlieue de petite ville, et alors cela change de sens : c'est juste un lieu convivial où l'on se touche entre proches étrangers comme les barbecues.

La piscine est le lieu du fantasme, celui de la scène que tout le monde attend, elle est l'écran sur lequel vont s'afficher les désirs que l'on aura suscités. On sait depuis Loft Story 1 que l'on peut tout attendre d'une piscine du fait des ébats aquatiques de Loana et Jean-Edouard, sauf qu'on n'a rien vu vraiment et que les spectateurs sont frustrés même s'ils laissent entendre d'un air égrillard qu'ils ont tout vu. Donc, dans Secret Story il ne s'agit plus simplement de filmer la surface de la piscine comme cela se faisait avant (on ne savait pas ce qui se passait sous l'eau), mais bien dans la piscine : cela devient de la 3D et vous n'allez pas en croire vos yeux. Il faut aller encore plus loin dans le dévoilement de faux secrets et afficher encore moins de profondeur par cette nouvelle profondeur. 

Le paradoxe de la piscine est celui-ci : plus on tente de se l'approprier, moins on a de chance de le posséder ; plus on cherche à voir au delà des deux dimensions de l'écran, moins on pourra savoir ce qui se passe dans une autre dimension ; plus on s'intéresse à des gens dont le cerveau est en bocal, moins on a de chances de réfléchir ; plus on pense moins, plus on consomme pour les gens qui gagnent plus sans travailler plus. Et pourtant la piscine est bien une des images du cinéma tel qu'on le rêverait.


jeudi, 17 mai 2007

Impro-verbes (15)

Palmarès du jury, pas mal de restes dans l'oubli.

Truffaut accroché aux rideaux et des crosses face aux idéaux. 

Palme d'or et on s'endort.

Telle une starlette à seins nus, telle en retard sur la bienvenue.  

À voir France Roche, on se rend et décroche.

Qui s'habille en pingouin sera traité de sagouin.

Monter les marches est charmant pour le monde de la télé.

Pas de jours ici sans tapis rouge. 

vendredi, 23 mars 2007

La malice des titres phrases

Les titres d'œuvres peuvent avoir de nombreuses formes, avec ou sans article défini ou indéfini (ce qui complique leur classement dans une liste), avec un héros éponyme (et non l'inverse), avec des mots étrangers et à la prononciation on ne peut plus aléatoire, avec des numéros, etc. Mais la forme la plus perverse me semble être le titre phrase. Dans le complexe cinématographique d'art et essai de Champignac, on passe en ce moment un film intitulé J'attends quelqu'un. Rien que de très banal jusque-là. Mais imaginons qu'il n'existe pas de nom ou de numéro pour les salles et que la caissière demande le film que l'on veut voir : “J'attends quelqu'un. – Cela fait sept euros. – Mais je n'ai pas acheté de billet pour J'attends quelqu'un, c'est que j'attends quelqu'un, un ami quoi ! – Mais, il fallait le dire tout de suite que vous attendiez quelqu'un ! Comment je vais faire pour annuler ça ? Je ne sais pas me débrouiller avec cette nouvelle machine électronique. — Je ne devrai pas payer ce billet ? – Oui, mais pour ça j'attends quelqu'un. – Ah ben non, je n'en veux pas de J'attends quelqu'un ! – Mais puisque je me tue à vous dire que j'attends quelqu'un pour annuler. Oh et puis zut à la fin !”   

mardi, 09 janvier 2007

Authenticité garantie

Cela me rappelle un peu l'histoire de Pilate et Hérode qui discouraient en latin, alors qu'ils parlaient grec entre eux à l'époque. Quant à l'araméen du temps du Christ, je ne sais toujours pas s'il n'était pas de l'époque de Gibson.

Gibson a rédigé son scénario en anglais avec Farhad Safinia. Il a ensuite demandé à des linguistes de traduire les dialogues dans un idiome "se rapprochant" du yucatèque tel qu'il était parlé au XVe siècle, époque où est situé le film, a indiqué Farhad Safinia à notre correspondante à Los Angeles, Claudine Mulard. Mais en raison de leurs difficultés à reconstituer une langue où il y avait cinq mots pour dire "forêt", ils ont aussi demandé l'aide de natifs du Yucatan. Le résultat est un mélange de yucatèque ancien et contemporain. Ce qui revient, dans bien des séquences du film, à faire discourir en breton (moderne, mais émaillé d'un vocabulaire médiéval) des acteurs provençaux ou alsaciens. "Hormis un vieillard et une petite fille, les autres ont une grammaire déficiente et un fort accent étranger", dit, après avoir vu le film, Francisco Rosado May, ancien recteur de l'université de Quintana Roo.

vendredi, 15 décembre 2006

Deja vu & Déjà vu

C'est assez rare pour être noté. Le titre du dernier film de Tony Scott non seulement est en français, mais il n'a même pas eu besoin d'une traduction pour les francophones. Il utilise en effet la locution déjà vu qui est un substantif en anglais. Cette expression est d'ailleurs si courante qu'on la retrouve dans des titres d'autres films, de romans ou même d'albums de rock. Certes, mais en anglais, c'est deja vu sans accents. Or la version originale du film de Scott utilise les accents français ! Pour se différencier des films précédents ? Pas seulement ! L'action se déroule à La Nouvelle Orléans, donc on voit l'intérêt de nos si jolis diacritiques franchouillards qui ont un air exotique pour des anglophones, un peu comme un tilde nous fera penser aux langues ibériques ou un l barré au polonais, un o barré au norvégien, un a rond en chef au danois, un thorn à l'islandais, un i sans point au turc, un eszet à l'allemand. C'est un peu étonnant car le français utilise peu l'accent grave sur le a, il y a cinq ou six mots en tout qui le possèdent : çà (adverbe et non pronom ça), (et son composé voilà, mais pas cela), à, déjà (et au XVIe s. de même sens), pietà (accent d'origine italienne, non diacritique mais tonique). Oui, mais voilà, les claviers qwerty anglophones n'ont pas ces accents à portée de doigt et la presse étatsunienne écrit donc le titre du film comme la locution anglaise ou les titres précédents. La situation est passablement ironique. Tout ça (et non çà) me donne une furieuse envie de réécouter CSN&Y, d'autant que l'immense Neil Young sort enfin ses archives et que c'est du jamais entendu, de l'inouï.