jeudi, 13 mars 2008

Choisir sa langue maternelle

Le chef de la diplomatie chinoise a une curieuse conception de la diplomatie, du chinois et tout simplement des êtres humains :

"Je considère que le chinois est l'une des langues les plus faciles à étudier dans le monde, sinon comment expliquer qu'il y ait 1,3 milliard de personnes qui l'aient choisie comme leur langue maternelle".

On ne choisit pas sa langue maternelle, mais je suppose que la traduction peut être en cause pour cette expression. En tout cas, c'est faire bien peu de cas de la politique de sinisation linguistique avec une assimilation forcée des minorités. Et oublier le fait que le putunghua (ou mandarin) n'est parlé que par les deux tiers de la population chinoise, laquelle possède un système d'écriture commun qui permet de faire croire à l'existence d'une Chine unique et unifiée. Mais même ce système d'écriture n'est pas du tout maîtrisé par la majorité de la population, voire la quasi-totalité du fait du trop grand nombre de caractères, à un tel point qu'il a fallu le simplifier. Mais la simplification a des limites et si elle allait jusqu'à la généralisation du pynyin, elle ferait voler en éclat le mythe du putunghua comme langue commune de la Chine, alors qu'on reste encore dans le cadre d'une écriture simplifiée pour noter aussi des langues différentes de la langue commune.

Bon... C'est un propos provocateur envers les Occidentaux, mais il est aussi bien dans la nature du régime totalitaire qui maintenant peut prendre ses aises du fait de sa réussite économique : on peut le sortir de la liste des Etats qui attentent aux droits de l'Homme sans difficulté et le croire sur parole même quand il profère des énormités.  

mardi, 05 février 2008

Le commerce chinois

Je lis dans un journal poubelle ces propos d'un inspecteur général qui me surprennent :

Aujourd’hui, ce n’est plus perçu comme une langue bizarroïde et près de 40% des élèves optent pour le chinois en 2e langue.

Bien... Et il les trouve où ses 40 % d'élèves ? J'espère que ses propos ont été mal retranscrits, mais je n'en suis pas sûr, car il existe bien une offensive chinoise sur les langues enseignées en France et elle prend un aspect presque commercial. Ce ne serait pas plutôt 0,4 % des élèves par hasard ? Parce que 20 420 élèves du secondaire, cela ne fait pas lourd... On continue le marketingue autour du chinois sans dire que c'est d'abord une option liée à une volonté de sélection scolaire et de ségrégation sociale, puisque les options latin ou allemand ne sont plus reconnues.

mercredi, 04 avril 2007

Wu

Nouveau renvoi à l'audience d'hier après-midi. L'interprète est bien là mais coup de théâtre : il parle le chinois mandarin alors que la restauratrice ne comprend que le wu !
« C'est un dialecte parlé par des millions de Chinois » précise Me Pascal Ammoura, chargé de défendre Mme J. avec Me Thierry Brissart. Les deux avocats sollicitent un nouveau renvoi.
Hésitation du tribunal. Soupçons sur la sincérité de la dame qui dit ne pas comprendre le mandarin. Un assesseur s'adresse à l'interprète : « Posez-lui une question ! On va bien voir si elle va savoir vous répondre.
- Elle va faire semblant de ne rien comprendre » glisse le président. C'est alors que l'interprète se lâche : « Elle le fait exprès ! ».

Ah ben zut ! le wu est bien une des langues chinoises, mais il fait partie des trois langues les plus parlées en Chine après le mandarin et avant le cantonais. Je trouve ahurissante cette séance de tribunal parce que c'est comme si l'on demandait à un Anglais de traduire les propos d'un Allemand et de voir si celui-ci comprend l'anglais (le wu a à peu près autant de locuteurs que l'allemand)...  

dimanche, 18 février 2007

Abondance et misère

Orgueilleux et fiers, ils déferlent sur la route

chevaux et selles brillent à travers la poussière

je m'informe pour savoir qui sont ces seigneurs

on me répond que ce sont des fonctionnaires du palais

ceux qui ont des ceintures rouges sont tous de grands préfets

on reconnaît les généraux aux insignes violets

en se pavanant, ils se dirigent vers le mess des officiers

leurs chevaux avancent, serrés comme des flocons de neige

sur les tables, les vins débordent des vases et des coupes

accompagnant poisson et gibier rares et succulents

on sert les précieuses oranges du lac Dongting

du hachis de poisson de l'Étang céleste

le repas copieux met la joie au cœur des convives

tandis que les boissons excitent leur ardeur

et cette année, la sécheresse est telle au Jiangnan

que dans le district de Qiu, on a mangé de la chair humaine

 

Bai Juyi 

mercredi, 14 février 2007

Le froid cruel au village

Huitième année, neuvième mois

la neige tombe sans arrêt pendant cinq jours

bambous et cyprès sont morts de froid

que dire des pauvres gens qui n'ont pas de manteau ?

je me tourne vers le village

sur dix foyers, huit ou neuf sont misérables

les habits de coton ouaté ne protègent pas le corps

contre le vent du nord coupant comme une épée

ces gens se chauffent avec quelques fagots d'épines

et passent tristement la longue nuit assis

je comprends maintenant, les années de grand froid

ce que les paysans souffrent et subissent !

au fond de ma maison à la porte bien close

vêtu de fourrure, ou sous une couverture de soie

assis ou couché, je suis toujours au chaud

je ne connais ni le froid ni la faim

et ne dois pas sortir pour travailler aux champs

honteux lorsque j'y pense, je me demande

pourquoi j'échappe ainsi au sort commun

 

Bai Juyi 

samedi, 10 février 2007

Trucs en vrac

Décidément, la manie de faire intervenir des chiffres au milieu de mots se répand. J'avais signalé le film S1mØne où on a un jeu sur les deux unités de base en informatique. Il y a encore la plateforme de blogues C0wb0yz pour les djeuns, l'opérateur N9uf Télécom, et maintenant il faut compter avec T4XI. Ben oui... Le nanar cinématographique de Besson arrive à son quatrième épisode. Et puis cela fait plus branché...

Dans Libé, une série de quatre articles sur la traduction automatique des langues. Rien de très neuf.

Dans le Monde2 (non en ligne), un article sur une double page au sujet de l'enseignement de l'arabe. Il pose la question pertinente : l'État doit-il se défausser sur les entreprises privées, les associations religieuses pour répondre à la demande d'enseignement de l'arabe ? On rappelle quelques faits : le serveur de l'académie de Versailles reçoit plus de visiteurs pour l'arabe que pour l'anglais, les cours dans l'enseignement supérieur sont pleins à craquer, et il n'y a pratiquement aucune création de postes d'enseignants dans le secondaire ou d'ouvertures de classes, pire : il semble qu'il y ait une réticence de la part de l'administration envers cette langue. Ce qui pousse les élèves vers les mosquées... 65 000 enfants passent ainsi par les cours de langue des imams alors qu'ils pourraient avoir accès à l'arabe dans l'Éducation nationale si certains cadres n'avaient de solides préjugés...

La polémique linguistique québécoise du mois, c'est le vocabulaire difficile dans la presse. Chaque mois, les Québécois se trouvent un nouveau sujet de dispute sur le langage. Parfois, c'est le langage ordurier, ou les anglicismes, ou les enseignes, ou le québécois standard, ou les rectifications orthographiques. Cette fois, il s'agit du lexique qui serait considéré par certains comme trop éloigné du langage courant, comme trop intellectuel et abstrait. Cela ilustre à mon avis plusieurs traits de la société québécoise : un fort ressentiment envers les élites françaises, une tendance à la dévalorisation de soi ou à la méfiance envers ceux qui pourraient juger, une imprégnation plus populaire qu'ailleurs ce qui conduit à l'anti-intellectualisme.

Dans le Figaro magazine, on s'enthousiasme pour l'engouement chinois envers la langue française. Je crois qu'il faut relativiser énormément cette idée : les chiffres du français en Chine sont totalement dérisoires par rapport à ceux de l'anglais, ils approchent même le 0 %, et tout cela fait partie du même bourrage de crâne que celui qui tendrait à nous faire croire que le chinois serait la langue la plus demandée par les petits Français (et dans le même temps que l'on s'empresse d'ouvrir des classes de chinois, on refuse celles d'arabe).

 

 

dimanche, 02 juillet 2006

Les maths c'est du chinois

C'est le genre d'études qui me laisse fort sceptique :

Si vous ne parvenez pas à résoudre des problèmes mathématiques et si le calcul vous rebute, mettez-vous au chinois. Après plusieurs années de pratique, votre cerveau s’y prendra peut-être différemment pour débrouiller les énigmes arithmétiques. Des chercheurs ont en effet constaté que les anglophones et les sinophones ne mobilisaient pas les mêmes aires de leur cerveau pour effectuer des calculs.

Il y a tant d'autres paramètres : les méthodes d'apprentissage et de mémorisation, les démarches logiques de déduction ou d'induction, la structure familiale et son histoire particulière, les sentiments et leur expression face à un groupe, le réseau de relations, l'idéologie culturelle, l'implication personnelle dans un avenir ou un groupe, les sollicitations sociales ou affectives, la présentation des énoncés au bon moment, les faits valorisés dans une société donnée, le type de représentation langagière qui est le plus consacré dans une culture donnée. Apprendre le chinois (lequel ?) n'aidera pas si l'on ne vit pas depuis l'enfance dans le monde chinois avec des ancêtres chinois.