samedi, 22 novembre 2008

Du juge Ti

Il n'y a que quelques problèmes :

Cela fait plus de vingt-cinq ans que nous avions envie de travailler ensemble. Dans les années ’80, nous avions même envisagé de réaliser une adaptation libre du Juge Ty en bande dessinée. L’auteur de ces romans, Robert Hans Van Gulik, était ambassadeur de Hollande à Pékin. Pour éviter de s’y ennuyer, il a écrit plusieurs romans qui se déroulaient dans cette ville au douzième siècle.

Le juge Ti effectue ses enquêtes au VIIe siècle sous la dynastie des Tang, lorsque l'administration se met en place et que le taoïsme apparaît, alors que le juge est un confucéen pur. La quasi-totalité des romans du juge Ti se déroulent aussi en province, hors de Pékin. On voit la connaissance fine de l'oeuvre et ce que cela aurait donné avec de tels bouffons...

dimanche, 20 juillet 2008

Pas de noir au café

Ce genre d'explication après-coup me semble passablement tarabiscotée et peu crédible :

Le blog Beijing boyce, spécialisé dans la nuit pékinoise, a une autre explication. Il pourrait s'agir d'une confusion linguistique... En chinois le terme "black" peut s'écrire de deux manières différentes  : 黑人 (heiren) ou 黑帮 (heibang). Dans un cas il s'agit d'un adjectif racial. Dans l'autre cas il s'agit de désigner de mauvais éléments, comme les éléments d'un gang, mais sans connotation raciale... 

Il semblerait que les Noirs ont été associés aux Mongols pour cette interdiction. Ou alors... il faut qu'en Chine le terme mongol ait le même double sens qu'en français (trisomique ou habitant de la Mongolie, ce qui fait bien rire mes élèves avant que je ne me fâche). Nous n'avons pas encore fini de lire, durant ce mois, des choses ahurissantes au sujet de la plus grande prison du monde. On n'a pas fini d'avaler des couleuvres grosses comme des boas de la part d'un des régimes les plus cyniques qui soient.

Bien sûr, il existe un double sens en français aussi pour le mot noir. L'adjectif peut désigner une personne ivre, mais le substantif se rapporte lui juste à la couleur de la personne. Cependant, si l'on interdisait des Noirs dans les cafés, cela ne pourrait avoir qu'un seul sens, racial.

vendredi, 02 mai 2008

Carrefour censuré en Chine

La Chine populaire reste bien une dictature anti-capitaliste (ce qui ne veut pas dire communiste) : le nom de Carrefour est banni des deux principaux moteurs de recherche chinois, Baidu qui est la version chinoise de Google. Pourquoi ? Parce que le nom de la chaîne française de magasins qui est très bien implantée en Chine peut faire réfléchir :

La réponse la plus probable est que, récemment, beaucoup de pages internet contenant le nom chinois de Carrefour (家乐福) parlaient d'affaires peu reluisantes pour le public, comme l'état des relations franco-chinoises, ou par extension la situation au Tibet. 

Je vois difficilement comment la communication d'un groupe commercial comme Carrefour pourrait évoquer la question des droits de l'homme en Chine de manière critique. Ou comment il pourrait y avoir le moindre message politique entre des annonces de promotions sur les boîtes de soja et de sorgho ou d'opérations spéciales du type la Semaine Bidule. Ce n'est pas le groupe en question qui est directement censuré, mais les autres pages qui pourraient en parler puisqu'il existe des appels au boycottage de Carrefour en Chine du fait des incidents lors du fameux parcours de la flamme olympique. Je savais que j'étais déjà bloqué par The Great Firewall, la grande muraille d'Internet, comme pour tous les blogues Hautetfort, mais là je ne vais pas améliorer mon audience dans cette dictature... Et pendant ce temps-là, l'ineffable et distingué sinologue  Raffarin nous explique que "si le président de la République ne participait pas aux jeux Olympiques, ce serait une rupture dans notre relation politique avec la Chine", ce qui est tout simplement grotesque et idiot. Je ne vais pas me battre pour la liberté de commercer de Carrefour, mais quand je vois Ubu au pouvoir de la plus grande prison du monde, je me dis que le créateur du personnage d'El Gringo pour les cafés Jacques Vabre devrait se faire un peu petit...  

samedi, 22 mars 2008

Tchang ! A vos souhaits !

Une campagne de "détchangkaïchekisation" est en cours à Taïwan.

Voilà une campagne étrange. La démaoïsation, la déstalinisation, la démarxisation, la décastroïsation, la dechavezistation, ce sont des choses que je peux comprendre et on les manipule sans guillemets. Mais une détchangkaïchekisation, c'est un objet étrange. Avec un ensemble qui comprend tous les noms du chef de cette république puisque le seul nom de Tchang ne saurait parler qu'aux lecteurs de Tintin alors que celui de Mao parle encore à tous. Et pendant ce temps-là ? On assassine un tout petit peu au Tibet et la Chine reste une dictature acceptée par les régimes capitalistes qui se prétendent démocratiques.   

jeudi, 13 mars 2008

Choisir sa langue maternelle

Le chef de la diplomatie chinoise a une curieuse conception de la diplomatie, du chinois et tout simplement des êtres humains :

"Je considère que le chinois est l'une des langues les plus faciles à étudier dans le monde, sinon comment expliquer qu'il y ait 1,3 milliard de personnes qui l'aient choisie comme leur langue maternelle".

On ne choisit pas sa langue maternelle, mais je suppose que la traduction peut être en cause pour cette expression. En tout cas, c'est faire bien peu de cas de la politique de sinisation linguistique avec une assimilation forcée des minorités. Et oublier le fait que le putunghua (ou mandarin) n'est parlé que par les deux tiers de la population chinoise, laquelle possède un système d'écriture commun qui permet de faire croire à l'existence d'une Chine unique et unifiée. Mais même ce système d'écriture n'est pas du tout maîtrisé par la majorité de la population, voire la quasi-totalité du fait du trop grand nombre de caractères, à un tel point qu'il a fallu le simplifier. Mais la simplification a des limites et si elle allait jusqu'à la généralisation du pynyin, elle ferait voler en éclat le mythe du putunghua comme langue commune de la Chine, alors qu'on reste encore dans le cadre d'une écriture simplifiée pour noter aussi des langues différentes de la langue commune.

Bon... C'est un propos provocateur envers les Occidentaux, mais il est aussi bien dans la nature du régime totalitaire qui maintenant peut prendre ses aises du fait de sa réussite économique : on peut le sortir de la liste des Etats qui attentent aux droits de l'Homme sans difficulté et le croire sur parole même quand il profère des énormités.  

dimanche, 25 novembre 2007

Besoin de personne

Une citation récente d'Alain Delon :

Sachez que je n'ai besoin de personne pour aller en Chine.

Une citation de David Martinon, le public relation de notre président sacré :

Le président n'a pas besoin de Rama pour parler des droits de l'homme, pas plus qu'il n'a besoin de Barnier pour parler d'agriculture ou de Lagarde pour parler d'économie.

Il y a comme un air de ressemblance...

Le titre.

samedi, 17 mars 2007

Le pêcheur et son filet

Dans un quotidien du soir, je lis ce passage à propos d'un couple de catholiques pratiquants d'obédience strictement sarkozyste :

Leur positionnement politique, ils le résument par une phrase de l'Evangile : "Quand tu donnes un poisson à quelqu'un, tu l'aides pour la journée. Quand tu lui apprends à pêcher, tu l'aides pour la vie."

Ben, voilà du nouveau... Je ne savais pas que Jésus-Christ et ses apôtres étaient d'origine chinoise. Ils feraient mieux de lire la Bible, nos papelards, parce que si Jésus apprend aux pêcheurs l'endroit où jeter leur filet, il ne leur apprend nullement à pêcher mais à avoir foi en sa parole et son action. La morale de cette parabole évangélique, tout comme celle de la multiplication des pains et des poissons, est exactement opposée à l'idée que nos sarkolâtres veulent délivrer : la vraie ressource est dans le Christ qui pourvoit aux besoins des hommes et non dans l'absence d'assistance. Ce proverbe chinois (que l'on attribue parfois au Grand Timonier alors qu'il s'est contenté de le citer) est en fait une déformation d'une phrase du Huainanzi comme le signale ce blogue

samedi, 17 février 2007

La femme de Shangyang

La femme de Shangyang

son frais visage s'est fané, et ses cheveux sont blancs 

des eunuques en habit vert gardent les portes du palais

depuis combien de temps est-elle enfermée à Shangyang ?

elle fut choisie pour le harem vers la fin du règne de Xuangzong

elle avait alors seize ans, maintenant elle en a soixante

des cent jeunes filles qui entrèrent en même temps qu'elle

plus une n'est vivante, elle est la dernière

« je pense au jour où, avalant mes larmes, je quittai mes parents

en me faisant monter dans le palanquin, ils m'adjuraient de ne pas pleurer

ils disaient : “tu recevras bientôt les faveurs de l'empereur”

mon visage avait la fraîcheur du lotus, ma poitrine était de jade

je n'avais pas encore pu voir l'empereur face à face

que déjà la concubine Yang me lançait des regards sournois

jalouse, elle me fit exiler en secret au palais Shangyang

et j'ai passé ma vie dans une chambre vide

loger dans une chambre vide

que les nuits d'automne sont longues

longues nuits sans sommeil où l'aube semble ne devoir jamais venir

la lumière de la lampe projette des ombres

et dans le silence de la chambre close

on entend la pluie tambouriner contre la fenêtre

à la longue, le printemps arrivait

et au printemps, assise seule, j'attendais que vienne le soir

les chants des loriots m'attristaient, m'exaspéraient

maintenant que je suis vieille

je ne jalouse plus les hirondelles qui nichent sous le toit

mais qu'il fait triste lorsque les loriots et les hirondelles s'en vont

printemps et automne se succèdent, je ne compte plus les années

du fond du palais, je contemple le clair de lune

je me promène de long en large, quatre à cinq cents fois

aujourd'hui, je suis la plus vieille femme du palais

de loin, l'empereur m'a donné un titre honorifique

mes souliers sont pointus et ma robe collante

mes sourcils longs et minces sont dessinés en bleu

si les gens du dehors me voyaient, ils riraient de moi

pourtant, c'était la mode du temps de ma jeunesse »

La femme de Shangyang

que d'amertume

malheureuse dans sa jeunesse

malheureuse dans sa vieillesse

malheureuse dans sa jeunesse comme dans sa vieillesse, et pourquoi ?

autrefois Liu Shang composa un poème

pour dissuader l'empereur de recruter les jolies femmes

et à présent

il y a le chant de la femme aux cheveux blancs du palais Shangyang

 

Bai Juyi 

jeudi, 15 février 2007

La soie brodée

La soie brodée, elle est incomparable

elle ne ressemble ni à la soie écrue, ni au satin brillant

mais aux étoiles sur la montagne, avant le lever de la lune

une pièce de quarante-cinq pieds

c'est une cascade jaillissant d'une source

merveilleuse de mille reflets irisés

étendue, c'est une vapeur, une neige de bambous en fleurs

qui la tisse, et qui la portera ?

les femmes du torrent de Yue la tissent pour les belles du Palais

l'empereur exige de nouveaux modèles, il donne le délai :

on tissera lorsque les oies sauvages franchiront les monts en automne

on teindra dès que le printemps s'annoncera au sud du fleuve

on taillera des blouses larges à longues manches

on taillera des jupes

on mouille la soie pour la repasser au fer chaud

on la découpe aux ciseaux

d'une élégance exquise, les tons changeants brillent dans l'ombre

en bougeant la tête, on voit s'iriser des fleurs miroitantes

une robe printanière vaut mille pièces d'or !

les danseuses les mouillent de sueur, elles collent dans la poussière

on n'y pense pas

on les traîne par terre, on marche dans la boue

on ne s'en soucie pas

pour tisser la soie, les ouvrières travaillent, filent

leurs mains sont douloureuses à force de serrer

elles piquent, mille fois s'informent, ce n'est jamais fini

chanteuses et danseuses du palais Chaoyang

si vous voyiez le temps qu'il faut pour faire ces robes

votre cœur serait ému de pitié. 

 

Bai Juyi 

samedi, 04 novembre 2006

Yang Tianshui

Arrêté le 24 décembre 2004 à Hangzou et gardé au secret pendant des mois, Yang Tianshui a été condamné, le 16 mai 2006, à douze ans de prison à la suite d'un procès de trois heures, pour avoir publié des articles antigouvernementaux sur Internet et dans la version chinoise du quotidien Epoch Times, édité à l’étranger. Il avait écrit sur les tortures infligées aux défenseurs des droits de l’homme et la protection accordée à des criminels. Il écrivait aussi sous le nom de Yang Tongyan, il avait déjà purgé une peine de dix de prison entre 1990 et 2000 pour crimes contre-révolutionnaires.

Je soutiens RSF.  

vendredi, 03 novembre 2006

Action RSF

Sur 61 internautes emprisonnés dans le monde pour leurs écrits sur le réseau mondial, 52 sont des citoyens de la République populaire de Chine, la plus grande prison à ciel ouvert du monde. Sur 131 journalistes emprisonnés dans le monde, 31 sont chinois. Le président Hu Jintao porte la lourde responsabilité de la fermeture totale de son pays à tout autre chose que les capitaux et les transferts de technologie. Les firmes informatiques qui nous parlent en Occident de la liberté d'expression qu'elles nous permettent collaborent avec le régime chinois afin d'arrêter les dissidents. Be evil ! J'ai décidé de soutenir l'action de Reporters sans frontières et de relayer d'une manière ou d'une autre l'information pendant cette semaine, en prenant d'abord la Chine comme exemple.

mardi, 08 août 2006

L'ICANN déconne

C'est le président de l'ICANN qui s'exprime et on peut avoir des craintes sérieuses sur son attention aux autres écritures ou autres cultures !

Ainsi en Chine, l’alphabet utilisé est du chinois simplifié mais à Taiwan, c’est un chinois plus traditionnel. En Corée ils utilisent deux alphabets, le premier développé par un roi il y a un demi siècle et le second est chinois.

Tant de sottises en si peu de phrases. Sur les hangûl, sur les hanja, et on pourra aller voir ensuite les systèmes chinois.

vendredi, 04 août 2006

Les mauvais comtés font les mauvais auteurs

C'est la deuxième fois en une semaine que je lis dans le Monde la mention d'un comté en Chine :

Le comté de Zhongdian, au Yunnan, s'est rebaptisé Shangri La (Xianggelila) pour tenter de s'imposer comme l'unique véritable berceau du mythe.

 

La dénomination française pour les divisions administratives de second rang (en dessous de la province ou de la région) en Chine est préfecture, l'équivalent d'un département français. Je suppose que cet emploi de comté est en fait un calque de l'anglais county. L'anglais est comme le diable, il se cache dans les détails.