mercredi, 01 octobre 2008

Val enquête sur la piste des caribous

Philippe Val vaticine régulièrement avec force noms de génies ou d'hommes politiques à l'appui de son héroïque pensée, ce qui lui permet d'audacieuses comparaisons et de hardies antithèses. Il fait partie de ces éditorialistes qui pensent qu'un bon name dropping vaut pour une démonstration rationnelle. Le sujet du jour, c'est la gloire et son universalité. Pour ridiculiser la célébrité de Sarah Palin, il commence par son éternelle litanie de grands hommes, puis il en vient à la biographie de sa proie : "A l'autre bout du monde, Sarah Palin a d'abord été connue dans son village parce qu'elle était conforme aux critères de beauté en vigueur au pays des caribous. Elue Miss Alaska, elle se lance en politique et devient sénatrice".

Là, j'ai des doutes. Si Philippe Val s'était un tout petit peu documenté (par exemple en allant vérifier sur Internet, cette Kommandantur du libéralisme), il aurait vu que Wasilla possède quand même 5 469 habitants, ce qui correspond parfaitement à la définition d'une ville et non d'un village. Le fait est important, car Palin représente cette Amérique des petites villes qui vote énormément et surtout très conservateur. Ensuite, elle n'est pas devenue Miss Alaska, mais première dauphine en 84. Si on avait voulu la ridiculiser vraiment, il aurait fallu mentionner son titre de reine de beauté de Wasilla. Enfin, elle n'a jamais été élue sénatrice puisque l'un des deux sénateurs devenu gouverneur a présenté sa fille pour ce poste en 2002, mais elle est bien devenue gouverneure en 2006.

Ce sont des broutilles. Palin n'est pas non plus le genre de personne à défendre, vu ses idées un tantinet arriérées. Mais enfin... quand on se mêle d'attaquer quelqu'un, on se renseigne un minimum sur sa biographie. Quand on veut traiter d'actualité, on essaye de lire la presse. Les articles sur le parcours de Palin ne manquent pas, tous de plus en plus précis et circonstanciés. La première mention qui a été faite à son sujet était celle de son poste de gouverneure. Tout cela, Philippe Val ne l'a pas vu. Pourquoi ? Parce qu'il est tout occupé par son ivresse à citer les noms de Goethe, Dante, Shakespeare, Homère, Hugo, Léonard de Vinci, Mozart (il manque Spinoza et un raton-laveur dans ses listes qui reviennent comme des ritournelles). Cela ne laisse pas le temps de lire la presse. Parce qu'il est plus préoccupé de philosopher sur de grands sujets philosophiques tels que l'universalité de la gloire. Ce n'est pas sur Internet que l'on trouvera les oeuvres de Spinoza. Il ne va pas s'abaisser à ce genre de détails sans intérêt, d'ailleurs sur Wikipedia n'importe qui peut trafiquer la biographie de tout le monde alors que dans la vraie presse qui pense personne n'y songerait. Oui, mais c'est en cela que Philippe Val n'est pas un journaliste : il ne vérifie jamais l'exactitude de ses déclarations. Et cela jette une ombre de doute sur quelques-unes de ses accusations incendiaires envers ses confrères, n'est-ce pas Denis Robert ?