samedi, 20 mars 2010

[Sardouïsme et sarkozysme] Défense de l'éthique de Bernard Tapie

Je reçois une lettre de ma chère umpiste de gauche, Mariah-Samanthah, que vous connaissez bien puisque je lui explique comment réussir à sa quatrième session du bac de français STG.

Mon cher comte, je suis horrifiée ! Notre ignoble prof écolo-socialiste barbu nous a encore donné un texte à expliquer dans le cadre de Sarkozysme et sardouïsme. Il s'agit d'une chanson parlant d'un grand entrepreneur de la France qui se modernise nous a-t-il déclaré, mais il n'a pas voulu nous préciser qui. Je ne sais quoi dire parce que je ne vois pas de qui il s'agit et je ne vois pas du tout de quoi on parle. Quel est donc ce régime dictatorial dont on nous parle ?

Ils ont pris mes stylos
Mon bureau mes papiers
Retrouvé dans mon dos
Mes factures impayées

Voyons. Il s'agit d'une référence à un autre chanteur qui fut célèbre aussi et qui poursuit depuis une carrière d'acteur sur les planches et devant le parquet. Depuis, il a été réhabilité par notre nouveau régime et on applaudit l'ancien dissident, rescapé des camps de la mort. 

Ils ont pris ma bagnole
Mon appart ma télé
Ils m'ont dit tes casseroles
T'en as pour des années

Noter l'emploi du "ils" en tête de vers : cela donne l'impression d'un pouvoir totalitaire totalement impersonnel. Apprécier le fait que les casseroles n'aient plus duré longtemps depuis l'élection de notre magnifique président et qu'au contraire l'ex-Trésor public soit obligé de verser des indemnités à quelqu'un qui ne payait pas ses factures. 

Ils sont v'nus un matin
En imper Columbo
Les huissiers les notaires
L'Urssaf et les impôts

Relever l'image de l'imper du lieutenant Columbo, forcément minable et tombant en lambeaux, tout comme sa Peugeot hors d'âge. Relever le fait que c'est assez contradictoire : on n'a jamais vu de notaires ou d'huissiers dépenaillés, mais cela donne l'impression qu'il s'agit d'opérations de basse police. 

J'les ai vus satisfaits
Du devoir accompli
Les médias le Palais
Et puis tout c'qui s'en suit


Mais mon amour
Ils l'auront pas
Mon dernier rêve
Sera pour toi

Il faut noter la prémonition de la grande chanson républicaine du citoyen Florent Pagny, autre exilé digne de Hugo, de Karl Marx et de Jules Vallès. Mais aussi la citation d'un poète moins inspiré que Michel Sardou, Didier Barbelivien et Bernard Tapie : j'ai nommé Chateaubriand qui a abusé de cette formule à la deuxième personne du pluriel dans sa correspondance amoureuse (un tout petit esprit profondément vulgaire, ce Chateaubriand et qui ne s'adressait qu'à des femmes profondément stupides, puisque l'empereur dans sa magnanimité les exilait en province).

Ils ont pris mes chansons
Mon piano mon chéquier
Ils ont mis dans l'camion
Mes tâux tableaux signés

Ils ont pris mes costards
Mes adresses mes empreintes
Mes cassettes mes polars
Les autres ont porté plainte

Noter qu'ici notre grand chanteur engagé s'indigne au sujet du sort des plus démunis qui se retrouvent à la rue, en cellule, en centre de rétention, en charter.

lis m'ont mis dans la vue
Mes comptes de société
Ils m'ont dit garde-à-vue
Et puis à ta santé

Pour l'instant, grâce au bouclier fiscal et aux nouvelles lois sécuritaires, cette situation datant 1997 en plein régime socialo-communisto-écologiste ne risque plus de se reproduire. Le nombre de gardes à vue de célébrités a notablement baissé et il n'existe plus aucune délinquance financière à présent. En revanche, on trouve énormément de jeunes qui stationnent illégalement dans les halls d'immeubles.

Ils ont pris mon bateau
Ils ont lu mon courrier
Ils m'ont pris en photo
Ils m'ont tout fait signer

Ils ont pris en caution
Toutes les choses de ma vie
Et mis dans un carton
Mon micro mes tapis

L'anaphore "ils" renvoie au pouvoir totalitaire qui existait à ce moment-là, en 1997, sous la gauche plurielle ; les fonctionnaires et chargés de fonction publique étaient pires que les gardes du Goulag ou d'Auschwitz. Heureusement, une nouvelle ère de liberté pour les entrepreneurs est venue en 2007 avec l'élection du mirifique président qui a réussi à sortir Bernard Tapie du Birkenau fiscal et du Bergen-Belsen financier dans lesquels il se trouvait. Comment ne pas s'apitoyer sur le sort d'un homme qui a perdu son yacht sous le prétexte qu'il rachetait des entreprises à un franc symbolique avant de les revendre à la hauteur de milliard après avoir licencié les neuf dixièmes de son personnel ? Son sort est vraiment triste et mérite plus de compassion que celui des émigrés clandestins, des SDF, des vieillards au revenu minimum, des locataires expulsés le 15 mars, des intérimaires et précaires qui ne peuvent donner une heure de rendez-vous à un médecin parce qu'ils ignorent leurs horaires de la semaine suivante, des paysans vivant avec moins que le SMIC et sous la merci du Crédit agricole, des jeunes gens de treize ans sommés de se déshabiller totalement en garde à vue et de subir un toucher rectal, de ceux contrôlés dix fois par jour au faciès non européen. Oui ! il faut compatir au sort de ce malheureux entrepreneur parce qu'il exprime profondément ce qu'est une certaine France. Une France dont l'autre ne veut plus.  

mercredi, 10 mars 2010

[Sardouïsme et sarkozysme] Oenologie, pornographie et musicologie

Voici une nouvelle demande de Mariah-Samanthah, jeune militante UMP de gauche qui prépare son bac STG pour la quatrième fois.

Cher comte, mon horrible prof barbu et chevelu doit certainement être un sadique membre de RESF pour nous poser de tels sujets, il nous a demandé de lire et commenter ce splendide poème de Michel Sardou afin de de le lier au débat sur l'identité nationale et je n'ai strictement rien à dire une fois de plus puisque je n'écoute que des chansons en anglais sur NRJ ou Fun et que je suis totalement ignorante de ce qui a pu faire la vie de nos lointains ancêtres les Gaulois qui vivaient dans des châteaux forts et portaient de longues perruques bouclées sous des chapeaux haut-de-forme. Pouvez-vous me dire quelles sont les références présentes dans ce texte préhistorique ? 

Y en a qui disent que les Français
Vivent d'amour et de vin frais
Et que toutes les filles d'ici
Habitent au Casino d'Paris

Il faut voir d'abord qu'il s'agit d'un texte profondément antiraciste, il s'attaque au seul vrai racisme qui existe sur Terre : le racisme anti-Français comme l'a rappelé notre bienveillant président qui a eu un jour une illumination de son esprit en entendant une voix venue d'on ne sait où. Le texte dénonce donc les préjugés contre les Français et nous présente d'emblée deux personnages typiques du racisme des étrangers à notre égard : le fêtard alcoolique et la fille facile aux jambes vite écartées. Michel Sardou s'insurge contre ce cliché qui fait de nous des réprouvés totalement impies dans tous les pays du monde.

Y'en a qui pensent que le champagne
Sort des gargouilles de Notre-Dame
Et qu'entre deux Alka-Seltzer
On s'ballade la culotte en l'air
A les entendre on croirait bien
Qu'on est pinté tous les matins

Les deux champs lexicaux du vin et de la sexualité sont prolongés afin de bien montrer que ce sont des idées reçues et qu'il n'y a que de sales étrangers (sûrement d'origine auvergnate) pour affirmer de telles calomnies sur le glorieux peuple français. Les clichés, c'est entendu, seuls les autres qui ne sont pas du pays peuvent les forger.

Mais voilà j'habite en France
Et la France c'est pas du tout c'qu'on dit
Si les Français se plaignent parfois
C'est pas d'la gueule de bois
C'est en France qu'il y a Paris
Mais la France c'est aussi un pays

Où y a quand même pas cinquante millions d'abrutis

On, c'est bien entendu l'Autre. Celui qui ne pense pas comme vous, qui vient d'ailleurs, qui a d'autres habitudes de vivre. Ce que dit On, c'est con. C'est normal, il vient d'ailleurs, il est étranger et donc naturellement con ; il ne peut donc pas comprendre nos rituels festifs qui feraient la joie d'anthropologues.Michel Sardou dénonce les clichés des riches étrangers (et non des étrangers pauvres) qui vienn ent dépenser leur argent en France afin de picoler un maximum et de se taper des filles venues d'autres pays plus exotiques. Mais, ce faisant, il place en avant le cliché comme image représentative de la France. Il se situe dans un contexte précis, celui de la chanson à boire qui est lié à la chanson de soldat. Est-ce qu'on lui a demandé de défendre l'image de la Patrie ? En tout cas, il se met les membres du public dans la poche en disant qu'ils ne sont pas des "abrutis". Qui oserait se qualifier comme tel sans provocation ?

Yen a qui pensent que notre musique
Balance comme une bière de Munich
Que toutes nos danseuses ont la classe
Mais swinguent à côté d'leurs godasses

Nous avons ici affaire à un passage très péjoratif. Il est à remarquer que la musique française serait aussi lourde que de la bière bavaroise et que cela ressemble à la citation indirecte d'un critique qui n'avait pas apprécié les chansons de Michel Sardou, lequel n'a jamais eu la grâce de Couperin, de Rameau ou de Debussy, de Ravel.

Y'en a qui disent qu'il y a sûrement
Deux trois cafés par habitant
Que nos rythmiques sont des fanfares
Nos succès des chansons à boire
A les entendre on croirait bien
Qu'en France il n'y a pas d'musiciens

Nous entrons dans le vif du sujet : le texte est en fait une autojustification de chansons idiotes à boire, mais en dénonçant ceux qui parlent justement de chansons à boire. Le grand compositeur Michel Sardou en fin harmoniste rappelle ce qui le définit  : les évocations émues de l'armée avec grosse caisse et clairon, son identité nationale française martelée dans les refrains, l'absence de tout sens musical qui pourrait évoquer un peu des musiciens français anciens, le goût pour les atmosphères de fin de banquet. Nous ne sommes plus dans le second degré, mais dans le degré d'alcool fort. L'identité nationale selon Michel Sardou, c'est de dire que les autres disent des sottises et de commettre les sottises qui seraient dénoncées prétendument. 

Y en a qui pensent et c'est certain
Que les Français se défendent bien
Toutes les femmes sont là pour le dire
On les fait mourir de plaisir
A les entendre on croirait bien
Qu'y a qu'les Français qui font ça bien

A présent, c'est un retournement. On revient au thème de la sexualité, l'autre trame du texte après l'aspect alcoolique. Bien entendu, ceux qui ont des préjugés, ce sont des étrangers. Bien entendu, les femmes étrangères ne viennent en France que pour la bagatelle. En mettant en avant le cliché, Michel Sardou ne dit pas qu'il est faux, au contraire, il laisse entendre que ce serait vrai. Et ainsi il entraîne la connivence de son public de beaufs qui va applaudir et s'autoféliciter.

C'est pourquoi j'habite en France
Et la France c'est beaucoup mieux que c'qu'on dit
Si elles rêvent d'habiter chez moi
C'est qu'il y a de quoi

On termine par une apologie totalement grotesque de son propre pays et un éloge de son phallus que le public masculin peut prendre pour le sien. Mais grâce à Michel Sardou, Nicolas sarkozy, Brice Hortefeux et Eric Besson, nous pouvons être fiers d'être Français ! Ce n'est sûrement pas pour fuir des mariages forcés, des excisions, des guerres civiles, une famine, le port du voile, les invitations à la prière, les coups par de grands frères pour une cigarette fumée ou du rouge à lèvres. L'image de la femme n'en sort pas grandie, celle de l'homme non plus. 


vendredi, 05 mars 2010

Sardouïsme et sarkozysme : la démonologie de l'école

Je reçois une nouvelle lettre de Mariah-Samanthah, jeune sarkozyste de gauche.

Très cher comte, je me demande si mes trois échecs précédents au bac STG ne sont pas dus au fait que je me trouvais soumise à l'idéologie des profs barbus et chevelus de l'école publique où j'étudie. J'ai compris cela en voyant ce texte lumineux du poète Michel Sardou dans le cadre de la thématique Sardouïsme et sarkozysme. Est-ce que ce serait une bonne hypothèse de lecture pour commenter ce texte admirable qui nous dit d'être d'abord nous-mêmes, sans aucun tabou ou complexe.  

J'ai eu l'instituteur qui, dans les rois de France,
N'a vu que des tyrans aux règnes désastreux
Et celui qui faisait du vieil Anatole France
Un suppôt de Satan parce qu'il était sans dieu.

Précisons d'abord le contexte : cette chanson a été écrite et chantée en 1984. La date a un sens : la prise de position de notre chanteur engagé intervient en pleine querelle sur l'enseignement scolaire. Une manifestation avait alors rassemblé un million de personnes emmenées par cars de province afin de défendre l'enseignement privé rebaptisé comme libre (il faut noter qu'en général, l'enseignement dit libre est l'enseignement public dans les autres pays que la France). Deux caricatures s'affrontent,  ce qui permettra de renvoyer les personnages dos à dos, alors que l'on sait qu'il était fortement prescrit dans les instructions ministérielles de toujours dire le plus grand mal de tout monarque et de ne donner à lire que des auteurs dont l'athéisme aurait été certifié par l'inspection générale.

J'ai fait les deux écoles et j'ai tout oublié,
La nuit des carmagnoles, la fin des Assemblées,
Les dieux de l'Acropole et les saints baptisés.
J'étais des deux écoles et ça n'a rien changé.

La leçon est fort simple : le poète déclare qu'il n'a rien appris et il mélange toutes les idées dans un grand galimatias totalement absurde. Mais l'essentiel est préservé : s'il demeure sans aucune culture, il peut rester ou devenir lui-même, totalement naturel et sincère. Ce faisant, le barde se montre fort rousseauïste : seule compte la transparence et la vérité que l'on proclame. D'une certaine manière, Michel Sardou se montre un héritier de Jean-Jacques Rousseau et d'abord un disciple d'un des inspirateurs de la Révolution française. Il faut juste être aussi authentique que le saucisson pur porc, les programmes scolaires n'apprennent rien qu'on ne sache déjà.   

Dans le Lot-et-Garonne,
On bouffait du curé.
On priait la Madone,
Le dimanche en Vendée.
Des cailloux de Provence
Aux châteaux d'Aquitaine,
On chantait la Durance,
On pleurait la Lorraine.

Dans ce passage en forme de name-dropping géographique se cachent deux erreurs historiques fort mineures que le public ne peut apercevoir immédiatement : la Vendée du sud n'était pas chouanne et la Vendée historique n'est pas le département de la Vendée ; la Lorraine n'était plus pleurée dans l'école intemporelle à la mode de la IIIe République que veut mettre en valeur Michel Sardou.

Dans le Rhône et l'Essonne,
On chassait les abbés.
On plantait en Argonne
Des croix de Saint-André.
Des sommets du Jura
Aux jardins de Touraine,
On pleurait la Savoie,
On chantait la Lorraine.

Nous trouvons encore quelques erreurs historiques fort mineures parmi cette liste de clichés. Le département de l'Essonne n'a été créé qu'en 1968. La Savoie a été rattachée à la France en 1860 et a été occupée par l'Italie, sans annexion, entre 1940 et 1944. Mais ce ne sont que des broutilles, il s'agit de mélanger les époques en un tout intemporel : les croix de Saint-André de l'Argonne se réfèrent aux cimetières militaires qui contiennent aussi des stèles musulmanes à croissant ou israélites avec étoile de David ou des plaques sans aucun signe religieux. Ces dernières ne comptent pas du tout. Le tout est de se laisser emporter par le lyrisme de pacotille selon lequel tout se vaut.

Je veux que mes enfants s'instruisent à mon école
S'ils ressemblent à quelqu'un, autant que ce soit moi.
Après ils s'en iront adorer leurs idoles
Et vivre leur destin où bon leur semblera.

Il est entendu que l'école ne peut qu'enfermer dans une idéologie et non libérer. Pour le chanoine du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance." Pour Michel Sardou, c'est la figure du père qui montre la radicalité de ce sacrifice et il refuse à d'autres le droit de permettre l'émancipation des enfants par l'apprentissage d'une culture plus vaste. Il est entendu que tout savoir nouveau ne peut qu'asservir et que toute idée de tolérance et de neutralité ne peut être qu'une forme d'idéologie de type théologique.

Cette sacrée République qui dit oui, qui dit non,
Fille aînée de l'Eglise et de la Convention,
Elle serait bien heureuse que ses maîtres la laissent
Libre de faire l'amour et d'aller à la messe.

Nous terminons dans un grand n'importe quoi habituel aux couplets finals de Michel Sardou qui mélange tout et son contraire ou ce qui n'a aucun rapport, exactement comme dans les discours improvisés de notre admirable président. On mélange la politique, la religion, l'érotisme et cela n'a aucun sens. Ou plutôt si, cela en a un : la République est pour lui aussi religieuse, voire sainte, et il faut défendre l'école des curés au nom de l'identité nationale. Nous sommes en pleine confusion de toutes les valeurs laïques. C'est en cela que le sardouïsme et le sarkozysme se rejoignent.

dimanche, 21 février 2010

Sardouïsme et sarkozysme : la problématique du colonialisme

Je reçois une lettre angoissée de Mariah-Samanthah, jeune umpiste de gauche qui prépare son bac STG pour la quatrième fois.

Mon cher comte, je suis fort ennuyée et contrariée, car notre horrible prof d'ultragauche barbu et chevelu (il me fait songer à Frédéric Lefebvre en plus sale, si c'est possible) nous a encore donné à commenter un poème de Michel Sardou dans le cadre du thème Sardouïsme et sarkozysme. Non seulement je n'y comprends rien, mais en plus il nous demande d'élaborer une problématique pour mettre en valeur les idées implicites et les présupposés de ce texte. Je m'y perds déjà. Problématique ? Implicite ? Présupposés ? Ce n'est plus du français, c'est du petit-nègre et je ne vois pas ce qu'il y a redire sur ce qui est évident.

Moi monsieur j'ai fait la colo,
Dakar, Conakry, Bamako.
Moi monsieur, j'ai eu la belle vie,
Au temps béni des colonies.
Les guerriers m'appelaient Grand Chef

Tout d'abord, il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot colonie qui est aussi employé dans un autre poème contemporain. Il s'agit bien entendu d'un lieu de villégiature pour de grands enfants qui peuvent s'épanouïr en plein air et faire profiter à leurs camarades sous-développés moins expérimentés ou aguerris par leur savoir immense et universel. Ils devaient leur transmettre leurs valeurs de dévouement et de discipline, puisqu'il est entendu que les jeunes issus d'un monde sans loi comme celui des cités, de la savane ou de jungle ne pouvaient avoir une idée de civilisation. Dakar, Conakry, Bamako sont d'abord les noms de centres de vacances où l'on peut jouer en toute innocence avec d'autres grands enfants. 

Au temps glorieux de l'A.O.F.
J'avais des ficelles au képi,
Au temps béni des colonies.

Bien entendu, l'A.O.F. est ici le nom de l'association laïque et républicaine qui organisait de joyeuses réunions entre des jeunes issus de milieux défavorisés et d'autres qui devaient leur servir de guides. On reconnaît alors le moniteur (dûment muni de son BAFA) à son uniforme plus soigné et mieux repassé, il domine tout le monde.    

On pense encore à toi, oh Bwana.
Dis-nous ce que t'as pas, on en a.
Y a pas d'café, pas de coton, pas d'essence

Là, il faut songer que les colonisés sont tous dévoués à révérer leur moniteur et à lui faire des cadeaux afin de lui montrer comment ils peuvent l'aider. Ils lui livrent de petits cadeaux pour lui montrer leur estime, puisqu'il les a aidés à sortir de l'absence d'histoire. Car "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles." Quelle plus belle et noble tâche pour le moniteur de colonie de vacances que de faire accéder le sauvage le sous-homme le grand enfant à un stade supérieur de civilisation ? Et il est alors normal de recevoir de sa part des cadeaux pour ce qu'il a pu apporter comme apport culturel positif.

En France, mais des idées, ça on en a.
Nous on pense,
On pense encore à toi, oh Bwana.
Dis-nous ce que t'as pas, on en a.

Le moniteur de colonie de vacances sait penser, les grands enfants non. Ou alors juste assez pour être reconnaissants lorsqu'ils sont devenus adultes, et en fait ils se disputent encore entre eux comme le faisaient les moniteurs à la nuit tombée : ils doivent donc encore lui demander son aide ou celui-ci vient plus souvent la proposer sans qu'ils la réclament, puisque les êtres qu'il a formés en apparence lui appartiennent. 

Pour moi monsieur, rien n'égalait
Les tirailleurs sénégalais
Qui mouraient tous pour la patrie,
Au temps béni des colonies.

Ils mouraient certes en grand nombre, mais d'abord de froid et de mauvaises conditions de vie, pas seulement devant l'ennemi et pour une patrie qu'on leur refuse aujourd'hui parce qu'ils n'ont pas vocation à l'intégrer. Ils ne l'avaient déjà pas lorsqu'ils étaient considérés comme troupes indigènes et absents de la citoyenneté française. Il ne faut pas considérer les gens selon ce qu'ils font ou ont fait, mais en fonction de leur vocation à. Ici, ils avaient vocation à mourir, puisqu'ils n'étaient pas français et que leurs descendants le deviendront difficilement.  

Autrefois à Colomb-Béchar,
J'avais plein de serviteurs noirs
Et quatre filles dans mon lit,
Au temps béni des colonies.

Il faut alors parler de la grandeur perdue de la France qui savait se montrer digne envers les êtres inférieurs pour apporter les nobles idées de liberté, d'égalité, de fraternité. On peut les trouver dans ce passage. Cette mission civilisatrice a depuis été oubliée, hélas !

Moi monsieur j'ai tué des panthères,
A Tombouctou sur le Niger,
Et des hippos dans l'Oubangui,
Au temps béni des colonies.

Est-ce compatible avec le combat nouveau pour la biodiversité ? Comment ce passage peut-il se fondre avec les nouvelles règles en faveur d'un développement durable et s'agit-il de développement civilisationnel ? 

Entre le gin et le tennis,
Les réceptions et le pastis,
On se s'rait cru au paradis,
Au temps béni des colonies.

Peut-on dire que la chanson de Michel Sardou a été prise au premier degré alors qu'elle dénonçait en fait des clichés et des représentations mentales dans une forme de crescendo ? Est-ce vraiment une chanson d'extrême droite et a-t-on fait un mauvais procès ? Voilà des questions que l'on peut se poser pour une problématique.

 

mercredi, 20 janvier 2010

Paralipomènes pour une archéologie du lien entre sardouïsme et sarkozysme

Mariah-Samanthah me demande de nouveau secours.

A l'aide cher comte ! Voici le texte que notre prof barbu et chevelu qui doit voter Europe Ecologie ou MoDem nous a donné dans le cadre du programme national "sardouïsme et sarkozysme" pour faire un bac blanc de français. Il dit que cela correspond au niveau des STG et que c'est compatible avec le débat sur l'identité nationale, mais moi je ne comprends strictement aucune des références historiques ou culturelles. Je suis perdue dans cette époque si différente de la mienne.

Quand je pense à la vieille Anglaise
Qu'on appelait le "Queen Mary"
Echouée si loin de ses falaises
Sur un quai de Californie

Les falaises en question sont les falaises de Douvres telles que les découvre un Français se rendant dans l'archipel depuis Calais. Or, il semble que le Queen Mary partait en réalité de Southampton vers l'Amérique. L'erreur n'est que de cent miles et de quelques dizaines de yards. En tout cas, la Grande-Bretagne doit être entourée de falaises sur toutes ses côtes, tout comme la Normandie. Mais elle permet de mettre en valeur la différence de niveau de l'altitude et de la noblesse britannique avec la bassesse étatsunienne. Il est entendu dans le discours du poète que tout ce qui se réfère au Nouveau Monde est inférieur, car profondément mercantile surtout si on associe la Californie à Hollywood et Disneyland. Cela ne l'empêche nullement d'avoir chanté le contraire auparavant. Comme tous les grands artistes, il est en proie à ses contradictions internes qui le font souffrir.

Quand je pense à la vieille Anglaise
J'envie les épaves englouties
Longs courriers qui cherchaient un rêve
Et n'ont pas revu leur pays

La vieille Anglaise fait allusion au surnom anglais du Queen Mary, The Old Queen. Ce n'est pas une traduction exacte, mais cela constitue une transition habile vers le refrain qui suit où vieille Anglaise et France se répondent. Les autres vers sont d'inspirations clairement rimbaldienne et évoquent le Bateau ivre. A moins que ce ne soit Oceano Nox ! Et pourquoi pas Baudelaire ? Tout est permis lorsque l'on joue sur les clichés.

{Refrain:}
Ne m'appelez plus jamais France
La France elle m'a laissé tomber
Ne m'appelez plus jamais France
C'est ma dernière volonté

Le refrain, très patriotique, met en valeur un exemple du volontarisme gaullo-pompidolien de l'époque, honteusement sabordé par les forces giscardo-mitterrandienne, tout comme notre Concorde, notre Caravelle, nos Mirage, nos Rafale, notre DS, notre char Leclerc, notre Minitel, notre ORTF, nos centrales nucléaires, etc. Il met en valeur l'identité nationale : rappelez dans votre copie que le nom France est alors lourdement symbolique et que l'on ne peut brader ainsi un patrimoine avec un tel nom à n'importe qui (par exemple des Norvégiens qui sont incapables de devenir européens et qui rebaptisent le bateau en anglais).    

J'étais un bateau gigantesque
Capable de croiser mille ans
J'étais un géant, j'étais presque,
Presque aussi fort que l'océan

On sent là une inspiration profondément baudelairienne. Avec sa coque de géant, ce navire était incapable de continuer à voguer dans un monde devenu trop petit. Ou alors un rappel du Hugo des Travailleurs de la mer qui abonde en géants. 

J'étais un bateau gigantesque
J'emportais des milliers d'amants
J'étais la France, qu'est-ce qu'il en reste ?
Un corps-mort pour des cormorans

Notons ici le jeu de mots final et la touche subtilement baroque du squelette. Bien entendu, il est défendu de se poser des questions au sujet du genre du navire, puisque le France est devenu la France d'un coup de baguette magique et que l'on a affaire à une métaphore de son propre pays. Il s'agit d'exalter la grandeur de ce pays, même si l'on vend des navires, des avions, des voitures ou des armes aux autres pays qui ne sont que des charognards. L'important est de conforter l'image de la France comme pays de l'amour et de la grandeur. Même et surtout au cours du débat de l'indignité nationale.  

lundi, 04 janvier 2010

Je suis pour !

Je reçois cette demande de Mariah-Samanthah qui prépare pour la quatrième fois son bac STG.

Au secours, cher comte adoré, mon tyrannique prof de français nous demande de commenter un texte délirant dans le cadre Sarkozysme et Sardouïsme auquel je ne comprends rien. Expliquez-le moi pour que je ne me ramasse pas aux partiels.

Tu as volé mon enfant,
Versé le sang de mon sang.
Aucun Dieu ne m'apaisera.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Notons qu'il n'y a ici aucune référence chrétienne ou d'une religion du livre, puisque l'invocation est à "aucun Dieu", ce qui veut dire que la religion est en fait païenne à la base. On est dans le système des sacrifices rituels païens et dans les mythes barbares.

Tu m'as retiré du cœoeur
Et la pitié et la peur.
Tu n'as plus besoin d'avocat.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Bien entendu, il est inutile de demander la moindre défense et le faire serait la preuve d'une grande félonie. Que la phrase "tu m'a retiré du coeur et la pitié et la peur"n'ait strictement aucun sens importe peu. C'est l'impression qui domine.

Tu as tué l'enfant d'un amour.
Je veux ta mort.
Je suis pour.

De quel amour cela peut-il être l'enfant ? on ne le saura jamais. L'important, c'est de vouloir la mort de l'autre avant tout. Et l'amour on s'en fiche !

Les bons jurés qui s'accommodent
Des règles prévues par le code
Ne pourront jamais t'écouter,
Pas même un christ à tes côtés.

Je me demande ce que vient faire le Christ aux côtés d'un criminel. Normalement, la présence du Christ est une preuve d'innocence et on devrait s'incliner devant lui, mais le païen Sardou nous dit qu'il ne reconnaît aucune des valeurs chrétiennes et aucune des règles sociales que nous avons établies depuis des siècles.  

Les philosophes, les imbéciles,
Parc'que ton père était débile,
Te pardonneront mais pas moi.
J'aurai ta tête en haut d'un mât.

Philosophes et imbéciles sont réunis dans une seule locution. C'est magnifique et superbe ! Et ils sont en plus débiles, puisqu'ils ont l'audace de penser ! Cela mérite de les décapiter avant de les pendre à la haute vergue ! Quelle profondeur de pensée... 

Tu as volé mon enfant,
Versé le sang de mon sang.
Aucun Dieu ne m'apaisera.
J'aurai ta peau. Tu périras.
C'est trop facile et trop beau.

Quel enfant ? On ne saura jamais rien. Il est totalement imaginaire, tout comme le Dieu invoqué. Nous sommes dans le fantasme pur et dans l'affabulation. Mais chacun peut participer à cet appel au meurtre s'il croit à ce qui est dit. Et je me demande au nom de quel dieu pourrait-on demander la mort de quelqu'un ? Parce que si par hasard il y a un dieu, il n'aurait jamais voulu que nous nous égorgions les uns les autres.

Tu es au chaud.
Tu peux prier qui tu voudras.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Mais qu'est-ce que donc ce message de haine totale et complète ? Contre qui et contre quoi ? Est-ce un musulman dont on ne dirait pas explicitement le nom ? Un juif dont le nom serait aussi soigneusement tu ? Qui est donc ce "tu" imaginaire ? 

dimanche, 29 novembre 2009

Sardouïsme et sarkozysme : éloge de l'ultra-libéralisme

Je reçois une nouvelle lettre de Mariah-Samanthah qui prépare son bac de français STG option UMP de gauche pour la quatrième fois.

Mon cher comte, notre prof est un horrible barbu gauchiste à col roulé, je suis sûre de l'avoir vu distribuer des tracts pour le NPA ou le PCF je ne sais trop, mais enfin il me fait peur et il ne nous apprend rien alors que nous avons des trucs à préparer pour le bac ! Dans le cadre du thème de l'identité nationale, nous devons à tout prix montrer notre connaissance des textes de Michel Sardou lors de l'examen et il nous dit juste que c'est de la daube, quand il n'est pas absent pour stage, maladie ou grève. Il faut quand même que je puisse expliquer ces textes afin de pouvoir commencer une carrière de winner par un BTS Force de vente. Mais je ne comprends pas ce que dit Michel Sardou et c'est sans doute parce que je suis trop à gauche dans l'UMP.

Parlons d'abord d'égalité
Égalité des chances, égalité des droits.
Pas celle qui plombe à la naissance
Parc'que celle-là c'est chacun pour soi.

Commençons par situer ce texte, il est daté de 2006 et il s'inscrit parfaitement dans le programme de campagne présidentiel de notre président fort révéré et adulé. Nous avons ici la glorification de l'effort et du mérite individuel contre les privilèges de naissance ou liés au nom de famille : il est bien entendu que certains seront plus égaux que les autres s'ils arrivent au niveau où les autres sont égaux. Ainsi, Dany Boon qui était mal parti dans la vie peut s'estimer bien heureux de se trouver aussi honoré que Christian Clavier

Parlons aussi fraternité
D'où que tu viennes, bienvenue chez moi.
En sachant qu'il faut respecter
Ceux qui sont venus longtemps avant toi.

Là, c'est un couplet sur l'immigration choisie et l'adhésion à l'identité nationale. Il est évident que l'on ne doit accepter les bougnoules chez nous que s'ils se font discrets et abandonnent toutes leurs pratiques d'un autre âge (burqa, polygamie, égorgement des moutons dans la baignoire, prière à la mosquée et on en passe). Seul le raton ayant un profil parfaitement adéquat à notre identité nationale nous respecte. Le melon qui ne veut pas boire d'alcool ou manger de porc nous manque de respect et il n'a donc pas vocation à rester sur le territoire français.  

Et puis allons danser
Pour oublier tout ça
Allons danser.
Personne n'y croit.
Allons danser
Même sur n'importe quoi
Mais allons danser.
Et ça ira.

Notez ici le détournement du chant révolutionnaire, Ah ! ça ira. Michel Sardou est en réalité un révolutionnaire républicain dans la plus grande tradition des artisans de la Terreur. 

Dire aux hommes qui se sont échoués
Qu'on peut refaire sa vie plusieurs fois
Sans un mot tout recommencer
Se prendre en charge, et pas charger l'État.

Voici deux autres thèmes fétiches du sarkozysme : la deuxième chance et le refus de l'assistanat lequel est la marque de la gauche. Vous pouvez alors évoquer le RSA qui remplace le RMI honni, puisqu'il n'a fabriqué que des fainéants et des assistés.

Dire aux enfants qu'on va changer
L'éducation qu'ils ont, par celle qu'ils n'ont pas.
Ajouter qu'il faut travailler
Riche et célèbre,
c'est comme un chèque en bois.

Bien entendu, il faut que vous disiez que votre éducation a été un échec jusqu'à présent et qu'il convient d'abord de faire en sorte de virer le plus de profs marxistes puisqu'ils n'ont pas su déceler vos compétences de winner. Dites aussi que vous croyez dans le langage de Laurence Parisot lorsqu'elle déclare que l'insécurité matérielle est une règle naturelle de la vie et qu'elle-même n'est pas sûre de ses fins de mois.    

Parlons enfin des droits acquis
Alors que tout, tout passe ici bas.
Il faudra bien qu'on en oublie
Sous peine de n'plus jamais avoir de droits.

Ici, n'hésitez pas ! Les droits acquis sont bien entendu ceux des travailleurs et surtout des fonctionnaires (pas les hauts fonctionnaires tout de même, eux sont hors de propos dans ce cas). Il faut les dénoncer parce que ce sont tous des privilégiés qui profitent des impôts sur la fortune payés par de grands artistes désintéressés comme Michel Sardou.

Admettons enfin vous et moi
Que nous sommes tous des hypocrites.
La vérité ne nous plaît pas
Alors on a le pays qu'on mérite.


Résumons : c'est la loi de la jungle et il ne faut pas avoir peur d'écraser les autres sous ses godasses quand ils vous sont inférieurs ou de se prosterner devant ses supérieurs. Valorisez le cynisme, le mensonge et le machiavélisme comme seule attitude politique raisonnable ! Un pays comme la France qui est incapable d'apprécier Michel Sardou à sa juste valeur est un pays qui ne peut se nommer la France. Comment est-il possible de refuser de se laisser entraîner aussi bas que lui ? Ce n'est pas raisonnable. 

dimanche, 22 novembre 2009

Sardouïsme et sarkozysme : la déontologie du sergent

Je reçois un courrier de Mariah-Samanthah qui réclame une fois de plus mon aide.

Très cher comte, je suis fort ennuyée parce que dans le cadre du programme de français du baccalauréat STG "Sardouïsme et sarkozysme" notre professeur nous a demandé de comparer deux textes afin de dire lequel exprime le plus notre identité nationale, les saines valeurs de notre glorieuse armée et exalte le plus notre patriotisme. Il faut dire que cela participe aussi à notre cours d'Education civique, juridique et sociale. Je suis très embarrassée parce que je ne sais pas quel est le texte qui serait le plus originaire de l'Anti-France. Je vous les joins afin de connaître votre opinion.

Le premier est bien de Michel Sardou qui en signe les paroles et qui a dû se faire aider tellement le sujet était difficile.

Je suis arrivé un beau matin du mois de mai
Avec à la main les beignets qu'ma mère m'avait faits.
Ils m'ont demandé
Mon nom, mon métier,
Mais quand fier de moi j'ai dit "artiste de variétés",
A ce moment-là,
Je ne sais pas pourquoi,
J'ai entendu rire un type que je n'connaissais pas.

Nous avons affaire à une scène typiquement française avec un brave futur militaire qui vient accomplir son devoir patriotique et qui se montre un peu niais du fait des beignets que sa tendre mère a tenu à lui confier afin qu'il ne meure pas de faim durant cette année loin d'elle. On comprend tout de suite qu'en entrant dans la caserne, il deviendra un homme comme on dit chez Kipling.

Le second texte est écrit par un dangereux apatride anarchiste, Pierre Vassiliu qui n'aurait jamais dû avoir vocation à devenir français.

Y avait la femme d'un militaire qui faisait collection d'képis
Y avait des blancs, des rouges, des verts, c'en était de biens beaux bibis

C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais deux hommes à moi
L'un tenant la bannière l'autre me tenant moi

On remarque tout de suite le dénigrement systématique de cette noble et illustre institution qu'est notre armée nationale à travers le portrait d'un sergent comme dans la chanson précédente, mais tout est systématiquement rabaissé ! Notre armée est dégradée et souillée puisque le militaire censé être intelligent car sergent se retrouve incapable de marcher au pas.

Le rire du sergent,
La folle du régiment,
La préférée du Capitaine des Dragons,
Le rire du sergent,
Un matin de printemps,
M'a fait comprendre comment gagner du galon
Sans balayer la cour,
En chantant simplement
Quelques chansons d'amour.
Le rire du sergent,
La fleur du régiment,
Avait un cœur de troubadour.

Bien entendu, cela n'a strictement aucun sens quand on réfléchit et à l'armée il ne faut pas réfléchir, les vers n'ont aucun rapport entre eux, mais cela s'inscrit bien dans un très grand genre littéraire proprement français : le comique troupier ! Il repose d'abord sur l'exaltation de la débrouillardise et du piston plutôt que le travail et l'expérience. Des valeurs proprement sarkozystes, n'en doutons pas. Notons que le sergent en question est fort porté sur la saine et forte amitié virile qui l'incite à prendre en charge de jeunes bleusailles sous son aile protectrice. En revanche, le texte suivant est bien malveillant pour la mission civilisatrice de notre grand pays dans ses colonies.

Pour recevoir ses p'tits amis elle cachait tous ses képis
mettait une robe de chambre kaki et se couchait en chien d'fusil

C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais trois femmes à moi
On n'faisait pas d'manière une fois j'te vois ou j'te vois pas

Il s'agit d'une justification de la polygamie qui ne saurait jamais appartenir à notre identité nationale, mais qui est hélas ! courante dans les pays dont les ressortiissants n'auront jamais vocation à devenir français, puisqu'être français cela se mérite et je me demande comment ce monsieur Vassiliu a pu avoir vocation à devenir français, sans doute parce qu'il a été naturalisé lorsque les socialistes se montraient laxistes en matière de droits de l'homme. Il est clair qu'il devrait être renvoyé chez lui si on arrive à savoir d'où il est.

Je m'suis présenté tout nu devant un infirmier.
Moyennant dix sacs, il m'a dit : "Moi, j'peux vous aider."
Je m'voyais déjà
Retournant chez moi,
Mais quand ils m'ont dit
Que j'étais bon pour dix-huit mois,
A ce moment-là,
Juste derrière moi,
J'ai entendu rire un type que je n'connaissais pas.

Voilà un exemple magnifique des valeurs propres à l'identité nationale ! La corruption ne peut exister que dans les autres pays, surtout ceux du tiers monde dont les ressortissants ne sauront jamais avoir vocation à faire partie de notre belle patrie.

Elle répétait les mots d'amour que son mari lui avait appris
c'est pour ça qu'elle disait toujours "feu à volonté toute la nuit"

C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l' Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais cent hommes à moi
Le flingue en bandoulière on s'cachait dans les bois

Remarquez comme ce sergent-ci est bien moins sympathique que le précédent. Lui pense à tuer avant tout alors que l'armée est une organisation humanitaire et pacifiste qui va sauver la civilisation dans des pays ne l'ayant jamais connue !

Depuis ce temps-là,
Je n'sais pas pourquoi,
Il y a toujours un sergent pour chanter avec moi.

Voilà qui montre ce que doit exprimer la vraie poésie : elle marche en ordre militaire ou sinon elle ne peut être poésie. Et il ne peut pas y avoir de vraie littérature sans que s'exprime à travers elle un soldat de préférence galonné. Elle est faite pour dire quels sont les devoirs de chaque Français fier de l'être.

Un soir d'ivresse elle mourut sous un petit vieillard maniaque
Un général plutôt fourbu lui tomba d'ssus de son hamac

C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais mille cons à moi
On marchait à la bière c'était dur croyez-moi !

Comment peut-on insulter ainsi de fiers et courageux soldats qui nous défendent vaillamment contre la barbarie de tous les autres qui ne sont pas nous et qui n'ont jamais su assimiler nos valeurs suprêmes comme le travail, la famille et la patrie ?

mardi, 03 novembre 2009

L'identité nationale à travers le prisme de la poésie de Michel Sardou

Je reçois une lettre de Mariah-Samanthah, lectrice qui prépare son bac STG pour la quatrième fois et qui réclame mon assistance.

Au secours, cher comte, notre prof de français nous a donnés un devoir à rendre pour jeudi et je n'ai aucune idée pour commencer. Le sujet est : « En quoi cette chanson de Michel Sardou constitue-t-elle une contribution au débat sur l'identité nationale ? Vous vous appuierez sur des exemples tirés du texte et d'autres œuvres du même poète. » Comme jeune pop de gauche, je ne peux comprendre que les chansons d'Enrico Macias et de Carla Bruni, mais dans ce cas les paroles me semblent bien difficiles à comprendre.Je ne saisis pas toutes les références culturelles, serais-je donc une mauvaise Française ? C'est ce que me disent déjà mes amis d'extrême gauche qui militent au Modem, mais je ne peux suivre de tels anarchistes qui n'ont aucun sens de la modération.

 

Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a le bon vin
On a le bon pain
Et cetera

 

Notons tout d'abord l'antithèse entre ils et on, deux pronoms dont les référents sont imprécis, car non désignés auparavant. Pour les identifier, il faut faire appel aux présupposés des destinataires du poème. On est bien entendu l'artiste et son public qui entretiennent les mêmes clichés. Ils représente les pays producteurs de pétrole, mais il n'est pas possible de les nommer plus pour l'instant.
Remarquons la construction des strophes qui seront toujours écrite avec le même schéma : un distique qui évoque ils et qui comprend un lien restrictif (mais), un tercet qui évoque on. Le distique présente les avantages et les inconvénients d'une situation, le tercet ne présente que des avantages. Autant dire que la balance est plus favorable pour on.


Ils ont le pétrole
Mais c'est tout
On a les cailloux
On a les bijoux
On a les binious

 

Comme il s'agit d'un texte qui se sert des lieux communs afin de défendre ses préjugés et sa supériorité nationale, le fin rhéteur qu'est Michel Sardou s'est servi de deux images convenues : le rappel à l'instruction publique par les mots cailloux et bijoux qui évoquent les règles de grammaire de l'école traditionnelle et l'évocation de la richesse du folklore français capable d'intégrer les joueurs de binious. Ce passage est particulièrement subtil, parce que le mot bijoux est lui-même d'origine bretonne, ce qui démontre la capacité de la France à faire de bons mots français à partir de langues étrangères. Notons encore un degré de lecture supplémentaire du fait du calembour au sujet des cailloux qui sont aussi des bijoux. Cela renvoie à la fréquentation de la place Vendôme par les riches représentant des pays pétroliers, mais on ne sait encore lesquels. Tout est en allusions subtiles et discrètes.

 

Ils ont les dollars
Et c'est bien
On a les man'quins
Les grands magasins
Le Paradis Latin
Ils ont les barils on a les bidons
Mais pour boire où vont-ils
Chez Dom Pérignon


Voici que se précisent les centres d'intérêt de ces ils étrangers qui viennent en France chez on. Les belles femmes des défilés de mode ou des revues de cabaret, la consommation de luxe où les pétrodollars peuvent être bien employés. La vision géo-économique de Michel Sardou repose sur une saine répartition des tâches selon les pays. Il est évident que François Pinault, Bernard Arnaud et Alain Bernardin contribuent hautement à la fondation de l'identité nationale, bien plus que de grands penseurs.


Ils ont le pétrole
Pour trente ans
On a du vin blanc
Des blés dans les champs
Pour au moins mille ans.

 

Dans cette strophe, nous trouvons une illustration parfaite trente ans plus tard de l'avis fort autorisé de notre admirable président selon lequel « La terre fait partie de l'identité nationale ». Relevons le don prophétique du poète, mage visionnaire tel Hugo ou Vigny, qui en 1979 a bien vu la disparition du pétrole cette année alors que les cours du blé se situent à un niveau jamais égalé auparavant, sans aucun problème de surproduction.

Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a des idées
Un gaspy futé
Un Martel à Poitiers


Le poème suit une progression par des implicites de plus en plus explicites. Lee barde fait ici allusion à deux campagnes publicitaires de son temps : le slogan « En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées » et le thème de la chasse au gaspi dont le personnage fétiche Gaspy a été accolé à celui de Bison futé, l'idée commune étant l'automobile. Notons que l'actualité d'époque est mise en perspective de manière historique par le rappel de la bataille de Poitiers qui a permis de chasser les Arabo-musulmans de France. Doit-on penser qu'il s'agit d'abord de justifier l'expulsion des étrangers ? Le texte est plus nuancé que cela, comme on le verra.

 

Ils ont les dollars
C'est très bien
Nous des têtes de lard
De gaulois grognards
Et chauvins

 

Voici exposés trois caractéristiques fondamentales de l'identité nationale : d'abord elle est nationaliste (le Français est chauvin), attachée à son histoire nationale (les grognards font allusion aux soldats de Napoléon dont faisait d'ailleurs partie le soldat Chauvin, nos ancêtres les Gaulois sont cités), à ses traits de caractère (la gauloiserie ou le goût pour les plaisanteries égrillardes, la grogne et l'entêtement représenté par la tête de lard). Remarquons d'ailleurs que le lard ne peut pas faire partie des traditions culturelles d'ils.

Quand ton puits s'ra sec ... plus d'jus dans l'citron
Plus personne à La Mecque
Viens à la maison
On boira mon vin
De bon cœur

 

Admirons la manière par laquelle le poète a su repousser à la fin de son œuvre l'identité des ils de manière à susciter l'intérêt de l'auditeur. Admirons aussi la manière par laquelle il conçoit l'intégration des immigrés d'origine musulmane : par l'abandon de leurs spécificités culturelles et de leur religion. C'est ainsi que l'identité nationale française peut devenir universelle et peut se permettre d'accueillir des réfugiés économiques qui ont su s'adapter aux valeurs républicaines grâce à leurs dollars, sans passer par la case de la valeur travail.  

Tu mangeras mon pain
J'demand'rai la main
De ta sœur

Quand ton puits s'ra sec
Viens à la maison
On boira cul-sec
En vieux compagnons

 

Ce poème appartient à un genre très bien déterminé du XXe s. : l'œnodie ou chanson à boire dans laquelle se sont illustrés d'immenses artistes comme les Charlots ou le Grand Jojo et les Joyeux Bituriers ou Bézu ou surtout ces extraordinaires et talentueux chanteurs que furent les Musclés. Elle est une variante du grand genre comique troupier qui entend faire l'unité d'un ensemble disparate de personnes en utilisant leur plus bas rire et en figeant les participants dans une caricature dans un jeu de rôles totalement éloignés de ce qu'ils sont. Reprendre ces airs en chœur est un signe certain d'acceptation de l'identité nationale, plus que le fait d'entonner le Temps des cerises ou la Chanson de Craonne.

dimanche, 27 septembre 2009

Perros et Perec

Dans une lettre de 1965 à Jean Paulhan, Georges Perros (de son vrai nom Georges Poulot) démentait se cacher derrière le nom de Georges Perec qui venait d'obtenir le prix Renaudot pour les Choses. Il ne s'agissait que d'une plaisanterie entre amis, Perros était un inconnu complet qui ne livrait que des notes de lecture à la NRF ou à la Comédie Française et n'avait publié qu'un livre de poèmes et un d'aphorismes. Mais Perec était tout aussi inconnu l'année précédente, malgré quelques articles. Le romanesque était totalement éloigné à Perros alors qu'il plaisait à Perec qui avait des idées stendhaliennes, voire verniennes. Ce qui est profondément troublant, c'est que les deux sont morts d'un cancer du larynx à trois ans de distance et c'était le moment où je constituais ma culture littéraire, autant dire que les deux disparitions m'ont frappé.

Ce qui est un peu étrange au sujet de Perros, c'est qu'il passe pour breton aux yeux de beaucoup au point que Miossec le chante au nom de la bretonnitude dans la commune où il vivait une partie de l'année, lui rende hommage, alors qu'il n'avait que sa résidence secondaire en Bretagne. Mais c'est aussi le cas de Perec qui paraissait avoir un nom breton et non juif polonais. Ces idées préconçues sont un peu absurdes et je me demande si Perec ne pourrait pas devenir aussi un Breton même s'il n'a aucune attache avec la Bretagne ou été chanté par des bardes bretons.

jeudi, 21 mai 2009

Poésie épidictique et policière

Je reçois une nouvelle demande de Mariah-Samanthah, cette charmante militante UMP de gauche :

Au secours comte adoré ! mon affreux prof de français barbu et binoclard, écologiste, socialiste ou trotskyste, nous a encore donné un texte incompréhensible à analyser dans le cadre de la séquence "Mitterrandisme et lyrisme" qu'il veut nous infliger pour le bac STG : "Hôtel Commissariat". Je n'y comprends strictement rien. P.-S. : après m'être inscrite au Parti radical, je fais maintenant partie de la Gauche moderne, mais mon paternel Jean-Claude me fait la tronche, car même s'il comprend un peu ma sensiblité de gauche il n'aime pas du tout l'adjectif "moderne" qui lui paraît déplacé.

Chère Mariah-Samanthah, cet hymne glorifie l'action glorieuse de nos vaillants et lucides agents de la force publique contre les forces du Mal et de l'Anarchie (réunies) et nous allons démontrer qu'il s'agit d'un texte d'un registre épidictique - ou pour parler plus simplement laudatif.   

Moi j'aime cette maison
Près de la mairie en pleine ville
Parking plein, drapeau bleu blanc rouge qui scintille

Relevez le symbole significatif dans ces vers. Comment peut-il scintiller à votre avis ?

Cette bâtisse qui nous a vu grandir
Ça représente notre passé
Notre présent et peut-être ton avenir


A qui s'adresse l'énonciateur ? Pensez-vous que le gardé à vue peut avoir lui aussi un avenir dans la police ? Comment ? Pourquoi ? 


Le sale, le vaincu, l'alcool et la douille
Les uniformes se bousculent, se frottent a la rouille
C'est chez nous et quand on vous arrête, c'est chez vous
Y a des jouets, des matraques, des bottins et tout

Qu'est-ce qui rend humble, sympathique et familière cette description d'un intérieur ordinaire ? Comparez-la à celle d'un intérieur de marin par Victor Hugo ou de payssn par Francis Jammes. Quels sont les objets qui vous rendent les lieux tout de suite attachants ?  

A l'accueil, y a toujours des collègues pour te sourire
Et quand t'arrives en G.A.V., y a toujours des fous rires
Et quand tu mens trop, y a toujours une main tendue
Pour t'aider à retrouver la mémoire que t'aurais perdue


Montrez à l'aide des pronoms personnels le souci de solidarité qui anime les personnages. De quelles qualités font-ils preuve ? Comment ?


Je te regarde te plaindre, gémir à mourir
Et moi derrière la vitrine, j'ai trop le sourire
Des souvenirs, l'ambiance, la fraternité
Tous soudés, tous bourrés


Expliquez les jeux de mots du dernier vers : vous partirez soit de l'énonciateur, soit du destinataire du texte pour montrer que lui aussi est soudé et bourré.

Dans la salle de réunion, les pauses
On y parle d'injustice, devant un camembert, tranquille, on cause
Des fois sur un tox. on joue aux fléchettes
Entre deux interventions, y a toujours moyen de faire la fête


En quoi cette scène rustique montre-t-elle une scène pittoresque que l'on pourrait comparer à un tableau impressionniste montrant de braves paysans en train d'accmplir leur travail ordinaire ? Aurait-elle pu être représentée par Millet ou plutôt par Courbet ou Cézanne ?Justifiez.


Regarde c'est l'émotion qui parle mais ça tu t'en balances
Vas-y parle vite, et t'auras peut-être de la chance
Ouais franchement, je te lâche ma carte postale (franchement!)
Sache que toi et moi, on n'est pas nés sous la même étoile (la vie est belle!)


En quoi ce passage est-il profondément lyrique et traduit-il un état d'âme intérieur profondément sensuel et sentimental ? Quels sont les thèmes lamartiniens et chateaubriandiens que vous pouvez relever dans le dernier vers ? 
{au Refrain}


C'est toujours les mêmes plaintes
Les mêmes vieilles qui reviennent
Ce téléphone qui sonne sans arrêt dans nos têtes
Les jeunes qui nous insultent, personne ne nous respecte
Le pire le rapport à écrire, à couvrir les collègues
Les juges qui la ramènent
Les avocats qui se la pètent
Les journalistes, les rappeurs, les familles qui rouspètent
Heureusement après le terrain, y a la détente
Un lieu de vie où on se soutient tous ensemble

Comment le monde vénal et temporel empêche-t-il les poètes-policiers d'accéder à l'Idéal absolu et intemporel ? Relevez ce qui appartient en fait à une inspiration baudelairienne où l'esthète est victime de la vile plèbe incapable de comprendre son effort vers un univers meilleur où ensemble tout serait possible.


mercredi, 13 mai 2009

Métaphores lorraines

Nous répondons à une demande de Mariah-Samanthah, la fille de Jean-Claude et Monique, cadres de l'UMP du Cantal-Maritime.

Au secours, comte chéri et adoré ! Mon abominable prof de français marxiste, chevelu et barbu est encore une fois en grève à l'approche des examens et pendant les ponts ! Comme il sait que je suis une sarkozyste de gauche, il m'a tendu un piège avec sa séquence "La  prétérition et l'ineffable dans le mitterrandisme". Vous seul pouvez m'aider, parce que je ne comprends strictement rien au texte de Patricia Kaas qu'il nous avait photocopié avant de partir en congé maladie peu avant les vacances. Vous savez que j'ai absolument besoin de ce bac STG que je présente pour la troisième fois afin d'être acceptée en BTS Force de vente ! 

Jaloou-ou-ouse !
Jalouse de tout !
Je soupçonne toooouuuu-ou-ou-out !
Casse-cou !

Posons la problématique d'abord : Patricia Kaas, cette chanteuse exemplaire des années Mitterrand, est d'abord la voix de la France et surtout d'une région plus admirable que toutes les autres, d'autant qu'il faudra la soutenir pour cette admirable épreuve de l'Eurovision : j'ai nommé la Lorraine. Patricia Kaas est la Lorraine par excellence. On peut donc dire que toute la chanson sera une allégorie de l'histoire de cette région martyre.

Grâce à cette métaphore, nous pouvons établir que les responsables de la jalousie sont François Mitterrand et le père Chérèque qui ont revendu à bas prix les outils de la sidérurgie lorraine (représentée par Patricia Kaas). Cela fait évidemment allusion aux manifestations de l'époque.   

Jalou-ou-ouse !
Tu n'imagines pa-a-aaas
Je hurle tout baaaa-a-a-aas
Et je me noooiiie

Relevez d'abord l'antithèse du troisième vers qui définit tout l'art de la chanteuse (mais évitez surtout de dire que Carla ne pourrait jamais hurler trop bas). Développez ensuite sur la métaphore du dernier vers en imaginant un parc d'attraction en Lorraine à la place des usines et des mines.

Je fouille tes poches, je lis tes lettres
J'écoute aux portes, oui je te guette
J'ai mal, je pleurs, je vérifie
Non, je n'crois pas tout c'que tu m'dis
T'avais qu'à pas mentir !

Imaginez donc la Lorraine trahie qui attend toujours les promesses faites à Rombas et Pompey par Mitterrand en 84, comme aujourd'hui votre héros à Gandrange.


Et quand tu mens, je r'ssens là-dedans
Mon cœur, mon cœur qui fout le camp
Je crois que j'vais mouriiiir
Mais je meurs pas, non je suis là
Je veux pas m'arracher de tooii
J'm'en fous, j'aime mieux souffriiiiii-i-i-i-ir

Représentez-vous le dilemme de la personne qui veut croire et ne peut croire. Rappelez-vous de vos notions de la tragédie classique. Nous avons affaire à une héroïne racinienne de pure race.


Jalou-ou-ouse ! (Jalouse )
Jalouse de tout !
Je soupçonne toooouuuu-ou-ou-out !
Casse-cou !
Jalou-ou-ouse !
(Jalouse )
Tu n'imagines pa-a-aaas
Je hurle tout baaaa-a-a-aas
Et je me nooooiiiie
Et je me nooooiiiie
Et je me nooooiiiie
Et je me nooooiiiie
Et je me nooooiiiie
Je me nooooooiiiiiiiiiiie
Je me nooooooiiiiiiiiiiie

Concluez en disant que cet hymne aurait pu triompher à l'Eurovision si le jury avait été moins corrompu, dissolu et incompétent.

Ah zut ! je viens de m'apercevoir que je contreviens à Hadopi.

samedi, 22 novembre 2008

Diététique du mitterrandisme

Dans le cadre de nos cours de remédiation pour Jean-Steevyn et Mariah-Samanthah qui passent leur bac de français, nous proposons un texte exemplaire de la poésie de l'époque mitterrandienne par une auteure aussi inspirée que Sappho et Louise Labbé : Sabine Paturel !

T'es tout petit, t'es tout mignon
caché dans ton papier luisant
c'est doux, moelleux quand je te touche
mais toi si tu fonds dans ma bouche
t'es toujours tout dur dans ma main

Explique comment ces métaphores peuvent s'appliquer à François Mitterrand et à Nicolas Sarkozy. Quels sont les termes qui peuvent s'appliquer à l'un et à l'autre ?


j'te prends, je roule des billes gourmandes
un jour caresse, je te veux tendre
croquant, craquant le lendemain

Lis le dernier éditorial de Claude Askolovitch ou de Philippe Val, puis dis comment ces vers ont un rapport avec leur propos.

Go out de ton emballage
brillant, glacé sur ton nappage
tes bouts tout prêts à consommer
j'décolle ta marque de société

En quoi est-ce une allusion au bling-bling ou à la gauche caviar ? Penses-tu que tout doit être dans l'emballage ?

p'tit délice doré, confisé
caramel mou, caramel dur
p'tit délice doré, confisé
pourvu qu'ton goût ça dure, ça dure

Recherche sur Wikipedia la seule parole attribuée à Laetitia Buonaparte. Quel est le rapport avec ce refrain ? Comment comprends-tu son sens politique ?

Je te dérobe, je te déballe
avec toi, qu'est-ce que j'me régale
et quand j't'ai dans ma paume à nu
j'te mords très fort, j't'adore tout cru
tu m'enveloppes tout le palais

Quels sont les autres sens du mot palais ? Quels palais envahissent les présidents de la République ?

tu m'fais sucré, goût vanillé
j't'ai dans la peau, j'peux plus m'passer
de c'carré caramélisé

Quel rapport fais-tu avec la chanson de cette autre chanteuse aphone, asthmatique et aphasique ?


Je te suce tout l'acidulé
je passe ma langue doucement
qui glisse la surface mouillée
et je te garde entre mes dents

Aimes-tu les réformes de l'enseignement par Xavier Darcos ou de la retraite par Xavier Bertrand ? Explique pourquoi à partir du texte.

Oui mais à force de te croquer
de te tourner, de te mâcher
de te casser par petits bouts
attention l'amour du dégoût
tu me lasses, tu deviens collant
marre de toi, j'en ai plein les dents
terminé, j'te fiche au panier
bobo au cœur, te v'la jeté

Comment te situes-tu comme citoyen-consommateur-spectateur ? Explique en te référant à la fois aux oeuvres de Guy Debord et à ta collec de Paris-Match.

dimanche, 26 octobre 2008

AB Production comme entreprise de recyclage du socialisme

Poursuivons notre grande opération de révision de textes littéraires fondamentaux pour Jean-Steevyn et Mariah-Samanthah dans le cadre de l'opération Ecole ouverte ! Au programme, une chanson engagée et militante d'Hélène qui illustre à merveille le socialisme en vigueur durant les années 80 !

Hélène
Je m'appelle Hélène
Je suis une fille
Comme les autres
Hélène
Si mes nuits sont pleines
De rêves, de poèmes
Je n'ai rien d'autre

Compare ces paroles avec celles-ci :

Tandis que moi qui ne suis rien
Qu'une petite fille de Français moyens
Quand je travaille oui je me sens bien
Et la fortune viendra de mes mains

Quelles différences constates-tu ?

Je voudrais trouver l'amour
Simplement trouver l'amour

Que penses-tu du rôle poétique de la répétition dans les textes d'Hélène ? En quoi est-il suggestif et particulier de son art comme tu pourras le voir par un autre de ses titres immortels ?

Je m'appelle Sarah,
On dit que je suis bien trop sage,
Mais je n'aime pas
Les autres garçons de mon âge.
Ça va sans doute vous faire sourire,
Je n'ai pas grand chose à leur dire,
Ça me fait drôle de vous écrire,
Ça me fait drôle de vous écrire.

Compare ce couplet avec les paroles de cet autre air impérissable. Penses-tu qu'Hélène a introduit une révolution musicale et poétique ? Pourquoi ?

Chaque soir, je veux chanter
Pourtant je ne suis pas vraiment loin de toi
Tu n'es pas tout à fait abandonnée
Et tu sais bien que je n'aime que toi

Un p'tit peu de joie dans le cœur

Compare le passage suivant avec celui de l'extraordinaire poète Claude François qui suit :

Et même
Si j'ai ma photo
Dans tous les journaux
Chaque semaine
Personne
Ne m'attend le soir
Quand je rentre tard

Mal aimé
Je suis le mal aimé
Les gens me connaissent
Tel que je veux me montrer
Mais ont-ils cherché à savoir
D'où me viennent mes joies ?
Et pourquoi ce désespoir
Caché au fond de moi ?

Penses-tu qu'Hélène aurait pu avoir un destin aussi tragique que Claude François ?

Compare ce couplet avec les paroles de cet autre air impérissable. Penses-tu qu'Hélène a introduit une révolution musicale et poétique ? Pourquoi ?

Et même
Quand à la télé
Vous me regardez
Sourire et chanter
Personne
Ne m'attend le soir
Quand je rentre tard

Serais-tu prêt à consoler Hélène, toi aussi, comme sur un Skyblog en lui disant tous les mots d'amour qu'il faut ? Que penses-tu de son importance culturelle dans l'évolution de la chanson engagée sous l'époque socialiste ? En quoi Hélène annonce-t-elle les temps révolutionnaires que nous connaissons par l'avènement du bling-bling égocentrique et narcissique, de la compassion universelle et du mélange de tout et n'importe quoi ? Comment sous Hélène s'annonçait le régime en vigueur, explique !

mercredi, 01 octobre 2008

Bob Dylan est mort !

John Lee Hooker est mort et bien mort depuis 2001 à un âge avancé, mais que je sache Robert Zimmermann (né en 41) est toujours bien vivant, fort actif, et son époque est aussi celle de Jean-Louis Murat (né en 52) :

Un écrivain doit connaître Homère, un cinéaste, Griffith, et nous, le Moyen Âge ! Peut-être que je n’aime pas mon époque. Bob Dylan et John Lee Hooker n’appréciaient pas la leur non plus. Nous ne sommes pas obligés d’être mariés avec notre temps.

Ce n'est pas la première crise d'hallucination et de mégalomanie de la part du troubadour auvergnat qui n'hésite jamais à se saisir d'un grand nom afin de parler de lui et de lui seul. Que l'on se souvienne de ça ! J'admets que les nouvelles arrivent lentement dans ces montagnes reculées, mais il en est certaines qui sont précipitées.

lundi, 29 septembre 2008

Mystique et mystification du mitterrandisme

Nous poursuivons notre groupement de textes pour le bac STG de Jean-Steevyn et de Mariah-Samanthah, les enfants de Jean-Claude et Monique, tous fidèles militants UMP du Haut-Cantal-Atlantique. Au programme, l'épopée mitterrandienne sous sa forme la plus poétique. Nous ne pouvions faire l'impasse sur la grande figure de cette époque ancienne sans évoquer la poétesse féministe Dalida qui a tant fait pour la cause des femmes, de la gauche en général et de Bertrand Delanoë en particulier.

J'ai traversé des nuits et des jours sans sommeil
Pour en arriver là
J'ai eu chaud sous la pluie et froid en plein soleil
Pour en arriver là

Explique l'antithèse présente dans ce quatrain et dit pourquoi cela illustre le tournant de la rigueur en 1982 alors que cette chanson date de 1984. Montre que cela illustre de manière concrète les contradictions du mitterrandisme en matière économique (n'oublie pas que tu es en section STG et utilise tes connaissances transdisciplinaires).


J'ai parlé à la peur et fait taire le silence
J'ai maquillé les heures j'ai vendu des dimanches
Pour en arriver là, pour en arriver là
J'ai pleuré tant de fois que je n'ai plus de larmes
Pour en arriver là

Penses-tu que Dalida faisait allusion à l'affaire du Rainbow Warrior, à la double vie avec une double famille, au cancer secret, et aux écoutes de la cellule spéciale de l'Elysée ? A quels endroits ? Justifie en t'appuyant sur des éléments du texte. Crois-tu qu'elle était au courant et qu'elle adressait un message codé aux gens de gauche ?

Je suis tombé cent fois mais sans tomber les armes
Pour en arriver là
J'ai marché sur ma vie plus souvent qu'à mon tour
J'ai mis le mot fini presque à tous mes amours
Pour en arriver là, pour en arriver là

A ton avis, est-ce un autoportrait de Dalida ou un portrait de Mitterrand ? Cherche dans la biographie de chacun ce qui pourrait s'y rapporter.


Pour en arriver là j'ai trop douté de tout
De moi de Dieu de vous
j'ai laissé derrière moi tous mes rêves d'enfance
Aujourd'hui j'ai le cœur presque en état d'urgence
Pour en arriver là

Comment Dalida montre-t-elle l'échec des 101 propositions et du programme commun ? Pourquoi était-ce une chanson d'actualité à cette époque ? En quoi est-ce pathétique ?Cela pourrait-il se rapporter à une situation plus contemporaine et présente ?

je crois bien qu'avec vous si j'avais rendez-vous
sans l'ombre d'un regret
Pour en arriver là
Je recommencerai

Explique que Dalida annonçait de manière prémonitoire la seconde candidature de François Mitterrand à la présidence de la République et le fonctionnement des institutions ensuite. Penses-tu que Nicolas Sarkozy (que son nom soit béni) se représentera et si oui pourquoi ?


J'ai appris à hurler juste en dedans de moi
Pour en arriver là
Pour ne pas vous montrer qu'on me montre du doigt
Pour en arriver là
J'ai fait le tour du monde mais je n'ai rien pu voir
L'absence est si profonde qu'elle salit mes miroirs
Pour en arriver là, pour en arriver là

Travail d'écriture : imagine-toi dans la peau d'un président de la République le jour de la passation de pouvoir, tu racontes la scène en utilisant la même énonciation que Dalida et en développant ses exemples en parlant de ton programme.

samedi, 06 septembre 2008

Mythologies tontonnesques

Nous continuons notre série de cours sur "Mitterrandisme et romantisme" destinés à Mariah-Samanthah et Jean-Steevyn en nous intéressant à un immense poète lyrique dont l'oeuvre dégouline d'humanisme, de compassion, de bienveillance, de gentillesse, de sollicitude, de tolérance, de charité et de bonté (je dois avoir oublié quelques noms de qualités dans le lot) : Enrico Macias ! Il est totalement impossible de dire du mal d'Enrico Macias (cette pensée ne m'a même pas effleuré l'esprit), c'est un homme parfaitement bon et désintéressé par nature et on ne peut pas se moquer de quelqu'un qui poursuit tant de nobles causes depuis ses débuts. Enrico est au dessus de tous les soupçons et son oeuvre resplendit dans le ciel de manière édifiante.

Ouvre-moi la porte toi qui as la clef
De la grande école du monde
Ce n'est pas facile de te faire entrer
Mais je vais quand même essayer.

Analyse la situation d'énonciation : combien y-a-t-il de locuteurs et quelles paroles échangent-ils chacun ? A quelle personne s'adresse le narrateur ? En quoi cette situation te renvoie-t-elle à ta situation de candidat bachelier STG pour la quatrième fois ? 

Tu devras d'abord choisir un bon métier
Et le faire avec passion
Vivre avec les gens, apprendre à les aimer
Sans te faire trop d'illusions

Analyse le sens de l'équilbre et de la juste proportion des choses dans ce passage. Penses-tu que c'est un avenir peu raisonnable ?


Protéger la vie de l'arbre et du ruisseau
Te faire des amis parmi les animaux
Vivre dans l'espoir et chanter quand il pleut
Alors tu seras heureux.

Aimerais-tu toi aussi être le copain de l'arbre, du ruisseau et de l'animal et les protéger ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui serait méchant à ton avis ? 

Tu seras soldat non pas pour faire la guerre
Du moins j'ose l'espérer
Quand tu t'en iras, je suis sûr que ta mère
Se cachera pour pleurer

Imagine-toi en soldat qui part pour le Liban, la Côte-d'Ivoire, le Rwanda, le Congo ou l'Afghanistan sous le mandat de l'ONU. Penses-tu vraiment que tu ne feras jamais la guerre et que tu ne la connaîtras pas ? Explique comment tu peux te sortir de cette situation.

Tu découvriras qu'il y a sur la terre
Deux hommes sur trois qui sont dans la misère
Libre de partir, tu verras mon petit
Que rien ne vaut ton pays.

Explique pourquoi les valeurs de ton pays sont supérieures à celles des pays où les hommes vivent dans la misère.

A tous les instants il te faudra choisir
Entre le bien et le mal
Tu auras souvent l'occasion de souffrir
Et d'oublier c'est normal

Aimes-tu plutôt ce qui fait mal que ce qui fait du bien ? Justifie ton opinion. Préfères-tu l'eau bouillante ou l'eau glacée ? Le plat trop salé ou le plat trop sucré ? Dis ce qui te motives alors.

Alors c'est l'amour que tu rencontreras
Ce sont des beaux jours tu sais que ces jours-là
Et puis un enfant qui te fera vieillir
Tendrement viendra te dire.

Analyse le raisonnement circulaire du poète et dis pourquoi tout est dans tout.

vendredi, 05 septembre 2008

Eschatologie du mitterrandisme

Comment s'est opérée la magie du mitterrandisme romantique ? Telle est la question angoissante que nous posent Mariah-Samanthah et Jean-Steevyn, tous deux étudiants en quatrième année de terminale STG et militants Jeunes Pops qui sont impatients d'obtenir leur diplôme pour devenir des winners et intégrer un BTS Force de vente qui leur permettra d'ouvrir une pizzeria grâce au concours du Crédit agricole impressionné par leurs diplômes et leur motivation. Fort simplement, en faisant une synthèse de la France la plus populaire comme en témoigne le trouvère marxiste-léniniste Pascal Sevran qui nous livre un portrait saisissant du Français éternel.

Nous, les petits Français
Qu'on soit flic ou maçon
On aime le beaujolais,
Les filles, l'accordéon

Te reconnais-tu dans ce portrait du parfait petit Français ? Y a-t-il un choix que tu regretterais amèrement au dessus d'un lavabo ? Justifie.Crois-tu que Päscal Sevran adhérait à tout son programme politique ? Pourquoi ?

Nous, les petits Français
On est plutôt champions
Pour l'amour on est prêt
Quelle que soit la saison

Analyse la valeur de l'adjectif "petit". Est-il péjoratif dans ce contexte ? Pourquoi ?

Les Anglais ne sont pas fauchés
Ils ont les Beatles et la Reine
Les Italiens sont partagés
Entre le Pape et la Loren
Les Ricains ont des insomnies
Sitôt qu'ils pensent à leurs dollars
Les Indiens n'ont qu'un bol de riz
Et les Cubains cherchent la bagarre

Explique ce qui motive les images sur les autres peuples, montre comment elles restent encore d'actualité. Travail documentaire : compte le nombre de Beatles et donne le nom de chacun.


Les Belges pour nous épater
Font admirer le Manneken Pis
Les Grecs voulant les imiter
L'ont remplacé par Onassis
Y'a les Chinois qui marchent au pas
Les Japonais à la baguette
Les Soviétiques à la vodka
Et les Suédois aux allumettes

Cherche une allusion scatologique et scabreuse dans cette strophe lyrique, puis explique-la afin de provoquer deux incidents diplomatiques. Montre aussi comment la pensée profonde de Pascal Sevran a pu inspirer le reporter métaphysique Bernard-Henri Lévy au sujet de la Russie.

Les Espagnols ont la passion
Des castagnettes, des corridas
Les Brésiliens pour un ballon
Renieraient la bossa nova
Les Écossais comptent leurs sous
Avant de s'offrir un whisky
Moi, j'ai pas un rond mais j'm'en fous
Il fait si bon dans mon pays

Aimerais-tu vivre dans le même pays que l'aède Pascal Sevran ? Pourquoi ? Argumente en vingt lignes avec d'autres exemples.

Nous… les petits Français
On est plutôt champions
Faut dire quand on s'y met
On est pas tellement con !
Faut dire quand on s'y met
On est pas tellement con !

Es-tu d'accord avec cette conclusion ? Justifie ton opinion à partir des exemples du texte.

 

mercredi, 03 septembre 2008

L'anglais selon Tellier

La méthode du chanteur français (!) de la dernière Eurovision pour écrire des textes en anglais : "A chaque chanson, je choisis la langue qui met le mieux en valeur ma musique, or le plus souvent, mes mélodies sont sublimées par l'anglais. J'écris comme ça me vient. En cas de doute, je vérifie dans Google que la tournure de phrase existe, sinon, je trouve des solutions." Vérifier une construction de phrase d'une autre langue dans Google ! On connaissait déjà le travers qui consistait à considérer Google comme un dictionnaire ou un manuel de morphologie, mais de là à en faire une sorte de guide syntaxique... Bien sûr que cette construction aura presque toutes les chances d'exister dans Google, surtout lorsque l'on songe à l'invraisemblable palette de broken English venus des cinq continents et aux délires des traducteurs automatiques ! Statistiquement, il y a plus de chance de tomber sur une phrase agrammaticale ou non-sémantique en anglais dans Google que sur une phrase d'anglais correct ou courant. S'il chantait en latin, il aurait moins de chance de tomber sur la formule exacte (la joie des écoliers d'autrefois était de trouver l'expression toute traduite dans le Gaffiot, moment fort rare). Quant aux solutions ? Bredouiller : "Pour être bien certain d'être incompréhensible, Sébastien a une méthode infaillible : "Je fais exprès de bafouiller." On ne voit plus alors les erreurs de construction. Mais alors pourquoi vérifier dans Google si la forme existe bien en anglais ? Il n'empêche que c'est une drôle de manière de sublimer la musique. Le kobaïen serait aussi valable.

vendredi, 18 juillet 2008

Mythologie de la boulangère

Nous sommes en été, les sujets sont donc plus légers tout comme les robes. Comment maintenir une audience en chute libre quand on manque d'inspiration ? En adoptant exactement la même stratégie que les magazines dits sérieux comme l'Express ou le Nouvel Obs : du cul à la une ! Mais comme je ne peux vous entretenir du sondage Pipotron sur le sexe en vacances ou les Français et le sexe, j'ai décidé de vous livrer quelques commentaires sur un grand mythe français : la boulangère !

La boulangère, parmi toutes les commerçantes, occupe une place de choix dans l'imaginaire collectif des Français. Elle est au centre de tous les fantasmes, contrairement à la poissonnière ou la bouchère et on se demande pourquoi. D'abord, elle appartient au quotidien : on se rend à sa  boulangerie chaque jour, mais à sa poissonnerie une fois par semaine. Ensuite, une boulangerie est le lieu où se rendent très jeunes des enfants pour faire des courses familiales ou s'acheter des friandises à la sortie de l'école. Cela imprègne plus la mémoire que les rares visites à une boucherie. Puis, une boulangerie, ce n'est pas seulement le quotidien avec la baguette, mais aussi l'exceptionnel, le luxe, le plaisir avec une pâtisserie que l'on met longtemps à choisir. Enfin, la boulangère, c'est normalement la femme du boulanger et elle sort tous ses appâts pour séduire le client, mais on ne voit jamais le boulanger qui dort puisqu'il a travaillé toute la nuit ! C'est donc la femme tentatrice et luxurieuse, presque libre du fait que son mari est toujours absent. Une vraie Lilith. 

Pourquoi ce mythe est-il profondément français ? D'abord à cause de la place du pain dans cette civilisation complexe. Dans d'autres pays, la boulangère sera remplacée par une serveuse de café ou de restaurant ou de pâtisserie, mais la boulangère elle reste toujours identique d'un bourg à l'autre, d'un quartier à l'autre et on la retrouve de loin en loin comme un personnage familier. Le Français va toujours chercher son pain ou ses croissants chaque matin afin qu'ils soient bien chauds (en revanche le Britannique attend le passage du laitier qui ne fait rêver que les femmes au foyer). C'est ce que l'on nomme un archétype.

On connaît la chanson enfantine de la boulangère qui figure sur bien des sites éducatifs :

La boulangère a des écus
Qui ne lui coûtent guère
La boulangère a des écus
Qui ne lui coûtent guère
Elle en a, je les ai vus
J'ai vu la boulangère aux écus
J'ai vu la boulangère

La musique est de Mondonville, auteur remarqué en son temps. Air innocent et charmant semble-t-il. Que ne connaît-on la version complète de la chanson ? Je ne recopie pas les paroles de Pierre Gallet, auteur du XVIIIe s., car elles feraient rougir plus d'une personne. On notera cependant les métaphores bien explicites du pain à enfourner, de la pâte à pétrir. Ce n'est pas le genre de texte à faire réciter par de charmantes petites têtes blondes. 

Plus près de nous, Georges Chelon file aussi la métaphore où l'on dévore la personne des yeux comme l'on dévore des friandises ou du pain ou de l'analogie entre le corps et le croissant. 

Des croissants chauds
Chaque matin de nos vacances
Chez grand-maman, au bord de l'eau
C'était là toute mon enfance
Mon oncle se levait très tôt
Courait à la boulangerie
J'ai cru comprendre à demi-mots
Que la boulangère est jolie

Que fait l'oncle avec la boulangère ? On ne sait. Mais toujours est-il que son désir est suggéré par celui plus tardif du neveu. 

Beaucoup plus trivial, Jacques Fabri nous ramène à la tradition du jeu de mots grivois sur le nom des miches (Pierre Louki s'est compromis dans cette pochade) :

La boulangère
Elle exagère
A les miches tout près du pain
La boulangère
Elle sait y faire
Pour poser ses miches dans vos mains
Il est inscrit sur une affiche
Interdit de toucher au pain
Mais si vous touchez à ses miches
Jamais la boulangère n'se plaint
Mangez du pain
Vous vivrez bien

Encore une fois, nous avons l'image de la bonne pâte ou de l'action de pétrir. L'énonciateur voudrait être à la place du boulanger.

Nous allons faire maintenant dans la haute poésie élégiaque en citant Apollinaire, poète d'un grand raffinement (quand il le voulait) :

Boulangère jadis qui respiriez l'amour

La suite peut être lue en ligne par les personnes qui certifient être majeures. La boulangère est là juste comme une figure de la femme sans rapport avec les métaphores liées au pain.

On en arrive au groupe Java dont la chanson Ce s'ra tout ? utilise l'ensemble des métaphores pâtissières et boulangères possibles :

Bonjour, qu'est-ce qu'il voudra le p'tit monsieur?
Euh bonjour j'voudrais une baguette s'il vous plait
Il l'a veut comment sa baguette, bien moulée?
Euh oui en fait, c'est que justement j'voulais vous dire
Pardon? Pardon vous avez dit quoi monsieur? 

Nous avons droit à : la forêt noire, les miches, crudité ou jambon-beurre, chouquette, bâtard, cake, et à bien d'autres calembours qui dérivent fort loin de la simple gaudriole. Mais si la base de l'histoire reste la même (une boulangère que l'on désire), la fin est différente puisque la boulangère ne veut pas se vendre :

Nan mais attends nan mais il va s'la fermer sa gueule la p'tite boulette!)
M'en fous moi d'ton boulanger moi
Thon rassis va
(Ouais bah moi j'vais t'la couper en tranches ta dragée)
Mais reste beignet dans tes chaussons moisis, boudin va
(Nan mais t'a appris ta poésie dans les Carambars)
Ouais c'est ça ouais, dans les Carambars
(Daniel, Daniel! Daniel, ramène ta fraise)
Ouais c'est ça ramène ton mari ouais
(Daniel!)
Ce s'ra tout
(Daniel!) 

Eh oui ! le drame est là : la boulangère est la femme du boulanger. Elle doit subir déjà tous les assauts de personnages sortis du Bachelor, alors elle sait répondre.

jeudi, 10 juillet 2008

A l'instar de...

Au sujet de la célèbre chanteuse asthmatique, phtisique, aphasique et épouse de Monmari :

Pas plus qu'elle ne trahit les brumes mélancoliques de Michel Houellebecq, dont elle a joliment mis en musique un poème inédit intitulé La Possibilité d'une île, à l'instar du dernier roman de l'écrivain français. 

La phrase ne veut strictement rien dire, comme les trois quarts des autres phrases de cet article écrit avec les pieds par un journaliste du service Mode. Mais j'aime bien l'expression "à l'instar" totalement incongrue dans le contexte. Cela fait joli, c'est très beau, on pourrait croire qu'il s'agit de littérature. Ou presque.

samedi, 28 juin 2008

Pacifisme et surréalisme dans la poésie de Mai-68

 Le jour du 14-Juillet, notre divin, mirifique et magnifique président nous permettra de redécouvrir (enfin !) l'oeuvre de l'un des poètes les plus engagés et des plus enragés de Mai-68 : Christophe ! C'est dire la nature révolutionnaire du régime actuel et combien la rupture est désormais définitive dans le domaine de l'art. Redécouvrons donc ce "poète maudit" comme il se qualifiait dans les Paradis perdus

Je suis le tout petit gars perdu dans la ville
Je crie : "Love, love, love, love, love, love"
Seul entre ces tours d'acier je me sens fragile
Je crie : "Love, love, love, love, love, love"

 Montre que le poète exprime son angoisse face à la jungle urbaine. Comment cela traduit-il une contestation des projets immobiliers des années gaullo-pompidoliennes ? Quelle valeur le poète oppose-t-il à la froideur du monde moderne ?Connais-tu ce mot d'anglais ?


Mes mains se cachent dans mes poches
J'ai froid, j'ai peur, la fin est proche.

 Retrouve dans ce poème une citation cachée de Ma bohème de Rimbaud. Quelle différence observes-tu entre les deux oeuvres ? Pourquoi celle de Rimbaud est-elle moins expressive et suggestive ?


Du haut du building un oiseau tombe dans le vide
Il crie : "Love, love, love, love, love, love"
Ici dans la rue il court le bruit d'un suicide
On crie : "Love, love, love, love, love, love"

 Que représente l'oiseau ? En quoi cette image est-elle profondément originale et subversive ? Reconnais-tu là une allusion au Roi et l'Oiseau de Paul Grimaud et Jacques Prévert que tu as vu durant ton programme de terminale littéraire ? Laquelle ? Quel est le mot important ?

 
Je sens le ciel qui se décroche
Déjà le soleil se rapproche.

 Comment est traduite l'idée de l'écrasement ? Rapproche ces vers de ceux de Baudelaire dans Harmonie du soir. Lesquels te semblent les plus beaux ? Et si ce sont ceux de Christophe, pourquoi ?

Au fond d'un couloir une femme nue me regarde
Elle crie : "Love, love, love, love, love, love"
Un flash au néon éclaire un homme qui se farde
Il crie : "Love, love, love, love, love, love"

 Explique que ces vers sont inséparables du concept de la révolution des moeurs de cette époque. Observe la redondance du vers 3 et dis pourquoi l'auteur l'a choisie.  

Magritte se meurt pendu sur le mur d'en face
Criant : "Love, love, love, love, love, love"
Je joue de l'harmonica assis sur la place
Je crie : "Love, love, love, love, love, love"

 Comment le poète peut-il à la fois jouer de l'harmonica et crier ? Explique que cette contradiction n'est qu'apparente. Que penses-tu de ce programme ? Crois-tu que ce soit encore un bon slogan aujourd'hui et surtout pour un 14-Juillet ?

Ecriture : invente un texte où tu pourras faire dire toi aussi "Love" à tous les gens que tu veux. 

jeudi, 26 juin 2008

La poésie métaphysique de Mai-68

La préparation de l'oral du bac de français est une épreuve au long cours, nous donnons donc une nouvelle explication de commentaire de texte expliqué. Une oeuvre impérissable de Gilles Dreu qui pose des problèmes métaphysiques (on réservera ce texte très complexe aux sections littéraires qui auront beaucoup d'heures de philosophie en terminale). Comme quoi la pensée de Mai-68 n'est pas finie :

Pourquoi Bon Dieu
Pourquoi t'es-tu donné tant de mal pour faire tout ça


Montre la force de l'anaphore dans ces vers. Crois-tu que sa révolte contre le Créateur témoigne d'une forme d'athéisme ?

Pourquoi Bon Dieu
Fais-tu se battre les chiens contre les chats
Pourquoi Bon Dieu
Cette araignée que mon pied va écraser
Pourquoi Bon Dieu
Cette gazelle que le lion va dévorer


Recherche l'influence profondément hugolienne de ces vers. Comment l'auteur parvient-il à renouveler le thème ? Aimes-tu les animaux ? Pourquoi ?


Et tous ces gens si différents
Les uns à la peau noire les autres blancs
Qui ne se comprennent pas
Et qui ne s'aiment pas


Penses-tu que l'on pense différemment selon sa couleur de peau même si on a vécu les mêmes choses dans le même pays ? Explique.

Les uns petits les autres grands
Les gentils les méchants
Explique-moi ce problème si tu veux que
Moi je t'aime, tu veux que je t'aime


Trouve d'autres catégories de gens qui se croient différents comme les gros et les maigres, les roux et les bruns, les femmes et les hommes. Penses-tu que le monde se divise ainsi et que tout doit être manichéen (cherche ce mot avec ton professeur de philosophie) ?

Pourquoi Bon Dieu
T'es-tu donné tant de mal pour faire tout ça
Pourquoi Bon Dieu
Tu dois avoir tes raisons mais dis-les moi


Montre que le poète exprime son désespoir et compare ce passage avec les extraits du Diable et du Bon Dieu de Sartre que tu as pu lire en classe. Quel philosophe te semble le plus convaincant ?

Pourquoi Bon Dieu
J'étais pourtant bien tranquille dans le néant
Pourquoi Bon Dieu
Ne suis-je qu'un petit nain toi un géant


Dis quels passages des Pensées de Pascal cela te rappelle.

Le Paradis c'est bien joli
Mais je ne gagne jamais à la loterie
Et cette fois-ci je perds
Je suis bon pour l'enfer


Rapproche le parcours du poète de celui de Don Juan à la fin des Fleurs du Mal. Quelles différences remarques-tu dans le ton ?

Je ne voulais pas de billet
C'est toi qui m'a forcé
Explique-moi ce problème
Si tu veux que moi je t'aime
Tu veux que je t'aime


Le poème s'adressait-il seulement à Dieu ? Analyse ce qui pourrait donner lieu à une autre lecture.

Pourquoi Bon Dieu
T'es-tu donné tant de mal pour faire tout ça
Pourquoi Bon Dieu
T'es-tu donné tant de mal rien que pour moi
Pourquoi Bon Dieu
Pourquoi Bon Dieu
Pourquoi Bon Dieu

Es-tu sensible à la répétition finale ? Qu'apporte-t-elle comme sens supplémentaire ? Accepterais-tu de sortir avec quelqu'un qui te dirait de telles paroles ?

mardi, 24 juin 2008

L'influence britannique sur la poésie révolutionnaire de Mai-68

 Puisque nous avons évoqué la poétesse Marie, il semble logique de poursuivre en parlant de la troupe de joyeux trouvères et balladins d'Il était une fois. Leur romantisme échevelé prenait ses sources dans la littérature gothique de la vieille Angleterre, si féconde en personnages originaux et en écrivains maudits.Ils montrent que le mouvement d'insurrection mondial de ce temps à des racines du côté de Liverpool.

Des cheveux fous,
Des jeans en cuir,
Des dents de loup,

 Relève les mots qui expriment la révolte et classe-les dans un tableau : révolte, rien du tout. Explique ensuite pourquoi tu crois que tel mot connote la révolte.   

Je le vois comme si c'était demain
Ce soir hier ou plus loin.

 Comment cette gradation est-elle construite ? Réécris-la à l'envers, que constates-tu ? 

Les yeux trop clairs,
Des yeux d'enfant,
Sentant la mer,
Goûtant le vent,
Je l'espère comme si c'était demain,
Ce soir et je me souviens

 Compare cet extrait avec Mon légionnaire d'Edith Piaf. Quelles différences observes-tu ?


{Refrain:}
C'était l'année dernière
Il venait d'Angleterre
Il jouait tous les soirs
Au Superstar,

 Comment l'Angleterre est-elle devenue le pays qui a diffusé la pensée subversive de Mai-68 ? Cite un courant philosophique de cette époque et de ce pays.

C'était l'année dernière
Je m'étais laissée faire
Il était musicien
Il chantait bien

 Serais-tu d'accord avec l'héroïne de ce drame ? Compare son histoire à celle de madame Bovary ou de la Tosca. Quelles différences remarques-tu ?

Sa guitare
Me jouait l'amour
Tous les soirs
Ses chansons
Sont dans mon coeur
Pour de bon

 Penses-tu que la guitare est une métaphore ? Pourquoi ? Explique comment.


Tu lui ressembles,
Tes yeux d'enfant,
Tu vois je tremble
Tout comme avant
Même si tu n'es pas musicien,
J'aurai oublié demain

 
 Analyse la cohérence de ce texte et montre qu'il ne présente aucune contradiction interne, notamment dans ces derniers vers.   

lundi, 23 juin 2008

Ecologie et néo-platonisme dans la poésie de Mai-68

Continuons les révisions du bac de français, mais cette fois pour l'oral et non plus pour le commentaire composé. Le texte s'inscrit une fois de plus dans le programme des chansons engagées de l'après-mai-68. Nous avons choisi pour Mariah-Samanthah un poème de l'année 71 qui illustre les préoccupations écologiques de la jeunesse révoltée de ces temps si lointains : Soleil par Marie. Ce fut l'hymne de Monaco pour l'Eurovision !

Soleil, toi qui viens de loin
Toi qui connais bien
Le secret des fleurs
Soleil, dis-moi si l'amour
Fera son jardin dans mon cœur

Oberve l'apostrophe : pourquoi et comment le Soleil est-il personnalisé ? Quelles sont les qualités qui lui sont associées ? Crois-tu qu'elles correspondent à la nature du Soleil ?  Penses-tu que le Soleil est bon pour la santé ?Quelle marque d'autobronzant utilises-tu ? Et comme huile solaire ? Fais-tu des séances d'UV ? Justifie ton point de vue.


Refrain:
Toi qui fais renaître les jours
Toi qui fais du printemps l'éternel retour
Toi qui fais renaître les jours
Fais naître mon cœur à l'amour

Analyse ici l'exposé néo-platonicien et montre comment il y a ici une influence de Marsile Ficin à travers une relecture des odes de Ronsard sur le thème de la renaissance perpétuelle. Juge le style : comment l'auteur parvient-il à rendre humble et modeste un sujet philosophique fort complexe ? Penses-tu que le beau temps succède toujours à la pluie et le printemps à l'hiver ? Justifie ton opinion.    


Soleil je ferme les yeux
Et je vois du bleu
Danser sur la mer
Soleil tant qu'on n'est pas deux
On vit dans un jardin d'hiver

Quelle idée est exprimée par le bleu qui "danse sur la mer" ? Penses-tu qu'une autre couleur serait possible ? Dans les deux derniers vers, qu'est-ce qui reprend le mythe platonicien de l'hermaphrodite et comment cette idée rejoint-elle celles développées par la Pléiade ?   

Moi je veux ma place
Au soleil
Rien ne me remplace
Le soleil
Oh j'ai besoin qu'on me donne
Du soleil
Délivrez-moi mille tonnes
De soleil

Penses-tu toi aussi qu'il est bon de valoriser l'énergie solaire, de préserver la couche d'ozone et de sauver la planète ? Songe aussi que ton examinateur (surtout s'il est barbu et chevelu) a une chance sur deux d'avoir voté pour les Verts et qu'il attend de toi que tu lui cites d'abord le programme de Nicolas Hulot que tu as sans doute entendu sur téhèfun. Comment comprends-tu l'ambivalence du troisième vers quand tu le compare au premier ? Ce projet de vie est-il tout à fait altruiste ? 

dimanche, 22 juin 2008

La poésie tragique après mai-68

Nous allons te parler d'un des très grands poètes de l'après-Mai-68 : Dave ! Tu te dis tout de suite que nous parlerons de son rapport intime avec l'oeuvre de Proust avec son Du côté de chez Swann, mais pas du tout ! Nous avons préféré explorer la veine shakespearienne et tragique du personnage fort littéraire.

Elle se croyait toute seule près de l'eau
Quand soudain je l'ai vue se pencher un peu trop.
Devinant qu'elle voulait noyer son chagrin
Je n'ai pu m'empêcher de lui crier de loin :


Compare cette scène à celle d'Hamlet que tu as lu en classe, quelles différences observes-tu ? Penses-tu qu'Hamlet aurait pu sauver Ophélie ? Pourquoi ? A quel personnage de la mythologie antique pourrais-tu comparer Ophélie "se pench[ant] un peu trop" ? Justifie.

Ophélie, Ophélie, moi je t'aime.
Ophélie, Ophélie, pense à moi.
Dire adieu à la vie serait une folie
Dis bonjour à l'amour
Sèche tes larmes, sèche tes larmes.


Quel effet procurent les répétitions ? Penses-tu qu'Hamlet pouvait parler à Ophélie encore vivante ? Représente, avec ta copine, la scène dans le bassin à grenouilles du prof de biologie.

Elle a essuyé les larmes de ses joues
Et soudain sur la Terre, il n'y avait que nous.
Que m'importe son prénom puisque aujourd'hui
C'est toujours Ophélie qui fait chanter ma vie.


Explique la contradiction du prénom répété et pourtant nié. Comment les larmes rappellent-elles le suicide par noyade de l'héroïne anglaise ? Dis pourquoi ces vers sont construits sur un rythme vraiment rimbaldien.

Ophélie, Ophélie, moi je t'aime.
Ophélie, Ophélie, pense à moi.
Dire adieu à la vie serait une folie
Dis bonjour à l'amour
Sèche tes larmes, sèche tes larmes.

Ophélie, Ophélie, moi je t'aime.
Ophélie, Ophélie, pense à moi.
Dire adieu à la vie serait une folie
Ophélie, Ophélie, moi je t'aime.


Souligne par des couleurs identiques les mots qui se répètent. Quelle sensation est à l'oeuvre dans la répétition des mêmes mots ? Pourquoi ce procédé est-il d'une grande modernité ? En quoi est-ce pathétique ? Crois-tu que les arguments du locuteur sont convaincants, pourquoi ?

Ecriture : tu rédiges la lettre d'adieu d'Ophélie à Hamlet afin de plaider la cause du suicide et tu fais part de ses réactions à sa lecture.

samedi, 21 juin 2008

Ça vaut mieux que d'attraper la Carlatine

Un petit jeu de fin de semaine, sur l'air célèbre de Paul Misraki, vous inventerez les couplets intermédiaires de ce refrain :

Ça vaut mieux que d'attraper la Carlatine
Ça vaut mieux que d'avaler d'la Cécilia
Ça vaut mieux que de sniffer d'la cocaïne
Ça vaut mieux que d'finir en Diana au Pont d'l'Alma 

Vous moderniserez la chanson afin de l'adapter à l'air du temps et aux problématiques actuelles entre pipole et politique. Vous pouvez reprendre une partie des paroles anciennes. Vous n'avez pas besoin de rédiger plus d'un couplet. C'était ma rubrique "mes commentateurs doivent écrire plus pour que je gagne plus de visites uniques".

Désinquiéter

Etrange emploi d'un terme rare chez la Carlita :

Il y a un monde qui m’était complètement étranger, le monde des gens conservateurs, c’est-à-dire qui ont été profondément choqués par l’arrivée dans le paysage d’une fille qui n’est pas française, pas mariée, libre d’avoir été qui elle a été, qui a un enfant… J’ai donc demandé à monsieur Charon comment désinquiéter ces personnes.

On pourrait croire à un néologisme, mais cela ne l'est que depuis... 1854 ! Il était présenté alors comme tel.

Dans le Dictionnaire de Françoise Catherine de la Place Gerardin, on peut lire :

Désinquiéter. Délivrer d'inquiétude, tranquilliser, rassurer quelqu'un. Désinquiéter quelqu'un. Désinquiéter l'esprit, le coeur de quelqu'un. Dict. de M. B. 

Les 22 occurrences de Google (à l'heure où j'écris) me mènent à 2 citations de la chère variété de pomme de terre et à 3 extraits de ce dictionnaire. Le succès du mot n'a pas été au rendez-vous, car 5 scripteurs ont cru bon d'employer des guillemets de précaution, ils sentaient bien que le mot n'était pas dans les dictionnaires courants. Comme pour le mot bravitude, on pourrait croire à une construction spontanée et à une ignorance du terme exact, alors que le mot existe de longue date ! En outre, il est parfaitement compréhensible, même s'il est possible de dire les choses plus simplement. Quant au désinquiètement en question, pfff... le propos relève en réalité de l'opération de diversion et d'évitement - pour ne pas dire de l'écran de fumée. On feint un problème imaginaire pour ne pas parler des autres plus réels. Brumes, brouillards et vapeurs tout au long de ce texte déjà survendu, comme l'album de la chanteuse aphone.  

vendredi, 20 juin 2008

Le mythe de Katmandou dans la poésie de Mai-68

Les années après Mai-68 sont aussi celles où l'on se tourne vers l'étranger, comme nous avons pu le voir à travers le mythe de San Francisco. D'autres grands aèdes de cette période préfèrent se tourner non vers les grands espaces américains, mais vers la sagesse orientale. C'est ainsi que le poète C. Jérôme a choisi de se plonger dans le mystérieux monde indien, comme bon nombre de routards ou de rock-stars de cette époque. Le poème est codé, en fait il s'agit de l'appel à rejoindre une secte mystique.

Donne-moi la main et si tu t'y prends bien
Je t'emmène avec moi sur l'Himalaya
Tu verras le ciel a comme un goût de miel
Je te dirai pourquoi sur l'Himalaya

 Comment comprends-tu le dernier vers ? Se rapporte-t-il à l'avant-dernier ou bien traduit-il plus profondément le secret de la philosophie bouddhiste à laquelle le poète a adhéré ?  

{Refrain:}
Nous chanterons des milliers de refrains
Et je te dirai comment je t'aime
Nous rêverons jusqu'au petit matin
Pour t'endormir sur notre destin

 Explique que le dernier vers du refrain contient le but de la secte dans laquelle le poète veut entraîner sa jeune compagne. Sur quelle méthode d'auto-conviction se fonde l'adhésion à ce groupe religieux ? Cherche un chant religieux tibétain et répète-le cent fois de suite, que ressens-tu ?  

Aussi loin du bruit tout près du paradis
L'amour nous guidera sur l'Himalaya
Et ta bouche en cœur plus belle qu'une fleur
Je la cueillerai pour toi sur l'Himalaya


  Penses-tu que l'Himalaya était un paradis et un lieu de paix en 1972 ? Pourquoi ? Montre que c'est un monde idéal pour le poète.  


Rien que tous les deux nous trouverons le jeu
Qui nous emportera sur l'Himalaya
Si tu me comprends je t'apprendrai comment
Nous serons bientôt trois sur l'Himalaya

 Cherche le nom du yogi ou du lama ou du gourou qui sera la troisième personne du couple. Comment ce poème laisse-t-il entendre la découverte progressive d'une sagesse religieuse appartenant à un autre monde ? 

Ecriture : rédige la lettre que le couple adresse au consul de France à Katmandou pour demander son retour.

jeudi, 19 juin 2008

Dilemmes des poètes soixante-huitards

 Nous poursuivons notre grande anthologie de la littérature soixante-huitarde avec des stances du chanteur contestataire François Valéry sur des paroles du poète anarchiste Pierre Delanoë en 1976.

Je t'aime, tu as gagné, je t'aime
J'ai pas compris comment j'avais perdu

Je t'aime voilà le problème

 Le héros tragique exprime dans ces imprécations le dilemme qui le tourmente. Quels sont les deux pôles du conflit intérieur du héros ? En quoi te rappelle-t-il les sujets de Corneille ou de Racine ? Lesquels ? Trouves-tu le rythme et le vocabulaire du poète plus proche de l'un ou de l'autre des dramaturges ? Pourquoi ? 

J'avais juré sur ta tête
De rester mon maître
Mais je t'aime, tu as gagné, je t'aime

 Montre à l'aide du premier vers que le poète a déjà perdu sa tête et qu'il sombre dans le délire. 


Et me voilà bloqué, piégé, vaincu
Je t'aime pourtant c'est la haine
Je te déteste d'avoir pris ma liberté chérie

 Quel effet vise la gradation du premier vers ? Relève une antithèse et dis pourquoi les mots s'opposent ? Peux-tu voir comment l'antithèse est prolongée en un chiasme ? Quelle est l'idée défendue par le poète ? A ton avis, ce poème exprime-t-il davantage l'insoumission que Ma liberté de Georges Moustaki ?      

Moi le vrai solitaire
Cherchant la paix sur cette terre
Dis-moi mais que vais-je faire ?
Avec toi qui aimes la guerre

 Montre que le héros est un personnage de gauche, révolté, anarchiste, et que l'apostrophe s'adresse à une femme bourgeoise, de droite, partisane de l'ordre et de la sécurité. Penses-tu que le héros a totalement renoncé à la lutte des classes ?

Je t'aime, tu as gagné, je t'aime
Mais je t'en prie ne triomphe pas trop
Je t'aime, mais quoi qu'il advienne
J'ai sur toi jusqu'au bout des jours
Droit de vie et d'amour

 Explique la complexité des métaphores dans "jusqu'au bout des jours" et "droit de vie et d'amour". Comment reflètent-elles le tourment intérieur du héros ?

Moi je suis de la nuit
Faudra que tu me suives aussi
Dans ma mélancolie et dans toutes mes folies
Je t'aime, tu as gagné je t'aime
Je t'aime, tu as gagné, je t'aime

 Relève dans ce passage les mots qui expriment le fait que le héros est un personnage romantique, désespéré, épris d'absolu.

Ecriture : imagine la scène à l'époque contemporaine et en inversant les rôles. Une célèbre chanteuse et mannequin, dite de gauche, rencontre un homme politique de droite aux idées fort peu libertaires, elle lui déclare son amour dans une chanson que tu écriras.