jeudi, 13 mai 2010

Ascension et assomption

Je ne relève dans Google que 18 mentions d'un jeudi de l'Assomption, mais je n'ai pas eu le courage de fouiller dans les 122 pages parlant du week-end de l'Assomption parce que la plupart sont exactes, même si quelques-uns situent l'Assomption juste après Pâques. Il faut dire que les vacances d'été font que le 15 août n'est plus ressenti comme un jour férié par tous et que donc certains peuvent parler du pont de l'Assomption s'ils travaillent durant le mois d'août. Il existe aussi des vacances différentes dans les différents pays de la francophonie et cela ne peut être pareil à Québec ou à Nouméa.

L'erreur est en fait surtout commise à l'oral ou dans les médias audio-visuels français. Cela arrive par exemple ici : "Le rectorat a décidé de faire travailler les élèves pour rattraper le pont de l'Assomption." On se réfère bien au jeudi de l'Ascension. C'est sur un site de flux d'information dans la région Languedoc-Roussillon. L'erreur est manifeste, elle ne sera jamais rectifiée puisque l'on est dans une logique de flux et non d'échanges, encore moins d'interactivité complète. Le langage de flux interdit de revenir en arrière pour rectifier le message précédent. Mais le message de flux peut être lu et l'erreur reprise donc.

Les distinctions entre l'Ascension du Christ (qui est monte de lui-même vers le Père, juste après sa mort à Pâques) et l'Assomption de la Vierge (qui est montée vers le Ciel par une vertu magique que je ne m'explique pas) est une sorte de casse-noix théologique. La Vierge (qui n'est pas vierge tout en étant vierge quoiqu'ayant enfanté) monte directement au Ciel par la volonté divine, sans que quiconque s'interpose pour dire qu'elle devrait mériter le purgatoire. Passons sur la niaiserie de cette fable théologique. L'ascension est plus dure à démontrer, Jésus resuscité monte lui par ses propres moyens vers la voûte céleste. Cela demande beaucoup de carburant.

Disons que Marie est de l'école Star Trek qui déclarait haut et fort dans des séries en combinaison de centre fitness : "Téléportation". Jésus était lui de l'école plus héroïc fantasy et il allait directo au père sans lui demander sa permission. Ce distinguo subtil et fort théologique permet de comprendre que l'ascension du Christ et l'assomption de Marie n'ont aucun rapport. Jésus est du genre de Conan le barbare, c'est un dur, c'est un sévère, un grave de grave, et il en veut, il en bave. Il va donc tout faire pour tout mériter et il ne veut pas que son père le rappelle pour lui dire qu'il a dit des bêtises. Marie, ce n'est pas pareil, elle a des qualités, mais ce n'est qu'une femme, donc on ne va pas la faire monter au Ciel de la même manière, parce que sinon dans quel monde vivrait-on ? Une femme qui est la mère de Dieu, c'est déjà beaucoup, mais s'il faut qu'elle devienne Dieu elle aussi comme son fils cela commencerait à nous fiche la pagaille dans notre bordel théologique ! Alors que l'on proclame le monothéisme tout en ayant trois dieux en un, plus une pour circonvenir les déesses païennes. Pas raisonnable.

mercredi, 14 octobre 2009

Ma conversation de blogueur avec Guy Gilbert

Le Petit Champignacien ne reculant devant aucun sacrifice a décidé d'interroger le curé-loubard préféré des médias, le père Guy Gilbert pour lui poser des questions au sujet de la position de la Sainte Eglise apostolique, catholique et romaine.

LPCI : Bonjour mon père.
GG : Putain de bordel de merde ! Ne commence pas comme ça, Ducon, tu dois me dire Guy comme tous mes potos ! On est tous frères, on est tous égaux devant Jésus-Christ ! Merde-chiotte, quoi ! Evoé !
LPCI : Que pensez-vous...
GG : Tu vas pas me vouvoyer durant toute cette interview chiante comme la mort ? Qu'est-ce que c'est que ce truc d'un autre âge ! Y faut évoluer avec son temps ! Figure-toi mon pote que je tutoie Dieu, c'est révolutionnaire non ?
LPCI : Je ne sais pas, j'ai eu une éducation religieuse protestante et j'avoue que cela se pratique depuis quelques siè...
GG : Mais foutre de merde ! Je suis partisan du dialogue œcuménique, interconfessionnel, intergénérationnel, international et interplanétaire depuis des lustres ! Je me fais chier à le dire depuis des années, donc tu vas pas m'emmerder en me disant que les protestants tutoient Dieu depuis plus longtemps que moi. L'important, c'est que l'on avance dans la même direction, quoi ! et on passe le balai de chiottes ! Hosannah !
LPCI : Je voudrais d'abord que l'on commence par évoquer la réception de la dignité de chanoine du Latran par notre admirable président. Qu'en pensez-vous ?
GG : Tu continues à me tutoyer, hein Dugland ? Tu me cherches vraiment ? Tu vas voir ta tête si tu continues... Putain ! Alleluiah ! Je trouve cela très courageux de la part de quelqu'un qui n'a jamais ouvert la Bible auparavant et qui a dû sécher toutes les séances de catéchisme vu la façon dont il se comporte. Il faut avoir des couilles pour déclarer, je cite : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance."  Là, c'est vraiment du texte couillu ! Putain de chiotte ! Que faut-il de plus ? C'est vrai qu'un instituteur ne pourra jamais avoir la grandeur d'âme qui est la mienne ! Putain ! Evoé !
LPCI ; Et que pensez-vous de la présence de Jean-Marie Bigard lors de cette cérémonie ?
GG : Tu continues à me vouvoyer comme le premier con que je rencontre, cela va mal finir. Bigard, c'était normal, putain ! c'est un  croyant, donc il a toute sa place dans la seule église authentique, véritable, réelle et il a parfaitement le droit de rencontrer Notre Très Saint Père, Benoît XVI, béni soit son nom prédestiné et putain de chiottes ! Il n'a jamais dit un seul texte qui offenserait notre Sainte Eglise et il se prosterne ou prie trente fois par jour, putain ! plus qu'un islamiste pratiquant et fondamentaliste ! Cela mérite d'être remarqué, putain ! Emmanuel ! 
LPCI : Justement, parlons de Benoît XVI et de certaines canonisations comme celle de José-Maria Balaguer, le fondateur de l'Opus Dei.
GG : Putain d'enculé, tu me cherches vraiment ! Mais la modernité, c'est ça ! Faut pas avoir des complexes comme des salopards de parpaillots frustrés et puceaux qui sont enculés par le politiquement correct, bordel ! L'Opus Dei est au service de Dieu, putain ! que son nom très saint soit loué, Alleluiah, Emmanuel et putain de bordel de foutre ! E
t pas de ses membres même si cela ressemble à la Mafia ! Cela ne se discute même pas et il faut être archaïque pour le faire... 
LPCI : Eloignons-nous de ces sujets compliqués? Quelle est votre stratégie Internet personnelle ?
GG : On va pouvoir me trouver sur FaceBook, Twitter, Dailymotion, Copains d'avant, iTunes, je vais faire des prêches en ligne et des invitations à la prière comme les imams et les rabbins branchés, putain de je ne sais quoi ! Amen !
LPCI : Un sermon en 140 signes, cela peut être difficile sur Twitter.
GG : Rien n'est impossible à qui croit en Notre Seigneur, bordel de merde ! Y faut s'adresser au peuple comme il parle, putain de con ! Quitte à l'abaisser.
LPCI : Allez-vous ouvrir un blogue et où ?
GG : Toi, je vais te défoncer la tête puisque tu continues à me donner du vous. Le blog, c'est sûr que je vais l'ouvrir comme beaucoup de mes potos curés, c'est un truc que je kiffe trop, putain ! J'y raconterai ma life et je compte avoir beaucoup d'occasions de lol. 
LPCI ; J'y pense maintenant, vous ne m'avez pas encore présenté la choucroute qui doit être présente dans toute rencontre avec un blogueur. 
GG : La choucroute, mais je vais te la mettre dans la tronche, mon pote ! Bordel ! Tu n'as pas arrêté de me vénère avec tes questions en portnawak ! Attends un peu...
LPCI : Je me sauve alors !
GG : Tu n'es pas sauvé puisque tu ne crois pas dans le bon Dieu dans la bonne Eglise' ! Putain ! Salopard d'hérétique, de schismatique, de païen, d'agnostique et d'athée ! Merde ! Evoé ! Mais tu restes mon frère en Christ malgré tout ! Bordel ! Hosannah !


(Note personnelle ; j'ai rencontré réellement Guy Gilbert quand j'étais en classe terminale et j'ai trouvé un peu étrange que l'on fasse des prêches religieux dans un lycée public et sous le prétexte de philosophie, mais comme cela se passait en Alsace c'était très particulier.)

mercredi, 02 septembre 2009

Du danger de la lecture

Quand on réintègre des intégristes lefebvristes dans la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, cela donne ce genre de courrier :

 

Abbé Régis de Cacqueray, Supérieur du District de France

Suresnes, le 25 août 2009

« De nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais, c'est la lâcheté et la faiblesse des bons, et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens. »

Saint Pie X s'adressant à l'évêque d'Orléans après la béatification de Jeanne d'Arc, le 13 décembre 1908.



Le Bulletin officiel n°15 du 9 avril 2009 de l'Education Nationale a fait connaître la liste des œuvres obligatoires inscrites au programme de langues et cultures de l'Antiquité de la classe terminale des séries générales et technologiques. Pour le latin, l'œuvre unique est « L'art d'aimer » d'Ovide. Cette oeuvre se trouvera encore au programme de l'année 2011.

« L'art d'aimer » est une œuvre érotique du poète Ovide uniquement consacrée à exposer aux hommes d'abord, aux femmes ensuite, touts les conseils pour séduire. L'amour est ravalé à un exposé complaisant des moyens les plus dégradés et les plus cyniques pour parvenir à sa fin. L'auteur promeut la multiplication des partenaires et réduit la femme à l'état de proie.

Voilà la littérature sur laquelle les élèves de terminale des deux années à venir devraient se plonger pendant des mois !

Nous protestons et nous invitons tous les Catholiques et tous les hommes à qui il reste un sens moral à protester contre ce programme totalitaire qui constitue une véritable incitation publique à l'immoralité et à la débauche.

Nous vous recommandons de faire entendre votre protestation [1] auprès :

- du Ministre de l'Education Nationale

110, rue de Grenelle
75007 Paris

- du médiateur de l'Education nationale

Bernard Thomas,
61-65 rue Dutot
75732 Paris Cedex 15
mediateur@education.gouv.fr

Nous invitons tout spécialement tous les parents, les professeurs et les Directeurs d'établissement scolaire à se mobiliser et à faire connaître leur opposition à un tel programme.

Abbé Régis de Cacqueray ,
Supérieur du District de France.
Suresnes, le 25 août 2009

dimanche, 12 avril 2009

Chemin de croix et d'absurdité

Quand je lis des âneries comme celle-ci, je me demande si cela vaut vraiment la peine de baptiser encore des gens qui disent d'autres imbécilités du même type :

« Le Christ est d'ordinaire représenté par le prêtre, aujourd'hui nous avons l'honneur de le symboliser. Attention, ce n'est pas une démarche personnelle, ça s'inscrit dans une démarche d'église. Ce qui est important, c'est que la croix marche et que tout le peuple suit derrière ».

Le Christ a toujours été repris de manière symbolique par les chemins de croix qui datent de plusieurs siècles et qui remontent presque à la plus haute Antiquité ! Le port de la croix lors d'un parcours pascal n'a jamais été le privilège d'un prêtre, bien au contraire ! Il y a confusion complète avec le rite de la communion où le prêtre agit comme le Christ et donc fait comme s'il était lui-même Dieu (ce qui me paraît toujours téméraire). Mais le port de la croix par des laïcs sur un chemin n'est pas nouveau, n'a rien d'original, n'a pas été le privilège des prêtres et n'est pas symbolique d'un nouvel état de l'Eglise. Cela ne témoigne que d'une chose : l'inculture crasse des nouveaux convertis qui nient l'histoire ancienne où on avait déjà besoin de laIcs faute de prêtres en nombre suffisant pour porter à eux tous la fameuse croix.

courbet.jpg

dimanche, 07 décembre 2008

Bible in Slang

Les Anglais sont tous fous par définition et c'est même une condition pour devenir britannique - dans leur langage cela se traduit par original -, mais enfin si l'on publiait de telles versions de la Bible en français, je me dis que l'on entendrait des cris d'orfraie de la part du haut épiscopat ou au moins des associations traditionnalistes :

Ainsi la fin du Notre père ("For thine is the kingdom, the power and the glory" – car c’est à toi qu’appartiennent, le règne la puissance et la gloire…) devient "You’re the Boss, God, and will be for ever, innit?" (T’es le chef, Dieu, et ça sera pour toujours, d’accord ? »)

Mais en Grande-Bretagne, Dieu et le commerce vont main dans la main pour le meilleur des mondes. La Bible reste une excellente source de profit entre Harry Potter, Barbara Cartland et Agatha Christie, il ne faut surtout pas la négliger à l'approche des fêtes de fin d'année alors autant la revendre avec une autre sauce. Tandis qu'en France ce genre de transposition serait réservé aux blasphémateurs plus ou moins libres penseurs et rationalistes, avec menaces de procès à la clé.

dimanche, 14 septembre 2008

Etat de siège

Toujours de l'incomparable monseigneur Lefebvre de l'UMP, cette autre sortie au sujet du tourisme papal :

L’UMP rappelle toutefois à François BAYROU que si le Pape Benoît XVI, à l’instar de ses prédécesseurs, est certes le chef de la première religion de France il est également chef d’un Etat, le Vatican.

On ne sait donc toujours pas que le Vatican n'a jamais été un Etat, mais un lieu : la colline (ou plutôt l'ancienne colline) du Vatican. Le nom de l'Etat est celui du Saint-Siège, observateur et non membre de l'ONU. Comme la France est en fait la République française (laquelle existait encore à Londres durant une époque trouble). Il pourrait parfaitement être ailleurs qu'au Vatican et il l'a été parfois au long de l'histoire. Il existe un protocole diplomatique et il a été bafoué dès l'arrivée du pape pour ce qui n'est pas une visite d'Etat ou une visite diplomatique. Et c'est là que se trouve le problème, comme le dit le bon catholique Bayrou.

Suprématie du pape

Trouvé via le Charançon libéré cette saillie de l'inestimable porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre :

L'image donnée par François HOLLANDE, Jean-Luc MELENCHON et Julien DRAY à l'égard du Pape, chef spirituel des Chrétiens, est celle de l'intolérance et du dénigrement ; c'est une véritable insulte à tous les Chrétiens de France.

Voilà qui va faire plaisir aux représentants des différentes églises protestantes, orthodoxes, arménienne, géorgienne, syriaque, copte présentes en France... Que je sache, le problème - au delà des différences de rites, de sacrements, de livre ou de point de vue doctrinal -, c'est que toutes ces églises refusent la suprématie du pape et de Rome sur leurs affaires et qu'elles ne le considèrent pas comme leur chef spirituel. Faire des catholiques les seuls chrétiens, c'est exactement la position de l'Eglise pour laquelle les autres sont des schismatiques ou des hérétiques (cela agit aussi à l'envers, rassurez-vous). Ce point de vue est soit bêtement doctrinaire et au service de la seule Eglise apostolique, catholique et romaine au détriment des autres, soit témoigne d'une ignorance crasse en matière de religion. Dans les deux cas, on peut dire que le principe de laïcité est totalement bafoué au nom d'une prétendue laïcité positive. Il m'est déjà arrivé en cours de devoir expliquer qu'un orthodoxe ou un protestant est aussi chrétien qu'un catholique, mais le poids de l'ignorance et des préjugés peuvent s'expliquer chez un élève encore en formation ; en revanche, sous la plume d'un député, cela devient de la bêtise à l'état brut. On a fait des guerres de religion pour moins que ça. Quand on songe que le député chevelu veut que tous ses communiqués soient diffusés par l'AFP par souci de neutralité, cela donne une idée de ce qu'il entend par là : la propagande d'un camp et d'un seul. Lefebvre ne se rend même pas compte qu'il insulte ainsi les chrétiens non catholiques - lesquels sont aussi nombreux sur la planète que les catholiques et qui sont quand même un peu présents aussi en France. Si cela venait du pape, ce serait normal, c'est la position officielle de l'Eglise ; mais, venant d'un député du peuple, cela fait vraiment désordre et indique bien que toutes les églises ne sont pas également traitées dans la laïcité dite positive.

 

dimanche, 07 septembre 2008

Pope Star

Monseigneur Vingt-Trois :

Les rassemblements que le pape va présider à Paris et à Lourdes ne seront pas des meetings, mais des rassemblements de prière.

J'ai du mal à faire une différence exacte entre les deux. Peut-on m'aider à y voir plus clair ? Quelle différence avec un télévangéliste ou un leader politique ? (Inutile de me dire que je suis de toute manière maudit et excommunié pour la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, et qu'un hérétique ne peut jamais comprendre les voies du Seigneur.)

lundi, 15 octobre 2007

La doctrine des piqûres

L'abbé Werhlé complétait son enseignement par des leçons de choses sur l'Enfer, Epicure - ses voluptés, ses plaisirs charnels - était son adversaire principal. Cette haine d'Epicure n'a aucune importance, direz-vous. Je ne  suis pas de votre avis. J'ai retrouvé mon cahier. J'ai pu ainsi découvrir que je ne faisais pas très attention au sens des paroles qu'on me donnait à entendre. Pendant trois ans, quand l'abbé Werhlé dictait : "la doctrine d'Epicure", j'écrivais "la doctrine des piqûres". Comment ai-je pu faire cette erreur, moi qui vivais dans la peur d'être piqué par une guêpe ou un serpent ? C'est peut-être le pluriel qui me rassurait. J'avais peur d'une piqûre. Celle qui allait m'arriver inexorablement. Je n'avais pas peur des piqûres en général.

Pierre Dumayet

 

J'ai recopié le nom propre fidèlement, mais il me semble que sa graphie est fausse : il doit s'agir d'un abbé Wehrlé. Ce nom courant en Alsace est un diminutif de Werner, avec un allongement de la syllabe initiale.

vendredi, 22 décembre 2006

Anastasie, conte de Noël

Anastasie signifie en grec l'action de dresser au dessus, puis une sorte de trouble ou de bouleversement (un précurseur de la rupture tranquille ou du pour que ça change fort). Le nom d'Anastase Ier, pape du Bas-Empire est associé à l'idée de l'origine de la censure selon Wikipedia (alors que la censure est bien plus ancienne, que l'on se souvienne d'Ovide sur les côtes des Gètes et des Daces). Mais la piste religieuse n'est pas si simple que cela et elle nous conduit à la nuit de Noël. Le nom d'Anastasie comme censure avec ses redoutables ciseaux serait apparu en 1874 et est dû à André Gill. Il il y a néanmoins une allusion un peu obscure quand on regarde les autres Anastasie.

Dans l'évangile apocryphe du pseudo-Matthieu et le protévangile de Jacques le Mineur, une sage-femme, Salomé, est appelée par Joseph pour aider Marie, mais elle arrive trop tard. Cette femme refuse de croire que la mère est vierge et elle avance la main pour vérifier. « Et voici que ma main se détache de moi, consumée par le feu ! »  Ensuite ce personnage a été confondu avec celui de sainte Anastasie, martyre du IVe s., à laquelle l'empereur Dioclétien aurait fait couper les mains et les pieds. Elle était honorée à Rome, fêtée aux environs de Noël, représentée les bras coupés attachés autour du cou  ; la coïncidence des dates, l'épisode de la main détachée de la femme incrédule expliquent le changement de nom de la sage-femme dans les textes médiévaux sur la nativité du Christ.

Un ensemble de récits apparentés montrent Onnestase, Anastaise, Agnetèse, une jeune fille douce, mais qui est née sans mains et sans bras. Jésus et Marie demandent l'hospitalité à son père, un riche homme de Bethléem. Il leur concède l'étable après que sa fille l'a supplié. Quand Marie sent le terme venir, elle demande à Joseph de chercher une femme pour l'assister. Seule Anastasie accepte. Dès qu'elle touche l'enfant avec ses moignons, des bras et des mains lui poussent. Dans certains écrits, son père veut les lui trancher de nouveau.

La Légende dorée distingue Anastasie la martyre et Salomé l'incrédule. Anastasie meurt brulée, après avoir repoussé les assauts de plusieurs paiens. Je cite la traduction de J.-B. M. Roze (éd. GF) : « Dans la compilation de Barthélemi [un évangile qui lui est attribué par saint Jérôme] et dans le Livre de l'Enfance du Sauveur, on lit que, au moment de l'enfantement, Joseph, qui ne doutait pas au reste que Dieu dût naître d'une vierge, appela , selon la coutume de son pays des sages-femmes qui s'appelaient l'une Zebel, et l'autre Salomé. Zébel en examinant avec soin et intention la trouva vierge : “Une vierge a enfanté !” s'écria-t-elle. Salomé, qui n'en croyait rien,voulut en avoir la preuve, comme Zébel, mais sa main se dessécha aussitôt. Cependant un ange, qui lui apparut, lui fit toucher l'enfant, et elle fut guérie aussitôt. »La première attestation de la légende de la femme incrédule se trouve dans Li Coronemenz Loois, un poème en langue picarde composé en 1130. Mais on la retrouve aussi dans Huon de Bordeaux, chanson de geste datant à peu près de 1190, sous le nom d'Onnestase. Il s'agit d'une prière au Christ :« Il ni ot feme por vostre tenir Fors une dame qui ot moult cler le vis, Sainte Onnestase ot a nom ce m'est vis, N'ot eü mains depuis qele nasqui, A ses moignons, Dix, fustes recoillis. » (v. 1519 et suivants).

Que conclure ? Les mains coupées ou détachées renvoient bien à l'idée de la censure, ensuite le personnage de l'accoucheuse qui manie aussi les ciseaux s'impose. Sans doute existe-t-il à l'origine une plaisanterie à propos des sages-femmes surnommées Anastasie par des carabins ou des curés. Ce n'est qu'une hypothèse. Après peut-être les étudiants en médecine ont transmis ce nom aux journalistes, ou bien les anciens normaliens et sorbonnards qui œuvraient dans le journalisme au dix-neuvième siècle se livraient-ils à cette allusion. On aurait ainsi glissé de la femme aux mains coupées/l'article coupé à l'accoucheuse/la censure. Une telle référence érudite dans le contexte de l'époque ne me semble guère improbable.