mardi, 03 février 2009
Franc succès du divin président au Québec
Notre splendide président parvient à susciter la gêne, voire l'hostilité à ses propos jusqu'au Québec, et ce même chez les libéraux !
La députée péquiste de Rosemont, Louise Beaudoin, estime que le président Sarkozy fait preuve d'une méconnaissance profonde du Québec.
En cause, ce passage :
« Pour vous aimer [les Québécois], je n'ai pas besoin de détester les voisins [le reste du Canada], pour prouver qu'on aime les autres, on n'a pas besoin de détester leurs voisins ». Il a ajouté que ceux qui ne comprenaient pas cela « ne comprennent pas le refus du sectarisme, le refus de la division, le refus de l'enfermement sur soi-même et le refus de cette obligation de définir son identité par opposition féroce à l'autre ».
Or, cette déclaration ressemble à un total désaveu de sa propre politique d'immigration et d'identité nationale, fondée sur la chasse au faciès, à l'arrestation des enfants dans les écoles, à la traque de clandestins fabriqués par l'administration, au refus du statut de réfugiés politiques pour des personnes venues de pays dictatoriaux, en instrumentalisant les pires organisations confessionnelles musulmanes, en traquant le prétendu terroriste en Afghanistan hors du mandat confié par l'ONU, à la stigmatisation des origines différentes, à la diffamation de victimes de bavures policières un peu trop basanées, aux camps de rétention, aux menottages musclés dans les avions, à la gabegie financière de retours dans le pays d'origine, en imposant une connaissance préalable de la langue française seulement aux personnes qui ne sont pas venues du monde occidental, à la dénonciation du mouton dans la baignoire ! Si cela ne ressemble pas à une opposition féroce à l'autre...
Aller donner des leçons en matière d'immigration ou d'identité nationale aux Québécois est plus que malvenu : c'est une faute politique, une hénaurme sottise puisque ledit ministère français de l'indignité nationale avait prétendu s'inspirer explicitement de l'exemple québécois (sans les moyens pour des cours de français, mais avec la matraque et les menottes en plus), un tête-à-queue invraisemblable où la politiqué d'affirmation du fait français en Amérique du Nord se voit stigmatisée après avoir été érigée en exemple lors de la campagne présidentielle. Mais nous n'en sommes plus à une contradiction près de la part de quelqu'un qui entend s'ériger en éternel donneur de leçons, même si pour cela il doit fabriquer à présent une sorte de Québécois afin de rendre encore plus illisible l'intolérance et la détestation véhiculées par son propre régime.
17:23 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, francophonie, québec, canada, politique, ump, sarkozy
samedi, 16 août 2008
Colonies antillaises
Je ne vois pas très bien pourquoi il y aurait une bévue factuelle dans ce manuel canadien :
LES PIRES BÉVUES
«D'autres peuples vivent encore aujourd'hui sous la domination d'un pays étranger. La France, le Royaume-Uni et les États-Unis, entre autres, possèdent encore quelques colonies. Les Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe), par exemple, appartiennent encore à la France.»
Jusqu'en 1946, les département antillais faisaient bien partie des colonies françaises, il n'y a aucun peuple autochtone sur place, et ils ont changé de statut ensuite pour devenir DOM-TOM avec la création de l'Union française. Mais il existe des partis indépendantistes et autonomistes dans ces îles ou dans les autres DOM-TOM-POM et ils dirigent la plupart des collectivités locales. Ils parlent bien explicitement de colonie et de situation de colonisation afin de dénoncer la situation misérable d'un point de vue économique et social dans laquelle se trouvent ces anciennes dépendances. Bien sûr, du point de vue de la République française et surtout de la métropole, il n'y a plus de colonies et nous serions tous égaux. Seulement, pour les habitants de ces régions, la colonie est une réalité encore présente par des réglements spéciaux : s'il y a une bévue, elle est d'ordre politique, car il ne faut plus parler de colonies pour les autorités françaises. Le sujet est fort piégé, les indépendantistes corses estiment par exemple être dans une situation coloniale même si leur île a toujours appartenu au territoire national sans que l'on fasse une distinction entre les individus comme pour les colonies du type des Antilles. Selon la perception des différents partis, on peut dire qu'il y a colonie ou non. Cela peut froisser les autorités françaises et donc constituer une bévue politique et diplomatique, mais cela ne serait pas si mal accueilli dans les îles où on verrait une reconnaissance d'un combat légitime.
18:21 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : guadeloupe, martinique, antilles, québec, canada
vendredi, 30 mai 2008
Des plaques d'immatriculation
Pendant que les Français se battent de manière absurde pour conserver la mention de leur département d'origine sur la nouvelle plaque d'immatriculation permanente - alors que cette mention pourra figurer malgré tout sur la plaque -, les Canadiens se lancent aussi dans le particularisme, cette fois linguistique :
La plaque ontarienne portant le slogan "YOURS TO DISCOVER" existe maintenant avec un slogan équivalent en français, qui est "TANT A DECOUVRIR".
Le problème, c'est que le droit donné aux francophones de l'Ontario va susciter l'animosité des anglophones du Québec qui ne peuvent faire traduire "Je me souviens" (pour "Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose", la devise des armes du Québec qui ne possède qu'une langue officielle, le français, mais on oublie souvent la suite du slogan). Le latin aurait fait trop prétentieux et maudit français, n'aurait pas permis d'affronter aux têtes carrées... Ce n'est pas la seule province à offrir un slogan en deux langues, mais le Nouveau-Brunswick est lui officiellement bilingue à la différence de l'Ontario anglophone avec facilités pour la grosse communauté francophone (ledit slogan néo-brunswickois ne date que du début de cette année) :
Pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas encore le slogan, c’est « Ici on peut… Être » et en anglais « Be… in this place ». Comme plusieurs, j’ai failli m’étouffer à la première lecture de ces dites phrases miracles. Plus on les lit, plus on en parle, mais malheureusement, moins on comprend !
Que les différents slogans soient idiots et mal conçus, cela va de soi. Mais ainsi, anglophones et francophones pourront se rencontrer entre indigènes du même lieu ou bien s'insulter, comme les Français qui ajoutent fièrement à l'arrière de leur véhicule des autocollants CH'TI, BZH, EL, EH, OC... afin de dire qu'ils ne sont pas réductibles au numéro de leur département d'occasion. Sans compter les multiples autres signes identitaires comme les taureaux basques, les têtes de Maure, les sangliers ardennais, les drapeaux Gwan ar du, les cigognes alsaciennes, plus ceux qui veulent à tout prix se faire identifier comme Européens ou anarchistes ou chrétiens ou adeptes de la feuille de cannabis, et j'en passe et des meilleurs.Mais pourquoi veulent-ils montrer qu'ils sont quelqu'un de particulier pour les autres alors qu'ils agissent comme la masse ? On daube souvent les Américains du Nord à propos de cette exhibition des signes d'appartenance à un quelconque groupe, et on fait exactement comme eux ! Y compris pour les numéros de département.
22:45 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglais, québec, canada, voitures, plaques d'immatriculation


