jeudi, 03 avril 2008

Ecolonomie

Cela m'avait échappé lorsque c'est sorti :

Dans son élan, il [Jean-Louis Borloo] va jusqu'à inventer un nouveau concept: "La vraie croissance française et européenne, ce sera "l'écolonomie". La croissance répond à des besoins. Et les seuls véritables besoins, ce sont les eaux, les déchets, l'énergie...""

Lorsque l'on sait que les mots écologie et économie sont formés à partir du même élément grec oikos, maison, suffixésrespectivement de nomos, administration ou gestion, et logos, science ou discours, on se dit que notre grand amateur de boissons diverses se fiche un tout petit peu de l'écologie, de l'étymologie ou du sens des mots. Le mot écolo ne veut pas dire plus concerné par l'environnement ou le milieu, c'est juste une apocope famiilière et on se demande ce qui vient faire le lo dans écolonomie alors que cela ne se rapporte plus à rien... On a affaire à un beau monstre linguistique. Son concept est en outre particulièrement fumeux, parce que les vrais besoins cela peut être aussi l'alimentation, la santé, la solidarité, la liberté ou la culture. Mais c'est si bien d'affirmer de manière péremptoire des choses vagues...

La publication des billets du Petit Champignacien sera en vitesse réduite pendant cette fin de semaine pour cause d'empêchement technique.

mercredi, 17 janvier 2007

Tous ensemble ! Tous ensemble !

Voilà les propos du vide radical :

On avait un slogan: +80% d'une classe d'âge au bac+, moi je veux 100% de qualifiés et mettre ensemble l'ensemble des dispositifs pour le faire.

Ou encore :

Et surtout nous sommes le pays d'Europe qui taxons le plus l'emploi, donc un programme pour le plein emploi, c'est ça que je présenterai dans quelques jours.

Je propose d'abord 100 % de ministres qui parlent à peu près un français compréhensible de la moyenne des Français et sans raccourcis caricaturaux ou charabiatesques ou comme ici charlatanesques. 

lundi, 09 octobre 2006

Le billet p*** du jour (4)

Voici donc la quatrième et dernière livraison d'un extrait du Carnet d'un inspecteur du travail. Dernier puisque Bereno a demandé qu'on le laisse tranquille et qu'on ne le cite plus, qu'on ne le reproduise plus. Mais pas si dernier que ça puisque cette histoire va traîner longtemps dans la blogosphère et que les textes réapparaîtront de ci, de là, et puis que je pourrai un jour y faire de nouveau allusion, voire recourir à un des textes, lesquels existent et sont plus forts que les cheffaillons. D'ailleurs, le tout premier billet de la série avait été cité sur un forum des conseillers d'orientation-psychologues (COPSY), pour illustrer la position ridicule et absurde du gouvernement au sujet de l'apprentissage dès 14 ans comme remède miracle à la crise des banlieues. Un enfant, parce qu'un jeune en apprentissage est encore un enfant, ne peut pas accomplir les tâches d'un adulte même s'il a plus le goût des choses concrètes et manuelles que de la haute littérature et des abstractions mathématiques : c'est un être en devenir, pas un exécutant fidèle, rapide et soumis. En outre, c'est un individu en pleine puberté, ce qui veut dire qu'il n'aura pas tout de suite la même capacité de compréhension ou la même vitesse d'exécution qu'un ouvrier de vingt ans. C'est encore plus vrai pour les garçons. Un maître d'apprentissage n'est pas quelqu'un qui se comporte en chef d'entreprise avant tout (même si c'est important pour lui de conserver son commerce), c'est d'abord un formateur et un pédagogue. Il ne suffit pas de connaître son métier pour le transmettre (tout comme il ne faut pas simplement connaître la littérature pour l'enseigner), il faut aussi se mettre à la place de l'autre. Et cet autre peut être une personne fragile, intimidable, surtout si elle n'a strictement aucun point de repère autour d'elle comme des anciens, ce qui arrive très fréquemment dans l'artisanat. On ne peut pas demander à tous de devenir enseignants, or c'était d'abord ce qui était demandé à ce boulanger tandis que lui voulait juste un aide à bas prix (et je ne parlerai pas des revenus des boulangers). Je sais que ce genre de situation n'est pas aussi rare qu'on l'imagine, même si les chambres professionnelles font de temps en temps le ménage tout en ménageant les susceptibilités ou les accointances locales. Il y a aussi des gens qui veulent vraiment transmettre leur métier ou mieux leurs valeurs comme les Compagnons du devoir. 

 

Quinze jours plus tard, comme prévu nous retournons chez le boulanger apprécier l’évolution de la situation au terme du délai prévu par la mise en demeure. On ne peut pas dire qu’il nous reçoit les bras ouverts le boulanger, même s’il était informé de notre venue. En l’absence de l’apprenti W., il doit abattre un peu plus de travail, d’ailleurs il nous le reproche :

-"Si vous croyez que c’est facile !"

Après avoir entendu ses récriminations, nous abordons les choses sérieuses. Nous commençons par les points techniques : le pétrin et l’installation électrique. Le pétrin est pourvu de la grille de protection, mais nous constatons qu’un élastique est enroulé sur le contacteur pour neutraliser le dispositif de sécurité. Ainsi, l’ouverture du protecteur n’interrompt pas le mouvement du bras mélangeur. A notre demande, le boulanger retire l’élastique en râlant :

-"On voit bien que c’est pas vous qui travaillez ici !". En ce qui nous concerne, nous voyons que la prévention est bien le dernier de ses soucis.

"-Avez-vous contacté un organisme agréé pour vérifier l’installation électrique ?" demande le contrôleur du travail.

-"Pas eu le temps et puis l’installation est correcte". On lui montre de nouveau les fils, la prise électrique...

Les heures supplémentaires ont-elles été rémunérées avec les majorations afférentes ? Le boulanger se rend dans la boutique et revient avec le dernier bulletin de salaire de W. De l’index, il nous indique une ligne sur le document : "Prime exceptionnelle : 100 euros". J’interroge l’artisan :

-"Ca correspond à quoi ?"

-"Au paiement des heures supplémentaires".

"-Premièrement, on ne rémunère pas les heures supplémentaires par une prime exceptionnelle et deuxièmement on est loin du compte" précise mon collègue.

Il arpente son fournil comme un fauve en cage. Il lève les bras vers le plafond et nous déclare : "Il me coûte assez cher comme ça, il n’aura pas un centime de plus !".

Nous avons à présent la certitude que nous n’obtiendrons, avec cet artisan, aucune amélioration notable de la situation. Nous lui avions accordé un délai pour se conformer à quelques règles élémentaires du code du travail, en vain...il persiste dans son attitude négative. Par conséquent, nous allons aller jusqu’au terme de la démarche : refus d’autoriser la poursuite du contrat d’apprentissage (avec obligation de verser à l’apprenti les sommes correspondant au salaire qu’il aurait perçu jusqu’au terme du contrat) et interdiction de recruter de nouveaux apprentis.

Quand je lui annonce cela, le boulanger élève le ton et nous promet qu’on va entendre parler de lui, son frère est avocat et il va se charger de l’affaire. De retour au bureau, nous téléphonons à la mère de W. pour l’informer de cette nouvelle décision. Elle comprend la mère, ellle est même comme soulagée de savoir que son fils ne reviendra plus chez le boulanger. "De toutes façons, il avait peur d’y retourner" nous dit-elle.

Epilogue.

L’artisan boulanger, par l’intermédiaire de son frère avocat, a saisi le tribunal administratif pour faire annuler les décisions et réclamer des dommages-intérêts à l’ Etat pour le préjudice qu’il estime avoir subi. Il n’obtiendra pas gain de cause et le tribunal confirmera la décision de l’administration. Plus tard, nous apprendrons que le boulanger a vendu son commerce pour partir exercer dans un autre département.

Quelques semaines après le départ définitif de W.de la boulangerie, sa mère est passée à notre bureau et nous a expliqué que que son fils avait opté pour un apprentissage dans un autre secteur d’activité : la réparation automobile. Tout se déroulait normalement chez son nouveau patron.

dimanche, 08 octobre 2006

Le billet p*** du jour (3)

Voici donc le troisième volet de cette série destinée à republier les billets de Bereno, l'inspecteur du travail qui a été interdit de blogage par sa hiérarchie. L'idée a été lancée par le Swâmi Petaramesh qui vous donne rendez-vous dans son ashram, le tout sur une première idée de Kozlika* lors de l'affaire Garfieldd (laquelle a renoncé à s'associer à la démarche)... Swâmi Petaramesh donne une première liste de blogues mentionnant cette autocensure imposée, on y retrouve deux intervenants du Champignacien qui le citent par ailleurs : l'important est là, que les liens permettent d'élargir une chaîne, que nous n'ayons pas tous les mêmes liens et les mêmes lecteurs, mais que chacun nous soyons capables grâce à un truchement de faire connaître des choses éloignées de ce que nous connaissions, et puis qu'on fasse beaucoup de bruit pour faire honte à monsieur Schönberg. Comme monsieur Hautetfort est très pudibond, je n'écris plus le mot pornographique dans le titre et j'espère qu'ainsi le contenu qui contient la vraie pornographie (celle où l'individu, l'être humain ne compte pas plus que de la viande de boucherie) passera. Je précise encore que je ne rectifie strictement rien dans les articles, pas même l'orthographe ou la typographie (le tout est simplement mouliné au passage par Worst de Crimosoft).

* Lien supprimé après réflexion.

 

L'apprenti du boulanger (3ème partie).

Le lendemain matin, il téléphone le boulanger pour s'excuser: il ne pourra pas venir à notre bureau cet après-midi...trop de travail. Il nous adresse les documents demandés par courrier, c'est promis. Deux jours plus tard, ceux-ci nous parviennent en effet.

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises en examinant les bulletins de salaire de l'apprenti. Premièrement, mais à vrai dire de cela on s'en doutait un peu: aucune heure supplémentaire n'est rémunérée . Or, la mère de W. nous avait donné une copie des relevés des horaires de travail réalisés par son fils W.durant plusieurs mois. Le nombre d'heures supplémentaires réalisé atteignait des sommets.  Sur les bulletins de paye: rien... pas la moindre mention d'heure supplémentaire. Plusieurs dizaines d'heures de travail non rémunérées !

Deuxièmement, en vérifiant le nombre de jours congés payés pris par le jeune apprenti on remarque que les dates de congés payés correspondent avec les jours de formation au CFA. Lorsque son apprenti suit des cours au CFA, le boulanger assimile ce temps de formation à des congés payés ! Ben voyons...

Nous n'hésitons pas longtemps...Au regard des infractions à la réglementation du travail que nous avons constatées, nous décidons d'engager, comme l'autorise le code du travail, une procédure de suspension du contrat d'apprentissage de W. avec une mise en demeure pour le boulanger de régulariser le paiement des heures supplémentaires, de saisir un organisme agréé pour procéder à la vérification de l'installation électrique, de remettre en conformité son pétrin...Pendant la suspension du contrat d'apprentissage , la rémunération de l'apprenti doit être maintenue. Nous notifions tout cela par courrier à l'artisan boulanger. Nous informons également la mère de W. et le CFA de la procédure que nous mettons en oeuvre.

Il ne tarde pas à réagir le boulanger. Il nous téléphone: "Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? ". Le contrôleur du travail lui explique les raisons de cette décision. Il fulmine au bout du fil: "Le payer à rien faire !", ça il a du mal à le concevoir. On le prévient que dans quinze jours nous le contrôlerons de nouveau afin de vérifier si la mise en demeure a été suivie d'effet.

- "C'est ça oui, revenez me voir".

Un peu plus tard, c'est la mère de W. qui téléphone. Elle veut savoir si elle a bien saisi le sens de notre décision:

- " Pour le moment, mon fils ne va plus travailler à la boulangerie, c'est cela ?", nous demande-t-elle.

-"Oui, c'est cela".

Elle craignait que son fils commette une erreur en ne se rendant pas au travail. Elle nous aussi dit que depuis notre contrôle le boulanger et sa femme n'ont plus de propos injurieux envers son fils, mais "ils font la gueule". Ça la rassure un peu. On promet de la tenir au courant de la suite...

samedi, 07 octobre 2006

Le billet pornographique du jour (2)

 Je poursuis la chaîne qui a été commencée par Swâmi Petaramesh. Il s'agit d'un soutien à Bereno, inspecteur du travail, qui a dû détruire son blogue à la suite d'une sommation de son ministère. J'ai choisi cette série de textes car ils me sont proches : je ne sais combien de W. j'ai pu envoyer en apprentissage faute de mieux et tout en sachant qu'ils allaient s'en prendre plein la figure sans savoir trop comment réagir, parce que je savais de par mon expérience personnelle et familiale ce qui se passe alors.

 

12 juillet 2006

L'apprenti du boulanger (2ème partie)

L'apprenti est donc là , dans le fournil , seul, à trois heures du matin. Mon collègue, contrôleur du travail lui demande où se trouve le patron.
-"Il dort, il descend dans une heure" répond-il.
-"Appelez-le et demandez lui de nous rejoindre ici". Manifestement, il est un peu ennuyé W. de téléphoner au patron et de le tirer de son sommeil. Mais surmontant sa crainte, il se rend dans le magasin et téléphone au boulanger qui habite l'appartement situé au-dessus des locaux de travail.
Quelques minutes plus tard,  le voilà qui pénètre dans le fournil, l'air sombre:
"-Qu'est-ce qui se passe ?" nous demande-t-il.
Nous lui expliquons qu'il fait l'objet d'un contrôle de l'inspection du travail. Nous l'interrogeons sur la présence du jeune apprenti livré à lui-même à une heure si matinale.
-"J'ai misé sur le mauvais cheval. Il est trop lent dans son travail, j'ai décidé de le faire commencer une heure plus tôt" nous explique-t-il.
Je constate  que les horaires de travail du jeune sont inscrits sur un affichage situé à proximité du pétrin. Le "4h" est rayé et remplacé par un "3h" manuscrit. En regardant le planning affiché je relève également que le jeune W. travaille tous les jours de la semaine. Sept jours sur sept !
"-Oui mais pas le dimanche soir ! " rétorque sans rire le patron.
Nous lui demandons de nous présenter les bulletins de salaire de W.
-"Ils sont chez mon comptable, je vais pas le déranger à cette heure là".
-"Non, vous vous présenterez à notre bureau demain après-midi avec tous les bulletins de salaire".
Ça l'agace beaucoup de devoir nous rendre visite: "Je travaille moi messieurs !".
-"Tout le monde travaille monsieur: votre apprenti et nous aussi, vous vous dormiez . Demain à 14 heures à notre bureau".
Le contrôleur du travail observe que la grille de protection du pétrin est retirée et déposée dans un coin du fournil...comme un objet inutile.
-"Ça nous empêche de travailler" grogne le boulanger pour se justifier.
-"Il faut remettre cette protection dès aujourd'hui". Par le passé, dans cette branche professionnelle, de nombreux accidents ont eu lieu en l'absence de protection sur le pétrin: l'ouvrier se faisant entraîner par le bras mélangeur.
La conformité de l'installation électrique laisse à désirer: des fils pendent ici et là, une prise électrique n'est plus fixée au mur...
-"L'installation électrique a-t-elle était vérifiée par un organisme agréé ?" interroge mon collègue.
Il souffle le boulanger, toute cette réglementation commence sérieusement à le dégoûter de travailler:
-"Vous ne savez pas, eh bien je vais mettre la clé sous la porte , lui (l'apprenti) il sera au chômage et comme ça vous serez contents !".  
Nous connaissons "la musique", nous ne prenons pas la peine de répondre à ce type d'argument. Le contrôleur du travail inscrit sur une feuille de papier les documents que le boulanger devra nous présenter demain à notre bureau: tous les bulletins de salaire, le registre unique du personnel, la fiche d'aptitude médicale au travail de W et son planning de formation en CFA (Centre de Formation des Apprentis).
-" A demain après-midi, au revoir".
-"Ouais".
Lorsque nous quittons la boulangerie, le jour n'est pas levé et le village est encore silencieux .

A suivre...