jeudi, 22 octobre 2009

Un ratage

Voici un extrait d'un petit texte que j'avais donné comme lecture à des élèves de cinquième. Il est tiré des Enfances Renart, ou les aventures de jeunesse du fameux goupil. Ces textes sont postérieurs dans l'écriture aux premiers exploits racontés sous forme manuscrite, mais on les insère dans une sorte de pseudo-chronologie narrative et non historique, c'est la branche V mais cela se présente au début du roman pour les versions scolaires. Il faut dire que j'aime bien le Roman de Renart et que je m'en sers à beaucoup de niveaux, par exemple si je dois traiter la fable dans le but de l'argumentation ou en classe de troisième ou de première, cela peut faire un bon contrepoint à La Fontaine ou Orwell. Là, il s'agissait donc d'élèves de cinquième qui étudient le Moyen Âge et la Renaissance en histoire, mais je n'avais pas tout prévu. A la question, pourquoi Renart est-il mal reçu chee Ysengrin, j'ai eu des réponses peu en rapport avec ce qui était énoncé dans ce passage.

— Levez vous, dame Hersent,
faites lui un petit rôti
avec deux rognons et une rate.

J'ai entendu alors que c'était dégueulasse de faire bouffer du rat. La femelle du rat se nomme en effet rate ou ratte (sur le modèle de chat-chatte) selon les auteurs et le mot est récent si l'on prend une large échelle de temps (1848). On retrouvait là tous les préjugés ancestraux autour du rat, animal considéré comme nuisible et surtout porteur de maladies. La peste et le choléra, vous dis-je ! Un élève m'a assuré que les patates, ce n'était pas bon, et qu'il n'aimait pas les pommes vapeur. Un bon point, il connaissait autre chose que les frites surgelées. Un petit tour dans le dictionnaire a permis de voir que la ratte, pomme de terre, ne s'écrivait pas comme la rate, organe interne des mammifères. J'ai ajouté que l'Amérique n'avait pas été découverte lorsque le Roman de Renart avait été écrit. Il ne pouvait donc pas y avoir de pommes de terre en Europe, pas plus que de tomates, de haricots, de maïs. Mais la Renaissance et les grandes découvertes n'avaient pas encore été traitées en histoire à cette période de l'année, et puis l'histoire de la circulation des produits ne fait pas partie de l'enseignement le plus fondamental dans les programmes.

Mes élèves ignoraient donc qu'il y avait un organe nommé rate, faisant partie des bas morceaux en boucherie. Cela peut être encore recherché par les amateurs de tripes et d'abats, mais la génération du steak hâché, des boulettes de viande reconstituée et de la viande panée est désormais omniprésente. Il y avait donc un décalage culturel complet et pas simplement une méconnaissance du fonctionnement du corps ou bien des aliments en boucherie. Il faut dire que trouver de la rate ou des rognons en vente comme tels relève aujourd'hui de l'exploit alors que c'était bien des aliments populaires autrefois au même titre que la cervelle de veau, quand j'étais encore en culottes courtes. Il y avait un autre niveau d'incompréhension, lié à la culture médiévale que mes élèves ne pouvaient pas connaître : le jambon était la partie noble de la viande pour cette époque, parce qu'il était apprêté sur une longue période à la différence des ces bas morceaux que l'on pouvait laisser aux chiens. On a une différence entre nature et culture, le cru et le cuit, la viande des pauvres et celle des nobles. Je ne pouvais pas faire part de ces réflexions ethnologiques à ces élèves, tout au plus mentionner que la viande qui avait de la valeur à ce moment-lè était celle de certains morceaux externes. Et puis ils n'avaient pas entendu ce célèbre titre d'Ouvrard qui a fait la joie de mes jeunes années, puisqu'ils préfèrent les tubes des années soixante ou soixante-dix de leurs parents.

mardi, 23 septembre 2008

Linné, reviens ! ils sont devenus fous !

Il y a comme un problème de taxinomie :

Les poissons à privilégier ? Le maquereau, les coquillages d'élevage comme les moules ou les huîtres, le saumon du pacifique, bien mieux préservé que son homologue atlantique, la sardine du golfe de Gascogne, le lieu noir, le lieu jaune de ligne, le tacaud…

jeudi, 11 septembre 2008

Encorné

«Eliminez le boyau en tirant l’os de sèche», dit la voix de l’homme sans tête dont les mains tripotent l’encornet.

Vu cette description, il y a autant de chances que cet encornet soit une seiche qu'un calmar. La coquille calcaire du calmar, même réduite à la forme d'une plume, est souvent nommée à tort... os de seiche. Elle possède une forme cornée, d'où le nom régional du calmar. En tout cas, notre cuisinier n'a qu'un nom pour des mollusques différents et il ne connaît pas l'homonyme de l'adjectif féminin "sèche".

mercredi, 04 juin 2008

L'homme aux six cerveaux (dont quatre reptiliens)

1581354906.pngNormalement, un être humain possède trois cerveaux, ou plutôt trois couches de cerveaux différentes. Bon... C'est une théorie scientifique un peu fumeuse, mais elle se vend encore bien, comme celle sur les pôles du cerveau. Je ne vais pas me lancer dans une dispute biologique à ce sujet, faute de moyens. On explique ainsi l'évolution humaine, le cortex représentant la partie la plus évoluée, sociale et intellectuelle, le cerveau reptilien la partie la plus archaïque et primitve. Seulement, on a découvert un mutant :

«Cela a été immédiat. Je ne m'attendais pas à quelqu'un de si drôle, de si vivant. Son physique, son charme et son intelligence m'ont séduite. Il a cinq ou six cerveaux remarquablement irrigués»

Certes, certes, mais est-ce que le fait d'avoir trois cerveaux reptiliens de plus que les autres êtres humains rend le magnifique président plus humain ? Parce qu'on serait bien en peine de lui concéder trois cortex !  

mercredi, 09 avril 2008

Gammaracanthuskytodermogammarus loricatobaicalensis

Abra cadabra, Colon rectum, Tyrannasorus rex, Godzillus, Batman, Satan eurystomus, Notnops, Vini vidivici, Pudu mephistopheles, Darthvaderum, Han solo, Montypythonidés, Aa, Gammaracanthuskytodermogammarus loricatobaicalensis, Desmodus draculae, ken, barbie, kojak, groucho, Orsonwelles othello, O. macbeth, O. falstaffius, O. ambersonorum...

Ce sont juste quelques noms d'une très longue liste de bestioles étranges. Et je n'ai copié qu'une partie du monde animal, en négligeant la faune ou les gènes. Mais cela dépote un peu dans le monde scientifique ! La taxonomie est encore plus invraisemblable que dans un Harry Potter ou dans un logiciel conçu par un Linuxien qui aurait trop lu Douglas Adams. Je suis arrivé un peu par hasard sur ce billet ancien (2005) en cherchant un titre de mollusques pour les coquilles du Canard et je vous avoue que je n'en suis toujours pas revenu. Allier tératologie et tératographie à la fois, ce n'est pas à la portée de tous. 

mardi, 15 janvier 2008

Les porteurs de chandelles

Il vaut mieux lire la conclusion :

Cependant, l'étude comporte des limites. Comme le font remarquer, dans un commentaire accompagnant l'article, trois autres chercheurs américains, elle n'a porté que sur un petit nombre de variations génétiques.

Plutôt que le titre :

Christophe Colomb a bien importé la syphilis d'Amérique.  

La divergence entre le texte et la titraille n'est pas une chose neuve en journalisme. Ces tâches ne sont pas confiées normalement aux mêmes personnes. Cependant, on voit ici une divergence complète entre non pas le contenu et le titre, mais entre le sens nuancé de la conclusion et celui sans appel du titre. La preuve définitive est apporté, nous annonce-t-on ! Et in fine, on nous dit que non. La science se nourrit d'hypothèses et d'erreurs, mais pas d'affirmations péremptoires qui trouveraient une fin en elles-mêmes. Mais le lecteur aura été appâté par ce vieux serpent de mer, cette rumeur (non ! la rumeur, les faux bruits, c'est réservé aux blogues). On ne sait pas grand-chose de plus après-coup, mais le titre aura frappé. Pas de conditionnel, la preuve était bien apportée, comme pour la grossesse ou le mariage de Carla Bruni ! Souvenons-nous du mythe du steward homosexuel ou bisexuel canadien qui aurait apporté le Sida dans le monde occidental et dont personne n'a retrouvé la trace ou n'a pu prouver son implication. Pourtant, cette histoire a servi pendant des lustres. Ici, c'est Christophe Colomb dans la position du steward canadien. Et on fait comme si on tenait enfin la chandelle !