dimanche, 29 novembre 2009

Les trente deniers de la trahison des textes

Il ne s'agit que de l'une des nombreuses énormités du dernier Blake et Mortimer scénarisé par le sinistre Jean Van Hamme qui n'est plus à une idiotie près. Que voit-on dans ce dessin (voir l'image pour comprendre la suite) ? D'abord, l'emploi des capitales pour crier le nom de Judas alors que c'était inutile dans le fil du texte assez long de cette bulle. C'est le mauvais goût jacobsien habituel, mais cela aurait pu mieux passer si ce nom avait été celui d'un des ennemis des héros de la série et ici c'est pour désigner un personnage qui n'est jamais apparu avant. On peut se demander si Mortimer n'est pas un fervent chrétien de tendance évangélique tellement il crie ce nom. Ensuite, des erreurs de construction : il faut préférer l'Evangile selon Matthieu pour les protestants et selon saint Matthieu pour les catholiques, mais l'Evangile de Matthieu ce n'est pas sérieux. Les Actes des apôtres (sans capitale) sont certainement de Luc selon les chercheurs, mais ils ne sont pas attribués à cet apôtre dans les différentes éditions du Nouvel Evangile. On écrit donc simplement les Actes des apôtres, voire les Actes.

Ensuite, plus étonnant, c'est que Mortimer soit capable de citer exactement la cote des passages bibliques en question, comme dans une bibliographie. Cela peut faire partie du charme désuet de cette série, mais je ne crois pas que beaucoup de personnes  - hormis quelques prêtres et savants - sachent exactement les numéros des versets et chapitres de la Bible. Et ce n'est pas le genre de chose que l'on dit dans le feu d'une discussion. Mais connaissez-vous beaucoup de personnes qui soient capables de parler comme dans une bibliographie en disant Matthieu XXVII, 5 ? Moi, si je connaissais la référence exacte, je la dirais en parlant de Matthieu, chapitre XXVII, verset 5.  

Mais ce qui me retient avant tout, c'est que Mortimer déclare que Judas s'est suicidé le jour même de la crucifixion. Or il faut consulter les textes.

Voici ce qu'on lit dans les Actes (traduction Louis Segond, on ne se corrige pas) :

Hommes frères, il fallait que s'accomplît ce que le Saint Esprit, dans l'Écriture, a annoncé d'avance, par la bouche de David, au sujet de Judas, qui a été le guide de ceux qui ont saisi Jésus.
Il était compté parmi nous, et il avait part au même ministère.
Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s'est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues.

Mais on ne trouve pas de trace de suicide au moment de la crucifixion dans Matthieu, Judas refuse l'argent qui lui avait été offert par les pharisiens lorsqu'il apprend la condamnation de Jésus, il le jette aux pieds des prêtres juifs qui ne savent qu'en faire et qui se déterminent à créer avec un cimetière pour les étrangers.

Judas jeta les pièces d'argent dans le temple, se retira, et alla se pendre.

La pendaison le jour de la crucifixion est une invention totale de Van Hamme à partir d'évangiles apocryphes comme celui de Pierre et de légendes médiévales. L'exégèse biblique de Mortimer me semble manquer quelque peu de fondements. Elle s'inscrit en fait dans une version antisémite largement popularisée dans laquelle Judas est le juif déicide par excellence, alors qu'il est dit qu'il a livré Jésus au sanhedrin, lequel l'a livré ensuite aux Romains afin qu'ils acceptent leur sentence (ce que nie Van Hamme dans une case précédente où il parle de livraison pure et simple aux Romains). Les textes bibliques se contredisent entre eux, mais enfin... on ne peut pas leur faire dire ce qu'ils n'ont jamais dit ! C'est une construction mythologique postérieure à partir de la contamination de deux récits différents. Mais de là à reproduire ses mauvais souvenirs de catéchisme mal appris...       

lundi, 22 octobre 2007

Tehillah

C'est une histoire fascinante et perecquienne que l'on ne trouve guère en français que sur des sites canadiens. Je la reprends du Portique de Robin Delisle. L'étude d'un des manuscrits de la mer Morte aurait permis de retrouver un verset perdu du psaume 145 et sa traduction serait « Dieu est fidèle et glorieux dans tous Ses actes. » 

La raison de cette redécouverte serait l'ordre alphabétique des versets : chacun d'eux commence par une lettre de l'alphabet hébreu dans son ordre exact, mais il manquait la lettre n (nun). Le psaume 145 est très particulier, car il est non seulement composé à partir de l'ordre alphabétique comme le psaume 119 (d'autres psaumes sont des acrostiches), mais encore c'est le modèle du chant de louange. Un fragment qui revient à sa bonne place des milliers d'années plus tard, c'est un puzzle qui se complète. Maintenant, que faire de ce morceau venu d'un autre temps ?

 

samedi, 17 mars 2007

Le pêcheur et son filet

Dans un quotidien du soir, je lis ce passage à propos d'un couple de catholiques pratiquants d'obédience strictement sarkozyste :

Leur positionnement politique, ils le résument par une phrase de l'Evangile : "Quand tu donnes un poisson à quelqu'un, tu l'aides pour la journée. Quand tu lui apprends à pêcher, tu l'aides pour la vie."

Ben, voilà du nouveau... Je ne savais pas que Jésus-Christ et ses apôtres étaient d'origine chinoise. Ils feraient mieux de lire la Bible, nos papelards, parce que si Jésus apprend aux pêcheurs l'endroit où jeter leur filet, il ne leur apprend nullement à pêcher mais à avoir foi en sa parole et son action. La morale de cette parabole évangélique, tout comme celle de la multiplication des pains et des poissons, est exactement opposée à l'idée que nos sarkolâtres veulent délivrer : la vraie ressource est dans le Christ qui pourvoit aux besoins des hommes et non dans l'absence d'assistance. Ce proverbe chinois (que l'on attribue parfois au Grand Timonier alors qu'il s'est contenté de le citer) est en fait une déformation d'une phrase du Huainanzi comme le signale ce blogue

lundi, 08 janvier 2007

Torah ? Torah pas !

Glups... Je lis dans une dépêche d'agence de l'AFP :

Le manuscrit "Hébreu 52", une Bible contenant le Pentateuque - cinq livres de la Torah - a été présenté à Paris par le président de la BNF, Jean-Noël Jeanneney, lors d'un point de presse sur le site Richelieu de la bibliothèque.

Le problème, c'est que la Torah et le Pentateuque, c'est exactement la même chose, ce sont les cinq premiers livres, les autres étant historiques, lyriques, tardifs ! Ben oui, la Torah, ce n'est pas l'Ancien Testament (lequel est fort variable, n'est-ce pas chers amis catholiques qui lisez aussi des traductions de protestants ou d'orthodoxes ou de juifs ?)