samedi, 14 novembre 2009
Les manchots empereurs doivent aussi participer au débat sur l'identité nationale
Pour mener le grand débat sur l'indignité nationale, Eric Besson a été jusqu'à convoquer un personnage fort important :
Monsieur le Préfet, administrateur des Terres australes et antarctiques françaises.
Certes, ce haut fonctionnaire possède un statut équivalent à celui des autres préfets et hauts commissaires de la République, mais enfin... sa présence dans la liste des destinataires de la circulaire est pour le moins étrange. Non que je veuille me moquer des buts scientifiques de sa mission, mais le voir dans cette liste soulève quelques questions.
1) Les Terres australes et antarctiques accueillent des bases permanentes comme aux Kerguelen et en Terre Adélie, provisoires pour les îles éparses. Cela représente 140 personnes qui ne demeurent en poste que deux ans. C'est la population d'un hameau ou d'un pâté de maisons ou d'un immeuble HLM. Ces 140 personnes seront consultées au sujet de l'indignité nationale alors que les deux millions de Français résidant à l'étranger ne le seront pas, puisque la circulaire n'est pas adressée aux ambassadeurs, consuls et consuls honoraires alors même qu'il y a une représentation politique fort théorique de ces Français par des sénateurs et bientôt des députés.
Z) Le débat est absurde, parce qu'il se limite au territoire dit national, y compris le plus éloigné et le plus invivable. Il s'agit d'inscrire les questions dans la terre et surtout dans les frontières. Si la France avait possédé une station spatiale ou une base lunaire, celles-ci auraient été contactées puisque c'était encore le territoire national. Comme on peut faire du tourisme à la base Dumont-d'Urville, on peut craindre un afflux d'immigrés clandestins venus en pirogue rejoindre notre territoire forcément national.
3) J'ai du mal à comprendre comment les manchots empereurs ou les phoques peuvent faire partie des traditions françaises ou d'une spécifité française qui permettrait d'exclure des gens n'ayant "pas vocation à" vivre et travailler en France. Ou comment l'archipel Crozet ferait partie des paysages qui définissent la France. Certes, on me posera l'objection des Terres-Neuvas, mais ils chassaient le pingouin ou le phoque bien plus au nord et il y a fort longtemps dans des mers qui ne sont plus françaises. Il ne s'agit que des résidus de l'époque coloniale, laquelle est complexe puisque le but était multiple : affirmation de sa puissance militaire et surtout navale, affirmation de sa supériorité scientifique, volonté de conversion d'autres peuples à ses propres valeurs et à sa langue (c'était un peu raté dans le cas des Terres australes), expansion commerciale facilitée par le point précédent, coercition intérieure par des récits de découverte ou de combat qui font rêver les petits garçons.
4) Les TAAF ne font pas partie de l'Union européenne et les autres Etats ne reconnaissent pas ce territoire comme possession de la France à la suite du Traité de l'Antarctique. La France y exerce sa souveraineté de fait, mais elle n'en est pas propriétaire de droit. Il s'agit d'une terre étrangère dont la jouissance peut être révoquée et seule la fiction administrative française fait croire que ce serait une partie intégrante du territoire national.
5) Je propose une consultation générale des manchots et des phoques afin de savoir s'ils se sentent plus français, russes, américains, britanniques, australiens, norvégiens...
12:38 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, géographie, histoire, besson
mercredi, 08 avril 2009
Mythologie du mythe
Eric Besson : «Le délit de solidarité n'existe pas, c'est un mythe. Ceux qui vont manifester ce matin doivent être rassurés. Ils manifestent contre un mythe»
Et :
«En ce moment, il y a trois ou quatre affaires dont des juges d'instruction ont été saisis, je n'ai pas le droit de les commenter», a-t-il ajouté.
Si c'est un mythe, comment se fait-il alors que des gens soient poursuivis (notons la grande prudence du ministre de l'Indignité nationale qui ne veut pas s'exprimer sur des affaires non jugées et qui sera aussi prudent lorsqu'elles auront été instruites ou jugées) et qu'il y ait à présent des quotas policiers pour les arrestations de personnes qui auraient aidé des clandestins ? Mais le délit existe malgré tout, en dépit des obstacles posés successivement par la jurisprudence et par le Conseil constitutionnel. Ce n'est pas parce qu'une loi est retoquée partiellement par les juges lors de son application ou qu'elle subit des restrictions par les chambres d'appel qu'elle n'existe plus et qu'elle ne peut plus être invoquée par les policiers qui veulent garder à vue, déférer et si possible conduire au procès.
La loi existe, elle est appliquée par la police, il y a des instructions de justice en cours, et le délit serait un mythe faute d'une condamnation suffisamment scandaleuse ? Le mythe est ici pris comme une parole fausse et légendaire, c'est le sens péjoratif du mot mythe. Or, le mythe est aussi la parole qui dit une vérité ancienne et cachée. Et dans le cas présent, le discours du ministre de la Délation nationale consiste à nier toute possibilité de vérité à ses adversaires quand bien même les faits (et ses propres exigences en matière de répression) lui donnent tort. 5 000 personnes doivent être arrêtées chaque année pour aide au séjour irrégulier et l'on serait dans le domaine du mythe ! donc du mensonge ou de l'affabulation...
Ce qui est plaisant dans les propos de ce Ganelon doublé d'un Tartuffe, c'est de voir à quel point il peut se mentir à lui-même et démentir les actes mêmes qu'il réclame ! Qualifier les propos des autres comme mythe, c'est bien entendu les disqualifier selon le sens populaire. Mais si l'on dit qu'il n'y a pas de délit d'aide au séjour, on imagine de baptiser mythe ce qui est la parole de l'autre, puisque les faits démentent le ministre de la Dénonciation nationale. Et on en vient au dévoiement même du mot mythe par le menteur lui-même.
Une fois que l'on a mal parlé et mal choisi son camp, il est difficile de se justifier en utilisant des mots justes. Et on invente un mythe personnel au sujet de ce qui serait le mythe des autres. C'est la triste fin de tous les traîtres et félons, ils ne peuvent plus avancer qu'en accusant les autres de mensonge même contre toutes les apparences évidentes. Jusqu'à ce que leurs propres mensonges les étouffent une bonne fois.
17:56 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, besson, politique, langue française
mercredi, 11 février 2009
La godwinisation des esprits
Il parlait alors du qualificatif de "délation" au sujet de son projet de "dénonciation".
Mais parler de délation à la place de dénonciation n'est pas malvenu, puisqu'il y a une récompense à la clé pour les dénonciateurs et que la délation se fait pour des motifs vils, méprisables, intéressés ou sordides. On ne peut se réfugier derrière un discours prétendument républicain lorsque l'on accorde des droits de séjour de six mois à des personnes qui ne sont même pas des citoyens français et qui devraient accomplir ainsi leur devoir républicain afin d'espérer s'intégrer en allant signaler leur passeur auprès du ministère de l'Indignité nationale - avec peu d'espoir d'obtenir une carte de séjour fort hypothétique de dix ans (puisque cela suppose la condamnation de la personne dénoncée). Il s'agit bien de délation pure et simple, stipendiée, la pire des formes de délation parce que bien réclamée par un Etat contre récompense.
Evoquer "le langage de deuxième guerre mondiale" pour récuser ses adversaires est une esbrouffe qui ne passe plus guère : son collègue en traitrise, Bernard Kouchner, a tenté la même opération en s'insurgeant au sujet du mot "cosmopolite" employé par Pierre Péan et en déclarant qu'il appartenait au "langage des années trente" alors que son très grand ami Benêt-Henri Lévy l'emploie fréquemment pour se qualifier lui-même.
Il y a comme une tentative de godwinisation de la part d'un gouvernement aux abois qui ne sait plus trop comment qualifier ses actions et celles des autres. Comme si on devait régresser dans le temps, c'était déjà visible par l'opération pseudo-pédagogique Guy Môquet de sinistre mémoire et cela le devient encore plus quand un ministre pris la main dans le pot à confiture nie l'évidence.
16:53 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, langue française, sarkozy, besson, kouchner, traitres
vendredi, 20 juillet 2007
Besson : mémoire insuffisante
Je ne sais plus si le clivage droite-gauche est vraiment opérant.
Ben... S'il ne sait plus, c'est qu'il a bien perdu la mémoire et qu'il est encore un peu déboussolé par ses revirements complets et ses trahisons successives. S'il avait avoué tout simplement qu'il ne savait pas, j'aurais compris qu'il avait encore un peu de raison.
17:48 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, ps, royal, langue française, besson


