samedi, 09 mai 2009

Traitrise des éditeurs

Via Twitter et notre reportrice d'outre-Meuse Zolurne, cette histoire au sujet d'une grande tradition belge :

Je lui [à Jean-Marie Klinkenberg] en ai fait directement le reproche, il m'a aussitôt répondu ceci :

Tu as mis le doigt sur une plaie, là : le texte dit bien "friture", et j'y ajoute même une note que voici : " Jusqu’à ma mort, je me refuserai à dire friterie. Seules les fritures me garantissent la frite coupée main et déjà lourde de moutarde à venir. "


Cette traitrise de la page 4 est due à l'éditeur, sans doute pressé d'adhérer au gastronomiquement correct, ou désireux de vendre en France.

mardi, 06 novembre 2007

Suffisamment que pour...

Je livre une note très ouverte.

J'ai lu cet échange dans Yucca Ranch de Jijé (vesterne assez formidable et plein de profondeur, de pudeur, avec peu d'effets de style, à mon très humble avis, un truc à la Anthony Mann ou à la John Ford qui détonne dans la production stérotypée des années cinquante et qui détonne encore plus avec les accumulations de bons sentiments ou d'actions violentes contemporaines). Ce n'est pas un album construit à l'avance, mais une suite de planches dans le plus pur style feuilletonnesque, faites au jour le jour, même si cela tient largement le coup (toujours à mon humble avis) malgré deux ou trois incohérences (la plus grave étant à la fin).   

Jerry : Quelles sont les nouvelles ?

Pancho : Hmm... Suffisamment mauvaises que pour n'admettre aucune incartade.

(Planche 25, 4e vignette.)

Je n'ai procédé à aucune recherche que ce soit chez Wilmet ou Grevisse-Goosse ou dans un dictionnaire de belgicismes, mais si la syntaxe de la réponse du Mexico-Indien me heurte quelque peu je ne la ressens pas comme totalement fautive, et je perçois plus une tournure populaire belge passée en fraude (comme il se doit, puisque le Belge est contrebandier de nature dans mes contrées). En outre, je ne perçois pas d'illogisme, mais plutôt une forme de redondance (ça est très belge alors). Je précise encore que le texte n'est pas forcément de Joseph Gillain lui-même, car son frère avait participé sans signer à beaucoup de scénarios de l'hebdomadaire Spirou (votre comte lui doit son existence entre autres).

Et komondidanléblogkomifô : kenpensévou ?  

 

mardi, 14 août 2007

Entre deux langues

J'ai relu récemment l'ensemble des aventures de Gil Jourdan. C'est une BD où les dialogues ont une grande part. Je me suis aperçu alors qu'il y avait quelques expressions belges ou datées qui avaient échappé à Tillieux. Il faut préciser que les personnages principaux sont français, que la plupart des intrigues se déroulent en France (où justement les deux premiers volumes de la série ont été interdits). Hergé s'était employé à bannir certains belgicismes qui lui avaient échappé dans Tintin puisque son principal public était en France ; de la même manière, Tillieux colle au plus près de l'argot et du parler familier français, mais il arrive que son origine belge se trahisse.

Dans Surboum pour quatre roues (planche 21, case 9) Marc Rouleau, ancien colonial et habitant la Lozère, déclare au sujet de sa maison : "Je l'ai achetée il y a un an en revenant du Maroc. Je vous garantis qu'elle ne vaudra jamais un cent de plus que le prix payé."

Le mot cent était usuel en Belgique avant l'euro, mais un ancien militaire français parlerait de centimes.

Dans le Grand Souffle (planche 3, case 8), Libellule demande à un pompiste : "Le plein, sévépé... super !"

Il s'agit de l'épellation dite moderne qui était encore en usage après-guerre dans quelques institutions. On est revenu depuis le début du XXe s. à l'épellation ramiste et ancienne : èsvépé pour s'il vous plaît.

Dans Entre deux eaux (planche 19, case 11), un dialogue entre Libellule et Queue-de-cerise : "Coucou ! Devinez qui est là ! - Le navetteur !"

Le terme navetteur traduit l'anglais commuter et se dit en néerlandais pendelaar, en allemand Pendler. Il s'agit du travailleur qui se rend à son travail situé dans une autre ville, ou d'une banlieue à une autre. Le terme est proprement belge, mais il serait utile en français hexagonal.

Un peu plus problématique et moins facilement compréhensible pour un lecteur hexagonal, suisse ou québécois, une plaisanterie de Libellule dans Gil Jourdan et les fantômes (planche 44, case 8). ""D'ailleurs les bons scénaristes maintenant, hein ?.. Tandis qu'avant... prenez Racine... non, pas lui, il faut trop longtemps pour prendre racine... Mais Molière, ça, c'était un scénariste... On marche encore... La preuve : LES CHAUSSURES MOLIERE."

Plaisanterie dénuée de sens pour qui n'est pas belge, voire bruxellois. Les molières sont des chaussures de ville.

vendredi, 01 septembre 2006

Mini-vrac

Je me demande si je ne devrais pas ouvrir plutôt une note fourre-tout pour les différents nouveaux régionalismes (Belgique, Suisse, Canada) du Petit Larousse, car d'autres articles vont paraître dans la presse de ces différents pays. C'est un marronnier, bien entendu, tout comme le coût de la rentrée scolaire, les revendications d'enseignants ou de parents, les premières impressions de bambins, les auto-satisfecit de ministres de l'Éducation nationale. Cela correspond aussi à une stratégie marquetingue bien étudiée : Larousse et Robert consacrent quelques régionalismes, les ouvrages bénéficient alors d'une publicité dans la presse locale et se vendent mieux sur place. C'est la Belgique qui ouvre la scène.

Les belgicismes faisant leur apparition, cette année, sont: accoucheuse, bidon (arranger les bidons), boîte (à tartines), brique (avoir une brique dans le ventre) et cuisine-cave. 

Je ne me pose pas la question du sens de ces expressions, mais plutôt de leur place dans un dictionnaire : est-ce vraiment souvent employé ? Est-ce que d'autres belgicismes ne seraient pas plus pertinents ?

Autre actualité. Alain Rey publie une biographie de Furetière chez Fayard et on annonce aussi de sa part une histoire de la langue française chez Perrin, il en avait déjà parlé il y a quelques années. Sa retraite du Robert, puis de France-Inter lui réussit. Si le Furetière s'annonce déjà comme une référence pour le grand public, l'histoire de la langue française ne va pas de soi vu le nombre considérable d'ouvrages précédents, j'espère qu'elle sera subjective et personnelle. 

Enfin, samedi après-midi, une émission d'hommage à Bertrand Jérôme sur France Culture. 

dimanche, 13 août 2006

Dessous de plat

Alors là je me demande s'il y a vraiment un particularisme régional québécois ou belge pour le dessous-de-plat :

Grâce aux recherches étymologiques et ethnographiques, Le Nouveau Petit Robert va plus loin encore. On apprend ainsi qu'égratigner s'emploie tout autant en Haïti, tout comme dessous-de-plat est aussi usité en Belgique.

C'est un terme qui est couramment employé en français hexagonal même s'il est en rivalité avec sous-plat. C'est le mot qu'on utilise dans ma famille, je me demande si je ne suis pas belge ou québécois d'une certaine manière.