mercredi, 22 octobre 2008
Semestrialiser
L'agrégé de lettres classiques François Bayrou s'exprime ainsi pour parler de la réforme à venir de son successeur (et ancien conseiller), l'agrégé de lettres classiques, Xavier Darcos :
Transformer en modules et semestrialiser la classe de seconde au lieu d'avoir une construction du savoir dans le long terme, couper le savoir en tranches et le faire selon la logique du zapping, c'est une catastrophe.
Semestrialiser ? Diable... Pourtant, le semestre existe déjà à l'université afin de favoriser les passerelles, dans des formations supérieures pour permettre les stages, dans certaines formations moins élevées comme des CAP, et même parfois... au collège comme pour des itinéraires de découverte afin de regrouper des heures. Le problème n'est pas l'organisation par semestres (pas plus idiote qu'autre chose étant donné ce qu'est la brièveté d'un troisième trimestre au lycée entraînant une quasi absence de notes), mais la possibilité qu'une matière optionnelle hors du tronc commun puisse être abandonnée en cours d'année ou au cours du cycle suivant. Ce qui risque de se traduire par un joyeux bordel - et je reste poli -, lorsque l'on connaît la vitesse de réaction et le courage de l'administration de l'Education nationale : des classes en sous-effectif ou en sureffectif, des classes sans enseignant et des enseignants sans classe, des salles inadaptées et d'autres vides selon les possibilités d'emploi du temps, des affectations arbitraires afin d'alimenter les flux d'élèves et beaucoup de rancoeurs.
L'agrégé de lettres classiques aurait pu employer comme complément de transformer le mot semestre, plus courant dans la langue. Mais il voulait montrer le caractère monstrueux de la réforme en cours de discussion. Rien de mieux qu'un néologisme. Ce qui permet de glisser sur le fait que les modules existaient déjà depuis bien avant que François Bayrou ne soit ministre et que ceux de français et de mathématiques disparaîtront du fait de la réduction des horaires d'élèves. Semestrialiser, cela vous a un air terrible qui indique un processus artificiel du fait de son suffixe.
17:36 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, enseignement, éducation, profs, langue française, modem, bayrou
mercredi, 05 décembre 2007
Malaparte
Il est vraiment beau le MoDem... Quand je lis ça, je me pose des questions...
Parmi les nouveaux venus, Charles Napoléon, descendant des Bonaparte et candidat MoDem aux législatives de juin à Fontainebleau, est investi à Nemours (Seine-et-Marne).
Ce n'est pas un simple descendant, c'est pour beaucoup le chef de la famille impériale depuis dix ans (le testament de son père le destitue cependant) ! Il ne porte pas d'habitude le nom de famille Bonaparte, mais il préfère user d'un pseudonyme composé sans son patronyme ou d'un titre de prince Napoléon, comme ses ancêtres, pour ses activités professionnelle ou politique. On a déjà quelques hommes et femmes politiques qui se sont présentés aux urnes avec des noms un peu factices, mais là c'est du nouveau : il vient avec son nom de noblesse impériale et non plus sous le nom de Charles-Napoléon Bonaparte comme il l'avait fait à Ajaccio en 2001 avant de se rallier à une autre liste. Imaginez si un descendant des Capétiens se présentait aux élections seulement avec ses prénoms ou s'il faisait suivre son seul prénom d'un nombre indiquant son rang ! Cela dit, la famille Bonaparte a vraiment des difficultés avec son nom de famille...
22:45 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, bonaparte, napoléon
mercredi, 06 juin 2007
Modulateur-démodulateur
Il n'a fallu que quelques heures pour que le fameux Parti démocrate de François Bayrou (dont les initiales en PD étaient un peu dérangeantes) soit appelé familièrement Modem. Quelques remarques au sujet de ce nouveau sigle.
D'abord, l'homme au tracteur met en avant son engagement auprès d'une certaine boboblogosphère (le candidat face à Santini est particulièrement cocasse) et cela permet à la presse de se payer des titres jouant sur les mots à propos des connexions, des mots de passe, des réseaux, etc. Tout un lexique d'origine informatique qui rentre dans le langage usuel (quelle ne fut pas ma stupéfaction d'entendre une caissière de supermarché dire qu'elle allait demander Alt-Ctrl-Suppr à la caissière en chef qui devait venir simplement avec une clé).
Ensuite, l'abréviation est faussement coupé puisque cela devrait faire MD ou Moudé, voire Moudém. Mais il faut bien insister sur le côté branché et moderne. Modem, la troncature est fausse : le digramme notant la voyelle ou est coupé, la seconde syllabe de démocrate est coupée à moitié. Passons, puisqu'il existe d'autres sigles coupés ainsi afin de faciliter la prononciation comme Assedic.
Toutefois, ce qui est remarquable dans le Modem, c'est sa typographie anglo-saxonne : capitale interne et absence d'accent, MoDem. C'est venu un peu plus tard que la prétendue création spontanée de l'abréviation venue de la base. Comme s'il avait fallu corriger le nom du fait de la fréquence du mot modem sur la Toile (démodulateur est sans accent car cela correspond au nom anglais d'origine, le mot composé n'a jamais été francisé). Et je suppose qu'en fait le nom de Parti démocrate était seulement en référence au parti américain du même nom, tout comme avant la Nouvelle UDF était seulement en référence au New Labour de Blair.
Enfin, le nouveau nom est bizarre : UDF-MoDem, soit Union pour la démocratie française (exit donc la nouvelle) et Mouvement démocrate, comme s'il fallait se préserver du Nouveau Centre qui voulait utiliser aussi le sigle UDF et comme si ce parti dit nouveau n'existait que de manière virtuelle. MoDem, cela ressemble à McDo. C'est du hamburger avec plusieurs couches à la consistance d'un papier buvard.
11:34 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : udf, modem, bayrou, ps, royal, politique, socialiste
dimanche, 06 mai 2007
La liste de courses du futur Conducator
— Dire à Angela Merkel que ses parents ont inventé la solution finale, mais pas les miens.
— Dire à Romano Prodi que son gouvernement est plus invraisemblable qu'un gouvernement britannique et qu'il ferait bien de la boucler.
— Rappeler à l'homo de service dans le public que sa tare est d'origine génétique.
— Expliquer que la Turquie est moins en Europe que Chypre, cela se voit sur une carte.
— Citer les fiches de science-pipo de Guaino pour déclarer que Gracq célèbre la guerre et le patriotisme.
— Me faire mon album photo à moi pour ressembler à Mitterrand : un pull à col roulé, un labrador de location et une roche de Solutré trouvée d'occasion dans le plateau des Glières où pas un seul de ces connards précédents n'est venu se recueillir.
— Célébrer les bienfaits de la colonisation afin de vanter l'immigration choisie (par le colonisateur) et surtout insister sur le bon usage de la langue française sans vérifier les compétences en langue française ou en pédagogie des examinateurs.
— Refuser au contraire l'emploi du français dans les discussions internationales et surtout européennes.
— Faire semblant de parler un mauvais anglais de classe de cinquième face aux instances internationales.
— Ne pas signer la charte des langues minoritaires et régionales, contrairement à ces connards de Bayrou ou Royal.
Et on peut poursuivre...
00:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, royal, bayrou, udf
samedi, 05 mai 2007
Le parole sono importanti
J'ai choisi pour ce blogue un slogan ou un bandeau qui est en italien. C'était déjà le cas dans la version précédente et il faut que j'explique pourquoi, même si je l'ai déjà dit précédemment dans des commentaires. Cette phrase est un extrait de Palombella rossa de Nanni Moretti. Moretti, je l'avais découvert auparavant dans le ciné-club de mon quartier alors qu'il n'y avait pas dix spectateurs dans cette grande ville pour ses trois premiers films diffusés en France, Sogni d'Oro, la Messe est finie et Bianca. Palombella rossa vient après et a touché alors le grand public. Ensuite dans son journal filmé, il a montré comment il savait lire sa cité au fil de ses balades en vespa, comment il filmait la disparition de la vie sociale, du cinéma, des rues avec le développement de la vidéo, des portes électroniques et des pizzaiolos à moto. Puis Moretti a lancé le mouvement des rondes en Italie contre le nouvel ordre établi par le pouvoir médiatico-politique de Berlusconi. Me référer à Moretti, c'était d'abord présenter une sorte d'exigence, pas simplement politique, mais aussi morale et esthétique, car tout est lié. Les mots sont importants, ils disent qui nous sommes et nous ne pouvons accepter de nous laisser dégrader en reprenant des uber-mots, des under-idées, des infra-concepts qui nous seraient imposés parce que ce serait la voix dominante de l'usage dans les mauvais médias, des clichés éditoriaux, des sondages télécommandés, nous n'avons pas à reprendre l'avis supposé majoritaire, mais à être nous-mêmes : nous sommes libres et si nous voulons être soumis, ce sera notre erreur. Il n'y a qu'un bulletin de vote pour refuser un ordre à la Berlusconi. Et si nous échouons ? Eh bien ! nous ferons des rondes comme en Italie, parce que les Italiens ne sont pas des incapables contrairement à ce que dit le candidat anti-européen.
20:06 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, royal, bayrou, udf
dimanche, 29 avril 2007
Mitterrand, du soleil !
Ce slogan crétin au possible, je l'ai entendu le soir du 10 mai sur la place de la Bourse à Mulhouse alors que les serveurs de café n'arrivaient plus à répondre aux commandes ou à empocher le prix des consommations ou à savoir ce qu'ils devaient servir quoi à qui, que l'on avait allumé un grand feu de joie avec des tas de détritus au milieu de la place à la configuration redoutablement maçonnique, qu'il était près de minuit... Quelques heures plus tôt mon père s'était couché sans souper, totalement décomposé, à peu près comme le soir où il avait appris la mort de Pompidou. La fin du monde était proche. Et moi, j'allais faire la fête jusqu'à ce que la pluie vienne interrompre un peu les tournées de bière (parce que l'eau de pluie dans la bière, c'est mauvais pour la santé). Mais ce slogan allait bien avec l'idée de changer la vie selon les mots de Rimbaud. Et pourquoi ne pourrait-on pas, en bons réalistes, exiger l'impossible ? Ah oui ! c'est encore un mauvais slogan de mai 68, ces mensonges qui ont fait tant de mal...
23:20 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, royal, bayrou, udf
mercredi, 25 avril 2007
Les Pédés à la conquête du pouvoir
Il y en a un qui n'a pas peur des sigles qui font mal entre les fesses :
François Bayrou annonce la disparition de l'UDF et son remplacement par un nouveau parti centriste baptisé Parti démocrate.
Pour mémoire, Giscard — oui le défunt président de la République, membre du Conseil constitutionnel et de l'Académie française, le grand romancier pornographico-cinophile et mémorialiste des jambes d'Alice Saunier-Seïté — avait refusé il y a quelque chose comme quinze ans l'étiquette à Hervé de Charette parce que Pédé, cela ne la fait pas vraiment dans les salons, vous comprenez ma chère, je ne pourrais jamais dire que je suis pédé, excusez-moi de l'inconvenance, mais PPDF (Parti populaire démocrate français ou de la démocratie française, on ne sait jamais avec les sigles de droite) cela a plus de classe et mes cousins Wendel ou Schneider ne se moqueront pas de moi,...
17:01 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, ps, royal, politique
mardi, 17 avril 2007
Note aux pensionnaires de la maison de retraite Les Joyeux Primevères
Dimanche prochain, je déposerai, dans l’urne électorale du bureau de notre maison de retraite, un bulletin en faveur du chocolat Nesquik au petit-déjeuner. Et pourtant je suis un buveur d'Ovomaltine depuis 70 ans. Explications de vote.
Je pense que l'Ovomaltine ne porte pas un véritable projet culinaire pour notre hospice, multipliant les arômes et les couleurs flous voire contradictoires, démontrant l’amateurisme des cuisiniers, et le peu de cohérence du menu élaboré par l'intendance. Se démarquant de la vraie Ovomaltine cuite par ma maman, elle préfère emprunter des goûts venus de nulle part, mais surtout de l'étranger et en particulier de la Grande-Bretagne. Je peux me retrouver dans de nombreuses saveurs comme Benco, Banania ou Van Houten, mais personnellement je ne me vois pas apporter mon soutien à des chocolats que je n'imagine pas sur une table. Cette élection n’est pas pour moi celle où l’on fait le compte de ses partisans. Je veux donner ma voix à celui que je pense le plus à même de figurer dans nos bols. J’ai donc choisi Nesquik, par défaut certes. Face au chocolat Canderel, Nesquik est le « vote utile » pour défendre les valeurs de l'Ovomaltine de mon enfance à moi. Il s’agit surtout de gagner le second tour pour éliminer Canderel. Au terme d’une campagne où Ovomaltine a pu largement démontrer ses limites, je ne pense pas que ce chocolat ait les moyens de battre Canderel le 6 mai. Ce n'est pas parce que nous sommes devenus un peu gâteux, baveurs et radoteurs que nous devons dire n'importe quoi et penser n'importe comment en refusant les absurdités ! C'est d'ailleurs ce que me disait Ferdinand Lop quand nous étions sur les bancs de l'école.
(Je n'ai fait que simplifier ici une infâme bouillie verbale présente sur la Toile.)
21:25 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, ps, royal
dimanche, 15 avril 2007
Une école où les élèves se lèvent
Parmi le flot d'imbécillités débitées par le candidat pseudo-gaulliste, il y en a une qui ne passe pas du tout et que je ne peux toujours pas digérer : “Je veux une école où les élèves se lèvent quand le professeur entre dans la salle”.
J'ai vu un très grand nombre d'établissements et jamais les élèves ne sont déjà présents dans la salle lorsque le professeur entre, s'ils avaient cours durant l'heure précédente dans la même salle ils sortent et se mettent de nouveau en rang dans le couloir. Et puis ce serait de la plus extrême inconséquence que de laisser une classe seule dans une salle dans l'attente de l'enseignant. Ma responsabilité s'étend du moment de la prise en charge des élèves jusqu'à la prise en charge suivante, ce qui veut dire qu'en théorie je dois les raccompagner dans la cour aux récréations. Je dis en théorie, parce qu'en pratique un seul chef d'établissement m'avait demandé de le faire jusqu'au moment où j'ai dû m'occuper ces derniers temps de déficients mentaux. Mais le fait de raccompagner les élèves dans la cour, qu'ils rejoignent la place de leur division pour le cours suivant, de faire en sorte qu'ils ne se bousculent pas dans l'escalier, qu'ils ne se lancent pas de coups de poing, qu'ils n'envoient pas alors de boulettes, qu'ils ne s'insultent pas, qu'ils ne courent pas, qu'ils attendent les autres, qu'ils ne martèlent pas le sol de leurs bottes plus fort que ce qui serait normal, qu'ils restent à peu près rangés ou groupés (sans que ce soit un ordre militaire où l'on ne veut voir qu'une seule tête), tout cela fait partie de mon travail : c'est de l'éducation, c'est l'apprentissage de la vie en société, c'est ce pour quoi je suis payé. On peut dire que l'on est payé pour expliquer les subtilités des textes de Montaigne, mais moi je crois qu'il est plus utile de faire vivre l'esprit de Montaigne dans des gestes simples, et après seulement je pourrai livrer la quintessence de sa pensée .
J'ai l'habitude de laisser les élèves debout un certain temps au début de l'heure. Pas pour me montrer du respect, mais pour marquer le fait que l'on entre dans un autre temps différent de celui de la cour de récréation, et pour cela il faut attendre que chacun ait posé son blouson, son sac, sa casquette, ait jeté son chewing-gum, ait arrêté ses fous rires. Bon... c'est mon habitude et puis elle ne me pose pas de problèmes puisque dans mes déplacements, je retrouve exactement les mêmes règles appliquées par les collègues qui étaient là avant moi. J'ai dû m'adapter juste une fois à une classe d'insertion très particulière, parce que bon... on ne peut pas demander à un élève totalement instable de rester à la même place trop longtemps. Et puis avec mes handicapés mentaux, j'ai demandé si je pouvais le faire, l'éducateur principal m'a alors dit que ce n'était pas dans les habitudes, que les élèves s'asseyaient directement, mais que je pouvais le tenter pendant un temps très limité comme trente secondes, ce qui a été à peu près possible et ce que j'ai pu expliquer. J'ai senti avec ces élèves qu'il était vain de vouloir tenter une épreuve de force comme on le ferait avec une classe difficile ou une bonne classe avec de fortes têtes : on pose un repère comme un rang par deux dans la cour ou une montée des marches sans trop de bruit, on arrête le cours des choses quand cela dérape un peu, puis on revient sur ce qui a été interrompu, mais il ne faut pas se fixer sur un ordre absolu qui devrait être établi une fois pour toutes parce qu'ils ne comprendraient pas et qu'ils commenceraient à faire n'importe quoi.
Qu'est-ce que l'ordre juste ? Ce n'est pas tout le monde en rangs d'oignon, mais la reconnaissance de chacun comme individu et comme partie d'une communauté plus large. La justice, la justesse, elle est d'abord dans le regard que nous portons sur les autres, nous ne pouvons pas exiger la même chose de tous, mais nous pouvons aider les plus démunis à avoir les règles qui leur permettront de pouvoir vivre avec tous les autres. Une école où les élèves se lèvent quand le professeur entre, non seulement cela n'existe pas en France, mais ce serait une école inhumaine, une école digne d'un régime dictatorial, et puis une école dénuée de tout sens, parce que les élèves n'ont pas à marquer ainsi du respect pour leur enseignant qui serait comme la voix venue du buisson ardent : l'enseignant n'est que le transmetteur, l'intermédiaire, le truchement. L'ordre juste, c'est aussi de dire à quoi sert le fait d'attendre que tout le monde soit prêt à travailler ensemble.
17:35 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, royal, bayrou, udf
mardi, 10 avril 2007
Se lever tôt le matin
Est-ce que cela a un sens lorsque l'on travaille en équipe ou de nuit et que l'on rejoint son domicile tard dans la nuit ou au petit matin ? La France qui se lève tard parce qu'elle a des horaires de travail différents ou décousus ou totalement en miettes comme pour les caissières et vendeuses de supermarché est-elle plus paresseuse ? La France qui se lève tôt est-elle plus digne que celle qui se lève tard pour travailler aussi ? Quelle est cette France qui se lève tôt, sinon une France réduite à des clichés, une France sans aucune réalité, une France qui ne connaît pas la vérité des gens qui se lèvent pour travailler. La France qui se lève tôt est une ânerie et une insulte...
Dans l'idée de la France qui se lève tôt, on a derrière l'idée fort rassurante d'une France éternelle, figée dans la paysannerie intemporelle, un paysage pétainiste, où le bon paysan (gardien du bon sens) va traire les vaches au lever du soleil et ira encore les traire avant de se coucher. La France qui se lève tôt n'existe plus dans le monde ouvrier ou employé depuis longtemps. Quand on voit les horaires de travail d'un employé de péage, d'un camionneur, d'un serveur de McDonald's, d'une femme de ménage, d'un employé au triage du courrier de La Poste, d'un ouvrier de la sidérurgie, il y a de quoi être ahuri ! La France qui se lève tôt, mais c'est juste celle que la France de Neuilly découvre à son réveil, qui vient la servir, et celle qu'elle imagine comme la seule France digne de travailler. Un pur cliché. La France qui travaille tard ou à des heures très variables ou très éloignées n'a pas place dans ce cliché. On est dans l'idée purement mythologique d'une France qui se lèverait avec le coq gaulois, une France qui n'existe plus et qui ne prend plus le métro à la même heure. On se retrouve en plein dans le mensonge et le déni de la réalité.
23:40 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, royal, bayrou, udf
samedi, 31 mars 2007
Liberté conditionnelle
Hypothèses de second tour sans vraies conditions :
François Bayrou serait vainqueur s'il est au second tour.
Schivardi serait vainqueur s'il est au second tour face à Villiers.
Bové serait vainqueur s'il est au second tour face à Nihous.
Coluche serait vainqueur s'il sort au second tour de sa tombe...
Le Pen serait vainqueur s'il est...
— Non mais Schmock, vous n'avez pas idée de tester une hypothèse Le Pen au second tour !
— Ben... on le fait bien pour Bayrou, non ?
— Bayrou, c'est du sérieux, il est proche des deux premiers et vu la marge d'indécis chez lui à plus de 50 %, on peut estimer qu'il peut être qualifié.
— Pourtant, avec les sous-estimations du vote Le Pen...
— On l'a réévalué sans arrêt en fonction des corrections apportées par les votes précédents, cela commence à bien faire, on ne peut pas envisager encore une fois cette hypothèse de manière sérieuse, parce que nous sommes des gens sérieux nous !
— Mais on ne sait pas si Bayrou...
— On teste l'hypothèse pour qu'elle devienne vraie !
— La prochaine fois, je lancerai une étude sur un second tour avec Voynet ou Buffet, alors...
00:25 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française, udf, bayrou, politique, humour
vendredi, 30 mars 2007
Le coupable de la gare du Nord
Qui arrêtera ce dangereux délinquant qui a causé des années d'émeute ? (Trouvé chez Eolas, lien donné par Irène Delse)
18:26 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ump, sarkozy, ps, royal, udf, bayrou
mercredi, 28 mars 2007
Le monopole à deux (le retour)
20:45 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, politique, ps, royal, sarkozy, ump
vendredi, 23 mars 2007
Bayrou voit la France au passé simple
"Je voudrais que la France fut un pays en train de se rassembler, non de se déchirer".
Il y a là comme un très gros problème de temps et de mode pour l'agrégé de lettres classiques...
21:15 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, politique, langue française, français
Le strabisme louche
Aujourd'hui, l'élection d'un candidat qui cultive le strabisme entre la gauche et la droite serait désastreuse.
Le strabisme ne me semble pas avoir une autre définition que l'absence de point de convergence entre la direction des deux yeux, si bien qu'il ne peut pas y avoir de stéréoscopie (que le strabisme soit convergent ou divergent). Le mari de Simone Veil, lequel ne veut pas citer ce titre dans le quotidien de référence, me paraît cultiver le pléonasme, sans doute parce qu'il s'imagine que son avis sera considéré alors comme plus pertinent. Le strabisme de M. Antoine Veil me paraît fort louche, car il le conduit à dire deux fois la même chose à la suite de la supportrice passionnée de Nicolas Sarkozy...
21:00 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ump, sarkozy, bayrou, veil, udf, langue française, politique
Démission du ministre de l'Éducation nationale
"La mairie d'Amiens, la ville d'Amiens, la métropole d'Amiens c'est maintenant du 100%", a ajouté le ministre qui avait quitté le fauteuil de maire en mai 2002 après sa nomination comme ministre des Transports du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
Ce qui veut dire qu'il n'y a plus personne à la tête du ministère pour assumer les prétendues réformes lancées ou assurer encore la continuité républicaine, mais ça on le savait déjà depuis bien longtemps. Honteux...
19:58 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ump, udf, bayrou, robien, éducation, enseignement, profs
jeudi, 22 mars 2007
Lorsque les mots manquent
"Lorsque les mots précis manquent aux élèves, c'est le sens qu'ils tentent de donner au monde qui s'obscurcit. Le déficit lexical conduit à l'enfermement sur soi et peut conduire certains à l'acte violent", dit cette circulaire signée par le ministre de l'Education Gilles de Robien.
On retrouve là les idées de Bentolila avec lesquelles je suis partiellement d'accord (je pense qu'il pose des questions justes et je l'ai dit notamment dans fr.lettres.langue.francaise). Cependant, le fait de pouvoir poser des mots sur ses gestes ou ses pensées ne signifie nullement que l'on ne va pas passer à l'action violente ; c'est faire preuve d'un angélisme un peu béat et niaiseux que de croire qu'il suffit d'avoir des mots exacts à dire afin d'éviter toute violence (dans toute discussion, il y a deux personnes au moins) ou que toute violence naîtrait forcément de l'absence de mots sur les choses ou que certains de ceux qui n'auraient pas assez de vocabulaire seraient par nature violents. La connaissance des mots peut conduire à une autre forme de violence, plus souterraine et plus vicieuse, en déformant le monde par ses mots... Un peu comme dans cette phrase d'une circulaire officielle avec son raccourci brutal et faussé... On ne réduira pas la violence scolaire avec ce qui existe déjà depuis longtemps et n'a jamais été oublié : le carnet de mots.
19:25 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, enseignement, éducation, udf, robien, bayrou, profs
Mangez des clémentines
En 95, on avait eu droit au symbole du pommier et au slogan parodique de “Mangez des pommes”. En 2007, on a le symbole du tracteur et puis le slogan “Mangez des clémentines” (en référence à la révolution orange de l'Ukraine et à la couleur désormais orange d'un bon nombre de partis démo-chrétiens comme en Autriche, en Belgique et maintenant en France, alors que la couleur de ces partis était du noir soutane ou bien du bleu marial auparavant). Mais la clémentine du moine Clément est en fait un croisement étrange entre un mandarinier et un oranger amer. Un fruit hybride et bizarre, fort récent. Un produit génétiquement modifié.
Mathieu, vice-président, a 27 ans. Vétérinaire à Rouen, il distribue des clémentines orange-UDF en tee-shirt orange-UDF : «C'est plein de vitamines, comme le programme de François Bayrou.»
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mercredi, 14 mars 2007
Foal
Une étrange interversion de lettres dans le Canard :
À force de vendre des « faols » (jeunes poulains) et des yearlings (poulains dans leur première année), Bayrou est devenu « un éleveur respecté ».
Bon... On voit que l'auteur ne connaît le mot foal que par écrit, car il se prononce en fait fol, exactement comme pour coal ou coach ou coat ou goat ou soap. C'est un mot d'origine anglaise où l'ordre des lettres peut être oa, tandis qu'en français nous avons un ordre ao (avec une lettre a non prononcée en théorié dans août, Aoste). J'ai entendu souvent fo-al en deux syllabes, comme si on voulait éviter la rencontre avec le fou. Cela dit, je m'interroge sur le snobisme du monde de l'équitation, parce que cet anglicisme veut simplement dire un poulain de moins de six mois, or foal c'est tout simplement le poulain ! Ben oui... le mot est entré dans ce qui n'était pas encore l'anglais et il est passé de p (pullus) à f, ce qui nous ramène à une période de contacts entre Germains et Latins très ancienne (cf Pferd et palefroi). Le foal, c'est simplement le petit, le poulain, le puer avec une racine très prolifique qui nous donne aussi bien la puella, le poussin, le poulet. Et on distingue alors les poulains en deux catégories : le poulain proprement dit ou foal encore impropre au trot mais déjà bon pour la marche avant six mois, le yearling ou poulain qui peut courir entre six mois et un an. On pourrait dire poulain dans tous les cas, mais on est dans un monde où le Jockey Club dicte son langage et son classement des êtres.
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samedi, 03 mars 2007
La mythologie de la traite des vaches
Billet spécial salon de l'agriculture :
Elle [la presse internationale] s'enfonce dans la province française, décrit un fils d'agriculteur au « parcours atypique à l'écart des élites parisiennes », « le seul candidat capable de traire une vache et de conduire un tracteur » (El Pais)
Bon, alors, cela sert à quoi que le José ne cesse de se promener en tracteur devant les gendarmes ou les juges et de nous parler du fromage de brebis qu'il produit dans la ferme à lui qu'il a ! C'est vrai que savoir traire une vache, cela pose son homme, mais je vous assure que c'est nettement moins difficile que de savoir traire une chèvre, bestiau nettement plus remuant, mais tout aussi sensible... Et question de coups de pattes, les deux bovidés se valent, vaut mieux pas trop les faire souffrir lors de la traite (je le sais, j'ai trait des vaches et des chèvres)... Ah ben ! le tracteur comme élément authentique et en prime le contact avec le crottin et les bouses pour prouver son ancrage dans la réalité par un geste ancestral comme celui de la traite, c'est de l'image parlante, cela fait appel aux souvenirs d'un vieux pays, d'un temps ancien, et il ne manque plus que savoir fendre à la hache les bûches pour alimenter la cheminée ou mieux le gros poële qui sert de cuisinière et de chauffage, ou encore le tas de fumier que l'on verse à la fourche dans le champ. Cela fait si vrai, mais la France profonde, celle des petites gens, ce n'est pas ça, ce n'est plus ça. Après la mythologie du tracteur, celle de la traite des vaches comme signe de sincérité ! Demain peut-être la mythologie de l'observation du cul des poules au moment de la ponte...
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mercredi, 28 février 2007
Domaine réservé
Quand je lis une telle ânerie (et je pèse mes mots), je me demande pourquoi on autorise encore le droit de vote et l'organisation d'élections démocratiques :
Il n'appartient pas aux politiques de se mêler de stratégie.
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dimanche, 25 février 2007
Ici Neuneuland, les neuneus parlent aux neuneus
Si l'on veut se rendre compte de la notable et notoire influence de Loïc Le Meur, animateur de la campagne Ouaibe de Nicolas Sarkozy et responsable des blogues de l'UMP, on se rend là pour voir combien le débat d'idées fait rage chez les jeunes populaires et comment ils n'ont absolument pas peur d'aborder les questions qui dérangent à travers des personnages emblématiques... Ah que... ce n'est pas les jeunes socialistes, communistes, trotskystes, écologistes, centristes qui oseraient aller aussi loin dans la critique sociale, la remise en cause des idées reçues et dans l'impertinence... Demain, la France sera à cette image si nous le voulons bien. (En prime, ils ne savent même pas écrire le nom de Colombey-les-Deux-Églises, de Gaulle réveille-toi ! et délivre-nous du cauchemar de ces petits frères et petites sœurs de Steevy !)
23:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : ump, ps, udf, politique, sarkozy, bayrou, royal
Métaphores rurales
La note est de Daniel Schneidermann :
Un gars qui vole dans les plumes de Claire Chazal, de Bernard de la Villardière, et de Patrick Le Lay, même si son dessillage a été un peu tardif, ne peut pas être tout à fait inintéressant.
Qu'est-ce que ce dessillage ? Google m'en trouve 29 occurrences précédentes. Serait-ce le fait de dessiller ? Soit ouvrir les yeux de quelqu'un en décousant les cils qui l'empêchaient de regarder pleinement la réalité (la graphie avec deux s est une absurdité sans justification étymologique) ? Soit sortir du sillon, ce qui pourrait se comprendre pour notre robuste paysan-professeur béarnais au panache blanc, amateur de tracteurs et de chevaux ? Mais le candidat-laboureur dessille-t-il parce qu'il se réfère au Sillon de Marc Sangnier, lequel fut à l'origine des Auberges de jeunesse et du MRP, ancêtre lointain de l'UDF actuelle ? Fait étrange, on ne trouve chez lui aucune référence historique à Sangnier, alors qu'il est évident que son discours vient de ce sillon-là.
14:00 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, udf, bayrou
dimanche, 18 février 2007
Le totalitarisme selon Duhamel
L'affaire de la suspension d'Alain Duhamel par France2 et par RTL est profondément ridicule, grotesque et hypocrite. Cela a été dit par Schneidermann, Maître Eolas, Laurent Gloaguen, sans doute encore bien d'autres. Que l'on se scandalise de voir le principal éditorialiste français déclarer qu'il aime bien Bayrou et qu'il votera pour lui est d'une belle tartufferie quand on pense aux accords tacites et implicites qui existent entre un candidat et puis les dirigeants financiers ou éditoriaux de télévisions, de radios, de journaux... Oui, mais... il n'aurait pas dû le dire, il doit être neutre. La belle affaire ! Qui ne se doutait pas que Duhamel était d'un centrisme parfait ? Ses textes sont un jardin à la française avec toujours un bel effet de symétrie, deux parties, deux sous-parties, et même le petit buisson d'épines semé là ne dérange pas le bel ordonnancement de sa démonstration qui se conclut toujours par une sorte d'échappée vers la brume de l'Europe ou de l'équilibre budgétaire... Le journaliste asexué (pour reprendre ce belgicisme), cela n'existe pas et je trouve sain, honnête, nécessaire que Duhamel assume son orientation (modérée, très modérée, mi-chèvre, mi-chou, mais bien réelle). En outre, faut-il préciser qu'il avait glissé cette confidence comme une forme de concession, juste avant de critiquer la manière dont la campagne pour le oui au référendum européen avait été menée (ben oui... même Duhamel peut tenir des propos sensés au sujet de cette campagne où les partisans du oui ont péché par leur suffisance, leur indifférence et leur absence d'écoute).
J'en viens à l'essentiel, ce qui précédait n'était que les nems d'entrée. La réaction de Duhamel à son éviction est assez sidérante de la part d'un homme qui soupèse d'habitude ses arguments dans une petite cuiller et à servir des tisanes d'une eau tiédasse et vaguement colorée :
Il s'est déclaré choqué par le fait que "des propos privés se retrouvent en public", assurant qu'il ignorait être filmé. Il a également dénoncé "l'effet d'internet", qui est "à la fois émancipateur" et "totalitaire", parce qu'il y a "un effet de choc gigantesque".
Voyons, Alain, il est vrai que ce qui est choquant, c'est d'être filmé à son insu et puis que cette image soit diffusée sans son autorisation, mais en réalité cela a été mis d'abord en ligne par les jeunes UDF de Sciences-Po, là où tu officies justement. Ce sont tes élèves, ta famille... Mais je crois que ton fameux goût pour l'équilibre parfait te fait mettre en balance des choses qui ne conviennent pas. Ce n'est pas toi qui es victime du totalitarisme : ce sont les internautes chinois qui se retrouvent en prison, iraniens qui ne peuvent s'informer, tunisiens qui sont espionnés ! Ce n'est pas toi qui es victime de mesures disciplinaires visant à empêcher toute expression publique : c'est Garfieldd le proviseur, c'est Bereno l'inspecteur du travail, c'est Thomas le policier, c'est Le Prof de ZEP. Et dans ces derniers cas, cela se passe en France. Tu conserves tous tes éditoriaux dans la presse écrite, tu peux même ouvrir ton blogue (ah ! non ! tu écris toujours à la plume...), tu n'es pas licencié et ton directeur général de frère conserve toujours ta place au chaud sur France2...
Les mots ont un sens : Internet n'est pas une démocratie formelle, mais ce n'est pas non plus un état totalitaire. Le totalitarisme, il se produit en Corée, en Libye, à Cuba. Il n'y a pas beaucoup d'internautes dans ces pays et ils sont sous surveillance. Cela signifie des prisons, des exils, des exécutions capitales. Où est le problème ? Il réside dans le fait qu'un propos tenu dans un cercle privé se retrouve sur la place publique, mais cela arrive aussi pour toutes les petites confidences et les propos off qui font les choux gras des entrefilets de la presse écrite, voire de la radio ou de la télévision. Le voyeurisme est général et il existe un mythe de la transparence absolue, comme le notait justement Kundera. Mais alors ? Pourquoi Internet serait-il totalitaire ? Parce que tous les propos pourraient être diffusés, relayés et reliés de manière simple, sans remuer des tonnes d'archives en bandes magnétiques ou en papier ? Ou bien plutôt dans la perception que certains ont d'un prétendu scandale sur Internet qui prend pour eux une proportion absolument sans aucun rapport avec les faits. Un texte anodin sur papier prend une dimension d'affaire criminelle ou d'État si c'est diffusé sur Internet, et les personnes extérieures voient là quelque chose qui menacerait tout l'ordre établi. Ce n'est pas Internet qui est totalitaire (sauf dans le sens où il a vocation à tout relier), ce sont les dirigeants, les cadres, les autorités qui ont une vision terrifiante d'Internet et qui lui attribue un pouvoir qui n'est pas le sien, car mmmh... c'est d'abord lorsque la presse traditionnelle commence à reproduire ce qui se trouve sur la Toile que les choses commencent à sentir un peu le roussi et ce fut bien le cas pour Duhamel. Mais on peut aussi s'interroger sur la panique qui saisit tous les responsables lorsque quelque chose se trouve sur la Toile, comme s'ils n'avaient pas encore vraiment pris la juste mesure des choses. On est dans l'excès à chaque fois.
Ce qui manque dans cette déclaration, c'est une mise en perspective des problèmes, une dialectique (oui, je sais que ce mot marxiste fait peur à Duhamel). Ce qui est faux, c'est d'attribuer un pouvoir à la Toile. Ce qui est outrancier et donc dénué de sens, c'est de parler de système totalitaire. La dictature d'une prétendue transparence ou d'une totale authenticité n'est pas le fait d'Internet, mais de la société dans laquelle nous vivons, et cette société est aussi construite par les médias traditionnels qui se complaisent en petites phrases, relevés de perles, indiscrétions, sous-entendus, scoops, confidences. Oui, ce n'est pas beau, mais on est encore loin d'un véritable totalitarisme qui empêcherait tout droit à la parole. C'est une situation contradictoire, fausse et contraignante, mais ce n'est pas le Goulag ou un Stalag.
12:30 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : média, médias, presse, journalisme, politique, udf, bayrou
jeudi, 08 février 2007
Mythologie du tracteur
Je ne crains plus personne en Massey-Ferguson.
Parmi les mots à succès sur les blogues ou dans les forums de discussion, il y en a un qui semble un peu incongru : le tracteur. Regardez ces pics. Que s'est-il passé pour que l'on se passionne tant depuis peu de temps pour le tracteur ?
Il y a tout d'abord le clip de Kamini qui pose sur un de ces engins. Le tracteur renvoie à l'univers rural comme les meules de foin, le panneau indicateur et les museaux de vaches. C'est un signe de l'enracinement le plus agricole, celui d'une vraie campagne avec ses pâturages qui ne sont pas des pelouses, ses fermes qui ne sont pas des pavillons entourés de troènes, on est bien dans la glèbe. D'ailleurs lorsque Kamini reviendra dans son ancien village, il essayera de conduire un, preuve de son intégration sociale au paysage. Dans les campagnes, il n'est pas rare que la conduite du tracteur soit une sorte de rite de passage, comme la pêche ou la chasse, pour des adolescents que leur père autorise à faire quelques mètres. Voilà une première image du tracteur : un élément d'identification à un terroir et une sorte de lien entre les générations ou ici l'acceptation de l'enfant du pays.
C'est que le tracteur appartient à une longue tradition des manifestations paysannes. Comment prouver son travail, son origine ? En exhibant des tracteurs en ville, c'est en quelque sorte l'outil et le lieu de travail qui se rendent devant les préfectures. Le tracteur fait le lien avec la terre que l'on apporte avec soi, même si en fait dans les manifestations agricoles ce sont les plus vieux tracteurs qui sont de sortie, celui qui sert tous les jours reste dans l'exploitation, il ne faut pas l'abîmer en cas de heurts avec la police... C'est pourquoi parmi les attributs d'un futur taulard-candidat, on trouve à côté de la bacchante à la Walesa, de la bouffarde à la Brassens, de la chemise à carreaux du bûcheron canadien, des menottes du dissident, le tracteur qui le conduit devant la gendarmerie. On mime alors la charrette convoyant le condamné à mort. Mais ce tracteur-là est aussi en quelque sorte comme une limousine présidentielle ou une papamobile. On le ressort bien entendu à l'occasion pour bénir les manifestants. Le tracteur prend une autre dimension : c'est une force en mouvement, il se déplace aussi lentement qu'un bœuf de labour, mais il fait de la place devant soi. Il illustre à la fois un pouvoir (la campagne conquiert la rue, la maîtrise de son sol) et une révolte contre un autre pouvoir en le parodiant. En outre, c'est quelque chose qui permet à la foule de se masser autour de sa personne, en dominant cette foule, et puis de montrer que l'on reste encore dans le concret, dans le réel, car le tracteur est bien carré, bien solidé, bien campé sur ses quatre roues qui épousent le sol.
Le troisième homme est plus inattendu. Lorsque François Bayrou a donné l'état de son patrimoine, il a mentionné bien sûr ses terrains. On aurait pu retenir ses chevaux, mais on a été surpris de voir qu'il mentionnait trois tracteurs parmi ses biens alors que d'autres mentionnaient des voitures. Il faut dire que vu le prix des engins, il s'agit d'investissements très lourds pour des agriculteurs, un tracteur ce sont des traites au Crédit agricole durant des années. Bayrou explique lui-même le sens qu'il donne à l'objet : “C'est un engin qui va lentement mais qui déploie beaucoup de force, passe partout et sert à labourer”. On retrouve là le tracteur à la Bové, cependant avec une autre image liant le travail politique aux semailles et à un mouvement en profondeur : le tracteur est utile, il sert à produire. Cela efface d'autres images de Bayrou : l'homme du Jockey club avec sa modeste écurie de chevaux, ce serait trop élitiste ; l'agrégé de lettres classiques enfermé dans sa bibliothèque pour écrire sur un Béarnais célèbre ; l'ancien ministre qui fut candidat dans un bus fonctionnant au colza. La dernière image l'avait enfermé dans une caricature d'écologie un peu artificielle ou reposant sur ce qui pourrait être un gadget ; le tracteur vient là comme un élément d'authenticité, de garantie du caractère paysan, du contact avec les vraies choses. Pur Bayrou fermier, garanti AOC, sans OGM, de tradition et de pays. Oui, vous savez la terre qui ne ment pas... Cet ancrage dans le sol était déjà présent lors de campagnes précédentes : Mitterrand et son petit village en 81, Sarkozy le plagiant en 2007, Chirac et son pommier en 1995. Le tracteur lui devient un objet paradoxal, réunissant à la fois la culture traditionnelle et puis la technique, le monde moderne. Et c'est pourquoi on est étonné de voir l'apparition du mot tracteur dans des débats politiques ou bien alors d'apprendre que les militants UDF mettent en ligne des photos de tracteurs, offrent des tracteurs miniatures à Bayrou lors de ses déplacements.
10:50 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, udf, bayrou, bové, écologie, cinéma
samedi, 16 décembre 2006
Déclinaison des slogans politiques
J'avais écrit il y a une semaine une petite typologie des slogans électoraux. Les événements de cette semaine permettent une remise à jour. Je n'ai pas grand-chose à rajouter aux propos de Jean Véronis sur le dernier slogan ségolénien, il a bien mis en valeur les deux aspects essentiels :
a) L'antithèse avec la rupture tranquille de Sarkozy.
b) L'emploi un peu turbulent et faussement incorrect de l'adverbe fort qui fait croire à du parler djeunz alors que cela s'inscrit dans des structures verbales anciennes. Cette forme fait parler et elle agit donc.
Je ne peux qu'ajouter des précisions.
a) Ce n'est pas un slogan de la candidate, mais du Parti socialiste. Cependant, elle a demandé d'ajouter fort à la fin, exactement comme Sarkozy a ajouté tranquille. L'effet est cependant très différent dans les deux cas, l'ajout de tranquille a été négatif car il soulignait trop les contradictions et les prises de position préalables de Sarkozy (on ne peut rassurer après avoir inquiété).
b) Ce slogan est une des parties d'une campagne qui sera en kit. Il y aura plusieurs slogans modulables selon les moments, les lieux, les publics. On est alors plus dans la tactique que dans la stratégie, mais il faut se dire que ce ne sera pas une campagne monolithique. D'un point de vue com', c'est très intéressant car cela amplifie ce qui est déjà présent dans de nombreuses campagnes commerciales et ce qui était déjà sous-jacent dans les campagnes précédentes de Mitterrand et Chirac.
c) Il s'agit en fait de la reprise du slogan du PS entre la rupture de l'union de la gauche et la candidature de Mitterrand : Changer la vie. Le mot d'ordre rimbaldien avait été déjà repris par Breton pour qui l'exigence de Rimbaud et celle de Marx (transformer le monde) ne faisaient qu'un. Le Rimbe n'était pas trop la tasse de thé de Tonton qui préférait Lamartine ou Mallarmé, mais enfin... il se pliait aux figures imposées de son époque.
d) La candidate aurait pu demander que l'on ajoute vraiment, réellement, dans la vie, dans les faits. Cependant, cela aurait souligné un peu trop la filiation ancienne, surtout avec le mot vie. Mais de manière implicite le mot est contenu.
Un autre candidat emploie le mot force. D'autres l'avaient fait avant : Chevènement et Le Pen. Il s'agit de Bayrou qui a lancé son slogan : la France de toutes nos forces. Je trouve que son entrée en campagne est un modèle de tradition : il place d'abord ce slogan au milieu de son discours de candidature le 2 décembre dans son Béarn. La phrase ne se remarque pas trop et elle est noyée dans la continuité du texte. Il développe et explique ensuite lors de son premier métingue ce qu'il a voulu dire. Il montre alors l'amphibologie. Il reste encore à décliner le slogan en détaillant son contenu. C'est une stratégie archi-rodée, mais il n'y a rien à redire sur la forme et on est loin du bricolage creux de 2002 avec la relève.
a) Le slogan inclut le destinataire par la mention de la France et l'emploi du possessif nos.
b) Le slogan est polysémique puisque le mot force peut s'entendre à la fois comme le cœur, l'énergie, la volonté, l'amour que l'on apporte à son pays et puis comme l'union des forces de droite, de gauche et du centre. Cela correspond exactement au discours du candidat qui se veut rassembleur. On est encore dans la déclinaison de la Force tranquille, mais avec la modification notable en pluriel. Je trouve cela très malin.
Est-ce que ce slogan marchera ? Je pense que oui. Il n'y a pas de décalage avec le propos ou le locuteur, pas d'impasse sémantique, c'est déclinable, on peut développer, cela s'inscrit dans la tradition des slogans déjà vus avec une différence qui est signifiante. Néanmoins, c'est un peu étrange de voir tant de candidats parler de force. Comme si le candidat Sarkozy avait imposé ce thème qu'il tente maintenant de faire disparaître.
12:26 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ump, politique, udf, ps, bayrou, ségolène
dimanche, 01 octobre 2006
Le monopole à deux
En règle générale, j'épargne Bayrou de mes sarcasmes, parce qu'il a des valeurs et des idées estimables, parce que je respecte son parcours. Mais là, je me dis qu'il raffarine :
"Il y a 25 ans que le PS et l'UMP exercent sur la politique française un monopole à deux".
Passons sur le fait que la plus grande partie de l'UDF a rejoint le RPR pour fonder l'UMP, il n'y a même pas cinq ans. Mais enfin ! un monopole à deux, cela se nomme un duopole ou une organisation bipolaire. Et si l'on est plusieurs, ce ne sera jamais qu'un oligopole. Bien sûr, une des parties du duopole peut être dominante, par exemple hier Coca, aujourd'hui Pepsi sont en position monopolistique.
13:44 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, udf, bayrou, langue française


