dimanche, 24 janvier 2010

Jeu du baccalauréat

Je lis un panégyrique démentiel de Jacques Attali dans le journal de FOG (l'homme qui a su se faire faire un acronyme à l'américaine comme BHL alors que Jean-Luc Hees a échoué malgré sa coiffure aussi décoiffante à l'américaine).

Quand il joue au bac avec ses amis l'été, Attali ne se contente pas de trouver des noms de pays et d'acteurs commençant par telle ou telle lettre. « Il corse, il veut les musiciens baroques français de la seconde moitié du XVIIIe siècle », s'amuse l'avocat Jean-Michel Darrois.

Quoi ? Le génie universel Jacques Attali jouerait donc au baccalauréat comme des collégiens incultes lors de leurs heures d'étude ? Il y a plus de trente ans que je considère cette activité comme débile par essence. Et c'est ce genre de distraction que l'on pratique dans la bonne société ? Ecouter ces musiciens au lieu de les citer ne serait donc pas une activité honorable ? Que vaut un nom que l'on sait prononcer ou orthographier si l'on n'écoute ou ne voit pas ce qu'il a voulu transmettre ? Cela n'a aucun sens.

On est dans la pure culture générale de type classes préparatoires aux grandes écoles, du creux entouré de vide. Cela ne peut éblouïr que lors des jeux télévisés où l'on voit la grosse tête face à des idiots, mais la culture n'est pas cela. Il s'agit de temps, de patience, de lectures, d'auditions, de visites, de rencontres avec des êtres, et surtout de réflexion. Ce n'est certainement pas se livrer au name dropping. Cela n'a rien à voir avec ce que serait une culture réelle et approfondie. Le détail remplit en fait un autre but que celui de poser le grand gourou comme un puits de science : celui de le montrer comme un homme ordinaire qui n'hésiterait pas à sacrifier aux jeux d'adolescents prépubères que l'on présuppose comme populaires chez tous les adultes. Mais dans ce cas, c'est raté !

On a un portrait indirectement puéril. Personne n'a besoin de ressembler à une encyclopédie s'il n'a pas eu une connaissance directe des oeuvres et n'a le devoir de témoigner de la supériorité de sa culture personnelle. Mieux vaut avoir écouté cent fois ceci que de connaître le nom de tous les musiciens baroques dans une époque où ils n'existaient presque plus. L'oeuvre compte avant le nom. Mais cela me rend Attali presque sympathique, en petit garçon qui s'amuse à des jeux qui ne sont plus de son âge. Il est plus bête que je ne croyais.

samedi, 26 janvier 2008

Brave New World Redux (ou le rapport Attali et les langues)

Extraits du rapport Attali. C'est gratiné quand on pense aux langues.

Page 12. Pour s’inscrire dans la croissance mondiale, la France (c’est à-dire les Français) doit d’abord mettre en place une véritable économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de l’informatique au travail en équipe, du français à l'anglais, du primaire au supérieur, de la crèche à la recherche.

Je ne sais pas encore trop où on veut nous mener si les bébés français doivent être éduqués en anglais. Je sais qu'Attali est une grosse tête qui pense beaucoup (surtout en photocopiant les écrits des autres) donc cela doit conduire à quelque chose.

Mais cela se précise.

Page 26. Décision n° 2 : Repenser le socle commun des connaissances pour y ajouter le travail en groupe, l'anglais, l’informatique et l’économie.

Petite précision : la maîtrise (relative) d'une langue vivante autre que le français fait déjà partie du socle commun des connaissances d'un élève en fin de 3e. Les 43 crânes d'oeufs réunis autour du grand gourou Attali n'ont tout simplement pas lu les textes officiels (car ils sont trop intelligents pour regarder ce qui existe), mais c'est pour eux l'occasion d'exiger que l'anglais soit désigné comme la seule langue vivante à enseigner. Quant à l'informatique (par le B2I) ou au travail en groupe (sous la forme de l'expression orale et des IDD), c'est depuis longtemps en place, mais nos experts savants en toutes choses réinventent le fil à couper le beurre dans l'eau tiède. 

Page 39. Décision n° 26 : Développer les cursus en langues étrangères. Même si l’ensemble des formations doit rester en français, il serait utile de développer des enseignements et des cursus en anglais, et également en arabe, espagnol et chinois, afin de mieux préparer les étudiants français à la mondialisation et d’attirer des étudiants étrangers.

Notons et également. Toutes les langues véhiculaires et culturelles ne sont pas égales, il en est une supérieure aux autres et elle passera avant tout. Quid de l'allemand qui est une des trois langues de l'Union ? Néant.

Page 94. Décision n° 100 : Développer massivement l'enseignement de l'anglais professionnel pour faciliter l’émergence d’activités financières internationales susceptibles de recruter largement des collaborateurs, qualifiés et non qualifiés, pouvant se fondre dans une entreprise internationale.

On en vient au coeur du problème ! Il s'agit de formater depuis la crèche des Jérôme Kerviel qui font disparaître d'un coup de baguette magique 5 milliards d'euros ! Ô miracle de la connaissance de l'anglais...

Bienvenue dans The Brave New World !

Il ne manque plus que les mentions des castes alpha, bêta, gamma, etc. comme dans le roman d'Huxley.  

 

mercredi, 23 janvier 2008

Attali en roue libre

Les âneries d'Attali commencent à se multiplier comme les pains et les poissons de l'Evangile ; c'est normal : quand il ne plagie pas les propos des autres, il est notoirement fumeux. Après sa drôle de définition des paysans comme rentiers, voici les conceptions du gourou en matière d'automobile :

On ne peut pas supprimer les freins sur la roue gauche d'une voiture sans supprimer les freins sur la roue droite.

On ne peut rêver mieux comme métaphore stupide et prudhommesque. On dirait que Raffarin lui souffle ses mots d'esprit. Il risque fort d'hériter de la noix d'honneur ou du mur du çon dans le Canard. Qu'il supprime donc les freins d'une voiture afin d'avancer plus vite dans une pente, surtout un col à lacets ! Je suggère aussi d'ôter le volant et de masquer le pare-brise.

mardi, 22 janvier 2008

Mythologies d'Attali

Dans le dernier numéro du Figaro Magazine, je lis ces propos de Jacques Attali qui témoignent d'une rare imbécillité et d'une inculture ou d'une mauvaise foi crasse. En fait, je soupçonne plutôt une sorte de dogmatisme simpliste afin d'éviter les questions dérangeantes.

La France était le seul pays ayant le choix entre devenir une puissance terrienne ou maritime. Nous avons choisi pour notre malheur, d'être une puissance de paysans et non de marins.

C'est bien entendu faux d'un point de vue historique, la marine française n'a pas été seulement une marine de pêche ou de colonisation terrestre, mais aussi de commerce ou de découverte scientifique. Seulement après Trafalgar, elle n'a plus été la deuxième marine du monde après celle du Royaume-Uni, elle a décru en puissance face à celles de l'Allemagne, puis des Etats-Unis. Mais j'aimerais connaître les pays qui n'avaient pas le choix de devenir des puissances maritimes : le Luxembourg, Andorre, Saint-Marin, la Suisse (et encore...), la Hongrie ? La liste risque d'être réduite. On voit la sottise du propos. Et l'importance maritime montre la puissance économique de pays comme le Liberia, le Panama, la Grèce, Nièves-et-Prince. Comme ils pèsent sur la scène politique mondiale ! Comme ils ont de forces présentes en Irak ou Afghanistan

Le marin est celui qui prend des risques : c'est un entrepreneur ; le paysan, lui, est un rentier. 

Ah ben fouchtra ! Le rentier vit des revenus du travail des autres et il est assuré d'avoir toujours le même niveau de revenu, sauf si la rente dévalue. Ce sont juste les héritiers des seigneurs. Mais euh... les aléas climatiques, les maladies animales, le cours des produits agricoles, la course aux investissements mécaniques ou chimiques pour améliorer la productivité, cela nous éloigne singulièrement du modèle du rentier. Le paysan serait celui qui laisse son argent travailler sans que lui bouge le plus petit doigt. Cela peut exister pour les agriculteurs céréaliers industriels, quelques éleveurs d'usines à viande qui vivent des subventions européennes, mais ce n'est pas le cas des agriculteurs de montagne, des DOM-TOM ou de pays du tiers-monde. Le plus souvent, le rentier, c'est le Crédit agricole et la FNSEA ! Attali, il n'a pas dû se lever au petit matin pour traire les vaches, aller surveiller son champ ou son bois après un orage, se lever la nuit pour veiller une vache malade ou en gésine. Et il ne risque rien en se chargeant d'une bête ou en conduisant un tracteur ! J'ai des exemples autour de moi de paysans morts parfois dans des conditions horribles, en faisant leur travail. Ce mépris des paysans est non seulement odieux, mais absurde : le marin est un paysan de la mer, et s'il s'établit sur une autre terre ce sera pour l'exploiter, comme l'ont fait les émigrants aux Etats-Unis ou au Québec. Ils redeviendront paysans en cultivant leur jardin.

Être paysan, c'est mal, c'est régressif selon Attali. Il s'agit juste de sa mythologie personnelle qui est fondée sur une très mauvaise lecture de Leibniz et de l'Ancien Testament : le nomade seul est positif, tous les êtres sont solitaires, le sédentaire et surtout l'agriculteur est chargé de toutes les tares. Rester en un lieu pour travailler, c'est selon lui s'enraciner donc perdre une part de son identité et de son désir de créer. En revanche, migrer sans arrêt et sans but, c'est bien, et tout ira dans le meilleur des mondes si tous les individus deviennent totalement nomades, tels des bédouins gardant des troupeaux de brebis à travers le désert. Qu'il y ait aussi des ouvriers, des artisans, des enseignants, des commerçants qui veulent s'établir en un lieu et qui créent de la richesse en restant dans ce lieu, cela ne lui effleure pas l'esprit. A force de vouloir faire de l'anti-Barrès, contre le culte de l'enracinement, on en vient à dire des sottises. Mais ce genre de problématique évite surtout de poser des questions dérangeantes comme celles de la valeur ajoutée et de la lutte des classes.      

vendredi, 18 janvier 2008

Le songe d'Attali

Une des vingt propositions de la fumeuse commission Attali pour relancer la fameuse croissance ;

- Se donner les moyens que tout élève maîtrise avant la fin de la sixième le français, la lecture, l’écriture, le calcul, l’anglais, le travail de groupe et l’informatique.

Euh... Maîtriser le français, c'est le travail d'une vie, comme pour l'écriture ou la lecture. L'enfant maîtrise déjà le français quand il dit Papa à son père qui se penche au dessus de son berceau. Ensuite, il faut voir ce que l'on entend par maîtriser le français à l'entrée de sixième : tous mes élèves (et j'en ai vu dans un grand nombre d'établissements) savent parler français et répondre en français, mais leurs difficultés sont ailleurs et c'est une imbécillité que de déclarer les mauvais résultats aux évaluations de français en 6e comme la preuve d'une sorte d'analphabétisme. Où place-t-on le curseur ? Quant à la maîtrise de l'anglais ou de l'informatique avant l'entrée en 6e, je rigole... C'est tellement bête, mais c'est pondu par des crânes d'oeuf et donc on doit accepter ces inepties comme une parole d'évangile.