lundi, 26 février 2007

Le nom des gens

"N'est-ce pas, maman, que ça t'énerve que ton boucher t'appelle "Madame" comme pour les chrétiennes, et non "hanim", comme pour les musulmanes ?, la taquine gentiment sa fille. Tu me demandes toujours pourquoi ce traitement, comme si tu n'avais pas deviné. Je sais bien que ça te contrarie..."

Une histoire compliquée entre Turquie et Arménie... Ne jugez pas, la même chose existe en France pour des enfants venus des anciennes colonies ou possessions françaises, pour des enfants d'Allemands ou de juifs. 

mardi, 09 janvier 2007

À perte de vue

Qu'à l'Orient règne la paix.

Que les sillons s'imprègnent de sueur

et non de sang !

Que le moindre village, aux sons de crécelle

s'emplisse de louanges !

 

Qu'à l'Occident la terre soit féconde.

Que l'étoile fonde en rosée,

que l'épi devienne de l'or !

Sur la montagne, à l'heure où les moutons pâturent,

que foisonnent bourgeons et fleurs !

 

Qu'au Nord l'abondance rayonne.

Que la faux sans cesse replonge

Dans l'océan des céréales !

Et les greniers s'ouvrant à la récolte,

se répande la joie !

 

Qu'au Sud les fruits soient innombrables.

Brille le miel au cœur des ruches,

Que le vin coule à flots, que les coupes débordent !

Et quand la jeune épouse enfourne le bon pain,

s'illumine l'amour !

 

Daniel Varoujan n'a jamais pu terminer son grand œuvre, le Chant du pain, dont c'est extrait. Il était un simple institituteur sans aucun parti. Arrêté par la police du régime turc en avril 1915, il sera assassiné ligoté, totalement dénudé comme ses compagnons de captivité, dans un bois à l'écart, à coups de couteaux répétés, durant la nuit, par les policiers qui l'avaient détenu quatre mois durant dans une prison de sous-préfecture.  

lundi, 08 janvier 2007

Les tulipes

Parmi les champs, ma belle, abondent les tulipes :

cueille-les ! Elles saignent

comme autant de cœurs amoureux.

À leurs coupes de cristal nous boirons

l'océan du soleil.

 

Les tulipes flamboient, on dirait que leur feu

consume la campagne.

À leur coupes en flammes nous boirons

d'astrales étincelles.

 

Cueille, ma belle, cueille,

cachée comme la caille

parmi les blés qui dodelinent.

À leurs coupes sanglantes

nous boirons le sang des sillons.

 

En lumineuses grappes rouges,

les tulipes ondoient sur les nids d'alouettes.

À leurs coupes jacinthe nous boirons

le gage du printemps.

 

Cueille toutes ces fleurs, ma belle,

– toutes ces flammes !

Emplis de feu ma robe virginale !

À leurs coupes fragiles

nous boirons les incendies de juin.

 

Complices des épis tremblants, 

les tulipes comme ta bouche

accomplissent leur floraison.

À leurs coupes vermeilles nous boirons

le mystère de l'été.

 

Cueille, ma belle,

cueille-les toutes !

Au village, demain, pour la fête,

nous en ceindrons nos têtes,

et tandis que nous danserons,

nous boirons à leurs coupes

le vin d'amour.

 

Daniel Varoujan 

samedi, 06 janvier 2007

Ô terre dorée

Ô terre dorée...

Les épis rougeoient,

on dirait du feu,

les épis flamboient

sans se consumer.

 

Ô terre dorée...

Le ciel est ardent,

le sol sous les tiges

sens dessus dessous.

 

Ô terre dorée...

Mes blés se déroulent

en quatre avenues

d'ambre et de soleil.

 

Ô terre dorée...

Guêpes et bourdons,

bourdons et abeilles

fulgurent sans nombre

parmi les épis.

 

Ô terre dorée...

S'échappant des flots

de l'océan d'or,

un moineau parfois

monte à tire-d'aile

 

Ô terre dorée,

dors, tes fruits sont mûrs...

Muni de ma faux

d'argent, je viendrai

recueillir ton or !

 

Daniel Varoujan 

mardi, 12 décembre 2006

Mais à quoi bon

Mais à quoi bon m'abandonner au flux de ma voix gémissante ? Ah ! plutôt que m'engloutir dans mes plaintes, puissé-je user du fer brûlant de ma parole pour expulser le pus dont s'est emplie ma blessure mortelle... ou bien cracher, vomir  le fardeau de mon cœur, cet amas douloureux, expectorer  ce qui bouche mon âme, recourir en quelque sorte au moyen le plus répugnant, c'est-à-dire plonger les doigts au fond de mon gosier...

Grégoire de Narek 

lundi, 11 décembre 2006

J'ai beau réunir des syllabes

J'ai beau réunir des syllabes, combiner des vocables...

Comparés à la crue de mes crimes, que sont ces ruisselets de mots et de rythmes plaintifs ?

Toi seul peux me donner la vie, à moi qui suis une âme morte, Toi seul me donner la vie, à moi qui suis une âme morte, toi seul peux m'approcher. Toi seul dans ma prison peux me rendre visite sans dégoût ni haine, ô Fils du Dieu vivant.

À toi la gloire en toutes choses. Amen.

 

Grégoire de Narek 

dimanche, 10 décembre 2006

Je suis un livre

Je suis un livre, un grand livre vivant, lequel au dehors ainsi qu'au dedans, n'est composé que de cris et de plaintes, comme celui que perçut Ézéchiel !

suis une muraille sans murailles ni tours, une demeure sans serrures, mon sel n'a pas de goût, je suis une eau saumâtre, impropre à la boisson !

Je suis un sol inculte, un enclos délaissé, un marécage, une jonchaie, une campagne en friche, envahie par les ronce... — moi qui fus une terre féconde, moi qui fus le jardin de Dieu, me voilà devenu le champ du semeur d'ivraie,  du Félon !

Je suis un olivier dont les fruits sont tombés, je suis un arbre qui pousse en vain, un arbre mûr pour l'abattage, une herbe au langage caduc !

Je suis mort, mort à deux reprises !

Je suis un phare sans lumière, une lanterne absolument obscure !

 

Grégoire de Narek 

samedi, 09 décembre 2006

Transformerais-je en encre

Transformerais-je en encre tous les flots d'une mer... couvrirais-je de papier toute l'étendue d'une campagne immense... ou taillant les roseaux de mille roselières, j'aurais beau fabriquer des plumes innombrables... je ne pourrais formuler par écrit ne fût-ce qu'un atome de mes forfaits !

Bien plus, pour mesurer le poids de tous mes crimes, parviendrais-je à dresser sur l'un des deux plateaux les cèdres du Liban liés en un faisceau, ou l'Ararat dans toute sa hauteur...

contre-poids dérisoire, incapable de faire osciller la balance !

 

Grégoire de Narek

 

C'est l'année de l'Arménie, alors j'y vais de ma contribution modeste.

mardi, 31 octobre 2006

Hairen (4)

Celui qui prend le chemin de l'exil...

Nul n'est plus malheureux, plus démuni,

N'ayant ni père, ni mère, ni sœur ni frère.

Rencontre-t-il une belle étrangère,

Aussitôt la voilà qui se voile et s'enfuit.

Imaginez un arbre qui se meurt :

Ses feuilles changent de couleur,

Elles sèchent puis tombent,

Dépouillant l'arbre de son ombre.

 

Nahabed Koutchak 

lundi, 30 octobre 2006

Hairen (3)

Songeant à mon exil,
Je ne puis que m'asseoir et fondre en larmes.
Loin de chez moi, j'ai couru, j'ai coulé
Comme l'eau. Dieu seul connaît le chemin
Menant à ma demeure...
Qui me nouera sur le cœur une croix ?
Qui de ses mains me couvrira de terre
Pour que j'accède à l'éternel repos ?
Le jour, je suis comme la flèche,
Toujours volant où l'on me lance,
Jusqu'au bout de la trajectoire...
La nuit, pareil à l'arc, gisant sur le sol nu,
La corde détendue...

Nahabed Koutchak

dimanche, 29 octobre 2006

Hairen (2)

Orange douce, orange amère

Ô la saveur du fruit de l'oranger !

Mais si l'arbre est stérile,

Si tu demeures

Bouche cousue

Où trouver la saveur ? Et si

Tu meurs, comme pour toi moururent

Tant d'amoureux,

Adieu, saveur...

 

Nahabed Koutchak 

samedi, 28 octobre 2006

Hairen (1)

Tu es la bague et je suis le chaton.

Tu verdoies près des sources,

Ma rosée t'illumine.

Tu es le fruit et je suis le feuillage.

Ah ! l'automne, déjà l'automne est à nos portes...

Je tremble que l'on ne vienne cueillir la pomme,

Condamnant le feuillage à sécher sur la branche.

 

Nahabed Koutchak 

mercredi, 18 octobre 2006

Mélanges

Le parti Républicain massacre le français pour la campagne électorale du Michigan en parlant de l'écoulement des déchets. Oui, il y a une minorité francophone dans cet État, principalement des Québécois qui ont émigré au début du XXe s. pour fuir la misère.

Les forces de la France sont au coeur des Français. C'est du Raffarin pur jus, 100 % Poitou-Charentes, sans additif.

Voler un alphabet arménien de 300 kilos en bronze, ce n'est pas du tout évident. 

Un policier blogueur s'arrête au moment où on parle un peu trop de son blogue, fort intéressant et bien écrit.

La méthode syllabique intégrale fait un flop auprès des parents d'élèves, comme avant auprès des enseignants. Ils dénoncent par ailleurs la campagne publicitaire incitant à la délation de la part d'un groupuscule.