dimanche, 07 mars 2010

Devenir soi-même ? Non, merci, déjà donné

armee.jpgIl y a quelques petites choses qui me dérangent dans l'administration qui m'emploie.

Par exemple, le fait de voir cette affiche dans le lycée où je me trouve sur la porte d'entrée des bâtiments et non pas seulement sur le panneau d'orientation comme il se devrait. Il faut dire que ce lycée public est dirigé par un officier de carrière, ce qui est une situation totalement absurde et qui aboutit à un délire pseudo-patriotique sur tous les murs de couloirs de ce lycée.

Mais revenons à l'affiche. Que nous dit-on "Devenez vous-même". Mais n'est-on pas soi-même au départ, à la naissance ? Comment pourrait-on le devenir plus ? Serait-on moins soi-même au fur et à mesure de son éducation et de son avancée en âge et pourrait-on le devenir soudainement ensuite en intégrant l'armée ? On se croirait dans une émission de téléréalité où il faut faire semblant d'être authentique afin de rester dans le jeu, dans un reportage exotique ou sociologique où les gens sincères, dans une vie qui n'est pas la vie, mais où tout le monde imite la vie de la télévision et d'une fiction absurde.

Il y a là un problème ontologique que je ne peux résoudre. Je suis moi-même depuis ma naissance et je le serai jusqu'à mon décès. Avec une foule de contradictions et de marches en arrière, mais je suis une personne malgré tout. Comment pourrais-je devenir plus moi-même alors que je le suis déjà par mon histoire et ma réflexion ? Je veux bien admettre que d'autres m'apportent encore des choses que j'ignore, mais pourquoi devrais-je les mettre au bout d'un fusil afin de comprendre qu'il est inutile de porter une arme ? Devenir soi-même, c'est aussi cela : devenir anti-militariste.

Cette propagande profondément stupide s'adresse à des jeunes qui sont en situation de rupture ou d'échec scolaire et qui n'ont aucun autre débouché que celui de cette dernière chance : l'Armée qui va les révéler à eux-mêmes puisque tout le monde les a méconnus auparavant. Malheureusement, quand ils reviennent à la vie de tous les jours, ils apprennent que ce qu'ils ont appris ne vaut strictement rien. Et ils ne sont donc plus rien. C'est une propagande dangereuse qui risque de causer des morts à long terme.

Comment une institution comme l'Armée pourrait-elle révéler la véritable nature d'un être en montrant qu'il ne s'était jamais dépassé auparavant ? C'est là un insondable mystère. Je vais être plus grossier : comment le fait d'assassiner les autres que l'on ne connaît pas et que l'on n'a jamais vus permet-il de révéler notre nature profonde ? Parce que le métier du militaire, ce n'est pas de seulement de protéger les siens, mais aussi d'agresser autrui pour de vils motifs. Être soi-même dans de telles conditions, cela me semble très difficile. Et vouloir devenir soi-même en acceptant de commettre le pire, ne suppose qu'une seule réponse : Non.    

samedi, 18 avril 2009

De la présence militaire

Extrait d'un dossier de deux pages de l'Oignon (toujours à la solde de la gent militariste sous la badine du colonel de réserve Chabaud) :

« Avec cette opération, nous assurons un premier pas pour la sécurité en réinstallant l’État, avec des administrations. Dans cette zone, les présences militaire et gouvernementale sont pratiquement inexistantes. Cette base va réhabituer la population à cette présence. »

Je ne sais pas pour vous, mais moi je ne me sentirais pas rassuré en voyant des militaires à tous les coins de rue. La surpopulation de policiers et de gendarmes me pose déjà des questions et des problèmes lors des plans VigiPirate ou des déplacements présidentiels, je ne parle pas alors de la présence de militaires en tenue de combat, avec armes et attirail, ou campés dans des automitrailleuses et chars d'assaut aux carrefours. La présence militaire dans les rues d'une ville, même en simple VAB ou en Jeep, ne témoigne absolument pas d'une situation normale. La place de l'armée, c'est sur les théâtres d'opération, dans les camps d'entraînement, les casernes et éventuellement sur les places d'armes pour les remises de fourragère ou devant les monuments aux morts. L'armée n'est pas la composante essentielle d'une société civile où les servives publics doivent être fournis par l'administration qui n'est pas l'armée. Mais comme d'habitude, le chef d'état-major se prend à rêver à une situation où la présence militaire de sa force serait perçue comme tout à fait normale dans les rues de n'importe quelle ville du monde, y compris la vôtre. Il ne se demande même pas si les habitants ne souhaitent pas la disparition de ses check-points ou de ses barrages avec sacs de sable et fils de fers barbelés. Que les habitants se réhabituent à la présence gouvernementale est une chose, mais ils n'ont pas à s'habituer à la présence militaire ou alors il y a une autre idéologie que celle de la force de la paix que l'on veut nous vendre. Je peux excuser le général qui est l'auteur de ces propos inconsidérés, il a le droit de maîtriser moins bien le français que ses ennemis, mais ce n'est pas le cas de la journaliste qui a commis une reprise anaphorique du plus mauvais effet.

lundi, 10 novembre 2008

De l'argot des tranchées

Bon, il ne faut pas prendre toutes les affirmations de Dauzat dans son Argot de la guerre à la lettre :

Frichti. Le soldat français a emprunté à son ennemi allemand son frühstück (le déjeuner pris sur le pouce). Des deux côtés du front, on a échangé, outre du plomb, des mots.

Le mot date déjà de bien avant 14-18. On le trouve déjà dans le dictionnaire de Delvaux en 1867. Il est référencé en 1834 sous la forme fricheti, en 1855 sous la forme frichti et il a désigné d'abord un repas exceptionnel, puis une préparation de repas et seulement dans un contexte militaire (1864). Mais l'origine alsacienne par fristick correspondant à l'allemand Frühstück, déjeuner, est contestée par Guiraud qui propose une dérivation de fricot du fait que le déjeuner ne peut être un repas complet. Le mot était cependant présent dans l'argot parisien ou militaire depuis un demi-siècle au moins.

Si l'on prend estourbir :

Estourbir est tiré du verbe gestorben.

Ce n'est pas faux, sauf que le mot est présent en français argotique depuis 1815 et qu'il appartenait surtout au français régional de l'Est !

Cette guerre n'a pas été l'échange des mots entre des gens qui se tiraient dessus, mais un grand échange des mots de toutes les régions de France et de toutes les classes sociales. Les mots allemands de la guerre de 14 avaient presque tous eu une vie antérieure en français.

Les poilus ont popularisé des noms déjà fort anciens :

Ont donné à la censure anesthésiante le sobriquet d'Anastasie.

Mais ce surnom avait déjà quarante ans dans la presse parisienne ! Les créations sont peu nombreuses, les mélanges le sont bien plus. Et l'intérêt est de voir alors comment des mots locaux se sont répandus partout.

 

 

samedi, 12 juillet 2008

Fixe !

Ben tiens... je me disais bien qu'il n'y avait pas que Jean-Michel Aphatie ou Christophe Barbier pour ne jamais avoir rien compris au fonctionnement des blogues, même s'ils prétendent bloguer. Voici un bel exemple d'autisme :

D'autres internautes veulent détourner ce site d'information de sa vocation, en le transformant en un forum. Je condamne leur démarche et leur demande de s'abstenir.

Si on veut que son blogue ne se transforme pas en forum, on n'autorise pas les commentaires ! Il y a d'excellents blogueurs comme Fontenelle ou Stalker qui se sont résolus à proposer des blogues tronqués et en faisant alors quelque chose qui ressemble plus à un site ! Ce n'est pas plus compliqué que cela. Et si on veut que les commentaires restent dans la ligne éditoriale, on intervient dans les fils en répondant aux commentateurs qui s'éloignent du sujet ou qui y répondent avec raison ! Ce n'est pas avec une démarche digne du journalisme de grand-papa que l'on peut prétendre animer un blogue. Comme si c'était compliqué de dialoguer !