mardi, 23 septembre 2008
La loi de Lynch
Le Fig est l'un des journaux où l'on écrit le mieux le français. La preuve ? Presque toute l'Académie française y a colonnes ouvertes, c'est la maison de retraite préférée des éditorialistes gâteux et des littérateurs pour vieilles dames. Et ailleurs on se doit d'y rédiger dans un français impeccable et exempt de tout néologisme ou anglicisme, comme pour ce titre repris d'une dépêche d'agence :
Un patron indien lynché à mort par ses employés.
Tiens donc ? La loi de Lynch ne serait plus l'exécution sommaire et expéditive d'une sentence de mort décidée sans aucun jugement équitable et sans aucune participation de la défense ? Bon... il faut dire que l'affaire s'est mal terminée et que l'expression à mort n'est quand même pas inopportune. Mais battu ou frappé ou molesté ou maltraité auraient pu suffire, non ?
Il faut dire que les termes lyncher ou lynchage se sont considérablement affaiblis, qu'ils s'emploient souvent au sens figuré pour des propos qui ne sont que des jugements personnels sans aucune conséquence sur la vie des personnes. On peut ainsi dire qu'une vedette est victime d'un lynchage parce qu'un seul blogue dit du mal d'elle ou émet des doutes sur ses compétences. On n'hésite d'ailleurs pas à rajouter fréquemment en public à lynchage. Comme si les lynchages n'avaient jamais été en public et du fait du public. J'en ai déjà eu des exemples de la part de commentateurs qui me reprochaient de médire de telle ou telle personne. Bref, le sens d'origine du mot lyncher n'est plus compris. Je propose des plumes, du goudron, un rail et une corde pour tous ceux qui l'emploieront à tort. Que la loi de Lynch demeure telle qu'elle était depuis Jésus et Sarah Palin.
18:06 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, anglicisme
samedi, 29 septembre 2007
Rendez-vous express
Cette année, la grande nouveauté est le « rendez-vous express » (ou « speed dating » en anglais).
Alors là bravo pour les références aux langues ! Express vient de l'anglais. Et rendez-vous, c'est aussi de l'anglais... Si, si ! Oh ! bien sûr, l'ordre des mots serait différent en anglais... Le GDT me suggère séance de rencontres express, rencontres éclair, rencontres express. On pourrait aussi bien dire rapide ou furtive, mais ce serait péjoratif. Rencontre est meilleur que rendez-vous, car cela correspond plus à la réalité du mot en français où le rendez-vous est juste le moment de départ de la rencontre et de la visite. Et en fait on n'a pas besoin de traduire speed, puisque ce n'est qu'une chose accessoire pouvant être oubliée. Mais... j'y songe : en fait, on veut surtout vendre le côté speed ? Pourquoi toujours plus vite ?
14:05 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, anglais, anglicisme
mercredi, 04 avril 2007
Déconfiture de graffitis
Dites les gars, si je vous parle de « graffiti playground » et de « jam graffiti », événements qui auront lieu le week-end prochain sur la place Foch, ça vous cause ?
D'accord, il y a eu en musique les jam sessions avant ça, mais l'ensemble ressemble là à de la marmelade... Surtout lorsque l'on lit que : le second correspond à une séance (plus ou moins in) organisée de graff'à laquelle se joignent tous ceux qui le veulent.
11:46 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglais, anglicisme
samedi, 03 février 2007
Poste restante
C'est une toute petite histoire, mais elle montre quelques faits intéressants. Il existe une application ou widget pour les blogues qui se nomme Post-It Express. C'est un outil gratuit qui peut présenter un réel intérêt lorsque l'on veut afficher en permanence un message important en haut de page un peu comme un Post-It sur un frigo, mais les neuf dixièmes du temps ce n'est que le gadget qui est pris sur les blogues, avec des messages vides de sens ou d'humour. Seulement voilà... on s'imagine à tort que le terme Post-It pour désigner les petits papiers autocollants serait un terme libre de droit, or c'est une marque déposée ! comme Scotch. Il faut remarquer que l'anglais dit sticky note et que les Québécois proposent papillon adhésif amovible (papillon suffirait amplement à mon avis). Le créateur de Post-It Express rebaptise donc son service en Blog-It Express puisqu'on le menace des foudres de la justice, que 3M a d'hénaurmes moyens financiers (c'est une multinationale très puissante), et qu'il ne gagne pas un rond dans l'affaire. Mais il avait raisonné exactement comme 99 % des Français qui prennent ce nom déposé comme un nom commun et ordinaire. Et 3M a défendu son droit en refusant le dépérissement de sa marque, exactement comme ont pu le faire avant Bic, Caddie. Non, un post-it, ce n'est pas un nom commun même si tout le monde l'emploie sans se poser de questions.
18:10 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme, publicité, pub, marques, blog, web
jeudi, 01 février 2007
Comme une chutney à la figue de parole
Ce midi, je suis passé devant le plus horrible établissement de restauration champignacien (c'est notoirement une permanence de l'UMP) et mon œil a été intrigué par une de ses nombreuses pancartes qui envahissent la rue en dépit de tous les réglements (mais la mairie ferme les yeux) : “ Soirée Saint-Valentin : Chanteur + Menu (consulter le porte-menu)”. Je me dis qu'il y a là quelque chose d'étrange... Si j'étais un restaurateur doté d'un cerveau en état de marche (et donc non adhérent à l'UMP), je proposerais un dîner ou un souper et pas un menu. Je dirais ensuite que ce repas est accompagné de musique, mais non... On achète le chanteur (dont le nom est sans intérêt) en question avec le menu, c'est ce que l'on nomme une formule. Je jette un autre œil sur le menu en question, il est rédigé dans le sabir des cuisiniers (du genre “la galantine de raviolis à la mode gloubiboulga dans son lit de sardines épluchées à la main et sa sauce de marmelade saupoudrée de crème anglaise en fricassée à la poêle”). Mais alors, je manque de m'étouffer : il y a une escalope de foie accompagnée (je passe tous les intermédiaires du charabia cuisinier) d'une sauce de chutney à la figue ! Vérification faite par Google : cela existe, il y a des imbéciles pour proposer des chutneys à la figue... Il y a des châtaignes qui se perdent...
13:37 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, langue française, anglicisme
vendredi, 05 janvier 2007
Des nouvelles vraiment neuves de chez neuve
Cela fait au moins la cinquième fois ou sixième fois que, de manière saisonnière, les différentes publications sur l'informatique ou les blogues nous resservent l'information selon laquelle la CGTN a changé blog en bloc-notes. Quand on voit que l'information date de plus d'un an et demi (mais ce n'était encore qu'une proposition de la CGTN avant son adoption par l'académie, puis par la DGLF), on peut se demander avec raison ce qui autorise un tel ressassement : la CGTN est ridicule, cela va de soi, mais est-ce que cela semble plus apparent en affirmant tous les trois mois qu'enfin c'est officiel il faudra écrire bloc-notes ? Je ne vois rien d'autre qu'une manière de réchauffer de vieux plats et puis de faire réagir la prétendue communauté des blogueurs afin de faire du bruit contre quelque chose qui ressemble aux moulins de Don Quichotte.
23:12 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blog, internet, web, langue française, anglicisme
dimanche, 10 décembre 2006
Fadaises du professeur Scrine
Alors que « blog », « mail » et « webcam » arrivent en tête des requêtes (catégorie « Internet ») sur Yahoo France en 2006, on m’a encore demandé – plus ou moins ouvertement il est vrai – des précisions linguistico-éthiques
Voilà que ce professeur Scribble fait passer ce qui est une demande de renseignements sur un objet pour une forme habituelle de l'écrit, donc pour l'usage. Je peux demander weblog, weblogue, jouaibe, jouèb(e), sans que ce soit mon propre usage dans mes textes. On a affaire à une première imposture à la fois méthodologique et à la fois sémantique. Si j'avais demandé logiciel en 1998, j'aurais eu beaucoup moins de réponses en français qu'avec software, mais je demandais aussi software parce que je savais que certains tenants du tout-faux-anglais ne voulaient pas entendre parler de logiciel, et ce n'est pas leur usage qui a triomphé. Les attestations de demandes ne sont pas l'usage, c'est juste la représentation de l'offre et donc l'usage de l'offre, lequel changera lorsqu'elle verra que l'usage réel aura changé.
J'en viens au plus important :
L’Etat qui, lui aussi communique, a pris, comme nous tous, le train en marche. Il lui faut désormais « officiellement », définir un usage de la langue du Web jusqu’ici underground, de ces mots nouveaux qui déboulent par milliers comme autant de clandestins à nos frontières langagières.
Le problème, c'est que l'existence de la CGTN remonte à 1968 et celle de l'OQLF à 1967 (voire 1961 avec la création d'un ministère, soit bien avant la loi 101), et le tout est largement antérieur à la création d'Internet (1969), ou même de la Toile (1989). Cela répond à des mots qui concernent non pas simplement la communication communicante, mais à des réalités bien concrètes comme les produits agricoles, la pêche en mer ou la maintenance industrielle. Tout n'est pas communication et on n'a pas attendu que certains se mettent à taper sur leur clavier pour s'apercevoir qu'il fallait des équivalents dans des domaines un peu plus sérieux que la finance ou les relations publiques... L'histoire ne commence pas avec la naissance d'AOL ou de Compuserve.
Mais le professeur Scribble a bien d'autres soucis, il emploie la rhétorique la plus grossière et primitive pour assener un parti-pris en faveur du tout-anglais, il se livre à l'amalgame entre le partisan d'un mot français ou francisé et puis un ministre aux actions discutables :
C’est ainsi que de petits Sarko anonymes regroupés au sein de la Commission de terminologie et de néologie (organe central d’un vaste dispositif, vous n’imaginez pas), qui déjà valident le vocabulaire en floraison des différents corps de métier (on ne dit pas camrecorder, mais caméscope, eh oui) en partenariat avec l’Académie française, l’Académie des sciences, l’Association française de normalisation et l’Institut national de la langue française, décident désormais du « bon usage » sur le Web.
Qualifier les partisans de courriel ou de blogue de petits Sarko (ce qui serait un pléonasme pour certains) est assez malveillant. On demande simplement un mot à la place d'un autre, on ne matraque pas, on n'insulte pas, on n'agresse pas, on ne met pas en prison ou dans un centre de rétention, on ne menotte pas, on ne jette pas dans un charter (un vol nolisé), mais bien entendu dans le présupposé de l'auteur des lignes Sarkozy est connoté comme négatif et synonyme de facho, Le Pen, Mussolini, Hitler et de tas d'autres termes qui vaudraient un point Godwin. C'est caca. Le dénigrement sans argumentation tient lieu de logique. Et à part qualifier les gens qui osent parler de termes français comme de petits Sarko, quelle est donc l'argumentation du professeur Scribble ? On voit la fausseté du procédé lorsque l'on feint de voir que le terme anglais exact (camrecorder, le plus souvent camcorder) est placé en face de son équivalent français afin de faire croire que le terme serait rentré dans l'usage avant la commission et cela sans mentionner le fait que caméscope est un nom déposé par Sony.
Le pauvre professeur Scribble attrape des bribes au passage, parce qu'il y a bien des ratés dans l'affaire :
On a ainsi une « fenêtre intruse » pour pop-up, « dialogue en ligne » (qui a finalement remplacé « causette », Journal officiel du 16 mars 1999) pour tchat, ou encore « bloc-notes » pour blog.
Le problème, c'est que le tchat n'existe que dans le pseudo anglais du professeur Scribble et qu'il s'insurge contre une forme de pseudo français au nom de son pseudo anglais.
On voit son absence de réflexion et surtout de méthode quand on lit des phrases comme celle-ci :
Comme en 68 les filles balançaient leur soutiens-gorge, l’usage langagier fait la nique aux règles ; le Bled, le Bescherelle, Robert et les autres semblent alors relégués aux oubliettes d’une époque qu’on voudrait révolue, et seuls les sites officiels et commerciaux conservent un minimum (et parfois un miniminimum) d’orthodoxie.
Le Bled n'est pas un manuel de grammaire fournissant des règles de grammaire, mais un (ou des) livre d'exercices. Le Bescherelle est aussi un dictionnaire du XIXe s. et c'est un manuel de grammaire normative. Les différents Robert enregistrent d'abord l'usage et n'ont jamais eu une intention normative, comme c'est signalé dans la première préface. Mais en faisant passer les Robert pour des ouvrages normatifs, on peut faire croire alors que l'on serait du côté de la liberté vraiment libre alors que l'on fait dans le portnawak à coup d'approximations abusives et de grosses caricatures. Le Robert représente justement ce qui lui semble un des usages et il l'enregistre comme tel, il ne se pose pas du tout comme le représentant d'une règle unique (d'ailleurs laquelle ?) face à un usage unique (d'ailleurs lequel ?) On a juste ici la fabrication d'hypostases : l'usage et la règle comme des icônes désincarnées, coupées de toute réalité, sans aucun respect pour les auteurs, par simple visée idéologique. Cela ferait bien rire Alain Rey de le poser en pape de l'orthodoxie langagière, mais de cela le professeur Scribble ne se soucie guère tant il est préoccupé à se fabriquer des adversaires à sa mesure en leur inventant des propos.
15:45 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : web, blog, internet, langue française, anglicisme, lexique
Nouvelle catégorie grammaticale : le postfixe
Je continue sur les âneries du professeur Scrine. Il invente des courriers de lecteurs qui seraient des tenants d'une francophonie caricaturale, par exemple l'un qui réclamerait de dire Toile d'araignée mondiale et non World Wide Web, alors que les recommandations officielles sont d'une part la Toile, d'autre part le worldwideweb (nom déposé) sans majuscule et sans espace. Les autres usages (WWW, 3W, Web, web, Ouaibe, etc.) sont informels et en fait il y a d'abord des usages et non l'usage en général et dans l'absolu. On a une première imposture épistémologique du professeur Scrine lorsqu'il se réfère à un usage qui serait souverain et unique alors qu'en fait il se réfère à la forme officielle et légale qui n'est reprise par qu'un très faible nombre de personnes, mais je reviendrai sur ce point plus tard.
Je vois une seconde idiotie de la part du professeur Scrine dans le même article :
Si le français sait être rigoureux, la souplesse de l’anglais, (je citerai pour illustration les post et préfixes qui permettent la création instantanée de mots immédiatement compréhensibles), l’impose par son caractère pratique dans les domaines techniques.
Je suis désolé, mais on ne parle pas de postfixes en français, mais de suffixes. Si on veut regrouper le tout avec un hyperonyme, on parle alors d'affixes (qui comprendront aussi des infixes plus propres aux langues africaines). Le professeur Scrine parle en charabia et s'imagine que le préfixe est à la préface ce que le postfixe est à la postface. Son français est primaire et il n'a pas étudié les termes exacts pour désigner les choses. En outre, il serait fort étonnant que l'anglais soit une langue plus souple grâce à son système de dérivation alors que c'est exactement le même caractère que pour toutes les langues indo-européennes, français compris ! Le français n'aurait donc pas un riche système de préfixes et de suffixes, bien plus riche même que celui de l'anglais ? Si. Et justement, l'anglais présente une souplesse parce qu'il peut se passer des affixes, le changement de catégorie verbale n'a pas à tenir compte obligatoirement des morphèmes, alors que dans le cas d'un déverbal on sera obligé en français de tenir compte de la marque de l'infinitif ou bien d'un participe ou bien d'un suffixe nominal, chacun de ces éléments exprimant une nuance. Et si on veut changer le sens d'un verbe en anglais, on ne passera pas forcément par le suffixe à la différence du français, mais par l'ajout d'une particule qui ne s'intègre pas à la racine. Je passe sur la profonde naïveté qui veut qu'un mot soit immédiatement compréhensible : on est dans le rousseauisme le plus bêtifiant (pléonasme), le mythe de la transparence du langage, la croyance en une langue immédiatement efficace et uniquement instrumentale, bref de la connerie en grosses barres pour faire croire que tout ne serait que communication simple. Mallarmé, réveille-toi !
11:50 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : web, blog, internet, langue française, anglicisme
Apocope, mot à tout faire
J'avais déjà écrit ici avant l'été tout le mal que je pensais du supplément Écrans de Libération, un cahier sans aucune hiérarchie, sans aucune ligne éditoriale, sans maquette, sans choix et surtout avec des articulets plus que discutables au sujet du cyberjargon. La partie Lexique de ce supplément était bien la plus faible et cela continue cette fois avec les chroniques du professeur Scrine (comprendre Screen). Petite revue de détails, je vais couper cela en plusieurs épisodes car il y a de la matière et les problèmes sont différents à chaque fois.
Le 27 octobre, on parle de pourriels et on évoque un mot nouveau, le spat (qui n'est qu'une variante de la pub intrusive).
Le spat, cousin germain du spam, sévit, lui, avec le même genre de contenus mais sur les messageries instantanées. D’ailleurs, spat viendrait de l’apocope de spam et tchat, procédé linguistique qui donne aussi video + blog = vlog ou blog + sphere = blogosphère, etc.
Le problème, c'est que s'il y a bien apocope (coupe de la fin) de spam, ce n'est pas le cas de chat où on a affaire à une aphérèse (coupe du début. En outre, on ne part pas en anglais de tchat (francisation partielle de chat). Le tout se nomme mot-valise ou portmanteau-word. C'est le même procédé que dans informatique (information et automatique), mais pas le même que dans blogosphère : blog (mot non valise provenant de l'aphérèse de weblog) est un élément formant comme sphère et on a alors un banal mot composé, exactement comme dans télévision ou automobile. Bref, le professeur Scrine emploie des termes compliqués (apocope) qui en jettent plein les yeux face aux Béotiens, mais il ne se soucie pas du tout de leur sens, de la précision apportée par le terme technique et il se fiche un peu de savoir si ce qu'il dit ne ressemble pas à un gigantesque gloubiboulga pseudo-linguistique qui mélange en plus l'anglais et le français. Vlog est bien un mot-valise lui, mais c'est video qui est apocopé tandis que log ne subit aucune modification (tout comme dans weblog). Tout cela me fait songer à la niaiserie des personnes qui emploient sans cesse acronyme à la place de sigle ou éponyme dans le sens erroné d'au nom identique.
11:15 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, langue française, anglicisme, lexique
jeudi, 30 novembre 2006
P2Piste
Je me suis d'abord demandé si le Monde innovait en parlant d'une P2Piste. Mais non ! il y a déjà plus de 220 occurrences (résultats réels) en français, c'est dans le jargon de Linux.org. Ce qui est surtout étonnant, c'est qu'il y en a deux fois moins en anglais et presque seulement dans des noms de fichiers. Cela se vérifie d'ailleurs avecP2Pisme, P2Pism. La formation sur une abréviation n'est pas rare, mais elle s'appuie en général sur les sons (pacsés) ou les lettres (RMiste, cégétiste, cibiste). Je ne connais pas d'autres exemples en français de dérivation avec un chiffre lu pour sa valeur phonétique, ici la valeur anglaise (to).
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lundi, 27 novembre 2006
Rentring
Ce terme qui tient de l'anglais de pacotille a été fabriqué par France Télécom pour une campagne de publicité en faveur d'une nouvelle offre de produits.
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samedi, 25 novembre 2006
Penser suidés
Lorsque je veux accéder à ma passerelle de courriel (Web2Mail pour les anglomanes), j'ai droit à ce bandeau publicitaire : « Pensez Noël, Pensez eBay ». C'est ce que je trouve de pire en matière d'anglicisme, bien plus que l'emprunt sémantique, le calque lexical ou morphologique : le calque syntaxique. En anglais, to think peut être transitif direct, en français penser ne l'est que dans le langage de la publicité (penser économies, penser impôts, penser plaisir, sport, envies, etc.) Quand je lis un slogan qui commence par penser, je ne peux m'empêcher de penser au titre de Gilles Chatelet Vivre et penser comme des porcs. Parce que c'est bien de ça dont il s'agit : ne plus penser, ne plus se déterminer que par sa seule consommation-défécation. Je pense à Noël, mais mon être et mes pensées ne sont pas uniquement occupés par Noêl, je ne peux pas agir non plus sur Noël afin de le transformer, tellement l'on est pris dans une sorte de spirale qui conduit à une débauche des plus vulgaires (les immondes marchés de Noël qui se répandent partout et qui évoquent surtout un univers concentrationnaire tellement les baraques sont serrées les unes contre les autres, les concours de maisons illuminées même dans des communes dites écologistes, les décorations lumineuses dans la moindre impasse du plus petit village). Je ne pense pas Noël, je pense mal, je ne pense pas anglais, je pense en français, je ne pense pas eBay, je pense dans ma langue et avec mon système de valeurs.
11:34 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme, francophonie, publicité, politique
mercredi, 22 novembre 2006
Carpette anglaise
Carpette anglaise : le Conseil constitutionnel et Seillière sont distingués.
19:32 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme, ump, politique
jeudi, 16 novembre 2006
Les malveillantes
Pour moi, cette forme de défense relève du sophisme et non de la logique ou de la raison. On ne peut s'abriter derrière les écarts volontaires des autres pour justifier ses erreurs dues en réalité au manque de maîtrise de la langue dans laquelle on tient à s'exprimer. Un anglicisme subi n'est pas comme un anglicisme voulu ; Proust emploie aussi des anglicismes, mais c'est pour se moquer des snobinards qui les ont sans cesse en bouche et qui ne comprennent rien à leur propre langue. Flaubert travaillait sa langue, lui, il situait ses normandismes dans un propos, un personnage, un point de vue.
Il y a des anglicismes dans mon roman ! Et comment ! Je suis un locuteur de deux langues et, forcément, les langues se contaminent entre elles. Il y a un magnifique travail d'Albert Thibaudet qui montre, chez Flaubert, l'influence des provincialismes normands sur la langue littéraire de l'auteur de Madame Bovary. C'était perçu au départ comme une faute, mais, à partir de cela, Flaubert a produit des beautés. Chacun a ses particularités linguistiques. Alain Mabanckou va avoir de très belles trouvailles qui viennent de la manière qu'ont les Africains de parler français. Ses formules peuvent sembler bizarres, désuètes, mais elles sont magnifiques.
22:51 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme, littérature
mercredi, 15 novembre 2006
Podecasse-noisettes
Quand je nommais le podcasting comme du podecasse-couilles, je ne me trompais guère : voici un usage inédit de l'iPod sous la forme d'un gPod qui est euh... un jouet intime... Chez Apple, on est très soucieux du respect du nom de sa marque dans certains cas, même si on laisse un peu le nom podcast (et ses dérivés) se banaliser avec son entrée dans les dictionnaires anglo-saxons.
15:02 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme, noms de marque, internet, web
mercredi, 08 novembre 2006
Mort d'un sigle
Voici le principal apport à la langue française que l'on retiendra de lui :
Il fut l'un des premiers à introduire en France l'usage américain des initiales, appliqué à Pierre Mendès France – PMF – puis à lui-même."JJSS"
Belle preuve de modernité... Vraiment. Depuis les JFK, BHL, DSK, FOG, VGE, DDV, HDV, MAM, MBK se sont multipliés comme autant de marques commerciales.
00:06 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme
jeudi, 26 octobre 2006
A l'eau ointe
C'est une réédition d'un texte que j'avais publié ailleurs il y a quelques années. J'avais oublié ce conte parmi les autres versions que j'avais mises en ligne sur mon site.
Les belles histoires de l'oncle Dom
Approchez jeunes gens et jeunes filles, vous allez entendre la vraie, véritable et véridique histoire d'Halloween. On raconte énormément de craques à ce sujet et il ne faut pas croire les personnes qui vous parlent d'une fête païenne celtique ou américaine. En vérité je vous le dis, Halloween est une fête purement française et catholique, elle trouve son origine dans le royaume de Neustrie à l'époque mérovingienne.
En ce temps-là vivaient le roi Chiméric IV et son épouse la belle Saldegarde. Le roi Chiméric passait son temps à faire la guerre aux Huns et aux Hautres. Pendant ce temps, sa douce épouse filait la laine et confectionnait des cordes afin de pendre tous les mécréants. Las ! tous deux ne songeaient pas du tout à assurer leur descendance et le roi d'Austrasie attendait patiemment que ce royaume tombe non en quenouille, mais en couille.
Or il existait dans le royaume un saint homme (la preuve, il a été canonisé ensuite, mais secrètement), le brave abbé Glinglin, évêque de Trifouilly. Un jour, saint Michel, saint Gabriel et saint Népomucène lui apparurent alors qu'il parfaisait l'éducation d'une nonnette. Népomucène dit : « Glinglin, au lieu de songer à créer de nouveaux abbés et de nouvelles nonnes, tu devrais penser à l'avenir de ce royaume saint. Ton roi est sans successeur, il n'a jamais eu de fils ! Le Seigneur compte sur toi. » Glinglin déclara : « Mais si je remplace le roi dans ses œuvres, il attachera l'objet du délit à un cheval en furie ! » Ce à quoi saint Népomucène répondit : « Il existe une autre solution, Glinglin, une solution miraculeuse. »
Guidé par l'esprit saint, Glinglin prit le chemin de la cour et il entreprit le plan suggéré par les archanges. Il lui fallut d'abord séduire la cuisinière et diététicienne de la reine, ce qui n'était pas une mince affaire. Puis lorsque la reine fut convaincue qu'un bon régime de citrouille ferait du bien à son teint, Glinglin entra en scène vraiment. La citrouille devait être bénite. Glinglin oignait donc la citrouille d'eau en traçant le signe de la croix qu'il marquait avant par des trous, puis il l'aspergeait de son goupillon en prononçant la formule « Trisse et trisse ! »
La reine Saldegarde mangea des citrouilles pendant huit jours et elle commença à en avoir assez car cela lui portait sur l'estomac. À ce moment-là, saint Népomucène réapparut à Glinglin et lui dit : « Triple buse ! La reine ne devait manger qu'une citrouille ou deux ! Maintenant, elle va avoir des octuplés ! Pour ta punition, on ne te reconnaîtra jamais publiquement comme un vrai saint, mais pour avoir servi les voies du Seigneur tu seras quand même canonisé. » Glinglin était au désespoir, il se retira dans le monastère de Darche.
La reine accoucha en effet de huit enfants que l'on baptisa tous Chiméric. Malheureusement, les enfants — de vrais garnements — conservaient le souvenir du miracle de leur naissance, et vers la fin du mois d'octobre tous transperçaient une citrouille « à l'eau ointe » (ils ne se rendaient pas compte du pléonasme) tout en prononçant la formule rituelle « Trisse et trisse ! » Le miracle ne servit à rien. Le roi d'Austrasie s'empara de la Neustrie à la suite d'une bataille ; Chiméric IV fut transformé en osso-bucco et son épouse Saldegarde trouva le salut dans les ordres. Les huit petits Chiméric se réfugièrent en Grande-Bretagne afin d'échapper aux supplices qui les attendaient. Là, ils transmirent à leurs enfants la tradition de la citrouille « à l'eau ointe » qui déformée par les gosiers celtes, puis saxons, puis normands devint « Halloween ».
C'est en tout cas ce qu'affirme Augustin Thierry dans un addendum inédit à son Histoire des temps mérovingiens, resté inédit jusqu'à ce jour. Le savant avait lu, de ses yeux lu, des feuillets arrachés à l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, mais ce manuscrit a malheureusement brûlé lors du bombardement de Caen.
En tout cas, mes chers neveux et nièces, il nous faut célébrer Halloween puisque c'est une fête catholique, française et royale...
15:15 Publié dans Vies imaginaires | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : halloween, anglicisme, humour
mardi, 24 octobre 2006
Slamification
Il y a quand même un vrai problème dans le terme slam. Pour Cali, ce n'est qu'une performance physique de chanteur et pas un genre de poésie :
Si on m'arrêtait pas, j'arriverais sur scène et je plongerais directement sur les gens ; le slam, on plonge, on est porté, moi j'appelle ça ma "slamification".
Je veux bien qu'il y ait un stage-diving qui se nomme en argot anglais slam depuis l'époque punk, mais quand même on ne devrait pas employer ce mot en français pour cette pitrerie. Je me demande d'ailleurs si cette ambiguïté n'est pas volontairement entretenue par certains musiciens ou certains critiques musicaux...
17:01 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : langue française, langue anglaise, anglicisme, musique
dimanche, 15 octobre 2006
Smust
Déjà trente six occurrences sur Internet en français. Mot très intéressant, car c'est un double mot-valise : smog (smoke et fog) et dust.
13:33 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme
C'est pas dans le dico
J'ai reçu un joli petit volume publicitaire de Mr. Intel, sur papier glacé, en couleur, le tout présenté comme un magazine avec ses articles et ses vedettes. Je m'arrête sur la page “C'est pas dans le dico”. Déjà, la formule a le don de m'irriter, il n'y a pas le dictionnaire, mais des dictionnaires pour des usages différents. Ensuite, en chapô on trouve une citation du pauvre Charles Muller (d'Orthonet en lien sur mon blogue) qui n'a pas mérité cette indignité : “Les technologies vont plus vite que les académies et nos conversations se peuplent de barbarismes aussi répandus que mal définis.” On trouve alors les termes 3G, Wi-Fi (pour lequel on nous propose sans fil alors que c'est ASFI pour la CGTN), ADSL, blog et bloguer (on nous propose la pseudo-francisation officielle en bloc-notes, mais pas du tout blogue ou carnet), podcasting (sans aucune des francisations québécoise ou hexagonale), VOD, double cœur. Ben... je me pose des questions parce que la moitié de ces mots figurent déjà dans des dictionnaires.
12:50 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, francophonie, internet, anglicisme
vendredi, 13 octobre 2006
Victimes mortelles
J'entends un journaliste parler de victimes mortelles. Comme je sais qu'il a été en poste à Londres, je subodore une influence du pays de la bière tiède et du thé incolore et inodore. Google me donne trois fois plus d'occurrences de mortal victims que de victimes mortelles.Mais c'est une proportion raisonnable vu le poids des langues respectives. En revanche, il y a vingt fois plus de victimes décédées que de victimes mortelles, mais autant de victimes mortes. Un accident mortel, une conduite mortelle, une opération mortelle, une maladie mortelle ont le même adjectif qui veut dire alors “qui entraîne la mort”. La victime n'entraîne pas la mort, elle la subit du fait de son accident ou de son affection qui la pose en victime. D'ailleurs, victime décédée s'oppose à victime blessée, victime handicapée où l'adjectif établit plus exactement le rapport avec le statut de victime.
18:46 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme, média, médias, journalisme, presse
mercredi, 11 octobre 2006
Scrapaudage
J'avais parlé de cet anglicisme d'une laideur infinie pour une activité assez peu esthétique, c'était un de mes premiers billets. L'OQLF lance un concours pour trouver un équivalent français du scrapbooking. Le terme ne va pas vraiment de soi car on se retrouve avec des locutions trop longues.
07:45 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : québec, anglicisme, langue française, scrapbooking
lundi, 02 octobre 2006
Sourcer outre
Sur une station du service public de la radiodiffusion de la République française, je me suis pris en plein dans les oreilles la publicité, pardon... la communication d'intérêt général, pour une manifestation destinée à vanter le travail au noir, par des clandestins, à des conditions dignes du tiers-monde, mais c'est plus fun, hype et trendy de parler d'outsourcing que d'externalisation. Novlangue, pas morte !
21:21 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme, francophonie, droit, droit du travail, politique, ump
ARYM
La Macédoine est entrée dans la francophonie sous le nom d'ARYM et non de FYROM. Tout est parfait ? Non, puisque ce nom a été imposé par la Grèce, elle aussi membre de plein droit. Les Macédoniens protestent. Mais quand on regarde, la version officielle française (ARYM) est plus souvent dans les journaux francophones la version anglaise (FYROM).
ARYM : 298 000 certes dans les pages francophones (dont 275 000 pour la France) ;
FYROM : 182 000. Mais ce ne sont pas les pages françaises qui l'emploient le plus (72 000 seulement).
Toutefois, je ne me souviens pas d'avoir lu souvent dans la presse l'acronyme ARYM, mais plus souvent FYROM. Jeme demande quel Français pourrait reconnaître le sigle. Je me dis qu'il doit y avoir un effet démultiplicateur des sites institutionnels (universités ou organismes politiques) qui ne se traduit pas du tout dans la presse telle qu'on peut la lire.
17:49 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : francophonie, langue française, balkans, anglicisme
mercredi, 06 septembre 2006
Poditeur
Dans Libération, Jean-Pierre Elkabbach évoque les poditeurs d'Europe 1. Le néologisme semble avoir déjà bien pris place sur la Toile. Dans Google, 242 poditeur, 789 poditeurs, mais 39 poditeuses, 35 poditrices. C'est un peu confus pour le féminin. Le poditeur semble aussi bien rattaché à la station du marchand d'armes. Signalons la variante podauditeur (895), podauditeurs (103) : le premier chiffre s'explique par le fait que c'est le nom d'un blogue. Je vois un inconvénient à poditeur : on peut penser à celui qui édite ou publie un podcast (éditeur donc) et non à celui qui écoute ou visionne un podcast (auditeur). Il n'empêche : la francisation hexagonale en diffusion pour baladeur ne permet pas de dérivés, or comme le support appelle de nouveaux noms il aurait été un peu plus malin d'y songer.
12:21 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blog, internet, web, néologisme, langue française, anglicisme
lundi, 04 septembre 2006
Le 400e absolu
Raffarin arrive au Québec pour parler du 400e de Québec et de la francophonie.
Je ne retiens pas cette phrase pour me moquer une nouvelle fois de ma tête de turc préférée, mais à propos de cette tournure elliptique qui me semble canadienne française. Je trouve en effet dans Google 600 occurrences du 400e sans aucun complément, tous sur des sites canadiens, que ce soit pour l'anniversaire de Champlain, de l'Acadie ou de Québec. Et cela me paraît un calque syntaxique de l'anglais qui permet cette construction absolue.
21:20 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, langue anglaise, anglicisme, québec
dimanche, 03 septembre 2006
Foire attitude
En ce moment, Champignac est occupé par sa foire agricole annuelle. Tous les Champignaciens se pressent pour voir les énormes moissonneuses-batteuses, les produits de terroir purement authentiques et fermiers, les chanteurs ringardissimes (Frank Alamo, Demis Roussos, Pascal Sevran, Lara Fabian, Natasha St-Pier...) Mais ce qui me retient, c'est le slogan de la plaquette de programmes : “Foire attitude”. Et la charabia attitude, est-ce que cela n'existe pas ? Depuis la rock'n'roll attitude du jeune militant UMP d'origine belge, la positive attitude de la meilleure amie de Raffarin et des écoles maternelles, la fraîche attitude du lobby maraîcher qui vend sa salade, le mot attitude est employé à toutes les sauces et avec la construction anglo-saxonne.
11:05 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglicisme, lexique, francophonie
samedi, 26 août 2006
Give me five
La BNP-Paribas a lancé une opération auprès des jeunes actifs en créant un groupe fictif de cinq personnages dessinés, un peu sur le modèle de Gorillaz. Ce n'est pas la seule banque à agir vers cette cible pour vendre des produits susceptibles de les toucher plus précisément, on peut citer aussi le CIC par exemple. Néanmoins la traduction (obligatoire en vertu de la loi Toubon) du nom “Give me five” en “Tape m'en cinq” ne me paraît pas de la plus grande clarté. Et puis ce nom rappelle un peu trop les Boyzbandes. Un autre fait qui me retient à ce sujet, c'est que l'on a affaire une fois de plus à du marquetinge viral : en effet, la BNP-Paribas a créé de faux blogues destinés à mettre en scène de prétendus blogueurs qui auraient profité de ses offres.
11:13 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : internet, blog, marketing, commerce, banque, anglicisme, langue anglaise
mardi, 22 août 2006
Pêle-mêle
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et des fraudes a rappelé que le terme caviar est réservé aux seuls œufs d'esturgeons salés. Il n'existe qu'une exception pour le caviar d'aubergine, à condition que la mixture corresponde à la recette suivante : pulpe d'aubergine, jus de citron, sel, ail, paprika, coriandre et huile. Tous les autres produits ne peuvent se nommer caviar de telle espèce. Il n'y a donc pas de caviar de maquereau ou de sardine ou de morue pour cette raison (mais pas seulement).
Dans la grande série des apostrophes pour calembours à la noix, j'ai découvert le Vill'Âge. D'habitude, ce sont des mots comme hall, hair, tif, net, man ou men (prononcer comme -ment) qui motivent ces jeux de mots vaseux. C'est une résidence pavillonnaire pour personnes âgées. Une autre : Voi'Thur Express, société de taxis établie dans la vallée de la Thur. Cela fait penser un peu à “Comme tu vois... ture à bras !” Un hypermarché affiche la publicité : “La rentrée tranqu'île”. Il est situé dans la zone de l'Île Napoléon. Quelques blogues utilisent le même calembour.
Dans l'Alsace du 19 août, le document qui atteste le changement de nom de l'arrière-arrière-grand-père de Laurent Fabius : “Par devant nous, Maire de la Commune de Sarrebourg, canton dudit Département de la Meuse, s'est présenté Joseph Lion âgé de trente-huit ans, commis marchand qui a déclaré prendre le nom de Fabius pour nom de famille, pour prénom celui de Joseph et signé avec nous, le vingt-six septembre dix-huit cent huit." Le nom ou prénom juif Lion ou Lyon correspond à l'hébreu Ari et est un substitut du nom de la tribu de Juda ou Yehouda par allusion au lion de Juda, il a surtout été utilisé par les Juifs de Lorraine. Mais cet acte de baptême comporte une grossière erreur, sans doute due à l'auteur de l'article.
Une enquête effectuée auprès de 1300 travailleurs britanniques a révélé que deux sur trois modifiaient leur accent dans leur vie professionnelle. Les accents de Londres et du Sud-Est sont vus comme les plus convenables dans la finance, la vente et les relations publiques. Les observations du professeur Higgins ne sont donc pas mortes.
Dans le Monde du 19 août, un point de vue de Christophe Courtin au sujet de la dynastie Gnassingbé, le titre : “Les Rapetout du Togo”. Hélas ! The Beagles Boys sont devenus les Frères Rapetou en français, exactement comme pour Géo Trouvetou. La terminaison sonnait bien française, exactement comme pour Pompidou, mais le radical du patronyme ne devait pas être trop clair à l'origine pour les enfants : rapter n'était pas encore un verbe familier formé sur rapt, on pensait surtout à raffle tout et parfois à rate tout.
Dans Libération du 19 août, un reportage sur les fondamentalistes hindous : “Les nouveaux convertis [au christianisme] sont en très grande majorité des intouchables et des tribaux, à savoir les castes qui dans l'hindouisme, font l'objet d'une discrimination institutionnalisée.” Ce n'est pas la première fois que je rencontre le substantif “tribaux” (généralement au pluriel) : je l'ai déjà lu pour des articles sur le Vietnam, la Birmanie, la Thaïlande, la Chine du Sud, toujours dans la même partie du monde. Je vois là une influence de l'anglais. Il s'agit en fait de populations aborigènes, c'est-à-dire qui se trouvaient présentes avant l'arrivée de la population dominante, elles ont conservé plus ou moins leur culture et leur langue qui sont devenues minoritaires et menacées, mais elles ne vivent pas de manière tribale même si le nombre d'individus diminue. Ce terme tribal est fort connoté, il renvoie aux idées d'espace sauvage, de petit groupe uni par un lien ethnique et selon une organisation primitive. Mais on n'ose pas dire primitif (cela ferait homme des cavernes ou bon sauvage découvert par les grands explorateurs), on n'ose pas dire aborigène puisque l'idée reçue est qu'il n'y a d'aborigènes qu'en Océanie, on ne veut pas écrire Natives puisque les Indiens ou les Tamouls sont devenus eux aussi des Natives et que cela sonne encore plus anglo-saxon, on n'ose pas dire population minoritaire ou première de peur de froisser, et on tombe dans une dénomination encore pire que les précédentes.
Thierry Leguay est quelqu'un de sérieux dans le rire et le langage. Mais je l'ai pris en flagrant délit de désinvolture quand il écrit : “Bordeau a donné bordel. C'était à l'origine une petite cabane située au bord de l'eau, où avaient lieu les rencontres vénales.” (Dans quel état j'erre, Mots & Cie). Que l'on ait fait ce calembour après l'apparition du mot bordel, c'est fort possible et même plus que vraisemblable : je crois avoir lu quelques réflexions peu amènes au sujet de la ville de Bordeaux*. Mais le mot vient du francique *borda, planche, que l'on retrouve dans l'anglais board. La première forme est bordel dont la terminaison peut se modifier lorsque le l se vocalise en w (cf. bel et beau). Les planches qui servaient à constuire la cabane l'ont désignée par métonymie. Quant aux cabanes au bord de l'eau, cette évocation du monde flottant comme on dit en Chine, cela vient tout droit de notre idée contemporaine des guinguettes ou bien du rappel des quartiers de prostitution dans des ports, comme Bordeaux.
* Le nom de Bordeaux est préceltique, emprunté à l'ancêtre du basque ; Burdigala n'a rien de gaulois ou de francique.
Étrange construction populaire que j'ai entendue plusieurs fois “laisser à traîner [des objets]”. Le verbe est transitif direct et la préposition ne peut se justifier que dans “laisser qqch à faire”. J'ai l'impression que “à traîner” est en fait motivé par des constructions comme à ranger, à laver, à détruire. Or dans ce cas la préposition indique une destination et donc un but, une intention. Il y a une double ellipse dans laquelle “traîner” prend le sens des verbes omis.
De quel auteur parlons-nous ? On écrit Borzage et puis... des Français disent Borzaje, Patrick Brion prononce maintenant Borzéïdje à l'anglo-saxonne alors que quelques années plus tôt il disait Borzaghi en respectant la forme italo-américaine très particulière du nom. Le nom italo-allemand d'origine est Borzaga (la famille vient des Alpes), il a été ensuite anglicisé en Borzage quand le réalisateur a émigré, d'où les hésitations entre prononciations anglaises (la diphtongue éi, l'affriquée dj, la finale i) et italienne (le g dur).
15:00 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, langue anglaise, anglicisme, orthographe, presse, journalisme, étymologie
vendredi, 11 août 2006
Les informations pipeau
Le Monde fait dans la francisation incomplète et imparfaite :
Ces photos ne traduisent pas une "peopolisation" des politiques mais plutôt un changement de style et de génération.
Pipolisation, je veux bien puisque le terme devient de plus en plus admis sous une forme francisée (Closer se présente d'ailleurs sur sa couverture comme le magazine des pipoles), mais je ne connais pas de peopol en anglais. Est-ce que c'est le l voyelle anglais qui dérangeait pour écrire peoplization, lequel n'aurait pas été compris ? Et on fait quoi de l'orthographe anglaise de la première syllabe ?
18:20 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : langue française, langue anglaise, anglicisme, presse, journalisme, traduction, néologisme


