samedi, 09 janvier 2010
Camus, de nouveau trahi
Je découvre ce billet de l'avocat général près la cour d'appel de Paris :
Albert Camus a eu tort : il ne s'est jamais trompé. Pour un monde qui n'aime rien tant que les repentis, les anciens communistes recyclés, les gauchistes d'hier reconvertis, les nostalgiques encore frémissants de violence révolutionnaire et les manichéens fiers de l'être, Camus pâtit d'une tare indélébile.
J'ai un peu de mal à comprendre... Il faut croire que Philippe Bilger n'a lu aucune biographie du grand homme. Ancien communiste recyclé ? Camus l'a été ! Il l'est. Il a appartenu au Parti communiste algérien de mai 1935 à août 1937 (soit un peu avant et après le Front populaire), date à laquelle il fut exclu pour cause de son trop grand soutien dans Alger républicain et Oran républicain aux idées nationalistes des indigènes (comme on les nommait encore). Il faut dire que le Parti communiste algérien ne comprenait presque pas d'Arabes ou de Kabyles et qu'il n'avait rien contre les conditions de la colonisation, sauf celles des petits Blancs. Il faut dire aussi que le militantisme communiste de Camus fut fort discret et qu'il s'inscrivit dans les deux choses qui lui tenaient alors à coeur : le théâtre populaire et les reportages sur le terrain pour montrer la misère d'un peuple qui n'avait pas la nationalité française alors que l'Algérie était censée être la France. Il n'eut qu'un doux sourire en apprenant cette exclusion. On l'accusait alors de ne rien comprendre à la lutte de classes... Pas des mêmes classes que ses procureurs qui ne voyaient nullement l'intérêt de monter des pièces espagnoles anciennes et obscures ou de parler du salaire des travailleurs indigènes.
Mais avant et après, Camus est resté très proche du mouvement anarchiste, au point de rendre visite au seul mouvement libertaire de Suède lors de la remise du Prix Nobel. Gauchiste, Camus l'était encore au moment de sa mort et ce serait une sorte de sage d'allure gaullienne que l'on voudrait nous vendre ! C'est une forme de retournement inattendu auquel on assiste, car si Camus condamnait le recours à la violence, à la peine de mort et aux luttes fratricides, cela voudrait donc dire qu'il n'aurait jamais été du côté de la révolte, mais bien de l'ordre établi. C'est pourtant bien un communiste libertaire que l'on tente d'incorporer tant bien que mal aux monuments de la Nation, tout simplement par l'effacement de tout ce qu'il aurait pu écrire qui ne serait pas dans l'ordre. Une figure lisse qui ne présente plus de questions. Un homme de droite, comme l'en accusaient ses détracteurs staliniens auxquels on donnera raison. Qu'elle est merveilleuse cette image de grand homme qu'il n'a jamais adoptée. Après le silence, la trahison.
Je suggère au divin président de faire entrer aussi dans le temple de la République bien d'autres auteurs anarchisants ou anarchistes. La panthéonisation d'Alfred Jarry ou d'Alphonse Allais, par exemple, me plairait fort. Et cela aurait autant de sens.
18:59 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, politique, anarchie, communisme
dimanche, 14 décembre 2008
Le Raffarin de gauche : Noël Mamère
Via l'escalier qui bibliothèque (mince quel titre !), je vous rapporte cette citation de l'ancien présentateur de journaux télévisés recyclé en politique (non, ce n'est pas Dominique Baudis ou Jean-Marie Cavada) :
Les émeutiers grecs ne sont pas des anarchistes mais des gens formés à l'université.
Ben zut ! Si on est formé à l'université, on n'aurait plus le droit de rester anarchisse.
Si on n'a pas été à l'université, on est automatiquement suspect d'être anarchisse.
Si on a été à l'université et qu'on se déclare quand même anarchisse, on serait pervers ou terrorisse ?
J'apprécie particulièrement cette opinion du grand lider Verts moustachu, mais enfin... les anarchistes ont en règle générale un minimum de lectures et s'ils n'ont pas toujours des diplômes ils sont pour la plupart plus cultivés que le lecteur du Monde moyen et encore plus que du spectateur de Tihefouane. Et puis on peut avoir été à l'université et rester anarchisse parce que l'anarchie est une opinion et puis un ensemble de réflexions.
S'il faut trouver un Raffarin à gauche, en tout cas c'est bien parti avec ce genre de réflexion à deux balles.
P.-S. :
Et si l'on créait un prix du Raffarin de gauche avec des phrases aussi idiotes comme exemples ?
15:21 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, verts, écologie, anarchie, humour
mercredi, 10 décembre 2008
Ma vie sans moi (3)
Ô souvenir sautant de glaçons en glaçons,
Tels des corbeaux criards sur les champs de l'hiver !
Au creux d'une ombre sans visage
Dont il n'est resté témoignage
Dans le regard d'aucun enfant,
Au creux d'une onde sans rivage
Issue d'un geste sans espoir
D'un passant sombre et chancelant,
Sec et mat tombe notre soir,
Ce soir que nous composâmes
D'un accord de faux paysages
Sur les bords de nos âmes.
Armand Robin
19:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
dimanche, 07 décembre 2008
Ma vie sans moi (2)
Le temps m'a rajeuni jusque dans mon enfance,
Je ne sais plus combien j'ai souffert, ni pourquoi,
Mais je sais aujourd'hui que je suis transparence
Et qu'à force d'oubli je reviens près de moi,
Combien je vais bénir l'objet de ma souffrance.
J'ai retrouvé l'étang et les bois taciturnes
Où toute ma jeunesse et ma franchise ont chu ;
Je craignais d'y heurter un moi-même inconnu,
Mais, où l'aube pensait redevenir commune,
Grâce à l'amour humain rien ne s'était perdu.
Lorsque je fus bien loin dans mon isolement,
N'ayant d'autre pays que le bruit du feuillage,
Au plus haut de tout mal je tremblais un instant
Et, passager fragile en mon sang de sauvage,
Un chant d'âpre douceur me brisa lentement :
"Mes coteaux, mes sentiers, nul ne peut m'écouter,
Chaque être que j'aimais a choisi son mensonge
Et je n'ai d'autre dieu que les plus beaux objets,
Vous seuls fêtez les pas qu'allongent ceux qui songent
Et répondez encor quand nos pas font pitié".
Armand Robin
16:11 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
samedi, 06 décembre 2008
Ma vie sans moi (1)
Cessez d'accepter un
monde où les riches et
les puissants aient droit
de disposer de l'art !
LETTRE A MON PERE
Mon père, je vois bien que je me suis trompé
En voulant devenir un poète, un lettré ;
Je n'ai réussi qu'à me fatiguer
Et qu'à tournicoter, tout brouillé.
Je suis allé plus loin qu'à nous il n'est permis ;
On m'accable de haine et de raillerie ;
Où je suis né j'aurais dû rester,
Tous ont eu raison de me châtier.
.......................................................................
Aujourd'hui si tu revenais tu me retrouverais
Comme cette faux que tu as laissée
Hier soir dans des herbes obscures et se souvient très frais
D'avoir sous tes doigts travaillé.
Armand Robin
16:04 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
samedi, 22 novembre 2008
L'anarchisme à la mode de chez nous
Le problème lorsque l'on interviouve un anar pur de pur, c'est que cela donne ça :
« Bien sûr que nous les [les personnes incarcérées ou mises en garde à vue à la suite des dysfonctionnement de la SNCF] connaissions, mais ils ont toujours voulu être à l'écart du mouvement anarchiste. Ils ont des principes qu'ils disent tenir du marxisme-léninisme. Soit l'opposé du principe de la Fédération anarchiste dont nous sommes membres. Pour moi, cela ressemblait plus des à des jeunes issus de la bourgeoisie et mal dégrossis. »
Le problème, c'est que les autonomes ne sont justement pas léninistes ! Ils refusent tous la dictature du prolétariat et n'ont rien à voir avec les trotskystes ou maoïstes. Le problème aussi, c'est que beaucoup ne sont pas marxistes et ne parlent pas de lutte de classes. Bien entendu, cela n'a rien à voir avec le mouvement anarchiste tel qu'il est organisé, mais il faut voir que la construction anarcho-autonome fait peur. Et si en plus on y ajoute nihiliste sur fond de retour spectaculaire de la FAR, des BR et AD sur les écrans ou dans l'actualité pour le solde du passif, cela peut faire des dégâts. Parce que l'on se souvient de Ravachol ou de la Bande à Bonnot, et c'est de ça qu'on se rappelle. Je connaissais l'animosité des anars contre les totos, mais dans ce cas-là il aurait fallu contextualiser, parce que le propos d'un anarchiste sur les autonomistes n'est pas plus clair que celui d'un militant du MPF contre les partisans de Dupont-Aignan. Et rien ne prouve qu'il ait rencontré les personnes en question, mais on fait comme s'il était un spécialiste de la question de tous les mouvements plus ou moins marginaux. L'anarchiste bon pour les médias, cela existe aussi. Il a une belle gueule, fait bien anar, et puis on va le croire même s'il dit des idioties ou parle de ce qu'il ignore...
18:20 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, anarchie, anarchisme
vendredi, 21 novembre 2008
Des constructions grammaticales et puis des abus du pouvoir
L'affaire de la Cellule invisible continue de me révolter, de m'indigner, de me bouleverser, autant que de m'interroger sur les méthodes fort policières d'un certain journalisme au service des pouvoirs en place et de la chiennerie judiciaire. Je lis ceci dans le Fig Mag (d'accord, le Fig Mag est orienté à la droite de la droite, mais il traduit aussi l'inconscient de la droite qui ne veut pas s'avouer comme extrémiste).
Ainsi, par exemple, fait-il prospérer ses petites affaires. « J. C. », selon l'intitulé de sa déclaration au registre du commerce, est le gérant d'une SARL de « location de terrains et autres biens immobiliers », domiciliée chez ses parents, médecins à la retraite dans les Hauts-de-Seine. Une activité qui lui a rapporté plus de 60 000 euros en 2007. De quoi faire tourner, par ailleurs, même à perte, sa ferme-épicerie de Tarnac.
Le seul problème dans cette histoire, c'est que la ferme du Goutailloux et puis l'épicerie-restaurant-café sont deux lieux différents (dans un des dix villages les plus étendus de France, avec cinquante hameaux pour trois cents habitants) et que Julien Coupat n'était pas le propriétaire ou le gérant de la deuxième structure. Ce genre de déclarations me reste très en travers de la gorge, même si je ne partage pas vraiment les idées des autonomes ou des anarchistes (quelques points de réflexion, de culture ou de détestation sans plus).
Mais on notera la forme de la dernière phrase : sa ferme-épicerie. La ferme-épicerie n'existe déjà pas. On sait qu'il y a une ferme, une épicerie. Déjà, on parlait de vie en communauté pour des personnes qui vivaient au dessus de la mairie dans deux appartements distincts. Tout simplement parce qu'elles habitaient la même commune. Cela commence à faire un peu beaucoup, on suggère quelque chose qui existe dans les représentations et les stéréotypes au sujet des communautés, afin de mieux faire avaler l'idiotie d'un groupe autonomo-anarchiste d'ultra-gauche. Et voici l'épicerie en question qui devient la propriété de Julien Coupat que l'on présente par ailleurs comme un fils de bonne famille faisant par ailleurs oeuvre d'entrepreneur et de propriétaire, alors que les locaux de l'épicerie sont concédés par la mairie et qu'il n'est pas l'animateur ou le gérant de cette épicerie ! Mais comme il fallait le présenter en mec pêté de thunes qui subventionne l'insurrection, il fallait que cette épicerie soit la sienne et pas celle d'autres personnes. Les autres personnes du groupe passent à la trappe, puisque l'on veut vendre une image d'une sorte de gourou qui serait en quelque sorte très friqué et très attentif à ses intérêts matériels. Une sorte de Ben Laden made in Corrèze, Neuilly et Arcachon.
Sauf que l'amalgame ne fonctionne pas. Il y a présupposition de terrorisme. Pas de preuves matérielles (le matériel d'escalade est ridicule pour s'attaquer à des caténaires) et cela n'interpelle presque personne, alors que des moyens électroniques ont été employés dans la pseudo enquête. Il y a présupposition d'un groupe organisé. Mais cela ne fonctionne que si l'on utilise le possessif et la confusion des lieux dans "sa ferme-épicerie", laquelle n'existe pas comme telle mais qui peut devenir une évidence pour les gens qui lisent confusément de mauvais journaux à la solde du ministère de l'Intérieur.
Lequel avait commencé d'abord à chercher d'abord les coupables, puis le crime ! Belle logique... Mais on peut mieux vendre une fausse histoire en peignant un jeune fils de bonne famille aisée plutôt que celle de cette fameuse communauté ou de cette cellule invisible dont on ne démontre nullement l'existence. Il s'agit de fabriquer une sorte d'icône sur laquelle chacun pourra cracher ou bien devant laquelle pourra s'agenouiller et réciter des mantras. On agit comme dans la téléréalité en prétendant révéler le véritable visage d'une seule personne afin de masquer la vérité des conditions de l'enquête plus que suspecte du fait de crimes commis des mois après sur les mêmes lieux où JC aurait été présent et de l'instruction uniquement à charge. Loft Story, Al Qaida, même combat. On est totalement dans le storytelling le plus idiot par ce simple possessif sa. Il faut vendre une image et puis surtout une idéologie. Sécuritaire, bien sûr. Les pauvres y adhéreront bien sûr parce qu'il serait anormal de défendre un bourge, un fils de riche, un type qui utilise son fric pour détruire la société (comme si ce n'était pas le rôle des patrons du Cac40 ou de l'immense président, situationnistes sans le savoir).
Ce petit possessif en dit long sur une crapulerie des journalistes au service de l'idéologie en place.
Deux ou trois amalgames en deux lettres, comment rêver mieux ?
20:35 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, ultra-gauche, anarchie, presse, média, médias


