mardi, 04 novembre 2008
Au cheval blanc
Cheminant - ou plutôt voiturant - parmi les collines fraîches et ondulées, vertes et orangées du Sundgau (la plus belle des régions quand elle est au plus beau de de sa belle saison, l'automne), je me suis soudain posé la question : "Mais ! cette auberge du Cheval blanc, est-ce qu'elle se trouve dans le prochain village ou dans le précédent ?" Il faut dire que c'était (seulement) la cinquième fois que je la lisais et qu'à chaque fois l'affiche pour le Cheval blanc me donnait l'adresse du village suivant. Bon... il y avait beaucoup d'hostelleries, d'auberges, de tavernes, de restaurants, voire de pizzerias, de kebabs, de tex-mex, de fish'n'chips à l'enseigne du Cheval blanc. Mais pourquoi le cheval serait-il obligatoirement blanc dans les enseignes de gargottes pour touristes en quète d'exotisme infra-régional ? Surtout dans les bouges alsaciens ! Qui plus est dans le Sindgau, qui est moins qu'une région. Parce que trouver cinq restaurants exhibant la même raison sociale à quelques kilomètres de distance sur la même route départementale, cela ne se trouve pas partout.
Je veux bien que la balle soit d'or, que le lion soit d'or, que le clou soit d'or (à défaut d'argent), que l'étoile soit d'or. Mais pourquoi, kopftomi !, le cheval de l'enseigne d'un restaurant alsacien pittoresque et touristique (vous savez ceux sur dans lesquels on est assis tellement à l"étroit qu'on est bien obligé de rigoler avec ses voisins et de taper sur leur grosse chope de bière, et où on est si mal assis sur un banc que l'on aurait du mal à demander à se rendre aux toilettes) sur deux doit être blanc et pas d'argent. Je n'ai jamais rencontré un établissement alsacien qui ait un cheval d'une autre couleur comme enseigne, on peut chercher avec les noms de couleurs associées au cheval : il n'y en a pas. Le cheval est toujours blanc. Et pourtant la couleur blanche se réfère à son pendant héraldique : l'argent. Il faut admettre qu'en alsacien on s'est perdu un peu entre les Silber Pferd et les Weiss Pferd. Parce que l'enseigne renvoyait à la fois à la valeur blanche et puis aussi à l'idée que l'on en avait pour l'argent dans les panneaux, emblêmes, blasons (comme dans toutes les enseignes mentionnant le mot or ou Gold), lequel argent veut dire aussi blanc quand on traduit le français héraldique en français héraldique. Admettons que lorsque l'on a dû traduire les noms d'établissement au cours des multiples changements de nationalité, les Alsaciens du cru ont choisi d'aller au plus simple : "Eh yo ! Pourquoi te casser la tête ! Les Français nobles te disaient que ton cheval était d'argent, les autres Français de l'intérieur te disaient qu'il était blanc, et puis les Prussiens disent qu'il est weiss, mais leurs officiers disent qu'il est Silber alors pourquoi te tracasser pour quelque chose qui te dépasse, que tu ne pourras jamais comprendre et où on ne te demandera jamais ton mot ! Parce que c'est le client qui a raison après tout et qu'on ne fait pas venir les clients en se battant pour un nom d'enseigne."
Le cheval blanc est donc positif en Alsace, il n'est pas directement relié à l'idée de pureté, de virginité, mais à une conception plus commerciale et liée au prestige, mais ensuite revenue au langage ordinaire. Il n'empêche que je suis stupéfait par le nombre de chevaux blancs en Alsace.
19:34 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : langue française, humour, alsace, allemand
jeudi, 26 juin 2008
Elsass, mein Liebchen
Un élu bas-rhinois a annoncé qu’il ne s’exprimerait désormais qu’en alsacien, «pour bien montrer que cela ne met pas en danger la cohésion nationale», en signe de protestation contre le vote des sénateurs opposés à la reconnaissance constitutionnelle des langues régionales.
Seulement, la moitié au moins de ses collègues qui ne comprennent pas le dialecte (mais un peu l'allemand) et une autre moitié de la seconde moitié qui ne comprennent pas le dialecte d'une autre vallée que la leur demanderont parfois une traduction dans le dialecte de leur vallée à eux ou en bon allemand. Si cela ne met pas en cause l'identité nationale, cela peut mettre en péril l'identité régionale (mais qu'est-ce qu'il dit ?)
18:24 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alsace, alsacien, langues régionales, langue française, allemand
mardi, 11 décembre 2007
La recette de la quiche lorraine
C'est un lorrain un peu particulier, pas forcément celui que je connais et il m'a l'air parfois un tout petit peu trop alsaco-mosellan comme dans l'exemple ça gets ? ou picardo-champenois comme dans l'exemple de la chouille, ou argotico-gitan comme dans l'exemple se péter la tchave. Tout n'est pas du parler régional propre à une région et issu d'une région, mais peut parfaitement venir d'ailleurs : dans un cas, les têtes de Holtz de l'Est, dans un autre les cultivateurs de betteraves de l'Ouest, enfin les voyous parisiens qui reprennent des expressions roms ! Et je ne parle même pas de chouffe qui vient tout simplement de... l'arabe de banlieue ! Oui, des zivas du Neuf-Trois qui te font des breakdances sur fond de rap hardcore en pyjama blanc et à capuche... Ce n'est pas du folklore lorrain, tout ça, et il ne faut pas voir du patois dès lors qu'un mot est populaire dans des bars branchés et jeunes d'une préfecture de province.
21:42 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, alsace, alsacien, lorrain, lorraine
dimanche, 09 décembre 2007
De la manipulation du bilinguisme
Au sujet de l'abrogation du remboursement des professions de foi électorales en langue allemande :
Jusqu’à présent, les deux départements d’Alsace et les 19 cantons de Moselle bénéficiaient d’instructions qui prévoyaient la possibilité de produire des professions de foi bilingue français-allemand.
La Moselle ne comporte pas 19 cantons, mais 51. En fait, seulement une partie du département est ou était de langue francique ou alémanique. Les 19 cantons visés sont ceux qui se trouvent derrière la ligne de démarcation entre lorrain romand et lorrain germanique, les Fritz ayant raflé en 1871 aussi des terres romanes comme Metz pour consolider leur ligne de défense ! Que dire sur le fond ? Sinon que je trouve cette décision lamentable, même si je sais que les journaux régionaux qui titraient à plus de 50 % en allemand dans ma jeunesse doivent péniblement faire du 10 % aujourd'hui, et encore seulement pour les personnes âgées et à la campagne. Il faut dire qu'il ne doit plus rester grand-monde qui ne comprend pas un mot de français, comme je le voyais autrefois, mais cela n'empêche pas la presse allemande de se vendre très bien encore en Alsace. La question est d'abord symbolique, comme en témoignent les panneaux d'entrées de ville ou de noms de rues. Il faut d'abord manifester son appartenance locale. D'ailleurs, les candidats d'extrême droite prennent eux aussi un grand soin à se référer à cette identité, on ne trouvera strictement personne du MNR aux écologistes pour s'insurger contre une Alsace à la Hansi, il faut être un peu anarchiste ou communiste pour l'oser et c'est très très mal vu dans ces contrées. Mais cela peut conduire à des absurdités puisque certains villages et cantons romans comme dans la vallée de la Bruche ont été intégrés à l'Alsace, toujours au nom de la défense de la ligne des crêtes du Reich et que l'on y diffuse encore des professions de foi aux législatives ou aux présidentielles en allemand. Vous aviez trouvé que la Belgique était compliquée ? vous ne connaissiez pas l'Alsace-Moselle et les charmes de son droit local !
21:34 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française, allemand, alsace, alsacien, politique
mercredi, 05 décembre 2007
La foire à Saint-Nicolas
Drôle de légende photographique dans le Monde : Nancy organise chaque année une fête traditionnelle avec des "manele" (photo ci-contre) et du chocolat chaud.
La raison ? L'article parle dans son début d'un défilé pour la Saint-Nicolas qui s'est tenue samedi et dimanche à Nancy, soit avec plusieurs jours d'avance sur le calendrier afin que tout le monde puisse y participer (sauf les employés travaillant en fin de semaine). C'est pourquoi le journal de référence du soir rappelle l'événement festif qui s'est déjà déroulé six jours avant le moment officiel... Voilà déjà pour la date traditionnelle... En outre, le défilé organisé par la municipalité est de création fort récente et son but est fort simple : contrer l'offensive du marché de Noël de Strasbourg (ou de ses ersatz qui se répandent un peu partout en France), puisque celui-ci a gagné la première place du tourisme de courte durée à cette période de l'année. Le bilan cette année est catastrophique : un quart de participants sur ceux qui étaient présents les années précédentes. L'animationnite et la festivaliose ne réussissent pas toujours...
Le 6 décembre, c'est la Saint-Nicolas, fête de l'ancêtre du Père Noël et patron des Lorrains. Nancy organise, chaque année, une fête traditionnelle en son honneur. Depuis le XIIe siècle, Nicolas est le saint de l'Europe du Nord.
Puis le rédacteur évoque ensuite la gastronomie alsacienne où les manalas (ou manale) tiennent une grande place durant la période de l'Avent comme les schnackele, les bredele et les Saint-Nicolas en pain d'épices.
En Alsace, il apporte ce jour-là les "manele" (petits bonshommes en pâte briochée) et le chocolat chaud aux enfants sages qui reprennent en choeur : "Ils étaient trois petits enfants/Qui s'en allaient glaner aux champs", chanson immortalisée par Gérard de Nerval dans La Sylphide (1852).
Mais justement ! les manalas ne sont pas lorrains et ne sont en aucun cas liés aux traditions de cette région chère à mon coeur. Il y avait juste la superposition de plusieurs opérations commerciales diverses à citer, puisque le rédacteur évoque par la suite le palmarès du foudingue, ou foutage de tronche. On commence par évoquer la tradition, avec des festivités qui ne doivent strictement rien à la tradition, puis on célèbre le prétendu renouvellement, le tout en mélangeant tout et n'importe quoi par association d'idées.
17:15 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, lorraine, alsace
mardi, 23 janvier 2007
Rétropédalage dans la semoule et la choucroute réunies
Bosselhausen, dans le Bas-Rhin, a été créée par arrêté du préfet de la région Alsace et préfet du Bas-Rhin, Jean-Paul Faugère, publié au Journal officiel du mardi 23 janvier. La décision, datée du 29 décembre 2006, prend effet rétroactivement au 1er janvier.
Glups.. Je lis cela dans un journal du soir et de référence. Une défusion est le rétablissement de deux communes ou plus et ces deux-là étaient unies depuis 1974 seulement, ce qui fait qu'on ne crée aucune nouvelle commune. Ensuite, des décisions rétroactives qui s'appliquent après la date de la signature c'est un peu bizarre (et si c'était vraiment rétroactif ce serait anticonstitutionnel).
18:18 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, alsace


