vendredi, 06 novembre 2009
Le P'tit McDo à l'assaut du monde
Je suis depuis plus d'un an étonné par les campagnes publicitaires de McDonald's, je me disais que je devais écrire sur le sujet et puis j'ai reporté sans arrêt le billet. La firme considérée comme la principale responsable dans la malbouffe a entrepris de se recentrer et elle développe un argumentaire assez efficace pour prouver qu'elle achète des produits locaux, qu'elle vend de la verdure et des légumes, qu'elle baisse les graisses et les sucres et qu'elle entend fournir des menus équilibrés ou participer à l'éducation alimentaire. Tout cela est de bonne guerre et McDonald's qui jouait avant sur d'autres créneaux comme l'hygiène, la simplicité du service, la transparence des prix ou l'expression d'un mode de vie décontracté s'est reconverti dans une nouvelle rhétorique publicitaire, qui sans être vraiment bio ou écolo, joue sur les tendances présentes dans l'opinion publique.
Super Size Me avait dénoncé les méfaits d'une alimentation fondée seulement sur les produits McDonald's. Tout ce qui était Big et mis en avant est désormais proscrit dans les publicités de la marque ou juste noyé parmi d'autres publicités qui illustrent la nouvelle ligne. On a donc des P'tit Moutarde (sauce moutarde à l'ancienne, s'il vous plaît), P'tit Wrap, P'tit Tandoo (poulet tandoori), P'tit Chicken, P'tits plaisirs et j'en passe. Ce qui m'intéresse alors n'est pas simplement le fait de passer au small is beautiful. Il y a plusieurs effets simultanés dans l'emploi du mot P'tit.
D'abord, McDonald's est vue en France comme une entreprise étrangère et surtout étatsunienne, or il existe en France une très grande défiance et dans le même temps une fascination pour les EU. Les deux sentiments peuvent coexister chez les mêmes personnes. Les pires anti-étatsuniens pouvant être les plus américanisés de manière inconsciente. La marque a donc développé un terme plus français pour la France, alors qu'un Lil' l'aurait enfermée dans son identité étrangère. Cela va avec son opération de communication sur l'achat de produits locaux, elle flatte le sentiment national du pays où elle se localise.
Puis, cela n'empêche pas McDonald's de mettre en avant son multiculturalisme en faisant suivre le mot P'tit de noms de plats étrangers abrégés à sa sauce. Il y a un signe pour ceux qui veulent de la francitude et un autre pour ceux qui veulent de l'exotisme et de l'étatsunien. On joue sur les deux tableaux à la fois.
Ensuite, le terme P'tit est de plus en plus utilisé dans la publicité, les noms de marques et les raisons sociales. McDonald's ne roule pas seul, c'est une tendance de fond générale. Pourquoi ? Il existe une connotation affectueuse à tout ce qui est petit. En français, cela peut vouloir dire sympathique, familier, gentil, agréable, sans manières affectées, bon marché, etc. Le titre de ce blogue joue justement sur cette valeur. Le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé n'aurait jamais connu un tel succès s'il n'avait pas été justement petit. Mais on peut renforcer ce sens en l'abrégeant de manière populaire par la syncope et l'apostrophe, ce qui nous rapproche du langage enfantin Dire P'tit, c'est placer l'emphase sur un sentiment d'innocence propre à l'enfance. La consommation impulsive doit être déculpabilisée et ramenée à un niveau plus acceptable pour le public cible (les prospects des marquetingueux).
Enfin, le terme petit était totalement banni par les gens du marquetingue il y a à peine cinq ans. Parce que cela voulait dire vouloir faire un petit prix pour un produit et donc offrir des possibilités de marchandage. Il ne fallait pas parler d'un petit café quand on était commercial, cela tenait lieu de dogme. L'époque a changé depuis la crise économique, la prise de conscience vaguement écologiste, les révoltes d'agriculteurs, les nouvelles réglementations au sujet de la restauration. McDonald's, qui est une entreprise mondiale, sait s'adapter à des marchés locaux en parlant le langage des autres entreprises du même lieu et elle est l'un des meilleurs révélateurs de ce qui est la pensée dominante.
20:41 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, marques, écologie, alimentation, langue française
jeudi, 22 octobre 2009
Un ratage
Voici un extrait d'un petit texte que j'avais donné comme lecture à des élèves de cinquième. Il est tiré des Enfances Renart, ou les aventures de jeunesse du fameux goupil. Ces textes sont postérieurs dans l'écriture aux premiers exploits racontés sous forme manuscrite, mais on les insère dans une sorte de pseudo-chronologie narrative et non historique, c'est la branche V mais cela se présente au début du roman pour les versions scolaires. Il faut dire que j'aime bien le Roman de Renart et que je m'en sers à beaucoup de niveaux, par exemple si je dois traiter la fable dans le but de l'argumentation ou en classe de troisième ou de première, cela peut faire un bon contrepoint à La Fontaine ou Orwell. Là, il s'agissait donc d'élèves de cinquième qui étudient le Moyen Âge et la Renaissance en histoire, mais je n'avais pas tout prévu. A la question, pourquoi Renart est-il mal reçu chee Ysengrin, j'ai eu des réponses peu en rapport avec ce qui était énoncé dans ce passage.
— Levez vous, dame Hersent,
faites lui un petit rôti
avec deux rognons et une rate.
J'ai entendu alors que c'était dégueulasse de faire bouffer du rat. La femelle du rat se nomme en effet rate ou ratte (sur le modèle de chat-chatte) selon les auteurs et le mot est récent si l'on prend une large échelle de temps (1848). On retrouvait là tous les préjugés ancestraux autour du rat, animal considéré comme nuisible et surtout porteur de maladies. La peste et le choléra, vous dis-je ! Un élève m'a assuré que les patates, ce n'était pas bon, et qu'il n'aimait pas les pommes vapeur. Un bon point, il connaissait autre chose que les frites surgelées. Un petit tour dans le dictionnaire a permis de voir que la ratte, pomme de terre, ne s'écrivait pas comme la rate, organe interne des mammifères. J'ai ajouté que l'Amérique n'avait pas été découverte lorsque le Roman de Renart avait été écrit. Il ne pouvait donc pas y avoir de pommes de terre en Europe, pas plus que de tomates, de haricots, de maïs. Mais la Renaissance et les grandes découvertes n'avaient pas encore été traitées en histoire à cette période de l'année, et puis l'histoire de la circulation des produits ne fait pas partie de l'enseignement le plus fondamental dans les programmes.
Mes élèves ignoraient donc qu'il y avait un organe nommé rate, faisant partie des bas morceaux en boucherie. Cela peut être encore recherché par les amateurs de tripes et d'abats, mais la génération du steak hâché, des boulettes de viande reconstituée et de la viande panée est désormais omniprésente. Il y avait donc un décalage culturel complet et pas simplement une méconnaissance du fonctionnement du corps ou bien des aliments en boucherie. Il faut dire que trouver de la rate ou des rognons en vente comme tels relève aujourd'hui de l'exploit alors que c'était bien des aliments populaires autrefois au même titre que la cervelle de veau, quand j'étais encore en culottes courtes. Il y avait un autre niveau d'incompréhension, lié à la culture médiévale que mes élèves ne pouvaient pas connaître : le jambon était la partie noble de la viande pour cette époque, parce qu'il était apprêté sur une longue période à la différence des ces bas morceaux que l'on pouvait laisser aux chiens. On a une différence entre nature et culture, le cru et le cuit, la viande des pauvres et celle des nobles. Je ne pouvais pas faire part de ces réflexions ethnologiques à ces élèves, tout au plus mentionner que la viande qui avait de la valeur à ce moment-lè était celle de certains morceaux externes. Et puis ils n'avaient pas entendu ce célèbre titre d'Ouvrard qui a fait la joie de mes jeunes années, puisqu'ils préfèrent les tubes des années soixante ou soixante-dix de leurs parents.
13:11 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, langue française, orthographe, alimentation, biologie, histoire
dimanche, 31 mai 2009
Hybride consumériste : la pizza conçue comme un sandwich
Les déclinaisons du sandwich sont innombrables selon les origines : hamburger, hot-dog, panini, nem, kebab. Le sandwich est un produit universel qui peut être réinventé par tout un chacun à partir d'une idée de base extrêmement simple. Il existe un autre produit universel qui n'a plus rien à voir avec sa forme d'origine : la pizza. Et voilà que je découvre le résultat monstrueux de leur accouplement : le Piz'Wich ou pizza sous forme de sandwich.
Le monde de la restauration rapide est plein d'inventivité ? Pourquoi ? Parce que l'on ne peut pas vendre aux gens quelque chose qu'ils peuvent fabriquer eux-mêmes à moindre coût et selon leur goût sans leur proposer un mode de vie en plus du produit. Cela explique les croisements de formules, les injections de nouveaux aliments toujours plus exotiques, les noms forgés sur la base de présupposés et de préjugés.
Examinons à présent l'argumentaire des marqueticiens de la marquetique (ou les gars de la profession). C'est édifiant de nullité.
Piz'Wich offre les nombreux avantages d'un sandwich (pas d'assiette, pas de couverts). On peut déjà manger une pizza avec ses doigts si l'on est en bonne compagnie ou seul, mais il faut qu'elle soit petite, ce qui est le cas ici (175 grammes, soit le poids d'une mini-pîzza).
Piz'Wich est un vrai produit "Service". Quel produit ne serait pas l'objet d'un service ? Faut-il donc que l'on ait tant en tête l'idée d'un objet alimentaire conçu comme un gadget pour que l'on se croit obligé de dire que non, pas du tout.
Piz'Wich est un produit sans risque. Du début de l'opération (ouverture du sachet) à la livraison au client (remise de l'étui), Piz'Wich n'est jamais au contact des mains...Derrière, on a une idéologie hyper-hygiéniste destinée à évacuer le fait que c'est un objet industriel dont les composants ne sont pas très clairs et pas très sains (quand je lis le descriptif des ingrédients, c'est à hurler) .
Et le meilleur est pour la fin :
Pas de déchets : 1 produit acheté = 1 produit vendu. Ce produit est vendu ici de manière commerçante pour les commerçants qui pourront délivrer des balivernes, il y a au moins un déchet. Le fameux étui ou sachet protecteur qui est justement au coeur de la campagne marquetingue. Mais on peut dire tout et son contraire dans les mêmes pages.
Maintenant, imaginons les nouveaux produits service innovants : la tortilla sandwich, la flammekueche sandwich, la quiche lorraine sandwich, la tourte au maroilles sandwich et autant de produits gastronomiques locaux et si pittoresques qui ne demandent qu'à être réinventés afin d'être funs, djeuns et urbains actifs..
12:38 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : consommation, alimentation, publicité, marketing, pub
mardi, 14 avril 2009
Pour une publicité variée et équilibrée
Coca-Cola contre-attaque ! L'Empire est de retour ! La célèbre firme de détergents a été heureusement bannie des établissements scolaires, un programme d'information de propagande a été conçu avec des recommandations slogans élaborés par des communicants fort malins avec des textes totalement idiots et débilitants comme "consommez au moins cinq fruits et légumes par jour". Voici donc le nouveau produit de la célèbre entreprise de déboucheurs de toilettes : Minute Maid.
Comme on peut le constater sur ces photos ici et là, la mention obligatoire d'un des cinq slogans pour une bonne hygiène de vie et une bonne alimentation a été détourné et est devenu le slogan même de la marque sous la forme "1/5e des fruits et légumes recommandés par jour". Et nulle part ailleurs de mention du slogan officiel, sauf la signature générique de la campagne "Il est important d'avoir une alimentation variée et équilibrée et d'avoir un mode de vie sain" (amen !) Le tout écrit bien entendu dans le sens de la hauteur en petits caractères illisibles pour le passant pressé. Cette tactique publicitaire en rappelle d'autres : il s'agit exactement du même procédé que celui utilisé par des firmes qui adoptent des slogans en anglais et qui rendent quasiment invisibles les traductions en français ou qui en donnent une traduction fantaisiste quand elles ne se moquent pas de la loi Toubon.
Ce qui est particulièrement comique dans l'affaire, c'est que ce nouveau produit dit énergisant (donc tentant de réagir aux campagnes des boissons de type Red Bull et autres cochonneries) est particulièrement sucré même s'il n'a pas de sucres ajoutés et que le rappel obligatoire aurait dû être "évitez de manger trop sucré ou trop salé". Mais en intégrant la communication le catéchisme du ministère de la Santé directement dans son propre slogan, en récupérant la campagne gouvernementale, CoCa-Cola se refait une santé : un produit présenté comme sain (le beurre), remplaçant les boissons énergétiques en vogue chez les ados (l'argent du beurre) et n'ayant pas besoin de mentionner la formule gouvernementale puisque le produit serait conforme aux recommandations (les fesses de la crémière).
Dans un domaine voisin et ami, la stratégie marquetingue de McDonald's est similaire avec le développement des menus "P'tit" pour désigner des produits différents des hamburgers ou milke-shakes et un peu plus verts ou apparemment plus traditionnels comme des salades, il faut à tout prix se faire pardonner les accusations de malbouffe et devenir éthiquement irréprochable. Mais cela ne va pas jusqu'à détourner les injonctions légales en les prenant comme si l'on avait le seul produit susceptible de répondre exactement aux nouvelles instructions en matière de publicité.
Comme toujours, les demandes d'inscriptions de textes d'origine officielle sont détournées, déformées, récupérées. Est-ce que cela vaut vraiment la peine d'exiger qu'il y ait des instructions à destination des consommateurs ? Oui, si elles contiennent des informations essentielles, mais dans le cas de slogans... C'sst de la provoc' ? Et alors ? .
19:37 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pub, publicité, coca, alimentation, consommation
mercredi, 21 mai 2008
Locavore
J'ai déjà dit tout le bien que je pense des articles et des billets de Corine Lesnes, une journaliste-blogueuse qui a le sens de l'humour et de l'insolite. Voici qu'elle me fait découvrir des nouvelles tendances furieusement trendy outre-flaque :
Après les carnivores et les omnivores, une nouvelle espèce a fait irruption dans le paysage anthropologique américain : les "locavores". Les membres de cette tribu ont fait vœu de ne manger que des produits locaux.
On a encore affaire à un de ces mots mal composés à l'anglo-saxonne, mais ce terme ne retiendrait pas l'attention s'il n'avait pas été élu mot de l'année par le New Oxford American Dictionary (je ne sais si vous l'avez remarqué, mais en anglais il y a des dizaines de mots de l'année selon les dictionnaires des différentes maisons d'édition qui rivalisent tous d'imagination pour trouver le mouton à cinq pattes, le mot de l'année c'est juste un argument publicitaire comme faire entrer le lexique de Harry Potter ou duSeigneur des anneaux comme mots courants en anglais). Cela dit, le fait de consommer des fruits ou des légumes de saison dans sa petite région, ce n'est pas une idée si nouvelle, ni si révolutionnaire, parce que du raisin hyper-gonflé sur les étalages alors que les vendanges n'ont même pas commencé dans la même région bien connue pour son vin pétillant, c'est un peu étrange et il y a eu des gens pour trouver tout cela un peu louche. Il manquait juste la petite touche accrocheuse avec un nom parlant, c'est venu des Etats-Unis pour le nom. Mais saisonnivore serait peut-être plus adapté : est-ce que l'on a besoin de fraises ou de tomates au mois de janvier dans l'hémisphère nord ? Ce n'est pas une simple question de distance et de coût kilométrique, mais aussi de savoir s'il est bon de dépenser de l'énergie dans des cultures locales qui fournissent des produits hors saison !
18:03 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : alimentation, décroissance, écologie, anglais, langue française
samedi, 08 mars 2008
Le fooding dans la semoule
Voilà une nouvelle qui ne pourrait que me réjouir. La 4e Chambre Section A de la Cour d’appel de Paris :
Prononce la déchéance des droits d’Alexandre Cammas sur les marques Fooding n° 003021054 et n° 033208534 pour désigner les produits et services visés aux dépôts…
Enfin ! on serait débarrassés du fooding de tronche qui pollue les antennes et les journaux, mais en fait pas du tout : ce n'est que l'exploitation exclusive par un seul dépositaire de la marque qui est visée. Les autres cuisiniers ou fabricants de bouffe industrielle peuvent désormais se servir de ce terme sans avoir de droits à payer. On risque donc d'assister à une guerre commerciale, éditoriale et culinaire pour promouvoir le vrai fooding. J'espère seulement que tous les combattants achèveront leur bataille parce qu'ils seront tous bien en sang et au sol. Le mot fooding est une ineptie lexicale, le concept une absurdité totale et la réalisation du portnawak seulement porté par la publicité des magazines branchouilles toujours à la recherche de la dernière tendance. Si cela pouvait être enterré par une bonne guerre fratricide, ce serait bien. Et que l'on n'utilise plus ce mot gadget.
14:44 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : alimentation, cuisine, langue française, francophonie
samedi, 23 février 2008
Petits, petits, venez petits !
La dernière publicité pour le dernier CocaCola Light est aussi déroutante grammaticalement que la précédente pour le Coca Zéro. Je rappelle cette dernière : « Zéro sucres ». Le pluriel après le chiffre de la nullité a dérouté beaucoup de gens qui y ont vu une erreur, mais il s'agissait alors de renvoyer non pas au sucre comme matière, mais aux différentes formes de glucides qui donnent la saveur sucrée. C'était une ellipse pour 0 % de sucres, comme on a 0 % de matières grasses.
Le slogan pour le CocaCola Light vitaminé est celle-ci : « Un petit plus bien-être ». Commençons par le produit. Normalement, une boisson dite light est allégée. Or, celle-ci se dit à la fois allégée et enrichie. C'est déjà un paradoxe. On a le croisement de deux mythologies alimentaires : celle de la finesse, de la minceur, du régime de mannequin anorexique et donc il a fallu inventer un produit qui corresponde à l'impératif de la lutte contre l'obésité ; celle du dynamisme, de l'énergie, de la puissance (sur laquelle CocaCola a construit une grande partie de ses campagnes auparavant), et la signalisation du produit comme vitaminé renvoie à la tonicité, à la vitalité, à la jeunesse comme autrefois.
Ensuite, le slogan est asyntaxique. Le terme plus est au centre, bien détaché en rouge du reste de la phrase. C'est donc l'élément important, d'ailleurs le nom du produit. Le terme est rendu possible, car le mot moins a été soigneusement évité dans les dénominations et dans les slogans. En marquetingue, il faut toujours présenter les faits sous leur aspect positif : on ne dit donc pas moins de lipides pour du beurre ou du fromage, moins de colorants pour du saumon ou du jambon, moins d'agents de saveur ou de texture pour des plats cuisinés ou des conserves. Cela voudrait dire qu'il y en a dans les autres produits vendus par la même entreprise et que c'est mauvais pour la santé. Naturel, frais, du terroir, traditionnel joueront ce rôle. Ce sont des euphémismes. Light et allégé ressortissent de la même figure.
L'idée du produit allégé est reprise par l'adjectif petit qui possède aussi une connotation affectueuse. Ce qui est petit ne peut faire de mal, c'est un plaisir sans conséquence que l'on s'accorde. Il est particulièrement frappant de constater que les deux grandes multinationales américaines qui avaient été montrées du doigt au sujet de l'alimentation des enfants et des jeunes ont contre-attaqué avec des slogans contenant le terme petit. Il y a peu McDonald's vantait ses Giant et ses BigMac. Aujourd'hui, il met en avant « Le P'tit Chicken aux fines herbes », « La P'tite Salade ». Il a étendu la gamme de ses produits et en a changé la nature. En outre, ces publicités sont plus précisément destinées à un public enfantin pour lequel ces produits sont conçus ; la forme familière « p'tit » renvoie justement au langage des enfants. Une manière de se réconcilier avec l'opinion publique en jouant à la fois sur la sympathie, la notion de plaisir et l'absence apparente de prétention. Les deux marques retrouvent leur image traditionnelle qui vante autant un mode de vie décontracté qu'un produit particulier.
Toutefois, « Un petit plus bien-être » est une construction plus singulière. Le substantif « bien-être »doit être considéré comme une apposition, ce plus est unbien-être. L'emploi adjectival de bien-être est original, même s'il s'agit d'une construction fréquente en publicité pour d'autres termes. Il s'agit d'éviter toute culpabilisation qui pourrait venir du terme plus, celui-ci connotant souvent l'excès, la surabondance qui sont vus à présent comme des défauts. La modalisation de ce plus se fait donc par les deux parties qui l'encadrent. Cette forme déroutante peut être un atout pour le slogan qui attirera davantage l'attention.
13:00 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : publicité, marques, alimentation, langue française, marketing
Brunch & Co
Dans Libération du 19 février, un entrefilet rapportait ceci. Une entreprise d'électroménager et un publicitaire parisien ont inventé le drunch ou le slunch. « En gros, c'est quand on reçoit ses amis à goûter le dimanche, soit un hybride brunch/goûter préapéro un peu anglo-saxon. » Et de suggérer le vlunch « brunch sur le Vélib'».
Au delà du ridicule de cette opération mercantile et snobinarde à la manière du barbare fooding, ce faux anglicisme ne manque pas d'intérêt. Brunch est déjà un mot-valise, la contraction de breakfast (petit-déjeuner) et de lunch (déjeuner). Mais les mots-valises récents ont une tendance à former des rejets car un élément est pris comme un nouveau suffixe, ainsi le blog contraction de weblog, engendre le splog ou le vlog, l'informatique donne naissance à la bureautique et à la billetique, le logiciel crée le gratuiciel, le partagiciel, le carticiel, le didacticiel, le ludiciel...
Notre brunch, bien anglais, avait déjà servi à baptiser la chaîne de restauration rapide bien française Flunch (Fast lunch). En revanche, les biscuits Crunch doivent tout à une onomatopée qui devient un substantif en anglais. Avec trois noms formés à partir de l'élément -unch, nous avons affaire à une petite famille de mots.
On appelle traditionnellement famille de mots, les termes formés à partir d'un même radical auquel viennent s'ajouter des affixes. Dans ces nouveaux mots-valises, la situation des radicaux et des affixes est intervertie : l'élément -(i)ciel porte le sens principal et ce qui semblerait le radical indique la destination ou le moyen comme le ferait un suffixe. De même, l'élément -log désigne un support Web 2.0 et non plus un journal de bord, un rondin. Il y a une nouvelle motivation. Ce qui signale le repas, c'est l'élément mal coupé -unch. La dérivation se fait à l'aide de lettres initiales en nombre limité et dénuées de sens lorsqu'elles ne sont pas expliquées. Ces créations emploient surtout le système des rimes.
Petit jeu : imaginer d'autres formes de repas branchouilles en -unch.
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Chunch : brunch à base de fromages (cheese) ou de chocolat.
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Punch : brunch de cacahuètes (peanuts) ou de paninis ou de pizzas.
12:55 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : humour, alimentation, langue française, cuisine, consommation
lundi, 04 février 2008
La Gruyère est québécoise
Voiià de quoi alimenter l'indignation de Ponte Facto : le Grubec est un fromage québécois qui est qualifié de suisse au Canada !
Sans parler des constructions faites à partir de mots-valises comme Fredondaine (créé à partir des mots «fredonner» et «bedondaine»), Grubec («gruyère» et «Québec») et Buchevrette («bûche», d’après la forme cylindrique du fromage et «chevrette»).
On ne connaît pas dans la Belle Province le système français et européen des AOC, de même que dans l'ensemble des pays de culture anglo-saxonne, mais là on atteint la plus grande confusion. Notons quand même que le gruyère québécois est plutôt un gruyère (du moins avec son apparence de gruyère sans trou) et non un emmental comme cela arrive souvent en France dans le langage oral ou de la presse. Il existe des gruyères français en Alsace, Franche-Comté et Lorraine, mais ils sont de confection différente du gruyère suisse, ils ne se nomment pas simplement gruyère et ils ne se définissent pas comme fromages suisses. Il manque une culture et une histoire fromagères au Québec parce qu'il n'y a jamais eu de rivalités de recettes de terroirs ou de vallées minuscules. On y est aux débuts de l'invention des nouveaux noms qui sont en fait souvent des noms de marques et non d'appellations.
22:44 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alimentation, fromages, nourriture, langue française, suisse, québec, noms de marques
dimanche, 16 décembre 2007
Des repas
Dans l'Oignon, je lis un dossier sur l'obésité des enfants, les textes ne sont pas en ligne. Je prends celui sur les cantines.
Si les enfants ne prennent en réalité que cinq repas sur quatorze à la cantine, et que l'essentiel demeure donc à la maison...
Cinq repas au maximum ; les neuf dixièmes du temps pour les cantines scolaires, c'est quatre. Je n'ai connu d'ailleurs qu'un seul établissement où la cantine était ouverte six jours par semaine. Mais cela me retient, car dans un autre article sur les règles de base à respecter, je lis :
- Faire quatre repas par jour dont le goûter pris si possible en famille.
Deux repas quotidiens dans un cas, quatre dans l'autre. Le déjeuner (ou petit-déjeuner selon l'usage parisien) ne serait pas compris parmi les vrais repas pour le premier rédacteur qui s'en passe peut-être. Il le devient pour le second. Plus étrange, le goûter est indéterminé : est-ce un dix-heures ou un quatre-heures ? Parce que les goûters existent à ces deux moments et même si ce ne sont que de simples collations, l'un et l'autre peuvent avoir la même valeur en nutriments. Mais un goûter est-il un repas complet ? Et pourquoi supprimer le dix-heures qui permet d'atténuer la fatigue de fin de matinée ? Ces indications sont absurdes, parce qu'elles reposent sur les présupposés des journalistes seulement.
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mardi, 11 décembre 2007
Le poisson traditionnel
Dans mon supermarché de proximité, on m'informe par un grand panneau que le rayon "Poisson traditionnel" est ouvert. Pas le rayon "Poissonnerie", non... D'habitude, il se nomme "Produits de la mer". C'est le même magasin ! Pourquoi traditionnel ? D'abord pour indiquer que l'on ne vend pas simplement du maquereau sous vide en barquettes, de la sardine en boîte, des oeufs de lump en conserve, du saumon en tranches soigneusement calibrées pour faire juste le poids affiché sur toute la gamme, du filet de colin sans arrêtes, des poissons tout carrés et plats avec de la farine dessus dans des boîtes carrées, de la soupe de homard en briques qu'il n'y a plus qu'à réchauffer, des bâtons de surimi, de la crevette surgelée en sachets ! Donc on fait dans l'authentique, et celui-ci porte un nom : il est traditionnel ou de tradition. De quoi ravir tous les auditeurs ou lecteurs de Jean-Pierre Coffe pour lesquels même un carambar ou une fraise Tagada doivent être de tradition. Cela veut dire non encore transformé par l'industrie, alors que c'est passé dans de gigantesques entrepots frigorifiques...
Ensuite, il y a un autre aspect. Ce rayon poissonnerie existe tout au long de l'année. Mais il ne peut être traditionnel durant une autre période que celle-là ! Pourquoi ? Parce qu'il est de tradition de manger du poisson sous sa forme noble à Noël : donc du poisson frais, ayant encore des yeux avant que le poissonnier ne vous tranche cette tête et ne vous éviscère la bestiole sous vos yeux admiratifs (opération qui est nommé généralement nettoyer ou vider). On retrouve alors la tradition du geste artisanal, parce que le poisson traditionnel se découpe sous les yeux du client ébahi par la performance (comme le fromage de tradition, le pain de tradition, le steak haché de tradition, le BigMac de tradition...) et de surcroît avec un costume qui indique bien que l'on a affaire à un poissonnier traditionnel. Cela ferait mauvais effet de servir à ses invités un soir de réveillon du poisson qui ne serait pas traditionnel, puisque monsieur Picard ou monsieur Saupiquet c'est ce qu'on mange toute l'année !
Traditionnel a donc deux sens : pas vraiment industriel (quoique...) et lié aux coutumes d'une période de l'année.
17:55 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, humour, alimentation, noël, commerce, langue française
dimanche, 18 novembre 2007
Actualité du foudingue
Ce qui ne me réjouit pas, c'est de voir que l'horreur linguistico-culinaro-mondaine nommée fooding puisse devenir un nom commun et qu'elle ne soit pas réservée à une société qui pourrait faire ensuite faillite...
15:55 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : noms marques, pub, cuisine, alimentation
lundi, 29 octobre 2007
Juste avant ma naissance, le déluge
J'apprécie lorsque l'on invente l'Antiquité à partir de ce qui ne date que de quelques années :
Ce programme de 20 minutes s'ancre dans nos habitudes de consommation les plus antédiluviennes grâce à la liste établie par la Sofres des plats préférés des Français. Et ce, histoire de mieux rajeunir et de libérer notre imaginaire gustatif. Afin de dynamiter nos steak frites, couscous, choucroute et autre pizza, Eric Roux convie donc aux pianos les chefs les plus inventifs de la nouvelle génération de cuisiniers français.
Passons sur l'insupportable et autre(s) avant le dernier élément d'une énumération. L'erreur n'est que trop fréquente. Voyons la liste des plats. Le steak-frites, célébré par Barthes, date de la fin du XIXe s. : le mot n'existait pas avant puisque le terme steak est attesté en 1872 seulement. Certes, on faisait des steaks ou plutôt des biftecks auparavant et puis des frites d'un autre côté, mais les deux n'étaient pas associés. Pourquoi citer le steak-frites ? Sans doute à cause du texte de Barthes qui évoquait une vieille ganache réclamant le plat national au sortir de sa libération : « La frite est patriote comme le bifteck ». On se trouve dans la mythologie nationale, même si la dispute sur l'origine de la frite nous oppose encore aux Belges et si le steak est de l'anglais à la française. Le steak-frites est français, monsieur ! et le reste en découle...
Mais prenons les trois autres plats cités : s'ils sont bien plus anciens, ils n'appartiennent au patrimoine culinaire national que depuis une date récente à la différence de la potée ou du petit salé aux lentilles. La choucroute ne s'est répandue qu'au XXe s. dans la France de l'Intérieur, du fait de l'exode d'Alsaciens. Le couscous s'est implanté en métropole après-guerre, la pizza aussi avec les vagues d'immigration. Voilà qui peut sembler immémorial, alors que le souvenir ne remonte pas à plus de soixante ans dans bien des cas. Mais ces noms ont un sens : ils signifient simplement la diversité des origines, alors que cela ne l'aurait pas fait avec des plats plus ancrés dans un terroir et présents depuis plus longtemps dans les habitudes culinaires des Français.
On est dans le symbole puisqu'il s'agit de dire que la France est diverse, et le choix de la potée, de la purée, du petit salé aux lentilles ou du pot-au-feu aurait été un peu trop franchouillard malgré ou à cause des différences régionales. On est aussi dans le marquetingue, l'alignement sur les études de marché puisque cela part des études sur les plats préférés (ou dits préférés) des consommateurs. On est encore dans le renouvellement d'une prétendue tradition remontant à des temps très très anciens en France, alors que ce n'est que le simple comportement récent des consommateurs qui achètent les plats basiques qu'on leur propose tout prêts et qu'un plat comme la pizza est désormais mondial, modulable selon les pays. Antédiluvien veut dire avant ma naissance, et peu importe si cela ne date que de quelques années.
17:45 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, langue française, alimentation, journalisme, presse, média, médias
vendredi, 31 août 2007
Les jolis menus de cantine scolaire
J'apprends des tas de choses dans l'Oignon au sujet des menus de cantines scolaires. Par exemple, le filet de poisson possède sa queue et sa tête, et pourquoi pas ses arêtes et ses ailerons ?
« C'est un choix politique. S'ils mangent du poisson, ce sera systématiquement des filets, pas du poisson sans queue ni tête avec les yeux dans les coins comme disait Coluche… ».
D'accord, ce n'est pas du surimi ou de la sardine en boîte, mais enfin... le filet est un produit transformé. Je découvre ensuite que la pomme de terre n'est pas un légume :
De la qualité et des menus équilibrés : « C'est pas toujours facile de leur faire avaler des légumes alors on les mélange avec des pommes de terre pour être certain qu'ils en mangeront au moins un peu ».
11:29 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, alimentation, cuisine
jeudi, 30 août 2007
Renversant

Je fais souvent mes courses chez monsieur Match. Vous ne connaissez pas forcément les Match, car vous ne vivez pas dans mes froides contrées, alors sachez que cette chaîne se caractérise par une typographie assez singulière pour certains mots clés de ses prospectus ou affiches : la lettre culbutée comme l'indique son logo. Mais cela s'étend à d'autres choses, et ici je me dis qu'il y a un léger problème d'accent, ce n'est plus renversant mais tourneboulant. (Mis à part ça, le placard est d'une esthétique de beauf...)
21:55 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : pub, publicité, orthographe, langue française, marques, supermarché, alimentation
dimanche, 26 août 2007
Il n'est pas frais, mon poisson ?
Ce matin, j'ai aperçu sur une des horribles et encombrantes sucettes JCDecaux une publicité pour un secteur alimentaire : "Les surgelés. Le frais toujours à son meilleur." C'était illustré par une sorte de poisson sautant au dessus de glaçons. J'ai failli bondir comme lui.
Je n'ai rien de particulier contre les surgelés, si ce n'est qu'ils sont chers et qu'ils consomment beaucoup d'énergie ou de temps. Mais enfin... là, on joue vraiment sur les mots de manière un peu abusive. Une expression courante et fréquemment répétée par la voix populaire, c'est : "le frais, c'est bien meilleur (ou bien mieux)". Le frais désigne alors les aliments qui ont été prélevés dans un délai très court, et qui n'ont donc pas été mis en conserves, surgelés ou desséchés. Un poisson peut avoir été fraîchement pêché, on le dit frais car nouveau, récent. Bien sûr, un poisson ne passe pas directement du chalut breton ou basque à l'étal du poissonnier ; il est conservé durant son transport ou sa mise en vente dans de la glace ou dans un milieu réfrigéré, mais il ne subit pas le processus de la congélation.
En revanche, par ce slogan, on veut sous-entendre que le mot frais voudrait surtout dire froid. C'est un des sens du mot comme dans l'expression l'air est frais, ce qui veut dire un peu froid mais pas trop. Il y a l'idée que c'est un produit rafraîchissant pour un été que l'on supposait chaud. Or, cela ne pouvait pas se faire par exemple avec des légumes qui même frais ne sont pas associés à l'idée d'une présentation au milieu de glaces : une salade, une botte de poireaux, des petits pois n'auraient pas eu le même impact qu'un poisson qui semble vivant. Parce que l'on joue aussi sur l'analogie entre frais et vivant, animé. Allez donc demander à un choux-fleur de bondir ! Quant aux frites ou aux pizzas surgelées, elles ne permettaient pas du tout de conserver l'idée que ce serait comme si elles sortaient directement du champ. Le poisson surgelé, préservé dans sa forme de poisson, permettait mieux de faire le lien et de donner l'illusion que le surgelé est meilleur que le frais.
12:40 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, pub, langue française, marques, alimentation, cuisine
vendredi, 24 août 2007
Bête comme un marchand de pizzas
Cela risque de devenir un proverbe après cette affaire. J'avais déjà signalé un cas similaire (mais plus limité) dû à une inculture crasse et lamentable.
12:03 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : publicité, pub, langue française, marques, alimentation, cuisine
lundi, 20 août 2007
L'affaire camembert
Tout a commencé par l'initiative du maire de la commune de Camembert : afin de promouvoir son village et surtout le produit local par excellence, il a fait réaliser en 2002, avec l'accord de Lactalis une fort vilaine étiquette de boîte Président à l'image de Jacques Chirac. Ce dernier a fort mal pris la chose, car il ne veut pas être associé à une démarche commerciale (ce qui n'est pas le cas du couple qui sert si bien les intérêts de Prada ou de Tiffany). Quel dommage ! ce maire avait pourtant de bonnes raisons : il s'avouait de droite comme le président et il évoquait une tradition dont je n'ai jamais retrouvé la trace.
L'affaire aurait pu en rester là. Mais de méchants gauchistes se plaisent à railler depuis peu notre fantastique président à travers des détournements de l'image de la marque Président, ici ou là. C'est dans la lignée de ceux précédents de Chirac.
Cela n'a pas échappé à Lactalis qui a décidé d'une part de se réserver des noms de domaine comme « Président® », « Camembert de Campagne® », « Président Camembert de Campagne® », « Coulommiers de Campagne® », « Président Coulommiers de Campagne® », « Délices de Campagne® », « Bien manger, c'est le début du bonheur® », « Péché Mignon® », « Motte tendre de Président® », « Président la Motte aux grains de sel de mer® » ; d'autre part de faire de faux-journaux télévisés, d'abord sur le futur visage du président, ensuite sur les cent jours du président. Lactalis n'est pas la seule société à avoir employé des slogans ayant une connotation électorale, mais c'est la seule à continuer ainsi afin de promouvoir sa fameuse cloche saveur. Mais cette campagne a été détournée depuis le début par glop-glop.fr.
Maintenant une petite leçon d'orthographe : il ne faut pas écrire le nom du sapeur Camember comme le nom du village. Le nom du village s'écrit avec une capitale, mais le nom du fromage est en bas de casse, le camembert est produit à Camembert. Le nom de la marque s'écrit avec une capitale, mais pas le titre de la fonction : le président mange un morceau de Président.
10:20 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : publicité, pub, langue française, marques, alimentation, cuisine, politique
vendredi, 22 juin 2007
Vous n'avez point encore de rides
Mes yeux tombent sur une pub Bonne Maman. Une page presque vide avec juste un couvercle et son ruban : Envie d'intensité ? Il est temps de tourner la page. Je note le tizeure, assez malin et jouant sur plusieurs niveaux : on change de produit, on regarde à la page suivante du magazine. Et le tout se fait sur fond de tradition prétendue puisque l'on a droit au dessin en forme de nappe à carreaux qui doit rappeler des souvenirs. Là, je découvre l'autre recette de Bonne Maman, comme on dit chez Bonne Maman. L'autre recette ? Ben oui... l'autre par rapport à la gamme Légère et Fruitée, elle est nouvelle mais on fait comme si elle avait toujours existé et elle se nomme Fruitée intense. C'est le paradoxe Bonne Maman : jouer sur le syndrôme de Casimir des grands enfants afin de faire croire que cela a toujours été et en même temps présenter le produit comme une surprise. Bonne Maman, c'est un peu la cuisinière Maria de la Villa des Mouettes dans le Club des Cinq, qui vous annonce une tarte aux pommes comme un événement extraordinaire, alors qu'elle en a toujours une au four...
Goûtons donc cette confiture lexicale Bonne Maman. Je suis surpris par les dénominations : La Fraise, La Cerise, La Rhubarbe, La Mirabelle, La Figue, L’Abricot, La Framboise, La Myrtille, Le Pamplemousse, L’Orange... Quand on compare à a la gamme Légère et Fruitée, deux faits grammaticaux frappent. D'abord, la disparition du pluriel. Certes, on peut employer le singulier comme générique (la confiture de framboise pour dire que la matière est présente), mais le pluriel existe aussi (la confiture de framboises pour indiquer les étapes précédentes comme la cueillette des fruits). Il fallait souligner l'aspect fruité dans le premier cas, par un pluriel qui joue le rôle d'un intensif. Petite parenthèse : Légère et fruitée est un oxymore, mais Bonne Maman joue justement sur ces deux aspects opposés, comme elle joue entre tradition et nouveauté, un peu comme Grand-Mère qui fait du jus de chaussettes.
Mais comment remplacer cet intensif pour une gamme dite Fruitée intense ? Eh bien ! en employant ce que l'on nomme l'article de notoriété, une forme très courante en italien et en français de Lorraine. Ce que vous goûtez n'est pas de la confiture d'abricot(s), mais la seule confiture d'abricot que vous connaissez, et même plus l'abricot lui-même. Quand on dit la Marie, c'est la seule personne nommée Marie que vous et moi connaissons, cela n'a pas l'aspect dépréciatif qui se trouve souvent dans le français commun et courant, et l'abricot-là acquiert soudain une présence hors de tout objet que je ne saurais que qualifier de pongienne, voire de mallarméenne ! C'est l'essence de l'abricot, tel qu'en lui-même l'éternité le change, avec une sorte de pure innéité d'abricot transcendant. L'idée de l'intensité du goût est plus évidente qu'avec la forme sans déterminant et au pluriel. Sur le plan marquetingue, c'est parfait, d'autant que l'on demande aux consommateurs de reconstituer eux-mêmes la chaîne : la confiture d'abricot de Bonne Maman (excellent travail pour que cela rentre plus dans les cervelles, alors que la construction ordinaire aurait moins valorisé la marque si elle avait été affichée dans l'ordre).
Le titre est emprunté à cette chanson très populaire de Béranger, qui figure dans le film Le Plaisir de Max Ophuls, air chanté par les pensionnaires de la Maison Tellier. Il est ironique dans le film...
13:37 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : publicité, pub, langue française, marques, alimentation, cuisine
jeudi, 31 mai 2007
Forking
Cette fois, ni cuillère ni couteau. Seul ustensile autorisé dans le forking : la fourchette, comme son nom l'indique. Sauf qu'en anglais, ça fait toujours plus chic. Plus qu'un régime avec tableaux caloriques et interdits alimentaires, c'est une hygiène de vie qu'il propose. Le matin et le midi sont laissés à la libre appréciation de chacun. En revanche, tous les efforts se concentrent sur le repas du soir, puisque c'est après le dîner que l'on stocke toutes les graisses. Restent alors à portée de fourchette les poissons, certains légumes, les pâtes, le riz.
On trouve déjà 69 000 occurrences de forking dans les pages françaises de Google sur plus de 2 millions en tout : elles sont principalement sur les pages de forums ou de magasines féminins ou de santé. Cependant, le terme forking a bien d'autres sens en anglais. Quant au régime alimentaire, il laisse libre de manger une choucroute, un cassoulet, un(e) goulasch, un pot-au-feu, une bonne potée auvergnate, des tripes à la mode de Caen afin de maigrir... Ah non ! on proscrit aussi l'utilisation du couteau pour la préparation, l'épluchage des légumes et l'emploi de sa fourchette comme d'un couteau : adieu donc boudins, saucisses, quenelles, tranches de lard, gras-doubles, rognons !
P. -S. : je signale que Marie-Dominique Arrighi qui tenait une chronique sur la consommation et la publicité dans Libé et dont j'appréciais le ton impertinent se lance dans la blogobulle afin de décrypter les calembredaines des gars du marquetingue. C'était notre minute de copinage puisqu'elle m'a placé dans sa blogoliste en compagnie de M. KA.
08:40 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, alimentation, langue française, blog
jeudi, 04 janvier 2007
Herbamerdre
On regarde le truc : Quatre fables au sujet du contrôle de poids. Plusieurs malentendus existent à propos de mincir. Une bonne information est nécessaire pour obtenir vos résultats.
La première chose à faire passer est le slogan : le contrôle du poids et non la perte ou la diminution du poids. Il faut faire croire à l'individu qu'il est responsable de son choix. On appréciera le fait de parler d'à propos de mincir, traduction rapide d'about slim. Le premier truc, c'est de faire croire que les autres (non précisés) racontent des choses fausses et que l'on va dire enfin la vérité vraie que l'on nous cachait à nous, c'est un artifice très courant chez les télévangélistes américains et bon... il y a quelques hommes politiques qui en usent et en abusent.
On regarde les quatre fables qui n'en sont pas : c'est bien de faire du sport, de ne pas renoncer à ses aliments préférés, etc. Ce sont juste des fausses histoires que l'on monte en épingle comme si elles étaient fausses, afin de faire apparaître très vite le mais... grâce au régime de la secte. On appréciera la saveur de cette déclaration :
Fable 4 : Avec certains régimes, vous allez perdre du poids rapidement, mais les kilos vous rattraperont tout aussi rapidement.
Après l'utilisation de certains programmes de contrôle de poids, vous allez à nouveau retomber dans votre ancien "plan de repas". Les régimes sont souvent sans fin et difficiles à suivre. Afin de pouvoir contrôler votre poids de façon permanente, votre plan de repas devra aussi changer de façon permanente. Notre programme alimentaire équilibré est délicieux et simple à suivre et ne consiste pas en un régime strict. Notre programme vous offre la possibilité de pouvoir choisir un repas équilibré, et vous donne la possibilité de rester mince.
On se vend comme un régime de repas qui n'est pas un régime de repas et on fait croire à l'individu qu'il est encore le seul décideur de ses actes. Il est contraint, mais il ne doit surtout pas sentir la contrainte et il doit l'accepter comme s'il l'avait vraiment voulue, mais s'il ne respecte pas la contrainte le seul responsable sera lui qui n'aura pas voulu se conformer au plan divin que l'on avait pensé pour lui et pour lui seul. Il n'aura à s'en prendre qu'à lui-même, pas au régime vendu sous un nom qui ne dit pas le mot régime. Maintenant on voit les témoignages parce qu'il n'y a pas de bonne messe évangélique ou de bonne vente sans des témoignages qui sont si vrais et issus de la vraie vie qui n'est pas celle qu'on nous raconte ailleurs :
Maintenant je remets mes habits préférés, c’est formidable.
Je suis de nouveau heureux et épanoui.
De plus, je constate que, grâce à cette nutrition optimale, ma peau a suivi mon amincissement, je n’ai aucun pli disgracieux, ni au visage ni sur le corps et j’en suis ravie.
Maintenant, je suis certaine : je contrôle mon poids.
Maintenant, j'ai mon poids complètement sous contrôle et je me sens en pleine forme.
Aujourd’hui, j’ai toujours mon poids sous contrôle.
Avant j'étais presque chaque soir couché tôt, mais après deux semaines je me rendais compte que vers minuit qu'il était peut-être l'heure d'aller dormir. En plus, je suis passée de la taille 42 à la taille 36.
Quotidiennement, je vois des améliorations dans mon corps et j'ai davantage confiance en moi grâce à ces produits fantastiques!
Le principe est le même à chaque fois. Avant et après comme dans les réclames les plus stupides d'avant les années soixante. Mais l'important, c'est de manifester le fait que cela existe maintenant, dans le temps où le lecteur lit. Le seul mot important est maintenant. Il faut actualiser le machin pour que cela marche dans la tête du lecteur, c'est lui qui se croit gros en ayant une taille 42 (alors que bon... ce n'est vraiment pas du tout le début de l'obésité si on a la hauteur en rapport). Et puis on fait encore croire à l'individu qu'il décide seul de son choix de vie et que s'il ne parvient pas à ce nirvana, ce sera seulement de sa faute, ce qui l'obligera à se repentir et à revenir vers le machin sectaire qui ne dit pas son nom.
01:07 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, langue française, noms de marque, alimentation, régime, spam
mardi, 10 octobre 2006
Petits Grands
Les gars du marquetinge sont des gens formidables ! Ils se sont aperçus chez Bledina qu'ils ne pourraient plus étendre à l'infini la gamme des produits pour bébés, donc ils ont décidé d'étendre leur action sur la tranche d'âge supérieure : les 18-36 mois. Comment faire passer l'idée ? D'abord, en rappelant la tradition de Bledina qui est construite autour du mot petit. Tout est petit chez Bledina : petits pots, petits plats pour les tout-petits, en petites calories, en petite quantité, et surtout à un très gros prix... On fabrique donc un nom de gamme en forme d'oxymore Petits Grands. Les petits enfants qui deviennent des grands. C'est très parlant, coco ! Tout le monde comprendra. Comprendra surtout que ce qui est petit est mignon et ne coûte pas cher alors.
Les gars du marquetinge ont oublié que le produit, prétendument approuvé par des nutrionnistes n'est pas plus petit que les raviolis pour adultes vendus par MM. Panzani et Buitoni : il contient pratiquement autant de graisse et il coûte cinq fois plus cher.
Ensuite, on peut se demander pourquoi avoir choisi des raviolis comme premier exemple d'alimentation variée... Un enfant de trois ans aura bien des occasions ensuite de manger des raviolis et ce n'est pas ce que je nommerais un plat équilibré. On notera le nom du produit construit avec un faux possessif qui place le mangeur en futur consommateur et la capitale de majesté : Mes Ravioli. On aurait pu aussi bien commencer avec Ma Choucroute, Mon Bortsch, Mon Goulasch, Mon Cassoulet, Ma Poutine, Mon Fish'n'Chips, Mon Kebab.
Il faut encore une couleur d'authenticité, et quand on a un plat italien c'est très simple : il faut à tout prix du rouge car cela fait penser à la sauce tomate et le rouge est vendeur en magasin. Mais ce n'est pas encore assez italien. Donc on n'accorde pas les raviolis. Et puis on rajoute une touche de vert pour le nom de la marque. On met le nom du produit dans un cercle blanc. C'est vraiment italien alors... On est vraiment trop forts en conception marquetinge.
20:30 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : publicité, marques, noms de marques, alimentation, enfants, bébés
dimanche, 06 août 2006
Noblesse de l'agro-alimentaire
Lorsque je fais mes courses, j'ai presque toujours des sujets d'étonnement. J'ai constaté ainsi que le rayon poissonnerie peut être parfois remplacé par l'enseigne Produits de la mer même si on y vend des poissons d'eau douce. Pourquoi ? Admettons que l'on y inclut les coquilles et les crustracés, mais tous les crustacés ne sont pas non plus marins. Je vois plutôt une périphrase à valeur euphémisante. Le poisson a de plus en plus une mauvaise réputation, les enfants ne l'aiment pas sauf sous forme de pavé sans arrêtes et surtout sans saveur, il est connoté comme puant, etc. Mais de la mer, cela vous pose et vous donne un air de noblesse.
Je me faisais cette réflexion en voyant une affiche pour un steak de la mer. Tiens, me dis-je, on vend du thon par grosses tranches. Que nenni ! c'était simplement du filet de colin. Pourtant, le surnom du thon est bien le steak de la mer ; cela a été popularisé par une campagne publicitaire en 1980. En fait,steak ou filet de la mer, cela évite de dire que c'est du poisson (berk !)
Le même anoblissement se retrouve dans la soupe de la mer. Qu'est-ce que cela peut-être ? Parfois une simple soupe de poisson, parfois une bisque de homard, parfois d'autres soupes avec des ingrédients divers comme des poulpes ou des calmars et là c'est un peu plus de la mer. Mais on a encore la salade de la mer qui peut être composée en partie ou entièrement avec des fruits de mer, la sauce de la mer. Même les algues sont rebaptisées légumes de la mer. Les algues, c'est excellent, goûtu, plein de vitamines, mais leur nom propre peut faire fuir.
Dans la même optique, les légumes méditerranéens comme les aubergines, poivrons, courgettes sont rebaptisés légumes du soleil de manière collective et générique. On peut ne pas aimer ces légumes ou bien tiquer à leur nom, aubergine cela vous a un air de pervenche, courgette fait trop couillon et poivron trop poivrot. En revanche, avec un élément aussi positif que le soleil, on introduit des idées de couleur, de chaleur. Comment ? tu ne manges pas ta ratatouille ? Nan ! je voulais des légumes du soleil, la ratatouille c'est juste du rata qu'on touille.
Tout vin doit être du château ou du clos, tout fromage de la ferme ou du pré, tout légume du jardin, bientôt tout fruit sera de l'arbre ou du verger.
11:01 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : publicité, langue française, noms de marque, alimentation, agriculture, commerce
samedi, 05 août 2006
Wagyu
Le bœuf de Kobé ou wagyu est victime de la concurrence de ses homologues élevés aux États-Unis, au Canada, en Australie. Le ministère japonais de l'Agriculture veut déposer un brevet sur ce bœuf. Là, je me pose des questions. Le Japon ne connaît pas le système des AOC et AOP, comme pratiquement tous les pays dans la sphère d'influence des Étatz-Unis, qui détournent les appellations et les procédés européens. Un brevet pourrait être plus sûrement reconnu dans ces mêmes pays aux mœurs de pirates notamment pour les vins du Nouveau Monde. On dirait aussi que le Japon ne connaît pas le principe des certifications par des labels qui permettent de déterminer la qualité, l'origine du produit. Mais peut-on déposer un brevet sur du vivant ? Oui, si le produit est bien issu du travail original de recherche et de sélection par une société ou un organisme officiel. Mais pour un bestiau cela me paraît assez compliqué : il faudrait une alimentation singulière et liée au lieu d'élevage, un mode de vie particulier, des croisements bien déterminés, et alors on retombe sur les AOC. Mais comme les AOC sont défendues seulement par l'Europe, il n'est pas question de mettre un premier pied dans ce système contraignant et fastidieux, sans possibilité de recours envers les contrefacteurs. Toutefois, transformer un nom de race animale en nom de marque est pour le moins original.
11:44 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : noms de marque, aoc, appellation contrôlée, animaux, alimentation, japon


