vendredi, 26 février 2010
Meuh !
Parlons de choses essentielles et substantielles en ces temps troubles et obscurs où l'on ne cesse de diffamer son prochain pour son passé de délinquant (de préférence si l'on est noir de peau) et de réclamer la preuve d'une identité nationale plus qu'hypothétique.
Une chose me fascine profondément depuis toujours : les affiches du salon de l'agriculture. Cela tient à mon goût pour la terre qui ne ment pas (comme le disait je ne sais plus qui) et à mes racines profondément enfouies dans la patrie de Maurice Barrès, telle la carotte ou la pomme de terre que l'on récolte après l'avoir arrachée.
L'affiche du salon de l'agriculture est un genre en soi dans la catégorie des montages photoshopés. D'abord, il faut une vache. Il serait inadmissible que le salon ne soit pas représenté seulement par une vache. Eleveurs de porcs, de chèvres, d'ânes, de chevaux, de moutons, de poulets, d'oies, de dindes, de canards, de pintades, passez votre chemin ! Seule la vache est suffisamment digne pour représenter le monde agricole. Depuis dix ans au moins, si ce n'est plus, le salon de l'agriculture nous donne une image de vache comme figure symbolique de l'agriculture. Moi, je veux bien... Une vache, c'est sympathique, mais enfin c'est un peu réducteur à la longue, parce qu'il n'y a pas que le lait, le fromage, le fourrage et la viande.
L'an passé, nous avions droit à une Holstein particulièrement horrible par son absence de cornes, sa traçabilité et son aspect fortement photoshopé (il faut dire que la Holstein n'est jamais à son avantage, même si on la laisse gambader dans les prés en toute liberté). Que voyons-nous cette année ? Le retour à la nature, avec un grand N, et aux valeurs avec un grand V ! Une Salers ! Une vache purement française, bien de chez nous (même si des médisants la trouve dans des pays estrangers). Là, c'est de la vraie vache, du bestiau à cornes que l'on aimerait bien manger. Regardez comme elle vous examine d'un oeil attendri, vous qui serez son consommateur. Elle vous aime déjà et s'imagine que vous l'apprécierez dans votre assiette.
Seulement, il y a quelques petits problèmes publicitaires. Que fait une tête de vache totalement détachée d'un corps au milieu de nulle part ? On croirait la Vache qui rit. Que veut dire cette colline arrondie artificiellement et qui correspond plus au dessin d'une mamelle humaine qu'à une éminence terrestre ? C'est bizarre, on a affaire au même vert que dans l'affiche de campagne de notre admirable président pour figurer le paysage dans lequel il voulait montrer qu'il figurait la France. Comment se fait-il que le vert des prés ressemble à du gazon anglais et que toute l'image soit saturée des diverses sortes de verts ? Et que vient faire ce slogan nouveau "Au plus près des terroirs" alors qu'il n'y avait jamais eu de slogan auparavant et que l'inscription semble calquée sur celle des lettres de Hollywood au dessus de Los Angelès ? Pourquoi le terroir maintenant ? Et surtout à la mode étatsunienne ?
Il y a là une forme de sens du terroir qui me laisse plus que dubitatif. On veut faire vert, authentique, proche des gens, proche des provinciaux et on fabrique de l'artifice complet.
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dimanche, 17 mai 2009
Rien ne paye plus !
Qu'est-ce qu'il ne faut pas lire...
Et Christiane de citer son propre cas en exemple : « Avec mon mari, nous gérons une petite exploitation de 116 hectares et nous produisons 499 000 litres de lait... ».
Pas cinq cent mille litres, mais bien 499 000 comme dans les offres commerciales des supermarchés. Faut pas se pousser du col... Un calcul rapide me montre qu'il y a à peu près cinquante vaches (tout dépend de leur type) dans la ferme et je doute fort qu'elles paissent sur les 116 hectares de culture. Cinquante vaches, ce n'est pas énorme actuellement pour un agriculteur, mais ce n'est pas ce qui assure l'essentiel des revenus, parce que les 116 hectares ne sont sûrement pas de prés, mais plutôt de céréales, de fourrages ou de betteraves dont on ne parle pas, bien sûr (ce serait trop privé de donner les chiffres). Et bien sûr la toute petite agricultrice ne parle pas des compensations européennes pour la production laitière qui sont en fait les plus élevées parmi toutes les subventions européennes !
Une petite exploitation agricole avec 116 hectares ? Oui, au regard de celles voisines qui ont une taille deux, trois ou quatre fois plus élevée, mais cela ferait largement rigoler dans les Vosges ou le Limousin... Quand un agriculteur reste encore en activité, il faut à tout prix qu'il se présente toujours comme un petit, même s'il est en possession de centaines d'hectares et de têtes de bétail et alors que les plus petites exploitations de montagne ferment les unes après les autres. Parce que des agriculteurs sous le RMI, cela existe... Mais pas là ! Comment faire encore pour financer son 4x4 et l'Espace de madame, plus la MiniCooper de l'aîné et le booster de la cadette, sa moto customisée, son bouquet satellite pour homevideo, ses vacances au Club Méd ?
Le député européen et candidat, agriculteur de formation (sic), ne sait quoi répondre. Alors qu'il devrait avoir un peu en tête les ordres de grandeur Et il n'a pas vu que le prix du lait avait flambé dans les supermarchés au point qu'il sert désormais d'indicateur de l'inflation pour beaucoup de gens, comme auparavant le prix du pain ou de l'essence... Mais au fond, il ne doit pas aller faire souvent ses courses à Lidl ou Aldi.
Et voilà encore une bonne raison de se moquer d'Hadopi afin de vous transformer tous en pirates !
11:57 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, agriculture, europe
vendredi, 20 février 2009
Vive et mort aux vaches !
Moi, ce que j'aime surtout dans le Salon de l'agriculture, c'est à chaque fois les affiches dans des couleurs horribles - mais qui semblent si bien transmettre le goût de la nature par leur vert pisseux ou baveux et de la terre molle par leur brun-ocre en forme de bouse -, et puis surtout les magnifiques portraits de vaches à chaque fois différents par leurs taupes-modèles dans des robes de couleurs variées. Et puis des taches comme celles que l'on récolte dans les prés. Si on cherche des modèles d'affiches à ne pas faire ou imaginer, c'est là qu'on les trouve !
Cela fait tant d'années que le Salon exhibe sa vache comme la vedette, à chaque fois différente et toujours pareille - comme diraient Mallarmé et Valéry réunis en conclave avec Queneau. C'est toujours du plus mauvais goût esthétique et c'est voulu : il faut faire paysan !
On n'y déroge pas cette année avec une vache du genre rotweiller ou pitbull qui semble vous fixer d'un oeil suspicieux tandis que l'autre paraît lourd de menaces par la noirceur qui l'intoure, si vous ne venez pas à la manifestation. En prime, c'est une Holstein, la race à détester par excellence... J'admire surtout ses oreilles qui portent son identification par un numéro de série comme si cela devait nous faire croire que cette vache serait vraiment humaine, puisqu'elle aurait en quelque sorte sa carte d'identité par sa traçabilité !
J'aime beaucoup les vaches, mais celle-ci ne me rassure pas du tout tellement elle me fait songer à un policier responsable de la sécurité du divin président qui n'aura plus à devoir dire : "Casse-toi, pauvre con !" si on l'insulte en refusant de lui serrer la main. Il faudrait peut-être que les organisations agricoles songent à d'autres animaux moins consensuels que la brave vache de la ferme de notre enfance, par exemple le poulet.
20:17 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, langue française, politique, sarkozy, publicité
jeudi, 26 juin 2008
Ethanolerie
Je suis habitué à ce que ma feuille de chou soit le relais officiel de l'armée française et des anciens combattants (via Hervé Chabaud), de l'Eglise catholique, de tous jes notables qui comptent. Je suis aussi habitué à ce qu'elle se fasse le porte-parole du Crédit agricole, de la FNSEA (et de sa filiale le CNJA), mais surtout du Comité interprofessionnel des vins de Champignacie. Jusque-là rien que de très normal. Ce qui me trouble, c'est que l'Oignon participe à la récente campagne de propagande en faveur des bio (ou agro) carburants.
Depuis quelques temps, disons un mois, je ne peux plus lire ce torchon sans voir au moins un article au sujet du diester ou de l'éthanol. On m'explique ici que le carburant miracle va sauver la planète en évitant le réchauffement climatique, là qu'il préserve les ressources naturelles, ailleurs qu'il fournit aussi de l'alimentation anlmale, parfois qu'il est plus naturel et plus sain, de temps à autre que c'est un atout économique pour la seule région de France à perdre des habitants, dans certains cas que c'est parfaitement écologique même si les écologistes sont contre, souvent que cela permet de relancer la principale industrie de la région et de mettre fin aux jachères bruxelloises, enfin on ne me dit pas que l'on n'en a rien à foutre des émeutes de la faim dans des pays du tiers-monde dont on ne connaît pas le nom et où on ne sait pas où cela se situe.
Dire que cette vague d'articles sur les agri (ou bio) carburants a lieu depuis la grosse campagne des grands céréaliers en faveur de ce mode de consommmation a commencé, ce serait faire preuve de beaucoup de médisance. La rédaction de l'Oignon est d'une parfaite indépendance et elle saura résister aux lobbies de toute sorte, comme Hervé Chabaud devant les hordes teutonnes. L'Oignon n'est pas par hasard un organe issu de la Résistance.
Il existe dans l'Oignon une page savoureuse nommée Terroirs. On peut y découvrir des informations d'une brûlante actualité au milieu du marché aux bestiaux de Rethel. Le plus souvent, cela concerne des recettes de cuisine que personne n'oserait plus faire, mais cela peut servir aussi de temps en temps à donner la parole aux représentants du monde agricole (le Crédit agricole, la FNSEA, la Chambre d'agriculture, le ministre, et quoi d'autre ?) C'est ainsi que les lecteurs peuvent apprendre l'existence d'une éthanolerie qui fonctionne depuis juillet de l'an dernier. On est dans l'anniversaire ou presque, sauf que cela correspond au moment de la campagne de publicité propagande en faveur des bio-agro-machino-carburants. Bien plus ! ils sauront que même si elle se situe en Haute-Normandie, elle concerne aussi leur région puisqu'une entreprise locale y a investi et que fouchtra ! on cultive aussi pour c't'usine. Il faut défendre aussi nos gros agriculteurs qui payent l'ISF et qui défendent la planète et ses ressources !
Voici maintenant un pur morceau de langue de bois tout droit sorti d'un dossier de presse mal lu et mal recopié :
La mise en commun des compétences des trois entreprises a permis de relever le défi technique que représentait la mise sur pied de cet outil industriel au sein duquel des solutions ont été intégrées pour répondre dans les meilleures conditions à des besoins en énergie électrique stratégiques à plus d'un titre.
Je n'ai rien compris, mais je ne dois pas être dans le public-cible ou je dois avoir mauvais esprit ou je ne suis pas écologiste comme il le faudrait.
13:09 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, agriculture, écologie, verts
mardi, 22 janvier 2008
Mythologies d'Attali
Dans le dernier numéro du Figaro Magazine, je lis ces propos de Jacques Attali qui témoignent d'une rare imbécillité et d'une inculture ou d'une mauvaise foi crasse. En fait, je soupçonne plutôt une sorte de dogmatisme simpliste afin d'éviter les questions dérangeantes.
La France était le seul pays ayant le choix entre devenir une puissance terrienne ou maritime. Nous avons choisi pour notre malheur, d'être une puissance de paysans et non de marins.
C'est bien entendu faux d'un point de vue historique, la marine française n'a pas été seulement une marine de pêche ou de colonisation terrestre, mais aussi de commerce ou de découverte scientifique. Seulement après Trafalgar, elle n'a plus été la deuxième marine du monde après celle du Royaume-Uni, elle a décru en puissance face à celles de l'Allemagne, puis des Etats-Unis. Mais j'aimerais connaître les pays qui n'avaient pas le choix de devenir des puissances maritimes : le Luxembourg, Andorre, Saint-Marin, la Suisse (et encore...), la Hongrie ? La liste risque d'être réduite. On voit la sottise du propos. Et l'importance maritime montre la puissance économique de pays comme le Liberia, le Panama, la Grèce, Nièves-et-Prince. Comme ils pèsent sur la scène politique mondiale ! Comme ils ont de forces présentes en Irak ou Afghanistan
Le marin est celui qui prend des risques : c'est un entrepreneur ; le paysan, lui, est un rentier.
Ah ben fouchtra ! Le rentier vit des revenus du travail des autres et il est assuré d'avoir toujours le même niveau de revenu, sauf si la rente dévalue. Ce sont juste les héritiers des seigneurs. Mais euh... les aléas climatiques, les maladies animales, le cours des produits agricoles, la course aux investissements mécaniques ou chimiques pour améliorer la productivité, cela nous éloigne singulièrement du modèle du rentier. Le paysan serait celui qui laisse son argent travailler sans que lui bouge le plus petit doigt. Cela peut exister pour les agriculteurs céréaliers industriels, quelques éleveurs d'usines à viande qui vivent des subventions européennes, mais ce n'est pas le cas des agriculteurs de montagne, des DOM-TOM ou de pays du tiers-monde. Le plus souvent, le rentier, c'est le Crédit agricole et la FNSEA ! Attali, il n'a pas dû se lever au petit matin pour traire les vaches, aller surveiller son champ ou son bois après un orage, se lever la nuit pour veiller une vache malade ou en gésine. Et il ne risque rien en se chargeant d'une bête ou en conduisant un tracteur ! J'ai des exemples autour de moi de paysans morts parfois dans des conditions horribles, en faisant leur travail. Ce mépris des paysans est non seulement odieux, mais absurde : le marin est un paysan de la mer, et s'il s'établit sur une autre terre ce sera pour l'exploiter, comme l'ont fait les émigrants aux Etats-Unis ou au Québec. Ils redeviendront paysans en cultivant leur jardin.
Être paysan, c'est mal, c'est régressif selon Attali. Il s'agit juste de sa mythologie personnelle qui est fondée sur une très mauvaise lecture de Leibniz et de l'Ancien Testament : le nomade seul est positif, tous les êtres sont solitaires, le sédentaire et surtout l'agriculteur est chargé de toutes les tares. Rester en un lieu pour travailler, c'est selon lui s'enraciner donc perdre une part de son identité et de son désir de créer. En revanche, migrer sans arrêt et sans but, c'est bien, et tout ira dans le meilleur des mondes si tous les individus deviennent totalement nomades, tels des bédouins gardant des troupeaux de brebis à travers le désert. Qu'il y ait aussi des ouvriers, des artisans, des enseignants, des commerçants qui veulent s'établir en un lieu et qui créent de la richesse en restant dans ce lieu, cela ne lui effleure pas l'esprit. A force de vouloir faire de l'anti-Barrès, contre le culte de l'enracinement, on en vient à dire des sottises. Mais ce genre de problématique évite surtout de poser des questions dérangeantes comme celles de la valeur ajoutée et de la lutte des classes.
19:24 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, attali, paysan, agriculture, sarkozy, jeunes populaires
mercredi, 05 septembre 2007
Tout est dans tout (et réciproquement)
C'est une phrase de Michel Barnier, en visite à Champignac. Il a sans doute voulu rivaliser dans l'art oratoire avec le maire de Champignac, car son propos a tout l'air de ressembler à un grand jeu de Lego fait de mots imbriqués n'importe comment :
Les enjeux compétitifs, écologiques, l'emploi et la recherche mettent l'agriculture au cœur des grands défis à relever dans les prochaines années.
Qu'un enjeu mette au coeur d'un défi, c'est un peu étonnant. Comme s'il n'y avait pas de défi sans enjeu. Qu'un enjeu ne soit pas compétitif, c'est encore plus étonnant. On pourrait reprendre la phrase en déplaçant ses membres, un peu comme le fait le maître de philosophie dans le Bourgeois gentilhomme :
Les défis compétitifs, écologiques, l'emploi et la recherche mettent l'agriculture au cœur des grands enjeux à relever dans les prochaines années.
Je pense qu'il a travaillé trop longtemps au côté de Raffarin.
13:10 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, ps, royal, barnier, agriculture
samedi, 10 mars 2007
Les Français sont des veaux
Meuh ! Est-ce que vous voyez une différence entre ces affiches pour les Salons de l'agriculture 2004, 2005, 2006, 2007 ? Parfois on a un petit nenfant pour montrer le lien entre la vie des hommes et la nature, et puis l'enfant c'est l'innocence, l'avenir, la découverte du monde. Il est très bien pour un ministre de se faire photographier au milieu d'enfants, en compagnie de grosses limousines... Cela a un petit air de crèche, ah non zut ! il y avait un âne en plus du bœuf. Mais ces affiches répétéitives avec toujours une bonne grosse vache aux gros yeux, est-ce qu'elles n'ont pas finalement un air de campagne électorale plutôt que de campagne vraiment agricole ? Parce que lorsqu'on les regarde ces holstein ou ces charolaises, elles semblent vous regarder sur fond de paysage exactement comme un candidat à l'élection présidentielle. Je ne voterais pas pour miss 2007 qui me regarde d'un peu haut et qui ne me fait pas confiance, mais miss 2006 a un regard humide qui me touche.
J'en arrive à la question importante : pourquoi boudiou toujours des vaches ? On pourrait mettre en avant un verrat ou bien un coq, ce sont des animaux sympathiques eux aussi, qu'est-ce que cette discrimination ? Tiens, et puis est-ce que l'on a jamais vu Chirac s'extasier devant une brebis (un point pour Bové) ou bien caresser la nuque d'un cheval (un point pour Bayrou) comme il flatte la croupe des salers ? Est-ce que Sarkozy a vu des porcs, des chèvres, des poules, des canards, des dindons au Salon (on dirait que non, il était au milieu des bovins selon Libé) ? Bon... alors, cette image de la campagne associée de manière automatique à la vache, cela renvoie à d'autres images comme celle des boîtes de fromage, images d'une France immuable, symbole de la richesse fermière d'autrefois (on voyait l'importance d'un paysan dans le village de mes parents à la hauteur de son tas de fumier et de son nombre de vaches). Et puis cette vache est très signifiante car elle nous renvoie aussi à l'Europe (aux larges yeux) qui a été nommée ainsi à cause de la légende de son enlèvement par Zeus métamorphosé en taureau. Tout se tient ! c'est aussi une allusion à la Politique agricole commune, donc... La mythologie moderne rejoint l'antique...
14:25 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, publicité, humour, politique
dimanche, 06 août 2006
Noblesse de l'agro-alimentaire
Lorsque je fais mes courses, j'ai presque toujours des sujets d'étonnement. J'ai constaté ainsi que le rayon poissonnerie peut être parfois remplacé par l'enseigne Produits de la mer même si on y vend des poissons d'eau douce. Pourquoi ? Admettons que l'on y inclut les coquilles et les crustracés, mais tous les crustacés ne sont pas non plus marins. Je vois plutôt une périphrase à valeur euphémisante. Le poisson a de plus en plus une mauvaise réputation, les enfants ne l'aiment pas sauf sous forme de pavé sans arrêtes et surtout sans saveur, il est connoté comme puant, etc. Mais de la mer, cela vous pose et vous donne un air de noblesse.
Je me faisais cette réflexion en voyant une affiche pour un steak de la mer. Tiens, me dis-je, on vend du thon par grosses tranches. Que nenni ! c'était simplement du filet de colin. Pourtant, le surnom du thon est bien le steak de la mer ; cela a été popularisé par une campagne publicitaire en 1980. En fait,steak ou filet de la mer, cela évite de dire que c'est du poisson (berk !)
Le même anoblissement se retrouve dans la soupe de la mer. Qu'est-ce que cela peut-être ? Parfois une simple soupe de poisson, parfois une bisque de homard, parfois d'autres soupes avec des ingrédients divers comme des poulpes ou des calmars et là c'est un peu plus de la mer. Mais on a encore la salade de la mer qui peut être composée en partie ou entièrement avec des fruits de mer, la sauce de la mer. Même les algues sont rebaptisées légumes de la mer. Les algues, c'est excellent, goûtu, plein de vitamines, mais leur nom propre peut faire fuir.
Dans la même optique, les légumes méditerranéens comme les aubergines, poivrons, courgettes sont rebaptisés légumes du soleil de manière collective et générique. On peut ne pas aimer ces légumes ou bien tiquer à leur nom, aubergine cela vous a un air de pervenche, courgette fait trop couillon et poivron trop poivrot. En revanche, avec un élément aussi positif que le soleil, on introduit des idées de couleur, de chaleur. Comment ? tu ne manges pas ta ratatouille ? Nan ! je voulais des légumes du soleil, la ratatouille c'est juste du rata qu'on touille.
Tout vin doit être du château ou du clos, tout fromage de la ferme ou du pré, tout légume du jardin, bientôt tout fruit sera de l'arbre ou du verger.
11:01 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : publicité, langue française, noms de marque, alimentation, agriculture, commerce


