mardi, 06 mai 2008
Refaisons Mai-68 !
Toi aussi, joue à Mai-68, je t'explique ce jeu rigolo et intellectuel. Je vais te dire à toi jeune abruti à coup de MSN et de Nouvelle Star Academy comment apparaître intelligent et machiavélique pour les générations qui vont te suivre.
D'abord, il faut trouver un bon pavé. Il est exclu de prendre un pavé de rue piétonne de centre-ville, ils sont trop fragiles, en matériau faible et cela ne permettra pas d'ériger une barricade ou de le lancer à la figure du méchant CRS. Ce qui compte d'abord, c'est le vrai pavé : celui des bordures de trottoirs, le gros, mastoc, en grès ou granit. Du dur de dur. Avec ça on peut commencer à discuter avec les keufs. Sinon, ce n'est pas la peine.
Puis il faut prévoir les instruments pour desceller les pavés. Prévoir donc des barres à mine, pioches, pelles, marteaux, burrins. Les couteaux suisses ou corses sont déconseillés, ils ne servent à rien, sauf à se retrouver en correctionnelle. Mais une bonne barre à mine permet d'avoir des échanges fructueux aussi avec les jeunes fachos. C'est un outil multifonction... Comment les trouver ? Il faut d'abord piller la cave ou la cabane de jardin de son daron ! Parce que se présenter à Castorama ou Jardiland en disant "Je voudrais une pioche pour faire la révolution", c'est un peu la honte ! Cela dit, prend des précautions si tu te promène en bermuda-tee-shirt dans la rue et sache que tu ne dois jamais utiliser une pioche devant un trotskyste parce que ce serait un casus belli (le trotskyste n'a jamais été soixante-huitard, sans doute parce que trop de pioches étaient dans les rues...)
Ensuite, il faut savoir quoi faire de son pavé. L'envoyer dans une vitrine, c'est du gâchis, car on sera défini comme un casseur par un méchant juge. Dans la tête d'un méchant CRS, ce serait bien, mais ses collègues taperont encore plus fort. En faire une barricade, c'est une bonne idée, surtout si on sait que lesdites barricades ne résisteront pas vu les moyens et l'architecture urbaine, mais feront appel à la mémoire populaire qui se croira en 1830 ou 1848. Très bon programme publicitaire.
Après, il faut en parler durant quarante ans en disant "j'y étais, moi, mon colon" et puis dénigrer toutes les jeunesses qui ont pu suivre, parce que toutes dépolitisées, contrairement à la seule vraie jeunesse politique ! On brasse tout ça et on arrive aux pavés dans la vitrine qui n'ont pas fracturé la vitre puisqu'ils étaient déjà derrière et qu'ils vendaient les pavés éditoriaux !
21:10 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : 68, soicante-huit, politique
samedi, 03 mai 2008
68 Redux
Le soixante-huitard en chef déclare :
« Paris-Match voulait faire une photo de famille devant la Sorbonne de tous ceux qui étaient de 68. Je vois pas pourquoi j’ai besoin de faire n’importe quelle bêtise pour assumer . »
Mais j'y étais aussi en 68 ! Je disputais des parties de foot ou de billes avec mes copains de l'école primaire et je veux être moi aussi sur la photo des anciens de 68, j'ai participé à ce moment-là l'insurrection générale en refusant de me servir de la plume Sergent-Major et en exigeant d'écrire au stylo-plume ou au feutre ! J'ai révolutionné alors les rapports entre enseignant et élève quand j'ai dit que c'était idiot d'écrire encore à la plume et que j'ai envoyé le plumier alors dans le tableau noir. Cela avait passablement secoué mon instituteur qui m'a autorisé ensuite à titre exceptionnel à me servir d'un stylo tout en faisant mine de croire que cela ne deviendrait pas général et qui soupirait quand il devait aborder mon encrier désormais vide au contraire de celui de mes camarades. J'ai participé à cette aventure, alors que j'étais en culottes courtes, et je ne laisserai personne dire qu'il est plus de 68 (pour paraphraser mon cher Nizan). C'est un moment, mais il y a eu bien des histoires à côté et je ne vois pas pourquoi on capture mon enfance.
18:35 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : 68, soicante-huit, politique, cohn-bendit
Frédéric Lefebvre, ou l'échec de l'école de 68
Toi aussi, viens au secours des Jeunes Populaires et donne-leur des cours particuliers de français ! Je n'aurai pas la bassesse de relever les multiples erreurs d'orthographe de base dans la missive vindicative de Frédéric Lefebvre (lequel remplace à l'Assemblée un ministre mis en examen), mais tout simplement la syntaxe qui me paraît fort tourmentée :
Le lendemain de la condamnation de madame Royale (sic) devant le refus de l'AFP de sortir notre communiqué, nous avons été contraints d'organiser une conférence de presse à laquelle nous avons convié toute la presse. En ce premier mai je me vois contraint de rendre public (sic) la lettre, car une fois encore le nom de madame Royal provoque chez les collaborateurs de l'Agence un blocage.
Ou comment un élu de la nation arrive à se rendre ridicule. Si un élève me présentait un torchon aussi mal rédigé d'un point de vue grammatical, il n'aurait sûrement pas la moyenne. Je n'ai pas cité le reste qui vaut son pesant de moutarde. Venons en aide au pauvre petit Frédéric Lefèvre qui a été victime de la baisse de niveau dans l'Education nationale du fait des affreux professeurs marxistes et barbus qu'il a dû subir au cours de ces quarante dernières années de socialisme et d'héritage de 68 ! En nous y mettant tous ensemble, nous pouvons rédiger pour lui une lettre à peu près cohérente afin de se plaindre de la méchante AFP qui serait à la solde du pouvoir gauchiste ! Ne laissons pas les cancres au bord du chemin !
16:35 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : 68, soixante-huit, ump, jeunes populaires
jeudi, 01 mai 2008
68'tards
Les analphabètes qui sont à la direction des Jeunes Populaires se sont beaucoup remué les méninges afin de faire leur Mai-68 à eux. On n'y retrouve pas de photos de la manifestation de la Nation , avec Malraux en tête de cortège, mais juste des images de ces six dernières années, comme si nous avions vécu sous le règne de Cohn-Bendit, de Sauvageot et de Geismar réunis. Bien pire, on y voit le visage de l'ultra-gauchiste Chi qui travaillait dans l'ombre des cabinets pompidoliens à saboter le moral de la France qui se lève tôt ! Il y a des héritages qui passent mal...
Mais ce qui me retient, c'est d'abord le slogan d'une rare stupidité, à croire qu'i l a été conçu par l'immense philosophe UMP Jean-Philippe Smet qui a eu cette parole prophétique "cheveux longs, idées courtes" (il n'avait pas encore rencontré les enfants Sarkozy qui n'étaient même pas conçus).
Je passe sur la typographie merdique, avec les espaces qui précèdent ou qui suivent les points de suspension. Le slogan commence par "mais" et on ne voit pas trop à quoi ce mot de liaison s'oppose. C'est un jeu de mots fort subtil sur le nom du mois de mai ! Ah bon ? Voilà qui est fort original. Et pourquoi avoir écrit "68'tards" avec une apostrophe de coiffeur ? C'est parce que l'on voulait jouer sur le sens de l'adverbe "tard" comme dans notre autre slogan "40 ans + tard, la jeunesse qui bouge a changé de camp". (Noter le fait de se référer au vague bougisme, plutôt qu'à la modernité ou à l'innovation ou à l'originalité). Vous voyez à quel point nous pouvons être subtils ! Mais c'est crétin : le suffixe est -ard, il y a déjà un t dans soixante-huit écrit en toutes lettres. Oui, mais ça personne ne s'en apercevra, notre maître en communication, Jean-Pierre Raffarin, nous a assuré qu'il aurait voulu trouver d'aussi bons slogans pour les cafés Jacques d'El gringo. Les gars, vous ferez surtout les catalogues publicitaires d'Ed l'épicier ou de Leader Price. De toute manière, si nous sommes illettrés, c'est la faute à 68, donc à vous ! Tous ceux qui sont nés avant 68 sont coupables ! Comme notre magnifique président par exemple ?
11:09 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : 68, soicante-huit, politique, ump, sarkozy, jeunes pops
Mon Mai-68
Mes souvenirs de ce temps sont très confus, car j'étais encore petit. Je me souviens avec précision des illustrés que je pouvais lire à ce moment-là et je sais que j'ai lu le Naufragé du A à cette époque dans Pilote, je me souviens même de l'endroit exact, la maison de Lambert ! Peut-être était-ce à l'automne plutôt qu'au printemps. Mais si je le sais c'est parce que j'ai cherché à recouper les dates de mes souvenirs avec les dates objectives des publications. Je me souviens qu'en ce mois de mai, je me rendais à l'hôpital pour voir mon père malade du coeur (déjà) et que je ne savais pas très bien ce que nous deviendrions, ni même ce que supposerait son absence. Je n'étais qu'un tout petit enfant perdu dans les dédales de pavillons sorti d'un autre âge, je découvrais un monde nouveau, à la fois archaïque et très moderne, et tous les objets étaient trop grands ou trop hauts pour mes mains.
Et puis cet hôpital était comme une ville hors de la ville. Je n'avais de prise sur rien, je ne savais rien. Et ensuite, il y avait mon père allité. Je me suis demandé après s'il n'avait pas fait exprès d'avoir son premier malaise afin de ne pas avoir prendre parti dans la grève générale, mais je ne suis pas sûr non plus que celle-ci ait déclenché cet accident cardiaque. L'un dans l'autre, les deux partis se défendent et je ne me vois pas trancher pour l'un plutôt. De toute manière, j'étais dans une sorte de brouillard et je n'avais pas encore les mots pour dire ce que je vivais. Je voyais bien les bâtiments XIXe s. dans le parc arboré, les instruments de chirurgie dans les chambres blanches et immaculées, mais je découvrais cela et je me disais que c'était normal, tout comme la présence des fils électriques du tramway, la télévision en noir et blanc dans un placard, les Majorettes dans la vitrine du quincaillier, le dernier Walt Disney à l'affiche du cinéma de quartier. Oui, tout était normal, sauf que rien ne l'était.
Ce monde si sûr que l'on m'offrait comme un cadeau de naissance, ce monde était déjà fissuré : j'étais plongé dans une fiction que je ne comprenais pas. Une histoire sans début ou fin. Le truc poisseux. Et puis il y a un moment où on se dit que 68, c'est fini et bien fini. Parce qu'il existe d'autres choses importantes sur la planète et que là je ne peux plus être le petit enfant aux pantalons de Tergal et aux pulls en acrylique perdu dans les couloirs d'un hôpital qui semblerait post-moderne aujourd'hui. J'ai grandi et si je ne sais pas plus la vérité d'hier, je suis capable de dire celle que je crois d'aujourd'hui.
00:05 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : 68, soixante huit, politique, autobiographie
mercredi, 30 avril 2008
E. Leclerc milite pour la décroissance
Dans la boîte aux lettres de mon immeuble, j'ai découvert le dernier catalogue publicitaire de E. Leclerc (sauveur de la planète grâce à ses sacs réutilisables et surtout vendables) avec ce slogan : "Pour vivre heureux, vivons moins cher". Cela m'a laissé quelques minutes interloqué, puis je suis parti vers la poubelle de tri sélectif pour le papier à recycler que cet immense écologiste n'utilise pas, lui préférant le papier glacé.
Cela dit, la formule est intéressante. Voyons un peu ce qui se passe dans le cerveau reptilien des marqueteux d'E. Leclerc. On part du principe qu'E. Leclerc est forcément un contestataire, qu'il est obligatoirement du côté des plus démunis et qu'il propose des idées iconoclastes. C'est son fond de commerce, se faire passer pour le gauchiste du commerce ! Quitte à détourner les affiches de 68 avant tout le monde, l'an dernier. Comme 68 est un peu trop présent sur les rayons de librairies et dans la presse, il faut qu'il se distingue. Qu'est-ce qui peut être (en apparence) un poil revendicatif et susceptible de faire passer E. Leclerc pour un syndicaliste de base ? Le thème du pouvoir d'achat ! Certes, mais c'est un peu trop vu. Et si on essayait la décroissance ? C'est follement tendance chez les altermondialistes. Oui, mais comment vendre de la décroissance afin que cela nous rapporte plein de sous ? Partons de quelque chose que tout le monde connaît, comme un proverbe. Personne ne résiste à la sagesse des nations.
Et voilà comment on se retrouve avec un slogan à la fois inepte et contradictoire. On commence par un infinitif à valeur générale "Pour vivre heureux". C'est valable pour n'importe qui, n'importe quand, n'importe où. C'est la reprise du proverbe classique qui berce le cher consommateur, mais surtout cela introduit déjà le thème un peu gauchiste de la recherche du bonheur à la place du profit. On ne pourra pas nous qualifier de sales capitalistes. Là où ça se gâte, c'est dans la deuxième partie "vivons moins cher". Parce qu'il s'agit d'une injonction où cette fois le consommateur est impliqué. "Vivons cachés", cela marche, l'agent est le même. "Vivons moins cher", cela pose des problèmes. C'est le caddie du cher client qui doit être moins cher et non la personne du client. Sauf que... les économies sont effectuées sur les rétributions des producteurs (salauds de paysans !), les salaires des magasiniers déjà au Smic (et avec exonérations sociales si on joue bien sur les zones franches) et des caissières à temps partiel subi, des chauffeurs routiers toujours au bord de l'illégalité du fait des dépassements d'heures, bref, sur tous les gens qui sont moins chers pour le marché du travail. Parce que la décroissance ne va pas s'appliquer aux cadres et aux actionnaires, faut pas rêver ! Le rêve, c'est du travail encore moins cher ! Oui, mais la caissière d'E. Leclerc, cela lui fait une belle jambe de payer moins cher sa nourriture puisqu'elle est déjà payée moins cher. Alors, à qui ce slogan s'adresse-t-il ? Aux personnes qui ont encore maintenu ou augmenté leurs revenus et qui se donnent bonne conscience en jouant à achetons plus pour montrer que nous sommes partisans de la décroissance ! Bref, cela se mord la queue, mais un pseudo consensus est énoncé quand même grâce à la logique apparente de l'équation posée par le proverbe.
10:37 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : décroissance, 68, soixante huit, commerce, marketing, pub, publicité
mardi, 29 avril 2008
Ga bu zo meu
Mai 68 a commencé comme ça, un sinistre 29 avril au soir, à l'heure où l'on devrait écouter les informations de la voix de la France éternelle. Nul doute que la chienlit qui a suivi était uniquement due à une poignée d'anarchistes chevelus qui avaient pris en otage la ORTF et de ce fait Mongénéral et tante Yvonne qui étaient les deux premiers spectateurs des étranges lucarnes.
Cela dit, je suis toujours étonné que l'on n'établisse pas une filiation entre les Shadoks et le Flagada de Degotte* dont la première version est fort proche par le graphisme avec celui des oiseaux imbéciles. Le nom des Shadoks est déjà inspiré de celui d'un célèbre capitaine haut en couleur, alcoolique et au verbe imagé, alors la piste spirouïque pour le dessin des Shadoks tient également. Il suffit d'ôter l'hélice qui fait l'originalité de cet animal fort apprécié par Franquin.
Pour le plaisir, replongeons-nous dans l'atmosphère si douce de ce 29 avril 1968 et commémorons les révolutions qui nous font rire !
* Pour lire le premier mini-récit du Flagada, il suffit de demander un courriel d'identification. Je n'ai jamais eu de pub à la suite de ça, c'est sans risque.
14:02 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : 68, soixante huit, politique, humour, bd, télévision, télé
dimanche, 20 avril 2008
Délivrez-moi de 68 !
Je suis un homme libre ! Je ne veux pas être condamné à revivre 68 en boucle comme le héros du Jour de la marmotte ! Je veux revenir en 2008, c'est mon époque à moi de maintenant ! 68, c'est juste mon enfance, avec les billes de verre, le Journal de Tintin ou Spirou ou Pilote, les images Panini de Saint-Etienne, les plumes Sergent-Major, les Shadocks, l'ami public numéro un, Henri Salvador chantant Disney, les instituteurs en blouse grise, les Majorettes dans des vitrines ornées de bois peint, les Jeux olympiques de Mexico dans le Journal de Mickey sans que je sache qu'il y avait eu des étudiants fusillés dans ce pays quelques mois plus tôt, la Bibliothèque rose et la collection Rouge et Or, le Bled, le calcul de centiares et de stères, la collection Nelson dans une vieille armoire, le conditionnel passé deuxième forme ou le complément circonstanciel de poids et de mesure, les lancements de fusées Apollo en direct à la télévision, des tractions avant et des DS, un monde où il y avait encore des drogueries avec des serpillières dégoulinant du plafond, des quincailleries aux plafonds immenses pour des placards abritant toutes sortes de clous auxquels on n'accédait que par des escaliers mobiles, et encore des tramways sur rail, des lampadaires à gaz ! Je ne veux pas revivre 68, je n'ai pas vécu 68 comme on le raconte et je ne laisserai personne dire que c'était le plus bel âge. C'est juste le monde où j'étais enfant, sans voix donc.
10:31 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : 68, soixante huit, politique, humour


