jeudi, 01 février 2007

Le siècle des obscurités

Ce billet est destiné à être publié exactement entre 19 h 55 et 20 h ce soir, mon ordinateur sera allumé comme tout ce qui sert à m'éclairer ou me chauffer ou à entendre et lire les voix du monde. Pourquoi ?

Parce que je trouve particulièrement lamentable le fait de se trouver à la merci de propagations virales qui font appel à la mauvaise conscience de tous. Elles affectent d'abord la forme d'une sorte d'unanisme inepte (du type “nous sommes tous Américains”). C'est la première raison, mais non la seule. Nous ne vivons pas tous dans le même monde, même si nous sommes tous sur la même planète et mourrons tous. Les différences de classes et de conditions économiques existent toujours. Est-ce que l'on imagine une infirmière coupant le courant de tout son hôpital pour répondre à l'appel des Amis de la Terre ? Est-ce que l'on a pensé qu'il y a des Français vivant sur des territoires français avec d'autres fuseaux horaires ? Non, nous ne formons pas un tout qui serait totalement uni, les contradictions existent et on ne peut pas croire que l'on se fondrait dans cette masse, à moins d'être imbécile ou fanatique. Je ne plaide pas là pour l'individualisme, mais pour un usage de la raison : nous ne devons pas participer aux mouvements collectifs sans avoir examiné ce qui les motive et comment nous pouvons en sortir.

Le deuxième point qui me retient, c'est le chantage et l'appel à la mauvaise conscience. Si vous n'éteignez pas votre lumière à 19 h 55, c'est que vous êtes un salaud et que vous vous fichez de la planète ! Généralement, ce genre de stratégie oratoire a le don de me mettre en colère. Je me souviens que j'ai failli casser la figure à un adepte du Téléthon qui me souhaitait de devenir handicapé parce que je refusais de donner (il ne savait rien de ma vie et de ma famille). Je n'admets pas en outre que l'on mette sur le même plan des enjeux majeurs et puis un geste mineur avec en prime une accusation implicite envers celui qui ne respecterait pas ça. Je trouve que l'on vit trop dans une idéologie de la culpabilité qui s'infiltre jusque dans les gestes les plus quotidiens comme se brosser les dents et que cette idéologie est devenue dangereuse à force de répétitions.

Le troisième point concerne le mode de propagation virale. Il est dangereux pour l'esprit de vouloir envoyer à tout son carnet d'adresse le message qui dit que la petite Eugénie (morte il y a a cinq ans ou n'ayant jamais existé) a un besoin urgent d'une greffe, souffre d'une maladie orpheline, possède un groupe sanguin rare (lequel est celui en fait de la majeure partie de la population). En choisissant le mode viral, on choisit de créer le bruit, donc l'insignifiance. Si on veut défendre une cause, on ne le fait pas par diffusion virale car cela se perdra, mais en exposant des arguments devant une assemblée et en les défendant ensuite devant. La diffusion virale, c'est pour la pub et la propagande, pas pour de vraies causes politiques.

Le quatrième point est le fait que tout cela repose sur un fond mortifère. Je veux bien observer une minute de silence ou de recueillement à certains moments très particuliers, cela permet de réfléchir ou de prier selon la conception que l'on a de l'au-delà. Il faut du silence parfois en profitant du caractère sacré d'un instant, je trouve cela très bien, on montre la séparation entre deux univers et on pense chacun pour soi à ce que sont les autres ou soi. Je trouve assez banal le fait d'avoir des journées sans tabac, sans alcool, sans voiture, sans portable. Pourquoi pas ? C'est un effort individuel, mais qui ne demande pas de mimer la mort, parce que c'est au fond de cela qu'il s'agit . Je trouve dangereux aussi le fait d'imiter la mort, que tant de personnes croient être plus crédibles et originales en s'allongeant sur le sol comme des morts, alors qu'elles imitent toutes celles qui les ont précédées dans ce même geste dramatique. J'ai trouvé honteux et scandaleux que les enseignants d'un collège (qui doit être fermé) de ma commune demandent aux élèves de leur établissement de s'allonger dans la cour afin de mimer la mort. Et c'est à la fois pour l'instrumentalisation des enfants et pour l'enjeu métaphysique. Si on agit ainsi n'importe comment et pour n'importe quoi, il ne faudra pas s'étonner du peu d'importance de la vie dans les consciences.

jeudi, 07 septembre 2006

J'aime l'araignée et j'aime l'ortie

Cette note pourrait me valoir deux ans de prison et 75 000 euros d'amende. Est-ce que je fais l'apologie des crimes de guerre ou contre l'humanité, je rédige un manuel du parfait petit terroriste ou du vrai bon faux-monnayeur, j'incite à la haine raciale, la discrimination religieuse ou sexuelle ? Rien de tout ça.