mardi, 22 août 2006
Abrédérivations
Les abréviations des numéraux ordinaux sont codifiées, on place en petites lettres supérieures l'élément qui suit le chiffre et on n'utilise que le minimum de lettres : 1^er au masculin ou 1^re au féminin, 2^d au masculin et 2^de au féminin, 2^e au singulier et 2^es au pluriel. Mais il faut voir aussi les formes qui ne sont pas issues de nombres et dont le radical ne peut être écrit en chiffres. Considérons déjà que les graphies n^me et n^ième (PR1) pour énième sont fausses puisqu'elles reprennent un élément inutile pour l'une et que ce n'est pas une abréviation du tout pour l'autre. La seule bonne graphie en suivant la série des nombres serait : n^e. De la même manière, on aurait x^e pour ixième ou xième. La lettre peut être lue par son nom de la même manière que les nombres. Penchons-nous maintenant sur quelques abréviations d'adjectifs ou de noms qui partent d'adverbes : le tantième sera le t^e, le quantième (forme soutenue) peut devenir le q^e, le combientième être le c^e. Je m'arrête un instant car je constate que l'on va confondre c^e (combientième) et c^e (comte comme dans c^e d'Happotikerr), mais comme la première forme est déjà considérée comme fautive...
Mais le pénultième et l'antépénultième ? Je propose de faire pour le premier une abréviation simple p^e, et pour le second une semi-composée : antép^e. On pourrait à la rigueur admettre pén^e, mais ce serait déroger à la règle de la plus courte abréviation possible. On aura ainsi un système bien régulier. On peut l'étendre à ultime, anciennement ultième, u^e. Cela permet alors d'augmenter les abréviations d'adverbes : 1° (primo), 2° (secundo ou deuxio, deuzio suivant le registre de langue), et donc u°, ultimo, e° eskimo.
Reste une question : les ordinaux belges ou suisses. Il faut prendre alors un élément du radical, on distinguera ainsi s^e (septantième) de 7e et de 70e, o^e ou h^e (octantième ou huitantième) de 8e et de 80e. Ce qui fiche tout par terre, c'est le nonantième car on va le confondre avec n^e qui veut dire nième ou énième. Il faut donc l'écrire non^e, ce qui n'est guère heureux puisque l'on peut croire que c'est un nonième, un nombre qui n'existe pas, tel zérotième ou zéroïème (0^e)*. Viennent ensuite les nombres improbables, et là le trait d'union peut servir : 40-12^e (quarante-douzième), 50-12^e (cinquante-douzième).
* Je m'interroge d'ailleurs : pourquoi zérotièmement n'aurait-il pas droit de cité comme premièrement, deuxièmement ?. Cela définirait assez bien certains préambules où l'on entend surtout des captatio benevolentiæ et des prétéritions. Et ultièmement si l'on veut dire que l'on en finit avec le sermon ? Pénultièmement, pour signaler que le calvaire va bientôt prendre fin ? Antépénultièmement pour dire que l'heure du vin d'honneur se rapproche ?
17:23 Publié dans OuGraPo | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ougrapo, oulipo
dimanche, 02 juillet 2006
Gros teasingue
Bientôt ici des nouvelles de l'OuGraPo avec un euh... site ou blougue sous Pointclair (point clair du tout puisque l'on ne sait si ce sera vraiment blougue ou site-ouaibe) que Vincent Ramos commence à mettre en ligne. Première impression : je hais le bleu pâle ! Mort aux couleurs pâles sur la Toile ! Mort au bleu aussi pour les caractères d'un texte. Cela me fait penser aux stencyls de mes anciens profs.
22:09 Publié dans OuGraPo | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
jeudi, 25 mai 2006
Verbes négatifs synthétiques
[Ce texte est issu d'une discussion qui avait eu lieu en 2002.]
Le latin connaissait des verbes négatifs qui ne résultaient pas de l'addition d'un préfixe à un radical, mais de la contraction d'un adverbe avec le verbe. Ainsi, le verbe scio « savoir » avait son contraire avec nescio « ne pas savoir, ignorer » provenant de l'agglutination de l'adverbe ne. De la même maniere, le verbe irrégulier volo « vouloir » servait à former nolo « ne pas vouloir » et malo « préférer » à partir de non et de male : novolo > no(v)olo > nolo. Malheureusement, ces verbes étaient semi-déponents et on avait aux autres personnes non vis, non vit...
L'ancien français les a connus. Noloir, XIIe s. « Se ge, al roi nolent mentir, Ne li porroie dire
voir [vrai]. » (Florimont.) Maloir, 1237, Histoire de Meaux, aimer mieux, préférer. Ce sont des constructions analogiques de vouloir, lequel avait eu son infinitif refait de velle en *vollere sur la base de la première personne et avec une désinence plus régulière, cela en latin populaire. L'emploi de mal comme adverbe ne semble pas très intéressant car cela existe en français (maltraiter, maudire) et c'est négatif. En revanche, on peut former des constraires sur le modèle de noloir.
— Nouvoir : ne pas pouvoir. « Je neux venir », « Je nuis répondre ».
— Naire : ne pas faire. « Il nait son travail ».
— Nire : ne pas dire. « Je nis mot. »
— Nenir : ne pas venir. « Je nenirai demain. »
— Nettre : ne pas mettre. « Je nettrai ce vêtement. »
— Navoir : ne pas avoir. « Je navais vu le panneau. »
— Noir ; ne pas voir. « Je nois les problèmes. »
— Nevoir : ne pas devoir. « Nous nevons répondre. »
— Nalloir : ne pas falloir. « Il naut compliquer les choses. »
On voit les avantages de ce système. D'abord, cela varie les formations négatives qui sont effectuées avec quelques préfixes (in-, dé-, mé-, mis-). Ensuite, cela permet de réactiver une formation oubliée (sauf dans des termes rares comme nonchaloir, nonobstant). Enfin, on fait une économie singulière de particules négatives qui peuvent être réutilisée ensuite pour ces contraires de verbes fréquents sans aucun vrai négatif : « Je ne nends pas de cette eau-là » = « Je prends de cette eau-là. » Cela me permet de repousser l'objection de Luc Bentz alors : ce n'est plus de l'OuLexPo, mais bien de l'OuGraPo puisque la structure syntaxique est modifiée. Les inconvénients sont néanmoins multiples car on ne voit pas très bien dans certains cas la différence entre la négation soutenue (je n'aurais dit) et la négation contractée (je naurais dit). Ensuite, il y a quelques cas d'homonymie un peu ennuyeux (je nie et je nis). Mais cela peut redonner de la valeur à l'écrit et introduire des distinctions subtiles.
[Petit addendum : depuis le 11 mai, le Petit Champignacien figure dans les liens de Wikipedia français du fait de la catégorie OuGraPo de ce blogue.]
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mercredi, 24 mai 2006
Les itous
Dans le cadre des ateliers pédagogiques de l'OuGraPo en colonie de vacances, nous vous proposons ce soir un stage de pâte à sel pronominal...
On connaît la formule « me too » très en vogue sur les forums de discussion pour dire « je suis d'accord avec » ou « ajoutez-moi » :
Le forum sur le macramé n'a rien à faire dans la branche misc*, il faut absolument le placer en rec* pour la cohérence de la hiérachie. Donc c'est fr.rec.macrame, ou sinon vous gagnez mon [NON].
> Me too.
Elle a été francisée par calque en « mitou », a donné naissance au verbe « mitouiser », mais on peut imaginer une déclinaison complète : ioutou, hitou (à ne pas confondre avec itou, adverbe), chitou au féminin, ouitou, ioutou, zétou. Je me demande même si l'on ne devrait pas adjoindre une marque de pluriel, soit en -s (« ouitous ») que l'on pourrait prononcer, soit en -x afin d'augmenter les irrégularités. Le pluriel en -s a néanmoins ma préférence car il permettrait aussi une formation de féminins sur le modèle « tous »/« toutes » : 1 du pluriel ouitous, ouitoutes ; 2 du pluriel, ioutous, ioutoutes ; 3 du pluriel, zétous, zétoutes. Ensuite, on peut adjoindre un neutre de troisième personne : itout.
— Ouitoutes, on vous suit ! s'exclamèrent Sabrina et Samantha.
— Et le chien vient avec nous ?
— Itout !
Marcello-Amadéo Cauvin, Contes du chien perché sur un baron
On pourra aussi distinguer entre un pluriel de majesté : « Nous eussassions eu agi de la même façon ouitou face à ce bortsch enragé qui avait eu menaerure de mordrure. » (Ines Blito, le Clan des Sept au McDonald). Et puis un pluriel grammatical : « Ouitous, nous allons voir le Retour de la Saucisse masquée. » (Iñes Blito, le Club des Cinq fait de la pâte à modeler).
Le très net avantage de ce pronom adverbial personnel et indéfini, c'est de faire revivre le système qui a donné naissance à notre « itou » familier, issu de l'ancien français « itel » par croisement avec « tout ». Je reviendrai sans doute plus tard sur le sujet de « itel » (hic talis, ce tel) mais il nécessite aussi d'examiner les pronoms démonstratifs dont on a supprimé les dérivés : icelui, icist... Que l'on sache cependant que l'ancien français connaissait « itotes » comme adjectif féminin singulier, notre système n'est donc pas si absurde.
Mais comme nous vivons dans une ère et une aire de diglossie, nous pensons qu'il serait bon d'offrir aux tamoulo-ougrianophobes notoires, un PAPI d'un type plus français et pour cela nous allons nous
appuyer sur l'argot. Parmi les nombreuses créations argotiques pour les pronoms personnels mézigue, mézis, mézières, mes-cols, mézingand, mon orgue, mon nière), une mérite l'attention. Elle est issue du croisement entre « [m/t/s]oi » et « aussi » : maouzi, taouzi, saouzi. Elle date de 1888. Un désavantage, elle n'existe pas au pluriel et il faut donc construire : nouzi, vouzi, leuouzi. Les deux premières formes s'expliquent par une simplification due à la répétition de la voyelle, la troisième est analogique. Le féminin pourra simplement être marqué par un -e : elle chante saouzie des tyroliennes. Et il conviendrait de distinguer le pluriel de majesté (le roi dit nouzi) du pluriel réel (je
veux que nous prenassions du gigot de musaraigne nouzis), ou le pluriel de politesse avec « vouzi » (vous allez reprendrure de la tarte aux harengs, vouzi) et le pluriel réel « vouzis ».
Il pourra donc y avoir un double système de PAPI (pronom adverbial personnel et indéfini) :
* Mitou(te), etc. Ouitou (majesté masculin), ouitous (pluriel masculin), ouitoute (majesté féminin), ouitoutes (pluriel féminin), etc.
* Maouzi(e), etc.
Et puis un système peut-être plus soutenu : moizaussi(e), nouzaussi(e(s)).
13:15 Publié dans OuGraPo | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
mardi, 23 mai 2006
La java des articles contractés
au, aux, du, des, ès.
Exercitationnatons-nous ! Cher professeur Dumeszeug, expliquationnatez donc le système ré-vo-lu-tion-nai-reu que vous venez d'inventer. Eh bien ! Pour fabriquer un article contracté, mes enfants
croyez-moi c'est vraiment de la tarte, la question du détonateur s'résout en un quart d'heur', c'est de cell's qu'on écarte.
— En + le : le pluriel « ès » ne possède plus de singulier depuis que « au » a été confondu en moyen français avec l'autre article issu de à+les. C'est pourquoi nous proposons de reprendre une forme identifiable et claire : èl. Au féminin : èla.
Exemples : Il vit èl Havre. Il réside èla Île de la Cité. « Le poète impeccable, maître èla langue française. » (Charles Dufaÿs-Baudelaire.)
— Sur + le : l'italien et l'occitan connaissent un contracté simple d'emploi. Sans avoir jamais rien appris ou être un vrai génie question travaux pratiques, on peut le retrouver. Il existe en français
parlé populaire même si on ne note pas d'habitude à l'écrit l'assimilation du /r/ dans « sur le », « sur la ». On peut donc construire graphiquement un article contracté qui existe déjà dans la langue : sul, sulla, sullés.
Exemples : Sul principe, chuis d'accord avec Serge. Sulla ville de Paris, on dénombre vingt accidents par an dus à des déjections canines. Sullés ondes i z ont dit que la météo se gâtait.
Même principe pour l'opposé sous + le/la/les : soul, soulla, soullés.
Exemples : Je suis soul balcon, Marie-Christine ! Soulla tonnelle, il fait bon...
— Par + le : l'occitan connaît cette contraction avec « per ». Nous proposons de le suivre : pal, palla, pallés (ou paux).
Exemples : On doit passer pal pont de Tolbiac. J'ai pris le métro et j'ai changé palla station Montparnasse-Bienvenüe. Pour Opéra, penser à prendre la correspondance pallés Invalides.
Ce n'est pas logique ? J'ai le cerveau qui flanche, soyons sérieux disons le mot, c'est même plus un
cerveau, c'est comm' de la sauce blanche.
— Avec + le et sans + le : c'est la partie la plus difficile car on a affaire à un disyllabe accentué. Nous estimons qu'il faut s'appuyer sur la prononciation populaire fréquente « avé » où le /k/ final est élidé. Donc : avèl, avella, avellés. Et au privatif : sanle, sanla, sanlés.
Exemples : Avèl temps, tout s'en va. Sanl'amour, il n'y a pas d'amour.
Une petite comparaison avec les créoles permettrait sans aucun doute de compléter ces aspects car les créoles connaissent et pratiquent à l'écrit aussi les contractions, ils ont été plus loin que le français familier. C'est vrai que beaucoup de prépositions ne peuvent toujours pas être contractées : Y a quéqu'chos' qui cloch' là-d'dans
J'y retourne immédiat'ment
En tout cas :
Je suis bien convaincu
D'avoir servi la France !
15:54 Publié dans OuGraPo | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
lundi, 22 mai 2006
Le pluspluriel
Pliez les genoux ! Assouplissez les jambes ! Tendez les bras ! Expireeeez ! Étirez la langue ! C'est le quart d'heure santé de l'OuGraPo !
On sait que les pronoms de première et de deuxième personne posent une difficulté majeure : ils sont inclusifs ou exclusifs. Nous nous proposons de résoudre le problème et de réduire la f(r)acture par
l'algèbre.
Exemple :
— Nous avons mangé de la dinde aux marrons.
Nous peut désigner je, je+vous (ou tu) ou je+ils. Soit un choix entre l'allocuteur et d'autre part l'allocutaire compris (nommé à tort nous inclusif) ou la non-personne comprise (nommé à tort nous exclusif).
Nous proposons de refonder ce système primitif et barbare en distinguant :
— Nous de majesté, en fait je, « nouje » : « le roy dict nouje voulons ».
— Nous dit inclusif, « noute » (singulier) et « nouve » (pluriel) : « (À son ami) : Noute allons partir. ».
— Nous dit exclusif, « nouil » (singulier) et « noueux » (pluriel) : « Noueux gagnerons parce que nous sommes les plus forts, na ! » « Noueux partîmes cent, mais par un prompt renfort noeux fûmes cinq
mille ».
Ce système présente l'avantage de distinguer deux sortes de pluriel :
— pluriel simple avec deux personnes dans la droite ligne du duel indoeuropéen mais un schéma plus symétrique ;
— pluriel de pluriel que l'on peut baptiser pluspluriel.
On pourra raffiner ensuite en introduisant des féminins, masculins, neutres dans cette distinction qui méprise quand même trop les genres... Mais chaque chose en son temps.
Donc on peut étendre ces possibilités à la deuxième personne : voute, vouil, voueux.
Et puis alors songer aux adjectifs possessifs :
— noje, note, noil, noeux ; notreje, notrete, notril, notreux ;
— vote, voil, voeux ; votrete, votril, votreux.
« Votrete amour répondra de la sûreté de votrete enfant. » (Racine, dernière version, retrouvée dans une malle cet été, d'« Andromaque ». Le pauvre a arrêté d'écrire publiquement lorsqu'il a commencé des iambes à la Chénier.)
Le schéma sera identique pour les pronoms possessifs à part le petit chapeau que nous avons préservé par les suffixes. Et tout sera un peu plus logique !
Soufflez ! Ins-piii-rez ! Ex-piii-rez ! Écartez les genoux ! Tirez la langue ! Grattez-vous les fesses ! Faites le poirier et le grand écart en même temps et un double salto enchaîné ! Et re-tirez la langue !
16:25 Publié dans OuGraPo | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
jeudi, 18 mai 2006
Désambiguïsation des possessifs
réfléchi de troisième personne.
On connaît une hésitation pour les adjectifs possessifs lorsque le sujet et le pronom complément d'objet second d'un verbe le possesseur sont à la même troisième personne. Ainsi la phrase peut présenter une équivoque :
— Elle (Il) lui raconta son histoire.
— Martine (Paul) lui raconta son histoire.
Quelle histoire ? Celle du sujet ? Celle de lui (qui peut représenter un être masculin ou féminin) ? Une autre histoire d'un tiers, mais qui était réclamée par « lui » ? On ne sait.
Pour lever l'ambiguïté, la langue à recours à « l'adjectif propre » qui par son insistance peut être distinctif lorsque les deux personnes sont de sexe différent :
—Elle lui raconta sa propre histoire/ son histoire à elle.
— Il lui raconta sa propre histoire/ son histoire à lui.
On comprend alors que l'histoire est celle du sujet. La première formulation reste toutefois un peu équivoque. Mais comment faire pour indiquer qu'il s'agit de l'histoire du destinataire des propos ?
On est contraints d'inventer l'adjectif possessif composé. On part de la base s-(+on/a/es) considérée comme marque de la possession :
— Possesseur masculin singulier, objet possédé masculin singulier : sonnui. (On supposera une assimilation retrograde de la consonne par une anticipation due à la phonétique prospective et fictionnelle.)
— Possesseur masculin singulier, objet possédé féminin singulier : sonelle.
— Possesseur féminin singulier, objet possédé féminin singulier : saelle, qui deviendra par simplification selle selon la loi de Dumeszeig toujours dans le cadre de la phonétique fictionnelle.
— Possesseur féminin singulier, objet possédé masculin singulier : salui.
Arrêtons-nous un instant et examinons les exemples :
— Shéhérazade raconta au Sultan selle histoire. Cette histoire est celle que Shéhérazade connaît et peut seule raconter.
— Shéhérazade raconta au Sultan sonelle histoire. C'est l'histoire que l'époux réclame tous les soirs.
La langue devient nettement plus claire et limpide.
— Possesseur masculin singulier, objet possédé pluriel : sesseux. oujours l'assimilation encore de la consonne.
— Possesseur féminin singulier, objet possédé pluriel : sesselles, par analogie de forme la consonne est devenue sourde.
Cela ne me satisfait guère car on ne distingue pas encore assez entre les objets possédés pluriels féminins et masculins. Je propose donc de former un adjectif féminin pluriel qui se placerait à côté de « ses », désormais réservé au seul masculin : on utilisera évidemment le e caduc marque du féminin car le « a » atone en finale absolue doit s'amuïr : sesse. La consonne ne pouvait que rester sourde en cette position.
Il convient donc de surcomposer afin de marquer que l'objet est féminin pluriel ou masculin pluriel :
— sessesseux : objet possédé masculin pluriel ;
— sessesselles : objet possédé féminin pluriel.
Les combinaisons sont déjà plus riches et on peut les étendre aux autres personnes du possesseur singulier messeux, messelles, memesseux, memesselles, etc.
Reste le très grave problème des possesseurs multiples avec « leur(s) », terriblement ambigu. Mais je renvoie cet exercice à une autre communication, dans les prochains jours, afin de ne pas lasser
l'auditoire. On peut lire la proposition de Jean Fontaine ici.
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vendredi, 12 mai 2006
Nouveaux compléments circonstanciels
Il y a eu des interventions fort drôles de Vincent Ramos (Siva Nataraja) et Pierre Hallet dans ce fil. J'ai juste repris mon bien et un peu réécrit mes propos, fait quelques collages ou ajouts, mais le reste était amusant.
L'OuGraPo ne doit pas se limiter à la (ré)création de formes nouvelles, il doit aussi s'intéresser à l'élaboration de nouvelles catégories grammaticales afin de penser la complexité des rapports de communication dans l'arantèle et l'usoir-réseau. C'est pourquoi j'estime nécessaire d'inventer de nouvelles fonctions grammaticales. Le mode asynchrone des discussions et les inter-relations entre les différentes notions informatiques ou arantéliques nécessitent de redéfinir des catégories bien vieillies comme le complément d'objet direct ou indirect, l'attribut, le vieux complément circonstanciel de lieu... Unissons donc fonctions du langage, fonctions grammaticales et fonctions informatiques !
— Complément circonstanciel d'objet. Se rapporte à l'objet d'un forum ou d'une discussion. « Ce forum est consacré à la langue française. » « Ceci est le premier AAD pour la création de fr.rec.calembours. » « Cette discussion sur la salmonelle est hors-charte/hors-sujet dans fr.misc.refrigerateurs, elle doit avoir lieu dans fr.misc.fromages. » « Revenez _en thème/dans le sujet/dans la charte au lieu de parler de la vie sexuelle des lérots [CCO2] dans fr.soc.combles-amenages. »
— Complément circonstanciel de destination. Se rapporte au lieu et au public d'une communication. « Regardez donc ma réponse sur les girolles sur/dans/à fr.misc.champignons. » « Cet AAV sur fr.usenet.neuneus [CCO] est publié dans les forums suivants... »
— Complément circonstanciel métapoétique engendré par les interrogations récurrentes :
« Le complément circonstanciel de fonction métapoétique répond à une question simple et cyclique par un jeu sur le langage. Ainsi, lorsqu'un intervenant demande l'orthographe, l'origine ou l'éthylomologie de « au temps pour moi » ou « autant pour moi », il lui est répondu en deux temps, une fois de manière métaréférentielle, une autre fois de façon métapoétique en proposant une histoire invraisemblable fondée sur un calembour. Cela prête donc à des défis langagiers dignes de concours comme dans les puys d'amour ou les hain-teny où chacun doit enchaîner sur le préopinant tout en conservant une partie de la réponse poétique donnée, mais en la faisant dériver selon le thème fourni. Ainsi, les forums de discussion deviennent le théâtre de formes fixes, dialogiques, qui puisent leur origine dans une culture orale malayo-polynésienne ou occitane. »
— Complément circonstanciel de poésie ou poétique, qui joue sur la forme adoptée, cela en référence à la fonction poétique du langage. « Votre article m'apparaît sous la forme Har pnegr qr Senapr zbager y'rkgrafvba qhqvg znpuva, rg wr erfgr eêirhe... pne, abgrm-yr ovra ! Ngynagvdhr, Znapur, Orytvdhr, Yhkrzobhet, Nyyrzntar, Fhvffr, Vgnyvr, Zéqvgreenaér, Rfcntar, fr sbaqrag ra ha zêzr neevèer-cyna tevfâger. Qu'est-ce que cela veut donc dire ? ». « [NON] ». « Lisez le mail que j'ai posté. — Qu'est-ce que c'est ? ». « Français : pauvre/hittite : RICHE (1/1000)
— Complément circonstanciel métalinguistique que l'on aperçoit ailleurs lors des références à Gargouille le Maudit. « Comme je le disais dans mon message news:etc. et pour lequel j'ai repris X fois les mêmes propos sur les cultures de palmiers en Norvège... »
— Complément circonstanciel de redirection. Variante du précédent. Définit un changement de destinataire et de lieu. « Je fais suivre à/dans/sur fr.lettres.langue.klingon ces aperçus sur le saturnien [CCO]. » Vieilles variantes elliptiques : « RTFM », « AltaVista est ton ami ».
— Complément circonstanciel de distribution. Concerne les modalités de publication des articles. « Mon texte sur les betteraves transgéniques dans fr.soc.malbouffe [CCDe] n'apparaît pas chez Wanaboom.» « Ce texte en HTML [CCE] a été refusé sur le serveur de l'Université de Palavas. » « Servez-vous donc de Gluglu pour retrouver les articles ! »
— Complément circonstanciel d'encodage. Définit les encodages choisis pour les textes. « Pourquoi publiez-vous en iso-8859-tronze sur fr.sci.radiesthesie [CCDe] ? » « Ce forum est francophone. » « Votre euro m'apparaît sous la forme d'un scarabée. » « Je ne comprends pas ces signes. » « On répond sous le texte, et pas au-dessus. » « Vous devez mettre la balise [STAL-ACADEMY] dans fr.soc.intolerance [CCDe]. » « On n'écrit pas en majuscules sur fr.soc.timidite. » « On ne met pas le nom et l'adresse d'un contributeur dans le titre [CCDe] ! »
— Complément circonstanciel d'émission/ complément circonstanciel de réception. Ces deux notions concernent les logiciels utilisés. « Ah ! mais vous ne pouvez pas lire correctement les chevrons de citation avec votre couteau suisse, Ôte le clou. » (CCÉm). « J'ai commencé à écrire _dans/avec Worst 2999, puis copicollé le tout dans/sur Netscrape et c'est de la bouillie de lignes longues de 900 caractères dans fr.comp.minitel [CCDe] ! »
— Complément circonstanciel de censsure. Signale qu'un article ne sera pas lu ou sera supprimé. « Votre article est annulé pour multipublication de 885 spams. » « Plonk ! » [CCC elliptique]. « Vous avez gagné un point Godwin, découpez... ».
— Complément circonstanciel de soulignement. Renchérit. Souvent elliptique. « Mitou ». « :-) ». « -:( ». « Vous êtes fourbe. » « Vous avez un gros nez. » « Pas mieux. » Ça fout la trouille ! © » Il en existe des centaines de versions verbales et pas seulement des trombines.
— Complément circonstanciel de convivialité, très fréquent sur les blogues. Super ! Merci ! 5pa ! T'es trop gentille ! Moi aussi, j'aime beaucoup ce que tu fais. Biz ! Venez lire mon blog !
— Complément circonstanciel de rires enregistrés (sous-catégorie du précédent). Lol, ROTFL, Mdr.
— Complément circonstanciel de fonction phatique. Prems' ! Ah zut ! je ne suis pas prems' ! Coucou ! Kikou ! Joli, bonne soirée. Venez lire mon blog !
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jeudi, 11 mai 2006
Le futur parfait
On sait que le futur et le conditionnel sont formés (en règle générale) sur le radical de l'infinitif et que la désinence est empruntée au présent et à l'imparfait du verbe avoir. Il s'agissait à l'origine de temps composés avant la forme synthétique.
* Chanter + ai, chanter + (av)ais.
* Ser (de « essere » réfection en bas-latin de « esse ») + ai, ser + ais.
Mais le français se prive d'une ressource en n'employant pas un des temps simples dont il dispose : le passé simple.
Je propose donc de former le futur parfait en ajoutant à la base du futur les formes du passé simple.
* Verbes en -er : je chantereus, tu chantereus, il ou elle chantereut, nous chantereûmes, vous chantereûtes, ils chantereurent.
* Verbes en -ir : je finireus, tu finireus...
* Verbes irréguliers : je verreus, j'ireus, je fereus, j'aureus, je voudreus, je pourreus, je courreus...
Ce temps peut-être complété par un temps composé : le futur antérieur parfait. Il se conjugue comme le futur antérieur et le conditionnel passé, mais l'auxiliaire est au futur parfait. Par exemple :
* J'aureus mangé. Je sereus venu. Il se sereut lavé.
Quelle est l'utilité de ces temps ?
1) Ils peuvent exprimer un aspect modal.
Le futur exprime par exemple l'ordre : « Tu mangeras des rastrons. ».
Le conditionnel un fait hypothétique, un rêve, un souhait, un regret : « Que ne me remplirais-je la gidouille ! »
Le futur parfait exprime l'optatif accompli à valeur injonctive : « Ce n'est pas moi, père Ubu, c'est un autre qu'il faudreut assassiner ! » « À ta place, ce cul, je voudreus l'installer sur un trône. » Ici, l'optatif accompli à valeur injonctive montre un fait qui est considéré comme existant et déjà réalisé malgré son inexistence. C'est comme si c'était déjà fait ! Alors que le conditionnel indique un fait souhaité, mais qui demeure encore virtuel et inaccompli. Le futur parfait est un temps à modalité ontologique et à culbute ondulatoire.
Ou bien l'inductif ponctuel à inversion imaginaire : « C'est dommage, il aureut mieux valu le manger chaud, cela aureut été bon. » (Exemples extraits d'Ubu tudé, Tragoedie en tronze tableaux d'Alfred Jarry, Mercure de France, 1906, exemplaire sur papier de Chine échappé au pilon.) L'aspect inductif ponctuel à inversion imaginaire signalé par le futur antérieur parfait ne peut absolument pas se confondre avec l'aspect hypothético-déductif du conditionnel. Le raisonnement part de la règle générale pour en tirer des conclusions sur les exemples particuliers. C'est parce que c'est toujours mieux de manger chaud que c'est toujours bon, donc il convient de ne pas suivre la logique biaisée par l'emploi du conditionnel et il faut préférer le futur parfait lorsque l'on a affaire à un axiome.
2) Ils peuvent exprimer un aspect temporel.
Le futur simple est remplacé dans le récit par le conditionnel présent, le futur antérieur est remplacé par le conditionnel passé. Malheureusement ces temps expriment des valeurs identiques à celles de l'imparfait et du plus-que-parfait, ils se situent donc à l'arrière-plan des actions et sont non bornés. Il manque un temps qui fasse pendant au passé antérieur afin d'exprimer des actions futures dans un récit au passé. Ce temps indique une action au premier plan, bornée, brève.
« Notre héros songea que dans quelques heures seulement il ne reverreut plus le jour se lever. » (Albus Camert, le Dérangé, Gallimard 1941.)
« Amanda déclara en larmes à Rodolphe-Adalric qu'elle l'aureut aimé plus que tout dans sa vie. » (Barbara Smartland, la Farouche Héritière, Éditions de Minuit, 1946.)
« Lorsque ce sombre crétin de mes deux de Dominique de V*** conseilla la dissolution, je n'imaginais pas que cela pourreut se terminer si mal. Je suis entouré d'abrutis. » (Manuscrit anonyme d'un certain A. J., retrouvé à l'aéroport de Mirabel.)
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mercredi, 10 mai 2006
Sujet : le sujet
Un texte ancien encore.
* Lui parle.
* Eux parlent.
Cela provient d'une ellipse pour la construction emphatique : lui, il parle ; eux, ils parlent. Les autres formes de non-personne ou de pronoms au pluriel ne permettent pas de savoir si l'on a affaire au pronom emphatique dans une phrase déclarative : elle parle, elles parlent, nous parlons, vous parlez. Cependant, c'est marqué par un accent particulier à l'oral alors que les pronoms sujets sont normalement atones dans le groupe verbal. Je pense qu'il serait bon de distinguer alors le pronom tonique qui a comme origine le pronom complément et le pronom atone ou sujet. Cela pourrait se faire par une simple virgule, comme dans la phrase classique qui met en valeur le sujet : nous, parlons.
On dit aussi que l'impératif se caractérise par son absence de sujet exprimé, or c'est absolument faux : la phrase « toi, chante » contient bel et bien un sujet explicite même si ce n'est pas sous la forme du pronom sujet habituel. Cette phrase est en fait le double elliptique de la phrase déclarative et emphatique « toi, tu chantes ». Je ne peux que militer pour la disparition totale de l'impératif comme mode de conjugaison différent de l'indicatif ou du subjonctif. Halte au -s absent des verbes en -er ou assimilés ! [J'étais un peu provocateur, mais je me demande si c'était si faux.]
À la première personne, « moi, chante » n'est pas possible normalement. Il faut le plus souvent passer par la deuxième personne ou par l'infinitif en petit-nègre, l'impératif est juste le mode de transition ou d'action vers l'autre du discours, l'infinitif tend vers la généralité et donc l'altérité, mais la construction déclarative à l'indicatif n'est pas plus anomale que les précédentes et il s'agit
d'abord d'un cas de conservation des constructions mentales : la non-personne ou le tiers permet des constructions souples, l'autre du dialogue ou la deuxième personne est ambivalent, le centre du discours ou la première personne reste plus ou moins figé. [En fait, ce texte était proche de ma démarche actuelle, y compris dans la tonalité. C'est déjà le même mélange des registres et des genres.]
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