vendredi, 06 octobre 2006

Argante

Argante nous annonce à chaque fil attention ! dans quelques minutes l'ancien Superintendant des Finances va parler. Ou bien : demain, je vous promets une réponse du Prévot de Justice qui vient de m'écrire à l'instant. Que ne nous écrivent-ils directement sans effet d'annonce et roulement de tambours ou sons de trompes. Mais Argante tient à faire savoir qu'il possède des relations, mieux de hautes relations, et il l'écrit avec plus de majuscules encore lorsque ces relations sont des plus médiocres. Argante aime transformer son blogue en une sorte de chat comme si c'était de la radio en direct et que les prétendus puissants étaient accessibles seulement par sa ligne de téléphone ou son adresse électronique, comme si répondre à ces personnes était un acte extraordinaire comparable seulement au moment où le Roy touchait les écrouelles. Parce que c'est ainsi que le voit la foule amassée autour de lui : il va nous faire apparaître le Grand Sénéchal de François III, il va nous montrer le Grand Maître des Écuries de Jacques Ier, il va nous enfin nous montrer qui était le Père Joseph de Charles XI !  Ou la maîtresse secrète de Georges Ier ! Et tous de rire dans leur propre abjection, juste avant qu'ils ne s'emportent contre les émissions de téléréalité.

vendredi, 29 septembre 2006

Hêsukhia

Hêsukhia ne blogue plus. Ou plutôt ne blogue presque plus. Il donne momentanément un signe de sa présence ou de sa disparition, une image qui se déforme ou qui s'évanouit ou qui échappe aux souris, des mots qui se disposent au hasard et qui ne seront plus les mêmes dans le même ordre. Ses archives ont disparu; Il n'y a que la page d'accueil. Chaque apparition d'une fausse note sur un sujet insignifiant est juste un signe de l'instant avant l'effacement total. Bien sûr, on lui écrit, on lui répond : tu ne vas quand même pas nous quitter, tout supprimer ? Mais il a déjà commencé à effacer tous les commentaires anciens en effaçant ses notes. Hêsukhia court, une image après l'autre, chacune supprimant l'ancienne, et peut-être sans image à la fin. Il écrit encore dans les commentaires et là sa logorrhée le reprend puisque l'idée d'une absence pousse ses amis à lui demander de répondre. En n'étant plus présent, il devient plus présent.  

samedi, 23 septembre 2006

Moïra

Moïra aime que les gens lui répondent comme s'ils étaient des domestiques à ses ordres : elle adresse un compliment à Elvire pour un de ses textes et elle s'indigne que celle-ci le laisse sans réponse. Elle mettra Elvire sur ses tablettes noires si elle ne vient pas répondre à un de ses commentaires du jour.

Mais Moïra aime énormément les gens qui lui répondent en lui disant combien elle était sympathique et alors elle les loue en leur consacrant un billet entier dans son blogue et en les recommandant à son salon.  

Elle envoie un message à Alceste en lui demandant : vite ! fais semblant de ne pas avoir lu Oronte chez moi. Il est deux heures du matin et Alceste dit simplement qu'il ne comprend pas de quoi on parle et que de toute manière il allait se coucher. Moïra est furieuse, il l'a trahie.  

Elle demande à Alceste de ne plus traiter un sujet, celui-ci se moque de ses prétentions et comme il lui dit qu'il est chez lui, elle est furieuse et elle claque la porte pour ouvrir son propre salon en déclarant qu'elle ne mettra plus jamais les pieds chez un tel malotru.

Et puis elle continue à écrire, toujours avec des domestiques sous sa coupe : les commentateurs.

dimanche, 17 septembre 2006

Génis

Génis est un grand spécialiste de la communication et des relations publiques. Pour exister dans son secteur d'activité, il a vite compris qu'il devait utiliser un blogue afin de montrer qui il est vraiment, dans toute son authenticité. Il donne donc son avis sur les sujets qui font l'actualité et puis les gens qui s'engagent vraiment dans la vie de la cité. 

Un de ses amis et ennemis, Ariste pour ne pas le nommer vient d'être introduit dans la Confrérie des mangeurs de tartes à l'oignon et il déclare qu'il en fera désormais son plat de préférence. Cela faisait des mois qu'Ariste déclarait qu'il s'intéressait à l'histoire et aux recettes de la tarte à l'oignon, mais il prenait soin de dire aussi qu'il avait fait beaucoup de podcasts d'amateurs de tartes au citron ou aux pommes. Génis salue le courage exemplaire d'Ariste qui ose enfin prendre position sur un sujet essentiel car c'est ce genre de déclaration qui manquait tant avant. Ce genre de coming out est absolument étonnant et va contre toute la tradition française, alors que nos amis d'outre-Atlantique n'hésitent pas à mettre devant leur maison ou sur leur voiture “Oui, je préfère le yaourt à la fraise” ou “Non au Flanby !”. Les Français ont honte d'afficher leurs préférences culinaires et ils n'en parlent jamais, ils s'interdisent depuis toujours d'y faire allusion estimant que c'est indigne, vulgaire, bas, déclare Génis. Et, ajoute-t-il, il règne une dangereuse omerta au sujet de la meilleure composition des pizzas, des crêpes bretonnes, des quiches, des tourtes et des Flammekusche ! Personne n'ose débattre de ces sujets, mais heureusement grâce à Internet, le Web 2.0, les blogues et les podcasts, tous les espoirs sont permis en matière de démocratie : on peut enfin publier ses recettes en ligne et les faire connaître alors qu'elles étaient ignorées des gens qui les pratiquaient. 

Génis poursuit ainsi pendant des lignes, montrant combien son esprit est subversif, corrosif, polémique, anticonformiste. Grâce à lui, qui est un acteur du Web 2.0, ce qui existait déjà deviendra une véritable révolution des mentalités et une nouveauté absolue au goût incomparable.

jeudi, 14 septembre 2006

Éris

Éris se lève énervé chaque matin. La veille, il s'est couché énervé parce qu'il n'avait pas encore trouvé son sujet d'énervement du lendemain ou parce qu'il y a eu trop de bruit sur son blogue. Mais comme il a mal dormi durant la nuit, un nouveau sujet d'énervement se propose à lui lorsqu'il parcourt la presse entre le café et les croissants. Il va donc faire preuve de son nouveau sujet d'énervement puisque c'est parce qu'il est énervé qu'on le lit et s'il ne pouvait s'énerver encore dans un billet, cela l'énerverait plus et il lui faudrait dire qu'il ne peut pas s'énerver.

Les lecteurs d'Éris l'énervé ne lisent jamais ses billets précédents, ne vont jamais recouper ses déclarations d'un billet sur l'autre, ils attendent seulement le billet énervé de huit heures du matin et alors ils peuvent se livrer à leur logomachie pendant la journée : c'est leur défouloir du jour. Mais si Éris leur fait défaut un jour, ils sont malheureux et ils errent comme des âmes en peine en essayant de faire vivre un malheureux fil sans aucun rapport avec leur propos pourvu qu'un sujet d'énervement se présente. Bref, on est dans un monde d'énervés qui attend tout d'un messie énervé et qui ne pourrait plus rien dire de vraiment énervé sans lui.

Lorsqu'un nouveau billet arrive, il est interdit de commenter celui de la veille : on continue dans l'énervement du jour à partir du moment indiqué par le grand prêtre de la secte de l'énervement. Chacun tente de se placer au plus près de lui, de faire croire qu'il est dans le secret des dieux, de promettre des révélations inédites sur des choses honteuses, de déclarer que personne n'a compris quoi que ce soit, d'affirmer qu'ils ont le secret des temps à venir, ce qui fait beaucoup de sujets d'énervement puisque tout ce beau monde s'énerve aussi mutuellement en essayant de plastronner face au maître des lieux dont on attend chaque matin la parole comme s'il était une pythie de la République. Et puis tout ce bruit finit par ressembler à du brouhaha, sans aucun sens. Mais Éris continuera encore à choyer ce bruit qu'il dénonce et il fera encore demain un nouveau billet énervé.

vendredi, 08 septembre 2006

Géronte

Géronte est un grand baron de la journalistosphère : il éditorialise dans un quotidien provincial, il dirige une rédaction dans un journal parisien où il livre ses profondes analyses, il chronique sur une station de radio en compagnie de ses amis Argante et Pantalone qui lui donnent la réplique depuis trente ans, il mène une interviouve sur une station de télévision, il rédige des biographies d'hommes politiques ou des chroniques électorales, il donne des cours à Science-Po et il va animer des débats dans les cercles influents, il fait même de l'entraînement avec les hommes politiques pour les entretiens télévisés qu'il doit mener, bref Géronte est partout. Mais hélas ! il a constaté qu'il ne pouvait pas être présent sur la Toile. Que faire ? 

Ben tu fais un blogue, lui dit son fils, c'est fastoche, je te l'installe en deux minutes. Géronte est ravi. Il recopie alors son éditorial du jour, puis ses impressions d'entretien. C'est formidable le blogue ! on peut tout dire immédiatement et en étant accessible à un public nouveau. Malheureusement, Géronte n'a pas vu qu'il existe une fonction commentaire et des possibilités pour refuser ou accepter des textes. Le résultat ? Lui qui est d'un centrisme très modéré, du genre tisane diluée dans une eau tiède, se retrouve avec les commentateurs les plus extrémistes qui soient et qui livrent des propos qui pourraient le conduire tout droit au tribunal, tout simplement parce qu'il n'a jamais songé à répondre à ses lecteurs, ni  même à les lire. Tant d'années passées à pontifier dans les journaux écrits, radiophoniques, télévisés, cela ne s'efface pas d'un coup, et Géronte ne pense même pas que les lecteurs existent.

mercredi, 06 septembre 2006

Ariste

Ariste est un grand baron de la blogosphère qui podcaste à tout va en posant des questions fort impertinentes : il demande comment ça va aux ministres, à ses voisins, ses amis, sa concierge, son chien, la tortue de ses enfants, le canard en plastique jaune de la baignoire. Ariste rencontre Arnolphe, un baron de la télésphère qui songe à émigrer dans la blogosphère. Arnolphe prétend qu'il est toujours fort puissant malgré sa disgrâce à la cour, qu'il possède les moyens de faire encore des révélations inattendues sur des faits dont personne n'a jamais entendu parler par exemple sur la connexion entre des gens hauts placés, que tous ses semblables sont de parfaits crétins qui ne pensent jamais à enquêter : Ariste et Arnolphe tombent d'accord pour vilipender les autres gens de plume qui sont d'abord de sac et de corde pour eux. Arnolphe révèle alors son dessein : puisque l'on me bannit à la cour, je fonde ma propre cour avec ma télévision sur la Toile, et je vous donne le nom de mon domaine : leweb2arnolphe.com, ce qui est drôle et original. Puis Ariste va le clamer dans tous les couloirs de la blogosphère car il est fier de montrer qu'il est ami avec un baron aussi puissant et connu qu'Arnolphe. Valère passant par là entend la chose, regarde si le nom est réservé, voit qu'il est disponible, l'achète selon la règle du premier demandeur premier servi. Ariste découvre l'évidence : Arnolphe lui parlait de ce qu'il n'avait même pas songé à protéger. Il peste contre les usurpateurs qui osent prendre au pauvre Arnolphe la place qui lui était due – entre barons, on doit bien se soutenir. Comment oser faire du mal à son ami le baron Arnolphe qui a prouvé maintes fois sa grande probité intellectuelle ?

samedi, 02 septembre 2006

Cléonte

Cléonte ne cesse de changer de plateforme de blogue ou de logiciel pour bloguer. Le résultat, c'est que ses plus fidèles lecteurs le perdent en chemin et qu'il doit à chaque fois refaire un chemin de croix : écrire des commentaires chez les autres pour signaler son existence ou sa nouvelle adresse. Comment faire ? Eh bien ! en cherchant le mot clé « blog » dans le moteur de son hébergeur. Il n'y a rien de mieux que les blogues parlant des autres blogues pour se faire de la publicité : ce qui intéresse les blogueurs, c'est qu'on parle d'abord de blogues, d'eux et d'eux seuls. Il s'achemine donc chez Alceste qui a écrit une note furibonde contre les hypocrites qui sont de faux blogueurs, et il publie un commentaire avec sa signature : « Très bon billet. Très juste. » Mais il ne s'avise pas du tout que le billet en question parlait à mots couverts de Bélise chez laquelle il se rend dans la foulée. Il dépose là encore un commentaire : « Excellent billet. Merci. » Or, ce qu'il ne sait pas, c'est que Bélise a commis dans les jours précédents un billet où elle voue Alceste aux pires tourments et l'accuse de prétentions insensées, de sa propre sottise et de sa méchanceté. Comme Alceste et Bélise regardent ce que l'autre publie sans le dire, le pauvre Cléonte risque de ne voir passer ni l'un, ni l'autre, trop occupés à leur querelle.

samedi, 26 août 2006

Philis

Philis adore les commentaires : plus elle en obtient, plus elle est heureuse et plus cela lui prouve son existence. Peu importe qu'ils correspondent à ce qu'elle avait écrit ou qu'ils contiennent une seule idée, un bon mot : la seule chose qui importe, c'est l'existence de ces commentaires. Elle se fait donc un devoir de répondre à tous systématiquement. On lui dit « Pas le temps d'écrire. Bisous. » et elle répond « Merci quand même. Bisous à toi aussi. » Et cela donne des enfilades de commentaires où chacun dit qu'il a bien lu le billet du jour, de réponses où Philis remercie chacun car ce serait vraiment trop impoli de ne pas écrire à chacun qu'on l'a lu, lequel répond ensuite en remerciant du remerciement, et ainsi de suite... Car dans le monde de Philis, on évalue les gens : il y a les gentils et puis les méchants. Les gentils, ce sont ceux qui ont le plus de commentaires gentils. Pour être le plus gentil des gentils, il faut accumuler un très grand nombre de commentaires gentils. On est donc très gentil avec tout le monde et on dit surtout qu'on est très gentil, sauf avec les méchants bien sûr... Et puis on se répond sans arrêt pour dire qu'on a bien lu et on s'inquiète si Chloé n'a plus écrit depuis vingt-quatre heures : que se passe-t-il ? où a-t-elle disparu ? l'a-t-on enlevée ? est-elle morte ? ou pire : fâchée ? Dans le monde de Philis, tout le monde est parfait et bienvenu (sauf les méchants bien entendu), elle souhaite donc la bienvenue à tout le monde et elle fait même bien mieux : elle se rend sur les autres blogues en tapant “c'est mon premier post” dans des moteurs de recherche pour souhaiter la bienvenue aux autres blogueurs, ceux-ci la remercieront de son commentaire et viendront ensuite lui faire aussi un petit coucou chaque jour pour dire qu'ils l'ont bien lue. Philis est persuadée qu'elle joue un rôle important pour réunir tous ces gens qui lui répondent et à qui elle répond, que sans elle, le monde serait vraiment désolé, triste, désert. Elle aime à se sentir si importante tout en restant modeste.

mercredi, 23 août 2006

Iphis

Iphis n'a jamais eu d'idées personnelles et elle ne sait jamais trop quoi écrire. Par chance, elle a laissé des commentaires chez d'autres blogueurs et blogueuses qui sont dans la même situation. À eux tous, ils peuvent ainsi combler par leur propre vide le vide des autres. Ils se sont tous liés entre eux et ils n'osent pas trop s'aventurer sur d'autres blogues où leur vacuité apparaîtrait comme évidente, mais ils se commentent mutuellement en s'envoyant des bonjours en passant ou des compliments en un ou deux mots puisqu'ils sont tous fort satisfaits d'eux-mêmes. Comme ils ne communiquent qu'en vase clos, ils ne possèdent guère de sujets d'inspiration, mais il faut quand même bien alimenter la machine à produire des notes.


Heureusement, il existe les chaînes de listes : ils envoient des listes de questions à des correspondants, toujours les mêmes, qui doivent ensuite les renvoyer encore à d'autres. 4 variétés de pâtes que j'aime, 4 marques de dentifrice que j'ai utilisées, 4 sortes de tartes que j'ai mangées, 4 chiens qui me font peur, 4 insectes que je déteste etc. Les réponses sont passionnantes, mais surtout cela donne lieu à beaucoup de commentaires puisque l'on pourra s'interroger sur le goût de la tarte à l'oignon ou au citron. Chacun peut avoir un avis là-dessus et toutes les opinions sont bonnes car tous les goûts sont dans la nature et on doit respecter les opinions fort politiques de chacun. C'est une grande école d'engagement personnel et surtout de tolérance : on rappellera à l'ordre celui qui déclare que les nouilles chinoises ne sont vraiment pas bonnes puisque Philis mange des nouilles chinoises et qu'elle a pris cela comme une attaque personnelle.


Quand on a fini avec les listes, on peut passer aux questionnaires dérivés de celui de Proust (votre papier-toilette préféré, votre crétin dans la fiction), les quiz copiés de Biba et de Cosmopolitan (S'il vous fait l'amour sur la cuvette des toilettes ou dans un dépôt d'ordures, vous lui dites...), les QCM de Schiffres (les choux de Bruxelles a) seuls b) avec de l'ail c) jamais, ou bien les choix cornéliens : Edam ou Mimolette ? Kiravi ou Grappe d'or ? Ed l'épicier ou Lidl ? Panzani ou Buitoni ? Skyrock ou NRJ ? C'est dramatique...


Iphis remplit consciencieusement tous ces questionnaires et chacun salue sa personnalité très forte, son indépendance d'esprit et son originalité. La preuve, c'est qu'il y a eu plus de 2000 commentaires pour dire que la mimolette, c'est vraiment bon, ou que l'on n'a pas de honte à aller chez Ed l'épicier et que NRJ c'est super génial. Iphis se sent investie d'une grande mission ! Elle montre enfin aux sondeurs ce qu'est vraiment la ménagère de moins de cinquante ans des sondages. Elle est une part de marché et elle écrit comme doit le faire une part de marché.