samedi, 10 novembre 2007

Un essoufflement

Voici le jeu artistico-littéraire de fin de semaine. Le texte est d'un écrivain et d'un artiste.

Le matin de l'armistice de 1918, X et Y étaient venus au 10 de la rue de Z, j'y habitais chez ma mère. Ils me dirent que W les inquiétait, que la graisse enveloppait son coeur et qu'il allait falloir téléphoner à V, docteur de ses amis. Nous appelâmes V. Il était trop tard. V supplia le malade de l'aider, de s'aider, de s'entêter à vivre. Il n'en avait plus la force. Le charmant essoufflement devenait tragique, il étouffait.

Sa petite chambre était pleine d'ombre et d'ombres : celles de sa femme, de sa mère, de nous, d'autres qui circulaient ou se recueillaient et qui ne se reconnaissaient point. Sa figure morte éclairait le linge autour d'elle. D'une beauté laurée, si radieuse que nous crûmes voir le jeune Virgile. La mort, en robe de Dante, le tirait, comme les enfants, par la main.

Lorsqu'il vivait, sa corpulence, n'en était pas une. Il en allait de même pour cet essoufflement qui n'en était pas un. Il semblait se mouvoir au milieu de choses délicates, sur un sol miné d'on ne sait quels précieux explosifs. Allure singulière, presque sous-marine, qu'il m'arrive de retrouver un peu chez Jean Paulhan.

Qui sont les personnages de cette scène ? X a représenté W, Y et l'auteur du texte.

vendredi, 19 octobre 2007

Pourquoi Frédégonde part-elle ?

Voici le jeu littéraire et artistique de fin de semaine. L'auteur est aussi un poète que j'ai déjà cité dans la partie Littérature. Je ne répondrai qu'en soirée.

Les critiques adressées par Joris-Karl Huysmans aux tableaux de genre, à la peinture historique, religieuse et militaire trouvent leur origine dans cette dénonciation du factice qui est sans cesse à l'oeuvre chez lui. Les Bastien-Lepage, les Gerve, les Neuville sont des faiseurs. Un jour que X voyait passer galop un cuirassier, il s'exclaffa : "Encore un qui fuit Y !" Z venait de terminer une énorme composition titrée : Frédégonde quittant la salle où vient d'être assassiné son amant. X, convié  devant l'ouvrage nouveau, s'inquiète : "Pourquoi, demande-t-il, Frédégonde part-elle ?" Z, alors de réciter le chapitre de Thierry, jusqu'au moment où X l'interrompt : "Non, cher ami. Elle part parce qu'elle ne tient pas avec le fond."

Qui sont X (déjà cité ici), Y et Z ? Et puis peut-on retrouver le nom de l'auteur de ces anecdotes décousues ?

 

samedi, 13 octobre 2007

Des images déplacées

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Voici le jeu littéraire et artistique de fin de semaine. J'ai décidé de ruser puisque GooglePrint donne trop de solutions lorsque je cite un texte. Je cite donc une image, extraite d'une oeuvre. Son auteur (nommons-le X) s'est inspiré pour sa composition d'un peintre (qui sera Y), mais c'est dans l'adaptation d'un récit dû à un écrivain (bien entendu Z). Il y a un point commun entre le tableau et le récit : dans les deux cas, un animal apparaît en songe, mais ce n'est pas le même animal. Tous deux renvoient à des mythes, chez le peintre Y à une croyance surnaturelle autour de la nuit ; chez l'écrivain Z au thème de la fécondité, ce qui n'est pas sans rapport avec le sujet de son oeuvre. Mais X a déplacé la scène de Z à la fin de son oeuvre afin de lui donner un ressort dramatique. Qui sont ces trois auteurs et quelles sont leurs oeuvres ? De quels animaux s'agit-il ? 

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vendredi, 05 octobre 2007

Comme son portrait

Voici le jeu artistico-littéraire de fin de semaine. L'extrait montre la relation de l'auteur avec le peintre. S'agit-il vraiment d'un écrivain ? Oui, il a publié selon mes souvenirs deux romans, assez peu connus mais présents dans ma bibliothèque. Et puis il a écrit beaucoup de textes de circonstance, comme celui-ci. Ce qui est assez frappant, c'est qu'il nomme le peintre par son seul nom de famille, comme s'il s'effaçait et que seul le peintre était vraiment grand, et cela se retrouve dans les entretiens télévisés qu'il a accordés. Mais ce portrait de l'artiste est aussi un portrait en creux de l'auteur, par les qualités mises en avant. Qui est le peintre ? Qui est l'auteur ? Qui est cette cousine si fréquemment représentée dans un grand nombre de toiles ? Et quel est ce village ? 

Deux tiers de siècle se sont écoulés depuis le temps où petit garçon, j'allais passer mes vacances à X. Il semble que c'était hier. Encore maintenant, lorsque j'essaie de concevoir l'idée de "bonheur", je me transporte en imagination dans la maison de Y.

Le cadre lui convenait et nos jeux bruyants ne le troublaient nullement. Les gens du pays l'avaient adopté et lui-même s'assimilait aux êtres et aux paysages.

A en juger par les tableaux qu'il peignit pendant ses séjours, il semble que ces lieux lui aient été particulièrement favorables.

Bien entendu, sa grande affaire était la poursuite d'un rêve intérieur. Y avait besoin de s'appuyer sur des motifs naturels, mais ceux-ci n'étaient que les outils d'une recherche constante qui dépassait la reproduction pure et simple.

Z, cette cousine d'X qu'il est impossible de ne pas évoquer quand on pense à Y, me disait, quelques temps avant de mourir : "Quel dommage que tu ne possèdes pas un portrait du Patron par lui-même." Puis, se reprenant, elle déclara : "Mais après tout, tu as ce bouquet de roses, c'est comme son portrait."

Tous les tableaux de Y sont "comme son portrait". Mais comme il était modeste, il aimait se cacher derrière son sujet et se laisser assimiler par lui. Son espoir, heureusement déçu, était qu'on ne l'y découvrirait pas.

Disons qu'X fournit à Y une excellente cachette et que l'atmosphère de la maison, les visites impromptues des voisins, les cris des enfants, les rires des modèles l'aidaient à trouver l'isolement nécessaire à la création.

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samedi, 29 septembre 2007

Un infini d'ombre verte dans une immensité de fumée bleue

Voici le jeu artistico-littéraire de fin de semaine. L'auteur est un poète qui eut son heure de gloire, mais qui ne demeure connu que de quelques rares érudits un peu rassis comme votre comte. Le peintre n'est pas décrit par sa peinture, mais par l'effet que fit sa visite chez une personne un peu mélancolique et dépressive, et puis par ce que voit cet écrivain. Ce peintre a été cité une fois ici, mais de manière indirecte dans le texte d'un autre jeu.

J'ai à vous remercier du réconfort moral et intellectuel que m'ont donné vos exhortations et votre exemple ! Grâce à vous, j'ai pris l'habitude de me coucher de bonne heure et je m'en trouve très bien à tous points de vue. Depuis que vous m'en avez fait ressentir les avantages, j'apprécie mieux mon séjour en pleine campagne, et vraiment à tout bien considérer, je me trouve mieux que le commun des mortels, puisque j'ai la liberté du travail et de la paresse : je me fais l'effet à moi-même d'être le roi de la fantaisie dans le sans-gêne de la nature. Nous vous regrettons tous, et Pistolet aussi, je vous le promets. On n'a qu'à lui dire : "Ah ! voilà monsieur X !"  pour qu'aussitôt il se mette à piaffer, tourniquer, sauter, le tout entremêlé de moucheries et d'aboiements moitié plaintifs, moitié joyeux, il court aux portes, renifle l'air du chemin que vous aviez l'habitude de prendre avec lui, et fait encore maintes fois de fréquentes perquisitions dans l'escalier de la mère Baronnet. L'autre jour, j'ai revu votre arbre : toute la partie donnant sur la rivière s'est complètement refeuillée. Actuellement, la campagne est splendidement étoffée, jusque sur les côtes les plus sauvages où les genêts foisonnent si jaunes, que de loin on les prendrait pour des cimetières inclinés dont les croix seraient cachées sous des pullulements d'immortelles. Déjà, dans certains fonds, on remarque ce noircissement de la verdure dont je vous ai parlé, sur les hauteurs, les horizons enchantent les regards ; c'est un infini d'ombre verte dans une immensité de fumée bleue.

Qui est l'écrivain ? Qui est le peintre ? Pour l'écrivain, on retient surtout des images un peu morbides et diaboliques alors qu'il a donné plus qu'on ne l'imagine dans la pastorale sandienne, mais en dégradé. Pour le peintre, on peut imaginer ses motifs préférés lorsque l'on examine le texte.     

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samedi, 15 septembre 2007

La fille de Jean Paulhan et d'Adrienne Monnier

Voici le jeu de fin de semaine. C'est une sorte de portrait en abîme que je propose. L'auteur décrit l'artiste.

Visage ovin, plissé bonne-femme ; trop de soleil toute une vie, sans doute. De l'énergie, de l'autorité. Directe, originale, fichue comme l'as de pique pour être à l'aise, avec des baskets rouges et un anorak bleu roi, mais un collier, parce qu'elle est de sortie. "Moi, dit-elle, péremptoire, avec son petit accent tudesque (cinquante ans qu'elle a quitté Berlin !), je suis la fille de Jean Paulhan et d'Adrienne Monnier."

Une étudiante en sociologie, tombée par hasard dans ce milieu lettré, avec ses appareils photos. "Sans eux, je n'aurais jamais existé. Je ne savais pas ce qu'était un écrivain.

- Et maintenant ?

- Maintenant, oui, je sais. Mais j'ai mes têtes. Si je les sens pas, il n'y a rien à faire..."

 

Il est facile de deviner l'artiste. Beaucoup moins de trouver l'écrivain qui eut son heure de gloire, notamment chez Pétillon, dans un des épisodes de l'inspecteur Palmer, qui faisait dire à un dramaturge en proie à d'atroces souffrances abdominales que X l'avait assassiné.

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vendredi, 07 septembre 2007

L'arc d'Ulysse

Voici le retour des jeux littéraires et artistiques de fin de semaine. Les toiles ne sont pas décrites avec grande précision, mais de manière massive. L'auteur est un critique et historien d'art réputé et reconnu. Qui est le peintre ? Qui est l'écrivain ? Un indice : le texte a été écrit peu après la mort du peintre.

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Comme sa haute stature, ses yeux clairs, ses formidables éclats de rire, ses longs silences et ses déclarations passionnées, rien dans sa démarche n'était banal ni vulgaire. Il abordait les choses et les hommes, et surtout l'art, de très haut, avec une tension, une énergie, qui l'engageait tout entier. Ses tableaux fortement maçonnés, composés de larges tonalités écrasées, emboîtées, sourdement animées, valaient par leur puissante organisation, dans des gammes restreintes, leur apport tonique, généreux, où les sentiments n'avaient pas cours. C'était l'arc d'Ulysse que nul ne peut tendre, sauf le héros. Sa contribution au Salon de mai frappait chaque année, au milieu des essais, des "tentatives", des caprices, par la franchise, la solidité, l'ampleur des moyens et la délicatesse des tons. Rien n'y manquait pour élever la peinture au-dessus de la facture et de l'ingéniosité décorative, où l'on s'attarde si souvent aujourd'hui. Les formules se brisaient entre ses mains ; dans ses dernières toiles, on a vu - parfois avec étonnement - surgir de ces segments beiges et gris des horizons marqués de rouge, des paysages, des bouquets massifs et même des nus d'une autorité singulière. Chaque forme, chaque élément ne comptait qu'à son tour ; et c'était pour qui suivait l'artiste, une magnifique attente qu'il ne pouvait décevoir.       

samedi, 21 juillet 2007

Petit bleu

Pour le jeu artistique et littéraire de fin de semaine, je ne donne pas un texte mais un petit casse-tête. Il existe un peintre qui a fait breveter une de ses techniques de peinture. Cette technique a d'ailleurs fourni la matière d'un film en noir et blanc, sur fond de musique contemporaine, et on peut le trouver aisément sur Dailymotion. Toutefois, le même procédé a été représenté aussi en bande dessinée par un auteur italien sans le peintre en question (il était déjà mort à l'époque de la publication), mais avec un hommage évident. Il faut trouver le peintre, le film, le musicien, l'auteur de la BD.

vendredi, 13 juillet 2007

En miroir

Voici le dernier jeu littéraire et artistique de la saison, car je sens que les participations seront moindres et puis elles avaient faibli en dernier. MiniPhasme et lamkyre semblent en vacances.

A cette expérience du bronze gris, vert ou or, dans le cadre noir et blanc des dessins, un homme de 1930 a voulu montrer son travail, même quand il leur échappe, aux hommes de 1950. Et sans doute que ceux-ci, avec leurs préventions, leurs exigences incompréhensibles, d'autres même leur désir arrêté de hair ou de ricaner, d'autres encore leur simple surprise et leur respectable égarement, sans doute vont-ils s'arrêter devant cette série d'images où le blanc et le noir, mieux que toutes les couleurs du jour, font la couleur d'une chambre, de laquelle nous ne connaissons qu'un bord de rideau, les rayures des volets, le côté d'un matelas ; et pourtant voilà que tous le sceptique, le partisan, l'étonné, cette femme qui tient son petit sur les bras, ce soldat qui n'est pas très sûr de bien manier encore les armes, cet homme d'âge, ce rieur, tous nous sommes dans cette chambre avec X, et, chut ! nous retenons notre souffle, nos voix, nos pas. Dans cette chambre, une femme regarde un homme dormir. Les variations d'un thème repris, cent fois par le peintre, ici limitées à quelques dessins, convergent vers une image où la femme, celle du premier plan, regarde une autre femme, comme elle accroupie, et comme si elle se voyait en miroir. 

L'auteur est un de mes écrivains préférés, mais je ne l'ai jamais cité ici que par incidence. Le peintre a déjà été mentionné pour une autre suite de dessins et de peintures. Les deux sont des monstres du siècle dernier.    

     

samedi, 07 juillet 2007

Une lumière en loques

Voici un jeu à trois niveaux : deviner l'auteur du texte, son correspondant (qui était un artiste et dont il était le secrétaire), enfin l'oeuvre et l'autre artiste dont on parle. Je précise que l'auteur du texte a déjà été cité ici, tout comme le peintre dont il parle.

Ce paysage me semble de plus en plus étonnant. Il faut que je vous le décrive tel que je l'ai vu. Voilà :

L'orage s'est déchiré et tombe brusquement derrière une ville qui sur la pente d'une colline monte en hâte vers sa cathédrale et plus haut, vers un château fort, carré et massif. Une lumière en loques laboure la terre, la remue, la déchire et fait ressortir  çà et là ses prés verts pâles [sic]  derrière des arbres, comme des insomnies.  Un fleuve étroit sort sans mouvement de l'amas de collines et menace terriblement de son bleu noir et nocturne les flammes vertes des buissons. La ville épouvantée et en sursaut se dresse dans un dernier effort pour percer l'angoisse de l'atmosphère.

Il faudrait avoir de tels rêves.

Peut-être que je me trompe en m'attachant avec une certaine véhémence à cette peinture, vous me le direz quand vous l'aurez vue.    

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