mercredi, 10 mars 2010
[Sardouïsme et sarkozysme] Oenologie, pornographie et musicologie
Voici une nouvelle demande de Mariah-Samanthah, jeune militante UMP de gauche qui prépare son bac STG pour la quatrième fois.
Cher comte, mon horrible prof barbu et chevelu doit certainement être un sadique membre de RESF pour nous poser de tels sujets, il nous a demandé de lire et commenter ce splendide poème de Michel Sardou afin de de le lier au débat sur l'identité nationale et je n'ai strictement rien à dire une fois de plus puisque je n'écoute que des chansons en anglais sur NRJ ou Fun et que je suis totalement ignorante de ce qui a pu faire la vie de nos lointains ancêtres les Gaulois qui vivaient dans des châteaux forts et portaient de longues perruques bouclées sous des chapeaux haut-de-forme. Pouvez-vous me dire quelles sont les références présentes dans ce texte préhistorique ?
Y en a qui disent que les Français
Vivent d'amour et de vin frais
Et que toutes les filles d'ici
Habitent au Casino d'Paris
Il faut voir d'abord qu'il s'agit d'un texte profondément antiraciste, il s'attaque au seul vrai racisme qui existe sur Terre : le racisme anti-Français comme l'a rappelé notre bienveillant président qui a eu un jour une illumination de son esprit en entendant une voix venue d'on ne sait où. Le texte dénonce donc les préjugés contre les Français et nous présente d'emblée deux personnages typiques du racisme des étrangers à notre égard : le fêtard alcoolique et la fille facile aux jambes vite écartées. Michel Sardou s'insurge contre ce cliché qui fait de nous des réprouvés totalement impies dans tous les pays du monde.
Y'en a qui pensent que le champagne
Sort des gargouilles de Notre-Dame
Et qu'entre deux Alka-Seltzer
On s'ballade la culotte en l'air
A les entendre on croirait bien
Qu'on est pinté tous les matins
Les deux champs lexicaux du vin et de la sexualité sont prolongés afin de bien montrer que ce sont des idées reçues et qu'il n'y a que de sales étrangers (sûrement d'origine auvergnate) pour affirmer de telles calomnies sur le glorieux peuple français. Les clichés, c'est entendu, seuls les autres qui ne sont pas du pays peuvent les forger.
Mais voilà j'habite en France
Et la France c'est pas du tout c'qu'on dit
Si les Français se plaignent parfois
C'est pas d'la gueule de bois
C'est en France qu'il y a Paris
Mais la France c'est aussi un pays
Où y a quand même pas cinquante millions d'abrutis
On, c'est bien entendu l'Autre. Celui qui ne pense pas comme vous, qui vient d'ailleurs, qui a d'autres habitudes de vivre. Ce que dit On, c'est con. C'est normal, il vient d'ailleurs, il est étranger et donc naturellement con ; il ne peut donc pas comprendre nos rituels festifs qui feraient la joie d'anthropologues.Michel Sardou dénonce les clichés des riches étrangers (et non des étrangers pauvres) qui vienn ent dépenser leur argent en France afin de picoler un maximum et de se taper des filles venues d'autres pays plus exotiques. Mais, ce faisant, il place en avant le cliché comme image représentative de la France. Il se situe dans un contexte précis, celui de la chanson à boire qui est lié à la chanson de soldat. Est-ce qu'on lui a demandé de défendre l'image de la Patrie ? En tout cas, il se met les membres du public dans la poche en disant qu'ils ne sont pas des "abrutis". Qui oserait se qualifier comme tel sans provocation ?
Yen a qui pensent que notre musique
Balance comme une bière de Munich
Que toutes nos danseuses ont la classe
Mais swinguent à côté d'leurs godasses
Nous avons ici affaire à un passage très péjoratif. Il est à remarquer que la musique française serait aussi lourde que de la bière bavaroise et que cela ressemble à la citation indirecte d'un critique qui n'avait pas apprécié les chansons de Michel Sardou, lequel n'a jamais eu la grâce de Couperin, de Rameau ou de Debussy, de Ravel.
Y'en a qui disent qu'il y a sûrement
Deux trois cafés par habitant
Que nos rythmiques sont des fanfares
Nos succès des chansons à boire
A les entendre on croirait bien
Qu'en France il n'y a pas d'musiciens
Nous entrons dans le vif du sujet : le texte est en fait une autojustification de chansons idiotes à boire, mais en dénonçant ceux qui parlent justement de chansons à boire. Le grand compositeur Michel Sardou en fin harmoniste rappelle ce qui le définit : les évocations émues de l'armée avec grosse caisse et clairon, son identité nationale française martelée dans les refrains, l'absence de tout sens musical qui pourrait évoquer un peu des musiciens français anciens, le goût pour les atmosphères de fin de banquet. Nous ne sommes plus dans le second degré, mais dans le degré d'alcool fort. L'identité nationale selon Michel Sardou, c'est de dire que les autres disent des sottises et de commettre les sottises qui seraient dénoncées prétendument.
Y en a qui pensent et c'est certain
Que les Français se défendent bien
Toutes les femmes sont là pour le dire
On les fait mourir de plaisir
A les entendre on croirait bien
Qu'y a qu'les Français qui font ça bien
A présent, c'est un retournement. On revient au thème de la sexualité, l'autre trame du texte après l'aspect alcoolique. Bien entendu, ceux qui ont des préjugés, ce sont des étrangers. Bien entendu, les femmes étrangères ne viennent en France que pour la bagatelle. En mettant en avant le cliché, Michel Sardou ne dit pas qu'il est faux, au contraire, il laisse entendre que ce serait vrai. Et ainsi il entraîne la connivence de son public de beaufs qui va applaudir et s'autoféliciter.
C'est pourquoi j'habite en France
Et la France c'est beaucoup mieux que c'qu'on dit
Si elles rêvent d'habiter chez moi
C'est qu'il y a de quoi
On termine par une apologie totalement grotesque de son propre pays et un éloge de son phallus que le public masculin peut prendre pour le sien. Mais grâce à Michel Sardou, Nicolas sarkozy, Brice Hortefeux et Eric Besson, nous pouvons être fiers d'être Français ! Ce n'est sûrement pas pour fuir des mariages forcés, des excisions, des guerres civiles, une famine, le port du voile, les invitations à la prière, les coups par de grands frères pour une cigarette fumée ou du rouge à lèvres. L'image de la femme n'en sort pas grandie, celle de l'homme non plus.
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vendredi, 05 mars 2010
Sardouïsme et sarkozysme : la démonologie de l'école
Je reçois une nouvelle lettre de Mariah-Samanthah, jeune sarkozyste de gauche.
Très cher comte, je me demande si mes trois échecs précédents au bac STG ne sont pas dus au fait que je me trouvais soumise à l'idéologie des profs barbus et chevelus de l'école publique où j'étudie. J'ai compris cela en voyant ce texte lumineux du poète Michel Sardou dans le cadre de la thématique Sardouïsme et sarkozysme. Est-ce que ce serait une bonne hypothèse de lecture pour commenter ce texte admirable qui nous dit d'être d'abord nous-mêmes, sans aucun tabou ou complexe.
J'ai eu l'instituteur qui, dans les rois de France,
N'a vu que des tyrans aux règnes désastreux
Et celui qui faisait du vieil Anatole France
Un suppôt de Satan parce qu'il était sans dieu.
Précisons d'abord le contexte : cette chanson a été écrite et chantée en 1984. La date a un sens : la prise de position de notre chanteur engagé intervient en pleine querelle sur l'enseignement scolaire. Une manifestation avait alors rassemblé un million de personnes emmenées par cars de province afin de défendre l'enseignement privé rebaptisé comme libre (il faut noter qu'en général, l'enseignement dit libre est l'enseignement public dans les autres pays que la France). Deux caricatures s'affrontent, ce qui permettra de renvoyer les personnages dos à dos, alors que l'on sait qu'il était fortement prescrit dans les instructions ministérielles de toujours dire le plus grand mal de tout monarque et de ne donner à lire que des auteurs dont l'athéisme aurait été certifié par l'inspection générale.
J'ai fait les deux écoles et j'ai tout oublié,
La nuit des carmagnoles, la fin des Assemblées,
Les dieux de l'Acropole et les saints baptisés.
J'étais des deux écoles et ça n'a rien changé.
La leçon est fort simple : le poète déclare qu'il n'a rien appris et il mélange toutes les idées dans un grand galimatias totalement absurde. Mais l'essentiel est préservé : s'il demeure sans aucune culture, il peut rester ou devenir lui-même, totalement naturel et sincère. Ce faisant, le barde se montre fort rousseauïste : seule compte la transparence et la vérité que l'on proclame. D'une certaine manière, Michel Sardou se montre un héritier de Jean-Jacques Rousseau et d'abord un disciple d'un des inspirateurs de la Révolution française. Il faut juste être aussi authentique que le saucisson pur porc, les programmes scolaires n'apprennent rien qu'on ne sache déjà.
Dans le Lot-et-Garonne,
On bouffait du curé.
On priait la Madone,
Le dimanche en Vendée.
Des cailloux de Provence
Aux châteaux d'Aquitaine,
On chantait la Durance,
On pleurait la Lorraine.
Dans ce passage en forme de name-dropping géographique se cachent deux erreurs historiques fort mineures que le public ne peut apercevoir immédiatement : la Vendée du sud n'était pas chouanne et la Vendée historique n'est pas le département de la Vendée ; la Lorraine n'était plus pleurée dans l'école intemporelle à la mode de la IIIe République que veut mettre en valeur Michel Sardou.
Dans le Rhône et l'Essonne,
On chassait les abbés.
On plantait en Argonne
Des croix de Saint-André.
Des sommets du Jura
Aux jardins de Touraine,
On pleurait la Savoie,
On chantait la Lorraine.
Nous trouvons encore quelques erreurs historiques fort mineures parmi cette liste de clichés. Le département de l'Essonne n'a été créé qu'en 1968. La Savoie a été rattachée à la France en 1860 et a été occupée par l'Italie, sans annexion, entre 1940 et 1944. Mais ce ne sont que des broutilles, il s'agit de mélanger les époques en un tout intemporel : les croix de Saint-André de l'Argonne se réfèrent aux cimetières militaires qui contiennent aussi des stèles musulmanes à croissant ou israélites avec étoile de David ou des plaques sans aucun signe religieux. Ces dernières ne comptent pas du tout. Le tout est de se laisser emporter par le lyrisme de pacotille selon lequel tout se vaut.
Je veux que mes enfants s'instruisent à mon école
S'ils ressemblent à quelqu'un, autant que ce soit moi.
Après ils s'en iront adorer leurs idoles
Et vivre leur destin où bon leur semblera.
Il est entendu que l'école ne peut qu'enfermer dans une idéologie et non libérer. Pour le chanoine du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance." Pour Michel Sardou, c'est la figure du père qui montre la radicalité de ce sacrifice et il refuse à d'autres le droit de permettre l'émancipation des enfants par l'apprentissage d'une culture plus vaste. Il est entendu que tout savoir nouveau ne peut qu'asservir et que toute idée de tolérance et de neutralité ne peut être qu'une forme d'idéologie de type théologique.
Cette sacrée République qui dit oui, qui dit non,
Fille aînée de l'Eglise et de la Convention,
Elle serait bien heureuse que ses maîtres la laissent
Libre de faire l'amour et d'aller à la messe.
Nous terminons dans un grand n'importe quoi habituel aux couplets finals de Michel Sardou qui mélange tout et son contraire ou ce qui n'a aucun rapport, exactement comme dans les discours improvisés de notre admirable président. On mélange la politique, la religion, l'érotisme et cela n'a aucun sens. Ou plutôt si, cela en a un : la République est pour lui aussi religieuse, voire sainte, et il faut défendre l'école des curés au nom de l'identité nationale. Nous sommes en pleine confusion de toutes les valeurs laïques. C'est en cela que le sardouïsme et le sarkozysme se rejoignent.
18:13 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, école, enseignement, langue française, politique, chanson, laïcité
dimanche, 21 février 2010
Sardouïsme et sarkozysme : la problématique du colonialisme
Je reçois une lettre angoissée de Mariah-Samanthah, jeune umpiste de gauche qui prépare son bac STG pour la quatrième fois.
Mon cher comte, je suis fort ennuyée et contrariée, car notre horrible prof d'ultragauche barbu et chevelu (il me fait songer à Frédéric Lefebvre en plus sale, si c'est possible) nous a encore donné à commenter un poème de Michel Sardou dans le cadre du thème Sardouïsme et sarkozysme. Non seulement je n'y comprends rien, mais en plus il nous demande d'élaborer une problématique pour mettre en valeur les idées implicites et les présupposés de ce texte. Je m'y perds déjà. Problématique ? Implicite ? Présupposés ? Ce n'est plus du français, c'est du petit-nègre et je ne vois pas ce qu'il y a redire sur ce qui est évident.
Moi monsieur j'ai fait la colo,
Dakar, Conakry, Bamako.
Moi monsieur, j'ai eu la belle vie,
Au temps béni des colonies.
Les guerriers m'appelaient Grand Chef
Tout d'abord, il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot colonie qui est aussi employé dans un autre poème contemporain. Il s'agit bien entendu d'un lieu de villégiature pour de grands enfants qui peuvent s'épanouïr en plein air et faire profiter à leurs camarades sous-développés moins expérimentés ou aguerris par leur savoir immense et universel. Ils devaient leur transmettre leurs valeurs de dévouement et de discipline, puisqu'il est entendu que les jeunes issus d'un monde sans loi comme celui des cités, de la savane ou de jungle ne pouvaient avoir une idée de civilisation. Dakar, Conakry, Bamako sont d'abord les noms de centres de vacances où l'on peut jouer en toute innocence avec d'autres grands enfants.
Au temps glorieux de l'A.O.F.
J'avais des ficelles au képi,
Au temps béni des colonies.
Bien entendu, l'A.O.F. est ici le nom de l'association laïque et républicaine qui organisait de joyeuses réunions entre des jeunes issus de milieux défavorisés et d'autres qui devaient leur servir de guides. On reconnaît alors le moniteur (dûment muni de son BAFA) à son uniforme plus soigné et mieux repassé, il domine tout le monde.
On pense encore à toi, oh Bwana.
Dis-nous ce que t'as pas, on en a.
Y a pas d'café, pas de coton, pas d'essence
Là, il faut songer que les colonisés sont tous dévoués à révérer leur moniteur et à lui faire des cadeaux afin de lui montrer comment ils peuvent l'aider. Ils lui livrent de petits cadeaux pour lui montrer leur estime, puisqu'il les a aidés à sortir de l'absence d'histoire. Car "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles." Quelle plus belle et noble tâche pour le moniteur de colonie de vacances que de faire accéder le sauvage le sous-homme le grand enfant à un stade supérieur de civilisation ? Et il est alors normal de recevoir de sa part des cadeaux pour ce qu'il a pu apporter comme apport culturel positif.
En France, mais des idées, ça on en a.
Nous on pense,
On pense encore à toi, oh Bwana.
Dis-nous ce que t'as pas, on en a.
Le moniteur de colonie de vacances sait penser, les grands enfants non. Ou alors juste assez pour être reconnaissants lorsqu'ils sont devenus adultes, et en fait ils se disputent encore entre eux comme le faisaient les moniteurs à la nuit tombée : ils doivent donc encore lui demander son aide ou celui-ci vient plus souvent la proposer sans qu'ils la réclament, puisque les êtres qu'il a formés en apparence lui appartiennent.
Pour moi monsieur, rien n'égalait
Les tirailleurs sénégalais
Qui mouraient tous pour la patrie,
Au temps béni des colonies.
Ils mouraient certes en grand nombre, mais d'abord de froid et de mauvaises conditions de vie, pas seulement devant l'ennemi et pour une patrie qu'on leur refuse aujourd'hui parce qu'ils n'ont pas vocation à l'intégrer. Ils ne l'avaient déjà pas lorsqu'ils étaient considérés comme troupes indigènes et absents de la citoyenneté française. Il ne faut pas considérer les gens selon ce qu'ils font ou ont fait, mais en fonction de leur vocation à. Ici, ils avaient vocation à mourir, puisqu'ils n'étaient pas français et que leurs descendants le deviendront difficilement.
Autrefois à Colomb-Béchar,
J'avais plein de serviteurs noirs
Et quatre filles dans mon lit,
Au temps béni des colonies.
Il faut alors parler de la grandeur perdue de la France qui savait se montrer digne envers les êtres inférieurs pour apporter les nobles idées de liberté, d'égalité, de fraternité. On peut les trouver dans ce passage. Cette mission civilisatrice a depuis été oubliée, hélas !
Moi monsieur j'ai tué des panthères,
A Tombouctou sur le Niger,
Et des hippos dans l'Oubangui,
Au temps béni des colonies.
Est-ce compatible avec le combat nouveau pour la biodiversité ? Comment ce passage peut-il se fondre avec les nouvelles règles en faveur d'un développement durable et s'agit-il de développement civilisationnel ?
Entre le gin et le tennis,
Les réceptions et le pastis,
On se s'rait cru au paradis,
Au temps béni des colonies.
Peut-on dire que la chanson de Michel Sardou a été prise au premier degré alors qu'elle dénonçait en fait des clichés et des représentations mentales dans une forme de crescendo ? Est-ce vraiment une chanson d'extrême droite et a-t-on fait un mauvais procès ? Voilà des questions que l'on peut se poser pour une problématique.
12:55 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson, langue française, politique, ump
mercredi, 20 janvier 2010
Paralipomènes pour une archéologie du lien entre sardouïsme et sarkozysme
Mariah-Samanthah me demande de nouveau secours.
A l'aide cher comte ! Voici le texte que notre prof barbu et chevelu qui doit voter Europe Ecologie ou MoDem nous a donné dans le cadre du programme national "sardouïsme et sarkozysme" pour faire un bac blanc de français. Il dit que cela correspond au niveau des STG et que c'est compatible avec le débat sur l'identité nationale, mais moi je ne comprends strictement aucune des références historiques ou culturelles. Je suis perdue dans cette époque si différente de la mienne.
Quand je pense à la vieille Anglaise
Qu'on appelait le "Queen Mary"
Echouée si loin de ses falaises
Sur un quai de Californie
Les falaises en question sont les falaises de Douvres telles que les découvre un Français se rendant dans l'archipel depuis Calais. Or, il semble que le Queen Mary partait en réalité de Southampton vers l'Amérique. L'erreur n'est que de cent miles et de quelques dizaines de yards. En tout cas, la Grande-Bretagne doit être entourée de falaises sur toutes ses côtes, tout comme la Normandie. Mais elle permet de mettre en valeur la différence de niveau de l'altitude et de la noblesse britannique avec la bassesse étatsunienne. Il est entendu dans le discours du poète que tout ce qui se réfère au Nouveau Monde est inférieur, car profondément mercantile surtout si on associe la Californie à Hollywood et Disneyland. Cela ne l'empêche nullement d'avoir chanté le contraire auparavant. Comme tous les grands artistes, il est en proie à ses contradictions internes qui le font souffrir.
Quand je pense à la vieille Anglaise
J'envie les épaves englouties
Longs courriers qui cherchaient un rêve
Et n'ont pas revu leur pays
La vieille Anglaise fait allusion au surnom anglais du Queen Mary, The Old Queen. Ce n'est pas une traduction exacte, mais cela constitue une transition habile vers le refrain qui suit où vieille Anglaise et France se répondent. Les autres vers sont d'inspirations clairement rimbaldienne et évoquent le Bateau ivre. A moins que ce ne soit Oceano Nox ! Et pourquoi pas Baudelaire ? Tout est permis lorsque l'on joue sur les clichés.
{Refrain:}
Ne m'appelez plus jamais France
La France elle m'a laissé tomber
Ne m'appelez plus jamais France
C'est ma dernière volonté
Le refrain, très patriotique, met en valeur un exemple du volontarisme gaullo-pompidolien de l'époque, honteusement sabordé par les forces giscardo-mitterrandienne, tout comme notre Concorde, notre Caravelle, nos Mirage, nos Rafale, notre DS, notre char Leclerc, notre Minitel, notre ORTF, nos centrales nucléaires, etc. Il met en valeur l'identité nationale : rappelez dans votre copie que le nom France est alors lourdement symbolique et que l'on ne peut brader ainsi un patrimoine avec un tel nom à n'importe qui (par exemple des Norvégiens qui sont incapables de devenir européens et qui rebaptisent le bateau en anglais).
J'étais un bateau gigantesque
Capable de croiser mille ans
J'étais un géant, j'étais presque,
Presque aussi fort que l'océan
On sent là une inspiration profondément baudelairienne. Avec sa coque de géant, ce navire était incapable de continuer à voguer dans un monde devenu trop petit. Ou alors un rappel du Hugo des Travailleurs de la mer qui abonde en géants.
J'étais un bateau gigantesque
J'emportais des milliers d'amants
J'étais la France, qu'est-ce qu'il en reste ?
Un corps-mort pour des cormorans
Notons ici le jeu de mots final et la touche subtilement baroque du squelette. Bien entendu, il est défendu de se poser des questions au sujet du genre du navire, puisque le France est devenu la France d'un coup de baguette magique et que l'on a affaire à une métaphore de son propre pays. Il s'agit d'exalter la grandeur de ce pays, même si l'on vend des navires, des avions, des voitures ou des armes aux autres pays qui ne sont que des charognards. L'important est de conforter l'image de la France comme pays de l'amour et de la grandeur. Même et surtout au cours du débat de l'indignité nationale.
18:19 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, humour, chanson, langue française
dimanche, 29 novembre 2009
Sardouïsme et sarkozysme : éloge de l'ultra-libéralisme
Je reçois une nouvelle lettre de Mariah-Samanthah qui prépare son bac de français STG option UMP de gauche pour la quatrième fois.
Mon cher comte, notre prof est un horrible barbu gauchiste à col roulé, je suis sûre de l'avoir vu distribuer des tracts pour le NPA ou le PCF je ne sais trop, mais enfin il me fait peur et il ne nous apprend rien alors que nous avons des trucs à préparer pour le bac ! Dans le cadre du thème de l'identité nationale, nous devons à tout prix montrer notre connaissance des textes de Michel Sardou lors de l'examen et il nous dit juste que c'est de la daube, quand il n'est pas absent pour stage, maladie ou grève. Il faut quand même que je puisse expliquer ces textes afin de pouvoir commencer une carrière de winner par un BTS Force de vente. Mais je ne comprends pas ce que dit Michel Sardou et c'est sans doute parce que je suis trop à gauche dans l'UMP.
Parlons d'abord d'égalité
Égalité des chances, égalité des droits.
Pas celle qui plombe à la naissance
Parc'que celle-là c'est chacun pour soi.
Commençons par situer ce texte, il est daté de 2006 et il s'inscrit parfaitement dans le programme de campagne présidentiel de notre président fort révéré et adulé. Nous avons ici la glorification de l'effort et du mérite individuel contre les privilèges de naissance ou liés au nom de famille : il est bien entendu que certains seront plus égaux que les autres s'ils arrivent au niveau où les autres sont égaux. Ainsi, Dany Boon qui était mal parti dans la vie peut s'estimer bien heureux de se trouver aussi honoré que Christian Clavier.
Parlons aussi fraternité
D'où que tu viennes, bienvenue chez moi.
En sachant qu'il faut respecter
Ceux qui sont venus longtemps avant toi.
Là, c'est un couplet sur l'immigration choisie et l'adhésion à l'identité nationale. Il est évident que l'on ne doit accepter les bougnoules chez nous que s'ils se font discrets et abandonnent toutes leurs pratiques d'un autre âge (burqa, polygamie, égorgement des moutons dans la baignoire, prière à la mosquée et on en passe). Seul le raton ayant un profil parfaitement adéquat à notre identité nationale nous respecte. Le melon qui ne veut pas boire d'alcool ou manger de porc nous manque de respect et il n'a donc pas vocation à rester sur le territoire français.
Et puis allons danser
Pour oublier tout ça
Allons danser.
Personne n'y croit.
Allons danser
Même sur n'importe quoi
Mais allons danser.
Et ça ira.
Notez ici le détournement du chant révolutionnaire, Ah ! ça ira. Michel Sardou est en réalité un révolutionnaire républicain dans la plus grande tradition des artisans de la Terreur.
Dire aux hommes qui se sont échoués
Qu'on peut refaire sa vie plusieurs fois
Sans un mot tout recommencer
Se prendre en charge, et pas charger l'État.
Voici deux autres thèmes fétiches du sarkozysme : la deuxième chance et le refus de l'assistanat lequel est la marque de la gauche. Vous pouvez alors évoquer le RSA qui remplace le RMI honni, puisqu'il n'a fabriqué que des fainéants et des assistés.
Dire aux enfants qu'on va changer
L'éducation qu'ils ont, par celle qu'ils n'ont pas.
Ajouter qu'il faut travailler
Riche et célèbre,
c'est comme un chèque en bois.
Bien entendu, il faut que vous disiez que votre éducation a été un échec jusqu'à présent et qu'il convient d'abord de faire en sorte de virer le plus de profs marxistes puisqu'ils n'ont pas su déceler vos compétences de winner. Dites aussi que vous croyez dans le langage de Laurence Parisot lorsqu'elle déclare que l'insécurité matérielle est une règle naturelle de la vie et qu'elle-même n'est pas sûre de ses fins de mois.
Parlons enfin des droits acquis
Alors que tout, tout passe ici bas.
Il faudra bien qu'on en oublie
Sous peine de n'plus jamais avoir de droits.
Ici, n'hésitez pas ! Les droits acquis sont bien entendu ceux des travailleurs et surtout des fonctionnaires (pas les hauts fonctionnaires tout de même, eux sont hors de propos dans ce cas). Il faut les dénoncer parce que ce sont tous des privilégiés qui profitent des impôts sur la fortune payés par de grands artistes désintéressés comme Michel Sardou.
Admettons enfin vous et moi
Que nous sommes tous des hypocrites.
La vérité ne nous plaît pas
Alors on a le pays qu'on mérite.
Résumons : c'est la loi de la jungle et il ne faut pas avoir peur d'écraser les autres sous ses godasses quand ils vous sont inférieurs ou de se prosterner devant ses supérieurs. Valorisez le cynisme, le mensonge et le machiavélisme comme seule attitude politique raisonnable ! Un pays comme la France qui est incapable d'apprécier Michel Sardou à sa juste valeur est un pays qui ne peut se nommer la France. Comment est-il possible de refuser de se laisser entraîner aussi bas que lui ? Ce n'est pas raisonnable.
11:52 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, chanson, ump, politique
dimanche, 22 novembre 2009
Sardouïsme et sarkozysme : la déontologie du sergent
Je reçois un courrier de Mariah-Samanthah qui réclame une fois de plus mon aide.
Très cher comte, je suis fort ennuyée parce que dans le cadre du programme de français du baccalauréat STG "Sardouïsme et sarkozysme" notre professeur nous a demandé de comparer deux textes afin de dire lequel exprime le plus notre identité nationale, les saines valeurs de notre glorieuse armée et exalte le plus notre patriotisme. Il faut dire que cela participe aussi à notre cours d'Education civique, juridique et sociale. Je suis très embarrassée parce que je ne sais pas quel est le texte qui serait le plus originaire de l'Anti-France. Je vous les joins afin de connaître votre opinion.
Le premier est bien de Michel Sardou qui en signe les paroles et qui a dû se faire aider tellement le sujet était difficile.
Je suis arrivé un beau matin du mois de mai
Avec à la main les beignets qu'ma mère m'avait faits.
Ils m'ont demandé
Mon nom, mon métier,
Mais quand fier de moi j'ai dit "artiste de variétés",
A ce moment-là,
Je ne sais pas pourquoi,
J'ai entendu rire un type que je n'connaissais pas.
Nous avons affaire à une scène typiquement française avec un brave futur militaire qui vient accomplir son devoir patriotique et qui se montre un peu niais du fait des beignets que sa tendre mère a tenu à lui confier afin qu'il ne meure pas de faim durant cette année loin d'elle. On comprend tout de suite qu'en entrant dans la caserne, il deviendra un homme comme on dit chez Kipling.
Le second texte est écrit par un dangereux apatride anarchiste, Pierre Vassiliu qui n'aurait jamais dû avoir vocation à devenir français.
Y avait la femme d'un militaire qui faisait collection d'képis
Y avait des blancs, des rouges, des verts, c'en était de biens beaux bibis
C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais deux hommes à moi
L'un tenant la bannière l'autre me tenant moi
On remarque tout de suite le dénigrement systématique de cette noble et illustre institution qu'est notre armée nationale à travers le portrait d'un sergent comme dans la chanson précédente, mais tout est systématiquement rabaissé ! Notre armée est dégradée et souillée puisque le militaire censé être intelligent car sergent se retrouve incapable de marcher au pas.
Le rire du sergent,
La folle du régiment,
La préférée du Capitaine des Dragons,
Le rire du sergent,
Un matin de printemps,
M'a fait comprendre comment gagner du galon
Sans balayer la cour,
En chantant simplement
Quelques chansons d'amour.
Le rire du sergent,
La fleur du régiment,
Avait un cœur de troubadour.
Bien entendu, cela n'a strictement aucun sens quand on réfléchit et à l'armée il ne faut pas réfléchir, les vers n'ont aucun rapport entre eux, mais cela s'inscrit bien dans un très grand genre littéraire proprement français : le comique troupier ! Il repose d'abord sur l'exaltation de la débrouillardise et du piston plutôt que le travail et l'expérience. Des valeurs proprement sarkozystes, n'en doutons pas. Notons que le sergent en question est fort porté sur la saine et forte amitié virile qui l'incite à prendre en charge de jeunes bleusailles sous son aile protectrice. En revanche, le texte suivant est bien malveillant pour la mission civilisatrice de notre grand pays dans ses colonies.
Pour recevoir ses p'tits amis elle cachait tous ses képis
mettait une robe de chambre kaki et se couchait en chien d'fusil
C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais trois femmes à moi
On n'faisait pas d'manière une fois j'te vois ou j'te vois pas
Il s'agit d'une justification de la polygamie qui ne saurait jamais appartenir à notre identité nationale, mais qui est hélas ! courante dans les pays dont les ressortiissants n'auront jamais vocation à devenir français, puisqu'être français cela se mérite et je me demande comment ce monsieur Vassiliu a pu avoir vocation à devenir français, sans doute parce qu'il a été naturalisé lorsque les socialistes se montraient laxistes en matière de droits de l'homme. Il est clair qu'il devrait être renvoyé chez lui si on arrive à savoir d'où il est.
Je m'suis présenté tout nu devant un infirmier.
Moyennant dix sacs, il m'a dit : "Moi, j'peux vous aider."
Je m'voyais déjà
Retournant chez moi,
Mais quand ils m'ont dit
Que j'étais bon pour dix-huit mois,
A ce moment-là,
Juste derrière moi,
J'ai entendu rire un type que je n'connaissais pas.
Voilà un exemple magnifique des valeurs propres à l'identité nationale ! La corruption ne peut exister que dans les autres pays, surtout ceux du tiers monde dont les ressortissants ne sauront jamais avoir vocation à faire partie de notre belle patrie.
Elle répétait les mots d'amour que son mari lui avait appris
c'est pour ça qu'elle disait toujours "feu à volonté toute la nuit"
C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l' Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais cent hommes à moi
Le flingue en bandoulière on s'cachait dans les bois
Remarquez comme ce sergent-ci est bien moins sympathique que le précédent. Lui pense à tuer avant tout alors que l'armée est une organisation humanitaire et pacifiste qui va sauver la civilisation dans des pays ne l'ayant jamais connue !
Depuis ce temps-là,
Je n'sais pas pourquoi,
Il y a toujours un sergent pour chanter avec moi.
Voilà qui montre ce que doit exprimer la vraie poésie : elle marche en ordre militaire ou sinon elle ne peut être poésie. Et il ne peut pas y avoir de vraie littérature sans que s'exprime à travers elle un soldat de préférence galonné. Elle est faite pour dire quels sont les devoirs de chaque Français fier de l'être.
Un soir d'ivresse elle mourut sous un petit vieillard maniaque
Un général plutôt fourbu lui tomba d'ssus de son hamac
C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais mille cons à moi
On marchait à la bière c'était dur croyez-moi !
Comment peut-on insulter ainsi de fiers et courageux soldats qui nous défendent vaillamment contre la barbarie de tous les autres qui ne sont pas nous et qui n'ont jamais su assimiler nos valeurs suprêmes comme le travail, la famille et la patrie ?
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mardi, 03 novembre 2009
L'identité nationale à travers le prisme de la poésie de Michel Sardou
Je reçois une lettre de Mariah-Samanthah, lectrice qui prépare son bac STG pour la quatrième fois et qui réclame mon assistance.
Au secours, cher comte, notre prof de français nous a donnés un devoir à rendre pour jeudi et je n'ai aucune idée pour commencer. Le sujet est : « En quoi cette chanson de Michel Sardou constitue-t-elle une contribution au débat sur l'identité nationale ? Vous vous appuierez sur des exemples tirés du texte et d'autres œuvres du même poète. » Comme jeune pop de gauche, je ne peux comprendre que les chansons d'Enrico Macias et de Carla Bruni, mais dans ce cas les paroles me semblent bien difficiles à comprendre.Je ne saisis pas toutes les références culturelles, serais-je donc une mauvaise Française ? C'est ce que me disent déjà mes amis d'extrême gauche qui militent au Modem, mais je ne peux suivre de tels anarchistes qui n'ont aucun sens de la modération.
Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a le bon vin
On a le bon pain
Et cetera
Notons tout d'abord l'antithèse entre ils et on, deux pronoms dont les référents sont imprécis, car non désignés auparavant. Pour les identifier, il faut faire appel aux présupposés des destinataires du poème. On est bien entendu l'artiste et son public qui entretiennent les mêmes clichés. Ils représente les pays producteurs de pétrole, mais il n'est pas possible de les nommer plus pour l'instant.
Remarquons la construction des strophes qui seront toujours écrite avec le même schéma : un distique qui évoque ils et qui comprend un lien restrictif (mais), un tercet qui évoque on. Le distique présente les avantages et les inconvénients d'une situation, le tercet ne présente que des avantages. Autant dire que la balance est plus favorable pour on.
Ils ont le pétrole
Mais c'est tout
On a les cailloux
On a les bijoux
On a les binious
Comme il s'agit d'un texte qui se sert des lieux communs afin de défendre ses préjugés et sa supériorité nationale, le fin rhéteur qu'est Michel Sardou s'est servi de deux images convenues : le rappel à l'instruction publique par les mots cailloux et bijoux qui évoquent les règles de grammaire de l'école traditionnelle et l'évocation de la richesse du folklore français capable d'intégrer les joueurs de binious. Ce passage est particulièrement subtil, parce que le mot bijoux est lui-même d'origine bretonne, ce qui démontre la capacité de la France à faire de bons mots français à partir de langues étrangères. Notons encore un degré de lecture supplémentaire du fait du calembour au sujet des cailloux qui sont aussi des bijoux. Cela renvoie à la fréquentation de la place Vendôme par les riches représentant des pays pétroliers, mais on ne sait encore lesquels. Tout est en allusions subtiles et discrètes.
Ils ont les dollars
Et c'est bien
On a les man'quins
Les grands magasins
Le Paradis Latin
Ils ont les barils on a les bidons
Mais pour boire où vont-ils
Chez Dom Pérignon
Voici que se précisent les centres d'intérêt de ces ils étrangers qui viennent en France chez on. Les belles femmes des défilés de mode ou des revues de cabaret, la consommation de luxe où les pétrodollars peuvent être bien employés. La vision géo-économique de Michel Sardou repose sur une saine répartition des tâches selon les pays. Il est évident que François Pinault, Bernard Arnaud et Alain Bernardin contribuent hautement à la fondation de l'identité nationale, bien plus que de grands penseurs.
Ils ont le pétrole
Pour trente ans
On a du vin blanc
Des blés dans les champs
Pour au moins mille ans.
Dans cette strophe, nous trouvons une illustration parfaite trente ans plus tard de l'avis fort autorisé de notre admirable président selon lequel « La terre fait partie de l'identité nationale ». Relevons le don prophétique du poète, mage visionnaire tel Hugo ou Vigny, qui en 1979 a bien vu la disparition du pétrole cette année alors que les cours du blé se situent à un niveau jamais égalé auparavant, sans aucun problème de surproduction.
Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a des idées
Un gaspy futé
Un Martel à Poitiers
Le poème suit une progression par des implicites de plus en plus explicites. Lee barde fait ici allusion à deux campagnes publicitaires de son temps : le slogan « En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées » et le thème de la chasse au gaspi dont le personnage fétiche Gaspy a été accolé à celui de Bison futé, l'idée commune étant l'automobile. Notons que l'actualité d'époque est mise en perspective de manière historique par le rappel de la bataille de Poitiers qui a permis de chasser les Arabo-musulmans de France. Doit-on penser qu'il s'agit d'abord de justifier l'expulsion des étrangers ? Le texte est plus nuancé que cela, comme on le verra.
Ils ont les dollars
C'est très bien
Nous des têtes de lard
De gaulois grognards
Et chauvins
Voici exposés trois caractéristiques fondamentales de l'identité nationale : d'abord elle est nationaliste (le Français est chauvin), attachée à son histoire nationale (les grognards font allusion aux soldats de Napoléon dont faisait d'ailleurs partie le soldat Chauvin, nos ancêtres les Gaulois sont cités), à ses traits de caractère (la gauloiserie ou le goût pour les plaisanteries égrillardes, la grogne et l'entêtement représenté par la tête de lard). Remarquons d'ailleurs que le lard ne peut pas faire partie des traditions culturelles d'ils.
Quand ton puits s'ra sec ... plus d'jus dans l'citron
Plus personne à La Mecque
Viens à la maison
On boira mon vin
De bon cœur
Admirons la manière par laquelle le poète a su repousser à la fin de son œuvre l'identité des ils de manière à susciter l'intérêt de l'auditeur. Admirons aussi la manière par laquelle il conçoit l'intégration des immigrés d'origine musulmane : par l'abandon de leurs spécificités culturelles et de leur religion. C'est ainsi que l'identité nationale française peut devenir universelle et peut se permettre d'accueillir des réfugiés économiques qui ont su s'adapter aux valeurs républicaines grâce à leurs dollars, sans passer par la case de la valeur travail.
Tu mangeras mon pain
J'demand'rai la main
De ta sœur
Quand ton puits s'ra sec
Viens à la maison
On boira cul-sec
En vieux compagnons
Ce poème appartient à un genre très bien déterminé du XXe s. : l'œnodie ou chanson à boire dans laquelle se sont illustrés d'immenses artistes comme les Charlots ou le Grand Jojo et les Joyeux Bituriers ou Bézu ou surtout ces extraordinaires et talentueux chanteurs que furent les Musclés. Elle est une variante du grand genre comique troupier qui entend faire l'unité d'un ensemble disparate de personnes en utilisant leur plus bas rire et en figeant les participants dans une caricature dans un jeu de rôles totalement éloignés de ce qu'ils sont. Reprendre ces airs en chœur est un signe certain d'acceptation de l'identité nationale, plus que le fait d'entonner le Temps des cerises ou la Chanson de Craonne.
14:03 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, chanson, humour, satire
jeudi, 15 octobre 2009
Ethique du sarkozysme
Je reçois un nouvel appel à l'aide de Mariah-Samanthah, la fameuse umpiste de gauche qui passe son bac STG pour la quatrième fois.
Très cher comte adoré, je vous adresse le texte qui figure au programme et que notre professeur, encore malade, dépressif ou en stage, a totalement refusé de nous expliquer parce que je crois qu'il doit être membre de l'ultragauche qui nous attaque sans arrêt comme le dit si bien monsieur Hortefeux. Comme sarkozyste de gauche, je ne peux dire que mon indignation devant un tel comportement qui nous pénalise gravement pour notre égalité des chances et la discrimination positive. Ce n'est pas parce que le programme de cette année, "sardouïsme et sarkozysme", lui déplaît qu'il doit ne pas faire face à ses obligations légales. Je vous demande de m'expliquer ce texte représentatif de la culture française, comme vous avez su si bien le faire jusqu'à présent.
Dans les villes de grande solitude
Moi le passant bien protégé
Par deux mille ans de servitude
Et quelques clous sur la chaussée
Interrogeons nous d'abord sur les deux mille ans de servitude. Que veulent-ils dire ? Cela nous renvoie à la période de colonisation complète de la Gaule par l'Empire romain. Mais les villes dites de grande solitudes existaient-elles avant que Rome ne gouverne la Gaule ? C'est ce que suggère le texte, comme si les Gaulois n'avaient jamais su créer de villes et de chemins. Que veut dire le mot servitude au juste ? C'est à la fois le fait d'être assujetti à quelqu'un pour lui accorder un service et puis le fait d'accorder le passage à quelqu'un sur son propre terrain dont on est propriétaire. Ce que dénonce Michel Sardou, c'est l'existence du droit romain qui permet d'emprunter un chemin au milieu d'un champ ou d'un pré appartenant à quelqu'un d'autre au mépris du droit de propriété !
Dans les villes de grande solitude
De nouvel-an en nouveaux nés
Quand j'ai bu plus que d'habitude
Me vient la faim d'un carnassier
Notez l'anaphore qui sert de refrain, puisque de refrain il n'y a pas, c'est presque du Guaino. On a affaire à un personnage imaginaire qui envisage des actions absurdes. Il se compare donc à un "carnassier" qui peut être aussi bien rat, loup, chat, vautour, tellement c'est vague comme vocabulaire. Mais cela a été préféré à "prédateur" qui ne rimait pas vraiment et puis il fallait évoquer l'idée de la bidoche que l'on débite.
L'envie d'éclater une banque
De me crucifier le caissier
D'emporter tout l'or qui me manque
Et de disparaître en fumée
Ce qui est remarquable sur le plan stylistique dans ce quatrain, c'est le fait de "se crucifier quelqu'un". On n'avait jamais crucifié quelqu'un pour son seul plaisir auparavant ou alors on ne le disait pas. C'est cela qui est décomplexé dans le sarkozysme et qui fait qu'on apprécie ses interventions dans le régime bancaire, notamment pour la Banque populaire-Caisse d'épargne où il a crucifié le caissier.
Mais dans les villes de grande solitude
Tous les héros se sont pollués
Aux cheminées du crépuscule
Et leurs torrents se sont calmés
Ce passage ne veut strictement rien dire. Il a été sponsorisé à la fois par Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand, Cécile Duflot, Daniel Cohn-Bendit et Jean-Louis Borloo qui a vidé toute sa cave pour l'occasion. Je vous déconseille absolument de tenter de l'expliquer à l'oral. C'est aussi idiot qu'un devoir de droit remis par Jean Sarkozy pour son admission en deuxième année de DEUG.
J'ai envie de violer des femmes
De les forcer à m'admirer
Envie de boire toutes leurs larmes
Et de disparaître en fumée
Nous arrivons au passage le plus difficile qui a légitimé l'inscription de ce texte exemplaire au programme du bac. Michel Sardou encourage-t-il le viol, oui ou non ? Notez qu'il ne parle pas de viols d'hommes ou de mineurs, il a des délicatesses insoupçonnées. Il reste un pur hétérosexuel respectant la loi. Vraiment, comment a-t-on pu accuser Michel Sardou de légitimer le viol alors qu'il ne parlait pas de s'attaquer à une mineure de treize ans qui posait nue pour Vogue ou de forniquer contre argent avec de jeunes Thaïlandais qui ressemblaient à Tony Leung plus jeune ?
17:31 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, ump, enseignement, éducation
samedi, 03 octobre 2009
Archéologie du bac G
Je reçois un courrier affolé de Mariah-Samanthah, Umpiste de gauche, qui me demande de l'aide :
Très, très, très cher comte adoré et chéri,
Je me présente au bac STG pour la quatrième fois (oui, j'ai encore échoué, mais ce n'est pas de votre faute, ma mini-jupe ne devait pas être encore assez courte et mon décolleté assez ouvert pour l'examinateur) et j'ai absolument besoin de votre aide, parce que cette année le programme porte sur la transmission des valeurs citoyennes, éthiques et compatibles avec le développement durable, respect de la biodiversité et lutte contre la bulle financière à travers l'oeuvre de Michel Sardou ! Il paraît que les Lacs du Connemara sont une oeuvre obligatoire, par la volonté de notre président ô combien béni. Je ne comprends strictement rien à ce que cela veut dire. Je vous donne le premier texte à étudier, notre prof qui doit être un peu fou nous a dit qu'il fallait que cela évoque notre vécu, mais je ne comprends pas pourquoi, je passe un bac STG (j'ai commencé il y a quatre ans un bac STS, mais on me l'a supprimé au mauvais moment et j'ai dû me réorienter en STG dont je n'avais pas entendu parler), pas un bac G dont je n'ai jamais entendu parler ! Expliquez-moi ce que tout cela veut dire ! Comme vous le savez je suis toujours fortement engagée dans les sarkozystes de gauche du Haut-Cantal-Maritime et nous allons promener, à nous trois, bientôt, notre mascotte Alf (la même que dans l'émission télévisée, on croirait que c'est la vraie) dans les rues de la ville pour montrer que l'on peut être sarkozyste, de gauche, sympa et drôle !
Vous aviez quoi ?
Dix-sept ans, dix-neuf ans ?
Dans le commantaire, il faudra rappeler le poème de Rimbaud "On n'est pas sérieux à dix-sept ans", cela paraîtra tout de suite plus sérieux, car Rimbaud est le prototype du cancre génial et sans aucun bac.
Vous me l'avez écrit mais je n'm'en souviens pas.
On hésite, on remet, on attend
Notez la gradation du second vers, on appelle cela une procrastination. C'est destiné à mettre en relief un fait en le répétant. Votre enseignant songe sans doute que cela doit vous interpeller au niveau de votre vécu.
Et la lettre se perd, mais vous savez tout ça.
Vous passiez un bac G,
Notez le jeu de mots entre la lettre comme caractère et la lettre comme écrit. On a un pseudo-énonciateur totalement fictif qui est en quelque sorte un futur employeur, lequel ne sait pas ce que veut dire la lettre du nom du bac en lisant la lettre de demande d'emploi. Dites alors que G ! est une des interjections préférées du Concombre masqué. Vous marquerez un point culturel.
Un bac à bon marché,
Dans un lycée poubelle,
L'ouverture habituelle
Des horizons bouchés.
Votre question était : "Faut-il désespérer ?"
Développez sur le développement durable, le tri sélectif qui repose sur un geste citoyen et la nécessité de recycler tous les déchets, y compris vous, afin de pouvoir sauver enfin la planète qui est en grave danger de mort imminente, d'autant plus que la grippe A et le Sida risquent de s'attaquer bientôt à la couche d'ozone. Il faut sauver la planète avant les hommes !
Vous aviez un prénom mais je n'm'en souviens pas
J'aurais dû, j'aurais pu, certainement
On change d'énonciation ici, il ne s'agit plus d'un futur employeur, mais d'un enseignant. Bien entendu, vous devez dire qu'il était trop accaparé par ses tâches syndicales, associatives pour se rappeler le prénom des dix mille élèves qu'il peut croiser en dix ans. Dites que s'il avait travaillé plus pour gagner plus, il aurait pu se souvenir plus aisément des noms d'élèves qu'il ne voit que par hasard danz un couloir et qu'il n'a pas en cours ou pour peu de temps.
Vous renvoyer dix lignes. Je n'l'ai pas fait voilà
J'étais je n'sais plus où,
Enfoncé jusqu'au cou
Dans ma vie personnelle,
Cette angoisse éternelle
Du déclin qui rend fou.
Remarquez ici qu'on ne sait plus qui est le locuteur, le professeur, l'employeur, le bachelier. Le texte est totalement confus, mais cela participe sans doute d'une volonté esthétique afin de dire que le sort de tous est identique. On ne sait jamais qui parle clairement ici, même s'il y a un vous et un je. Tout est dans le brouillage des références que l'on ne comprend plus.
18:18 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, profs, politique, humour
jeudi, 21 mai 2009
Poésie épidictique et policière
Je reçois une nouvelle demande de Mariah-Samanthah, cette charmante militante UMP de gauche :
Au secours comte adoré ! mon affreux prof de français barbu et binoclard, écologiste, socialiste ou trotskyste, nous a encore donné un texte incompréhensible à analyser dans le cadre de la séquence "Mitterrandisme et lyrisme" qu'il veut nous infliger pour le bac STG : "Hôtel Commissariat". Je n'y comprends strictement rien. P.-S. : après m'être inscrite au Parti radical, je fais maintenant partie de la Gauche moderne, mais mon paternel Jean-Claude me fait la tronche, car même s'il comprend un peu ma sensiblité de gauche il n'aime pas du tout l'adjectif "moderne" qui lui paraît déplacé.
Chère Mariah-Samanthah, cet hymne glorifie l'action glorieuse de nos vaillants et lucides agents de la force publique contre les forces du Mal et de l'Anarchie (réunies) et nous allons démontrer qu'il s'agit d'un texte d'un registre épidictique - ou pour parler plus simplement laudatif.
Moi j'aime cette maison
Près de la mairie en pleine ville
Parking plein, drapeau bleu blanc rouge qui scintille
Relevez le symbole significatif dans ces vers. Comment peut-il scintiller à votre avis ?
Cette bâtisse qui nous a vu grandir
Ça représente notre passé
Notre présent et peut-être ton avenir
A qui s'adresse l'énonciateur ? Pensez-vous que le gardé à vue peut avoir lui aussi un avenir dans la police ? Comment ? Pourquoi ?
Le sale, le vaincu, l'alcool et la douille
Les uniformes se bousculent, se frottent a la rouille
C'est chez nous et quand on vous arrête, c'est chez vous
Y a des jouets, des matraques, des bottins et tout
Qu'est-ce qui rend humble, sympathique et familière cette description d'un intérieur ordinaire ? Comparez-la à celle d'un intérieur de marin par Victor Hugo ou de payssn par Francis Jammes. Quels sont les objets qui vous rendent les lieux tout de suite attachants ?
A l'accueil, y a toujours des collègues pour te sourire
Et quand t'arrives en G.A.V., y a toujours des fous rires
Et quand tu mens trop, y a toujours une main tendue
Pour t'aider à retrouver la mémoire que t'aurais perdue
Montrez à l'aide des pronoms personnels le souci de solidarité qui anime les personnages. De quelles qualités font-ils preuve ? Comment ?
Je te regarde te plaindre, gémir à mourir
Et moi derrière la vitrine, j'ai trop le sourire
Des souvenirs, l'ambiance, la fraternité
Tous soudés, tous bourrés
Expliquez les jeux de mots du dernier vers : vous partirez soit de l'énonciateur, soit du destinataire du texte pour montrer que lui aussi est soudé et bourré.
Dans la salle de réunion, les pauses
On y parle d'injustice, devant un camembert, tranquille, on cause
Des fois sur un tox. on joue aux fléchettes
Entre deux interventions, y a toujours moyen de faire la fête
En quoi cette scène rustique montre-t-elle une scène pittoresque que l'on pourrait comparer à un tableau impressionniste montrant de braves paysans en train d'accmplir leur travail ordinaire ? Aurait-elle pu être représentée par Millet ou plutôt par Courbet ou Cézanne ?Justifiez.
Regarde c'est l'émotion qui parle mais ça tu t'en balances
Vas-y parle vite, et t'auras peut-être de la chance
Ouais franchement, je te lâche ma carte postale (franchement!)
Sache que toi et moi, on n'est pas nés sous la même étoile (la vie est belle!)
En quoi ce passage est-il profondément lyrique et traduit-il un état d'âme intérieur profondément sensuel et sentimental ? Quels sont les thèmes lamartiniens et chateaubriandiens que vous pouvez relever dans le dernier vers ?
{au Refrain}
C'est toujours les mêmes plaintes
Les mêmes vieilles qui reviennent
Ce téléphone qui sonne sans arrêt dans nos têtes
Les jeunes qui nous insultent, personne ne nous respecte
Le pire le rapport à écrire, à couvrir les collègues
Les juges qui la ramènent
Les avocats qui se la pètent
Les journalistes, les rappeurs, les familles qui rouspètent
Heureusement après le terrain, y a la détente
Un lieu de vie où on se soutient tous ensemble
Comment le monde vénal et temporel empêche-t-il les poètes-policiers d'accéder à l'Idéal absolu et intemporel ? Relevez ce qui appartient en fait à une inspiration baudelairienne où l'esthète est victime de la vile plèbe incapable de comprendre son effort vers un univers meilleur où ensemble tout serait possible.
20:55 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française; politique, ump, chanson


