mercredi, 14 mai 2008

Le Cinquième Empire

Demain, le Portugal entre dans une nouvelle ère linguistique et surtout politique si le parlement adopte la réforme de l'orthographe panlusitanienne. Il sera le premier pays de l'Ancien monde à accepter officiellement toutes les normes du Nouveau monde :

Les changements rendraient l'orthographe plus proche de la façon dont les mots sont prononcés en supprimant les consonnes silencieuses, comme le font les Brésiliens. Ainsi "optimo" (génial) deviendrait "otimo" et "accao" (action) deviendrait "acao".

L'alphabet comporterait 26 lettres grâce à l'ajout du k, du w et du y, pour accueillir des mots comme "kilometro" et "kwanza", la monnaie angolaise.

Seuls 2.000 des quelque 110.000 mots que comprend le vocabulaire portugais sont concernés et les modifications doivent être adoptées par les sept pays. Mais les trois-quart des changements devront être faits par le Portugal.

C'est un bouleversement complet. Il existe toujours des normes distinctes entre l'Espagne et les pays latino-américains, malgré certaines convergences. Il y a toujours plusieurs anglais, même si l'anglo-américain contamine l'anglais britannique et les autres. Le poids du québécois est ridiculement mineur face au français hexagonal, mais le français est la seule langue occidentale et coloniale à avoir plus de locuteurs sur son territoire d'origine que toutes les autres (si l'on ne compte pas l'allemand, le néerlandais, le danois, le norvégien et quelques autres). Le portugais se prépare à la mondialisation en permettant d'écrire ses variantes africaines et surtout en se réglant sur le pays où le portugais est le plus pratiqué : le Brésil. Le but ? Devenir une des langues de l'ONU et surtout commencer à peser dans les instances internationales en affichant une unité linguistique (ce que n'ont pas l'OIF ou le Commonwealth) sur plusieurs continents. La CPLP va devenir une puissance montante grâce à la démographie et à la croissance du Brésil. C'est dopé au Nouveau Monde que le Portugal va de nouveau rentrer dans l'Europe et cela ne manquera pas de faire du bruit, parce que la réforme est aussi et avant tout politique, économique et symbolique, plus que linguistique. 

samedi, 10 mai 2008

Lesbien raisonnable ?

Ô Sappho, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Les habitants de l'île de Lesbos, située en Grèce, au nord-est de la mer Egée, veulent revendiquer en justice l'usage exclusif du terme lesbienne, «usurpé» selon eux par les homosexuelles.

Si je comprends bien, même les hommes de l'île de Lesbos veulent être des lesbiennes ? Le point de vue se défend et il peut avoir quelque chose d'agréable. Mais cela n'aura aucune valeur dans les langues autres que le grec (et encore pas même à Chypre qui parle aussi grec).  

Fort heureusement, il n'existe plus d'habitants de Sodome pour se plaindre auprès de l'Etat d'Israël afin de réclamer le droit exclusif de se nommer sodomites. Quelquefois des châtiments divins ont des résultats heureux pour le langage.

(Grâce à ce billet, j'ai pu placer des tas de mots clés qui me rapporteront plein de trafic, c'est dommage que je n'ai pas pu placer aussi une image de Sappho nue...)    

De la lettre et de l'esprit

Il l’a tuée, il s’est suicidé – tout ça pour une histoire d’alphabet. En froid avec son mari, Emine s’était réfugiée chez son père à Ankara. (...) Le portable d’Emine n’acceptait pas les caractères turcs. Les “ı” sans point se sont transformés en “i” avec point, changeant radicalement le sens de son texto. (...)

Voilà une fois de plus une illustration des dangers du SMS !  Espérons que le saint Père ne commettra pas une telle erreur, surtout en latin, pour ses SMS spirituels qui n'auront pas tous les diacritques nécessaires pour chaque langue ! Même si la communication en latin sans SMS peut s'avérer parfois confuse :

Le 26 juin, la distribution en salle de presse du Vatican d'un «motu proprio» (décret) en latin, par lequel Benoît XVI modifiait les règles d'élection de son successeur, avait provoqué la confusion avant que le service de presse ne diffuse rapidement la traduction italienne et les explications adéquates.

vendredi, 02 mai 2008

Le Post, ou le temps qui n'existe pas

Les casimirismes du Post me font toujours rire !

On pense souvent au Club Dorothée, Recré A2 , mais on oublie les Minikeums sur France 3 qui ont bercé l'enfance de tous.
Une petite chanson pour vous souvenir. Bonne nuit les posteurs.

Mais ce n'est pas du tout mon enfance à moi ! J'étais déjà un adulte à l'époque des Minikeums et je les entendais cités par des marmots à cette époque. Quel est ce passé totalement fanstasmatique que l'on tente de nous vendre ? Et bien entendu, la rédaction continue à souhaiter une bonne soirée comme si Internet n'était pas un média mondial couvrant tous les fuseaux horaires... 

Oui, je sais que c'est mal de s'acharner sur une victime déjà à terre, mais je pense qu'il y a des choses à dire encore au sujet de la ligne éditoriale assez fumeuse.  

lundi, 28 avril 2008

Le paradoxe luxembourgeois

"Avec la réforme de la loi sur les naturalisations, certains milieux nous serinent avec la supposée nécessité de devoir impérativement maîtriser l'idiome national. La maîtrise du français ou de l'allemand, les deux autres langues administratives, ne suffirait plus", estime le journaliste luxembourgeois David Wagner. Or, comme il le fait remarquer, les six quotidiens (!) du Luxembourg n'offrent que rarement des articles en luxembourgeois par rapport au français et surtout à l'allemand. A l'école primaire, le luxembourgeois est considéré comme une langue auxiliaire durant les trois premières années pour une alphabétisation en allemand. En outre, les textes de lois, comme celui sur les règles d'accession à la nationalité, sont rédigés en... français. Et c'est là que l'on touche à un paradoxe : la connaissance du luxembourgeois est considérée comme plus importante que celle du français (pourtant langue écrite du droit ou du commerce) et de l'allemand (langue de l'enseignement ou de la majorité des médias) :

Plus précisément, tout candidat doit avoir une connaissance active et passive d’une des trois langues (allemand, français et luxembourgeois), mais aussi une connaissance de base certifiée du luxembourgeois. Ainsi, un étranger qui maîtrise parfaitement le français doit néanmoins prouver qu’il connaît les bases du luxembourgeois, cette dernière langue justifiant d'une intégration suffisante. Par contre, un candidat qui maîtrise le luxembourgeois ne doit pas nécessairement avoir des connaissances en français ou en allemand pour être admissible à la citoyenneté.

Le luxembourgeois constitue (avec le secret bancaire) le seul ciment d'une petite monarchie qui a un fort besoin de main d'oeuvre immigrée, n'ayant plus le français ou l'allemand comme langue maternelle comme autrefois. Cette main d'oeuvre doit s'intégrer dans un pays qui prétend maintenir son identité distincte par rapport aux hénaurmes voisins (la Belgique étant le plus craint de tous) et ce qui fait l'identité nationale du Luxembourgeois, c'est son Lëtzebuergesch ! Ce qui est parlé dans la rue, au bistrot, au bureau, aux champs, à l'usine, au marché, mais qui a une traduction systématique dans les écrits ou dans les paroles plus ou moins officielles comme celles de l'instituteur faisant accéder à la lecture ou du policier rappelant à la loi ou du chef d'atelier se référant aux instructions de la direction. Oui mais... la connaissance du luxembourgeois doit prouver l'intégration à la communauté ! Certes, mais cette intégration n'a pas été demandée aux Luxembourgeois n'a pas été demandée aux Luxembourgeois de naissance qui ne parlaient pas luxembourgeois, mais seulement allemand ou français ou les deux. Imaginons un canton suisse qui demanderait non seulement la connaissance de l'allemand et du français, mais aussi du Scwhytzertütsch de son canton à lui. Par exemple Unterzellhouse-Intérieur. Et pas question de parler le Schwytzertütsch d'Unterzellhouse-Extérieur, parce que ce n'est pas le même dialecte ! Parce que si l'on se penche sur la question, le luxembourgeois n'est qu'un des dialectes franciques dont la langue écrite est... l'allemand : en Moselle, on parle (ou plutôt parlait) aussi bien le francique luxembourgeois, le francique mosellan et le francique rhénan. Or les divergences sont importantes même si une forme unifiée du francique luxembourgeois a été proposée récemment par le gouvernement luxembourgeois, avec une grammaire et un dictionnaire.

D'une part, on exige la connaissance, passive au moins, d'une langue qui n'existe pratiquement pas à l'écrit. D'autre part, on ne tient pas compte de la réalité institutionnelle luxembourgeoise qui fait que cette langue orale n'existe pas à l'écrit et dans les institutions ou le commerce. C'est un étrange combat pour la préservation de son identité locale : comme si on était passé d'un coup des places de marché médiévales avec leurs jolies voûtes toutes en poutres apparentes aux salles de marché internationales dans des open-spaces. Cela fait un choc de passer des champs de blé aux champs de plein de blé. Et puis, c'est le champ de blé que l'on veut préserver malgré tout, tout le monde ne doit pas avoir droit au même gâteau que nous, même s'il y a participé. Il faut d'abord qu'il prouve qu'il est vraiment comme nous, parce que nous ne sommes pas comme les autres et que notre voisin est différent et moins intégré. Oui, le Luxembourg est un bon élève européen.  


vendredi, 25 avril 2008

MSN-er

Si Apple n’aime pas que son vocable podcast soit utilisé à tort et à travers, pour Microsoft c’est le verbe MSN-er de la si gutturale langue hollandaise qui lui reste en travers de la gorge. MSN-er est en effet un verbe que l’on peut trouver dans le dictionnaire néerlandais Van Dale, et cela Redmond ne le supporte pas...

Il me semblait que l'infinitif des verbes en néerlandais avait toujours une désinence en -en, comme en allemand. Un suffixe en -er indique plutôt un nom d'agent ou de personne.  Cette terminaison est en réalité française comme celles de friender et de dé-friender.

mercredi, 26 mars 2008

We Are Making Progress

L'idée de "progrès" ("We're making progress"). "On parle aux enfants et on n'arrive plus à utiliser l'expression "faire des progrès" sans penser aux "progrès" qui sont prétendument accomplis en Irak, dit Naomi Shihab Nye, poète et auteur de livres pour enfants. Les mots ont été maltraités. Il faut leur redonner une respiration."

Cet article parle de la langue de l'ère George W. Bush et des réponses possibles. Un peu comme lorsque l'on parle sans cesse de réformes, sans dire lesquellles, comment, pour quoi ou pourquoi et surtout pour qui.

mardi, 25 mars 2008

La place de l'étoile

Plus rien ne peut m'étonner de la part de la communauté flamande de Belgique :

La commune flamande de Liedekerke a adopté un nouveau règlement qui autorise les responsables des « plaines de jeux » (jardins d’enfants) à refuser l’admission des enfants ne parlant ou ne comprenant pas le néerlandais.

La Belgique atteint les sommets de la honte et du déshonneur en acceptant des mesures aussi racistes et vexatoires pour de prétendues questions de sécurité. Le tout dans la plus mauvaise foi possible; Alors que ce pays a trois langues nationales. Le mot apartheid n'est pas déplacé. Il y en a d'autres qui me viendraient si je me lâchais...

Au mois de juin 1942, un officier allemand s'avance vers un jeune homme et lui dit : "Pardon, monsieur, où se trouve la place de l'Étoile  ?" Le jeune homme désigne le côté gauche de sa poitrine. (Patrick Modiano, la Place de l'Etoile.)

lundi, 24 mars 2008

Güey

C'est étonnant un tréma en espagnol, d'autant plus que cette langue ne connaît pas le u français ou le ü allemand et n'emploie pas de trémas ou d'umlauts. Mais les origines du mot semblent bien controversées aussi (le texte sent son anglais par l'emplol de versatile pour divers) et cela ne semble pas s'arranger. Comment un tel mot aussi étranger à l'espagnol a-t-il pu être intégré ?

lundi, 17 mars 2008

En Pologne, c'est-à-dire nulle part

Si quelqu'un comprend le polonais, j'aimerais bien qu'il me traduise les billets de ce blogue qui me place dans sa blogoliste (merci à lui au passage et bonne chance). Parce que le polonais et moi, cela fait deux, à part quelques rudiments très réduits (je pourrais comprendre en très gros et très vague des textes néerlandais ou danois, mais vraiment de manière grossière et vague, alors pour le polonais, même mes premiers rudiments de tchèque sont insuffisants...) Je constate simplement que le sujet du jour est consacré au bling-bling et traduit un texte français à propos de la blingocratie. Oui, on en a parlé à la suite du Mouton de Nouvelle-Calédonie après avoir vu le lien chez Jean Véronis. La circulation des mots est une affaire compliquée, maintenant même les Polonais (plombiers ou non) sauront tout de la blingologie qui fera pâlir les jumeaux démoniaques ! Il était normal de parler de notre admirable et splendide président au pays d'Ubu !

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