lundi, 14 juin 2010

Où j'écris un billet démagogique

Hénaurme suspense ! On attend le résultat du match*.

La vuvuzela, 466 résultats réels.

Le vuvuzela, 340 résultats réels.

On retrouve un problème classique des emprunts : le genre à donner. Le mot serait d'origine zouloue, mais s'il transite par l'anglais il ne possède plus alors de genre précis et en outre il n'y a aucun genre dans les langues bantoues dès le départ : on ne distingue que le défini et l'indéfini. Or les noms se terminant en -a ne sont plus ressentis automatiquement comme féminins en français. Il est vrai que le -a pouvait être masculin en latin : poeta, nauta, agricola. Cependant, je trouve une sorte d'indécision dont on a déjà parlé ici au sujet de la manga ou de la Nutella. Je pourrais ajouter le ou la chikungunya**. Il y a tendance à masculiniser des noms qui devraient être féminins parce que le -e final seul est ressenti parfois comme marque du féminin  : Venezuela, Costa-Rica, Nigéria, Libéria,  etc. Et puis on a une zone marginale où les deux genres se combattent.

Le mot est apparu dans Wikipedia (tiens ? on dit la Wikipedia) en juin 2009 — sans doute en prévision de la coupe du monde de football —, mais il a été fortement réactualisé ces derniers jours. Il va mettre cinq ans pour apparaître dans le Robert si l'emploi de cet instrument de torture est encore largement attesté, dix ans dans le Larousse, cent ans dans le dictionnaire de l'Académie française (qui n'est toujours pas arrivée à la lettre Z de sa dernière édition, mais qui estimera bon de laisser aux futurs académiciens ce mot trop nouveau). Et on en vient à un autre problème : quels dictionnaires faut-il aujourd'hui : ceux qui permettent de comprendre les journaux ou les livres classiques ? d'écrire sur l'actualité ou de bien écrire ? Les deux me semblent nécessaires, mais le fossé se creuse entre eux et ce sont les premiers qui créent l'usage à venir. Le but, c'est d'avoir le plus d'occurrences dans Google ou bien de voir sa version adoptée par Wikipedia. C'est ce qui fait autorité et non une recherche étymologique.

* Il est difficile d'échapper à ce bruit incessant et de ne pas voir sa mention dans les blogues ou Twitter ou les médias en ligne. J'ai voulu donc en savoir un peu plus, parce que cela me rappelle le bourdonnement que certains de mes élèves pratiquent, lèvres fermées, afin de saboter les cours. 

** Mes observations sont signées dans ce fil (dito), avec parenthèses.

dimanche, 07 mars 2010

Devenir soi-même ? Non, merci, déjà donné

armee.jpgIl y a quelques petites choses qui me dérangent dans l'administration qui m'emploie.

Par exemple, le fait de voir cette affiche dans le lycée où je me trouve sur la porte d'entrée des bâtiments et non pas seulement sur le panneau d'orientation comme il se devrait. Il faut dire que ce lycée public est dirigé par un officier de carrière, ce qui est une situation totalement absurde et qui aboutit à un délire pseudo-patriotique sur tous les murs de couloirs de ce lycée.

Mais revenons à l'affiche. Que nous dit-on "Devenez vous-même". Mais n'est-on pas soi-même au départ, à la naissance ? Comment pourrait-on le devenir plus ? Serait-on moins soi-même au fur et à mesure de son éducation et de son avancée en âge et pourrait-on le devenir soudainement ensuite en intégrant l'armée ? On se croirait dans une émission de téléréalité où il faut faire semblant d'être authentique afin de rester dans le jeu, dans un reportage exotique ou sociologique où les gens sincères, dans une vie qui n'est pas la vie, mais où tout le monde imite la vie de la télévision et d'une fiction absurde.

Il y a là un problème ontologique que je ne peux résoudre. Je suis moi-même depuis ma naissance et je le serai jusqu'à mon décès. Avec une foule de contradictions et de marches en arrière, mais je suis une personne malgré tout. Comment pourrais-je devenir plus moi-même alors que je le suis déjà par mon histoire et ma réflexion ? Je veux bien admettre que d'autres m'apportent encore des choses que j'ignore, mais pourquoi devrais-je les mettre au bout d'un fusil afin de comprendre qu'il est inutile de porter une arme ? Devenir soi-même, c'est aussi cela : devenir anti-militariste.

Cette propagande profondément stupide s'adresse à des jeunes qui sont en situation de rupture ou d'échec scolaire et qui n'ont aucun autre débouché que celui de cette dernière chance : l'Armée qui va les révéler à eux-mêmes puisque tout le monde les a méconnus auparavant. Malheureusement, quand ils reviennent à la vie de tous les jours, ils apprennent que ce qu'ils ont appris ne vaut strictement rien. Et ils ne sont donc plus rien. C'est une propagande dangereuse qui risque de causer des morts à long terme.

Comment une institution comme l'Armée pourrait-elle révéler la véritable nature d'un être en montrant qu'il ne s'était jamais dépassé auparavant ? C'est là un insondable mystère. Je vais être plus grossier : comment le fait d'assassiner les autres que l'on ne connaît pas et que l'on n'a jamais vus permet-il de révéler notre nature profonde ? Parce que le métier du militaire, ce n'est pas de seulement de protéger les siens, mais aussi d'agresser autrui pour de vils motifs. Être soi-même dans de telles conditions, cela me semble très difficile. Et vouloir devenir soi-même en acceptant de commettre le pire, ne suppose qu'une seule réponse : Non.    

dimanche, 14 février 2010

Le mot brigade en français et en tchèque

Dans Radio-Prague (qui délivre par ailleurs d'excellents textes en français pour faire aimer le tchèque ou la Tchéquie), je lis ceci :

En français, le mot « brigade » possède deux sens principaux : il peut désigner une unité militaire ou une unité, un petit détachement, de police ou de gendarmerie.

Nous l’avons compris, pendant longtemps, pour les Tchèques, le mot « brigáda » a donc désigné un travail manuel, temporaire et « volontaire ».

Le problème, c'est que le mot se rapporte aussi au monde du travail en français. On parle de brigade en restauration et hôtellerie. Ce sens est bien connu, mais on n'en parle pas et on se concentre sur l'aspect militaire en français, puisque le propos est de parler d'enrégimentement. On parle également de brigade pour les remplacements dans l'enseignement primaire. C'est un sens plus récent. Le professeur des écoles qui est brigade se voit dans les faits imposer un travail (parfois manuel, parfois intellecutel), temporaire et dit volontaire (puisqu'il n'a pas d'autre choix d'affectation). Les situations ne sont pas vraiment comparables, mais il est faux d'écrire :

Et si vous vous demandez pourquoi le mot « brigáda » englobe cette notion de travail à la différence du français, sachez que c’est parce que le mot tchèque dans ce sens précis ne tire pas son origine du français mais du russe.

Le mot brigade contient bien la connotation de travail en français comme en tchèque, il s'agit bien de travail manuel en hôtellerie, et même de travail provisoire ou intérimaire dans l'Education nationale depuis une bonne vingtaine d'années. Mais il fallait insister sur l'occupation soviétique dans ce cas... Ou comment orienter le texte dans un sens anti-russe sans le dire vraiment...

jeudi, 04 février 2010

Как ухаживать русский

Le titre est en russe, mais je ne garantis pas son exactitude vu mon ignorance presque totale de la langue de Pouchkine (mis à part quelques mots courants et des notions grammaticales ou phonétiques assez générales). Il signifie Comment paraître russe. Il aurait pu aussi bien s'intituler Comment paraître grec, arabe, chinois, etc. C'est pas compliqué - comme on dit dans les émissions de vulgarisation. Il suffit de prendre quelques caractères en alphabet cyrillique et de les appliquer dans un énoncé rédigé en français. C'est ce qui se passe pour l'affiche du film Une exécution ordinaire.

une_execution_ordinaire.jpg Vous remarquerez qu'un seul caractère est inversé. Le n qui devient ici la voyelle i ou iže (иже). Elle provient du êta grec que l'on écrit H en capitale et η en bas de casse. Elle se prononçait ê long en grec ancien, puis elle est devenue i comme le iota. Elle a donné naissance à notre H latin, d'abord en capitale. On ne retrouve pas cette inversion dans la couverture du roman de Marc Dugain dont est tiré le film. Ce qui est fascinant dans cette affiche de film, c'est de retrouver tous les clichés au sujet de la Russie éternelle. L'étoile rouge. Le portrait de Staline qui domine les héros sur un mur grisâtre en brique. Le fond de paysage avec le Kremlin. Une police de caractère très stricte et sans empattement, de type Arial (on ne badine pas dans les régimes totalitaires). Et bien entendu, la fameuse lettre inversée parce que c'est la plus facile à utiliser pour faire russe (il y aurait bien eu aussi le b russe, mais il n'y a pas de b dans le titre). Si vous voulez faire grec, il faut vous rabattre plutôt sur le sigma ou l'epsilon, parce que l'on aura pas de n inversé (en fait de h ou de i).

On a affaire là à un truc de graphiste qui se retrouve fréquemment dans les affiches publicitaires, de films ou la bande dessinée. C'est une vieille astuce, lorsqu'Uderzo doit faire parler des Normands, il utilise des o barrés et des a avec rond en chef comme en danois, lorsqu'il fait parler ses Goths c'est en alphabet dit gothique, la Fraktür. On est alors dans l'exotisme déjà connu. Mais ce qui est particulier dans le cas des Russes ou des Soviétiques, c'est que l'on utilise presque systématique le n inversé. Comme si ce monde était l'inverse du nôtre. Un univers où tout serait vu comme dans un miroir par ce minuscule détail. 

mardi, 01 décembre 2009

Et le mot de l'année est... buzz, comme les années précédentes !

Ce qui est plaisant avec les locuteurs anglo-saxons, c'est qu'ils fabriquent autant de mots de l'année qu'ils ont de comités, d'associations, de sociétés qui veulent se singulariser en fabriquant de faux palmarès selon leur envie promotionnelle (le palmarès est une habitude très anglo-saxonne qui nous a valu en France des choses innommables comme le Top50 ou le Hit-Parade ou des stations de radio FM pour jeunes et moins jeunes qu'il aurait mieux valu bannir avant de libéraliser les ondes). Ainsi, le New Oxford American Dictionary avait élu unfriend comme mot de l'année. Unfriend est un terme employé dans Facebook et cela semble donc tout de suite plus branché. Mais quand on passe à un concurrent comme le Global Language Monitor, cela devient Twitter. Là, attention ! c'est du sérieux, on ne vote pas, on se réfère à un algorithme qui détermine quel est le mot le plus populaire, de manière totalement neutre et prétendument scientifique, alors que Twitter draine un public scripteur dix ou vingt fois moins nombreux que Facebook. Les deux sites sont concurrents et il est obligatoire que les différentes associations pour le mot anglais le plus populaire soient aussi en concurrence. Elles choisissaient sans doute auparavant dans la presse papier en regardant vaguement ce que l'on achetait le plus et maintenant elles regardent ce dont on parle sur la Toile. Et on assiste au combat de néo-titans à pied d'argile : Facebook contre Twitter pour le titre du mot de l'année ! Il faut compter encore avec les mots de l'année des différents dictionnaires anglais qui se sont déroulés auparavant et qui font alors l'objet d'annonces publicitaires, exactement comme pour des Miss Pomme de terre issue de Picardie élues par un comité local. C'est fort ridicule, mais les Britanniques et les Etatsuniens ne comprennent pas encore que toute cette publicité grossière les dessert à la longue et que plus ils en useront, moins on croira leurs classements, même en faisant semblant de croire à des algorithmes sacrés et surtout secrets. La première question est celle de la légitimité et de la pertinence de tels classements qui bouffent de la place dans les informations prétenduments nouvelles. C'est du bruit avant tout, qui se nourrit de ce qui est censé faire le plus de bruit.

lundi, 30 novembre 2009

C'est du chinois !

Voici une liste que j'avais publiée sur Usenet il y a sept ans. Elle a été reprise sur un autre site, avec des compléments plus érudits et des illustrations pour ceux que cela intéresse. 

lotus.jpg

Les mots chinois en français.

Je me suis d'abord appuyé sur la liste du Petit Robert 1, version électronique 2001, j'en ai extrait les formes citées. Puis j'ai vérifié un certain nombre de mots dans le « Dictionnaire des mots d'origine étrangère » et dans « L'aventure des mots français venus d'ailleurs » d'Henriette Walter, sans pousser plus loin dans les dictionnaires étymologiques. La liste ne peut être exhaustive, elle ne comprend pas notamment l'ensemble des produits alimentaires ou des
plats.  

1. Les antonomases

Chantoung, shantung, 1909, nom d'une province.
Chine : 1855 porcelaine ; « plante » 1572 ; 1866 papier ; 1873 brocante. Voir aussi les dérivés du dernier sens : chiner, chineur. Pour mémoire : chinoiser, chinoiserie, casse-tête chinois, supplice chinois.
Kaolin, 1739 ; kao-lin 1712 ; chin. kaoling, proprt « colline élevée », n. du lieu où l'on extrayait le kaolin. 
Pékinois, av. 1874 ; de Pékin, n. d'une ville de Chine. Les chiens de la famille impériale sont arrivés en Grande-Bretagne en 1860 en réalité. Détail amusant : les pékinois sont des épagneuls donc des chiens d'Espagne.
Poussah, 1852 ; poussa 1782 ; pussa 1670; chin. pu-sa « image de Bouddha assis les jambes croisées ».
Satin, XIVe s. ; esp. acetuni, cetuni, ar. zaituni « de la ville de Tsia-Toung (Zaitun) » en Chine.  
Taoïsme, 1886 ; taossisme 1846 ; du chin. tao « raison, être suprême ».
Yoyo ou yo-yo, 1931; yo-yo nom déposé ; p.-ê. d'o. chin., par les Philippines. 

On remarquera que le PR1 ignore : maoïsme, col mao, confucianisme, bouddah comme nom commun. Pour mémoire : pékinologue, sinologue, sinisant. Le mot argotique « pékin » ou « péquin » viendrait de l'espagnol « pequeño » et serait seulement influencé dans sa graphie par le nom de la ville. Le riz cantonais n'est pas connu du PR1, il est pourtant bien lexicalisé.

2. Mots chinois d'abord empruntés à une autre langue orientale.

Ketchup, 1873; calchup 1826; catsup 1821; mot angl. (catchup 1690; ketchup 1711), probablt du chin. kôetchiap ou malais kêchap.
Satin.
Thé, 1648; cia 1589; du chinois dial. t'e ou malais teh, par le néerl.; la forme thé vient du lat. mod. Des compléments sur ce mot : ici et .
Zen, 1889; mot jap., du chin. chan, sanskr. dyana « méditation ».

Les mots suivant viennent d'autres langues et ne sont pas proprement d'origine chinoise. Ils n'ont d'intérêt que parce qu'ils se réfèrent plus ou moins à des réalités que l'on peut associer à la Chine.
- Tibétain : dalaï-lama, panchen-lama, lama, polo (par l'anglais), yak ou yack, zébu.
- Malais : bambou (par le portugais), béribéri, gong, jonque, kapok (par l'anglais), pagaie, rotin.
- Népalais : panda.
- Persan : badiane.
- Sanskrit : laque (hindi pour Walter), lilas. mandarin, mandarine, nénuphar, pagode (tamoul pour Walter), palanquin,  poivre, riz, santal, sucre. Les intermédiaires sont souvent persans ou arabes.
Je ne fais pas référence aux mots vietnamiens pour ne pas introduire trop de confusion.

Il faut faire un sort particulier au mandarin et à la mandarine, ou à leurs dérivés :
- Mandarin : 1581; port. mandarim, altér. d'apr. mandar « mander, ordonner », du malais mantari « conseiller ». Pour Walter, c'est le conseiller d'État en sanskrit, mantrin. 
- Mandarine : 1773; esp. (naranja) mandarina « (orange) des mandarins ». À propos surtout de l'orange et un peu de la mandarine dans différentes langues : voir ceci.

3. Mots chinois passés par une autre langue européenne.

Chow-chow, 1898; mot angl., du jargon anglo-chin. 
Ketchup.
Kumquat, kum-quat 1891; du chin. cantonais, var. de kin kü « orange d'or », probablt par l'angl. 
Longane, 1616; du chin. long-yen, de long « dragon » et yen « oeil », par le lat. bot. longanum et le port. longans 
Pacfung, 1923; packfond 1836; angl. paaktong (1775); mot dial. chin. 
Pongé ou pongée, 1918, -1883; angl. pongee, p.-ê. du chin. pun-ki, pun-gi « métier à tisser » 
Sampan ou sampang, siampan 1702; ciampane 1540 (forme it.); mot chin.,
proprt « trois (san) bords (pan) » 
Satin.
Souchong, 1842; du chin. siao-chun, par l'angl. 
Thé.
Typhon, tiffon 1531; tifon 1571 (d'apr. it. tifone); chin. dial. t'ai-fung « grand vent », par le port. tufaô, ar. tufân; typhon en 1643, par confus. avec typhan (1504), du gr. tuphon « tourbillon ».

Le PR1 ne mentionne pas exactement « tchin-tchin » comme vraiment chinois : 1829; du pidgin-english de Canton tsing-tsing « salut ». Ni non plus « pidgin » :  1924 ; pudgin 1902 ; pidjin English 1875; mot angl. (1851), altér. du mot business prononcé par les Chinois. Sur « tchin-tchin » et sa forme anglaise, on peut compléter ici.

Le PR1 ne cite pas « cangue » comme chinois :  cangue, 1686; port. canga, annamite gong.  Walter : du chinois kang-kia, mettre au carcan (avec l'autre origine en deuxième position).

Le PR1 évoque en revanche les « triades » : angl. triad 1900 ; Triad Society 1821 ; du chin. San Ho Hui « société de la triple union [du ciel, de la terre et de l'homme] ». Mais non la guerre des Boxers. Il cite la Révolution culturelle, mais non les Cent mille fleurs, les Gardes rouges, le Petit Livre rouge, la Bande des quatre, qui sont pourtant des expressions passées en français et souvent avec un sens figuré.


4. Mots directement empruntés au chinois.

Dazibao, v. 1970; mot chin. 
Ginseng, 1663 ; jin-seng 1844; du chin. jên-shên « plante-homme » 
Kalanchoé, 1763 ; mot d'o. chin. 
Kaoliang, av. 1948 ; mot chin., de kao « haut » et liang « grain », par l'angl. (1904) 
Kung-fu, v. 1970 ; mot chin. 
Li,  1603 ; mot chin.
Litchi, 1721 ; lichi 1665 ; lechia 1588 ; chin. li-chi. Selon Walter, l'intermédiaire est espagnol.
Mah-jong, 1926 ; mots chin. 
Pinyin, v. 1970 ; mot chin. « épellation » 
Taï chi,  1979 ; mot chin. Le PR1 ne cite pas d'autre forme...
Yang, 1753 iang; mot chin. 
Yin,  1753 in ; mot chin. 
Youyou, 1888; « canot chinois » 1820 ; du chin. dial. « canot à godille », du chin. yáo « godiller » 
Yuan,  1949; mot chin. « rond »

Voici à présent d'autres mots qui avaient été extraits du Littré par Iulius (Julien-Elie) :

Ailante, d'« ai lan to ».
Colao de « ko lao » : le pavillon et l'ancien
Jonque du chinois « tchoue », bateau, vaisseau, prononcé à Canton chune suivant l'orthographe anglaise, c'est-à-dire en français « tchoun ».

Ajoutons encore que le nom français du Japon est passé par le chinois : en cantonais c'est jiat'pun et en mandarin c'est *jipenkwo qui a donné Cipango comme on peut le voir chez Marco Polo. Le nom du Japon est passé par l'intermédiaire du portugais.

vendredi, 29 mai 2009

Papous sans tête

Sur les 746 langues régionales recensées en Indonésie (contre 147 aux Philippines et 113 en Malaisie), seules 442 sont actuellement "placées" sur la carte officielle des langues de la république d’Indonésie.

Et il est plus que temps de relever leurs caractéristiques : neuf langues en voie d'extinction ont été découvertes à Bornéo dans la Nouvelle-Guinée occidentale ou Papouasie-occidentale ou ex-Irian Jaya (la partie indonésienne* de l'île). Or, la Nouvelle-Guinée offre la plus grande concentration de langues du monde, avec plus de 860 recensées dans sa partie orientale et 250 au moins dans l'occidentale**. D'ici la fin du siècle, la plupart seront mortes, au rythme mondial d'une langue éteinte tous les dix jours.

* Parler de Papouasie est une erreur de traduction, car il existe un pays distinct, la Papouasie-Nouvelle-Guinée sur la même île.

** Ce qui est particulièrement amusant dans ce cas, c'est de voir la délimitation entre deux continents passer au milieu d'une même île du fait des découpages étatiques : l'Indonésie est entièrement en Asie, alors que la Papouasie-Nouvelle-Guinée se trouve en Océanie. Mais enfin, la limite entre l'Europe et l'Asie n'est pas plus claire dans les esprits et on peut douter de l'existence de l'Europe comme continent tout comme de celle de l'Océanie. Les limites sont avant tout politiques et affaire de circonstances, moins de géographie.

samedi, 09 mai 2009

8 mai : quel nom ?

Assouline s'énerve :

Le 8 mai 1945. Mais encore ? Si l’on en croit les services de l’Elysée, il s’agit de ‘”l’Armistice”. Avec un “A” en capitale. Vous pouvez vérifier ici dans le communiqué officiel. Comme la date est précisée, aucune confusion n’est possible, il ne s’agit pas de l’armistice honteux de juin 1940 mais bien de celui de la Victoire…

Le problème, c'est que la célébration en question ne porte pas sur les deux redditions sans condition signées le 7 mai à Reims sans les plus hautes autorités militaires soviétiques, ou le 9 mai 1945 à Berlin au quartier général des troupes soviétiques en Allemagne, mais sur l'heure de l'arrêt des combats le 8 mai à 23 h 01 (heure d'Europe centrale) - soit 1 h 45 avant la signature complète de l'acte définitif de capitulation qui ne change pas cette modalité. La capitulation de l'Allemagne n'est pas un armistice, soit. Elle n'est pas plus la fin de la Seconde Guerre mondiale, puisque celle-ci se prolonge jusqu'à la reddition complète du Japon le 2 septembre (la capitulation avait été acceptée dès le 15 aoüt). Il y a eu d'autre part bien des redditions de l'armée allemande ou des armées de l'Axe avant, mais ce n'est par exemple que le 10 mai 1945 à 16 heures que la poche de Lorient sera définitivement libérée à la suite d'autres négociations parallèles et indépendantes, et que les combats cesseront en France.

Ce jour férié est une fiction collective : il correspond à la fin théorique des combats et donc à la définition d'un armistice, mais il ne correspond pas aux dates de signatures des actes de capitulation ; il est nommé jour de la victoire, mais cela fait un peu trop anti-germanique (raison pour laquelle l'Ex le suspendra durant son septennat), même si on précise ensuite victoire de la démocratie ; il est confondu avec la fin de la Seconde Guerre mondiale qui se prolonge en fait en Asie que l'on oublie souvent parce que la guerre sino-japonaise est antérieure à la Seconde Guerre mondiale. Et beaucoup de Français parlent couramment d'armistice, comme pour le 11 novembre, puisqu'en définitive la fabrication de ce jour mémoriel est une sorte de bricolage historique à contorsions multiples afin de ne pas insulter en permanence nos partenaires européens et désormais alliés. En outre, on a cru bon de le flanquer en 1985 d'un jour de l'Europe, aujourd'hui 9 mai, pour honorer Robert Schuman. Cela n'aide pas à rendre la date plus lisible.

vendredi, 10 avril 2009

No Bran New World

Voici une expérience scientifique sidérante qui se situe entre le Truman Show et Bienvenue à Gattaca. Son sujet : l'observation de l'apparition du langage chez un enfant. Le nom même du logiciel de l'expérience d'un film tiré d'une nouvelle de Dick qui se révèle de plus en plus prophétique et le grand auteur réaliste américain du siècle passé (Minority Report, nous y sommes déjà par les dernières lois voulues par le gouvernement du divin président au sujet des délinquants de trois ans ou bien du délit de bande). Ce qui est encourageant, c'est le fait que la masse d'informations fournies par une seule journée sera tellement riche et complexe (pour la phonétique, la sémantique, la syntaxe, la morphologie, les rapports émotionnels) qu'elle deviendra inexploitable ou ce qui est décourageant, c'est que l'on fera des coupes ou des carottages de manière arbitraire. Et puis ceci : "Quelques semaines avant l'accouchement, en juillet 2005, le chercheur installe 11 caméras et 14 microphones, dissimulés dans les plafonds et les murs de toutes les pièces, sauf aux toilettes." Quand on connaît le rôle valorisant de la défécation dans l'apprentissage du langage par les petits enfants qui sont stimulés et rendus de plus en plus autonomes par leurs parents, on se rend compte que l'on perd alors le passage décisif du petit pot au pot adulte adapté avec un réducteur de lunette, du nettoyage par les adultes à l'autonettoyage, du lange à la maîtrise de son corps, et donc de l'apparition de l'enfant comme individu singulier qui ne doit plus demander aux autres que la satisfaction d'autres besoins. Je suis désolé si je choque, mais faire l'impasse sur ces moments essentiels de la vie d'un petit enfant (comme ceux où il peut se servir lui-même avec sa cuillère ou se tenir sur ses jambes ou se connaître dans le miroir) conduira à des erreurs dans les résultats, ce n'est pas le genre de chose à occulter sous prétexte de pudeur et c'est justement un passage décisif, puisque l'enfant peut être scolarisé après. Pourquoi d'ailleurs cette limite de trois ans et non celle de cinq où se situe le début de l'apprentissage de l'écrit qui est une rupture encore plus grave, nous rendant plus singuliers, uniques, fragiles et mortels ?

mercredi, 25 mars 2009

Madame ou mademoiselle ?

Hum... Ces déclarations dans les médias italiens me paraissaient d'abord quelque peu surjouées.

Non si può più dire "signora" e "signorina", nelle varie lingue dell´Unione Europea: dunque basta mrs e miss, madame e madamoiselle [sic], senora e senorita, frau e fraulein. Così ordina, o perlomeno esorta, un pamphlet introdotto dal parlamento della Ue sul modo corretto di rivolgersi pubblicamente, a voce o per iscritto, a una donna, in particolare se onorevole - nel senso di deputata, non della sua vita privata. L´auspicio fa parte di un codice sul linguaggio "sessualmente neutro" da utilizzare nelle conversazioni e pubblicazioni ufficiali: un dibattito in aula, un convegno, un documento.

On impute déjà bien des choses farfelues à l'Union européenne sans aucune preuve ou bien alors que les responsables sont dans le pays même, le Daily Telegraph ne brillant pas par sa ferveur européenne ou son progressisme ou son féminisme, j'ai préféré aller voir à la source.

The politically correct rules also mean a ban on Continental titles, such as Madame and Mademoiselle, Frau and Fraulein and Senora and Senorita. Guidance issued in a new 'Gender-Neutral Language' pamphlet instead orders politicians to address female members by their full name only.

On a au départ un document à usage interne au parlement européen afin de définir des usages à propos de la citation de personnes politiques. Cela devient chez les Britanniques une marque de la progression du genre neutre, alors qu'il ne s'agit que d'éviter le fait de dire si une femme est mariée ou non - sans considération du fait que les hommes peuvent toujours être nommés par leur nom de civilité. Passons, la misogynie est une tradition britannique fort respectable et bien établie, comme le fouet et la sodomie dans les pensionnats, la saoulerie du samedi soir au pub, la chasse à courre, le hooliganisme, la cravate de son collège et l'appartenance à un club. Gardons-nous de juger ces particularismes parfaitement respectables, mais on cherche en vain le genre neutre.

En Italie, cela devient : on ne pourra plus dire madame ou mademoiselle dans quelque langue de l'Union européenne, même si l'on est obligé ensuite d'avouer que cela concerne d'abord les députées - il fallait bien accrocher le lecteur par une annonce totalement fausse et encore plus exagérée que l'anglaise. L'Italien est bien connu pour exagérer, mais il ne fait qu'extrapoler à partir des balivernes britanniques. Puis l'on disserte longuement sur la langue que l'on emploie tous les jours pour s'adresser à l'hôte de son restaurant... Parce que l'Italien, au contraire du Britannique, est pratique et songe d'abord aux cas de la vie quotidienne, surtout s'il s'agit de bien manger et d'être bien traité. Il le dit dans un style plus prolixe, mais un peu plus honnête en fin de compte.

Comment faire une Europe avec des gens qui se servent de l'Europe pour en rire à partir de faits déformés ou accuser le féminisme et avec d'autres qui ne cessent de se moquer des prétentions des premiers sans rapport avec les gens et la vie ?

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