dimanche, 08 novembre 2009
Le prestigieux président dans les textes qu'il signe
Notre divin et admirable président ne sait vraiment pas s'exprimer en français alors qu'il tient absolument à l'identité nationale :
Nous filons ensuite vers Check Point Charlie pour passer du côté est de la ville, et enfin confronter [sic] ce mur dans lequel nous avons pu donner quelques coups de pioche.
Dire qu'il est ridicule une fois de plus serait superfétatoire. Il devrait engager de meilleurs nègres pour tenir ses comptes 2.0.
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mercredi, 21 octobre 2009
L'affaire Emile Zola
Il faut le lire pour le croire, c'est dans le Figaro (lu sur la suggestion du Canard, parce que le Fig n'accompagne pas mon café matinal). Cela concerne une commune qui est passée à gauche aux dernières élections ! Il ne s'agit même pas des affidés de Le Pénible ou des identitaires du maire de l'Orange amère ou des sectaires de l'Agité du bocage, voire de vulgaires sarkozystes.
La littérature peut provoquer des dommages pour l'équilibre psychique des enfants. Sans doute va-t-il falloir obliger les éditeurs à intégrer cette mention sur la couverture des ouvrages. La crèche Émile-Zola accueille depuis quarante ans les bambins d'un quartier de Carpentras. Mais le conseil municipal, pour cet anniversaire, vient de décider de débaptiser la crèche. Le motif ? Le «misérabilisme» associé au nom de l'écrivain «démoraliserait» les personnels.
Réduire le nom de Zola à ses seuls romans se déroulant en milieu ouvrier (en gros l'Assommoir, Germinal et la Bête humaine qui n'est d'ailleurs plus une peinture sociale) c'est vraiment manifester une connaissance sommaire de son oeuvre. Tous les milieux sociaux sont évoqués dans les Rougeon-Macquart que decouvre notre divin président ; paysans, commerçants grands ou petits, financiers, nobles, prêtres, militaires, artistes, politiciens. Son oeuvre parallèle, avant, pendant et après sa grande série montre quelqu'un qui peut se révéler fort sentimental et fleur-bleue qui pourrait faire passer Daudet comme un modèle de sadisme. Il suffit de se pencher sur les contes par exemple.
Que l'on invoque son explication des comportements par le déterminisme, c'est peut-être pertinent. Mais Zola s'est justement battu contre le déterminisme qu'il avait découvert dans les idées de Claude Bernard. Le Docteur Pascal est précisément la manifestation d'une croyance en avenir meilleur. Que ce soit naïf, que ce soit aventureux, soit. Mais Zola - qui n'était en rien un scientifique - ne connaissait pas l'ADN à son époque, ne savait pas que l'on pourrait décrypter des génômes, tout juste connaissait-il quelques notions de sélection génétique ou d'hybridation propres à son époque. Il est le reflet de cette époque, des connaissances de son temps, et cependant il refuse totalement de déterminer quelqu'un par son origine lorsqu'il prend parti dans l'affaire Dreyfus et se retrouve condamné à la prison pour outrage au chef de l'Etat.
Le Zola qui est honoré partout en France, ce n'est pas l'écrivain. Ou sinon nous aurions plus de rues Virgile ou Homère dans nos villes. On ne voit pas de cénotaphes de Molière ou de Rabelais ou de Montaigne au Panthéon. Il rivalise avec Pasteur, de Gaulle, Jules Ferry et la grande star Léon Gambetta pour les noms de lieux. C'est le républicain défenseur des valeurs de la République, lors de l'affaire Dreyfus, qui a été célébré. Donner un nom de rue ou de crèche, c'est un acte politique. Débaptiser un lieu nommé Emile Zola est un acte politique qui se sert de la littérature comme prétexte. Un acte anti-républicain et anti-littéraire.
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mardi, 13 octobre 2009
Du haut de ces pyramides, 23 ans vous contemplent
Au sujet du Prince Jean, un godillot ose cette comparaison :
Ainsi, Jean-Christophe Lagarde, député (NC) de Seine-Saint-Denis rappelle à l’AFP qu’à l’âge du jeune homme - 23 ans -, «Bonaparte était général d’armée et il devait être en Egypte. C’est une tare typiquement française, où l’on considère que si on n’a pas 50 ans on n’est pas capable de faire quoi ce soit.»
Je ne sais si le député carpette est nul en arithmétique ou plutôt en histoire. Mais Napoléon est né en 1769 ; quand il a eu 23 ans, la République venait juste d'être proclamée ; de simple lieutenant, il se fait élire lieutenant-colonel de la garde nationale cette année par la menace ; mais l'année suivante, il n'est plus que simple capitaine d'artillerie, puis chef de bataillon (commandant) et se retrouve soudain sans affectation, car en disgrâce politique. C'sst en décembre 1793 qu'il est nommé général de brigade du fait de ses amitiés politiques et de son sens de l'intrigue auprès du parti au pouvoir, soit à 24 ans. Il ne commence la campagne d'Egypte qu'en décembre 1797, soit à 28 ans. A force de vouloir prouver à tout prix les absurdités présentes, on profère aussi des absurdités sur le passé. Parler de Bonaparte pour vanter les "généraux de vingt ans", c'est négliger le fait qu'il a dû d'abord sa carrière à sa fréquentation des salons et des cafés autant qu'à la répression des insurrections et qu'il a mené d'abord une stratégie de courtisan. Ensuite, parler de Napoléon présent en Egypte à 23 ans, c'est vouloir un peu trop prouver son opinion par des images d'Epinal. Et surtout prendre les électeurs pour des imbéciles qui ne connaissent que celles-ci.
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jeudi, 01 octobre 2009
Le mensonge qui obscurcit la vérité
Trouvé chez Pascale Robert-Diard*, cette phrase enflammée du Poëte-Premier ministre coupable dans une affaire qui est loin d'être un cours d'eau tranquille et limpide** :
Je suis heureux d’apporter ma contribution à l’émergence de la vérité dans une affaire où les mensonges et les manipulations ont obscurci la vérité.
Diantre ! Ou bien la vérité est évidente, manifeste, et donc claire, ou bien elle n'est pas une vérité et donc il s'agit... d'un mensonge. Le premier but d'un mensonge, c'est justement de taire, de dissimuler, de travestir la vérité, mais l'obscurcir ce serait bien plus difficile, puisque le mensonge devient la vérité présentée. Comme tout le monde déclare que l'affaire est obscure, le Voleur de Feu présidentiable se place du côté de tous ceux nombreux qui déclarent n'y comprendre que pouic et peau de saucisson. Cela vous est obscur ? Je vous révèle pourquoi ! Ce qui est intéressant dans la posture adoptée, c'est que notre héritier de De Gaulle et de Rimbaud (associés dans une maison commune) ne prétend pas parler en son seul nom comme s'il avait déclaré seulement qu'on l'a sali, blessé, calomnié, humilié, mais qu'il semble prendre une posture supérieure en parlant d'une vérité supérieure et transcendantale à laquelle on n'aurait pas eu droit comme les prisonniers d'une caverne platonicienne. Et cette vérité serait de la plus haute importance pour la bonne marche du pays, voire du monde. Le seul problème dans ce genre de rhétorique fort démonstrative et maladroitement cicéronienne, c'est que l'on tombe vite sur la tautologie et les raisonnements en rond avec comme présupposé des faits ou des concepts non prouvés, mais seulement clamés comme des assertions. Et pire... sur des lapalissades comme le mensonge qui obscurcit la vérité ! Les émules des 2be3 l'avaient déjà dit, le feu ça brûle, l'eau ça mouille.
* PRD confirme sa réputation de meilleure chroniqueuse judiciaire de la blogosphère, ses comptes rendus du procès publiés au fur et à mesure sont plus savoureux et cohérents que les autres.
** Je ne retiens que celle-ci pour l'occasion, le procès en question est un festival oratoire assez consternant et fort réjouissant à la fois dont on pourrait tirer dix billets linguistiques par jour.
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jeudi, 17 septembre 2009
Le discours GPS dans la pub
Une chose me casse particulièrement les oreilles sur les ondes nationales et publiques : les publicités qui adoptent un discours et une diction de GPS. Déjà, lorsque l'on écoute un GPS, c'est particulièrement ennuyeux et pénible puisque toutes les petites séquences sonores sont préenregistrées afin de correspondre à des situations standard selon un modèle autoroutier qui ne correspond pas vraiment au schéma routier secondaire ou à celui des rues villageoises. Le français de mon GPS laisse aussi à désirer puisqu'il me demande par exemple de continuer "zéro virgule cing kilomètres" comme c'est écrit sur les cartes.
Depuis peu donc, une mutuelle d'assurances présente un petit programme qui consiste à guider l'auditeur vers son siège, le tout à l'aide de verbes à l'impératif et d'indications de direction par une voix de robot. Auparavant, c'était un organisme gouvernemental qui voulait prévenir du danger du cancer colo-rectal et de la nécessité d'un dépistage, mais là on se rendait... aux toilettes. Sympathique au petit déjeuner On imagine deux créatifs d'agence de pub qui se demandent comment présenter une nouvelle annonce d'intérêt général sur une chaîne publique qui paye mal, ils ne vont pas se casser la tête en inventions.
Quel peut bien être l'intérêt de telles formes de discours ? D'abord, la publicité partage un trait stylistique avec les messages de GPS : elle est injonctive pour une large part. Mais les incitations peuvent sembler des agressions pour beaucoup et il convient de les noyer derrière des artifices, par exemple un complément qui fera passer l'ordre comme cool, sympa, agréable (le plus magnifique exemple est le "Think different" d'Apple qui dit exactement son contraire). La diction GPS sous son apparence synthétique avec des groupes de mots détachés, prononcés leeennteeemeeent et en gommant toute accentuation donne une sorte de garantie de neutralité : on ne vous dicte pas votre conduite, mais on vous montre quand même le bon chemin, la vraie voie à suivre. Ensuite, il y a l'idée que le GPS, c'est un objet ordinaire qui fait désormais partie du quotidien de chaque famille (et là, j'ai un gros doute...) C'est donc une voix familière, au même titre que la sonnerie de portable idiote que votre collègue oublie toujours d'éteindre et qui vous chante par exemple 'les Lacs du Connemara" à tue-tête. On le prend comme une mascotte, une sorte de démon familier et non pour ce qu'il est, un outil qui peut être asservissant. Nous sommes loin des publicités à la mode Terminator des années 80 qui reproduisaient des sortes d'images de guerre électronique avec viseur et coordonnées écrites dans l'écran, mais le but n'a pas changé.
16:15 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, radio, langue française
jeudi, 10 septembre 2009
De la récup'
J'adore Christophe Ginisty. Ses déclarations, toutes frappées au coin du bon sens de ma grand-mère atteinte d'Alzheimer, toutes remplies de clichés vieux comme mes robes, sont écrites dans un charabia invraisemblable que l'on n'enseigne guère que dans les écoles de RP (relations publiques, autre nom des pubeux qui ont honte de la réalité de leur métier). Si l'on ajoute le fait qu'il milite comme dissident Modem, le portrait est complet et on comprend pourquoi il ose des phrases comme :
Nous sommes face à un pouvoir décomplexé qui est entre les mains des "théoriciens du karcher". Ils n'ont jamais caché leurs inclinaisons à pratiquer un populisme douteux, surfant sur la peur de l'autre et le rejet de la diversité.
Le gouvernement français actuel penche en effet du même côté raciste que le gouvernement italien du clown transalpin. Mais il n'a rien à voir avec la tour de Pise ! Le problème des pubeux, c'est qu'ils n'ont jamais ouvert un livre de français ou un dictionnaire, quand bien même seraient-ils inscrits au Modem afin de faire oublier qu'ils s'expriment aussi mal que les gens qu'ils dénoncent prétendument et qui sont issus des mêmes écoles qu'eux; Frédéric Lefebvre aurait pu s'exprimer exactement dans les mêmes termes pour dire le contraire !
21:45 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, modem
La décision d'honnêteté
Notre admirable et splendide président prend des leçons de syntaxe auprès de Jean-Pierre Raffarin (le meilleur professeur pour ne plus savoir comment parler français depuis Georges Marchais), il déclare ainsi :
"Je l'ai signé, je le fait. C'est une décision d'honnêteté. Si on ne le fait pas, on n'est pas honnête"
Si je veux m'exprimer en bon français et pas dans un patois picto-mercato-raffarinien, je dirais que c'est une décision honnête, une décision prouyant mon honnêteté ou dictée par mon honnêteté, mais pas dans ces termes informes tout juste bons à servir d'argumentaire commercial à des étudiants en BTS action-vente. Dire décision d'honnêteté, c'est fort ridicule ! Mais notre nouveau régime ne craint pas ce travers. On peut craindre dans les mois prochains : la décision de probité, la décision de sincérité, la décision de courage, la décision d'intelligence, la décision de culture, la décision de;.. etc. Le tic raffarinien peut être décliné à toutes les sauces ! Le perroquet qui nous sert de président peut en modifier les formes et cela passera pour le français qui se parle, tout le monde l'imitera.
17:20 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, langue française
dimanche, 30 août 2009
Le soleil ne se lève jamais à l'Est
Après Michel Rocard qui confond les manchots et les pingouins, l'Arctique et l'Antarctique, la droite et la gauche, grâce aux hochets que lui offre notre magnifique président, voici Daniel Cohn-Bendit qui se trompe dans les points cardinaux.
Dimanche, le leader d’Europe écologie Daniel Cohn-Bendit a enfoncé le clou, qualifiant de «ridicule» et «aberrant» le jugement de Mme Royal. «Elle est à l’Est».
Feu Dany le Rouge est devenu un anticommuniste viscéral en quarante ans de carrière. L'ennemi ne peut être que socialiste, communiste et donc de l'Est. C'est l'est de l'Europe qui se trompe lorsqu'il n'est pas dans l'Otan, c'est l'Allemagne de l'Est qui a chuté et les Östlanders sont encore tous de pauvres abrutis pour les braves Allemands qui sont restés à l'Ouest. L'Össie a mauvaise presse en Allemagne : il est fou, criminel, sale, fou, polluant, mal élevé, mal éduqué, pauyre surtout (ce qui est un crime indéfendable). Donc l'Est, c'est caca, Scheiss en Allemagne.
Mais le brillant Dany qui a le talent d'un Dany Brillant nous déclare que Ségolène serait à l'est alors que l'expression consacrée en français depuis à peu près vingt ans est "se retrouvrer ou être à l'ouest". Ce qu'a fait notre brave franchisseur de frontières qui n'hésite pas à se présenter en France aux européennes alors qu'il ne comprend même plus le langage populaire qui s'y parle sans lui. Il ne suffit pas de tutoyer pour faire jeune et décontracté du bulbe, il ne suffit pas de choper une expression familière à la volée au cours d'une discussion informelle pour faire croire que l'on est branché sur la génération des jeunes, il faut encore un peu réfléchir et d'abord remettre en question ses propres préjugés au sujet de ses propres compatriotes et ne pas projeter les préjugés d'un pays sur un autre pays, ce qui n'a visiblement pas été fait par le grand manitou du 68 éternel.
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jeudi, 27 août 2009
Rocard, ambassadeur chez les manchots
L'attaque cardiaque de Michel Rocard a laissé des traces indélébiles. On ne va pas se moquer d'un vieillard qui n'a plus toutes ses facultés, ni tous ses repères (notamment entre sa droite et sa gauche)..
Il rentre cependant tout juste d'une croisière dans le Groenland. Dix jours sur le Diamant, un luxueux paquebot qui lui a offert le voyage contre une série de conférences sur "la gouvernance de l'Arctique" devant des passagers venus du monde entier. Il tient d'ailleurs à montrer de très belles photos de la banquise bleue, raconte avec verve son émerveillement devant les millions de manchots et termine son récit sur les méfaits du réchauffement planétaire par une drôle de métaphore : "Le monde est une friteuse.".
D'habitude, on appelle pingouins à tort les manchots de l'Antarctique et ici c'est l'inverse : il voit des manchots là où ils ne vivent justement pas. Quant aux pingouins, il s'acclimatent fort bien d'un climat modéré et ils peuvent vivre loin de la banquise, par exemple le long des côtes bretonnes. Il s'agissait bien de pingouins, car on imagine mal que notre homme à commissions se soit rendu en croisière au large des Kerguelen ou de Crozet - c'est netttement moins chic. Mais on ne va pas contrarier un homme qui prétend maîtriser si bien son nouveau sujet : les Pôles.
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jeudi, 06 août 2009
Le paradoxe du marronnier
Le problème principal de l'auteur de marronniers, c'est d'abord de faire passer l'idée qu'il doit malgré tout traiter un marronnier même si cela ne plaît pas à son public. Ainsi, l'on assiste à des constructions de phrases aussi obligatoires que le sujet : on dira "le traditionnel chassé-croisé des juillettistes et des aoûtiens" ou bien "la rituelle rentrée des classes" ou encore "le classique pont du 15 août". L'adjectif signale le caractère imposé de l'exercice et il désamorce la critique possible, on sait que le sujet devait venir mais on fait comme si l'on devait s'en excuser par avance. Et cela donne lieu à une forme de sur-cliché : il est désormais impossible que le fameux chassé-croisé soit autre chose que traditionnel au même titre que la galette des Rois, la procession de Carnaval, la manifestation du 1er-Mai ou le défilé du 14-Juillet. On ne peut plus écrire ou dire l'expression sans cet adjectif qui vous colle après comme le sparadrap de l'Affaire Tournesol. En voulant signaler le poncif, on le renforce et on crée une nouvelle figure de style qui justement ne permet plus la mise à distance que l'on voulait établir. C'est là un paradoxe.
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