mercredi, 07 mai 2008
Une question de hiérarchie
Je lis les propos de mon homme politique fétiche, l'inénarrable sage du Poitou-Charente, dans le quotidien de référence de droite :
Pensez-vous toujours qu'il aurait fallu hiérarchiser les réformes ?
Il est vrai que c'est ma conviction. Je reconnais que la démonstration du président sur la simultanéité des réformes est convaincante. Il conserve sa vision de la réforme globale, mais je remarque néanmoins qu'aujourd'hui, des priorités se dessinent pour les mois à venir : le paquet social contrat de travail, retraites, représentativité , la réforme institutionnelle, et l'Europe avec la présidence française. Cette hiérarchie me paraît nécessaire.
On résume pour les mal-comprenants. L'absence de hiérarchie voulue par le magnifique président est "convaincante". Il faudrait donc la poursuivre ? Mais pas du tout ! Une hiérarchie s'impose (c'est le mot par lequel le grand sage veut faire entendre sa différence et surtout sa sagesse). Et à quoi assiste-t-on en lisant cette hiérarchie ? A une liste sans ordre, dans le plus pur style verbal, avec des mots comme des slogans mais qui ne disent pas les contenus et puis une sorte de mélange invraisemblable de tous les problèmes parce qu'on voit mal ce que vient faire "contrat de travail" en complément de "paquet social" (sorti d'on ne sait quelle officine de réflexion). Si cela s'appelle hiérarchiser, je veux bien me faire appeler Dalaï-Lama ! C'est juste un catalogue sans ordre, sans cohérence, sans contenu, sans méthode. Cela n'a aucun sens, sauf celui de vouloir encore faire croire qu'il existe. Bref, tout et son contraire, tout en restant le plus dans les brumes.
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samedi, 03 mai 2008
Frédéric Lefebvre, ou l'échec de l'école de 68
Toi aussi, viens au secours des Jeunes Populaires et donne-leur des cours particuliers de français ! Je n'aurai pas la bassesse de relever les multiples erreurs d'orthographe de base dans la missive vindicative de Frédéric Lefebvre (lequel remplace à l'Assemblée un ministre mis en examen), mais tout simplement la syntaxe qui me paraît fort tourmentée :
Le lendemain de la condamnation de madame Royale (sic) devant le refus de l'AFP de sortir notre communiqué, nous avons été contraints d'organiser une conférence de presse à laquelle nous avons convié toute la presse. En ce premier mai je me vois contraint de rendre public (sic) la lettre, car une fois encore le nom de madame Royal provoque chez les collaborateurs de l'Agence un blocage.
Ou comment un élu de la nation arrive à se rendre ridicule. Si un élève me présentait un torchon aussi mal rédigé d'un point de vue grammatical, il n'aurait sûrement pas la moyenne. Je n'ai pas cité le reste qui vaut son pesant de moutarde. Venons en aide au pauvre petit Frédéric Lefèvre qui a été victime de la baisse de niveau dans l'Education nationale du fait des affreux professeurs marxistes et barbus qu'il a dû subir au cours de ces quarante dernières années de socialisme et d'héritage de 68 ! En nous y mettant tous ensemble, nous pouvons rédiger pour lui une lettre à peu près cohérente afin de se plaindre de la méchante AFP qui serait à la solde du pouvoir gauchiste ! Ne laissons pas les cancres au bord du chemin !
16:35 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : 68, soixante-huit, ump, jeunes populaires
jeudi, 01 mai 2008
68'tards
Les analphabètes qui sont à la direction des Jeunes Populaires se sont beaucoup remué les méninges afin de faire leur Mai-68 à eux. On n'y retrouve pas de photos de la manifestation de la Nation , avec Malraux en tête de cortège, mais juste des images de ces six dernières années, comme si nous avions vécu sous le règne de Cohn-Bendit, de Sauvageot et de Geismar réunis. Bien pire, on y voit le visage de l'ultra-gauchiste Chi qui travaillait dans l'ombre des cabinets pompidoliens à saboter le moral de la France qui se lève tôt ! Il y a des héritages qui passent mal...
Mais ce qui me retient, c'est d'abord le slogan d'une rare stupidité, à croire qu'i l a été conçu par l'immense philosophe UMP Jean-Philippe Smet qui a eu cette parole prophétique "cheveux longs, idées courtes" (il n'avait pas encore rencontré les enfants Sarkozy qui n'étaient même pas conçus).
Je passe sur la typographie merdique, avec les espaces qui précèdent ou qui suivent les points de suspension. Le slogan commence par "mais" et on ne voit pas trop à quoi ce mot de liaison s'oppose. C'est un jeu de mots fort subtil sur le nom du mois de mai ! Ah bon ? Voilà qui est fort original. Et pourquoi avoir écrit "68'tards" avec une apostrophe de coiffeur ? C'est parce que l'on voulait jouer sur le sens de l'adverbe "tard" comme dans notre autre slogan "40 ans + tard, la jeunesse qui bouge a changé de camp". (Noter le fait de se référer au vague bougisme, plutôt qu'à la modernité ou à l'innovation ou à l'originalité). Vous voyez à quel point nous pouvons être subtils ! Mais c'est crétin : le suffixe est -ard, il y a déjà un t dans soixante-huit écrit en toutes lettres. Oui, mais ça personne ne s'en apercevra, notre maître en communication, Jean-Pierre Raffarin, nous a assuré qu'il aurait voulu trouver d'aussi bons slogans pour les cafés Jacques d'El gringo. Les gars, vous ferez surtout les catalogues publicitaires d'Ed l'épicier ou de Leader Price. De toute manière, si nous sommes illettrés, c'est la faute à 68, donc à vous ! Tous ceux qui sont nés avant 68 sont coupables ! Comme notre magnifique président par exemple ?
11:09 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : 68, soicante-huit, politique, ump, sarkozy, jeunes pops
mercredi, 30 avril 2008
Regarde de tous tes yeux, regarde !
Il est rare de lire autant d'âneries à la ligne dans le quotidien parisien du soir et de référence :
La première description du steak tartare est due à l'imagination de Jules Vernes (sic) dans Michel Strogoff [J'attends la mention du chapitre en question]. Que pouvaient donc bien manger les barbares ennemis de la Russie tsariste après leurs exactions sanguinaires ? De la viande crue, saignante... Par une modification phonétique (que la rhétorique appelle métaplasme), barbare est devenu tartare, et par métonymie le nom des peuplades supposées manger la viande crue s'est peu à peu appliqué à cette nourriture.
D'où sort ce tartare dérivé prétendument de barbare, de l'imagination du rédacteur gastronomique qui a l'imagination aussi développée que celle de ses collègues spécialisés dans les cuisines et pas dans la langue ! Quant à parler de métaplasme, c'est ne rien dire : les métaplasmes sont des déplacements, ajouts ou suppressions de phonèmes, alors qu'ici il y aurait un changement d'articulation. Parlons de métaplasme pour tatare contre tartare (ajout du r), mais pas pour barbare contre tartare. J'attends aussi que l'on me prouve que le steak dit tartare existait dans les cuisines parisiennes sous ce nom du temps de Jules Verne, parce que la sauce dite tartare n'apparaît qu'en 1941 selon le DHLF et 1937 selon le TLFi, le steak étant postérieur pour son nom. Je veux bien que Verne ait parlé des Tartares dans son roman, mais à quel endroit peut-il bien citer le moindre morceau de barbaque qui correspondrait à la recette actuelle ou à la légende des cavaliers faisant cuire cette bidoche sous leurs fesses ? On ne trouve que des passages comme :
Nadia, épuisée par la faim, dont son compagnon souffrait cruellement aussi, fut assez heureuse pour trouver dans une maison du bourg une certaine quantité de viande sèche et de «soukharis», morceaux de pain qui, desséchés par évaporation, peuvent conserver indéfiniment leurs qualités nutritives. Michel Strogoff et la jeune fille se chargèrent de tout ce qu’ils purent emporter. Leur nourriture était ainsi assurée pour plusieurs jours, et, quant à l’eau, elle ne devait pas leur manquer dans une contrée que sillonnent mille petits affluents de l’Angara.
Très loin de tous les steaks tartares qui sont sortis de l'imagination du rédacteur.
19:46 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, gastronomie, consommation, humour, littérature, presse, journalisme
E. Leclerc milite pour la décroissance
Dans la boîte aux lettres de mon immeuble, j'ai découvert le dernier catalogue publicitaire de E. Leclerc (sauveur de la planète grâce à ses sacs réutilisables et surtout vendables) avec ce slogan : "Pour vivre heureux, vivons moins cher". Cela m'a laissé quelques minutes interloqué, puis je suis parti vers la poubelle de tri sélectif pour le papier à recycler que cet immense écologiste n'utilise pas, lui préférant le papier glacé.
Cela dit, la formule est intéressante. Voyons un peu ce qui se passe dans le cerveau reptilien des marqueteux d'E. Leclerc. On part du principe qu'E. Leclerc est forcément un contestataire, qu'il est obligatoirement du côté des plus démunis et qu'il propose des idées iconoclastes. C'est son fond de commerce, se faire passer pour le gauchiste du commerce ! Quitte à détourner les affiches de 68 avant tout le monde, l'an dernier. Comme 68 est un peu trop présent sur les rayons de librairies et dans la presse, il faut qu'il se distingue. Qu'est-ce qui peut être (en apparence) un poil revendicatif et susceptible de faire passer E. Leclerc pour un syndicaliste de base ? Le thème du pouvoir d'achat ! Certes, mais c'est un peu trop vu. Et si on essayait la décroissance ? C'est follement tendance chez les altermondialistes. Oui, mais comment vendre de la décroissance afin que cela nous rapporte plein de sous ? Partons de quelque chose que tout le monde connaît, comme un proverbe. Personne ne résiste à la sagesse des nations.
Et voilà comment on se retrouve avec un slogan à la fois inepte et contradictoire. On commence par un infinitif à valeur générale "Pour vivre heureux". C'est valable pour n'importe qui, n'importe quand, n'importe où. C'est la reprise du proverbe classique qui berce le cher consommateur, mais surtout cela introduit déjà le thème un peu gauchiste de la recherche du bonheur à la place du profit. On ne pourra pas nous qualifier de sales capitalistes. Là où ça se gâte, c'est dans la deuxième partie "vivons moins cher". Parce qu'il s'agit d'une injonction où cette fois le consommateur est impliqué. "Vivons cachés", cela marche, l'agent est le même. "Vivons moins cher", cela pose des problèmes. C'est le caddie du cher client qui doit être moins cher et non la personne du client. Sauf que... les économies sont effectuées sur les rétributions des producteurs (salauds de paysans !), les salaires des magasiniers déjà au Smic (et avec exonérations sociales si on joue bien sur les zones franches) et des caissières à temps partiel subi, des chauffeurs routiers toujours au bord de l'illégalité du fait des dépassements d'heures, bref, sur tous les gens qui sont moins chers pour le marché du travail. Parce que la décroissance ne va pas s'appliquer aux cadres et aux actionnaires, faut pas rêver ! Le rêve, c'est du travail encore moins cher ! Oui, mais la caissière d'E. Leclerc, cela lui fait une belle jambe de payer moins cher sa nourriture puisqu'elle est déjà payée moins cher. Alors, à qui ce slogan s'adresse-t-il ? Aux personnes qui ont encore maintenu ou augmenté leurs revenus et qui se donnent bonne conscience en jouant à achetons plus pour montrer que nous sommes partisans de la décroissance ! Bref, cela se mord la queue, mais un pseudo consensus est énoncé quand même grâce à la logique apparente de l'équation posée par le proverbe.
10:37 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : décroissance, 68, soixante huit, commerce, marketing, pub, publicité
mardi, 22 avril 2008
Vous n'êtes pas sans ignorer...
Nicolas Sarkozy n’est pas sans ignorer ce qu’Aimé Césaire pensait de son abjecte personne.
C'est bien là le problème ! Il a fait semblant de ne pas savoir ce que l'on pensait de ses idées et de ses principes afin de mieux l'ignorer, comme aurait dit un Raffarin...
21:16 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : césaire, sarkozy, langue française
lundi, 07 avril 2008
Le compagnon de route
Tiens, une nouvelle définition du compagnon de route dans le journal de référence parisien du soir :
Compagnon de route de Walter Veltroni depuis leurs débuts au Parti communiste italien (PCI) dans les années 1970, Massimo D'Alema est souvent présenté comme le rival de l'ancien maire de Rome, aujourd'hui candidat au poste de président du Conseil.
Normalement, un compagnon de route, c'est quelqu'un qui n'appartient pas à un des différents PC tout en s'alignant plus ou moins sur les positions de ces PC, par exemple Sartre ou Merleau-Ponty. Mais si j'en crois la biographie de Massimo d'Alema, il a bel et bien fait partie du PCI et il n'était donc pas compagnons de route, mais membres du PCI donc interdits d'être de simples compagnons de route, autre nom donné aux sympathisants communistes qui n'avaient pas leur carte du parti et qui ne se rendaient pas aux réunions de section. Tout se perd ma bonne dame, et il faudrait un bon nouveau Mai-68 pour remettre les pendules à l'heure !
Cela dit, le compagnon de route est un personnage aussi mythique que le cinquième Beatles ou le quatrième mousquetaire ou le troisième homme. On les trouve à la pelle et on n'en a aucun de sûr.
17:58 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, politique, pcf
jeudi, 03 avril 2008
Ecolonomie
Cela m'avait échappé lorsque c'est sorti :
Dans son élan, il [Jean-Louis Borloo] va jusqu'à inventer un nouveau concept: "La vraie croissance française et européenne, ce sera "l'écolonomie". La croissance répond à des besoins. Et les seuls véritables besoins, ce sont les eaux, les déchets, l'énergie...""
Lorsque l'on sait que les mots écologie et économie sont formés à partir du même élément grec oikos, maison, suffixésrespectivement de nomos, administration ou gestion, et logos, science ou discours, on se dit que notre grand amateur de boissons diverses se fiche un tout petit peu de l'écologie, de l'étymologie ou du sens des mots. Le mot écolo ne veut pas dire plus concerné par l'environnement ou le milieu, c'est juste une apocope famiilière et on se demande ce qui vient faire le lo dans écolonomie alors que cela ne se rapporte plus à rien... On a affaire à un beau monstre linguistique. Son concept est en outre particulièrement fumeux, parce que les vrais besoins cela peut être aussi l'alimentation, la santé, la solidarité, la liberté ou la culture. Mais c'est si bien d'affirmer de manière péremptoire des choses vagues...
La publication des billets du Petit Champignacien sera en vitesse réduite pendant cette fin de semaine pour cause d'empêchement technique.
16:42 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : borloo, grenelle, écologie, politique, langue française
mercredi, 02 avril 2008
Les libéraux sont tombés sur la tête
Si quelqu'un peut décrypter cette phrase de notre magnifique premier ministre surfant sur les sondages, je lui offre un Malabar !
Avec le plein emploi on a un marché du travail qui est un marché plus compétitif et donc une pression pour l’augmentation des salaires qui est naturelle et qui est saine.
Oui ? Et c'est ainsi que les shadocks pompaient. Merci à François Fillon de nous faire revenir en 1974 et merci à Félicia de m'avoir permis de citer ce texte très tautologique et totalement confus (parce que le plein emploi veut dire aussi des salaires plus élevés et plus de revendications sociales). Le plein emploi assure l'emploi ! Il suffit de décréter que le plein emploi soit obligatoire pour que la situation des travailleurs français s'améliore ! Il suffisait d'y penser... Décrétons le plein emploi et miracle comme avant 68, il n'y a plus aucun problème ! Mais zut ! il y a eu des barricades en 68, pourquoi au fait, chef ?
00:03 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : um, politique
mardi, 01 avril 2008
Le danger de mort imminent
Le danger de mort imminent. C'est tout nouveau et cela vient de sortir de la bouche du mirifique président. Quand on est en danger, il n'y a pas de fait plus imminent, même si on est en danger de mort par surcroît. Que vient faire l'imminence dans cette phrase sinon rajouter du pathos inutile dans une situation déjà assez pénible ? On veut souligner que l'on est dans la dernière urgence et que l'on ne pourra plus rien faire après ? Pourquoi dire imminent, pour suggérer aux électeurs-auditeurs de TF1 que l'on en est à la dernière extrémité et que l'on aura tout fait pour la sauver et que veut dire cette avalanche de communiqués de presse contradictoires au sujet du sort d'Ingrid Betancourt ? Va-t-elle mourir à temps pour le vingt heures ? et est-ce que l'on aura le droit de contempler son cadavre ? parce que la question, c'est aussi de se demander comment on parler d'elle. Que signifient cet affollement des communiqués et cette surenchère subite ? Pourquoi un Falcon présidentiel médicalisé a-t-il été posté en Guyane avant d'être rapatrié comme s'il n'y avait plus d'urgence au bout de 24 heures ? Que veulent dire tous ces signes dans le vide ? Et qu'est-ce que l'on sait vraiment d'Ingrid Betancourt sinon que cela semble s'agiter beaucoup du côté de l'Elysée pour ne pas porter la responsabilité de la chose imminente : sa mort dans les heures à venir. Il faut le dire, Ingrid est en train de mourir et c'est sans doute une question d'heures. Alors il n'est pas question de danger de mort imminent, mais de mort imminente, toute proche.
18:20 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ingrid betancourt



