mercredi, 21 juillet 2010
Une affaire surnaturelle
Un exorciste est demandé au plus vite rue de la Boétie, curriculum vitae, lettre de motivation et lettre de recommandation de l'évêque à l'appui :
C'est une affaire surnaturelle qui m'est tombée dessus, assure monsieur Woerth.
On comprend alors que le siège de l'UMP est envahi de trolls, gobelins, farfadets, niebelungen, vampires, loups-garous, sorcières, ankous, fantômes, zombis et j'en passe. Je me disais bien que Frédéric Lefebvre avait une tête étrange et qu'il semblait s'être échappé d'un univers parallèle dans lequel je souhaite qu'il retourne au plus tôt.
Une autre personne aurait parlé d'une affaire surréaliste, kafkaïenne, ubuesque, abracadabrantesque. Mais les références d'Eric Woerth ne vont pas jusque là : il a juste un peu entendu parler de Twilight et de Harry Potter. Et c'est ainsi que le surnaturel s'invite dans la politique française de manière stupide, par le très mauvais argumentaire d'un ministre pris dans plusieurs conflits d'intérêts et n'ayant plus les mots pour dire la réalité.
09:48 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 27 juin 2010
La surféminisation, une absurdité pseudo-féministe
Personnellement, je suis attaché à la féminisation des noms de métiers et de fonction — laquelle est une obligation pour l'administration en France. Je veux bien admettre que certains de ces noms sont formés de manière un peu bancale ou qu'ils heurtent l'oreille, mais le temps se chargera de régler le problème.
Le hic, c'est la surféminisation. Au XIXe s., Gautier et Baudelaire ont raillé les poétesses. Certes avec de solides motifs conservateurs et misogynes, mais aussi parce que ce terme était un néologisme de la Révolution française. Pourquoi utiliser poétesse plutôt que poète, lequel est épicène ? Mais poétisse existait en moyen français, plus anciennement en latin médiéval, et ce n'est qu'une simple résurrection d'un terme ancien afin de rappeler qu'il a existé une poésie féminine auparavant. Je ne crois pas que cela était utile. Le suffixe -esse ou -eresse est ambigu en français : laudatif à la Renaissance ou péjoratif. Il apparaît comme un intensif plus que comme une marque du simple féminin, du fait de ses emplois limités en français. Une vengeresse sera plus forte qu'une vengeuse, une chasseresse plus noble qu'une chasseuse.
On connaissait déjà la mairesse québécoise alors que la maire suffit. Je découvre dans un blogue féministe des peintresses ! Je trouve que ce genre de surféminisation nuit à la féminisation simple — celle qui peut se faire par un article féminin, par exemple, lorsque le nom est épicène. Écrire simplement une peintre ou une femme peintre, est-ce trop compliqué ? Cela dessert la cause défendue. Avec ce genre de propositions ridicules, il est certain que les railleurs auront beau jeu de refuser des féminisations plus logiques et plus simples.
11:00 Publié dans La mal-langue, Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (64) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, langue française
samedi, 19 juin 2010
Qu'est-ce qui est inacceptable ?
Nous avons d'abord un président de la République très bas du front et à muffle de taureau. Il déclare :
Allez ! va ! casse-toi... pauvre con !
Nous avons ensuite un fouteballeur aussi bas du front qui déclare à son entraîneur :
Va te faire faire enculer, sale fils de pute !
Le premier vient nous expliquer ensuite que les propos du second sont inacceptables. Inacceptables, répété. Comme si l'on se trouvait devant l'ennemi nazi...
Mais de qui se moque-t-on ? Et pour qui nous prend-on ? Les fouteballeurs ne sont pas des ambassadeurs de la France, ne sont pas des personnes officielles et ils n'ont rien à voir avec la vie de nos institutions. Il me semble bien plus grave qu'un président de la République s'exprime de manière incorrecte soit lexicalement comme ici, soit grammaticalement comme là. Ou sémantiquement là.
On ne demande pas à un fouteboleur d'être un représentant de l'Académie française ou du manuel de savoir-vivre. Les propos ont été dits ((peut-être) en privé et non devant les caméras et on est dans le cas de la jurisprudence Hortefeux. En plus compliqué, puisque ce sont des propos sans aucune preuve. Il y avait alors plus d'indulgence au sujet des propos sur les Auvergnats. Cela sans même qu'il y ait une quelconque vidéo publiée à l'insu de l'intéressé sur Internet.
Et c'est là que cela devient intéressant... Accuser la Toile de ses propres turpitudes est devenu une sorte de sport. Accuser un fouteballeur (sans doute idiot) de ses propres imbécillités est devenu une manière de ne pas parler des problèmes importants, comme celui du régime des retraites, de l'échec écologique, de la suppression des fonctionnaires, de la fraude fiscale, de la compression des classes, des expulsions d'immigrés, des gardes à vue, de la vidéo-surveillance, des rétro-commissions pakistanaises, de l'implication de l'ex-ministre du Trésor dans une affaire d'Etat qui aurait fait sauter immédiatement le gouvernement dans un pays démocratique !
Ce qui est inacceptable, c'est la manière dont on nous parle.
20:11 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 29 mai 2010
Maghreb United, ou comment les signes s'effacent
L'affiche du concert Maghreb United est trop zarbi, mon frère ! Elle déchire de la mort qui tue. J'ai pas tout compris, mais je te résume la situation.
On prend d'abord une police bien carrée, mais avec empattement. Déjà, cela fait un peu ouf et jeu vidéo ou calculatrice électronique. Ensuite, on utilise des signes de H4cK3r2 pour bien se faire comprendre. Comme le E s'écrit 3 en signes hackers, on emploie un E inversé (qui existe dans l'API), mais on trouve aussi un E latin ou cyrillique normal après. Le N inversé de l'alphabet cyrillique (lu comme un i normalement, puisque c'est à l'origine la lettre êta en grec) sert à figurer un N latin. Le A qui pourrait rester un peu normal devient un delta grec qui se lit D. Cela brouille les pistes : hackers, graffeurs, nostalgiques de l'Union soviétique ou de l'Antiquité grecque.
Le tout est assorti d'une petite étoile dans le D et dans le A (sous la forme d'un D) qui peut être aussi bien musulmane que soviétique ou étatsunienne. Jeux de miroirs aussi, les deux E sont opposés. Le D et le A échangent leurs valeurs selon les langues et ils contiennent tous deux la même étoile puisque ce sont des signes qui possèdent un oeil. C'est hum... sursignifiant. Comme l'affichage de têtes. Et puis le slogan apparaît un peu comme une sorte de décalque de Benneton United pour United Colors of Benneton. En anglais quand United est après le nom, il indique une raison sociale et il est alors distinct du nom, il n'en fait pas partie vraiment (tout comme en français dans le Café de la Gare et de l'Opéra réunis). On est trop dans le brouillage de codes, de langues, d'époques et de mondes culturels différents pour qu'un message clair apparaisse. Cela porte un nom : la saturation. Et je pense qu'accumuler les signes de manière aléatoire équivaut à leur ôter toute valeur. Mais peut-être était-ce cela le message ? Dire qu'un signe ne veut rien dire ou peut dire autre chose.
12:10 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (30) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, graphisme, langue française
jeudi, 13 mai 2010
Ascension et assomption
Je ne relève dans Google que 18 mentions d'un jeudi de l'Assomption, mais je n'ai pas eu le courage de fouiller dans les 122 pages parlant du week-end de l'Assomption parce que la plupart sont exactes, même si quelques-uns situent l'Assomption juste après Pâques. Il faut dire que les vacances d'été font que le 15 août n'est plus ressenti comme un jour férié par tous et que donc certains peuvent parler du pont de l'Assomption s'ils travaillent durant le mois d'août. Il existe aussi des vacances différentes dans les différents pays de la francophonie et cela ne peut être pareil à Québec ou à Nouméa.
L'erreur est en fait surtout commise à l'oral ou dans les médias audio-visuels français. Cela arrive par exemple ici : "Le rectorat a décidé de faire travailler les élèves pour rattraper le pont de l'Assomption." On se réfère bien au jeudi de l'Ascension. C'est sur un site de flux d'information dans la région Languedoc-Roussillon. L'erreur est manifeste, elle ne sera jamais rectifiée puisque l'on est dans une logique de flux et non d'échanges, encore moins d'interactivité complète. Le langage de flux interdit de revenir en arrière pour rectifier le message précédent. Mais le message de flux peut être lu et l'erreur reprise donc.
Les distinctions entre l'Ascension du Christ (qui est monte de lui-même vers le Père, juste après sa mort à Pâques) et l'Assomption de la Vierge (qui est montée vers le Ciel par une vertu magique que je ne m'explique pas) est une sorte de casse-noix théologique. La Vierge (qui n'est pas vierge tout en étant vierge quoiqu'ayant enfanté) monte directement au Ciel par la volonté divine, sans que quiconque s'interpose pour dire qu'elle devrait mériter le purgatoire. Passons sur la niaiserie de cette fable théologique. L'ascension est plus dure à démontrer, Jésus resuscité monte lui par ses propres moyens vers la voûte céleste. Cela demande beaucoup de carburant.
Disons que Marie est de l'école Star Trek qui déclarait haut et fort dans des séries en combinaison de centre fitness : "Téléportation". Jésus était lui de l'école plus héroïc fantasy et il allait directo au père sans lui demander sa permission. Ce distinguo subtil et fort théologique permet de comprendre que l'ascension du Christ et l'assomption de Marie n'ont aucun rapport. Jésus est du genre de Conan le barbare, c'est un dur, c'est un sévère, un grave de grave, et il en veut, il en bave. Il va donc tout faire pour tout mériter et il ne veut pas que son père le rappelle pour lui dire qu'il a dit des bêtises. Marie, ce n'est pas pareil, elle a des qualités, mais ce n'est qu'une femme, donc on ne va pas la faire monter au Ciel de la même manière, parce que sinon dans quel monde vivrait-on ? Une femme qui est la mère de Dieu, c'est déjà beaucoup, mais s'il faut qu'elle devienne Dieu elle aussi comme son fils cela commencerait à nous fiche la pagaille dans notre bordel théologique ! Alors que l'on proclame le monothéisme tout en ayant trois dieux en un, plus une pour circonvenir les déesses païennes. Pas raisonnable.
16:55 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, église, catholicisme, langue française
vendredi, 30 avril 2010
Le jour de la marmotte
C'est un article de l'Huma d'hier qui a attiré mon attention sur la préparation de la présidentielle de 2012 auprès de l'électorat jeune (sous-titre : les pouvoirs public à ton écoute, la Grande Consultation de la nouvelle génération). Le Service d'information du gouvernement a décidé de relancer la méthode Balladur : grande consultation de la jeunesse, même si les réponses peuvent être données par des non-jeunes puisque l'on ne vérifie pas les identités. Et comme on est vraiment moderne, cela s'appelle la Grande Consult'. Le tout parrainé par Skyrock qui est le média jeune par excellence avec sa plateforme de blogues qui déchirent de la mort qui tue...
Je serais un peu moins sévère que l'Huma envers Skyrock qui a d'abord un public populaire et qui a toujours mis en avant son civisme : c'est l'une des plateformes les plus modérées et l'une de celles où il est très difficile de commettre des écarts à la loi (mais pas par rapport à l'orthographe ou à la grammaire, hélas !) L'engagement de Skyrock est une chose ancienne, notamment pour la prévention du Sida ou de la toxicomanie, ce n'est pas simplement du rap bling-bling et ce n'est pas la caricature que l'on en présente souvent.
Il faut voir le niveau des réponses fermées aux sondages qui posent des questions qui n'en sont pas : l'homosexualité, on peut en parler ? Bien sûr. Vite fait. C'est chaud ! Des cours de remise à niveau pendant les vacances scolaires pour ceux qui veulent se réorienter en cours d'année, t'en penses quoi ? C'est top. C'est bof. Ça marcherait pas. Le "service civique", ça te dit quelque chose ? Bien sûr. Vite fait. Ah oui, c'est le service militaire. Le musée, t'y vas avec qui ? J'y vais pas. Avec le bahut. Avec mes parents. Avec mes potes. Tout seul, personne veut m'accompagner.
On teste certaines initiatives gouvernementales comme le fait de voir une oeuvre du patrimoine cinématographique (j'attends encore la mise en place de cette mesure qui n'est pas encore parvenue dans ma lointaine province), le permis à un euro ça te chauffe (non dit un euro par jour), les stages en entreprise (non rémunérés) ou encore des idées nouvelles comme la pré-majorité à 16 ans ou la défiscalisation des revenus étudiants. C'est une sorte de laboratoire fascinant des idées que l'UMP va mettre en avant, mais le tout dans un langage très décontracté qui rappelle fortement le style présidentiel actuel : tutoiement obligatoire, absence de négation complète, expressions vagues et confuses. Peu importe le sens, il faut créer du bruit et une adhésion à un ensemble de thèmes (sans aucun tabou) qui pourront ensuite se porter sur une personne pouvant les représenter.
On a un mélange un peu bizarre de questions sociétales et générales venant de Skyrock, de questions sur des points très précis de l'action gouvernementale (qui a entendu parler du volontariat international ?), de questions idiotes posées par l'internaute de base (t'utilises Internet pour travailler à la maison ?), de ballons d'essai de l'UMP pour la future élection, le tout dans un style très décontracté. L'UMP avait raté sa plateforme participative avec les Créateurs du possible et je ne sais plus où en sont les JUMP (les jeunes pops) tellement ils ont mis en place de formes de réseaux qui se sont tous fait hara-kiri, parce que l'on ne voulait voir qu'une seule tête. Là, c'est plus sérieux, c'est hors de l'appareil UMP qui est totalement éjecté de la stratégie présidentielle et cela me rappelle la campagne de Mitterrand en 1988, avec la génération Mitterrand de Séguéla lorsque le PS et SOS-Racisme marchaient main dans la main avec NRJ, la radio jeune de l'époque. C'est un peu étrange : on a l'impression de revoir le même film qu'avant comme dans le Jour de la marmotte.
10:14 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : skyrock, ump, sarkozy, politique, langue française
vendredi, 23 avril 2010
Qu'est-ce qu'être politiquement incorrect ?
L'affaire du drapeau national outragé me fait rire, tellement elle montre de tartufferies.
De quoi parle-t-on ? D'un prix décerné par la Fnac, propriété de monsieur Pinault-Printemps-Redoute, pour récompenser une oeuvre photographique dite politiquement incorrecte. Le politiquement incorrect se porte très bien aujourd'hui, c'est une valeur positive selon nos grands penseurs qui se disent iconoclastes.
Vilipender les bougnoules Arabo-musulmans qui ne veulent pas manger de porc, c'est bien ! C'est politiquement incorrect.
Accuser les youpins juifs (de préférence new-yorkais) de tous les complots possibles de la Terre, voire de la naissance de l'esclavage, c'est excellent. Cela s'oppose à la Pensée Unique.
Dire que la place des putes femmes est à la maison pour respecter la loi du Kinder-Kirsche-Küsche, c'est parfait ! Elles brisent sinon les pulsions naturelles de l'homme conçu comme le sommet de la création.
Se taper des prostituées mineures ou des wannabe actrices tout aussi mineures en les sodomisant, mais mon pauvre ! que venez-vous faire avec votre morale d'un autre âge ?
Faire payer aux pauvres les dettes des riches ? Mais quoi de plus normal puisqu'ils sont les plus nombreux et qu'on serait encore plus pauvres si les riches partaient ailleurs !
Tuer des sauvages Afghans, des Irakiens, des Ivoiriens afin de sécuriser leur zone de survie précaire, cela c'est vraiment de la pensée qui va contre les idées reçues.
Supprimer le plus grand nombre de feignants fonctionnaires afin de rendre le meilleur service à la population en exigeant plus de productivité, mais c'est s'attaquer aux tabous qui nous sclérosent depuis tant d'années.
Le port d'armes sans autorisation, je suis pour ! Cela fera des économies à la police et nous évitera de payer des impôts afin de financer les prisons où les salopards détenus ne sont d'ailleurs jamais en voie de réinsértion.
Consommer ou revendre de la cocaïne, mais c'est parfaitement normal et pourquoi venez-vous m'ennuyer avec des questions aussi bêtes ?
Et ainsi de suite...
Le politiquement incorrect a été l'excuse systématique des éditocrates et de certains pseudo-humoristes afin de faire avaler des idées puantes : je ne suis pas compris, je me suis attaqué au politiquement correct, je suis victime d'une forme de caballe, mes propos ont été déformés, je m'en prends aux vaches sacrées, je ne suis pas dans la ligne de ceux qui dominent l'opinion, et ainsi de suite. Toutes ces excuses vaseuses pour justifier des propos profondément réactionnaires, misogynes, phallocrates homophobes, racistes, anti-handicapés, anti-pauvres, anti-fonctionnaires, ploutocrates, on les a tous entendus avec à chaque fois la justification : je suis politiquement incorrect et donc je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas, je suis contre la Pensée Unique qui est encore pire que le pire des stalinismes. Bref, toutes les exactions sont possibles dès lors que vous déclarez que vous êtes politiquement incorrect et surtout grassement rétribué par un organe de presse pour l'affirmer.
Mais que l'on s'attaque au symbole national du drapeau tricolore, ce sont des cris d'orfraie. Comment peut-on récompenser une oeuvre politiquement incorrecte ? Ah bon ? Il existe donc encore vraiment un autre politiquement incorrect, celui qui consiste à conchier la bannière de notre si beau pays en guerre dans des pays qui ne lui ont pas fait de mal avant ? Ce n'est pas exactement le politiquement incorrect tant vanté par Christophe Barbier, Jean-Michel Aphatie, Bernard-Henri Lévy, Alain Duhamel, Alain-Gérard Slama, Franz-Olivier Giesbert, Eric Zemmour, et j'en passe et des pires...
Le politiquement incorrect consiste-t-il à se mettre au garde-à-vous, le petit doigt sur le ceinturon, et à clamer "Oui, Chef !" en voyant monter les couleurs ? C'est pourtant ce que nous ont vendu pendant des années des éditocrates et puis voilà que vient un politiquement incorrect qui ne peut que les choquer. Pourtant, il est aussi ancien que le patriotisme et il me semble que quelques poèmes d'Aragon (durant sa période surréaliste d'avant-guerre) pourraient tomber sous le coup d'une future loi, il y a aussi d'autres délinquants notoires comme les dénommés Arthur Rimbaud, Remi de Gourmont, Georges Darien, Benjamin Péret ou André Breton qui ont écrit des phrases conspuant l'armée française et le drapeau national. Mais on va nous dire qu'ils n'étaient pas politiquement incorrects, c'était juste des auteurs d'un délit (qui était déjà sanctionné par la loi, mais on va réinventer une loi pour dire que l'on agit). En revanche, on peut admettre qu'il y ait un politiquement incorrect fort acceptable par les autorités, du moment où l'éditocrate ne s'en prend jamais aux plus puissants et à leurs symboles, mais au contraire à tous les plus faibles.
Vous voulez être politiquement incorrect ? Vous pouvez l'être, mais à condition d'être d'abord politiquement correct envers le régime en place. Surtout s'il vénère l'armée, la gendarmerie, la police, et toutes ces choses...
21:47 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française
dimanche, 18 avril 2010
Le nom du volcan
Hier matin, j'ai entendu à la suite Nicolas Demorand et Pascal Clark féliciter le correspondant bruxellois de sa bonne prononciation du nom d'un volcan islandais. Ils soulignaient le côté exotique de la chose en mentionnant le nombre de y, de j, de k. C'est un nom imprononçable,disaient-ils mais notre correspondant bruxellois a réussi à dire Eyjafjallajokull en un seul souffle. Sauf, qu'il avait prononcé Eyjafjöll, sans les lettres exotiques. Parce que le nom le plus bizarre est celui du glacier en islandais (jokull) et le nom simple celui du volcan. Je constate que la note Wikipedia s'est considérablement enrichie au sujet de l'origine du nom de cette montagne. On ne trouvait pas tant d'informations il y a 48 heures.
Ce qui me retient, c'est le pseudo-exotisme. On ne peut pas prononcer ce nom étranger disent Demorand et Clark de concert ! Ouais, sauf que ce nom étranger n'est jamais le nom exact du volcan. C'est le nom du glacier qui recouvre le volcan. Mais il faut faire comme si l'on était en terre totalement étrangère et surtout barbare en soulignant le k ou le y. Des lettres vraiment très exotiques. Heureusement qu'il n'y avait pas un o barré, un edh ou un thorn dans ce nom, parce que l'on aurait encore plus déliré.
Le nom imprononçable, c'est d'abord celui de Dieu ou du Diable. Il est étrange que cela devienne celui de choses on ne peut plus terrestres et matérielles. Surtout quand on parle d'un simple volcan. Mais il faut dramatiser l'information à tout prix et pour cela on est prêt à dire que le nom imprononçable du glacier est celui du volcan. Dois-je dire que je n'aime pas être pris pour un crétin ?
21:17 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : radio, france inter, langue française
mercredi, 31 mars 2010
Toi aussi corrige la page perso de ton préz
En effet, depuis un siècle déjà, le pavillon néerlandais aux couleurs rouge, blanc, bleu disposées à l'horizontal flottent sur toutes les mers.
Le drapeau tricolore ne prend sa forme définitive que le 15 février 1794 (27 pluviôse an II) lorsque la convention nationale décrète que le pavillon national « sera formée des trois couleurs nationales, disposées en bandes verticalement, de manière que le bleu soit attaché à la gaule du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs ».
Je ne parle même pas des multiples erreurs de typographie, d'abréviations, des lettres non accentuées, mais il me semble que le nouveau site de la présidence de la Rébublique française manque un peu de correction et qu'il manifeste mal du génie de la syntaxe française. Comme symbole de notre si beau pays, cela la fiche un peu mal. Je savais déjà que notre admirable président était passablement brouillé avec la grammaire, mais je ne pensais pas qu'il contaminait tout le personnel de l'Élysée.
12:20 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, langue française, nicolas sarkozy
samedi, 27 mars 2010
De la bien-pensance
Nous avions déjà eu au début des années nonante la dénonciation d'un prétendu politiquement correct. Je dis prétendu, parce que les exemples sont souvent imaginaires ou ne reposent que sur des généralisations abusives. Etaient politiquement corrects tous ceux qui ne pensaient et ne parlaient pas comme les énonciateurs de cette formule codifiée comme un exorcisme au point de devenir un cliché.
Puis est venue la mode d'insulter tous les contradicteurs en les traitant de bobos, alors même que c'est un concept publicitaire et commercial étatsunien à la base. Si quelqu'un défend les droits de l'homme ou des idées démocratiques, c'est forcément un mangeur de sushis qui roule en Vélib, qui possède le dernier iTruc de Apple et qui achète des produits bio dans le commerce équitable. C'est un peu comme si l'on faisait des métrosexuels les porteurs d'une idéologie particulière, même s'il ne sont que les vecteurs d'une forme de marquetingue.
Maintenant, dans le bruit général, il est devenu très à la mode de dénoncer la bien-pensance que l'on va écrire avec un trait d'union. Cela me semble bizarre. J'associais auparavant la bien pensance à des idées conservatrices (souvent catholiques, mais pas exclusivement), voire réactionnaires : c'est une expression que les milieux anarchistes et gauchistes employaient pour dénoncer les cagots, les bigots et les magots qui ont beaucoup d'oeillères. Ceux qui n'aiment pas les autres quels qu'ils soient : les homos, les étrangers, les jeunes, les pauvres, les vieux, les handicapés, les drogués, les fous. Mais pas du tout ! maintenant, la bien pensance, c'est le fait de dénoncer une injustice, une absurdité, une violence, un danger selon la novlangue des réacs.
Examinons un peu dans Google Actualités quels sont les sujets visés lorsque l'on emploie le nouveau poncif de bien pensance qui s'attaquerait à de véritables héros : Zemmour, Guillon, Frèche (hélas !), Gérard Longuet (ex d'Occident, mouvement ultra-violent), Robert Ménard qui défend la peine de mort, Eric Besson qui défend ses expulsions de familles disloquées, Dorothée et ses animes totalement stupides, Georges Soros et ses boursicotages invraisemblables, Thierry Ardisson et ses pugilats organisés puis remontés, Claude Allègre et ses bourdes statistiques titanesques. Ce sont tous des victimes de la vie, de pauvres êtres martyrisés par la bien pensance.
Je vous livre le plus croustillant dans un éditorial de la Tribune : "Attaqué de toutes parts par le déluge malsain de la bien-pensance". La bien pensance est malsaine, cela devient de plus en plus paradoxal. Dire que l'on est favorable au mal en général est devenu une sorte de norme dans les éditoriaux qui défendent la liberté d'expression pour soi et les siens, mais non pour les autres. Ce n'est pas anodin, il s'agit de la diffusion d'un élément de langage du Front haineux qui a su contaminer la presse généraliste ou les partis démocratiques ; les milieux nationalistes et réactionnaires ont réussi à retourner le sens d'une expression qui les stigmatisait, puis à faire en sorte qu'elle soit reprise en choeur par des personnes qui n'appartiennent pas à la réacosphère ou la fachosphère. Et je suis désolé de voir Jean-François Kahn se comporter en perroquet avec des mots hyperboliques (mais ce dernier point est une habitude chez lui). Il m'avait habitué à mieux en matière d'examen des mots.
Il n'y a pas de terrorisme de la bien-pensance, parce que l'on y trouve tout et son contraire. Il n'y a d'ailleurs pas de bien-pensance du tout. C'est un concept dans lequel on place ce que l'on veut selon son milieu, son éducation, son public, ses intentions. Les bien-pensants, ce sont toujours les autres que l'on veut dénoncer, mais cela n'a aucun sens en soi. Cela pourrait être le point de vue par exemple de Jean-François Kahn lui-même, et son parler-vrai se retournerait contre lui. Il est peu étonnant que la nouvelle stigmatisation de la bien-pensance soit née sur des sites anti-islamistes et d'abord anti-musulmans, xénophobes, voire vraiment racistes (je ne les mélange pas tous). Dénoncer la bien-pensance a été depuis deux ou trois ans l'oeuvre de réactionnaires qui ont un problème avec les populations venues d'ailleurs. C'est devenu ensuite un tic de langage à force d'employer le terme pour désigner une pensée que l'on estime ennemie. Le beau mot tolérance n'est jamais énoncé. Il faut aller à l'affrontement, au combat, à la guerre, en accumulant les clichés sur tous les autres qui ne sont pas comme nous. Et je dis : non. Parce que je suis bien et mal pensant. Contradictoire et demandant d'abord la contradiction.
11:10 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (81) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française


