mardi, 22 décembre 2009
Guaino, un homme du Moyen-Âge parle aux autres hommes du Moyen-Âge !
Je commence un peu à comprendre la logique d'Henri Guaino à qui j'avais demandé de m'offrir une choucroute pour un entretien de blogueur. Cet homme pense et parle comme un homme du XIe s. dans un langage qui ressemble à de l'ancien français ! Il déclare ainsi au journal de coiffeurs pour faire plus français, c'est quelque chose de fort comique. Cette identité nationale est d'autant plus idiote qu'elle s'exprime avec une apostrophe stupide avant le mot :
Que reste-t-il de ce consensus national 'hui ?
Je ne connais pas la réponse à sa question et à vrai dire je m'en moque, mais je suis certain d'une chose : cet homme parle dans une langue qui n'est pas le français de mon époque et qui ne ressemble à rien de ce que je rencontre chez mes élèves. Je veux bien leur apprendre l'origine du mot aujourd'hui, voire celle d'hodie en latin à partir de hoc die parce que c'est rigolo quand on y réfléchit, mais de là à leur demander de dire hui alors que l'apostrophe d'aujourd'hui marquait une ellision de déterminant comme cela se fait normalement en français pour bien d'autres mots. Tout cela est de la plus grande bêtise et je me demande qui est le plus à condamner, le conseiller spécial du divin président ou le journal de barbiers ? J'ai du mal à me décider. Normalement, le conseiller spécial des barbiers aurait dû relire son texte et se rendre compte qu'il avait fait écrire une absurdité. En tout cas, mon consensus personnel est que l'on a élu et désigné des ânes prétentieux et que cela finira très mal.
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dimanche, 20 décembre 2009
Le prix du maire de Champignac est arrivé !
Je me dois, en tant que comte de Champignac, de suivre l'actualité helvète et en particulier la distinction du Grand Prix du maire de Champignac. Voici donc les résultats d'après la TSR (station bien connue des frontaliers pour donner aussi les résultats des élections françaises avant l'heure).
Champignac d'or : Le feu est sous contrôle, mes hommes sont cuits. Commandant de pompiers à Lausanne Jean-Luc Berney au journal 24 heures.
Champignac d'argent : Le loup est arrivé et il est bien parti pour rester. Jean-Claude Roch, garde-faune du canton de Vaud au journal La Gruyère.
Accessit :
Espoir du champignacisme : Je ne suis pas le seul à être de mon avis. Didier Burkhalter, conseiller fédéral de Neuchâtel.
Mention Oreille de lynx : J'écoutais d'un oeil amusé. Martine Brunschwig-Graf, conseillère nationale de Genève (Genève est république et canton, il n'y a donc pas de conseillers cantonaux comme dans les autres cantons).
Mention Aller simple : Faire comprendre ce que signifie mourir de faim, de maladie, ou sous les balles. Il est très difficile d'appréhender ce genre de situations si on ne les a pas vécues soi-même. André Simonazzi, vice-président de la confédération.
Mention Le débat reste ouvert : Toute personne qui prétend quoi que ce soit dit n'importe quoi. André Kuhn, professeur de droit pénal et de criminologie aux universités de Lausanne et Neuchâtel.
Toutes mes félicitations aux heureux élus. Je répète encore que je ne participe en rien à ce suffrage.
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samedi, 19 décembre 2009
Le juif, cet étranger
Je lis cette phrase dans Libération :
«Cet acte constitue une véritable déclaration de guerre, provenant d’éléments dont nous ne connaissons pas l’identité, mais je suppose qu’il s’agit de néo-nazis animés par la haine de l’étranger», a déclaré son président, Avner Shalev.
Tout pro-sioniste que je sois, cela ne laisse pas de m'interloquer. Des néo-nazis, on en connaît de diverses nationalités, il en existe même des Français, des Belges, des Suisses et peut-être des Québécois ou des Etatsuniens. Alors comment pourraient-ils être contre l'étranger en soi ? Ils se regroupent entre néo-nazis de différents pays lors de fêtes fort païennes et ils ne semblent pas craindre alors l'étranger qui parle le même langage qu'eux. Qui est donc l'étranger ? C'est le juif, bien entendu ! Le juif est toujours l'étranger absolu (sauf que maintenant c'est devenu le musulman forcément terroriste par essence). On utilise un vocabulaire vieux de septante ans pour décrire une réalité actuelle ! Les étrangers que l'on chasse de France ne sont plus juifs, c'était vrai en 40, mais aujourd'hui ce sont d'autres et cela on ne l'entend pas parce que l'on confond étranger et juif. Non, les juifs ne sont plus étrangers en France et c'est heureux, oui il y a des étrangers qui subissent le sort des juifs autrefois. Ne confondons pas les mots. Aucun juif n'est l'étranger absolu. D'ailleurs, cela n'a même pas de sens que se proclamer juif ou français. Je ne comprends pas du tout cette déclaration absurde.
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Nouvelles Lettres persanes VI
De Rica à Usbek, à Nicée
Il est des rencontres fort malencontreuses à Paris. Ainsi, je me suis retrouvé en compagnie d'un khédive de la banlieue la moins pourvue en logement sociaux et la plus fournie en champs de course pour étalons, un certain Jacques Myard. Il appartient à la secte majoritaire, mais il ne se distingue en rien des membres de la secte du Front national. J'ai fort vite compris qu'il n'aime les Arabes que comme chevaux de course et les Persans que comme chats domestiques. Quand il m'a aperçu, il m'a demandé comment l'on pouvait bien être persan sans être terroriste. J'ai eu une grande frayeur, car un ami m'avait dit qu'il avait déposé une proposition d'édit afin de rétablir la peine de mort pour les actes terroristes et je me suis imaginé alors que comme persan j'allais être immédiatement considéré comme suspect s'il se produisait le moindre attentat sur sa personne, comme un lancer de tarte à la crème, une coutume originale venue de la proche Belgique et visant les auteurs de propos stupides et prétentieux. Or il est bien placé pour recevoir ces tartes à la crème.
Après que j'ai répondu à ses questions fort insistantes sur le fait que j'imposerais le voile intégral à mon épouse même si elle ne porte qu'un léger foulard découvrant ses mèches de cheveux en Perse et qu'elle l'abandonne sauf par mauvais temps en Europe, il a cru bon de me dévoiler ses grands projets afin de lutter contre le Mal. Sa théorie est fort simple et s'exprime en termes clairs. Tout le Mal provient d'une seule source : la Toile. Il est évident pour lui que l'excès de démocratie et de parole publique permet tous les excès : pédopornographie, propagande nazie ou islamiste, défense du Pacs et de l'homoparentalité, piratage des oeuvres musicales du derviche Johnny Hallyday, atteintes à l'orthographe et au respect de l'identité nationale donc, mise en cause des élus qui construisent peu de logements sociaux ou qui engloutissent des millions de dinars afin de sauver des champs de course toujours déficitaires. Toutes ces agressions envers les droits les plus démocratiques sont inadmissibles, m'a-t-il déclaré. Il ne faut surtout pas que l'excès de démocratie tue la démocratie réelle que je représente, m'a-t-il assuré. Puis il a ajouté : s'il faut supprimer la démocratie afin que notre régime reste vraiment démocratique, pourquoi pas ?
C'est pourquoi il va présenter une nouvelle proposition d'édit afin de réguler la Toile comme dans le Céleste Empire. Cela veut dire que les contenus seront filtrés selon leurs sources ou bien leurs sujets et que les opérateurs devront désigner à la police comme possibles terroristes tous les gens qui n'exprimeraient pas des idées positives envers le Chah des Chahs. Voilà une belle idée de démocratie du nouveau siècle et d'une grande modernité ! Je lui ai dit que c'était déjà ce que nous connaissions nous-mêmes en Perse par moments et que nous serions bien heureux de pouvoir nous exprimer sur la vie publique sans être accusés automatiquement de sodomie, propagande pour le grand Satan américain, blasphème contre le nom du Prophète, espionnage pour l'ennemi. Cela n'a pas semblé le convaincre de l'absurdité de son projet et il m'a tout de suite accusé d'être un terroriste qui mériterait la peine de mort si l'on écoutait le vrai démocrate et républicain qu'il est. Je me suis enfui fort vite, parce que j'avais peur qu'un attentat à la tarte à la crème n'arrive au moment où je l'écoutais.
A Maisons-Laffitte, le 19 de la lune de Saphar.
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vendredi, 18 décembre 2009
Nouvelles Lettres persanes V
De Rica à Usbek, à Andrinople
Mon cher ami, il ne se passe pas de jour en France sans que le grand muezzin de la secte majoritaire, Frédéric Lefebvre, profère une sottise, un mensonge ou une provocation. Cet homme est un véritable miracle en soi, tellement il ressemble au méchant des plus mauvais romans. Il est capable même d'entretenir toutes les discussions dans les souks chaque jour. Je l'ai écouté lors d'un débat sur les ondes ou les étranges lucarnes et il déclare ainsi vers la quinzième minute du premier extrait :
Ecoutez, un certain nombre de gens utilisent la dénomination de son [à Eric Besson] ministère pour essayer de pratiquer des amalgames.
Je trouve cela profondément extraordinaire ! Comment l'amalgame ne serait donc pas possible si l'intitulé du ministère de l'Immigration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire n'était pas justement le sien ? Dans la minute précédente, le grand muezzin déclare d'ailleurs que les thèmes de l'immigration et de l'identité dite nationale sont liés de façon fort logique selon lui, puis il décrète que cela n'a rien à voir si l'on s'attaque à l'intitulé de ce ministère et si certains contestent justement un amalgame entre immigration et identité nationale. Il faut lui reconnaître un art fort adroit et subtil de la rhétorique puisqu'il parvient à masquer le premier amalgame par un autre où l'on compare le vizir fort traître Eric Besson à un autre vizir qui fut empalé sur la place publique après bien des hautes trahisons contre son parti, ses concitoyens, son pays, l'humanité tout entière. Ce ne serait donc pas lui qui aurait écrit dans son questionnaire ceci :
« Comment éviter l'arrivée sur notre territoire d'étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant, dans une partie de la population, la suspicion vis-à-vis de l'ensemble des étrangers ? »
Pour un peu, on en viendrait à plaindre le malheureux traître et vizir qui n'aurait pas choisi sa mission et qui n'accomplirait que son devoir, tel un Afghan demandeur d'asile éloigné du territoire national français et devant ensuite combattre dans on ne sait quelle milice locale et on ne sait trop quel but, mais que l'on pourra présenter selon les circonstances comme un acte de libération ou un ralliement au parti du mal absolu, au gré des alliances des puissances occupantes. Dénoncer l'amalgame, cela vous permet aussitôt de vous poser en victime, mais lorsque l'amalgame a été voulu, consenti, décidé d'avance, qu'il fait partie de la stratégie visant à transformer la secte majoritaire en succursale d'une autre secte n'ayant jamais accédé au pouvoir, le Front national ? Cependant, lorsque l'on a posé les termes d'un débat sur la prétendue identité nationale d'abord dans des questions portant sur l'immigration et encore plus sur la religion supposée, il ne faut guère s'indigner de se voir renvoyer sa propre image puisque l'amalgame était déjà là.
Mais parler d'amalgame permet de se dédouaner aisément et d'accuser les autres lorsque l'on ment totalement.
A Paris, le 18 de la lune de Zilcadé.
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jeudi, 17 décembre 2009
Nouvelles Lettres persanes IV
De Rica à Usbek, à Erzeron
Parmi les principales singularités de ce pays fort original qu'est la France, il en est une qui n'a pas manqué de me frapper. Imagine-toi que ce pays est tout entier dévoué au culte d'une espèce de derviche tourneur nommé Johnny Hallyday. Ce n'est pas son vrai nom, mais un émir du nom de Jean-Pierre Raffarin m'a assuré que c'était authentiquement français et qu'il rêvait de lui ressembler. On m'a affirmé alors que c'était le plus grand derviche tourneur de tous les temps et qu'il faisait partie de l'identité nationale dont chacun semble si fort épris dans ce pays. Je me suis inquiété, était-il donc connu aux Etats-Unis sous ce nom ? Pas du tout ! Mais chaque Monégasque, Belge ou Suisse francophone sait que le derviche Johnny Hallyday est un grand représentant de la culture française, même quand il reproduit des titres étatsuniens en les chantant mal et trop fort. C'est d'ailleurs pour cette raison que ce derviche a voulu devenir successivement suisse, belge et monégasque : il entendait apporter la plus haute culture française dans ces pays en voie de développement. Il faut dire qu'on ne le connaît pas ailleurs.
Cette semaine et la précédente, toute la presse de ce pays s'est inquiétée du sort de son derviche tourneur qui se trouvait par hasard aux Etats-Unis où il possède une maison et où personne ne le reconnaît dans la rue - ce qui le chagrine fort, car il aurait voulu remplir des stades entiers comme les grandes vedettes étatsuniennes et il lui a fallu affréter des charters pour ses amis afin qu'ils viennent à Las Vegas qui est notoirement connu comme le temple du rock le plus pur et dur. Mais il allait fort mal ces derniers temps et on l'annonçait comme mort, au point qu'un des journaux les plus sérieux de ce pays, Paris-Match, donnait en lien la nécrologie écrite d'avance puisque c'est l'un des fondements de la culture française. S'il venait à périr, qu'Allah l'en préserve, il entrerait directement au Panthéon, le monument des grands hommes de ce pays. Le chah des chahs s'est entretenu heure par heure de son état de santé et il se demandait s'il devait demander à son scribe Henri Guaino de lui écrire un discours commémoratif, si l'on ne devait pas mettre tous les drapeaux en berne, du crêpe à toutes les fenêtres et une diffusion intégrale de toutes les chansons du grand derviche sur toutes les stations nationales sans aucune interruption par d'autres nouvelles.
Chacun y est allé de sa sourate ou de son hadith au sujet de ce derviche qui serait une sorte de prophète de l'identité nationale française. Le muezzin Frédéric Lefebvre lui a souhaité des voeux de prompt rétablissement. Toute la secte majoritaire lui a prodigué des voeux, en oubliant au passage qu'il pourrait se remettre facilement en prenant une petite ligne de cocaïne chaque matin comme il le confiait dans le Monde à Daniel Rondeau ou en se faisant faire des auto-transfusions de sang oxygéné en Suisse, comme certains joueurs de balle. Il s'agit d'un des plus beaux exemples d'intégration et d'assimilation pour la jeunesse de ce pays et chacun devrait copier ce derviche afin de se conformer à l'identité nationale ! Bien entendu, ce derviche est immortel et le jour de sa mort sera un drame national pour la secte majoritaire.
C'est ainsi qu'une autre derviche fort aphone dans ses chansons mais bavarde par ailleurs, très en faveur auprès du chah des chahs dont elle est la courtisane s'est exprimée : « C’est très joliment expliqué par Proust dans A la recherche du temps perdu, il explique que le mendiant ne souffre pas d’être mendiant, que c’est le passant qui souffre pour le mendiant, le mendiant étant mendiant, lui, il est de plain- pied avec sa misère. C’est la même chose la célébrité, quand on est dedans à ce niveau là, on n’en a plus du tout conscience. » Il faudrait donc que les gens qui sont jetés dans la rue sans logement, qui n'ont pas assez d'argent pour nourrir leurs enfants vers le milieu du mois, qui sont menacés de perdre leur emploi ou pire d'être renvoyés dans un pays en guerre et où ils risquent de mourir à coup sûr compatissent sur le sort des célébrités parce que ce serait aussi des victimes.
A Paris, le 2 de la lune de Rhamazan.
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Le ministre de l'Agriculture pris dans un scandale sexuel
Sur une idée du Boeuf qui pleure (Olivier) dans Gazouillis, ce titre de Marianne2 :
Revenu agricole : Le Maire vire sa cutie en direct
Le boeuf ricane un peu vite en renvoyant à un dictionnaire français de référence et il déclare "une faute dans un titre chaque jour". Je réplique aussitôt en affirmant que le correcteur orthographique était en fait en anglais. J'ignorais jusqu'alors que le digne et respectable ancien normalien Bruno Le Maire entretenait une call girl ou une escort girl. On est aux bords du scandale politico-sexuel à la mode du Sun, du Daily Mirror ou de News of the World et ce sera bientôt sur les chaînes de Rupert Murdoch. Mais je m'interroge... Si les correcteurs orthographiques d'un journal au titre si républicain, si laïque et si évocateur du Front populaire sont placés en version anglaise pour les secrétaires de rédaction, que devient donc notre prétendue identité nationale ?
15:17 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, langue française, médias, presse
Nouvelles Lettres persanes III
De Rica à Usbek, à Antioche
Mon cher Usbek, tu ne peux imaginer combien les Français sont un peuple différent de tous les autres et avec une identité nationale propre. Dernièrement, j'ai écouté un mamamouchi de la wilaya de Provence, Thierry Mariani qui vise la direction du lieu. Il appartient à la secte majoritaire, mais il reprend les mots, les idées, les thèmes de la secte honnie, le Front national, qui est le grand ennemi. Il déclarait sans rire qu'il préférait deux ou trois dérapages verbaux à un Front national à vingt pour cent et que la présence de Marocains sur sa commune justifiait un débat sur l'identité nationale. J'ai demandé comment il pouvait être différent d'un membre de la secte du Front national et l'on s'est montré fort embarrassés parce qu'en réalité c'est la secte du Front national sans l'étiquette Front national ! Pourquoi serait-il plus présentable qu'un membre de la secte adverse de celle majoritaire ? C'est un grand mystère.
J'ai aussi écouté une personnalité éminente qui connaît fort bien les problèmes de banlieue. Le cadi, Eric Raoult, officie en Seine-Saint-Denis et il rencontre quotidiennement des difficultés dans son administration, puisque sa commune est une de celles qui comptent le moins de logements sociaux dans sa wilaya et qu'elle bénéficie d'un commissariat contrairement à ses voisines. Il déclare ainsi sans rire : "Au Raincy les casquettes, ce sont pas les mêmes religions qui portent ces casquettes, au Raincy certains portent des casquettes parce qu'ils ont peur de porter une kippa, c'est ça aussi l'identité". J'avoue ne rien avoir compris à sa bouillie mentale et à sa choucroute verbale. La casquette serait donc le signe d'une appartenance à une religion ? Je n'ai pas eu l'impression de l'avoir vu jusqu'à présent lors du pélerinage La Mecque ou au mur des lamentations. Ensuite, je m'interroge sur le fait que certaines religions auraient exclusivement des casquettes, mais que les casquettes seraient portées aussi par les autres religions par peur. Quel peut être le sens de tout cet anathème contre les casquettes après celui sur les burqas qui n'existent pas en France ? Doit-on interdire les casquettes Ricard lors des courses cyclistes ou automobiles, les casquettes Walt Disney dans les parcs d'attraction et les clubs Mickey au bord des plages ? Doit-on prohiber les films étatsuniens remplis d'individus à casquettes et sans doute islamistes ?
Ce qui m'étonne le plus, c'est l'idée que la maîtrise de la langue française serait un impératif pour devenir pleinement français. Lorsque j'écoute les grands imams de ce pays et surtout ceux de la secte majoritaire, je me demande comment ils peuvent exiger ce qu'ils ne possèdent pas eux-mêmes. Ils abrègent les syllabes, éliminent les négations complètes, confondent les mots, ne savent pas construire une phrase cohérente. C'est encore pire à l'écrit si l'on considère le muezzin Frédéric Lefebvre dans ses communiqués de la secte majoritaire ou alors le vizir Besson dans son grand débat sur l'identité nationale. Ils imitent en cela le Chah des Chahs qui s'exprime dans un français des plus rudimentaires afin de croire qu'il serait mieux compris par le bas peuple. Ce dernier le comprend trop bien, il reprend ses idées les plus modérées dans le grand débat sur l'identité nationale, le tout exprimé en termes fort clairs comme "Les bougnoules à la mer". Ils détruisent ainsi le français lui-même par une syntaxe et une phonétique approximatives et ils le placent comme étalon suprême ! Je me dis que si ces gens aimaient vraiment leur langue, ils la quitteraient afin d'arrêter de la martyriser !
De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2.
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mercredi, 16 décembre 2009
Nouvelles Lettres persanes II
De Rica à Nessir, à Ankara
Vraiment, je crains cher ami que tu ne pourras jamais comprendre les Français. Le Chah des Chahs, leur divin souverain, s'affirme le protecteur de tous les réfugiés du monde et déclare qu'il ne souffrira aucune offense aux droits de l'homme tant qu'il sera au pouvoir, que chacun pourra trouver asile en France s'il est persécuté dans son pays à la seule condition qu'il soit une femme et qu'il soit voilé, que la France reste le grand pays (tout est grand dans ce pays comme je le l'ai dit) des droits de l'homme, tandis que le pays voisin, l'Allemagne est et reste le pays du génocide auquel n'ont jamais participé les Français, quand bien même ils auraient enregistré, arrêté, interné, livré, transporté les futures victimes. Un étrange pays, vraiment.
Il y a dans ce pays fort dépaysant une sorte de muezzin illuminé qui appelle quotidiennement à la prière pour la secte majoritaire sur les étranges lucarnes, il se nomme Frédéric Lefebvre. Un Parisien m'a dit qu'il était fou, un autre idiot, le troisième pervers, le quatrième malveillant, un autre m'a dit satanique et je n'ai pu trouver qu'une seule personne pour lui trouver des qualités, un certain Dominique Paillé qui m'assurait qu'on ne le comprenait pas vraiment dans le contexte. Ce muezzin déclare donc des choses folles auxquelles personne ne croit, mais que l'on reprend sans les contredire parce qu'il a la confiance du Chah des Chahs.
Ainsi, aujourd'hui, des Afghans ont été renvoyés dans leur pays en guerre alors même qu'ils fuyaient la guerre et qu'ils étaient persécutés. Que dit donc le muezzin ? Qu'ils s'engagent donc pour libérer leur pays au lieu de rester en France ! Mais de quel côté ? se demandent-ils. Du nôtre, répond aussitôt le muezzin. Ces Afghans seulement doutent que cela puisse leur apporter une sûreté, car leurs propres ennemis sont aussi dans le camp des alliés. Mais le muezzin de poursuivre en déclarant que ce n'est pas ainsi que de Gaulle aurait pu résister en 1940 si tous les Français s'étaient réfugiés à l'étranger. Ils avaient épuisé toutes leurs voies de recours et donc ils avaient administrativement tort, leur seule chance de rachat c'est de se battre aux côtés - et surtout en avant - des troupes qui doivent les libérer quand bien même on devrait les conduire au combat avec un fusil dans le dos ! C'est au nom de cela que la liberté et la démocratie seront bien défendues !
Ce muezzin est profondément extraordinaire. Il est capable de justifier tout et n'importe quoi, et il est prêt à prendre le parti contraire si le Chah des Chahs adopte un autre avis. Il n'écoute rien, il coupe la parole sans prévenir, il reproche aux autres de le couper lorsqu'ils reprennent la parole, il parle de tout sans rien y connaître cinq minutes auparavant, et surtout il se déclare à chaque fois vainqueur d'une sorte de débat qui n'a jamais eu lieu. Une de ses expressions favorites est "ne pas avoir vocation à" et cela permet de tout expliquer, les expulsions, les refus de nationalisation ou de statut de réfugié, quand bien même on se prétend comme un parangon des droits de l'homme. Et il est possible que ces droits de l'homme soient bafoués en la circonstance par le muezzin. Comment un tel homme peut-il exister ? Il fait disparaître toutes les difficultés d'un seul coup de menton et de communiqué, alors que tout le monde geignait. Je me le demande encore.
De Paris, le 6 de la lune de Gemmadi 2.
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Nouvelles Lettres persanes
De Rica à Usbek, à Ispahan
Les Français sont un peuple étonnant qui possède des traditions pouvant dérouter les étrangers que nous sommes. Figure-toi, cher ami, que je suis arrivé dans la capitale au moment où se déroule un grand débat sur l'identité nationale. Il faut dire qu'ici tout est grand : grand emprunt, grand Paris, grands projets, grandes universités, grandes réformes, grands ministères, trains à grande vitesse, et lorsque le Chah des Chahs, leur divin souverain entend s'exprimer à travers les étranges lucarnes c'est lors de ce qu'ils nomment le Grand Journal qui est sans doute animé par un grand journaliste aux grandes compétences. Un Parisien m'a dit sous le sceau du secret qu'il n'y avait pas de personnalité plus qualifiée pour interroger le Chah des Chahs puisqu'elle faisait partie de ses intimes et qu'elle avait déjà écrit un recueil d'entretiens à but électoraliste avec le monarque. Les Français, disais-je, s'interrogent sur leur identité et celle-ci ne peut être que nationale. Cela ne peut que surprendre, puisqu'ils vivraient selon certains dires en république et en démocratie, mais l'on dirait que ces mots sonnent comme malséants aujourd'hui pour eux. Ils font à présent grand-cas - hélas ! oui, tout est grand dans ce grand pays - de sortes de signes qui voudraient dire que quelqu'un est vraiment Français ou que quelqu'un n'a pas vocation à le devenir. Je n'ai pas très bien compris le sens de cette expression "avoir vocation à", mais il semblerait qu'il existe pour ainsi dire une sorte de grâce efficace ou de prédestination afin d'être ou de n'être pas Français, de rester sur le sol français ou d'en être éloigné de manière fort policée. Certains étrangers peuvent le devenir ou y rester, d'autres non, et cela se produit de manière mystérieuse. Il suffit d'un seul signe pour ne pas "avoir vocation à" rester en France, on m'en a cité quelques-uns en m'interrogeant sur mes propres coutumes alors que je n'en possède guère et que je doute de toutes. Je te les livre en désordre : votre femme porte-t-elle la burqa ? êtes-vous polygame ? pratiquez-vous l'excision sur vos filles ? égorgez-vous vos moutons dans la baignoire ? refusez-vous de manger du porc ? écoutez-vous du rap (une étrange musique où les chanteurs ne chantent ni ne psalmodient, mais scandent des slogans) ? taguez-vous les murs de votre cité ?
Un Français qui voyait que même si j'étais Persan, je n'en demeurais pas moins un Persan susceptible de s'intégrer aux valeurs de la civilisation universelle et nationale qui rayonne de Paris m'a invité à assister à un des grands débats sur l'identité nationale. Il faut avouer qu'il appartient à la secte actuellement au pouvoir avec le Chah des Chahs, une secte étrange où l'on fait des mouvements de moulinets des bras tout en mimant les paroles d'une chanson venue d'un autre pays non moins étrange, le Québec. Dans le train à grande - bien entendu - vitesse, qui nous a conduits dans les Vosges, j'ai pu voir de nombreux membres de la secte refaire les gestes rituels comme s'il s'agissait de se purger de toutes les actions néfastes qui avaient précédé le règne du Chah des Chahs et chacun a entonné l'hymne sacrée "Tous ceux qui veulent changer le monde". Comme Persan, je m'interdisais de formuler le moindre jugement sur leur comportement déroutant ou sur la théorie de symboles ésotériques qu'ils voulaient à tout prix me montrer : leur drapeau, leur béret, leur sandwich SNCF modèle de la culture moderne. Ainsi, nous sommes arrivés à Charmes, petite bourgade des Vosges qui est le berceau de celui que l'on pourrait comparer à Omar Khayam pour nous : Maurice Barrès, le grand chantre de la terre qui ne ment pas, de la colline inspirée, de la ligne bleue des Vosges, de la chasse aux traîtres juifs allemands, de l'indispensable revanche et des massacres nécessaires et utiles. Tout ce grand débat était placé sous le signe de la plus grande élévation d'esprit, je n'en doute pas.
Lors de ce grand débat, j'ai entendu une dame fort distinguée et très élégante dire dans un langage soutenu qu'un musulman qui veut devenir vraiment Français doit trouver du travail, ne pas porter de casquette à l'envers, ne pas parler verlan. J'avoue que j'ai eu du mal à comprendre ce qu'elle entendait par là. Si les musulmans n'avaient jamais travaillé ou eu de goût pour le travail, il y a longtemps qu'ils auraient disparu. Le sectateur de l'UMP m'a alors dit qu'elle entendait par là qu'il ne s'agissait pas vraiment des musulmans, mais des jeunes des cités. Je me suis étonné. Tous les jeunes des cités sont-ils musulmans ? Pas du tout ! C'est une figure de style, une image, une manière de parler simple et efficace. "Parler cash" a dit un autre sectateur de l'UMP qui semblait plus jeune. Je comprenais de moins en moins ce qui se disait. "Mais qu'est-ce que le verlan ?" ai-je osé demander. "Une sorte de parler des jeunes en inversant les syllabes", m'a-t-on répondu. "Mais est-ce musulman ? Je n'ai jamais entendu cette langue auparavant, sinon en France ? Cela fait-il partie de vos traditions au même titre que la baguette et Johnny Hallyday ?" Je n'eus pas vraiment de réponse, on se montra embarrassé. On le fut encore plus lorsque je demandai s'il était vrai que tous les jeunes musulmans portaient tous une casquette à l'envers. Comme je ne voulais pas ennuyer davantage mes hôtes, je n'ai pas prolongé mes questions. On m'a dit ensuite que j'étais un musulman susceptible "d'avoir vocation à" s'intégrer à la France, puisque je n'avais commis aucun éclat et que j'avais pu ainsi donner une certaine dignité à ce grand débat. Je ne porte pas de casquette à l'envers puisque je n'en possède aucune, je ne sais ce qu'est le verlan et il est donc tout à fait probable que j'aie pu intégrer dès mon arrivée les principales valeurs de la République.
De Charmes, le 10 de la lune de Gemmadi 2.
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