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lundi, 18 janvier 2010

Dons en tout genre

Les journalistes de l'Oignon ont du mal à faire la différence entre des homonymes. Voici le titre d'un article :

Don Michel était l'un des trois « gothiques » de la communauté Saint-Martin

On retrouve cette forme dans le chapeau et le corps de l'article :

Don Michel, de la communauté Saint-Martin, a demandé à être relevé de toutes ses missions sacerdotales, un peu avant Noël. Surprise dans le milieu ecclésiastique.

Or il existe deux orthographes différentes de titres différents : don et dom. Le premier est un titre de politesse espagnol désignant des nobles ou supposés tels. Mais c'est aussi un titre accordé en Italie à certains religieux, à des grands propriétaires et puis à... des chefs de la Mafia. En revanche, le second dom est un titre de politesse portugais pour des nobles et aussi un titre pour certains moines en France, par exemple certains bénédictins, trappistes ou chartreux.

Tout semblerait simple. Mais non... Don a aussi été la forme ancienne de dom en moyen français et on peut le trouver dans les livres en édition savante. Ensuite, le français a procédé à une réfection étymologique. En outre, il existe une pièce de théâtre française écrivant dom et non don pour désigner un hidalgo : Dom Juan, ou le Festin de pierre. Alors, pourquoi ce titre don et non dom afin de désigner le prêtre qui se défroque soudainement ? Sans doute parce que sa communauté est d'origine italienne. Mais en revenant en France, c'est le titre français qui aurait dû s'imposer pour nos corbeaux traditionalistes.

Ajoutons à la confusion générale : le mot dom a été aussi écrit dam. On trouve ainsi des noms de lieux comme Dampierre ou Dammartin qui signifient simplement Saint-Pierre, Saint-Martin. Or il ne faut pas confondre ce formant avec dam dans à son grand dam (à prononcer comme dans ou dent et non comme dame). Ce dernier vient de damnum (dommage, préjudice) et n'a pas de rapport avec dominus (maître, seigneur). Précisons encore que les toponymes des régions excentriques de la France ont suivi des évolutions différentes et parfois étranges : Dannemarie par exemple était Dammekirch en allemand ou l'église de la Madone. Il s'agit là d'une sorte de pléonasme caché.

dimanche, 17 janvier 2010

Le porte-parolat du Mouvement populaire au travail

L'UMP ou plutôt le Mouvement populaire, comme l'a rebaptisée son secrétaire général, possède deux porte-paroles. Je dois avouer qu'ils sont fort consternants. Ni l'un, ni l'autre ne maîtrisent le moins du monde la langue française alors qu'ils sont censés défendre la trop fameuse identité nationale.

Commençons par le plus catastrophique des deux, l'inévitable Frédéric Lefebvre. Le Mouvement populaire présente un encadré J'Aime/J'aime pas* que l'on devine calqué sur la syntaxe présidentielle qui déteste les négations complètes et j'y lis ceci dans la catégorie J'aime.

Ma Femme Valérie , mes enfants Quentin et Alix …et toute ma famille.

Première conclusion, Frédéric Lefebvre n'aime pas la typographie et les règles de ponctuation ou de mise en majuscule. Cela se vérifie ensuite dans son parcours où il ne croit pas bon et juste de terminer ses phrases par des points et où il fait suivre chaque deux-points par une capitale pour bien mettre en valeur sa fonction par un titre ronflant. Mais le meilleur vient ici :

Député des Hauts-de-Seine (après qu’André Santini soit nommé Ministre )

Frédéric Lefebvre et la syntaxe, cela fait deux aussi. Je sais qu'il déteste l’injustice, la malveillance, le sectarisme, les envieux, la mauvaise foi, l'égoisme [sic]. Mais il ne devrait pas lui être interdit de consulter parfois un livre de grammaire ou un dictionnaire.

Passons à son comparse un peu moins haut en couleur, Dominique Paillé. Il nous apprend ceci :

28 mai 1956 : Naissance à Les Aubiers (79) où la douceur de vivre et la sérénité de la population ont bercé mon enfance

et :

Mars 1989 : Maire de Les Aubiers, retour aux sources pour une vingtaine d’années et début d’une carrière d’élu

Personnellement, je ne ferais pas confiance à un maire qui ne sait pas utiliser la syntaxe correcte pour parler du nom de sa commune. Bien entendu, lui aussi déteste l'injustice et cela semble un leitmotiv dans tous les profils du Mouvement populaire. Ils sont tous fort originaux...

* Ce genre de catégorie est digne des cahiers d'adolescentes pré-pubères qui sont encore en train de chercher le grand amour ou des Skyblogs qui ont des modèles de textes à écrire tout faits.  


samedi, 16 janvier 2010

Si on ne peut dire non

Dans le système Loïc Le Meur, il y a une chose que l'on retrouve partout : le refus du mot non et de tous les mots négatifs. Un truc élémentaire que l'on apprend dans les écoles de commerce (cela prend deux ans, tellement il faut s'adapter au niveau des étudiants...) Donc quand LLM demande de le rejoindre sur sa plateforme Seesmic je me pose des questions en voyant son message pour Twitter. On me demande de confirmer en cliquant et il n'y a strictement rien pour décliner l'invitation ! Comme je ne suis pas encore complètement idiot, je me dis qu'il y a forcément un piège. Et il se trouve là : "Click the link above to give us permission to send you information." Oui, vous n'avez pas besoin de choisir de vous désabonner ou de décliner l'invitation, mais si vous vous abonnez vous allez recevoir alors des catalogues de pubs non demandées parce que vous aurez souscrit au contrat qui peut être toujours révisable. Moi, durant mes études littéraires, j'ai appris à écrire non et à bien l'affirmer. Mais cela n'existe pas dans ce système hypocrite : "If you do not want to confirm, simply ignore this message." On pêche des adresses au hasard par un robot et puis on demande en anglais (!) de faire comme on veut. Mais ce que je veux, c'est ignorer ces messages intrusifs qui s'apparentent à des pourriels. Ma culture est d'abord francophone, elle est en faveur de l'opt-in et non de l'oup-out, je n'ai jamais demandé à Loïc Le Meur de venir inonder mon compte Twitter de milliers de publicités, je ne crois même pas que Loïc Le Meur soit derrière ce message automatique de sa plateforme, et en fait je m'en fous totalement. Je veux parler à des humains, pas à des robots ! Je dis encore non. Et cela ne fera pas de moi un héros pour autant.

Quid ? Et puis quoi ?

La liste des Etats dans le Quid est fort étonnante.

On y lit.

- Amérique : Canada.

Puis :

- Amérique : Québec (Canada).

Je m'interroge... Le Québec serait-il devenu indépendant et républicain depuis peu ? Je m'en réjouirais et je déboucherais des tas de bouteilles de champignac. Mais la précision entre parenthèses m'incite à la prudence, parce que je lis ensuite :

- Palestinien occupé (territoire).

Même pas un nom de lieu pour un pays. Le nom est juste Autorité palestinienne pour ce qui avait été reconnu dès 47 par une résolution de l'ONU comme un Etat indépendant. J'ai aussi beaucoup de mal à comprendre la différence de traitement entre le Québec et la Palestine. Pourquoi ne dit-on pas que le Québec est un territoire occupé par les maudits Anglais ? Pourquoi n'affiche-t-on pas "Asie : Palestine (Israël)" ? Il doit y avoir des nuances de sens qui m'échappent.

Dans la liste des imbécillités qui vous auraient échappé, sachez encore que selon l'encyclopédie en ligne, la Guadeloupe, la Martinique, la Polynésie française sont des Etats indépendants, mais non la Guyane qui n'a jamais existé pour elle. Cela tient à quoi cette différence de statut ? J'ai juste un peu de mal à appréhender la logique à la base d'un tel classement.

Du rôle du deux-points

Le Post a tenté une journée sans points d'interrogation dans les titres, mais n'a pas tenu très longtemps. Il a ensuite tenté une journée sans deux-points et c'était encore plus difficile à tenir. Mais à quoi peuvent donc servir les deux-points dans un titre ? se demandera le jeune lecteur sagace et futé. Apprends donc, jeune lecteur sagace et futé, que le Petit Champignacien a mené l'enquête pour t'apprendre à décrypter (comme on dit à @rrêt sur images) tout ce qui fait l'actu (comme on dit chez Demorand). Le Post est un observatoire fascinant et répugnant pour cerner l'avenir de la presse : on y voit les nouvelles méthodes d'écriture et celles-ci s'illustrent d'abord dans les titres, les étiquettes et les liens.

Que veut dire un deux-points pour le commun des mortels ? En premier, c'est l'introduction d'une citation après mention du locuteur.

- Vincent Peillon : "Si je faisais des coups médiatiques, ça se saurait".

 

Le problème, c'est que les citations ne sont pas forcément sourcées dans le titre.

- Marche silencieuse pour Hakim : "Hakim n'aurait pas souhaité une vengeance".

Remarque ici, jeune lecteur sagace et futé, que j'ajoute un point à la fin des titres. Normalement un titre est sans point, mais ici on a des citations entre guillemets qui auraient dû être terminées avant par le point même s'il n'était pas présent dans le discours. C'est un léger problème de forme, on ne critique pas les titres, on les clique ou on les lie ! Et un point final, c'est une source d'erreur possible pour un lien parce que cela se voit mal dans une URL. Le problème vient ici qu'en fait la deuxième partie n'est pas vraiment une composante du texte qui n'affiche que le premier élément dans la titraille. Il s'agit donc d'un ajout de la rédaction pour rendre le billet du posteur plus attractif que par le seul élément purement informatif et cela ne modifie pas l'URL.

Mais pourquoi ajouter donc une citation non sourcée dans le titre ? me demande alors le jeune lecteur sagace et futé, cela n'apprend rien ! Certes, mais la citation entre guillemets fait tout de suite plus vrai, c'est du témoignage, en brut, en vrai, en direct. Il s'agit d'un procédé courant et classique du journalisme, on place une phrase prononcée ou écrite soit en titre, soit en exergue par l'intertitrage et cela agit sur les cellules nerveuses comme un appel (croit-on). Le lecteur attisé par ce stimulus se précipite alors sur la page en question. Il a quelque chose qui lui est offert à ronger comme un os pour un chien. Le fait n'est pas propre au Post, mais aussi au fameux journal de référence du soir lorsqu'il accorde des tribunes à nos grands décideurs de la chose publique.

La distinction est plus complexe. On a d'abord la notion de rubriquage.

- Haïti : le monde du sport et des people se mobilise.

Là, cela se complique parce qu'il existe aussi des titres sans deux-points et pourtant avec rubriquage.

- Levallois-Perret Bardot joue le mépris avec Balkany.

Quelle différence entre les deux ? Le premier n'a aucune étiquette, le second est tagué, classé dans une catégorie et certainement géolocalisé. Cela me semble triste pour Haïti qui aurait dû avoir son étiquette propre vu l'émotion que les événements suscitent. Le deux-points permet aussi de se situer dans les pages et il joue alors comme un ersatz de surtitre puisque les pages de liens ne permettent pas vraiment d'afficher la mise en page d'un journal traditionnel en papier. Est-ce que le deux-points a encore un sens dans ce nouvel espace de lecture ? Je n'y crois guère. Mais alors à quoi peut-il encore servir ? me demande le jeune lecteur sagace et futé.

Il faut en venir à la distinction sémantique thème-rhème. Le thème, c'est ce qui est supposé connu. Le rhème, c'est l'information nouvelle que l'on apporte sur le thème.

- Plus belle la vie : Qui Benoît choisira-t-il ?

Plus belle la vie, tout le monde connaît, et surtout pour dire qu'on ne regarde pas ou ne veut pas voir. C'est donc obligatoirement le thème et le rhème est le reste. Comme il n'y a aucune information dans le rhème, on peut se demander si le thème n'est pas général. Mais ce n'est pas toujours dans le même ordre :

- Une semaine d'actu sur le Post : qu'avez-vous retenu ?

Le rhème est alors le fait d'avoir lu certains faits de la semaine du Post et seulement de lui. Ce qui est fascinant dans les sites dits participatifs, c'est cette volonté de s'autocentrer : l'actu (comme on dit chez les branchouilles) n'existe pas chez les autres même si on les lie ou agrège. Cela existe aussi dans Rue89 ou Bakchich sous forme de récapitulatifs que l'on croyait réservés aux journaux papiers en fin d'année et de pseudo bêtisiers sur les étranges lucarnes. Le deux-points introduit là aussi un comportement communautaire que l'on peut relier à l'étiquetage. Je ne suis pas certain que ce soit un progrès.

Il y a d'autres choses à dire au sujet du deux-points (causatif ou conclusif), mais la pente de mon texte m'a entraîné ailleurs. Quatre ou cinq exemples ne font pas une démonstration, je me promets de revenir sur le rôle du deux points avec une autre perspective. Il y a de vrais problèmes de lecture, de classement derrière.

vendredi, 15 janvier 2010

Mais où est donc le débat ?

Le style présidentiel à l'oeuvre chez les Jeunes pops :

Je suis pas juriste, je suis étudiant en école de commerce. Honnêtement, j’en sais rien .Je veux pas dire de bêtises, mais à partir du moment où le TGV était [sic] privatisé, je vois pas où est le débat.

Ben des bêtises, on en voit pas mal dans ces deux lignes et d'abord le fait de ne pas savoir s'exprimer correctement en français alors que l'on défend l'existence d'un ministère de l'Identité nationale. Ensuite, il serait interdit d'avoir des notions de droit commercial et de se prononcer à leur sujet quand on est en école de commerce ? Depuis quand le droit est-il devenu une discipline qui ne devrait plus être enseignée à des commerciaux ou des publicitaires ? J'en viens à me demander si l'on n'a pas affaire à un fake, tellement c'est trop gros : le TGV n'est pas privatisé, mais régit parfois par des sociétés en participations croisées pour des raisons internationales complexes (allez donc faire une société commune pour le Thalys et vous comprendrez) et s'il circule seulement en France il est propriété de la SNCF puisque c'est en France. L'étudiant de commerce si peu expert en commerce et encore moins en droit dont dépend le commerce ne le comprend pas ? Le problème commence si l'on veut appliquer le modèle international aux autres TGV qui circulent sur le territoire français seulement, et cela l'étudiant en commerce (sans aucune compétence juridique) ne le voit pas. Parce que cela n'existe pas pour lui de quelque manière qu'on le prenne. Il n'y a jamais eu débat selon lui... Et je me marre... L'honnêteté, c'est juste bon pour les cochons et les poulets que l'on égorge dans le fond de la cour de la ferme.  Il faut juste ne pas en abuser. Cela ne peut pas servir tout le temps.

Où l'on examine la taille des messages

Je veux écrire une réponse dans un blogue hébergé par Blogspot (Google donc) et on me répond que ma réponse est trop longue. Elle atteint "4096 characters" me dit-on dans une langue à laquelle je ne comprends strictement rien et que je ne veux surtout pas lire. Cela m'était déjà arrivé sur Le Post où la limite est de 2 000 caractères. Je veux bien admettre que ce soit une barrière contre des copicollages abusifs, des publicités malvenues, de la propagande déplacée à la mode @FLefebvre_UMP, des trolls que l'on n'aurait jamais voulu lire. Mais c'est une barrière idiote, elle n'arrêtera jamais celui qui veut déverser à tout prix sa prose puisqu'il sait dans le message d'avertissement où se situe la limite. Cela ne peut retarder que les robots et encore, ils ont aussi leurs messages d'erreur pour les humains qui reprendront cela à la main. Je peux comprendre que Le Post s'épargne bien des pourriels vu son trafic et décourage ainsi tous les sales pourrielleurs pornographes, nazis ou casinocrates de la Terre, je comprends moins qu'un blogue aussi confidentiel que le mien place une barre d'accès. Cela n'a pas de sens. Quand on a en moyenne une dizaine ou une vingtaine de réponses par jour, il est inutile d'employer les grands moyens des grands médias et de sortir le marteau des sorcières. Une bonne rétromodération suffit si on a le temps d'agir dans la journée et que votre hébergeur n'aime déjà pas les pourrielleurs. D'autant que les pourrielleurs font souvent très bref.

Je déteste profondément l'idée selon laquelle un discours devrait être dit dans un nombre de mots déterminé (selon la norme des concours administratifs et des examens publics où on doit en plus quantifier à la place de l'examinateur) ou de caractères (selon la norme anglo-saxonne et à présent universelle grâce à la Toile). Un discours de moins de 140 caractères et un de plusieurs milliers de mots peuvent se valoir, mais c'est à nous seuls qu'appartient le droit de le dire après les avoir lus. On peut vouloir s'inscrire dans un genre (le SMS, le haïku, le limerick, l'aphorisme, le slogan), mais pourquoi devrions-nous imposer à d'autres des règles qui ne correspondent pas à leur écriture du moment ? Je peux écrire en deux mots comme en mille et je n'aime pas devoir briser mon élan sous prétexte que j'ai atteint le nombre de caractères autorisés. Les formes brèves sont aussi légitimes que les longues et inversement. Le tout est de savoir ce qu'elles veulent dire, et ce n'est pas gagné parce que cela demande parfois de la discussion.

Quand les titres s'imitent

Monsieur Kaplan qui a visité les locaux du Post remplis de gentilles O. S. du journalisme m'a appris que l'on y avait lu mon billet consacré aux titres sous forme de questions. Je suis flatté (mais je le dissimule parce que Le Post n'est pas le journal de référence). Depuis, il y a peu de titres interrogatifs, sauf chez les invités qui n'ont pas dû recevoir la nouvelle consigne. Mais cela ne signifie pas que le nivellement n'existe plus ailleurs. Je prends la une et je note :

Quand Fillon invite les journalistes à ne pas se laisser influencer par Internet (Ginisty, un invité ex-MoDem).
Quand Solal Sarkozy inspire les blogueurs BD (titre de rubrique par la rédaction).
Quand Grazia s'invite à la place de Rachida Dati au Parlement européen... (titre d'un posteur).

Cela ne vous rappelle rien ? Mais si, voyons ! Souvenez-vous ! Ah ! la mémoire vous revient. Mais ce peut être aussi un autre souvenir plus ancien. Il s'agit du vieux procédé que révélaient Burnier et Rambaud dans le Journalisme sans peine : l'imitation des constructions de titres d'oeuvres célèbres. On peut parler de clin d'oeil culturel, mais là ce n'est plus forcément clair pour les jeunes générations et cela devient une forme vide de sens qui peut servir pour de nouveaux titres de films. Cela peut d'ailleurs venir de chansons. On ne sait donc plus à quoi on faisait référence au départ.

Ce n'est pas propre au Post. Je relève aujourd'hui :

Quand nous reparlons d'Heuliez (le Fig).
Quand Val rétropédale (Libé).
Quand les stars du foot défilent sur la Croisette (20 minutes).
Quand ces dames remplacent les chefs aux fourneaux (Ouest-France).
Quand Deneuve entre dans le buffet (idem).
Quand le septième art s'empare du rugby (La Dépêche).
Quand l'espoir peine à germer (Sud-Ouest).
Quand la neige fond... (La Voix du Nord).
Etc.

Commencer un titre par quand a une vertu : il incite à croire qu'il s'agit d'un événement unique et exceptionnel. Cependant, ce n'est pas sensationnaliste comme d'autres titres accrocheurs. On a l'impression d'un instantané, mais le procédé saute aux yeux lorsqu'il est répété dans une même journée ou dans un trop grand nombre de publications. 


jeudi, 14 janvier 2010

Le vrai cauchemar à la Hitchcock

Un article de l'Oignon a retenu mon attention par son titre.

Un vrai cauchemar à la Hitchcock.

Cela fait peur, hein ? Avouez que cela vous fiche la trouille... Vous n'en menez pas large en lisant cela ! Qu'a-t-il donc bien pu se passer pour que le maître du suspense soit ainsi convoqué ?

La lecture de l'article vous apprendra qu'un paisible village champignacien de 60 habitants est cerné par des nuées de centaines de milliers d'étourneaux. Si l'étourneau peut en effet former exceptionnellement des bandes de cent mille volatiles, il me semble difficile que celles-ci puissent en compter plusieurs centaines de milliers au dessus d'un petit village. On ne compte en effet que trois millions et demi de couples en France, selon une estimation moyenne. Ce qui doit faire, rapporté à la superficie du territoire, quelque chose comme cent mille couples (le double dans l'hypothèse haute) pour toute la Champignacie. Cela voudrait dire que toute la population de sturnidés champignacienne s'est regroupée dans ce seul village viticole. L'étourneau est aussi classé comme nuisible dans bien des départements, je pense que ce doit être le cas ici du fait du grand pouvoir des vignerons et des céréaliers dans la région... L'étourneau du nord de la Loire est aussi normalement un animal migrateur au contraire de celui du sud qui est nicheur, il est donc rare d'en voir autant durant la froide saison. On comprend donc le cri d'alarme d'un maire en détresse et pour cela on emploie les grands moyens de l'emphase.

D'abord, qui dit nuées d'oiseaux dit Hitchcock. C'est un cliché presque inévitable dans un tel cas. On aurait dit assassinat dans une douche, on aurait aussi dit Hitchcock. Et si l'on doit parler d'une intrigue à suspense vaguement policier ou d'espionnage, on dira également "à la Hitchcock". L'expression étant entendue comme un compliment pour exprimer une forme de perfection du genre. "À la Hitchcock" est un terme superlatif en soi. On pourrait en trouver de similaires dans d'autres genres : un humour à la Marx Brothers, de la magie à la Méliès, un salmigondis à la Marguerite Duras.

Vient ensuite le cauchemar, et surtout le vrai cauchemar. Un cauchemar simple ne saurait frapper suffisamment les esprits. Tout le monde a connu en rêve des cauchemars, certains ont vécu des drames qu'ils nomment alors cauchemars sans que ce soit totalement épouvantable. C'est une sorte de métaphore hyperbolique afin de souligner sa détresse. Mais le vrai cauchemar indique d'abord que cela se passe dans la vie réelle et non en rêve, ensuite que ce cauchemar est encore plus cauchemardesque que les autres cauchemars réels. Que ledit vrai cauchemar soit en fait les prédations et les déjections de la gent ailée importe peu, ce qui va se superposer à l'esprit du lecteur c'est l'image des bandes d'oiseaux du film The Birds qu'il a sûrement vu. Parce que le spectateur du film l'a vu comme un cauchemar permanent ou un film censé susciter de mauvais rêves. Les trois locutions (vrai, cauchemar, à la Hitchcock) s'enchaînent d'autant mieux que cela semble correspondre au sujet (une invasion d'oiseaux sur le territoire des humains), mais c'est plaqué sur une réalité que l'on tente d'adapter dans le texte en évoquant les centaines de milliers d'oiseaux qui doivent être nettement moins nombreux et surtout qui sont moins meurtriers que ceux du film. Pourtant, c'est cette image qui peut rester du titre et de l'illustration.

mercredi, 13 janvier 2010

เปลือก

- Les négociations auront intérêt à se dérouler dans la sérénité, sous peine de froisser les égaux. L'Union, 26 décembre.

- Il faudra qu'un successeur se fasse rapidement connaître pour reprendre les rennes de la présidence. L'Union, 28 décembre.

- Je suis enseignant à l'école élémentaire Eugène-Allanic depuis cinq anes. Ouest-France, 6 janvier.

- 2 maîtres-nageurs diplômés d'Etat organisent un stage de la nation pour les enfants de 5 à 12 ans. Le 97-6, 25 décembre.

- Parce qu'un voeu risque trop souvent de rester pieu, voici quelques conseils. Le Figaro, 2-3 janvier.

mardi, 12 janvier 2010

Renouvellement des chiens écrasés

J'ai appris avec consternation et indignation l'odieux attentat dont a été victime le malheureux compagnon à quatre pattes de mon collègue Guy Bedos (oui, on est confrères puisque l'on fait tous deux des revues de presse). Les journaux se sont tout de suite emparés de cette épouvantable tragédie qui concerne la France entière et ils ont eu parfaitement raison de dénoncer l'ignominie des assassins de ce paisible quadrupède pourtant profondément intégré à la réalité locale.

Le Post a bien compris qu'il était extrêmement important après cet atroce drame de la ruralité et de l'insularité terroristes réunies d'évoquer d'autres affaires non moins graves.
Le chien électrocuté.
Le chien explosé.
Le chien noyé.

On a évité le chien pendu, le chien empoisonné, le chien égorgé, le chien lapidé, le chien enterré vivant, le chien défenestré, le chien cloué à une porte de grange, et j'en passe. Les rédacteurs du Post n'ont pas trouvé suffisamment de faits-divers sur le même sujet dans la même journée. Il faut remarquer un fait : lorsque Le Post tient un thème, il cherche à le décliner de toutes les manières possibles durant plusieurs heures ou jours. Là, le thème était le chien maltraité et on a fouillé toutes les poubelles de la presse pour trouver des sujets voisins, parce qu'un pauvre petit toutou cela suscite l'apitoiement de bon nombre de personnes amies de certains animaux. La semaine prochaine, si le chat d'une autre célébrité est sauvagement assassiné par un chauffard alors qu'il pourchassait paisiblement un pigeon en bon chat qui se doit, ce sont des foules de félins qui fourniront la matière des articles. Puis on pourra décliner aussi avec le rat ou le varang d'une chanteuse gothique, si l'on veut.

On nomme rubrique des chiens écrasés les faits-divers sans grande importance pour le public. Le Post sait comment faire monter la sauce à partir de choses banales. Lorsqu'il est arrivé un accident dû à un molosse qui avait un peu trop taquiné les membres d'enfants en bas âge, il a tout de suite réagi en alignant une masse de faits-divers en quelques jours, tous sortis du néant, puis plus rien après. Comme si cela n'existait plus. Mais, pendant quelques jours, il a obtenu son lot de réactions de colère ou au contraire de défense. On va voir défiler toutes les occasions de mauvais traitements à animaux familiers ou NAC. Puis cela disparaîtra pour revenir plus tard. Cela marche par vagues. 

dimanche, 10 janvier 2010

La famille Cabu rafle tout !

Comment peut-on dire qu'Isabelle Monin, épouse Cabut, a été la créatrice ou la fondatrice de la Gueule ouverte ? C'est repris dans tous les recopiages de dépêches d'agence. Fournier ne livre que trois numéros de son journal, avant son décès prématuré, mais il en avait rédigé et dessiné presque l'entièreté et Isabelle Monin n'apparaît qu'ensuite dans ce journal ou dans Charlie-Hebdo. La Gueule ouverte, c'était l'oeuvre de Fournier d'abord, mort trop prématurément, et il a fallu qu'il lutte pendant un ou deux ans pour le faire admettre à Cavanna et Choron (cf "Ma véritable histoire d'Hara-Kiri hebdo" par DDT, disponible dans tous les anciens Siné-Hebdo). Elle est la mère de Mano Solo, soit, et c'est triste pour sa famille. Mais elle n'est pas du tout la mère de la Gueule ouverte qu'elle a reprise après la mort de Fournier, comme rédactrice en chef, et dont elle a prolongé la courte vie. Pourquoi éliminer le nom de Fournier ou l'histoire de ce journal dans une nécrologie ou pourquoi  attribuer à la mère de Mano Solo un rôle qui n'a jamais été le sien ? Que veut-on mettre en avant ? Et pourquoi ce recopiage servile partout ?

Des panégyriques non commandés

Tanathos est un étrange personnage dans l'univers de la cour des blogues. On ne sait ce qu'il lit, écoute ou voit, mais on le retrouve inévitablement dans chaque hommage au dernier défunt célèbre. Peu lui importent la vie et l'oeuvre du personnage, ni en quoi il comptait pour lui, il se doit de lui dresser des louanges et de lui tresser des couronnes de laurier. Ainsi se présente-t-il au chevet d'un grand commis de l'Etat à peine refroidi pour déclarer que même s'il ne partageait pas ses choix, c'était un grand homme qu'il estimait et qu'il s'agit d'une immense perte. Même s'il n'était pas de mon bord, j'estimais sa rigueur et sa vertu, déclare-t-il en récitant ce que toutes les gazettes ont pu écrire. Le lendemain, on le retrouvera près du lit d'un chanteur ou d'un acteur ayant reçu les derniers sacrements, et il entonnera de nouveau un éloge funèbre qu'il croit digne de Bossuet. Il se juge avisé lorsqu'il se précipite sur le premier mort venu, à condition que ce mort fasse les gorges chaudes de toute la cour des blogues. Il est d'autres morts dont il n'estime pas bon de parler, puisque leur nom ne dirait rien à quiconque et que maintenant on peut dignement les négliger. L'important, c'est qu'il s'agite de tout ce dont tout un chacun s'agite. Il va ainsi de cadavres en cadavres, comme pour se promener, répétant les mots convenus qu'il a lus dans les gazettes ou entendus dans les étranges lucarnes, et chacun de croire qu'il était un familier de celui qui est déjà en train de se décomposer sous les yeux de tous. Il rapporte parfois une anecdote pour rendre sa louange plus sincère et plus authentique, personne ne la comprend mais elle lui permet de manifester son lien personnel avec le disparu célèbre et ainsi de montrer combien il mérite d'être lu puisqu'il parle des sujets dont tout le monde est censé discuter. Puis, de fil en fil, on le retrouve à parcourir toutes les rubriques nécrologiques afin de trouver un mort célèbre sur lequel il pourrait écrire un dithyrambe afin de ne pas sombrer dans l'indifférence la plus complète.

[Je ne sais pas si je vais reprendre longtemps les Nouveaux Caractères, mais je les tente d'une autre manière, de façon plus générale. Je me suis abstenu pendant une période assez longue qui m'a permis de réfléchir.]

samedi, 09 janvier 2010

Camus, de nouveau trahi

Je découvre ce billet de l'avocat général près la cour d'appel de Paris :

Albert Camus a eu tort : il ne s'est jamais trompé. Pour un monde qui n'aime rien tant que les repentis, les anciens communistes recyclés, les gauchistes d'hier reconvertis, les nostalgiques encore frémissants de violence révolutionnaire et les manichéens fiers de l'être, Camus pâtit d'une tare indélébile.

J'ai un peu de mal à comprendre... Il faut croire que Philippe Bilger n'a lu aucune biographie du grand homme. Ancien communiste recyclé ? Camus l'a été ! Il l'est. Il a appartenu au Parti communiste algérien de mai 1935 à août 1937 (soit un peu avant et après le Front populaire), date à laquelle il fut exclu pour cause de son trop grand soutien dans Alger républicain et Oran républicain aux idées nationalistes des indigènes (comme on les nommait encore). Il faut dire que le Parti communiste algérien ne comprenait presque pas d'Arabes ou de Kabyles et qu'il n'avait rien contre les conditions de la colonisation, sauf celles des petits Blancs. Il faut dire aussi que le militantisme communiste de Camus fut fort discret et qu'il s'inscrivit dans les deux choses qui lui tenaient alors à coeur : le théâtre populaire et les reportages sur le terrain pour montrer la misère d'un peuple qui n'avait pas la nationalité française alors que l'Algérie était censée être la France. Il n'eut qu'un doux sourire en apprenant cette exclusion. On l'accusait alors de ne rien comprendre à la lutte de classes... Pas des mêmes classes que ses procureurs qui ne voyaient nullement l'intérêt de monter des pièces espagnoles anciennes et obscures ou de parler du salaire des travailleurs indigènes.  

Mais avant et après, Camus est resté très proche du mouvement anarchiste, au point de rendre visite au seul mouvement libertaire de Suède lors de la remise du Prix Nobel. Gauchiste, Camus l'était encore au moment de sa mort et ce serait une sorte de sage d'allure gaullienne que l'on voudrait nous vendre ! C'est une forme de retournement inattendu auquel on assiste, car si Camus condamnait le recours à la violence, à la peine de mort et aux luttes fratricides, cela voudrait donc dire qu'il n'aurait jamais été du côté de la révolte, mais bien de l'ordre établi. C'est pourtant bien un communiste libertaire que l'on tente d'incorporer tant bien que mal aux monuments de la Nation, tout simplement par l'effacement de tout ce qu'il aurait pu écrire qui ne serait pas dans l'ordre. Une figure lisse qui ne présente plus de questions. Un homme de droite, comme l'en accusaient ses détracteurs staliniens auxquels on donnera raison. Qu'elle est merveilleuse cette image de grand homme qu'il n'a jamais adoptée. Après le silence, la trahison.

Je suggère au divin président de faire entrer aussi dans le temple de la République bien d'autres auteurs anarchisants ou anarchistes. La panthéonisation d'Alfred Jarry ou d'Alphonse Allais, par exemple, me plairait fort. Et cela aurait autant de sens.

Petites corrections inaperçues

Il y a des changements dans le correcteur orthographique de Firefox. J'ai découvert cette semaine à la faveur de commentaires qu'il commençait à intégrer les capitales accentuées, j'ai ainsi écrit dans d'autres blogues les noms Épinal, États-Unis, Église, Étienne, et il m'a proposé la version exacte alors qu'auparavant il imposait la version en bas de casse pour état ou église, par exemple. On peut également écrire le e dans l'o ligaturés : Œuvres, œuvres

C'est un vrai progrès, mais il reste encore du travail à faire pour intégrer le c cédille capitale ou le a accentué capitale. Le premier devrait être aisé à obtenir puisque cela ne concerne presque qu'un mot, la forme abrégée de cela en tête de phrase. J'espère le voir cette année. Le second est plus compliqué, il s'agit aussi d'une question de syntaxe et de sémantique. Et ces changements impliquent l'augmentation d'un dictionnaire de base qui ne pourra jamais comprendre toutes les formes.

Je ne pense pas que l'option désactiver le correcteur orthographique soit très intelligente, même si on estime qu'il comporte des erreurs ou des lacunes. On raisonne toujours mieux à deux que tout seul et il vaut mieux avoir une autre lecture, même si c'est face à une machine. Ou sinon, on agit en robot de ses propres ignorances ou écritures à la volée.   

jeudi, 07 janvier 2010

Des métamorphoses judiciaires du trait d'union

Tout commence, semble-t-il, par un billet de Maître Eolas qui s'exprime ainsi.

“Il faut donc décider d’un moyen typographique de distinguer le nouveau nom de famille cumulé, intransmissible d’un bloc”, affirme notre patajuriste. Et puisque l’espace est prise, puisque le tiret est pris, la logique est donc de prendre… deux tirets.
Ainsi, Sganarelle s’appellera Sganarelle Pater—Mater.

Maître Eolas est fort compétent en droit et croit-il en typographie : il sait par exemple que le mot espace est féminin en typographie, il ne se prive pas de le faire remarquer aux ignorants qui ne l'aurait jamais remarqué. Le problème, c'est qu'il utilise un tiret cadratin à la place du double trait d'union et qu'il nomme ce signe comme un tiret (ce qu'il est par la force des choses, mais il n'est alors pas double).

Cela continue avec Pascale Robert-Diard dans un article du Monde et non sur son blogue.

Le double tiret est mort. La nouvelle de ce décès devrait être annoncée officiellement dans une circulaire de la chancellerie "dans les jours qui viennent", selon le porte-parole du ministère de la justice, Guillaume Didier.

Mais heureusement pour elle, elle ne donne pas d'exemples avec un tiret cadratin à la place du double trait d'union, comme Maître Eolas. Cela se poursuit dans Libération, par l'AFP et on a enfin l'explication du mystère.

"La solution du double tiret a été invalidée par le Conseil d'État et elle était parfois assez mal vécue par les familles", a indiqué le porte-parole du ministère de la Justice, Guillaume Didier, confirmant une information du journal Le Monde.

Le ministère de la Justice n'est pas capable de distinguer trait d'union et tiret cadratin ou semi-cadratin ! Il emploie un mot pour l'autre, comme l'immense majorité des Français et c'est repris tel quel d'abord. Pourtant, il y a une différence visuelle assez évidente entre Sganarelle Pater—Mater et Sganarelle Pater--Mater. Fort étrangement, ce sont les journalistes de l'AFP qui ont rectifié l'erreur de langage et surtout l'erreur typographique de Maître Eolas : il s'y connaissent mieux qu'en droit. Cependant, on peut douter des spécialistes du droit quand ils utilisent des mots approximatifs à la place des mots exacts et surtout des signes incorrects à la place des signes justes. Cela relativise grandement les jugements au sujet de la patajustice qui s'appuient sur la connaissance du genre du mot espace.

Du langage par signaux dans la majorité présidentielle

C'est Daniel Schneidermann qui avait attiré mon attention sur le nouveau grand cliché de la majorité présidentielle : l'envoi de signaux et surtout de signaux forts. A la veille de Noël, je n'avais pas cru bon de rebondir, mais j'avais bien conservé le sujet en notes pour un billet que voici.

Que trouvons-nous à l'origine de la fameuse signalétique ?

smoke.png

D'abord des signaux boursiers :

Ce signal relance le mouvement en direction de la résistance à 87.50 EUR, correspondant au sommet historique. TF1-LCI.
C'est donc à elles de donner le signal du changement. Le quota de boursiers n'est certainement pas une méthode brillante. Les Echos.
Mieux vaut un signal prix qu'un signal quantité. Cette théorie, bien argumentée dans le rapport Rocard, est classique et solide. Les Echos.
Le MACD est positif et supérieur à sa ligne de signal. Cette configuration confirme la bonne orientation du titre. TF1-LCI
L'analyse technique donne peu de signaux clairs à court terme. TF1-LCI.
Les indicateurs stochastiques ne donnent pas de signaux clairs pour les jours à venir. TF1-LCI.
Alors on aura les deux : une couche de signal-prix sur la couche de signaux-quantités déjà en place. Les Echos.
Ces prix devraient en principe donner les bons signaux pour que les investissements vers des systèmes moins carbonés se fassent au plus vite. Or on peut craindre que la financiarisation des marchés ne se traduise par des volatilités excessives qui brouillent les signaux économiques réels. Les Echos.

Ces phrases sont du pur charabia ne voulant strictement rien dire, comme il se doit dans des textes économiques, qui tiennent plus des sciences occultes du type astrologie ou chiromancie que d'une analyse un peu rationnelle. En économie financière, on pense de manière illogique et on raconte n'importe quoi pourvu que cela ait une apparence de sérieux. Il ne faut donc pas s'étonner ensuite de trouver un ministre de l'Intérieur racontant ainsi que le nombre de voitures brûlées lors des fêtes constitue un "signal positif" alors qu'il est plus important qu'il y a dix ans. C'est le langage des grandes écoles : "Il est exact que les grandes écoles, avec plus ou moins d'enthousiasme, ont commencé à donner des signaux positifs aux élèves moins favorisés par l'origine sociale." (Les Echos, toujours.) On ne pense pas en termes d'action, mais de signaux qui sont clairs, positifs ou forts (le langage est réduit à sa plus simple expression, le contenu du signal importe peu, tout est dans la tendance.)

Dans cet univers totalement clos, on ne s'exprime pas comme le reste de la population, on lui envoie des signaux parce qu'elle est loin, très loin. Et ce langage à part fournit ensuite celui des principaux journalistes politiques ou économiques du pays ou des fameux décideurs. Comme nous subissons une politique du chiffre à tout prix, il est normal de voir que la réalité sociale de ce pays soit traitée exactement comme une valeur boursière.

mercredi, 06 janvier 2010

Camus, de nouveau enterré

L'immense philosophe Bernard-Henri Lévy lance cette question au sujet de Camus : "Alors, philosophe pour classes terminales ? C'est la fâcheuse réputation qui poursuit Camus depuis, précisément, l'anathème jeté par Sartre et les sartriens."

Il ne dit pas qu'il reprend un titre d'essai de Jean-Jacques Brochier qui eut du succès un temps et qui est depuis oublié, sauf de ceux qui l'ont pris entre les dents et en gardent rancune, parce que l'on a connu pire. Pour nous prouver que Camus était un véritable philosophe, il écrit ensuite : "Et puis, secundo, une lecture, même cursive, de ses carnets, de ses notes, de telle lettre à Francine, ou à Brisville, ou à Claude de Fréminville, demandant l'envoi en urgence, à Lourmarin ou ailleurs, d'une édition de Hegel, ou de Spinoza, montre qu'il n'avait pas moins qu'un autre le souci d'en venir, toujours, aux textes mêmes."

Je tique à ce passage. Camus achète la magnagnerie de Lourmarin le 18 octobre 1958 et paye comptant avec l'argent du Nobel obtenu l'année précédente. Il décède le 4 janvier 1960. Il y séjourna moins de six mois parce qu'il était pris entre une série de représentations théâtrales, des festivals, des projets cinématographiques, des rencontres avec le Général ou Malraux, des invitations publiques à des conférences, des voyages en Italie ou aux Pays-Bas, et ses activités éditoriales chez Gallimard à Paris où il fait des allers et venues (on peut faire le détail si on veut du nombre de jours). C'est alors un homme public fort occupé et avec des revenants venus de toute part, qui se déplace énormément. Les livres de philosophie ne peuvent plus le suivre puisqu'il est déjà ailleurs. D'ailleurs, ils ne lui seraient d'aucune utilité : il veut finir son roman le plus personnel le Dernier Homme et adapter la Chute au cinéma. Le cinéma est son dernier désir et ce récit est aussi l'un des plus personnels.  Sa bibliothèque avait été déjà transférée à Lourmarin et à son âge il possédait déjà l'ensemble des textes philosophiques classiques, il n'avait plus besoin de les demander alors qu'il se trouverait dans un autre lieu le jour suivant, d'autant qu'il ne vivait pas au bout du monde et qu'il était à l'abri du besoin.

Que vient donc faire la référence "à Lourmarin ou ailleurs" ? Lourmarin, c'est le lieu de la tombe. Le philosophe dépoitraillé et à cheveux longs s'imagine que cela avait toujours été le séjour de Camus et il fait comme si Camus avait agi de la même manière qu'à d'autres époques de son existence. Mais Camus à Lourmarin a été peu présent, sauf depuis sa mort. Les ailleurs, le grand télésophe à chemise blanche ne peut les nommer au fil de sa lecture cursive : il ne reste que le symbole du lieu choisi. S'appuyer sur la dernière année de vie de Camus en ignorant tout de ce qu'elle était du strict point de vue historique, voilà le programme de celui qui est indigné par l'expression "philosophe pour classe terminale" et qui se sent visé par cette formule. Camus était un écrivain, ce que n'est pas l'histrion des concepts télégéniques. Il avait un sens de la rigueur et de la vérité qui ne se retrouve pas dans ce texte pro domo sua. On a affaire à une mythologie faite de bric et de broc avec un Camus éternel qui n'a jamais existé, mais qui permet de justifier l'existence de mauvaises tribunes du Monde pour le membre de son  prétendu conseil de surveillance. Lourmarin, c'est un symbole, ce n'est pas la vérité.  

Istiridye

- Benoît XVI a été jeté à terre par une femme manifestement déséquilibrée. Le Journal de Saône-et-Loire, 27 décembre.

- J'ai vu cette dame appuyée sur une cane. La Dépêche du Midi, 2 décembre.

- En sciant du doigt, il se mutile. Le Dauphiné libéré, 20 décembre.

Le mur du çon a été attribué à Nadine Morano qui fait décidément tout pour être classée hors-concours :

Demain, si je vais à Vichy, vous allez me parler de Pétain... Je n'ai pas à me justifier pour venir à Charmes [ville natale de Maurice Barrès]... C'est comme si on disait : "L'édit de Nantes a été signé à Versailles. Il a créé la guerre entre catholiques et protestants. On ne vient plus à Versailles." Vosges-Matin, 15 décembre.

Le Canard fait justement remarquer que l'édit de Nantes a été signé par Henri IV à... Nantes en 1598, comme l'indique son nom. Il met fin aux guerres de religion et ne les crée pas. Elles commencent officiellement par le massacre de Wassy en 1562. J'ajoute que le petit-fils d'Henri IV signe la révocation de cet édit à Fontainebleau en 1685*, que les persécutions reprennent alors, que le palais ou la ville de Versailles n'existaient pas sous Henri IV : c'était un simple petit village dont il ne reste rien et il y a un siècle d'écart entre les deux événements. Il existe bien un édit de Versailles, signé en 1787 par Louis XVI, mettant un terme aux persécutions de protestants. Et c'est ce genre de personnes ignorantes de l'histoire de France qui prétend débattre de l'identité nationale !

*Louis XIV a aménagé officiellement à Versailles en 1682 lors de l'achèvement de la Petite et de la Grande Ecurie, mais la cour est encore itinérante, parce que les constructions ne sont pas toutes achevées : l'église Notre-Dame commence seulement à être construite.

lundi, 04 janvier 2010

Décryptage de décryptages

J'avoue que le mot décryptage m'insupporte particulièrement. Il est apparu en 95 lorsque l'émission Arrêt sur images a été diffusée. Il s'est diffusé ensuite dans le reste de la presse, et on le trouve comme titre de rubrique du Monde, de Libé ou de Rue 89. C'est profondément crispant ! Même l'Oignon qui n'est pas suspect de boboïsme parisien se fend d'une cinquantaine de rubriques décryptage. Donc tout le monde journalistique décrypte, comme si on n'avait pas pu comprendre par soi-même ce qui était dit ou écrit. Il y aurait une volonté caché des autres journalistes et les vrais journalistes nous la diraient. On accumule alors les Vrai-Faux, Intox-Désintox auxquels il faut croire. Et on est priés de croire la vérité décryptée puisque l'on a levé le mystère.

Que l'on pense par soi-même et que l'on cherche les réponses sans les demander toutes faites, c'est une chose qui n'effleure pas l'esprit des responsables de cette titraille idiote. Décrypter est devenu le mot d'ordre même si les réponses sont fausses en définitive. On fait croire qu'il y aurait une vérité secrète que seul le journal pourrait révéler et que le lecteur n'aurait jamais pu comprendre sans lui. On décrypte et on encrypte aussi pour faire valoir le statut du média.

Pourquoi les titres des articles du Post sont-ils tous interrogatifs ?

Voici quelques titres d'articles.

Grippe A: trop de vaccins commandés, faisant des labos "les grands vainqueurs" ?
Campagne de vaccination contre la grippe A : combien cela va-t-il nous coûter tout ça ?
Disparition de Francesca, 10 mois : Pourquoi ? Comment ? On ne sait pas.
Hadopi est officiellement née : qui osera porter plainte contre ce texte ?
Le No Sarkozy Day aura-t-il finalement lieu ?
Eric Zemmour sur RTL : que pensez-vous de sa première chronique ?
Fourgon bancaire attaqué près d'Aubagne : 6 millions d'euros volés ? 
Que disent ces pâtes alors qu'une enquête va être menée en Italie sur leur prix ?
J-2 avant les soldes : faites-vous des repérages ?
Google Nexus One, et si c'était lui qui allait nous faire publier [sic] l'iPhone ?
Berlusconi bientôt en duo avec Carla ?
Pour 2012, Fabius vote DSK ou Aubry, et vous ?
Une semaine d'actu sur Le Post, qu'en pensez-vous ?

On aura reconnu le style inimitable du Post.fr, le grand site poubelle du quotidien français de référence. Comment reconnaître un article du Post.fr entre tous à la seule vue de son titre ? C'est fort simple : il se termine le plus souvent par un point d'interrogation. Pourquoi ? Le Petit Champignacien n'hésite pas à vous le dévoiler.

Il existe deux grandes écoles de titres journalistiques : les informatifs et factuels du modèle des Echos ou de la Tribune, les incitatifs et accrocheurs du modèle de Libé ou Charlie-Hebdo (je laisse de côté les titres militants parce que c'est un cas particulier). Souvent, c'est un peu plus mélangé dans la presse généraliste et il est à présent difficile de ranger un titre dans une catégorie plutôt que dans une autre. Le titre incitatif est censé nous donner envie de voir le texte complet puisque nous avons été surpris, le titre informatif doit nous apporter l'essentiel du contenu et on voit ensuite les détails. Mais Le Post.fr a inventé une formule de titraille originale : le titre qui sert de relance au lecteur pour qu'il aille non seulement lire le texte, mais aussi participer à son élaboration.

Cela commence d'abord par un faux mystère ou un prétendu scandale. Même si l'information est sûre, il faut que le lecteur se pose des questions et on invente des doutes afin qu'il ouvre la page. Ensuite, on lui demande son avis, même s'il n'en avait aucun sur un sujet dont il ignorait tout la minute précédente. Il faut susciter sa réaction afin d'engendrer ensuite d'autres articles qui serviront de récapitulatifs en reprenant ses propos. Pour cela, on est dans un mode de communication plus proche des émisssions de radio avec standard téléphonique ouvert en permanence que de la presse écrite. D'où la forme interrogative récurrente. C'est en fait plus proche de l'oral que pour les autres sites participatifs qui ont des titres calqués sur ceux de la presse écrite. Les rédacteurs sont dans la relance permanente de leurs lecteurs-publieurs, comme un animateur radio face à ses auditeurs dans une libre antenne, et le site est plus un média chaud qu'un autre par ce trait stylistique. Le procédé est assez grossier, mais il fonctionne efficacement.  

Je suis pour !

Je reçois cette demande de Mariah-Samanthah qui prépare pour la quatrième fois son bac STG.

Au secours, cher comte adoré, mon tyrannique prof de français nous demande de commenter un texte délirant dans le cadre Sarkozysme et Sardouïsme auquel je ne comprends rien. Expliquez-le moi pour que je ne me ramasse pas aux partiels.

Tu as volé mon enfant,
Versé le sang de mon sang.
Aucun Dieu ne m'apaisera.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Notons qu'il n'y a ici aucune référence chrétienne ou d'une religion du livre, puisque l'invocation est à "aucun Dieu", ce qui veut dire que la religion est en fait païenne à la base. On est dans le système des sacrifices rituels païens et dans les mythes barbares.

Tu m'as retiré du cœoeur
Et la pitié et la peur.
Tu n'as plus besoin d'avocat.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Bien entendu, il est inutile de demander la moindre défense et le faire serait la preuve d'une grande félonie. Que la phrase "tu m'a retiré du coeur et la pitié et la peur"n'ait strictement aucun sens importe peu. C'est l'impression qui domine.

Tu as tué l'enfant d'un amour.
Je veux ta mort.
Je suis pour.

De quel amour cela peut-il être l'enfant ? on ne le saura jamais. L'important, c'est de vouloir la mort de l'autre avant tout. Et l'amour on s'en fiche !

Les bons jurés qui s'accommodent
Des règles prévues par le code
Ne pourront jamais t'écouter,
Pas même un christ à tes côtés.

Je me demande ce que vient faire le Christ aux côtés d'un criminel. Normalement, la présence du Christ est une preuve d'innocence et on devrait s'incliner devant lui, mais le païen Sardou nous dit qu'il ne reconnaît aucune des valeurs chrétiennes et aucune des règles sociales que nous avons établies depuis des siècles.  

Les philosophes, les imbéciles,
Parc'que ton père était débile,
Te pardonneront mais pas moi.
J'aurai ta tête en haut d'un mât.

Philosophes et imbéciles sont réunis dans une seule locution. C'est magnifique et superbe ! Et ils sont en plus débiles, puisqu'ils ont l'audace de penser ! Cela mérite de les décapiter avant de les pendre à la haute vergue ! Quelle profondeur de pensée... 

Tu as volé mon enfant,
Versé le sang de mon sang.
Aucun Dieu ne m'apaisera.
J'aurai ta peau. Tu périras.
C'est trop facile et trop beau.

Quel enfant ? On ne saura jamais rien. Il est totalement imaginaire, tout comme le Dieu invoqué. Nous sommes dans le fantasme pur et dans l'affabulation. Mais chacun peut participer à cet appel au meurtre s'il croit à ce qui est dit. Et je me demande au nom de quel dieu pourrait-on demander la mort de quelqu'un ? Parce que si par hasard il y a un dieu, il n'aurait jamais voulu que nous nous égorgions les uns les autres.

Tu es au chaud.
Tu peux prier qui tu voudras.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Mais qu'est-ce que donc ce message de haine totale et complète ? Contre qui et contre quoi ? Est-ce un musulman dont on ne dirait pas explicitement le nom ? Un juif dont le nom serait aussi soigneusement tu ? Qui est donc ce "tu" imaginaire ? 

dimanche, 03 janvier 2010

Chick Bill

Tibet est mort et j'avoue que c'est un très grand soulagement pour la BD franco-belge, j'ai repris des nouilles deux fois en entendant la nouvelle. J'espère que l'on ne reprendra surtout pas ses séries afin de prolonger plus longtemps le coma qui était le leur ! Il y avait cinquante ans qu'il nous abreuvait de mauvaises collections mal dessinées sur des scénarios imbéciles. Mais ce qui m'interroge est alors ce passage du Monde :

"Outre le cow-boy Chick Bill, ce western destiné au très jeune public met en scène l'Indien Petit Caniche, le shérif Dog Bull et son souffre douleur Kid Ordinn, des personnages à tête d'animaux dans le style de Disney".

Le seul problème, c'est que cela n'existe en fait que dans les trois premiers épisodes (le troisième servant de transition avec des personnages plus anthropomorphiques ou humains), et après les personnages sont seulement humains. Puis on a des dizaines d'aventures avec des personnages humains, toutes plus identiques les unes que les autres, sans jamais la moindre once d'originalité. Mais quand on connaît le nom du spécialiste en BD du Monde, on ne peut guère s'étonner de telles sottises.    

Pour des années sans

Une nouvelle année commence et à côté des journées officielles s'installent des jours sans.

Cela a commencé doucement de manière officielle il y a plus de vingt ans par la journée sans tabac, puis il y a eu la journée sans voiture tout aussi officielle. De manière plus publicitaire par un écrivain en mal de notoriété, on a eu le jour sans portable il y a dix ans. La journée sans télé, sans pub, sans viande, sans Internet, sans achats, sans e-mail, sans chat [plus le clavardage que les minous qui déplaisent au Capitaine], sans immigrés, sans fourrure, sans emballage [un truc de la Fondation Nicolas Hulot], sans électricité ont suivi. Maintenant, il y a même deux journées sans Nicolas Sarkozy concurrentes à des dates différentes et avec des noms différents, l'un anglais, l'autre français !

Parfois, c'est pour dissuader de rentrer trop dans la société de consommation et d'addiction, d'autres fois c'est pour signaler le manque que cela causerait (la journée sans immigrés) et dans le cas des journées sans Sarkozy, elles ont la vertu de mettre son nom partout deux fois plutôt qu'une, parce que les campagnes sont en fait des années complètes avec notre divin président sur les blogues qui le refusent. Les "journées sans" sont extrêmement ambiguës dans leur formulation.

On peut imaginer les autres "journées sans" possibles comme celle-ci :

la journée sans idioties (Nadine Morano, Frédéric Lefebvre, Dominique Paillé, Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler, Claude Allègre, Maxime Gremetz, Jacques Séguéla, Georges Frèche, Jacques Attali, Bernard Laporte, Nicolas Hulot, André Glucksmann, Romain Goupil, Michel Rocard, Henri Guaino, Daniel Cohn-Bendit, Johnny Hallyday, Steevie, Geneviève de Fontenay, Yann-Arthus Bertrand, Didier Barbelivien, Bigard et bien d'autres comiques sont interdits de médias).

Et si cela pouvait se prolonger une année, je n'y verrais aucun inconvénient. Enfin de vraies vacances ! Oui, à des années sans ! Ne lésinons surtout pas. Il faut au moins une année de diète sinon cela n'a aucun effet.

Inventaire 2009 (2)

Le second semestre de mon blogue ressemble un peu au premier, mais en plus étrange et agité. Je n'ai plus eu de demandes au sujet de saint Nicolas ou des bredele en décembre, mais il suffirait que j'écrive de nouveau à ce sujet pour qu'il y ait de nouveau des requêtes.

Polémiques :

bobo 5,15% en juillet (kduc s'acharne pour trouver des traces de boboïsme chez moi), cela représente quelque chose comme 3 000 pages vues ce mois après toutes ses recherches les mois précédents et je me demande ce qui me vaut cet honneur. Il tenait pourtant tellement à m'étiqueter comme bobo...

Le Post : cela fait partie des choses habituelles depuis que j'ai sorti l'artillerie lourde contre ce pseudo-journal. Je peux ne plus écrire au sujet de ce machin, cela me poursuivra toujours et au fond je m'en moque.

Hervé Chabaud : il était prévisible que le grand éditorialiste de l'Oignon et sa famille se rendent sur le site du Champignacien, mais en fait ils sont restés peu de temps et n'ont pas cru bon de poursuivre puisque je ne fais pas de fixette sur le superbe historien. J'ai juste reçu un message comminatoire de la sœur Chabaud à laquelle j'ai répondu sèchement, cela s'est arrêté là et c'est tant mieux. Mais on pourra retrouver du Hervé Chabaud quand il sortira une nouvelle énormité, ce qui ne saurait tarder.

Pelleton : je me dispute depuis dix ans avec Bruno Guiblet qui publie dans Usenet sous le nom de Pelleton et il a fallu qu'il cherche les mentions de son pseudo alors que je n'ai jamais fait allusion à lui dans mon blogue sous quelque forme que ce soit. Il y a une forme de sottise qui m'étonnera toujours.

Thélès : là, c'est une polémique plus justifiée à laquelle j'ai participé avec Irène Delse contre une maison d'édition aux conditions plus que spéciales. Les responsables de cette maison sont venus inspecter mon blogue pour voir s'il n'y avait pas matière à délit étant donné que je les mettais en cause à la suite d'Irène.

Le français comme il se fait
infirmer confirmer, antéchronologique ou antichronologique,

Expressions :

quand même, avoir vocation à, vocation à, boire comme un polonais, saoul comme un polonais [je me demande ce que tous ces Polonais viennent faire ici], calcaire et expression, coup de calcaire, expressions : querelles d'Allemands [au moins c'est clair et précis], farpaitement, bon courage, flambant neufs, la nostalgie du passé, communication phatique, argot se calculer, groseille, expression bon courage [c'est bien de demander d'abord l'expression]

Mots rares :

rastaquouère, achodronplasie, displopie, paidophile, apophétie, metteure en scène

Francophonie :

insulte belge [c'est une manie ! il n'y aurait d'insulte que belge...], deuxième langue au monde [c'est mal parti pour le français], dictionnaire de rimes Belgique [pourquoi des rimes belges, je ne comprends pas], compléments circonstanciels

Langues étrangères :

clavier arabe, Google arabe, clavier arab, Maxime Gorki caractères russes, insultes néerlandais [cela change des belges !]

Citations culturelles obscures :
les désanimé, copie de la boîte de 1914-34, le garçon à la pomme, Heuvath, exance, tableau Vermeer, Léon Gambetta fautes de grammaire

Choses étranges :

bibelot kitsch, cerveau reptilien [cela vient du fait que j'ai cité la chanteuse aphone qui vantait les cinq ou six cerveaux de monmari], titit, ampoules [parce que j'ai sans doute parlé du recyclage des ampoules], slogans électoraux,

Noms de marques :

Roux et Combaluzier, Banania [j'ai du Banania un mois sur deux depuis que j'en ai parlé], beaujolais nouveau [comme de bien entendu, cela date de novembre]

Littérature :

le conte de Barbe Bleu [sic], Bob et Bobette chants, Monsieur Choc, Traduit de la Nuit, Comprenne qui pourra Eluard, les Armes miraculeuses, la Chouette aveugle extrait, créer acrostiches Bible

Grandes questions intellectuelles :
infractus du myocarde peu t il prendre l avion, vidéo de l'émission d&co de Valéry [sic] Damidot,
Anastasie conte enfant, jus citron yeux, grammaire historique, mysmo, tableau+profondeur, tatouage plume

Personnages et lieux célèbres :

Debouze, Aglaé et Sidonie, Alcanter de Brahm, Nicolas Demeurant [sic !], Russier [allusion à Gabrielle], Tarnac, Brunehaut [mais que vient-elle fiche dans mon blougue, je me le demande toujours]



samedi, 02 janvier 2010

Le mystère de la septième bière trappiste

Voici un sujet qui m'a été suggéré à l'insu de son plein gré par mon honorable correspondant bruxellois Stéphane De Becker, spécialiste en Orval, zwanze et Pléiade. Il m'apprend que la Libre a repris un texte de Libé. Je ne remue pas plus un sourcil que cela, mais je me penche sur l'article et je découvre alors ceci :

Des bières trappistes, la Belgique en a pourtant à revendre. On connaît la Chimay à étiquette bleue, blanche ou rouge ou l’Orval ou les Rochefort 6, 8 ou 12 que l’on trouve dans les bons supermarchés. Seules six abbayes belges et hollandaises ont autorité dans la fabrication de ces élixirs.

Hop là ! comme dirait Papa Talon. Mon sang belgophile (on est Belges jusqu'aux bords de la Seine et jusqu'au Rhin, César dixit) ne fait qu'un bond. Comment ? Six abbayes trappistes belges dont au moins une néerlandaise ? Je compte. Westmalle, Westvleteren, Achel (côté flamand), Chimay, Orval, Rochefort (côté wallon), cela fait bien six. Toutes en Belgique. Où est le problème ?

Il est du côté de l'abbaye trappiste située dans le Brabant néerlandais. La marque La Trappe de l'abbaye d'Onze-Lieve-Vrouw van Koningshoeve qui a été longtemps le sujet de disputes judiciaires. Elle peut se targuer à nouveau d'être une authentique bière trappiste, mais les autres moines trappistes en Belgique ne parlent que des six abbayes, toutes belges. La septième est le canard boîteux de la bande. Donc, oui les bières trappistes se font aussi aux Pays-Bas, mais non il n'y a que six abbayes trappistes pour faire de la bière. Ces Belges me semblent un peu Normands sur les bords.

Ben voyons ! Il faut pouvoir à la fois se garantir d'une origine plus flamande (on avance le fait qu'il y aurait une trappiste néerlandaise), puis on se réfugie dans sa belgitude (il n'y a que six abbayes trappistes, toutes belges), et bizarrement les noms des trois bières que l'on retrouve dans tous les supermarchés sont seulement les noms des trois bières issues d'abbayes wallonnes et pas ceux d'abbayes flamandes. Comme s'il y avait un discours flamingant derrière. Or ce discours ne dit pas ce qu'est la fameuse septième bière trappiste : une production industrielle qui a le droit d'étiqueter authentiquement trappiste sur ses bouteilles, mais qui n'est pas reconnue comme telle par les autres trappistes qui ne se comptent que par six. Et le brave grand reporter de Libé avale tout cela parce qu'il est venu sur les lieux de la meilleure bière du monde. Mais pas du meilleur baratin publicitaire à connotation ethnique.

Inventaire 2009 (1)

C'est la nouvelle année et voici le moment des inventaires avant soldes. Pour un blogue, cela consiste d'abord en statistiques et j'avoue que c'est proprement ennuyeux alors. Je préfère donner les mots clés les plus recherchés, parce qu'ils peuvent dire quelque chose. Mais attention ! Comme 80 % du trafic de ce blogue est direct (agrégateurs, favoris), cela n'a pas une grande signification pour déterminer le profil des lecteurs les plus réguliers, il s'agit alors de gens venus là par hasard et qui pour beaucoup ne sont jamais revenus.

Comme c'est un peu fastidieux, j'ai préféré livrer ce relevé en deux temps, voici donc seulement le premier semestre. J'ai aussi éliminé les mots clés qui renvoyaient directement au blogue. Les mots ou expressions se révèlent presque toujours pertinents : j'ai traité chacun de ces sujets, parfois sérieusement, d'autres fois non. Mais presque tous les mots sont présents dans au moins un billet ou un titre. Ce qui m'étonne, c'est la diversité des sujets, mais c'est un peu le reflet de ce qu'est mon blogue : une sorte de grand foutoir où l'on trouve des choses à la fois profondes et légères, miraculeusement sans liens directs avec l'actualité la plus immédiate. J'ai éliminé les doublons et j'ai procédé à une sorte de regroupement un peu arbitraire. Les capitales sont de mon fait.

Expressions :

quand même, ahem, battre froid, saoul comme un Polonais, sodomiser les diptères, défense de trépasser, doh, avoir vocation à, farpaitement,

Mots rares :
rastaquouère, le petit de buffle, enfreinte, alphabète, polisser, achodronplasie, baptistaire, cagade

Noms de marques :

Banania, Red Bull, tartiflette, Roux-Combaluzier, Vosgiflette, chanson y'a bon Banania, réglisse américain

Francophonie :

Québec, insulte belge, verbs irréguliers en française, dilf exemple exercice, accord du participe avec le verbe avoir, si conditionnel, dédier substantif [???]

Langues étrangères :

prononcer limerick, langues en voie de disparition, clavé [sic] arabe, clavier arabe

Littérature :

les Armes miraculeuses, papa coud maman brode, petit poème d'amour en français, la Sigale [sic] et

la Fourmi, Salut Galarneau, Traduit de la nuit, bd lexique, la Chouette aveugle, Caen ville au cent cloché [sic], Enlace moi que je renaisse Mahmoud Darwich

Polémique :

Leftblog, Agora Vox, Le Post, kduc, bobo, Vendredi, Gilles Borck

J'avoue que je me suis lancé dans des guéguerres tout azimut, contre le journalisme citoyen d'Agora Vox, contre la wikiomanie des Leftblogs, contre le contenu poubelle du Post, contre la manipulation des textes par Vendredi et je constate que certaines personnes recherchent aussi leur nom ou leur pseudo sur ce blogue afin de savoir si je dis du mal d'elles et comment. Gilles Borck est par exemple un petit élu UMP que j'ai cité une seule fois par hasard dans un relevé d'article de l'Oignon à cause de la guéguerre intra-umpienne rémoise, mais il doit veiller à son e-réputation.

Fêtes :

oeufs de, chocolat, oeufs de paqu, cloches

Cela correspond au mois de mars, j'ai toujours de telles demandes à cette période et décembre ressemble à mars.

Sémantique :

slogans électoraux, origine du mot frichti

Personnages célèbres :

Barraton, Alain Rey, Vasarély, Brunehaut, Aglaé et Sidonie, Alcanter de Brahm

Histoire :

l'histoire des avions

Incompréhensible :
titit, caniche, mysmo, shih tzu, maladie de Sharko, beurette en mal de sexe

Régionalismes : empierger, Michel Tamine le parle [sic] de Champagne, expressions lorraines


vendredi, 01 janvier 2010

Nouvelles Lettres persanes VII

De Rica à Usbek, à Alep

Bien cher Usbek, il n'est pas de jour sans que je sois assailli par des Français qui me demandent ce qui se passe en ce moment dans mon pays. Comment le saurais-je au juste mieux qu'eux, puisque je ne vois que ce qui se trouve dans les étranges lucarnes européennes et les gazettes ? Je leur répondais alors qu'ils disposaient d'une presse libre de toute pression politique, honnête envers ses lecteurs et indépendante des pouvoirs d'argent pour leur rapporter les faits tels qu'elle les constate. L'on me répliquait alors que ce n'était pas suffisant, que l'on ignorait la vérité puisque la presse persane est notoirement aux ordres du régime quand les journalistes ne sont pas arrêtés. Je me suis étonné : les journalistes français dépendraient-ils d'abord de la presse persane ? N'y aurait-il donc pas des envoyés extraordinaires ou des correspondants locaux ? Ne feraient-ils pas leur travail, quitte à être arrêtés pour espionnage, condamnés, puis renvoyés après maintes négociations chez le Grand Satan ? Si eux ne prenaient pas de risques pour informer le reste du monde, que ne risquerait donc pas un Persan qui tenterait de sortir des images de son pays ?

Bien plus surprenant, quelques publicistes français m'ont déclaré qu'ils étaient heureux d'assister enfin à une révolution en direct grâce à la messagerie de petits bleus Twitter. Ce service aurait permis de rassembler des foules de centaines de milliers de personnes aux quatre coins du pays et même faire se soulever les campagnes. Je me suis étonné, Twitter ne compte guère que dix mille abonnés en Perse, dont seulement un sur dix se révèle vraiment actif. Mais pas du tout ! me rétorquait-on, vous n'y connaissez rien, il y a trop longtemps que vous êtes sorti de Perse et vous n'avez plus de contact avec votre pays ! Tout est parti de Twitter afin de lancer les mots d'ordre et c'est extraordinaire de voir la première révolution deux point zéro. Il semble que les Français aiment beaucoup les révolutions, c'est l'un des peuples les plus révolutionnaires de la Terre, ils aiment et célèbrent leurs révolutions passées car ils en ont fait beaucoup afin de passer le temps et susciter la sympathie des autres peuples, ils aiment et soutiennent maintenant les révolutions des autres pour lesquelles ils trouvent des noms fort poétiques, bref, la révolution est une sorte de distraction comme une autre surtout quand elle se passe chez les autres. L'on m'a cité alors des exemples de messages écrits en anglais par des gens établis en Grande-Bretagne comme des preuves de la mobilisation par Twitter des foules populaires persanes qui ne parlent le plus souvent que le persan, l'arabe, l'azéri, le kurde. Comme je formulais de plus en plus de doutes sur la qualité de Persan des auteurs, on m'a accusé de ne pas être moi-même vraiment persan, car sinon j'aurais été capable de montrer moi aussi quelques minuscules billets ou des gravures figées et animées venues de Perse.

Dans un salon de la bonne société, chacun m'assiège et me demande des nouvelles de Perse que j'aurais reçues par le réseau des réseaux. J'explique alors que les communications ont été momentanément coupées, qu'elles sont souvent soumises au bureau de la censure. Ah ! ah ! s'exclame-t-on, nous en étions sûrs, c'est à cela que l'on reconnaît les dictatures, il serait grand temps que l'on vous libère. Chacun de s'enthousiasmer et de crier mort à la tyrannie, écrasons l'infâme et vive la liberté ! L'un de ces beaux esprits à la longue mèche noire et à la chemise blanche largement déboutonnée se propose de lever une brigade internationale de libérateurs à la seule condition d'avoir avec lui une équipe des étranges lucarnes pour le suivre lorsqu'il pose en treillis ou avec une veste reporter multipoche, et je me demande pourquoi il ne figure pas plus souvent dans les catalogues de vêtements. Un philosophe qui ne parle jamais qu'en citant un livre à la main, le directeur d'une station publique de boîtes parlantes, un marchand de réclames, une sous-vizirette aux robes de mauvais goût s'écrient en chœur : à bas toutes les censures ! jouissons sans entrave ! sous les pavés la plage ! L'ancien directeur d'une gazette du soir s'enthousiasme et déboutonne son costume trois-pîèces : nous sommes tous Persans ! Il est prêt à offrir son corps, pourvu que cela se passe à des milliers de lieues. Chacun d'affirmer sa solidarité la plus entière avec le peuple persan opprimé L'on m'assure alors que je dois m'estimer bien heureux de résider dans le berceau de la démocratie et le pays des droits de l'homme. Comme j'évoque la situation de quelques compatriotes dont le firman a été refusé par le vizir des dimmis et de la révolution nationale, qui seront renvoyés dans leur pays où ils risquent la mort, je sens un très grand froid de la part de mes interlocuteurs qui ne comprennent pas mon manque d'enthousiasme et de patriotisme, alors que je devrais agir en bon persan.

Serais-je donc un terroriste si je ne les félicitais pas de leurs choix judicieux à notre place ? Le directeur barbichu d'une autre gazette rompt le silence en déclarant que ce n'est pas grave, il suffira aux Persans s'ils sont en danger de le contacter par le biais de son compte Twitter dont il donne l'adresse et tout s'arrangera comme dans le meilleur des mondes possibles. Cela permettra alors de lancer une grande mobilisation et ainsi l'on démontrera l'utilité des outils deux point zéro. Je sors très vite et je tombe dans le couloir sur deux autres philosophes, père et fils, le premier recouvert déjà d'un casque de cheveux et ressemblant à la grande chanteuse locale Mireille Mathieu, ils m'assaillent de questions dont ils donnent la réponse aussitôt et me demandent si je suis prêt à mourir pour la Përse et donc pour la liberté et pourquoi je ne suis pas encore mort, aurais-je quelque chose à me reprocher ? Je balutie quelques mots pour dire que je suis retenu ailleurs et je me retrouve dans l'escalier face à un hippopotame que l'ascenseur avait refusé de monter à cause du poids : Alexandre Adler ! Comme il occupe toute la largeur de l'escalier, je ne peux que l'écouter et si je n'avais pas reflué vers l'ascenseur il était prêt à me convaincre que j'étais un espion soviétique et maoïste. Il me lance alors qu'il saura bien me retrouver sur Twitter et dira aux autres Persans que je ne suis pas un vrai patriote. Que de gens bienveillants pour notre pays, que de lumières voulant le guider et quelle admirable logique pour réclamer plus de liberté pour la Toile iranienne quand en France établir on songe à établir les mêmes usages qu'en Perse pour la Toile. Vraiment, nous sommes tous frères et il est si bon que le monde soit uni dans une compréhension universelle.

A Paris, le 6 de la lune de Chalval

Nouvelle année, nouveaux mots

Pour la nouvelle année, quoi de mieux que de nouveaux mots ? Je vous en propose sept, tous fort logiques et avec les références qui conviennent.

  • Insavoir. 1re attest. « Je tiens à insavoir ce que ce Mitterrand peut manigancer. » Charles de Gaulle, Mémoires secrets, s. d. et non communicable. Dérivé : « à l'insu de qq'un ».

  • Imboire. « Le comte de Charmes était quelqu'un de proprement à imboire. » Saint-Simon, Notes additionnelles inédites au journal de Dangeau, éd. crit. de Michel Delon. Mercure de France, 2010. Dérivé : « qq'un imbu de sa personne ».

  • Infoutre. « Le vidame de C*** n'était pas du genre à infoutre de quelque part qu'on le prît. » Marquis de Sade, Des vertus du vice, 1787, Jean-Jacques Pauvert 2010 avec une préface d'Annie Le Brun. Dérivé : « qq'un d'infoutu de faire qqch. »

  • Inouïr. « Savez-vous ce que j'ai pu inouïr de purpurescence ! » Arthur Rimbaud, la Quête du Snark, fragment retrouvé au dos d'un bordereau de commande d'outils agricoles à Aden par Jean-Jacques Lefèvre et annoté par André Guyaux, préf. d'Alain Borer. s.d. [300 p. dont 299 de critique du texte, tirage limité et numéroté à 50 ex. dont 10 en Japon, 10 en Lafuma doré à la tranche et 10 en crème satinée par héliogravure.] Dérivé : « qqch. d'inouï »

  • Innaître. « Pour les gens de ma qualité et de mon espèce, il suffit d'innaître afin de témoigner du génie national français et de la profondeur de ses racines. » Maurice Barrès, Correspondance avec Charles Déroulède, circa 1889. Publication prochaine dans la Revue des Deux Mondes. Dérivé : « qqch d'inné ».

  • Ingénuer : « La jouvencelle s'amusoit à s'ingénuer plus qu'il ne falloit pour parfaire son rôle. » Crébillon fils, Des dangers du voile dans les couvents, 1753, Amsterdam, chez Desiderius Erasmus Roterodamus libraire. Dérivé : « qq'un d'ingénu ».

  • Incréer : « La Poësie n'est pas la diplomatie ! Il n'est nul besoin de l'incréer puisqu'elle est déjà devant nous grâce à l'Eternel et au Maréchal dont nous suivons fidèlement les pas de manière vaillante. » Paul Claudel, Correspondance inédite avec Alexandre Jardin 1943, Cahiers des amis de la tombe de l'île d'Yeu, n° 14-18. Dérivé : « qq'un d'incréé ».


jeudi, 31 décembre 2009

Sur les chemins aux sentiers qui bifurquent

Une chose amusante lorsque l'on ne dispose pas de son propre ordinateur hors de chez soi, c'est de découvrir certaines ressources que vous auriez négligées chez vous. Ainsi de la saisie semi-automatique dans Google. On cherche un blogue, on commence à taper son nom dans la fenêtre et des suggestions s'affichent par un menu déroulant. Or, ces propositions viennent des résultats de la base de données de Google Trends : plus une série de caractères a été demandée auparavant, plus elle sera aisément mise en avant. Je parle de chaîne de caractères et non pas de mots, de noms, de locutions ou de phrases, parce que cela peut ne pas être quelque de sémantiquement ou syntaxiquement fondé. Parfois, il suffit de deux lettres pour qu'une suggestion soit offerte, la séquence Tw- me donne le choix entre tous les Twitter et tous les Twilight, mais non les nombres twelve ou twenty que l'on aurait pu croire plus fréquents. Ils sont juste moins demandés dans cet enchaînement (Twenty year girl devrait pourtant bien fonctionner, mais il faut sans doute écrire twenty en entier pour qu'un nouvel embranchement se crée). Parfois, c'est au bout d'un seul mot ou deux que la machine devine ce que vous auriez pu écrire et qui est en réalité ce que les autres ont écrit. L'algorithme peut se révéler totalement muet, ou bien se déchaîner presque à chaque mot si vous écrivez une phrase. C'est un outil fort capricieux. 

J'avoue que chez moi, je déteste la saisie semi-automatique qui me transformerait en une sorte de robot de ma machine avec des phrases ou des mots déjà enregistrés. En outre, cela a le don de briser tout élan de la phrase lorsque l'on tape un texte ou toute démarche volontaire lors d'une requête. Néanmoins, si on l'applique aux noms de certains blogues et sites participatifs un peu longs ou complexes, on a des surprises. Voici donc ce que je trouve en cherchant certains d'entre eux. Le vrai nom du blogue ou du site a été volontairement effacé. C'est à vous de retrouver le nom caché, c'est souvent facile.

Vous voyez  tout est bien  South Park  la page au lieu du site attendu

Crise dans  le couple  le couple que faire  le bâtiment  un couple  le notariat  les transports  le monde  le BTP

En attendant  Godot  minuit  bébé  l'or

Langue   de boeuf  blanche  de bois  de but  de boeuf sauce madère des signes

La boîte  à pizza  à chansons  à musique  à merveille  à outils  à outils  à scrap

Arrêt maladie  Nicolo  Blanco  de principe  Perruche  Arcelor  Arrighi  maladie sortie autorisée

Rue  Sésame  du commerce  Montgallet  des écoles  du commerce soldes  de la fête

Journal d'un  vampire (2, 3, film, sortie)  chat (assassin)

Les mots sont des fenêtres  ou des murs  des pistolets chargés  des planches  des armes  des êtres  vains  les passants mystérieux de l'âme

Le chasse  marée   spleen Grenoble  montagne les Gets  montagne  spleen  marée Auray Grenoble Saint-Vaast Gisors


Pour tous ces sites, il ne s'agit pas du tout de pages confidentielles avec dix lecteurs qui s'autofélicitent en rond, certains des blogues ont en outre été cités ici et puis je n'ai choisi que des pages écrites par des gens que j'estime ou que j'apprécie. Certaines locutions ne fonctionnent pas toujours même si le nom est fort développé ou assez courant, les requérants n'ont sans doute pas employé le début de la construction en assez grand nombre : les embranchements commencent au millier de résultats dans Google Trends. Il faut un terme un peu significatif pour que commencent des suggestions vous concernant. Le début "le petit" (sans guillemets) donne ainsi : Nicolas, Prince, Journal, Marmiton, paumé, Chaperon rouge, Robert, mais aucun Champignacien, pas assez illustre dans ce cas. Les requêtes concernant le nom de mon blogue ne procèdent pas ainsi, elles n'incluent que rarement l'article ou l'adjectif. Le nom de l'auteur, le titre, le sous-titre ou slogan, l'adresse URL sont autant d'entrées, et parfois un mot est plus clé qu'un autre. Nous sommes dans un étrange labyrinthe où chacun devient le minotaure des autres. 

15:30 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : internet, web