mardi, 06 mai 2008

La voix de la France et la voix des francophones

La confusion a atteint un sommet lorsque le président de la République a affirmé, le jour même de la fête de la Francophonie, le 20 mars dernier, en évoquant notamment le rôle de TV5 Monde: «Je veux renforcer les moyens de diffusion de la culture française dans le monde.» Cette phrase en dit long: pour beaucoup de Français, et notamment pour le premier d'entre eux, la Francophonie c'est la France; la langue française c'est la France.

Je partage entièrement, quoi que je sois Français, cette analyse de Louise Beaudoin sur le traitement ubuesque de la francophonie par mon pays. Louise Beaudoin est l'ancienne ministre péquiste chargée des affaires francophones, de la culture et des relations internationales au Québec. Une femme qui n'a pas sa langue dans sa poche, comme elle l'a prouvé quand elle était aux affaires. A quoi sert de défendre une culture franco-française (ou plutôt hexagonale) en anglais auprès de pays qui ont adhéré à l'Organisation internationale de la francophonie et où le français tient une place plus que marginale ? Le traitement du dossier France-Monde est ahurissant par le mépris ou l'ignorance exprimés envers nos partenaires vraiment francophones. Mais ce n'est qu'une partie d'un lourd contentieux.

 

jeudi, 17 avril 2008

L'anglais vu comme langue régionale de France, ou comment se sortir du piège de l'Eurovision

«Depuis 52 ans qu’existe le concours, les candidats représentant la France ont toujours chanté en langue française», a souligné Alain Joyandet [secrétaire d'Etat à la Francophonie depuis que le traitre Jean-Marie Bockel a été victime d'Omar Bongo,TotalElfFina et Vincent Bolloré réunis].

Ah bon ? Affirmation un peu rapide, parce que l'on peut appeler ça du français ? Oh ! excusez-moi, c'est une des langues régionales de France, ce que n'est pas l'anglais, malheureusement. Donc ça reste français malgré tout... Il y a pourtant une solution très simple pour se sortir de ce guépier : décréter que l'anglais ne sera plus considéré que comme une des langues régionales et minoritaires de France et ne sera alors enseigné que dans les territoires abritant une population qui refuse de s'exprimer dans une autre langue. Comme cela on pourra chanter aussi en anglais à l'Eurovision. On peut lancer une option langue et culture régionale anglaise dans les départements du Gers et de la Dordogne (si chère à Xavier Darcos, mon estimé ministre) à titre expérimental, en attendant la suppression de l'anglais comme matière de langue vivante 1 au collège et au lycée. Ainsi l'anglais ne sera plus considéré comme une langue étrangère, mais comme une composante de l'identité française au même titre que le basque, le picard, l'alsacien, le flamand, le corse... Juste un truc folklorique limité à quelques départements et communes bien délimitées. Une option facultative en 4e et seulement s'il y a une demande des parents anglophones qui devront prouver le besoin d'un tel enseignement et surtout garantir le nombre d'élèves nécessaires pour l'ouverture d'une section.

mardi, 15 avril 2008

Scandale à l'Eurovision

Un candidat au prix de la carpette anglaise est déjà tout désigné. La ministre de la Culture a été interpellée :

"Pour la première fois" depuis 1956, "la France sera représentée par un chanteur, Sébastien Tellier, qui interprétera une chanson en anglais", explique-t-il [le député UMP François-Michel Gossot] dans un communiqué.

Jusqu'à présent, la France était en effet le seul pays (avec le Royaume-Uni, Malte, l'Irlande) à ne pas avoir renoncé à sa langue nationale, ne serait-ce qu'une fois (même s'il y eut un joli mélange anglo-français avec Joëlle Ursull). Cela va faire un joli scandale pour les associations et les mouvements souverainistes. D'autres diront que le scandale, c'est que la France figure le plus souvent au bas du classement depuis Marie Myriam. Certes... mais l'Eurovision est une compétition où chaque pays tente de ne surtout pas remporter le prix, afin de ne pas avoir à accueillir la compétition suivante. Le vrai scandale, c'est l'existence de l'Eurovision qui est d'abord un monument du kitsch, avec à chaque fois un monstre particulier, des groupes pseudo-folkloriques mélangés à des tribus modernes, des paillettes et des girls en petite tenue comme au bon vieux temps des guyluxeries. Ce n'est en tout cas pas demain que l'on pourra y entendre du kobaïen.

samedi, 29 mars 2008

Les Québécois dictent leurs mots aux maudits Français

Les Québécois vont pouvoir proposer indirectement les québécismes d'usage courant qui entreront dans le Petit Larousse et le Petit Robert. Quand je dis Québécois, j'entends l'homme de la rue, le premier venu et non un lexicographe ou un universitaire, comme c'est déjà le cas. Ce sont donc des Québécois ordinaires qui feront remonter les mots qu'ils voudraient voir figurer dans les ouvrages de ces maudits Français. Il y aura cependant un double tri, d'une part avec un jury composé d'autorités linguistiques du Québec, d'autre part au niveau des maisons d'édition françaises qui conservent leur contrôle éditorial. 

Si les équipes des dictionnaires français ont accepté aussi facilement (le Multidictionnaire est lui un produit purement québécois quoique traitant du français standard), c'est qu'il existe un enjeu financier important : il se vend 100 000 PLI par an au Canada sur environ 800 000 à 1 000 000 d'exemplaires. C'est le marché francophone le plus important après celui de la France, il représente 10 à 15 % des ventes et il assure la plus-value. Les gains seraient plus minimes en Suisse ou en Belgique, vu la taille des populations respectives. Pour d'autres dictionnaires courants comme le Flammarion ou le Hachette, voire le Nouveau Littré, la lutte n'est pas égale.  

D'un côté, l'on a une promotion de la langue française et de l'usage des dictionnaires par cette sorte de concours. Mais d'un autre, l'on a aussi une valorisation de ses particularismes (qui peuvent parfois être bien particuliers). C'est donc ambigu, à la fois ouverture à l'autre pour être reconnu comme autre et puis expression populaire qui peut être prise par certains comme un exercice démagogique. Il y a aussi le risque de l'incompréhension : pourquoi tel mot que j'emploie fréquemment n'a-t-il pas été retenu ? Ce n'est donc pas du français, comme on me l'a souvent répété* ? Le mode de sélection des termes dans un dictionnaire d'usage n'est souvent pas très bien compris et il y a un risque de dispute langagière -- une de plus -- au Québec à ce sujet. La seconde ambigüité tient au fait que ces maisons d'édition sont avant tout des entreprises commerciales et que ce n'est pas simplement un intérêt pour la langue du pays de l'hiver qui dictera l'introduction de mots ou de sens québécois : il faut une petite dose de régionalismes pour contenter un peu toutes les clientèles, mais trop de chacune les mécontenterait toutes. Or, cette opération ouvre les vannes et peut faire croire qu'un dictionnaire n'est pas d'abord un choix opéré dans la réalité bien plus multiple. Si cela se déroule de manière pédagogique, les avantages seront supérieurs aux inconvénients, mais cela peut aussi se retourner.

 

* Je n'ai pas envie de m'étendre sur le sujet de la norme québécoise (en fait des normes québécoises) par rapport au français standard ou français européen débarrassé des particularismes régionaux, y compris ceux de l'Île-de-France. 

vendredi, 14 mars 2008

Stop ou Arrêt ?

La guerre des panneaux de signalisation au Québec : les panneaux Arrêt sont devenus obligatoires et ont commencé à remplacer les panneaux  Stop ou bien les deux mentions ont été indiquées à la fois (Arrêt-Stop), puis le panneau Stop a été proscrit, enfin la double mention a été interdite mais en maintenant la possibilité du Stop. Tout cela en moins de vingt ans ! Si bien que cela cafouille d'une municipalité à l'autre ou dans une même ville. Ils sont fous ces Québécois ! Ils en viennent à avoir une signalisation plus absurde que celle de la Belgique et ils se battent toujours pour un mot sans que l'on sache qui a raison, mais l'affaire est aussi politique...

mercredi, 12 mars 2008

L'ONU contre le gouvernement flamand

Un comité des Nations unies chargé de lutter contre la discrimination raciale a épinglé le gouvernement régional de Flandre (nord de la Belgique) pour avoir limité l'attribution de logements sociaux aux seules personnes néerlandophones.

Et voilà... Bientôt une résolution, un embargo et une force d'intervention ?  

lundi, 10 mars 2008

Le français vu de Suisse

Lucie a encore beaucoup de progrès à faire en français hexagonal  :

«Chaque semaine j'en découvre de nouveaux: le 'croque' pour dire la 'morce' ; garer la voiture au lieu de la parquer; 'guigner' n'existe pas en France», raconte Lucie Marcoz, une Valaisanne venue étudier à Paris, il y a deux ans.

Le croque n'existe que dans un langage commercial, par métonymie pour désigner certains produits de la restauration rapide, et il n'est pas synonyme de la morce ou collation, goûter. On peut parquer sa voiture et même la stationner à la québécoise, et puis guigner est un verbe bien français, bien connu, bien attesté dans les ouvrages de références, mais sans doute avec un autre sens comme désirer ardemment, regarder avec intérêt et pas simplement guetter, regarder. C'est qu'il existe beaucoup de français en France et qu'ils ne sont pas tous de Paris, il y a même des régions françaises où l'on parle de nonante, de cornets de supermarchés, de foehn, de déjeuner pour le premier repas de la journée, de panosse, mais bon... C'est toujours si bon de taper sur l'autre et de faire croire qu'il parlerait partout le même langage, en tout temps et devant toutes les personnes. Il existe aussi des régions avec des accents, si si ! Exactement comme en Suisse, en Belgique et au Québec... Bizarre, non ?  

samedi, 08 mars 2008

Tout nouveau, tout beau

Tout droit venu de la semaine de la francophonie. Un nouveau site institutionnel à propos de la terminologie officielle française. Comme si les précédents (que ce soit la DGLF ou l'Académie ou l'OIF) ne suffisaient pas. Je comprends mal le but du jeu.

vendredi, 07 mars 2008

Nous irons à Montréal à cheval

Une chose est sûre pour moi à propos du Québec ; si je dois le visiter un jour, je n'emprunterai que les transports communs, parce qu'avec une voiture, c'est la panne assurée ou bien le compte bancaire dans le rouge, faute de parler la même langue !

64 % des mécaniciens parlent désormais d’une courroie de ventilation, tandis que 6 clients sur 10 choisissent encore la retentissante expression strap de fan. Mais comme personne n’est parfait, 82,6 % des mécaniciens téléphonent au towing, plutôt qu’à la dépanneuse. Et 59 % disent dash au lieu de tableau de bord. Finalement, l’expression volet de départ demeure marginale. L’écrasante majorité des mécaniciens (94,2 %) préfèrent encore parler du choke.

Cela me fait aussi peur que le langage de la bourse ou de la mode en France. Mais au moins je n'ai pas besoin de m'intéresser à ces domaines ou de dépendre d'eux...

Paroles du titre

vendredi, 29 février 2008

English World

Trouvé sur le blogue de Jean Quatremer :

Un Britannique qui comptait accomplir un grand voyage pédestre de deux ans et demi entre Bristol, en Angleterre, et le lieu de naissance de Gandhi, en Inde, a dû arrêter son aventure en France à cause de la barrière de la langue.

L'excentricité est une solide tradition britannique, la méconnaissance d'autres langues aussi... 

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