mercredi, 14 mai 2008

En théorie

J'ai quelques difficultés avec cette déclaration du maire de Champignac (rapportées par un fort mauvais journaliste de l'Oignon, page 4, ce qui explique qu'elles ne soient pas en ligne) : "Théoriquement, toutes les écoles seront toutes ouvertes".

Que veut dire ce propos ? Toutes les écoles assureront-elles le service minimum ? Oui, semble-t-il. Mais attention, c'est théoriquement ! Donc, cela veut dire que peut-être elles ne le seront pas... 

Pourquoi redonder le "toutes" ? Mais pour dire qu'elles le seront de toute manière, malgré ces salopards de grévistes et de constestaires ! Et le "théoriquement" alors ? Et puis c'est une belle objection aus saligauds de gauchistes qui prônent une école fermée, notez comment je sais jouer sur les mots avec l'école ouverte et les slogans des salopards libertaires qui capturent nos enfants : elles seront complètement ouvertes. Et puis "théoriquement", c'est aussi pour parer aux objections qui nous seront faites lorsque nous aurons vu que nous pédalions dans la semoule et que nous n'avions pas tout prévu. De toute manière, je sais mieux manier la langue que vous puisque je suis membre du conseil supérieur de la langue française ! Ne vous fachez pas, cher maire de Champignac, nous étions étonnés par votre affirmation à la fois prudente et catégorique, mais au fond vous demeurez dans votre style habituel.     

samedi, 10 mai 2008

La France a peur

919946186.jpgUne des grandes spécialités de l'Oignon - en dehors des résultats de concours de pêche, de  belote ou de marathon pour sauver la planète, des portraits complaisants de notables, des soirées choucroute de l'amicale des anciens, des fêtes du topinambour ou de l'orvet -, c'est le fait-divers. Si possible le plus sordide possible.

 En temps ordinaire, on doit se contenter de simples chroniques judiciaires sur de la banale correctionnelle ou de mains courantes du commissariat et de la gendarmerie. Les histoires d'alcoolisme chronique, de violences conjugales ou familiales, de vols divers, de bêtises d'adolescents, cela ne permet pas de vendre beaucoup, même si on prend bien soin de donner les noms et adresses des prévenus afin que tous leurs voisins et collègues soient aussi prévenus. Il faut que ces faits-divers soient surtout bien localisés, situés, afin que chaque lecteur-voyeur se sente impliqué en se disant : "Cela aurait pu m'arriver", 'Je connais les lieux du crime", "Dire que je le croisais tous les jours", "Vous n'avez pas vu ce qui s'est passé ici hier ?"

Le degré supérieur, c'est quand même la cour d'assises. Là, cela en jette du fait du decorum et des mesures de sécurité. On peut faire de pleines pages, avec des possibilités de reprise nationale du correspondant local. Le mieux alors, c'est encore les monstres. Avant-hier Patrick Henry, hier l'adjudant Chanal, aujourd'hui Fourniret qui est décliné sur tous les modes avec des témoignages inédits. Un excellent client en outre, ce Fourniret ! Il a tout compris de la téléréalité et il sait storyteller son procès en exclu dans l'Oignon ! Un jour il se tait, un autre il promet de parler. Cela permet de faire durer le feuilleton. Et chacun a son mot à dire sur le sujet... Il devrait se reconvertir à la télévision ou dans un journal comme l'Oignon tellement il permet d'accrocher les lecteurs.  

Il y a cependant un blème : comment occuper les lecteurs si avides du monstre Fourniret pendant ce long viaduc du 8-Mai et de la Pentecôte ? Comment occuper cette page consacrée aux faits-divers les plus ignobles ? La séance de remue-méninges à l'Oignon n'a pas traîné : on ressort les faits-divers du passé ! Cinq sujets en tout pour que chaque édition édition locale puisse avoir son beau crime bien local. Il serait coupable de ne pas faire profiter tous les lecteurs de frissons et de ne pas leur permettre de se dire "Je le savais, je m'en doutais", "Je connais bien l'endroit", "Je le rencontrais souvent, je ne me doutais de rien", "Dire que cela aurait pu m'arriver".

On ressort donc des affaires anciennes et c'est parfois écrit avec les pieds comme ici :

Elle est retrouvée le lendemain du meurtre par un promeneur alors que les parents de Nadège ont signé la veille au soir au commissariat son inquiétante disparition.

Mais ce n'est pas suffisamment inquiétant. Il faut faire plus spectaculaire, tout en restant local. On introduit donc le serial-killer (cette magnifique invention des scénaristes étatsuniens qui permet de tout feuilletonniser) :

Depuis deux ans, l'enquête criminelle, la plus ancienne ouverte (sic) au parquet de Soissons, s'est officiellement orientée vers la piste d'un tueur en série. Mais lequel ?

Ah oui... lequel ? Un tueur en série qui tue d'un seul coup de couteau, sans scénario macabre, sans violence sexuelle, sans témoin, à l'improviste, il y a près de quinze ans, c'est difficile à retrouver. Voilà donc un crime unique attribué à un tueur en série. Ce n'est pas grave : le tueur en série est un personnage bien connu à la télévision et dans les plus que mauvais romans policiers de Mary Higgins Clark ou de Patricia Cornwell et il fait trembler dans les chaumières. Qui sait si mon voisin immédiat n'est pas un tueur en série ? Le titre frappe, atteint son but : les tueurs en série sont parmi nous ! Et puis cela s'est passé dans la rue que je connais... Qui sait si cela ne va pas se reproduire au même endroit ? Mais l'important, c'est que la France ait peur

vendredi, 09 mai 2008

Tempête dans un verre de champignac

Je n'avais pas jugé utile d'en parler ici, tellement l'affaire me semble limitée à un simple différend entre amis ou dans la famille proche. et qu'elle a été personnalisée et politisée par ledit maire qui n'en est pas à sa première menace de plainte judiciaire envers des ennemis éventuels ou imaginaires.

Le maire a porté plainte: des commentaires désobligeants sont signés de son nom sur le blog d'une élue.

Il faudrait comprendre que toute personne qui signerait Delanoë ou Gaudin ou Collomb dans un blogue tenu par un Parisien, un Marseillais ou un Lyonnais usurperait l'identité du maire, même si c'est peut-être son vrai nom. Le blogue de l'élue en question est en tout cas introuvable sur la Toile quel que soit le moteur de recherche employé ou les mots clés utilisés, ce qui prouve l'importance de l'affaire. Il faut d'abord avoir communiqué l'adresse à un proche, puis que celui-ci ne se fasse pas passer pour le maire avec qualité ou avec le prénom, mais signe d'un simple pseudo qui puisse laisser planer le doute pour une jeune adulte aux capacités intellectuelles aux capacités fort limitées vu ses déclarations sur les commentaires méchants qu'elle subit selon elle (c'est le bureau des pleurs de Skyrock).

On agite le tout dans une municipalité UMP qui a tendance à pratiquer l'agression comme méthode de négociation et la menace de plainte comme réponse à toute pétition spontanée, et on a le cocktail explosif pour une ville minuscule. Mais comme il ne se passe jamais rien là, il faut faire de temps à autre une grande page dans l'Oignon afin de ne rien dire et de faire parler de soi ! Dans cette histoire de cornecul, on tombera sur une des dix ou vingt personnes que la conseillère municipale a conviées dans son blogue archi-confidentiel, mais le maire se sera fait mousser en déclarant qu'on fait vraiment tout et n'importe quoi sur Internet, pas comme dans la vie réelle... 

De l'indépendance politique de la presse de province

Hervé Chabaud figure parmi les éditorialistes les plus ridicules et emberlificotés de France, ce serait un sujet d'étude rêvé pour Acrimed... De quoi s'indigne-t-il ? Du fait qu'il y ait eu des "fuites" au sujet de la réception offerte par le splendide président aux députés de sa majorité. Des "fuites"... on croirait à une affaire policière ou d'espionnage. Durant cette conférence, le divin président a vilipendé pêle-mêle l'Express, VSD, le Journal du dimanche, le Parisien, l'AFP qui sont tous bien connus pour appartenir à la gauche de la gauche ! Quel crime ont-ils commis ? Ne pas avoir repris tel sondage, ne pas avoir suffisamment parlé d'une affaire vieille de dix ans, ne pas avoir recopié tous les communiqués du porte-parole analphabète Frédéric Lefebvre... Il faudrait les pendre, les étriper, les eviscérer, les brûler à petit feu. Ils formeraient toute son opposition ! Diable... Voilà qui devient grave s'il faut compter sur le JDD ou VSD pour former une gauche plurielle, on a connu plus progressiste. Et notre brave Hervé Chabaud de démontrer que non, il y a une presse issue de la Résistance, la sienne,  qui résiste encore à la tentation de basculer dans l'extrémisme gauchiste des titres cités.

Il accuse donc les députés ayant fait part des déclarations du maginifique président, dans un cadre solennel, d'être de "vilains petits rapporteurs" (mais alors pourquoi alors avoir tenu de tels propos en public sachant qu'ils seraient rapportés ?) Et notre Chabaud de s'interroger sur les dissensions dans la majorité plutôt que sur le rôle de la presse et sur le pouvoir que semble lui accorder ou lui concéder le césarien président ? Tout cela, ce sont des "vacheries", méchancetés", peaux de banane" de la part de "francs-tireurs incontrôlables". Son explication ? "La caricature est violente mais destinée à établir l'image d'un président partisan et colérique qui s'emporte envers les médias." Certes, le jour où le grandiose président s'emportera contre l'Oignon, c'est que les carottes seront cuites pour lui, tellement ce journal est servile. Et cela permet à l'ineffable Chabaud de ne pas faire une seule allusion aux protestations des rédactions ou des sociétés de journalistes des organismes visés par l'ire du jupitérien président. Le problème, c'est de dire qu'il y a un problème, comme en toute bonne logique shadock. Ne parlons surtout pas de contrôle de la presse, les journalistes de l'Oignon sont libres, la preuve : ils n'aborderont pas l'idée que le très puissant président veuille dicter sa loi à la presse et si tel est le cas, ce sera pour laisser entendre qu'il s'agit d'autre chose en fait. Leur indépendance envers le pouvoir est donc sauve. Et c'est ainsi aussi que l'image de notre altier président est aussi sauve sous la plume d'Hervé Chabaud, cet homme qui sait conserver une parfaite neutralité quand d'autres journalistes sont sommés d'obéir aux ordres.   

mercredi, 07 mai 2008

La phase visuelle

Dans ma feuille de chou régionale (laquelle s'obstine à ne pas publier en ligne ses articles les plus rigolos), cette phrase retient mon attention : "A compter du début de la semaine prochaine, les travaux de démolition du collège Jacques-Prévert vont entrer dans une phase visuelle pour les riverains, après quatre semaines de préparation du chantier."

Qu'est-ce que veut dire ce charabia ? Que les travaux seront visibles de la rue et qu'ils ne seront plus effectués seulement à l'intérieur des bâtiments, bref que l'on va démolir les murs extérieurs. Mais il est toujours bon d'employer de grands mots pompeux pour dire des choses fort  simples. 

mardi, 06 mai 2008

Vol de la convivialité

Dans ma feuille de chou régionale, je découvre ce chapeau d'article : "Durant les deux prochains week-ends, l'aéro-club Farman-Clément organise à Ecury-sur-Coole des vols d'initiation, pour inciter les amateurs à devenir pilote, ainsi que des vols de convivialité". (Pas de liens, puisque la rédaction de l'Oignon me snobe.)

Ma première réaction est de me dire que le mauvais journaliste de l'Oignon a encore frappé. Mais pas du tout ! La formule raffarinesque en diable vient du club en question ! "En marge de cette ouverture aux futurs pilotes, il sera également proposé des "vols de convivialité" d'une quinzaine de minutes environ." Comprendre en fait une sorte de baptême de l'air, même si les gens ont déjà voyagé en avion.

Cette ânerie publicitaire attire mon attention sur un fait de plus en plus fréquent : le remplacement de l'adjectif par un substantif abstrait comme complément. Police, école et commerce de proximité. Traditions, fêtes et manifestations de la ruralité. Et ici "vols de convivialité" qui sonne plus moderne que "vol convivial" (trop années 90). Sauf que ce vol n'a rien de convivial, c'est juste un vol à deux personnes comme les autres vols proposés par cet aéro-club. Mais la convivialité passe pour être plus sympathique, plus ludique, plus agréable, plus ergonomique dans n'importe quel contexte depuis que l'on demande si tel ordinateur est convivial (en se basant sur l'anglais traduit littéralement). Convivial est devenu un mot à tout faire et il est dûment répertorié dans le Dicomoche. Le must, maintenant, c'est d'en faire un nom qui n'a toujours pas plus de sens.

dimanche, 04 mai 2008

Le salon du mouton

Cela sent très fortement le printemps ! Je le vois aux titres de l'Oignon. Je n'ai pas d'erreurs grammaticales à relever cette fois, mais un simple,survol de mon quotidien de proximité me montre que les beaux jours sont bien arrivés !

- Vins et produits de terroirs tiennent salon.

- Salon du mouton : la dernière ligne droite.

- La vigne et le vin en fête.

Sans compter la foire au pied de cochon et son concours de cri du cochon ! Et on ne va plus compter les fêtes, foires, journées consacrées qui aux pommes, aux poires ou aux poules, aux canards ou aux vaches. C'est une particularité de la PQR dans nos cambrousses : quand il commence à y avoir du soleil, il y a des festivités sur les thèmes les plus ruraux au possible. Mais la dénomination de "salon du mouton" me laisse quelque peu pantois. Bien sûr, ce n'est pas plus absurde que dans Salon de l'automobile ou Salon de l'aviation, mais j'ai du mal à me représenter malgré tout un mouton dans un salon.

J'ai quand même pu trouver une phrase ridicule dans l'article : "George-Marie L***, qui préside la confrérie de l'agneau [cela ne s'invente pas] en Champignacie, a confirmé l'intronisation [sic] de plusieurs nouveaux membres le jour du salon. Un moment toujours unique." Ah oui ! on croirait du Raffarin dans le texte ! Les moments uniques sont fort nombreux...

(Toujours pas de liens : la rédaction de l'Oignon déteste les billets du Champignacien et ne veut plus être sur l'internet qui colporte les pires rumeurs.)     

samedi, 03 mai 2008

Au bon vieux temps d'autrefois

Dans l'Oignon d'aujourd'hui (que vous ne pourrez pas lire en ligne, car la rédaction n'aime pas mes billets un peu ironiques à son sujet), je découvre ce texte sur la Haute-Mère-Dieu.

Un certain Marc P*** rachète l'immense bâtiment datant du XIIe siècle, mais n'exploite que la galerie commerciale.

Le malheur, c'est que rien dans ce bâtiment composite n'est du XIIe s. : il y a juste une façade XVIIIe s. qu'Alexandre Dumas (ou son nègre) a fort apprécié dans la Route de Varennes et puis rien d'autre ! Le reste est pur XXe s.

Mais cela continue :

Les étages supérieurs, un hôtel depuis le XVe siècle, sont laissés à l'abandon.

Oui, certes... Mais les murs ne sont pas de cette époque et l'hôtel en question n'occupait pas cette superficie d'une largeur d'îlot ou d'un pavé de maison. Il était moins imposant, sauf quand notre illustre Dumas s'y est rendu afin de faire son reportage. Il s'agit de vendre un immeuble datant de la plus haute Antiquité en lui attribuant des lettres de noblesse alors que cet édifice est plus récent que les dates avancées. Certes, il faut conserver les beaux frontons XVIIIe s. avec leur architecture théâtrale qui me remplit d'admiration, mais ce n'est pas la peine de parler d'autres siècles pour émouvoir le pékin qui va s'imaginer que l'on construisait comme ça dans une sorte de vague Moyen-Âge !     

   

vendredi, 02 mai 2008

Au guidon du portnawak

Ce matin, en sillonnant les vastes plaines betteravières et céréalières de la Champignacie, j'ai croisé des dizaines de motos et de tractions avant. Je me suis interrogé et j'ai eu la réponse par mon quotidien préféré, l'Oignon pour ne pas le citer. Le plus mauvais journaliste de cette publication issue de la Résistance (faut-il encore le rappeler) a décidé de consacrer une pleine page au rassemblement des motos Godwing, et cela donne des titres hyperboliques comme "Champignac, la Mecque des Goldwing" ou "Capitale mondiale des Goldwing". Le tout avec des photos en couleur pour bien montrer que c'est extrêmement important. Mais cela n'empêche pas d'écrire des phrases stupides comme "Au guidon, tous conduiront l'idée de partage de cette moto familiale par excellence". On croirait du Raffarin dans le texte ! Cela ne veut strictement rien dire et ne correspond à rien, mais cela fait un bel effet rhétorique qui peut impressionner les gens ayant le catalogue E. Leclerc comme ouvrage de référence. Ne cherchez pas le texte en ligne : le plus mauvais journaliste de l'Oignon ne veut pas que sa prose puisse être reproduite sur des blogues aussi malveillants que le mien. Une moto familiale, comme c'est sympathique et original, j'imagine déjà une demi-douzaine de bambins dessus ! Et comme on peut adhérer aux idées de partage alors qu'il s'agit d'abord d'une exhibition de gros pénis bien tendus en public ! Comme tout cela est si bien dit...

samedi, 19 avril 2008

Comment imprimer ?

Décidément, le langage judiciaire commence à changer et à sortir des formules latinisantes, comme le montre cet exemple tiré de la correctionnelle de Champignac :

Monsieur, vous avez été contrôlé parce que votre véhicule sortait d’un parking à très vive allure, fait remarquer la présidente. Quand on a bu de l’alcool on se sent fort. Ce n’est pas la première fois. Vous n’imprimez pas. 

Je ne suis pas certain que le sens métaphorique d'imprimer (comprendre, avoir conscience) soit accessible à toutes les personnes qui ne se servent pas forcément d'un ordinateur ou que ce soit vraiment plus populaire et proche du langage utilisé par l'accusé. Cela peut faire plus branché, donc plus familier et djeuns, mais en fait cela ne renvoie qu'à son propre univers culturel (peuplé d'ordinateurs) et aux références que l'on présuppose chez l'autre, lequel peut ne pas les posséder. Une sorte de petit-nègre à usage des tecis. On mime le ziva-la-mort-de-ma-mère sans se demander si l'autre ne comprendrait pas plus simplement le mot comprendre.      

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