mercredi, 18 novembre 2009

La vengeance du fils du y trématé

supremya.jpgCe matin, j'ai découvert Supremÿa, ce produit dit anti-âge (sic) qui présente la particularité de posséder un y trématé, lequel s'ajoute à ma collection. Il est amusant de constater que le ÿ commence à devenir plus répandu dans le domaine du commerce que dans les noms de personnes ou de lieux. Cela dit, Sisley avait déjà commis le même type de nommage auparavant et j'en avais parlé. On peut supposer que le y trématé joue un peu la même fonction pour cette marque que pour l'accent circonflexe de Lancôme qui peut être décliné sur des noms de produits : une sorte de repère, d'identifiant graphique.

mardi, 17 novembre 2009

Quand les gorilles voleront

Quand les gorilles voleront
Quand les baleines danseront
Quand les homards rouleront à bicyclette
Quand il pleuvra des millions
Quand les pavés fleuriront
Alors sur notre planète, ça tournera rond...

qrm.jpg

 

 

 

 

 

 

Ce sont les premières paroles de QRM sur Bretzelbürg, la première version interrompue en 61 de QRN sur Bretzelbürg, la dernière longue aventure de Spirou par Franquin et l'une de mes préférées. Celui-ci a éliminé cette chanson dans la suite et le remontage de cette histoire en 63, il a alors préféré des chansons plus contemporaines et plus banales, même si l'on y trouve un Boby Lapointe avec Aragon et Castille. Or il semblerait que cette chanson n'existe pas, que ce soit une pure invention tandis que l'air suivant (justement celui de Boby) se trouve aisément. Il y avait comme un petit air de Mai 68 avant l'heure. Cela me semble très franquinien, il a utilisé toutes ces bestioles dans des planches : le gorille dans Spirou, le homard et la baleine dans Gaston. Cela fait partie de son bestiaire qui n'est pas énorme, mais toujours avec des animaux bien choisis et très différents à la fois par le caractère et le graphisme, que ce soit la tortue et la mouette, l'éléphant et le chat, le poisson rouge et la vache, les escargots et le marsupilami, le rhinocéros et la murène. Cela devait sembler trop un cri de révolte personnelle à ce moment-là pour qu'il le conserve, mais c'est dommage.

samedi, 14 novembre 2009

Ma conversation de blogueur avec Christine Angot

Voici le plus redoutable de tous mes entretiens de blogueur, une rencontre avec Christine Angot elle-même. J'appréhendais ce moment et je me disais que c'était comme si j'avais dû pénétrer dans l'intimité de Marguerite Duras en compagnie de Laure Adler, ce qui veut dire ne rien comprendre du tout à ce qui se passe ou se dit. La réalité était bien pire. Mais le Petit Champignacien ne recule pas devant les risques et il a frappé à la porte d'un hôtel Formule 1 de banlieue parisienne.

LPCI : Bonjour madame Angot.
CA (nue sous son peignoir) : Vous êtes le livreur de pizzas ? Je suis heureuse de vous faire découvrir mon intérieur. Il me semble que vous êtes déjà passé, mais je ne sais plus ce qui est vrai, c'est ma voix intérieure qui parle, parce que la voix intérieure est empreinte de toutes les choses entendues à l'extérieur.
LPCI : Je suis venu ici pour mener un entretien avec vous.
CA : Je ne me souviens plus dans mon intérieur personnel si je vous ai donné rendez-vous. C'est comme ça, c'est une fiction vitale... Ce désir intérieur d'avoir une pizza en ouvrant la porte, et d'être nue sous son peignoir, ce n'est pas une loi sociale ou un devoir, mais quelque chose de plus profond, qui vient de plus loin, une chose intérieure... Une sorte d'exigence ultime et intérieure que personne ne pourra comprendre. Commander la pizza, recevoir le pizzaiolo à demi-nue, lui donner à voir juste ce qu'il faut pour susciter son désir, puis disparaître ensuite dans le secret de sa maison intérieure. C'est terrible, ces mots, terrible. Tu ne peux pas comprendre combien c'est intérieur.
LPCI : Oui, mais moi, je suis le rédacteur en chef du Petit Champignacien et lorsque je fais des interviouves, on me reçoit avec une choucroute, pas avec une pizza que j'amènerais.
CA : Tu me rejettes donc, comme tous les mâles qui veulent dicter leur ordre des choses et qui voient les choses de l'extérieur ! Mais il y a un niveau inatteignable de la littérature que tu n'auras jamais, la littérature elle-même ! Tu ne peux pas m'atteindre, puisque je suis inatteignable et que je suis la littérature elle-même que l'on ne pourra jamais broyer. J'emmerde tous ceux qui pensent le contraire et donnent des prix à d'autres que moi.
LPCI : Je vous demande pardon madame Angot, je n'ai pas eu l'intention de vous blesser, mais je suis juste venu vous interroger autour d'une choucroute et pas pour vous livrer une pizza.
CA : Cela me fait penser que j'ai commandé une pizza à la choucroute pour mon amant de ce soir dans mon intérieur à moi. C'est bizarre. Il fallait que je sois hors de moi et il faut être hors de soi pour que la littérature advienne. Il faut qu'il y ait un choc pour que naisse l'écriture venue de l'intérieur. Cette demande de choucroute, cela m'a mise hors de moi tellement cela n'avait rien à voir avec mon écriture intérieure. Vraiment rien à voir ! Rien du tout ! Jamais de la la vie ! C'était infect de me demander ça. Comme si l'on voulait me castrer de mes capacités de créations intérieures qui viennent du plus profond de mes désirs intérieurs. Je ne peux écrire que si les deux amants commandent une pizza minute toutes les dix pages de mes romans intérieurs, je ne peux accepter que l'on fasse figurer un autre plat intérieur que la pizza intérieure dans mes textes intérieurs, c'est une urgence intérieure et vitale, et surtout intérieure.
LPCI : Certes, mais ce n'était pas un rendez-vous amoureux, quoique... un hôtel Formule 1 pour un entretien avec un blogueur, ce n'est pas le cadre le plus adapté.
CA (étendant ses bras autour de LPCI): Mais tu n'as donc pas compris pourquoi j'étais nue intérieurement sous mon peignoir intérieur ? (Ecartant les pans de son peignoir). Tu peux vérifier si tu veux et voir que cette matérialité-là de l'amour intérieur est tout le temps occasion de mise en doute, inquiétude, suspense. Je sais que vous autres blogueurs n'écrivez que pour vous faire le plus de femmes possible sans voir leur intérieur vital. Ce que vous écrivez, je le sais déjà, parce que je l'écris depuis longtemps. Ce ne sont pas des notes dans un carnet, ce n'est pas une mise au point pour soi, ce n'est pas pour y voir plus clair, c'est une adresse publique, pas à un groupe, pas à une société, pas à un temps choisi, c'est à tout le monde indifféremment  Je m'offre à toi, de tout mon intérieur, comme je l'aurais fait au livreur de pizza !
LPCI : Mais je ne suis pas un livreur de pizzas ou un amant, juste un blogueur interviouveur !
CA, cette fois sans peignoir : Salaud ! Ordure ! Crapule ! Tu oses refuser mon exigence à la vie intérieure, tu n'acceptes donc pas mon combat intérieur que je mène pour être de façon vitale et intérieure,, tu n'as rien compris, vraiment rien, pas compris, rien, compris rien, tu ne sais pas quoi dire, pas compris hein ? C'est à cela que tu veux me réduire, rien du tout ? Tu ne sais pas ce qu'est l'amour prosaïque. Ce n'est pas parce qu'une grande partie se déroule sans sexe que ce n'est pas prosaïque. C'est concret, matériel, pour le coup, oui. Observer ce qui se passe là, oui, plutôt deux mille fois qu'une. Le lecteur a l'expérience, il sait que cette matérialité-là de l'amour est tout le temps occasion de mise en doute, inquiétude, suspense. Il veut voir comment je vais me débrouiller. Entre ce qui semble, et ce qui est.
LPCI : Mais enfin, c'était idiot ce rendez-vous dans un Formule 1 et en plus vous me prenez pour le livreur de pizzas !

CA : Tu n'as rien compris à la littérature intérieure et vitale, malgré tes diplômes et tes lectures, mon amour, la littérature est d'abord l'art de la répétition des situations et je suis une écrivaine littéraire parce que j'approfondis toujours le champ de mon expérience à partir d'une seule situation de base comme l'expliquent fort bien les critiques, donc l'hôtel Formule 1, la pizza minute, plus le peignoir pour être nue dessous, cela va bien dans ma stratégie marketing afin de paraître vraiment populaire et simple, intérieure et vitale, et où j'ai décidé d'intégrer le Web 2.0, comme toi mon gros loup.
LPCI : Laissez-moi sortir de cette chambre ! 
CA : Jamais de la vie ! J'ai besoin de toi pour mon prochain roman autofictionnel qui mettra en scène un blogueur influent et une écrivaine célèbre réunis par la magie de la nouvelle écriture intérieure et d'Internet.
LPCI : Prenez plutôt Laurent Gloaguen, ou Dagrouik, ils sont plus influents que moi.
CA : Tu ne me cites que des pédés qui ne savent pas comment une vraie femme est faite de l'intérieur ! Et en plus je sais qu'Embruns n'est plus dans le classement Wikio, alors je ne pourrai pas dire que j'ai été attirée par un blogueur influent.
LPCI ; Mais je suis aussi sorti volontairement du classement Wikio.
CA . Ah bon ? Tu serais aussi pédé ? Tu ne vas pas vouloir me prendre par le mauvais trou comme Doc Gynéco quand même et ensuite partir avec ma fille mineure ? Ce serait un bon angle de nouvelle autofiction intérieure et vitale, comment j'ai réussi à convertir un homo à l'hétérosexualité et je pourrais apparaître comme une sainte en compagnie de Christine Boutin et Christian Vanneste, aux prénoms prédestinés.
LPCI : La question n'est pas là ! Rendez-moi mes habits pour qu'on puisse discuter raisonnablement. Je ne veux pas être un de vos personnages de pseudo fiction et pseudo autobiographie.
CA : Raisonnablement, c'est un mot que je n'ai jamais compris, pouvez-vous me l'expliquer ?
LPCI : Autour d'une bonne choucroute, mais surtout après m'avoir délié et avoir ôté mes menottes, s'il vous plaît. N'oubliez pas le bandeau sur les yeux et puis de me donner mes lunettes, j'ai du mal à penser quand je ne vois rien.

Les manchots empereurs doivent aussi participer au débat sur l'identité nationale

Pour mener le grand débat sur l'indignité nationale, Eric Besson a été jusqu'à convoquer un personnage fort important :

Monsieur le Préfet, administrateur des Terres australes et antarctiques françaises.

Certes, ce haut fonctionnaire possède un statut équivalent à celui des autres préfets et hauts commissaires de la République, mais enfin... sa présence dans la liste des destinataires de la circulaire est pour le moins étrange. Non que je veuille me moquer des buts scientifiques de sa mission, mais le voir dans cette liste soulève quelques questions.

1) Les Terres australes et antarctiques accueillent des bases permanentes comme aux Kerguelen et en Terre Adélie, provisoires pour les îles éparses. Cela représente 140 personnes qui ne demeurent en poste que deux ans. C'est la population d'un hameau ou d'un pâté de maisons ou d'un immeuble HLM. Ces 140 personnes seront consultées au sujet de l'indignité nationale alors que les deux millions de Français résidant à l'étranger ne le seront pas, puisque la circulaire n'est pas adressée aux ambassadeurs, consuls et consuls honoraires alors même qu'il y a une représentation politique fort théorique de ces Français par des sénateurs et bientôt des députés.

Z) Le débat est absurde, parce qu'il se limite au territoire dit national, y compris le plus éloigné et le plus invivable. Il s'agit d'inscrire les questions dans la terre et surtout dans les frontières. Si la France avait possédé une station spatiale ou une base lunaire, celles-ci auraient été contactées puisque c'était encore le territoire national. Comme on peut faire du tourisme à la base Dumont-d'Urville, on peut craindre un afflux d'immigrés clandestins venus en pirogue rejoindre notre territoire forcément national.

3) J'ai du mal à comprendre comment les manchots empereurs ou les phoques peuvent faire partie des traditions françaises ou d'une spécifité française qui permettrait d'exclure des gens n'ayant "pas vocation à" vivre et travailler en France. Ou comment l'archipel Crozet ferait partie des paysages qui définissent la France. Certes, on me posera l'objection des Terres-Neuvas, mais ils chassaient le pingouin ou le phoque bien plus au nord et il y a fort longtemps dans des mers qui ne sont plus françaises. Il ne s'agit que des résidus de l'époque coloniale, laquelle est complexe puisque le but était multiple : affirmation de sa puissance militaire et surtout navale, affirmation de sa supériorité scientifique, volonté de conversion d'autres peuples à ses propres valeurs et à sa langue (c'était un peu raté dans le cas des Terres australes), expansion commerciale facilitée par le point précédent, coercition intérieure par des récits de découverte ou de combat qui font rêver les petits garçons.

4) Les TAAF ne font pas partie de l'Union européenne et les autres Etats ne reconnaissent pas ce territoire comme possession de la France à la suite du Traité de l'Antarctique. La France y exerce sa souveraineté de fait, mais elle n'en est pas propriétaire de droit. Il s'agit d'une terre étrangère dont la jouissance peut être révoquée  et seule la fiction administrative française fait croire que ce serait une partie intégrante du territoire national.  

5) Je propose une consultation générale des manchots et des phoques afin de savoir s'ils se sentent plus français, russes, américains, britanniques, australiens, norvégiens...   

mercredi, 11 novembre 2009

Henri Guaino est encore brouillé avec l'histoire

Il faudra signaler à Henri Guaino que la ville de Verdun est traversée par le fleuve la Meuse qui donne justement son nom au département, c'est même le centre de la ville :

L’amitié franco-allemande est scellée par le souvenir du sang allemand et du sang français mêlés pour l’éternité à la terre de Verdun, du Chemin des Dames, ou des rives de la Meuse.

La terre de Verdun et les rives de la Meuse, c'est presque identique ! Le Verdunois est fort vaste, il couvre presque tout le nord de ce département. On s'est certes battu au début plus au sud le long des côtes de Meuse qui ne font pas partie de la vallée de la Meuse tout en étant dans ledit département, mais enfin pourquoi cette redondance ? Sans doute parce qu'il songeait à un nom de cours d'eau afin de peaufiner sa période classique et qu'il a trouvé que la Somme, la Marne ou l'Yser n'étaient pas suffisamment évocatrices. On pourrait croire qu'il n'a jamais visité Verdun et la Meuse...

Il poursuit ainsi :

Et quand on va, à Douaumont, du cimetière français au cimetière allemand, dans le lourd silence de ces lieux où dorment tant de morts, on parcourt dans sa tête le chemin qui mène de la guerre à la Paix.

Il n'existe justement pas de cimetière allemand ou français dans l'ossuaire de Douaumont consacré aux inconnus de toutes nationalités, là où se trouvent la quasi-totalité des sépultures du lieu ! Mais il y a un cimetière en contrebas avec ses carrés de croix blanches pour les vainqueurs qui n'étaient pas seulement français et noires pour les vaincus qui n'étaient pas seulement allemands. Il n'y a qu'un seul cimetière national, divisé en carrés selon les origines ou les confessions. Les différents cimetières étrangers (russes, américains, britanniques, australiens, canadiens) sont des concessions du territoire national faites aux pays alliés, avec un statut d'extra-territorialité, et c'est pourquoi il n'y a aucun cimetière allemand en France.  

C'est bien joli de vouloir jouer son Péguy et son Barrès à la fois, mais il faudrait quand même un peu de rigueur historique ou géographique, ou tout simplement politique, par moment et ne pas se laisser capter par le goût de la rhétorique des images faciles. Les morts passées n'excusent pas la mauvaise littérature.


mardi, 10 novembre 2009

Généalogie du devoir de réserve

En 1853, Népomucène Raoult - illustre ancêtre de notre ex ministre de l'Intégration (sic !) - écrivait au ministre des Affaires ecclésiastiques et  l'Instruction publique, cette bafouille :

Le livre, les Châtiments, dans lequel l'écrivain Victor Hugo juge que "cette France-là" est criminelle (celle de notre empereur, de Morny et de Haussman) relève d'une prise de position inacceptable. Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de l'Empire et plus encore du Chef de l'État. Il me semble que le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il me parait utile de rappeler à ces grands esprits le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité.

Demain, une lettre de Sosthène de Raoult dénonçant le sectarisme de Voltaire dans l'affaire du chevalier de La Barre et ses séjours en Allemagne - ce qui prouve qu'il est un très mauvais Français du fait de sa crainte de la Bastille. Puis une d'Arsène Raoult condamnant l'intolérance d'Emile Zola au cours de l'affaire Dreyfus et son départ pour le Royaume-Uni. Une d'Aristarque Raoult demandant qu'Etienne Dolet et Rabelais soient brûlés et que leurs livres soient interdits, car contraires à notre sainte religion catholique. Une de Théodobert de Raoult jugeant que les Essais de Montaigne sont une justification de la sauvagerie et qu'il conviendrait de faire passer cet ancien magistrat à la grande question afin qu'il soit un peu plus modéré dans ses affirmations. Une de Gonzague de Raoult exigeant la condamnation totale du Tartuffe qui ne respecte pas nos plus nobles institutions. Une de Gontrand de Raoult commandant que l'on ne représente plus jamais le Mariage de Figaro qui offre un fort mauvais tableau de l'état de notre pays et de notre justice. Une de Gombert de Raoult (un patriote fier de l'être) envoyée au siège de la Milice et à la rue Lauriston pour que l'on identifie le mauvais Français écrivant le Silence de la mer sous le pseudonyme de Vercors, ce qui prouve l'absence totale de courage et de morale de cet écrivain qui dénigre l'oeuvre collaborationniste du maréchal de manière provocatrice. Une de Philbert Raoult demandant à André Malraux la radiation de la nationalité française tous les signataires de l'appel des 161 et des journalistes de l'Express qui nuisent au bon moral de nos vaillantes troupes de pacification en Algérie qui savent torturer en respectant un code de déontologie fort démocratique. La famille Raoult a été fort productive en lettres de dénonciations au cours de notre histoire et elle s'est toujours appliqué à traquer le totalitarisme des écrivains qui ne respectent pas leur devoir de réserve. De lettres, elle n'a que celles-là, tant elle ne sait pas s'exprimer en français.

samedi, 07 novembre 2009

Krys, ou la misogynie du second degré

Les publicités de Krys, l'opticien, s'affirment comme décalées. Avant, j'avais les oreilles décollées, avant, j'étais tatoué, avant, j'étais chauve, avant, avant, j'étais petit, j'étais maigre ou gros, etc. Tout cela peut sembler un peu anodin, mais quand je lis "Avant, j'étais blonde" et qu'une femme blonde tente de lire sans lunettes un livre intulé Logique signé par Kant, tout en ricanant de manière sotte, je me dis qu'il y a un gros problème. Le livre existe, même s'il est peu reconnu parmi les écrits majeurs de Kant.

Pourquoi le choix de Kant comme auteur d'une logique et non Aristote par exemple ? Eh bien ! sans doute par une lecture de Kador par les pubaux qui se sont dit que Kant faisait sérieux, puisque personne ou presque ne le lit et qu'il est synonyme d'écrits très compliqués à comprendre. Kant, cela fait tout de suite plus rigoureux que tout autre nom de philosophe (sauf Spinoza pour Philippe Val et Lévinas pour Alain Finkielkraut). On vend donc avec le nom de Kant sans chercher à savoir ce qu'il a dit.

Ensuite, on a affaire au phénomène de la blonde forcément idiote qui ricane bêtement lorsqu'elle ne porte pas de lunettes et puis qui peut enrichir son esprit une fois qu'elle les porte. Cela me pose des questions, parce que le mot blonde veut dire ici cruche, crétine, débile, abrutie. Ce n'est plus une simple caractéristique physique comme petit ou gros, mais bien une définition de ce que serait une femme totalement stupide (et non un homme, on ne parle jamais de la pensée de blonds).

Enfin, je ne comprends pas du tout comment de telles publicités discriminatoires ont pu être acceptées par le BVP et surtout celle-ci qui est d'une rare misogynie et qui véhicule des clichés d'un autre temps même si on prétend au second degré en reprenant de mauvaises blaques.

vendredi, 06 novembre 2009

Le P'tit McDo à l'assaut du monde

Je suis depuis plus d'un an étonné par les campagnes publicitaires de McDonald's, je me disais que je devais écrire sur le sujet et puis j'ai reporté sans arrêt le billet. La firme considérée comme la principale responsable dans la malbouffe a entrepris de se recentrer et elle développe un argumentaire assez efficace pour prouver qu'elle achète des produits locaux, qu'elle vend de la verdure et des légumes, qu'elle baisse les graisses et les sucres et qu'elle entend fournir des menus équilibrés ou participer à l'éducation alimentaire. Tout cela est de bonne guerre et McDonald's qui jouait avant sur d'autres créneaux comme l'hygiène, la simplicité du service, la transparence des prix ou l'expression d'un mode de vie décontracté s'est reconverti dans une nouvelle rhétorique publicitaire, qui sans être vraiment bio ou écolo, joue sur les tendances présentes dans l'opinion publique.

Super Size Me avait dénoncé les méfaits d'une alimentation fondée seulement sur les produits McDonald's. Tout ce qui était Big et mis en avant est désormais proscrit dans les publicités de la marque ou juste noyé parmi d'autres publicités qui illustrent la nouvelle ligne. On a donc des P'tit Moutarde (sauce moutarde à l'ancienne, s'il vous plaît), P'tit Wrap, P'tit Tandoo (poulet tandoori), P'tit Chicken, P'tits plaisirs et j'en passe. Ce qui m'intéresse alors n'est pas simplement le fait de passer au small is beautiful. Il y a plusieurs effets simultanés dans l'emploi du mot P'tit.

D'abord, McDonald's est vue en France comme une entreprise étrangère et surtout étatsunienne, or il existe en France une très grande défiance et dans le même temps une fascination pour les EU. Les deux sentiments peuvent coexister chez les mêmes personnes. Les pires anti-étatsuniens pouvant être les plus américanisés de manière inconsciente. La marque a donc développé un terme plus français pour la France, alors qu'un Lil' l'aurait enfermée dans son identité étrangère. Cela va avec son opération de communication sur l'achat de produits locaux, elle flatte le sentiment national du pays où elle se localise.

Puis, cela n'empêche pas McDonald's de mettre en avant son multiculturalisme en faisant suivre le mot P'tit de noms de plats étrangers abrégés à sa sauce. Il y a un signe pour ceux qui veulent de la francitude et un autre pour ceux qui veulent de l'exotisme et de l'étatsunien. On joue sur les deux tableaux à la fois. 

Ensuite, le terme P'tit est de plus en plus utilisé dans la publicité, les noms de marques et les raisons sociales. McDonald's ne roule pas seul, c'est une tendance de fond générale. Pourquoi ? Il existe une connotation affectueuse à tout ce qui est petit. En français, cela peut vouloir dire sympathique, familier, gentil, agréable, sans manières affectées, bon marché, etc. Le titre de ce blogue joue justement sur cette valeur. Le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé n'aurait jamais connu un tel succès s'il n'avait pas été justement petit.  Mais on peut renforcer ce sens en l'abrégeant de manière populaire par la syncope et l'apostrophe, ce qui nous rapproche du langage enfantin  Dire P'tit, c'est placer l'emphase sur un sentiment d'innocence propre à l'enfance. La consommation impulsive doit être déculpabilisée et ramenée à un niveau plus acceptable pour le public cible (les prospects des marquetingueux).

Enfin, le terme petit était totalement banni par les gens du marquetingue il y a à peine cinq ans. Parce que cela voulait dire vouloir faire un petit prix pour un produit et donc offrir des possibilités de marchandage. Il ne fallait pas parler d'un petit café quand on était commercial, cela tenait lieu de dogme. L'époque a changé depuis la crise économique, la prise de conscience vaguement écologiste, les révoltes d'agriculteurs, les nouvelles réglementations au sujet de la restauration. McDonald's, qui est une entreprise mondiale, sait s'adapter à des marchés locaux en parlant le langage des autres entreprises du même lieu et elle est l'un des meilleurs révélateurs de ce qui est la pensée dominante.

jeudi, 05 novembre 2009

Hommages à Claude Lévi-Strauss

Le jour et le lendemain de la mort du grand homme, je me suis un peu défoulé dans Twitter en imaginant les réactions officielles. Twitter est le média le plus pertinent pour cela : économie de signes, réactivité, second degré, emploi de mots clés. Comme dans le cas du décès de Michael Jackson, l'annonce avait été faite sur Twitter deux heures avant les premières dépêches d'agence. J'ai donc commis une série de textes brefs que je donne ici après une réécriture, puisque la forme Twitter est incompatible avec celle d'un blogue. Ce sont deux styles différents, deux situations différentes, le blogue offre le recul nécessaire dans le temps et de l'espace pour exposer ses idées, alors que Twitter favorise l'invention et la spontanéité. Mais l'un peut s'articuler avec l'autre, et puis il me semble que les formes brèves (aphorismes, proverbes, maximes, ex voto, dédicaces, graffitis, slogans, sentences) sont assez mal reconnues alors qu'elles dominent notre vie quotidienne. Parodier ces formes, c'est aussi un peu se les réapproprier et c'est pourquoi il y a eu un grand succès du hashtag #jeansarkozypartout. Je crois à la valeur intrinsèque des formes brèves, à leur efficacité, mais en même temps je me dis qu'il faut aussi les reprendre dans un cadre plus général, comme celui d'un blogue ou d'un site.

 

Brice Hortefeux, Auvergnat aimant se moquer des autres Auvergnats, est convaincu qu'une récitation de paragraphe de Lévi-Strauss avant un bon coup de matraque donnera une image positive de la police.

MAM, experte en complots de l'ultra-gauche, se dit qu'une lecture par des acteurs de Lévi-Strauss auprès des prisonniers réduirait le nombre de suicides.

Eric Besson, traitre de profession, se demande comment expliquer les expulsions de réfugiés en se servant de la pensée de Lévi-Strauss.

Alain Finkielkraut, radiosophe : n'oublions surtout pas que Lévi-Strauss n'a jamais reconnu la supériorité de son esprit, cela le condamne à mes yeux.

Alexandre Adler, espion : je suis prêt à révêler comment Lévi-Strauss a abrité des nazis au Brésil après avoir été subventionné par le KGB.

Nicolas Hulot, hélicologiste : je regrette la mort de ce savant qui n'a pas pu être aussi conscient que moi des dangers que court la planète, vu qu'il refusait de monter dans un ULM.

Christine Angot, autofictionneuse : il n'a pas pu supporter le fait que j'allais relater notre passion torride dans mon prochain roman.

Johnny Halliday, chanteur engagé et citoyen : Levi-Strauss, je suis pour que le Panthéon vende tous ses jeans quand il sera privatisé.

Jean-Pierre Pernaut, journaliste provincial : nous avions en projet une série sur le dernier sabotier de Lozère pour montrer l'ethnologie de manière concrète et vivante.

Roselyne Bachelot, pharmacienne haute en couleurs : Claude Lévi-Strauss avait refusé de prendre le vaccin contre la grippe A et voyez ce qui arrive !

David Douillet qui n'est pas une tapette : si j'avais pu le conseiller pour son jogging matinal, cela ne serait jamais arrivé !

VGE, Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Attali et Claude Allègre, grosses têtes : hélas ! je suis le suivant sur la liste des disparus illustres à venir. La pensée sera morte après moi.

NKM, guiquette familiale : j'allais lui montrer comment appuyer sur Power et cliquer, heureusement il n'est pas mort à ce moment-là.

Nadine Morano, poissonnière : 'reusement qu'il a crevé le vioc, i r'mettait en cause le modèle familial et universel de mon m'nistère.

Eric Besson, Ganelon de naissance : il a pu échapper au débat sur l'identité nationale , mais nous pourrons toujours le récupérer.

Bernard Tapie, sans compte bancaire fixe : rien à branler, je me suis déjà démerdé de l'affaire Adidas, alors Levi-Strauss pas pour moi.

Jacques Séguéla, collectionneur de Rolex : s'il avait voulu que je le conseille, il aurait eu au moins deux prix Nobel et il a raté sa vie !

Yann Artus Bertrand, marchand d'images pour les écoles : c'était un homme malveillant et écologiquement irresponsable, il refusait d'être photographié par moi !

Jacques Chirac, locataire des palais de la République ; j'ai pu lui signaler une erreur de traduction d'un texte taki-taki, il m'en a été reconnaissant.

Christian Estrosi, bac moins quinze : je préfère Lee Cooper ou Denim's.

Guillaume Musso, tête de gondole : cette mort inopportune et malveillante nuit à la campagne de pub pour mon dernier livre.

Frédéric Beigbeder, rebelle barbu et chevelu : on devait se faire un rail ensemble et j'allais lui faire un plan média pour le rajeunir.

Jean-Pierre Raffarin, inventeur de slogans pour Jacques Vabre : désolé que l'inventeur du blue-jeans soit mort, mais je reste rock'n'roll comme Johnny.

Henri Guaino, péguyste plus légitime que Finkielkraut  : je vais avoir du mal à trouver des anaphores dans ses textes et cela s'annonce comme très ennuyeux.

Laurent Joffrin, spécialiste en contorsions verbales : nous à Libé, on est embêtés, certains ne veulent pas gommer le visage de Sartre à côté de lui, mais le débat a été très transparent comme toujours à Libé.

BHL, intellectuel décolleté : un lâche ! Il ne m'a jamais accompagné en Bosnie ou en Géorgie devant les balles des pires dictateurs. Un intellectuel de bibliothèque sans caméra autour de lui.

Alain Finkielkraut, prof de français à l'ancienne : c''est un intellectuel mineur qui n'a jamais voulu me répondre sur France Culture contrairement à Péguy qui me visite tous les jours et qui me fait entendre sa voix ainsi que le faisait saint Michel pour Jeanne d'Arc.

Marc Lévy, autre tête de gondole : j'espère que l'on ne nous confondra pas !

Alain Minc, déontologue : Je suis le Lévi-Strauss de la Bourse, je représente les sociétés que j'ai mises en faillite !

Jacques Attali, savant universel ; aujourd'hui une seule personne peut lui succéder à son fauteuil et je sais qui elle est.

Jean-Marie Colombani, multicartes : il devait écrire un texte important pour Slate.fr et je peux vous livrer le premier mot de cet article qui aurait fait événement : "Euh".  

 

 

 

L'art de ressembler à un Russe sans l'être

concert.jpgCela a vachement plus l'air russe avec un n à l'envers qui signale alore une voyelle russe et non une consonne, vous ne trouvez pas ? C'est si facile de dire que le sujet est russe, il faut juste un signe exotique pour le signaler même si le reste du texte est totalement incohérent avec cette autre graphie. Et pourquoi a-t-on choisi cette lettre plutôt que les autres ? Parce qu'elle reste lisible dans notre alphabet latin avec sa valeur alors que le C aurait posé plus de probèmes. Faut faire russe, mais pas totalement et pas absolument.

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