vendredi, 02 février 2007

Le danger absolu

Voici le texte pour le jeu, il faut trouver l'artiste évoqué et l'auteur du texte. J'ai déjà cité des passages de l'auteur dans la catégorie Littérature (et cela n'a pas beaucoup plu aux lecteurs, alors que j'aime beaucoup cet auteur et qu'il m'a apporté énormément de choses, que je me suis nourri de lui tous les midis en l'écoutant sur les ondes ou bien en le lisant).

Briser. Transgresser. Rompre. Créer l'imprévisible, la surprise, le prodige. Choquer. Dépayser. Scandaliser. Se libérer. Violer. Enfreindre. Perturber. Qui veut déterminer l'art de X et préciser ses effets utilise nécessairement le vocabulaire de la violence, de l'incivisme. Les œuvres de X naissent de l'insoumission et la produisent en retour. « La vraie mission de l'art est subversive, sa vraie nature est telle qu'il serait légitime de l'interdire et de le pourchasser » (II, 322). « Un seul régime salubre à la création d'art : celui de la révolution permanente » (I, 25). Les normes sont contestées, bafouées. La folie ne cesse d'être simultanément cataloguée et dévalorisée. Toute tradition est niée et transgressée. L'institution pédagogique, l'enseignement, les dogmes, les « collèges » sont récusés. Un avenir déconcertant s'annonce et, comme le souligne Derrida, il ne saurait « s'anticiper que dans la forme du danger absolu ».

André Dhôtel par Dubuffet.

vendredi, 26 janvier 2007

Le soleil est libre

Les tombeaux là-bas sont au milieu des hommes, les chiens et les vautours s'y plaisent. Quel est le sens des sept voies prônées ?

Néanmoins, la vie est belle : l'abstraction s'y déploie dans sa majesté. Les grands murs de l'absence plongent bas dans la terre, élèvent dans le ciel un front serein, constellé de fenêtres.

Chacun des trois palais est reconnaissable : la Justice est paisible et silencieuse sur son lac. Le Secrétariat joue son rôle laborieux. L'accès aux rampes est lent comme la raison. Tous les étages décident.

La salle de l'Assemblée est hyperboloïde, face à l'Himalaya où réside la nuit.

La fête enfin se tient chez le Gouverneur. L'eau des bassins respire sous les fleurs. Tranquillement, l'oxygène s'y dirige.

L'œil a raison devant ces vérités, mais qu'y faire ? La ville indépendante à 100 %, c'est le rowing mêlé au sailing. La mousson a vidé ses poches en un seul jour. Les boulevards de l'eau ont la longueur réelle du lit de la pluie.

Ainsi va le discours. Comme il faut bien que toute volonté s'achève, l'œuvre s'est achevée sur la terre la plus nue. Par-dessus tous les rapprochements optiques, sous le poids des siècles, les peuples ont raison qui consentent d'habiter avec leur temps.

Il fait froid, maintenant. On a rentré les enfants qui riaient sur le toit. La porte d'acier ouvre sur l'avenir, comme une grande oreille sourde. Le septuagénaire la franchit d'un pas, un matin d'août. Toute la ville donne sur la mer. Le soleil est libre.

 

Dans ce texte, l'artiste est plus évoqué que vraiment décrit, son œuvre est citée par allusion et en fait les circonstances de sa disparition sont suggérées. Le nom de l'auteur est peu connu, mais il a fait un genre de ces brèves biographies centrées sur un événement, un instant qui condense toute une vie.

Une cité radieuse qui n'est pas à Marseille, mais qui a été un des décors d'un roman de Didier Daenicnkx.

vendredi, 19 janvier 2007

L'énigme de la glace

Déjeuné chez X, dans sa maison de Portman Square. La décoration des pièces se réduit à des filets d'or le long des portes et des plafonds. On chercherait vainement une maison plus élégante et plus simple dans le rafffinement de ses proportions. Le Y est accroché dans la salle à manger et j'ai du mal à à en détacher les yeux pendant toute la durée du repas. Ce n'est pas seulement la qualité de ce merveilleux tableau qui me retient, c'est aussi l'énigme de la glace dans laquelle se trouve reflété un personnage que nous devrions voir de dos, au premier plan, et qui n'y est pas...

Après avoir regardé ces toiles, aussi longuement qu'il m'était possible, je me suis demandé ce que la peinture me donnait, en plus d'un plaisir immédiat et toujours très vif. M'a-t-elle aidé dans mon travail d'écrivain ? Il n'y a pas de couleurs dans mes livres, il n'y a que du noir et blanc, des effets de lumière et d'ombre, mais ce sont les livres d'un homme qui voudrait savoir dessiner avec force. Mon admiration va toujours aux peintres dont le trait est le plus énergique.

 

Le jeu est un peu plus compliqué que d'habitude. Il va falloir trouver le titre de l'œuvre et le nom du peintre. Celui-ci a déjà fait partie des noms cités dans les arts et les gens. Ensuite, il va falloir trouver le nom de l'heureux propriétaire de l'œuvre. Son nom est d'ailleurs encore associé à ce tableau qui est le fleuron de sa collection. Enfin, on devine aisément que l'auteur est un diariste, mais ce fut également un romancier français mais pas seulement français.

 

vendredi, 12 janvier 2007

L'Exquise

Voici le jeu de fin de semaine, le titre de l'œuvre est à trouver, mais non celui du livre dont j'ai tiré le texte. Le nom de l'écrivain ne sera pas facile à trouver, il fut un nouvelliste fort discret, confidentiel ; il n'a d'ailleurs guère écrit que des nouvelles ou parfois des récits qui n'atteignent pas la dimension d'un roman, mais il a été considéré comme l'un des maîtres de la nouvelle. C'est d'ailleurs d'une de ses nouvelles dont j'extrais le passage qui suit, mais est-ce vraiment une nouvelle ? Comme souvent chez cet admirateur des romantiques allemands et ce paronyme d'un surréaliste belge, on a plus affaire à une rêverie, une évocation, sans vraie fin. Pour le peintre, ce sera un peu plus facile, il est très connu, il paraîtrait que le même modèle a aussi servi pour une autre sainte, avec un costume non moins étrange. Ajoutons que Valéry a aussi écrit sur ce tableau qu'il avait vu de près étant jeune. Le narrateur se trouve dans une ville non nommée et il aperçoit deux jeunes filles lors d'une messe, il les confond avec deux tableaux (dont un est la Sainte-Lucie de Francesco del Cossa et l'autre celui qui nous occupe). 

 

Voici deux sœurs aux chevelures aile-de-corbeau. Vous les verrez mieux au credo, mais remarquez déjà leurs atours désuets, prétentieux dans une autre assemblée, ici d'un charme indéfinissable. Des jumelles sûrement, car tout en apportant grand soin à se différencier dans les détails de leur toilette, elles montrent les mêmes goûts profonds pour l'ampleur des soieries, les grands rubans, les bouillons excessifs à la naissance d'une nuque adorable (...) Et l'Exquise celle qui incline un front attentif, et même d'ici, nous permet d'entrevoir le grain de la joue sous le flot des cheveux longs.

L'Exquise a choisi un modèle à la fois plus simple et plus étoffé, mais la composition est assez voisine. Pour seul bijou, un collier de perles dont l'orient rehausse une carnation de pêche-abricot. La cape – car nous portons aussi une tenue saugrenue – est coupée dans une pièce de satin vermillon, riche en bouillons et plis moelleux. L'effet rappellerait un brocart fin, ou le bougran de soie. Cette chute mouvementée surgit d'un gros nœud bouffant qui sépare en deux bras égaux le fleuve de la belle chevelure. Le corselet bleu-noir laisse échapper une manche citron dont l'exhubérance est bridée au-dessus du coude. Enfin j'aperçois un soupçon de jupe prune parce qu'une mouche a dérangé ce chef d'œuvre de haute couture.

 

 

vendredi, 05 janvier 2007

Une silhouette noire

Chose très particulière à X, imitée seulement plus tard par d'autres peintres : ces objets dont il s'efforce de dire la forme, la couleur et même la matière, il en donne souvent, outre d'autres aspects, une sorte de projection, sous forme de silhouette noire. Rien de systématique dans tout ceci, d'ailleurs. Certaines fois cette « projection » est seule chargée de représenter l'objet, par exemple une pipe posée sur le faux bois de la table. D'autres fois, des gobelets ne sont montrés qu'une seule fois, peints attentivement, modelés au moyen d'ombres. Ils sont vus dans une espèce de perspective supra-cavalière si l'on peut dire, c'est-à-dire d'un balcon ou d'une galerie.

Il faut retenir alors de cette époque les débuts de la dissociation du dessin et de la couleur. C'est en effet alors que X renonce à revêtir un objet dessiné de sa couleur sur une surface entière, laissant au spectateur le soin de rétablir cet objet dans l'intégrité de sa couleur dont un échantillon seulement est donné. Nous verrons plus bas qu'il s'agit d'un premier pas vers une liberté encore plus grande et qui devait permettre à X de séparer nettement l'écriture de l'architecture.

 

 

Le peintre me paraît assez aisément reconnaissable. L'auteur beaucoup moins, car il fut fort discret et il a peu écrit. Pourtant, c'est un des hommes les plus considérables du siècle dernier, un personnage qui a permis à toute une génération d'écrivains et de peintres de vivre ou de travailler ou simplement de commencer, comme pour un futur ministre (j'ai déjà cité sur ce blogue le gendre de cet auteur à propos d'un peintre et puis j'ai livré quelques fragments d'un de ses autres ouvrages).    

vendredi, 22 décembre 2006

Tout naturel

Notre auteur est un poète que l'on pourrait croire plus modéré et tempéré, mais c'était un poète avec de solides convictions et il prit parti pour ce qui était le plus vilipendé en son temps. Il évoque dans ce texte pamphlétaire et halluciné (qui ne ressemble pas à sa production la plus courante) deux artistes. Le premier a fait partie de l'avant-garde de sa jeunesse, a été vilipendé par la critique bourgeoise, puis est devenu mondain, conservateur et va-t-en-guerre avant de finir ensuite dans la collaboration avec le nazisme, puis le retrait, le silence, l'oubli. Le second n'est pas exactement un peintre, mais sa fin ne fut pas moins tragique que ses débuts, et son style, comme son propos, en fait un des plus grands dessinateurs français.

 

W n'avait pas publié son Tournant dangereux, plein des attendrissants souvenirs des classes 99, 100 et un qui virent fleurir l'antimilitarisme au-dessus des pétunias de l'adjudant de casernement, entre les eaux grasses et l'atelier des sapeurs, que les troupiers de l'armée du Rhin se mettaient à mourir comme des mouches, c'est-à-dire de froid. Cela rajeunit de vingt ans ceux qui ont depuis longtemps fini de courir de tels risques.

La X, – t'en souviens-tu, W ? – la X publiait une belle image, de Y, je crois ; ce Y du chiffonnier à la sardine et de Toujours jeune grâce à L..., devenu Sidi Ben Y, quelque part dans le Sud-Algérien – une belle image avec une belle légende.

L'homme de garde, épaulettes et képi pompon (comme les dessinateurs alors, mieux que Y lui-même, le pauvre Charly, ancien enfant de troupe, dont l'atelier de la rue de la Bidasson, aux Buttes-Chaumont, était gardé par deux mannequins habillés, l'un en Chasseur d'Orléans, l'autre en Voltigeur de la Garde, et qui se tira un coup de revolver d'ordonnance dans l'oreille) épaulettes et képi pompon, dis-je, balançait son falot pour que l'adjudant à moustaches de vieux gaulois tombé dans la mominette, en long manteau aux manches du sacré ver solitaire, son sabre modèle 1874 sous le bras, put, à loisir, contempler son client de deuxième classe, celui qu'il avait à l'œil et qu'il ne ratait pas, celui qu'il pistonnait et qu'il s'était promis de faire passer au tourniquet, raide en son uniforme de treillis, raide sur la planche des locaux disciplinaires et pour ainsi dire, mort, clamecé, indubitablement et réglementairement.

Il disait cet adjudant :

— Mort de froid ?...  En hiver... tout naturel !...  

 

Il y a donc exceptionnellement deux noms d'artistes à trouver. J'ai donné assez d'indices pour eux, quant à l'écrivain si on trouve le premier peintre (qui était aussi écrivain), on tombe assez vite sur le milieu de notre auteur qui a été un des premiers historiens et critiques d'un mouvement majeur. Le choix du texte, en cette période de l'année, relève de mon esprit de mauvais Français. Il n'y aura pas de jeu la semaine prochaine : le Petit Champignacien se met en vacances jusqu'au Nouvel An, mais quelques publications sont déjà programmées cependant, ce ne sera pas écran blanc.

vendredi, 08 décembre 2006

Une extase immobile

On va faire dans la répétition pour le jeu. Le peintre et l'écrivain ont déjà été cités pour des jeux précédents. Il faut donc trouver aussi l'œuvre et le lieu.

 

Ce sont ses élèves et ses successeurs, tous imbus de son style, qui ont tapissé de leurs œuvres les autres parois de l'édifice. Il n'y a point de monument chrétien où les pures idées du Moyen Âge arrivent à l'esprit sous tant de formes, et s'expliquent par tant de chefs d'œuvre contemporains. Au-dessus de l'autel gardé par une grille ouvragée de fer et de bronze, X a couvert la voûte surbaissée de grands personnages calmes et d'allégories mystiques. C'est Y recevant des mains du Christ la Pauvreté comme épouse ; c'est la Chasteté assiégée en vain dans une forteresse à créneaux, et honorée par les anges ; c'est l'Obéissance, sous un dais, entourée de saints et d'anges agenouillés ; c'est Y glorifié, en habit de diacre, entouré des vertus célestes, de séraphins qui chantent. Ce X, qui, au-delà des monts, ne nous semble qu'un maladroit et un barbare, est déjà un peintre complet ; il fait les groupes, il sait les airs de tête : ce qui lui reste de roideur ne fait qu'ajouter à la sévérité religieuse de ses figures. Un relief trop fort, un mouvement trop humain dérangerait notre émotion ; il ne faut pas des expressions trop variées ni trop vives pour des anges et des vertus symboliques ; ce sont toutes des âmes dans une extase immobile. 

vendredi, 01 décembre 2006

Un missel gigantesque

 

Cette église est entièrement peinte à l'intérieur par X. — Aucune colonne, aucune nervure, aucune division architecturale n'interrompt cette vaste tapisserie de fresques : l'aspect général est doux, azuré, étoilé comme un beau ciel calme ; l'outremer domine et fait le ton local ; trente compartiments de grande dimension, indiqués par de simples traits, contiennent la vie de la Vierge et celle de son divin fils dans tous leurs détails — on dirait les illustrations en miniature d'un missel gigantesque. — Les personnages, par de merveilleux anachronismes bien précieux pour l'histoire, sont habillés à la mode du temps où peignait X.

Au-dessous de ces compositions d'une suavité charmante et du sentiment religieux le plus pur, une plinthe peinte montre les sept péchés capitaux représentés d'une manière ingénieuse, et d'autres figures allégoriques d'un fort bon style ; un paradis et un enfer, sujets qui préoccupent beaucoup les artistes de cette époque, complètent cet ensemble merveilleux. Il y a dans ces peintures des détails bizarres et touchants : — des enfants sortent de leurs petits cercueils pour monter au paradis avec un empressement joyeux, et s'élancent pour aller jouer sur les gazons fleuris du jardin céleste ; d'autres tendent les mains à leurs mères à demi ressuscitées. — On peut faire aussi la remarque que tous les diables et les vices sont obèses, tandis que les anges sont fluets, élancés. Le peintre marque ainsi la prépondérance de la matière chez les uns et de l'esprit chez les autres.

Qui est le peintre et quel écrivain l'évoquait ?

 

samedi, 25 novembre 2006

La Pauline

La sculpture à trouver était bien entendu la Vénus Italica de Canova qui se trouve au musée Pitti de Florence.

 



Cette Vénus à la fois pudique et impudique présente un postérieur fort intéressant que l'on ne reproduit pas souvent. On en trouve de nombreuses copies dans d'autres musées, comme ici en Caroline du Nord.

 

 



On préfère les vues frontales en ne conservant que le drapé ou même pire les simples bustes.

 



Le profil de cette figure en fait une sorte de Marianne italienne, mais il présente surtout l'avantage de nous montrer le meilleur visage du modèle, Pauline Bonaparte.  Qu'est-ce qui a pu intéresser tellement le public de l'époque pour cette figure ? Je pense que cela tient à plusieurs aspects. D'une part la torsion du corps qui est tourné vers la droite, dans le sens de la lecture du spectateur, le regard est à la fois offert et dérobé, le voyeur est impudique. Ensuite, le mélange de ce qui est visible et caché, un sein est découvert, l'autre est exhibé, une jambe est avancée et nue, une autre est immobile et voilée, les fesses se devinent sur les flancs, mais il faut vouloir les observer nues. Nous avons à la fois l'exhibition d'une reine, comme surprise au sortir du bain, et une sorte d'absence de toute référence à la nudité comme en témoignent les nombreux bustes fabriqués à partir de cette œuvre. Cela me fait penser à ce que Tournier nommait le portrait nu où le photographe ne représente pas le corps nu en entier, mais juste le visage de la personne nue. Il y a alors une sorte de vérité qui apparaît, plus profonde et secréte que la simple représentation des parties dites impudiques.

Pauline Bonaparte est ma préférée dans cette famille totalement déjantée. C'était une croqueuse d'hommes, ce que l'on nommerait aussi une salope, une putain, une bonnasse. Mais c'était surtout quelqu'un qui était totalement égaré dans un monde qui n'était plus le sien : ses références sont celles du temps des Merveilleuses qui entraient dans les salons non seulement avec des décolletés vertigineux, mais avec des robes qui ne laissaient rien cacher de leurs appâts tellement elles étaient fines et transparentes. L'histoire de la Révolution est un temps surprenant, on revivait l'Antiquité tous les jours, soit en se prenant pour Cicéron en toge devant les assemblées, soit en se vêtant comme ce que l'on croyait être les premiers Romains (lesquels détestaient en fait la nudité publique et la condamnaient). La coiffure même de la Pauline est imitée des modèles de sculptures antiques, mais c'est la mode de son temps : on vivait en pleine Antiquité tous les jours et on fabriquait une sorte de nouveau classicisme sans aucune distance, contrairement au classicisme des époques antérieures. Pauline est sans doute la personne la plus intelligente et la plus cultivée dans cette famille maffieuse, mais elle a plus subi son temps qu'elle ne l'a transformé.

 



Mais la Pauline nous intéresse aussi par cette autre sculpture de Canova. Même profil, même jambe découverte, même drapé. La posture sur la méridienne est absolument banale dans le style Empire puisqu'on la retrouve dans d'innombrables portraits. Le meuble est né à cette époque, toujours en conformité avec l'époque, mais en réalité il n'est pas vraiment romain, ce lectus est en fait un objet étrusque à l'origine (les Étrusques étaient de bons vivants par rapport aux Romains d'avant la décadence).

 

 



Mais voilà qui nous intéresse plus, la chute de reins de la Pauline et elle est fichtrement bien mise en valeur par le fait qu'on ne voit pas tout. Comme Ségolène aujourd'hui, la Pauline était une grande communicante puisqu'elle ne montre pas ce qui pourrait la desservir, mais elle n'avait pas compris que le XVIIIe s. était fini, que l'Antiquité de son temps était une sorte de fiction, que l'on allait entrer dans une époque où ces formes allaient devenir des poncifs reproduits de manière industrielle, que le puritanisme allait déferler (déjà bien préparé par son plus illustre frère). Pauline prolonge un temps totalement irréel, mais pensé de manière naturelle. Après elle, on a les souveraines hypocrites et pudibondes : Sissi, Victoria, Eugénie, le trio infernal. 

vendredi, 24 novembre 2006

Une Vénus

Je complique un peu le jeu artistique. Il ne s'agit pas seulement de trouver le nom d'un écrivain (ici une auteure fort féministe), le nom d'un artiste, le titre d'une œuvre, mais encore le surnom de l'œuvre. Comme l'extrait est fort bref, j'ai conservé les initiales d'origine sans écrire X ou Y. On admirera ce petit passage de rosserie féminine qui s'allie en fait à un parfait snobisme puisque la même personne admire auparavant des œuvres de commande de Titien et de Rubens sans grande inspiration ou originalité, mais où le superficiel arrière-plan historique lui fait trouver beau et profond ce qui est d'abord une convention. On peut d'ailleurs se demander si un de ses amants ne s'est pas un peu inspiré d'elle pour l'héroïne de son plus célèbre roman.

Nous voici dans la salle de F., où trône la fameuse Vénus de C. que les F., dans un jour d'engouement, surnommèrent l'I. Elle est maniérée et flasque ; les épaules voûtées font incliner le sein sous une draperie sans grâce que soutient une main molle aux doigts écartés. La dernière des Vénus antiques est préférable. J'aime mieux regarder, dans la même salle, de belles consoles en mosaïque.   

vendredi, 17 novembre 2006

Un lion

On voit aussi dans cette même pièce le fameux X, antique rare et bien conservé. Le bas est un lion, emblême de la force. La statue est un seul X ou membre viril, mais d'une si prodigieuse grosseur, qu'il serait possible de voir ce morceau sans le deviner. Sur le haut est la partie distinctive du sexe féminin qui paraît s'y adapter, allusion sans doute à l'opération que pratiquaient sur cette statue les filles et les femmes qui y avaient dévotion. Ce marbre est derrière la porte, recouvert d'une tête de lion en carton et ne se montre pas si l'on a avec soi quelque jeune personne dont on craigne d'éveiller l'imagination, quoique en vérité je crois que la femme la plus instruite, pourrait le voir sans le deviner ; et il faut être prévenu pour reconnaître la représentation.

 

Ce texte est tiré d'un récit de voyage peu connu d'un célèbre écrivain qui, après s'être évadé, se trouvait alors en exil dans un autre pays où il se faisait appeler comte sous un faux nom. Quel est cet écrivain ? Le nom du sculpteur est inconnu, il faut donc trouver le titre de l'œuvre et l'endroit où on peut l'admirer.

vendredi, 10 novembre 2006

Comme en dormant

Pour le jeu de fin de semaine, il faut trouver trois noms : celui du tableau ou du sujet (les indices sont nombreux), le nom du peintre (facile car si on connaît le nom du personnage, on trouve le lieu où est conservé le tableau), et enfin le nom de l'écrivain, enfin... plutôt des écrivains. Dans ce dernier cas, c'est plus difficile, mais on retrouve là l'une de leurs nombreuses obsessions, propre aux hommes de leur siècle, mais portée à l'extrême chez eux. J'ai justement choisi ce texte car il montre, à mon avis, plus celui qui voit que ce qui est vu ou ce qui avait été vu.


Devant le X, de l'église Saint-Dominique, devant le tableau de Y, me revenait l'histoire de cette sainte hystérique. 

Je me la rappelais à l'âge de six ans, dans cette ancienne rue de la Valle piatta, levant les yeux vers cette église où j'étais entré, et voyant le Christ sur un trône, à travers un voile d'or tenu par des séraphins, et éprouvant une joie si puissante de cette vision, que secouée dans son extase par son frère, elle s'écriait : « Oh ! si tu pouvais voir les belles choses que tu vois, tu ne me dérangerais pas ainsi ! » et la petite fille fondait en larmes. C'est elle encore, qui devenue une fille de Saint-Dominique, et demeurée sans instruction jusqu'à l'âge de trente ans, déclare que Jésus-Christ lui a appris à écrire dans une extase, en cette curieuse phrase : « Je commençai à écrire, comme en dormant. » C'est elle enfin, qui, à Pise, après un long agenouillement les bras en croix, tombait par terre, comme foudroyée, et se relevait rayonnante d'une beauté surhumaine, portant sur le corps les stigmates de Jésus-Christ.  

lundi, 06 novembre 2006

Peinture rouge (3)

Ce n'est pas une invention de forme ; ce sont des inventions de couleur. C'est une invention de vie passée, enterrée, qui trouve ses formes, ses situations, son espace avec une ingénuité primitive. Maria Izquierdo trouve en elle la mémoire des anciens enchantements, des anciens drames, des anciennes conjurations tragiques, des anciennes tueries.

Une vie fabuleuse, mythique, jaillit de ses toiles, irradie de ses pinceaux. Et cette vie possède ses formes natives, grossières, ailées et pleines. Elle trouve les formes ingénues, la couleur brutale, enfantine, violente qu'il faut. Ils sont là, tous les âges de la mythologie antique, et aussi leurs tempêtes, leur mystère déchirant, leurs nuages convulsés.

Des lions domestiqués, amis de l'homme, surgissent comme des soleils sous les murailles d'une ville enchantée.

Il manque à la peinture d'aujourd'hui une infusion de sang mythique. Maria Izquierdo peut la lui donner parce que, dans ses tableaux de la vie contemporaine (une jeune fille se déshabillant devant une fenêtre ouverte), un vieux frêne brille par ses formes et ses couleurs, et que tombent les rayons d'un soleil oblique dont le foyer ne se situe nulle part.

 

Antonin Artaud

medium_izquierdo.jpg

dimanche, 05 novembre 2006

Peinture rouge (2)

Et l'inspiration, l'inspiration qui est un puissant atavisme de la race abonde dans l'art de Maria Izquierdo. Elle n'est pas un de ces peintres dont on peut dire qu'il sait voir et peindre. Pareille faculté est des moindres chez un peintre véritablement inspiré. De Maria Izquierdo on ne peut pas dire qu'elle peint. Les formes et les couleurs naissent sous son pinceau avec une sorte de vivacité intérieure qui est une marque de sa prédestination. Les personnages y entrent sous la forme où ils avaient auparavant vécu ; les couleurs s'unissent à la vibration du spectre solaire de telle sorte qu'elles se correspondent en une harmonie plus qu'étrange : un rouge et un bleu accomplissent ce miracle de se renvoyer mutuellement leur mystère, le mystère né de la couleur.

Antonin Artaud

medium_izquierdo2.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce paragraphe-ci se retrouve en grande partie dans les Messages révolutionnaires.

samedi, 04 novembre 2006

Peinture rouge (1)

Voici trois ou quatre siècles que s'est éteinte la civilisation rouge. Et de nouveau l'âme rouge est retournée sous terre.

Pourtant la culture rouge resplendit encore ici et là, bien que fortement masquée par les apports de la civilisation européenne.

La peinture de Maria Izquierdo prouve que l'esprit rouge n'est pas mort ; que sa sève bouillonne avec une intensité accrue du fait même d'un long travail d'attente, d'incubation, de macération.

Il manque à l'art européen une substance. Très forts sur le plan technique, maîtres incontestés dans l'art d'adapter les styles, d'assembler les lignes extérieures en des aspects plus ou moins limités de l'antique – un antique qui fut proche et qui, aujourd'hui, est assyrien, égyptien, hindou, chinois, balinais, perse et même précolombien – les peintres français manquent d'inspiration.

Antonin Artaud

medium_Oaxaquena.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce texte daterait de 1936, lors du séjour au Mexique, et il aurait été publié dans le catalogue d'une exposition de Maria Izquierdo. On ne possède aucun original en français, mis à part une note très brève qui correspond au troisième paragraphe. Il existe un autre texte sur Maria Izquierdo qui a été publié dans les Messages révolutionnaires. À ma connaissance, le texte-ci ne figure dans aucun des volumes de l'œuvre complète d'Artaud, entreprise menée par Paule Thévenin pendant des décennies et sabordée ensuite par un héritier qui se comporte un peu comme la veuve Borges... Un des grands scandales de la litttérature. Artaud trois fois mort...

vendredi, 27 octobre 2006

Un rêve

J'ai été un peu déçu par mon dernier jeu car les deux participantes ont voulu redoubler d'implicite... Donc, je n'ai pas donné les solutions complètes et je boude. Cette fois, j'ai choisi un écrivain et un artiste français, plus guère connus. Le texte est tiré de leur correspondance, ils ont beaucoup échangé puisque l'un était dans l'incapacité totale de se déplacer. Ce qui les a unis, c'est un goût commun pour une sorte d'ésotérisme à la sauce platonicienne autour du mythe de l'androgyne (une grande série de dessins utilise un oxymore dans le titre) et puis le travail du rêve. Le texte se réfère à une des œuvres les plus connues de ce plasticien, à la fois peintre, illustrateur, écrivain et concepteur, mais ce n'est pas une description fidèle du support. Toutefois, le mot clé se trouve dans l'extrait. L'écrivain était en train de travailler un texte pour un recueil commun sur ce sujet.

medium_bellmer.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième rêve (éveillé). Simple : étendu, je m'éveille, une poupée dans le berceau de mon bras gauche, une poupée dans le berceau de mon bras droit. Celle de gauche, d'elle-même, me montre sa main comme pour m'en faire vérifier la petitesse. Mais je vois que, sans rien lui enlever de son charme, on a remplacé le quatrième et le cinquième doigt par la  fourchette et le couteau en miniature que l'on voit dans les dînettes de poupées. 

Cependant, je caresse la poupée de droite, étonné de son corps dodu et mou, mais frais et voluptueux, et, plus étonné encore, comme je lui ai caressé la hanche, de mouiller mon doigt d'un peu d'humeur que j'essuie à sa chemise. Stupeur en revenant à moi, cette souillure, c'est une plaie que je porte moi-même, exactement au même endroit. Ah ça ! Serais-je moi-même dans le sommeil de l'hypnose (?) ces êtres que je crée ?   

samedi, 21 octobre 2006

Nipplegate en Turquie

medium_delacroix.2.jpg

vendredi, 20 octobre 2006

Entre quatre-z-yeux

Pour le jeu de fin de semaine, il ne s'agit pas exactement de trouver un peintre ou un tableau, mais un journaliste et écrivain qui était aussi un peintre sans que ce soit son activité principale. Cet auteur a publié notamment une sorte de roman graphique qui emprunte une partie de ses procédés à la bande dessinée mais à partir de peintures, il était d'ailleurs fort lié à un ancien auteur de bande dessinée qui est passé lui du côté de la caméra et qui a longtemps voulu adapter une série de bande dessinée (j'ai un peu évoqué le fait au sujet du Maître, mais sur un autre blogue). Cela fait un deuxième nom à trouver donc. Ah ! on peut aussi en chercher un troisième : notre auteur s'est servi d'un épiscope pour projeter des photographies qui lui permettaient ensuite de peindre à partir des contours. Ce procédé lui avait été suggéré par un troisième larron : un peintre mondialement connu dont les toiles extrêmement chères ont inspiré notre écrivain-peintre notamment pour ses paysages désertiques et puis qui a réalisé des maquettes pour un deuxième cinéaste qui a tourné ainsi des scènes de rêve (ce même cinéaste avait commencé comme peintre d'ailleurs, lui aussi). Qui sont nos personnages et d'abord le premier ?

Je n'ai pas repris la réalisation. J'ai repris l'idée. J'ai fait, par exemple, plusieurs têtes de femmes à quatre yeux. Un jour, probablement par hasard, j'ai eu envie de faire deux yeux, et juste au-dessus, deux autres. Et puis je me suis aperçu que cela provoquait un effet de displopie. C'est-à-dire que cela donnait l'illusion, cela donnait la sensation, à la personne qui regardait, de voir double, tandis qu'elle voyait juste. Il en découle un sentiment de malaise, presque, chez celui qui voit cela. Mais il en découle en même temps une grande vitalité de l'image.

samedi, 14 octobre 2006

Voir et savoir

J'ai trouvé ce site qui offre des questionnaires sur les connaissances en peinture ou autour d'elle. Une manière de prolonger mes jeux ou ceux de M. KA. Il faudrait que je fasse une catégorie pour les sites ou les blogues visuels, mais je ne peux faire le tri vu le nombre et la qualité, donc y en a pas.

Le voyage à Montauban

medium_degas.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En voulant préparer le jeu de fin de semaine, j'ai feuilleté les lettres de Degas. C'est un livre illustré de fort mauvaises reproductions, publié par Grasset en 1931, en outre avec un papier qui commence à partir en lambeaux (les exemplaires de cette période se conservent très mal, plus mal que des exemplaires plus anciens). Degas est un peintre littéraire, comme Dubuffet, Braque, Picasso, Van Gogh. Ses textes ne valent pas seulement comme documents, ce sont parfois de petites esquisses en deux lignes qui montrent le talent qu'il aurait eu comme chroniqueur, d'autant qu'il avait le souci de l'amitié, du détail et de la précision technique. Degas, c'est aussi le peintre mal aimé parmi les impressionnistes : trop d'aristocratisme alors qu'il avait abandonné sa particule, trop de chevaux, de baigneuses et de danseuses et pas assez de nature, trop de désir de préparer avec les dessins son motif, trop d'élégance alors que la fin de sa vie est une tragédie : comme Renoir ou Matisse, il perd les moyens de son art. Mais là où la main faillait chez eux, ce sont ses yeux qui le trahissent. Degas se tourne alors vers la sculpture pour retrouver les formes qui l'enchantaient. Or s'il est un peintre français inspiré par la sculpture, par le volume qu'elle procure, le mouvement des corps et les torsions nécessaires à l'équilibre des masses, c'est bien Ingres, et Ingres était le premier maître de Degas, celui qu'il a copié, avant de se tourner vers Delacroix. L'histoire de la peinture du XIXe s. se résume très caricaturalement (un peu comme celle de la littérature du XVIIe s. entre Corneille et Racine) en Ingres ou Delacroix ? Delacroix, c'est la vie, la couleur, la modernité affirmée, le présent, le premier jet. Mais Ingres ce n'est pas un monde mort, un univers clos, le passé, le classicisme figé, le ressassement des études. Chez  Degas, Ingres et Delacroix cohabitent et c'est cette tension qui le rend profondément moderne car il transforme l'instant en éternité.
Parmi les lettres, j'ai trouvé celle-ci qui est adressée au maire de Montauban, écrite sur un papier à en-tête de l'hôtel du Midi de Montauban, brûlée par endroits et tachée d'encre (Degas est quasiment aveugle), non signée, retrouvée dans les papiers de Degas à sa mort. Elle date de 1897 quand il a fait un voyage pour apercevoir, entrevoir, entr'apercevoir les tableaux ou les dessins qu'il avait copiés dans sa jeunesse et d'autres. C'est une sorte de retour aux sources : le vieux Degas aveugle revient au contour puisque la couleur lui échappe. La lettre est confuse, il doit être fatigué après une journée et c'est un brouillon. Il propose des photographies, or il faut savoir que Degas a été un des premiers peintres à se servir de la photographie pour décomposer le mouvement, la photographie lui est naturelle. Je trouve émouvante cette histoire car rien n'obligeait Degas à venir discerner encore une fois les toiles qui avaient permis à son art de naître.  

Monsieur le Maire,

L'entretien que nous avons eu, vous désirez que je vous en adresse un résumé. Avec le mauvais état de mes yeux, je suis obligé d'être plus bref qu'avec ma langue. Donc je vous prie de présenter à la Commission et d'appuyer, s'il le faut, ma demande qui est de faire avec le Musée Ingres un petit échange de photographies. Le Musée possède des dessins se rapportant à des tableaux d'Ingres que j'ai le bonheur de posséder. Je ferai faire à Paris des photographies de ce que j'ai et le Musée me laissera photographier ce qu'il a de relatif. J'ajoute que les choses que je possède sont inédites...   

vendredi, 13 octobre 2006

Une perpétuelle métamorphose

Un peintre et un écrivain. Qui sont-ils ?

Cela dit, les aventures de X étaient d'ordre intime. Inventeur d'un univers propre, peuplé de créatures qui lui appartiennent entièrement, il put enrichir la peinture contemporaine des plus extraordinaires visions poétiques. Un monde en perpétuelle métamorphose emplit ses tableaux, où le graphisme le plus élémentaire s'élève au plan des grands mythes, et se transforme en un langage de signes et de symboles. L'un de ses dessins les plus admirables suggère tout un cortège en marche, avec un petit nombre de traits dont la facture évoque les dessins d'enfants... Je me rappelle avoir fait une expérience curieuse, dans la maison près de La Havane qu'habitait Ernest Hemingway, un jour où je regardais les peintures de X placées à côté d'une fenêtre donnant sur un jardin planté de palmiers exubérants et de bougainvillées en fleur... Eh bien : dans un tel environnement, les œuvres de X s'incendiaient, se tropicalisaient, s'harmonisaient prodigieusement avec un paysage qui, apparemment, leur était étranger. Tel est le pouvoir d'universalité des œuvres dues aux grands artistes.  

medium_klee.jpg

vendredi, 06 octobre 2006

Portrait de l'artiste en garçon de café

Le jeu de fin de semaine présente un extrait de carnets d'un célèbre écrivain, assez controversé, et un peintre aussi célèbre,  et même si ce tableau n'est pas l'un des plus reproduits, il est emblématique de sa manière.

 medium_lathuille.jpg

 

Bonne leçon sur le sujet de l'image explicite. Au premier plan, sur une terrasse, un couple d'amoureux. Le visage de l'homme peint comme par un Frans Hals fin-de-siècle. On peut deviner à l'arrière-plan des buissons, plutôt qu'en préciser la nature – de même, les tables servies ne sont qu'ébauchées, avec le garçon qui, à l'intérieur, s'active autour d'elles. Le garçon du plan moyen se tient en marge du tableau, tel que l'attraperait un coup d'œil oblique. Il tient une cruche de la main droite, une serviette dans la gauche. Le regard, l'attitude sont aussi attentifs et empressés, mais aussi critiques que l'exige le métier. Figure accessoire ? Au contraire – c'est le peintre lui-même  qui saisit quant à son sens un événement transitoire. Celui-ci s'imprime dans son esprit, comme l'addition dans celui du garçon, et pourtant son tableau ne montre pas que l'instant d'une civilisation plus que mûre, avec son atmosphère propre et son décor, mais un entrelacs de sentiments tel qu'il s'en trouvait tous les jours à Pompéi.   

samedi, 30 septembre 2006

Les rêveuses

Le texte de Claudel est extrait de l'Œil écoute, recueil d'essais ; l'article avait été publié dans la NRF en janvier 1939 sous le titre "Quelques exégèses". Claudel décrivait ainsi la reproduction dans son journal en décembre 1938 : « Une femem qui dit le Benedicite, les yeux fermés devant une table servie : pains (l'un coupé, l'autre entier), pichet, plat avec jambon, assiette, couteau en surplomb, à l'extrémité un livre, un tablier, une sonnette. » Il ne fait aucune allusion au détail qu'il juge essentiel ensuite. Dans l'article, il ne parle plus de prière, mais la religion est rappelée par une surinterprétation allégorique de ce qui est pour lui une sonnette. En juillet 1933, il en parlait ainsi dans son journal : « Autre Maes, une femme en rouge, priant devant la nourriture : une écuelle, deux ?, du saumon, des pains. Au mur un sablier, des clefs. » On notera la transformation du saumon en jambon avant sa disparition : le pain avait un sens plus symbolique pour lui. La sonnette n'est pas encore présente.

medium_maes.jpg

 

 

Qu'est-ce qui a intéressé Claudel dans ce tableau ? Bien sûr le recueillement, mais ce n'est pas simplement un recueillement religieux comme le montre le changement de titre de Une vieille femme en prière ou Une femme en prière à La Rêverie. Claudel a fait trois voyages aux Pays-Bas en 1933 et 1934. À chaque fois, il a évoqué dans son journal puis dans son "Introduction à la peinture hollandaise" (même recueil) de 1935, les tableaux de Nicolaes Maes qui présentent des femmes seules et concentrées sur des occupations soit domestiques, soit spirituelles. Les éléments très concrets du repas l'ont retenu, il prend autant de soin à les énumérer que les objets dont il donne une lecture religieuse alors que ce sont des objets ordinaires. Le second point qui a pu le retenir, c'est le comique de la situation : une femme perdue dans ses pensées qui va voir toutes ses prières et tous ses efforts ruinés en un instant par le chat dont elle ne se préoccupait pas. Le sens comique de Claudel existe (confer Protée ou l'Ours et la Lune), même s'il est un peu lourdaud. Il a trouvé dans ce tableau la traditionnelle opposition entre le haut (la prière, les objets qui rappellent l'esprit, le temps) et le bas (le repas, l'animal). Le troisième point, c'est la présence des clés. Or Claudel est l'auteur d'une exégèse de la clé, il emploie aussi le terme dans un de ses essais. C'est un hugolien et comme tout hugolien, il voit le rôle symbolique de la clé, en écartant bien entendu son sens sexuel ou son sens politique. Dans les quatre tableaux de Maes que Claudel décrit dans son journal, il revient à chaque fois sur le détail des clés. La clé, c'est celle qu'il veut donner au lecteur.

medium_servante2.2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce tableau est ainsi décrit par Claudel : « Une autre liseuse de N. Maes, cette fois de face. Il y a toujours la clef et dans le renfoncement un flambeau, une cruche et des livres fermés. Sur la table un gros livre ouvert (la Bible, Amos), à côté  d'un tambour de dentellière (la raison humaine qui entrecroise les fils ?), mais qu'elle ne lit pas, car elle a les yeux fermés. La main recourbée sur la bouche. Au mur, un objet indistinct que je crois être un robinet (ayant un rapport avec la cruche et la clef de la cave). » Claudel ne retient pas ici le thème de la rêverie, mais transforme celle-ci en réflexion religieuse. La femme est ailleurs, les livres sont clos ou renversés, les clés ne sont pas rangées : ce qui est souligné, c'est l'absence du regard et les femmes de Maes dans ses scènes domestiques ne regardent jamais le spectateur, la scène que l'on voit n'est pas celle du personnage. Ainsi de cette autre toile, la Servante endormie ou la Servante paresseuse.

medium_servmaes.2.jpg                                                       

Ce tableau-ci présente lui aussi un thème comique, mais cette fois la composition est plus proche du théâtre puisque l'on a un personnage qui s'adresse au spectateur de manière frontale, que l'on observe dans l'encadrement d'autres personnages qui pourront être les témoins de la scène et qui pourront observer le désordre, car c'est bien de désordre dont il s'agit, exactement comme pour les deux premiers tableaux. Pas de clés ici, aucun livre, mais simplement la femme qui n'est pas là, qui ne nous voit pas. Ce tableau est à rapprocher de celui-ci de Vermeer.

 medium_vermeer.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette toile, la Jeune fille assoupie, a d'abord été décrite comme la Servante ivre, assoupie à sa table. Justement par analogie avec le tableau précédent de Maes. Or on ne trouve pas trace d'ivresse dans ce tableau ou de condition ancillaire, mais c'est comme toujours chez Vermeer une occupation qui ne dit rien, une scène qui possède une histoire sans aucun signe sur ses causes, un regard qui ne se préoccupe pas du spectateur (sauf bien sûr la Jeune Fille à la perle ou au turban). C'est un moment seulement, et ce qui importe c'est le jeu de la lumière, la disposition des cadres, la répartition des couleurs. Chez Vermeer, on n'est plus dans la scène de genre comme chez Maes : on entre dans la peinture comme langage propre. Maes n'est pas le peintre religieux et allégorique que Claudel veut voir, c'est un peintre de transition qui prend des sujets quotidiens en mélangeant les aspects profanes – le repas, l'auberge, la broderie ou l'épluchage des légumes ! – avec des aspects plus spirituels comme les livres, très présents dans les intérieurs néerlandais de l'époque. Mais Maes pose déjà la question du regard sur les toiles. 

vendredi, 29 septembre 2006

La patte avide du chat

Pour le jeu de fin de semaine, j'ai choisi un peintre peu connu, mais qui fut l'élève d'un autre bien plus célèbre. Le tableau qui est décrit porte un autre titre que celui qui lui a été donné par l'écrivain : ce dernier s'est trompé et il a attribué à cette œuvre le titre d'une autre toile du même peintre, avec le même type de personnage dans une autre pose. D'ailleurs, le second tableau (qui possède plusieurs titres, mais le titre en français dans l'original est le plus connu) a lui-même inspiré un troisième peintre célèbre, du même pays. Vous voyez que l'affaire est compliquée. L'écrivain ? Eh bien ! disons que tout le monde ne l'aime pas, par exemple une blogueuse qui est pourtant représentée en abîme dans le tableau. Je trouve la confusion intéressante car elle montre le détournement fréquent de notre auteur vers son idée centrale. D'ailleurs, le thème ou le second titre du deuxième tableau ne pouvait que lui déplaire.

C'est une vieille femme, les yeux fermés, les mains jointes, coiffe et guimpe blanches, manches rouges bordées de noir qui prie toute seule devant ce repas solitaire qu'elle s'est préparé à elle-même. Il y a deux pains, l'un intact et l'autre entamé, un pot de soupe, il est bien chaud, à côté de cette assiette blanche, un pichet, et attention ! sur le rebord de la table un couteau oblique, dont le manche surplombe le vide. Au mur dans un enfoncement les objets symboliques, chers à notre X, qui sont un sablier, deux livres, l'un fermé, l'autre ouvert, deux clefs, et une sonnette en qui je n'ai aucune peine pour ma part à voir symbolisée la Résurrection des Morts. Mais toute l'explication de la composition est dans le coin de droite en bas.

C'est presque invisible, un chat, qui de la patte attire à lui la nappe, déterminant ainsi, dans une direction accentuée par le couteau, un triangle dont l'évasement embrasse toute la composition, la géométrie lumineuse du bas correspondant au déversement ténébreux de la partie supérieure.

Ici donc, comme dans beaucoup de tableaux hollandais, il y a à la fois immobilité et mouvement, un état d'équilibre miné par l'inquiétude, dans l'espèce la patte avide du chat.

vendredi, 22 septembre 2006

Le clair et l'obscur

 Pour le jeu artistique, le texte ci-dessous renvoie explicitement au titre de la plus célèbre gravure. L'écrivain est plus difficile à trouver, j'ai cité une fois un de ses poèmes je crois. Poète, romancier, critique, auteur de récits de voyages ou sur l'art, mémorialiste, il s'intéressait en particulier à la Chine.

 medium_goya.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X demande à l'eau-forte à la fois ce que lui demandaient les graveurs populaires et ce que lui demandait Rembrandt. Il va en faire le journal public et le journal intime de ce qui bouillonne et sursaute en lui, l'expression des forces inconscientes,  du grand songe intérieur de son peuple, et l'expression de ce qu'il a, lui, X, de plus secret et de plus singulier. X peintre, avec le génie dont il déborde, demeure le pensionné du roi ou le fournisseur d'une clientèle . Avec ses Y, il demande son appui et sa clientèle au public, au vaste, anonyme et libérant public. Il ne travaille plus pour plaire à un seul, mais il crée pour se plaire à lui-même, pour que le public réponde.  (...) Ici commence le combat du jour et de la nuit dont X va faire le nœud  de son œuvre gravée. Et ce n'est pas un calembour critique que de voir, en effet, dans les Y, l'expression angoissée  des forces nocturnes et des forces de clarté.  

lundi, 18 septembre 2006

Le verrou

Je participe au jeu de M. KA de la Boîte à images, mais à ma manière, en vers de mirliton.

medium_verrou.jpg

 

 

  

— Mon ami, je vous en supplie, ouvrez donc là

Ce frigo, j'ai un désir fou de Nutella !

— Je ne veux plus vous voir partir, ma tendre et chère,

À vos réunions nocturnes de weight-watchers !

 

vendredi, 15 septembre 2006

Chacun fidèle accompagnateur

Pour le jeu de fin de semaine, j'ai choisi un écrivain mondialement connu qui figure déjà parmi ceux que j'ai pu citer et pour lequel j'ai aussi exprimé mon admiration. Le texte est tiré de ses mémoires, il renvoie en fait à une des sources de son grand roman, cela explique notamment la fin tragique du livre. Le peintre est aussi fort connu, mais notre écrivain n'a pas vu l'original de l'œuvre : il décrit une copie, l'original se trouve en Italie. Il faut dire que notre peintre a été abondamment copié, notamment par son fils, et que le Louvre possède lui aussi une copie du même tableau. Le tableau possède par ailleurs plusieurs titres, comme c'est fréquent à l'époque. Quant à l'importance du sujet, on la retrouve dans la peinture et la poésie françaises, avec de fréquentes allusions au même thème et parfois au même tableau.

medium_bruegel.JPG

L'idée de la cécité me poursuivait depuis que j'avais eu la rougeole dans ma petite enfance, perdant la vue pendant quelques jours. Et là, il y avait six aveugles formant une file irrégulière, se tenant les uns les autres à des bâtons ou par l'épaule. Le premier d'entre eux qui les conduit est déjà dans un fossé plein d'eau, le second, près de s'y précipiter avec lui, tourne vers le spectateur son visage, ses orbites vides, sa bouche ouverte d'effroi et montrant ses dents. Entre lui et le troisième, il y a le plus grand écart représenté sur ce tableau, tous deux tiennent fermement le bâton qui les unit, mais le troisième a senti un à-coup, une incertitude dans le mouvement et il se lève légèrement sur la pointe des pieds, son visage que l'on voit de profil – un seul œil aveugle –, trahit non pas la crainte, mais l'amorce d'une question, tandis que, derrière lui, le quatrième, plein de confiance encore, laisse sa main posée sur son épaule, le visage tourné vers le ciel. Sa bouche est grande ouverte, comme s'il attendait que quelque chose d'interdit à ses yeux y tombe. Il tient son long bâton dans sa main droite, sans s'y appuyer. Des six, c'est celui qui a la foi la plus grande, sa confiance s'affirmant jusque dans le rouge de ses bas ; les deux derniers derrière lui suivent avec soumission le chemin qu'il indique, chacun fidèle accompagnateur de celui qui le précède. Leurs bouches sont ouvertes aussi, mais moins, ce sont eux qui sont les plus éloignés de l'eau et ils attendent ; ils ne craignent rien, ne posent aucune question.  

vendredi, 08 septembre 2006

De l'agitation en prison

Pour le jeu littéraire et artistique, j'ai choisi un peintre assez aisément reconnaissable. L'écrivain, en revanche, est plus difficile à identifier, d'autant qu'on ne le lit plus guère en France et pour un seul roman.

medium_elgreco.JPG

Ses tableaux ne sont ni à plat ni pleinement à trois dimensions. Il y a de la profondeur dans son univers privé, mais il n'y en a que fort peu. Depuis le plan du tableau jusqu'à l'objet le plus lointain de l'arrière-plan, il y a, dans la plupart des cas, une distance apparente de quelques pieds seulement. Sur terre comme au ciel, il y a à peine la place de balancer un chat.  En outre, différant par là du Tintoret et des artistes baroques du XVIIe s., X ne laisse jamais pressentir l'illimité qui s'étend au delà de l'encadrement du tableau. Ses compositions sont centripètes, tournées vers l'intérieur, sur elles-mêmes. Il est le peintre du mouvement dans une chambre étroite, de l'agitation en prison. Cet effet de claustration est rehaussé par l'absence presque complète, dans ses tableaux, de paysage constituant l'arrière-plan. Tout l'espace du tableau est bourré de personnages, humains et divins ; et là où il reste quelque insterstice entre un corps et un autre, on ne nous montre qu'un mur d'enceinte constitué par des nuages opaques comme de la terre, ou par de la terre d'une plsaticité aussi fluide que les nuages. Le monde de la nature non-humaine est pratiquement inexistant. 

samedi, 02 septembre 2006

Mazeppa

Neuf mais a bien trouvé le tableau décrit, il s'agissait de Mazeppa et les loups, un tableau d'Horace Vernet qui date de 1826. Horace Vernet appartient à une famille de peintres qui restent somme toute assez académiques. La composition du tableau surtout est intéressante : une ouverture lumineuse en fond comme dans les paysages d'Ingres, mais la ligne de fuite conduit le personnage vers la droite dans un autre paysage que l'on sent obscur du fait du rétrécissement de l'espace à l'endroit de son passage. L'idée des ténèbres est renforcée par le moment choisi : la tombée de la nuit.

medium_vernet.jpg

L'idée du passage est surlignée par deux éléments : le tronc d'arbre et la rivière qui coupent l'espace horizontalement. Le cheval saute par dessus ces obstacles et donne l'impression de voler. Des chevaux volants, nous en connaissons beaucoup dans la peinture, mais ils sont toujours associés à un héros triomphant et vertical brandisssant une épée phallique : saint Georges, Persée, Orlando, ce n'est pas ce qui manque. Ce qui est intéressant dans ce tableau, c'est le fait que la position horizontale du sujet induit la passivité de l'élément humain dans cette réactualisation du mythe du centaure. Vernet est romantique dans son thème, pas dans son style : le romantisme sature ce tableau. Qu'avons-nous ? Un cheval blanc, symbole de pureté, agent impuissant et aveugle du destin. La tache lumineuse au centre du tableau est bien sûr dictée par le fait que les loups et les autres bêtes sauvages aux alentours doivent se trouver dans l'ombre, mais c'est aussi une représentation allégorique de la vie comme une course folle au milieu de la sauvagerie des autres hommes.  

Vernet tire son sujet du poème de Byron publié en 1818. Il utilise la scène centrale de la course dans la forêt à l'instant le plus dramatique. Byron, lui-même, avait tiré son sujet de l'Histoire de Charles XII par Voltaire et avait ajouté un personnage de douce Ukrainienne recueillant le héros, un peu comme le ferait une Nausicaa ou la fille du pharaon. Cette scène se retrouve ensuite dans le tableau de Chasseriau. Le poème de Byron inspire Hugo (les Orientales) et Pouchkine (Poltava) en 1828. Ce dernier fournira la matière de l'opéra de Tchaïkovsky, tandis que Liszt composera un poème symphonique d'après Byron. On a donc affaire à un mythe européen, mais il n'a pas la même signification partout. Hugo insiste à la fin sur la rédemption du héros et son ascension après sa chute : le Mazeppa d'Hugo est une sorte de Christ qui sort grandi de l'épreuve. On rejoint là un autre mythe du XIXe s. romantique : le héros prométhéen qui a été puni pour avoir été trop loin, mais qui revient d'entre les morts. C'est Monte-Cristo par exemple. Ce n'est pas non plus un hasard si le succès de ce thème se situe au moment de la montée des sentiments nationalistes en Europe : Mazeppa devient le héros du peuple.

Le Mazeppa a inspiré John Frederick Herring pour ses illustrations de Byron. On peut constater que Herring conserve en gros l'architecture du tableau, mais qu'il atténue la présence des animaux en les reléguant encore plus dans l'ombre. Les effets d'obscurité, de vol au dessus des obstacles, de luminosité de la scène centrale sont accentués. Mazeppa apparaît encore plus comme un Christ sur la croix, le tableau étant construit autour d'un X qui part de chacun des quatre coins.

medium_herring.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Le tableau de la scène finale par Herring renforce pour une part la parenté avec le Christ, on a un ciel obscurci, mais Mazeppa n'est pas découvert par une femme : il rejoint l'animal car au bout de sa course il est entouré de chevaux, devenu homme-cheval.

 

medium_herring2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

En revanche, Chasseriau pour la même scène rejoint l'iconographie religieuse. L'attitude déplorative de la paysannne est similaire à celle des femmes autour d'une croix.

medium_chasseriau.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Boulanger met en image la scène initiale où Mazeppa est attaché. Là encore, le héros est au centre, mais le martyre est peint à la manière d'une montée en croix, avec tous les figurants massés autour du cheval et partant des coins de la toile, le tout surmonté par le juge suprême.

 medium_boulanger2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le thème de Mazeppa croise donc un grand nombre d'autres mythes. Il possède plusieurs sens : à la fois ontologique (la course de la vie, l'exil), métaphysique (révolte et résurrection), surnaturel (affronter les forces de la nature, dépasser les forces humaines), épique (le nationalisme, le grossissement). Mais, fort étrangement, il est une histoire presque similaire qui a aussi inspiré des illustrateurs au XIXe s. : le châtiment de Brunehaut (Brunehilde) par Clothaire II. La reine d'Austrasie a été attachée à la queue d'un cheval. L'histoire est rapportée par Augustin Thierry à la même époque que Byron à partir de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours. Or, elle n'inspire guère que des images populaires. Pourquoi ? Parce que c'est une image négative : Brunehaut est peinte comme une femme tyrannique, vieille et elle finit par mourir. C'est un repoussoir. 

medium_brunehaut.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le seul à se dégager de la littérature et des mythes antérieurs, c'est Géricault qui prend le thème dans son point culminant, mais en montrant une fusion de l'homme, du cheval, de l'eau, de la pierre et de la nuit. L'épure donne une image plus surnaturelle que les précédentes, non plus une allégorie, mais une peinture. 

medium_gericault.jpg  
 

vendredi, 01 septembre 2006

La chevauchée fantastique

Un texte très court, mais rempli d'indices pour le jeu littéraire et artistique de fin de semaine. Il faut trouver le nom de l'auteur, le peintre et aussi le titre du tableau. L'auteur parle plus de lui-même en fait que de l'œuvre.

Le cheval galope dans un paysage de forêt nocturne, portant attaché sur son dos le jeune page à qui un mari jaloux a infligé cette punition. Une fois de plus nous est offert un bel adolescent nu (lien en travers du sexe), dans une pose couchée et suggestive. Mais désormais nous sommes en plein romantisme : le nu masculin, dissocié du thème homosexuel, s'intègre à une nouvelle mythologie, de la nuit, de la forêt, de la cavalcade sauvage.