dimanche, 21 mai 2006

Le bonheur est dans le fixe

Dans le mot préfixe, on a un préfixe pré- qui veut dire « avant, qui précède ». Dans le mot suffixe, on a en revanche un préfixe sub- qui indique l'état d'infériorité, le fait d'être dessous comme dans sous. Le mot suffixe n'a donc pas de suffixe, mais on peut lui en donner comme dans suffixation ou suffixer qui indiquent l'état ou l'action. Le mot suffixé est donc inférieur au mot préfixé, il rentre dans une catégorie qui est subordonnée. Mais -fixe est-il un mot ? Non ! C'est un morphème qui n'a rien à voir avec l'adjectif fixe même si l'origine est commune, ce radical (à partir de racine rad- et des suffixes -ic- et -al) n'a pas de sens par lui-même, et on peut dériver ainsi vers des affixes qui prennent en compte des mots qui ne sont ni devant, ni sous, mais dedans. Si j'écris en javanais, j'affixe, par exemple javécris... Étonnant, non ? 

samedi, 20 mai 2006

L'homme, c'est le stiche

Acrostiche, genre étrange où l'écrivain triche

Car un nom figure comme dans un blason.

Relire le texte pour trouver la raison,

Ordre fort différent dans les lettres se niche.

Si l'on veut jouer sur de la rime le son,

Téléstiche cachera dans une postiche

Illusion de rime de manière fortiche.

C'est ainsi qu'on code une singulière affiche

Hiéroglyphique ou bien forme de trahison,

Et chacun jugera ce que nous ne disons.

vendredi, 19 mai 2006

Abréviations

Sigle : Système Illisible de Gestion des Lexèmes Excentriques

Acronyme : Association pour la Cohésion et le Rattachement Ordonné des Noms Yankees ou d'une Mode Étrangère

jeudi, 18 mai 2006

De l'adjectif

Le nom adjectif était d'abord un adjectif, de adjectivum nomen, le nom qui s'ajoute à un autre nom ou à un pronom : l'adjectio était un renforcement, une amplification qui n'était pas obligatoirement épithète (ici épithète est attribut du sujet qui). L'adjectif donc qui était adjectif devint un substantif surtout dans adjectif qualificatif où on le fait suivre d'un autre adjectif lequel peut lui-même devenir substantif comme dans un qualificatif. Si l'on parle d'un adjectif tout seul, c'est pour la plupart des gens un adjectif qualificatif alors qu'il existe d'autres mots avec cet adjectif : les démonstratifs, les personnels, les possessifs, les numéraux ordinaux ou cardinaux, les indéfinis qui viennent d'être cités sous leur forme de substantifs. Ainsi il y existe un mystère de la substance de l'adjectif qui vient du fait qu'on ne distinguait pas avant le XIXe s. les noms bien nominaux et les noms bien adjectifs. 

mercredi, 17 mai 2006

Hyper bath

Bien plus que la répétition, bien plus que l'accumulation, bien plus que la gradation, l'hyperbate joue sur une addition que l'on pourrait croire finie et malgré tout l'épiphrase.

mardi, 16 mai 2006

Presque itération

La prétérition, cette figure paradoxale pour ne pas la nommer, je ne vous en dirai rien, ni qu'elle se distingue par la forme négative, ni qu'elle s'appelle aussi paralipse ou prétermission. Ne comptez surtout pas sur moi pour vous révéler qu'elle peut être une astuce rhétorique, ni qu'elle peut se métamorphoser en cliché lorsque l'on en use par automatisme afin de souligner ce que l'on déclare taire. Même sous la torture, je n'avouerai pas que c'est un des ressorts comiques dans certaines déclarations des Dupondt. Mettons d'ailleurs que je n'ai rien dit, comme ne l'écrivait pas Jean Paulhan et avant lui André Gide. 

lundi, 15 mai 2006

Tiercé

Pour écrire un tercet, il suffit de trousser

Trois vers comme un certain Dante aux rimes tressées

Ou bien de rechercher à les entrelacer.

 

Mais jamais le tercet ne fut un triolet,

Parce que ce rondel joue comme virelai

Sur deux rimes, refrain à la fin du couplet.

 

J'estime néanmoins plus la terza rima,

La forte forme qu'un grand poète anima,

Même si les sonnets envers Laure on aima.

samedi, 13 mai 2006

Auto-limerick

Le premier vers d'un limerick

Se doit d'être toponymique ;

Une formulette,

Un héros fort bête,

Et foin de toute la logique !

 

Je me devais bien d'écrire un limerick sur l'art du limerick. Bon... Je n'évoque pas le nom de la ville de Limerick d'où la contrainte, le jeu de mots avec rhyme, le compte des vers et des syllabes, ce sera sans doute pour une autre fois.

vendredi, 12 mai 2006

Kakemphaton

Comment se fait-ce qu'un kakemphaton suscite l'hilarité par des consonnances d'épices ? Si vous pûtes écrire concupiscence dans le concubinage sans venir à résipiscence, c'était que vous sussiez, sans remords, moelle ne vous en déplaise et qu'il eût été dommage de se priver du mot lesté. 

jeudi, 11 mai 2006

Macaronismi

Como scrivere macaronismi ? Essere multo facilissimisto ! Mixtare diversi dialecti italiani et uno poco parte de latini languagi, adiutare qualque terminaisoni quasi italiani, mettare plurimi i, o et a partutti, ma jamais parlare como l'esperanto o l'ido, farcissare hoc nomini de vocabuli latini sin tenire comput de la grammatica et del senso, ma de vostri barbaricismi et solecismi. Quale ? Mai ! Ego parabolare in uno sorto de sabir similare ad franglese atque latinum de coccina ? Eh si ! eh si !

mercredi, 10 mai 2006

Le pont traversé

Comme la métaphore, la comparaison rapproche deux réalités différentes et éloignées par ce qui serait à l'image d'une qualité commune. À la différence de l'opposition, elle réunit deux termes ainsi que le ferait un pont entre deux rives et elle permet par là leur échange de significations. Pareils au pont, les termes de comparaison comme comme, ainsi, tel, semblable à, à l'image de, à l'instar de, sembler, paraître montrent la transformation du paysage qui se métamorphose de la même manière que les fantômes vinrent à la rencontre du héros du Nosferatu une fois le pont franchi. Parce que toute comparaison est une sorte de changement d'état, le comparant étant presque une forme de vampire du comparé, ou bien une modification de la réalité en songe par le rappel d'autres réalités plus profondes et plus secrètes.

Le titre est bien entendu volontairement paulhanien.

mardi, 09 mai 2006

L'hypallage, c'est hype

Sur un clavier songeur, je me demande comment évoquer l'hypallage. Le lecteur sera face à son écran interrogatif. Cette figure amusée d'un auteur permet de rattacher un mot syntaxiquement à un autre et qui donne au lecteur un sens perplexe.

lundi, 08 mai 2006

Pro Sopopée

Comme Malraux entra dans la légende, avec son cortège d'exaltation dans le vent de la rue Soufflot, avec les gaullistes au garde-à-vous sous la pluie battante et les métaphores incongrues portées par le souffle visionnaire, entre ici, Prosopopée, avec ton terrible cortège d'ombres funèbres. Avec ceux qui sont morts dans les tragédies classiques sans avoir vraiment parlé, comme Hippolyte dit par Phèdre à la suite de Théramène ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé, tel Hector apparaissant à Andromaque dans le songe à Céphise ; avec tous les Fabricius, les Gracques et les Caton que l'on invoque aux heures les plus sombres dans un ultime appel à la vertu républicaine ; avec le dernier corps du dernier rhéteur rappelant les absents, les morts, les choses disparues et depuis longtemps muettes, les vertus d'un passé à jamais révolu et enfoui ; avec les poètes épiques depuis remplacés par les infographistes et les présentateurs du vingt heures ; avec toutes les figures de l'absence et du manque dans les Contemplations, la Vie, mode d'emploi ou la Fugitive. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle ces figures du discours dans l'ordre de la nuit des mots qui ne seront jamais vraiment les êtres ou les choses, tout en les représentant et les figurant.

Ce n'est pas très bien de parodier un aussi grand texte, mais justement c'est parce que je l'aime beaucoup et qu'il me touche.

dimanche, 07 mai 2006

À Postrophe

Apostrophe, qui donc es-tu ? Es-tu la figure qui sert à interpeller son auditoire au début d'un discours, ou bien dans le fil du discours une interruption volontaire adressé à un être présent ou absent, une chose abstraite et inanimée comme toi-même, apostrophe ? Te caches-tu seulement dans une simple incise grammaticale ? Vas-tu au-delà d'une phrase, d'une période, d'une partie de l'elocutio ? Quelle est donc ta limite puisque tout discours est prononcé en présence de quelqu'un et pour quelqu'un même si c'est soi-même, et comment distinguer alors la différence entre un monologue ou une tirade et puis l'apostrophe sinon en remarquant que tu prends à partie l'autre du discours de manière directe et soudaine, en rupture avec tous les discours précédents, que tu es le point de départ d'une situation d'énonciation différente et non une figure qui serait intangible jusqu'à la fin d'une pièce ou d'un roman. Apostrophe, en vérité tu es aussi brève que le signe typographique du même nom, une simple ponctuation du temps, un bref signal pour dire que l'on rentre dans des rapports plus étroits et violents entre celui qui dit et celui qui est dit. Bref, tu es par ce que tu manifestes, mais tu n'es pas parce que le fil du discours ne te laisse pas de place et que tu n'aurais plus d'effet après ta venue. Perec, Butor ne se sont pas trompés sur toi : ils t'ont vue comme la figure de la rupture ne pouvant pas aller au bout de la rupture lorsqu'elle est prolongée, devenant ainsi la figure de l'épuisement des discours ou des êtres.

samedi, 06 mai 2006

Dans la gibetionnaire

Le mot-valise ou portmanteau-word ferait mieux de se faire appeler mallise (composé de mot, mal, malle et valise) ou vocage (composé de vocable et de bagage) ou lexerviette (lexème ou lemme et serviette) ou verbagage (verbe et bagage) ou logoffre (logos et coffre, au risque de faire hurler les purpuristes hellénistes) ou locuchon (locution et baluchon) ou wordonnance (de l'anglais word et ordonnance, arrangement en beaux-arts). Ainsi la chose et le mot se rejoindraient pour former un(e) mose avec un signifianté.

vendredi, 05 mai 2006

Les nallages

L'énallage, tu sais, c'est lorsque vous prenez une personne ou un nombre pour désigner quelqu'un et qu'on en change tout d'un coup, mais c'est aussi lorsque nous choisîmes un temps que je modifie brusquement, et la phrase de se hâter ou de marquer la rupture. Écouté-je moi, le type pourra être modifié aussi. Mais si je disons « un énallage » et non « une énallage », sera-ce un énallage ou une faute ? Pour un Jean-Claude, ce sera une faute et non une figure ou une erreur ou un usage, fussiez-en sûr((e)s).

mercredi, 03 mai 2006

Pangramme et lipogramme

Le pangramme est un texte où il y aura toutes les lettres de l'alphabet. Mais tenez, ce n'est pas évident de faire court et que le whisky mangeant du zan ou le yack amateur de xylophone soient pertinents.

 

Ami lecteur, ce pangramme est en fait un lipogramme déguisé : une lettre a été omise. À vous de la trouver et de la rétablir. Je signale le pangramme accentué par Gilles Esposito-Farnèse revu par Jean-Pierre Lacroux.   

lundi, 01 mai 2006

La témathèse

Une témathèse, c'est l'inservion de deux monèphes ou de deux trelles dans un covable. Les témathèses les plus créfentes sont celles qui sonquernent les trèmes avec des r comme formage, crocrodrille, infractus, berbis, cela peut être un peu asumant quand on parle de “fracture du myocarde” ou que l'on fait des pontrequets, mais c'est népible si l'on est déjà lysdexique et guèbe de crursoit. Ah ! le lervan aussi joue sur les témathèses, c'est ramant dites donc.

dimanche, 30 avril 2006

Syllepse

La syllepse sont des figures qui change le genre, le nombre ou le personne selon le sens. Chaque erreurs peuvent s'expliquer par une syllepse et on ne peut la reprocher alors. Mais si on veulent aller trop loin de la plupart des règles qui gouverne la grammaire, on sera accusés de solécisme. N'empêchent ! la syllepse, c'est toujours pratique pour se sortir d'embarras, et on les trouve bien agréables pour des erreurs depuis longtemps entérinées par l'usage.

samedi, 29 avril 2006

Syllabe et pied

Dans un alexandrin, l'on voit douze syllabes ;

Parler alors de pieds, c'est marcher comme un crabe.

Le français ne connaît plus d'accent de longueur

Même si quelques-uns l'ont encor dans leur cœur.

Le français ne connaît pas le compte des mètres,

Et ceux qui disent pieds sont de fort mauvais maîtres,

Ignorant les iambes, maltraitant le latin,

Prenant un poème comme un petit lapin. 

vendredi, 28 avril 2006

Zeugme

Le zeugme supprime une expression et le sérieux. Il réunit deux ou plusieurs termes avec humour et une même construction verbale ou adjectivale. Il a un côté absurde et deux noms, le zeugme ou le zeugma. Il paraît chez Pierre Dac et assez loufoque. On l'utilise aussi dans la poésie classique et des phrases sans préposition. On y tire parfois des effets grivois et des femmes quand on saute un passage et son amie en un temps record et un coq-à-l'âne par hasard et une copule hardie. Il est assez incongru pour certains et déplaire car il est plein d'ironie et d'occasions de l'éviter. 

jeudi, 27 avril 2006

La phérèse

La phérèse est une aphérèse du mot aphérèse avec une glutination de la rticle des finis (la glutination vient des glutinations qui sont issues de la déglutination, il ne faut pas la confondre avec la glutination qui vient de l'agglutination).

 

Sur mon ancien micro, j'avais commencé il y a trois ou quatre ans une petite rhétorique avec définitions autoréférentes, de manière à supprimer la différence entre l'explication et l'exemple afin d'épargner le temps de travail des enseignants. Je ne retrouve plus le fichier dans mon désordre, mais ce n'est pas grave : je peux réinventer. Je crois que je vais créer une nouvelle catégorie pour ce genre de calembredaines oulipiennes.