vendredi, 22 mai 2009

Bon courage !

Simple petit sondage informel : j'ai été étonné de constater ces derniers temps que les gens ne se souhaitent plus "bonne journée" ou "au revoir" ou "à tantôt" en se quittant, mais "bon courage" (quand bien même l'autre ne va pas travailler). Constatez-vous un tel fait autour de vous ? D'où peut bien provenir cette épidémie de "bon courage" dans la France profonde ?

samedi, 21 mars 2009

De la moyenne en statistique

La durée moyenne d'attente d'un mot entre son attestation dans les textes et son entrée dans le dictionnaire est de 16,9 ans.

Ce qui serait plus intéressant serait de savoir quel était l'écart durant les siècles précédents (disons depuis le début du XIXe s. pour ne pas avoir affaire à tous les néologismes de la Révolution qui ont été enregistrés la plupart du temps avant même sa fin) et s'il s'est réduit au cours des cinquante dernières années où tout se serait emballé. Est-ce que l'on accepte plus vite un mot qu'au temps d'Etiemble ? Autre chose serait de connaître aussi la médiane des mots acceptés, parce que certains régionalismes ont pu attendre plus d'un siècle dans leur forme écrite et ils faussent la moyenne qui est tirée alors vers le bas par les multiples anglicismes et les mots techniques plus vite acceptés. Après, il faudrait voir la répartition de ces entrées par date d'ancienneté dans les textes, et si cela concerne une catégorie de mots plus précisément. Parce qu'une moyenne, cela ne veut rien dire d'autre qu'une moyenne. C'est une statistique parmi d'autres qui ne peuvent se prévaloir d'une vérité individuellement. Tous les mots dits nouveaux ne sont pas égaux.

jeudi, 05 mars 2009

Vies sociales nouvelles

Glups. Cela veut dire quoi ?

Secrétaires généraux [de l'UMP]

Alain Milon : Famille et vies sociales nouvelles.

Vies sociales nouvelles, voilà de quoi faire bondir un pingouin, un Villiiers et une Boutin jusqu'à la stratosphère ! Au fait, Alain Milon est-il marié en premières noces  et a-t-il des enfants de ce seul lit, parce qu'il devient fort suspect de bien d'autres choses comme la légitimation de ce que nous ne pouvons pas dire vu qu'on est élus par des réacs finis...

lundi, 23 février 2009

Propaganda

De qui se moque-t-on ?

Guidés par 10 mots de la langue française (retenus par la Drac) : clair de terre, perenne (sic), genôme (re-sic), vision, transformer, clic, compatible...., les participants ont donc manipulé, chahuté tous ces termes pendant plusieurs heures.

Ces mots n'ont pas été retenus par la Drac de ma région, mais par l'OIF pour la semaine de la langue française qui interviendra le mois prochain. Comment peut-on vouloir ainsi travestir la réalité ou ne pas tenter de la comprendre ?

dimanche, 01 février 2009

Sans bio

La néologie passe aussi par la loi :

Un nouveau mot apparaît dans le lexique du monde de l'environnement. "Biocarburant" disparaît ainsi au profit d'"Agrocarburant". Les sénateurs ont donc adopté un amendement des sénateurs Verts en ce sens.

Il est vrai que les agrocarburants sont fortement anti-écologiques, qu'ils entraînent une paupérisation des sols ou des ressources en eau, que le terme bio semble bien sympathique au point qu'il a pu devenir un label et que l'on a interdit à une marque d'employer ce terme comme nom de produit.

samedi, 31 janvier 2009

L'arcodéon à Léon qu'il est non raccord et trop con !

Entendu ce soir deux fois de la part d'un musicien le mot arcodéon. Et il semble que l'erreur se trouve aussi dans Wikipedia qui a intégré la forme fautive sans la reproduire. D'ailleurs on a du mal à forcer Google à afficher seulement la forme fautive. Il y a seulement 120 pages en résultats réels sur Google et en pages francophones, mais je me dis que cette métathèse est plus fréquente qu'on ne pense du fait des noms commençant par arc- ou arque- .

Je, Jean-Joseph Julaud, Jupiter !

Je ne vois pas très bien pourquoi l'on a pris cet intertitre dans le texte d'un grand délirant plutôt qu'un autre passage :

« Des profs de français ont pris le mauvais pli »

Je ne comprends pas bien l'attaque de monsieur 3J contre ses anciens collègues de lettres et pourquoi elle a été mise en exergue. Il déclare sans rire que :

Le virus a même franchi les portes des écoles depuis que des profs de français ont pris le mauvais pli. La norme, c’est l’erreur. Et pour le moment, il y a absolution générale. Désormais est considéré comme suspect celui qui dit juste.

Mais a-t-il mis une seule fois le pied dans une école depuis que ses bêtes selleurs se sont vendus à des centaines de mille ? Connaît-il encore beaucoup d'enseignants depuis qu'il dégoise comme prétendu spécialiste d'histoire ou de littérature ou de langue dans les médias et qu'il a quitté sa charge ? Comment un homme qui a fait toute sa carrière dans l'enseignement privé catholique de l'Ouest peut-il parler de ce qui se ferait dans tout l'enseignement public ? Qu'est-ce que ce type qui ne sait rien de ce que je dis et qui me fait dire ce que je ne dis pas, tout comme la majorité des gens que je continue de fréquenter contrairement à monsieur 3J qui ne fait plus cours depuis longtemps grâce à ses droits d'auteur qui lui permettent de vomir sur ses anciens confrères et de les désigner à la vindicte publique !

Points de détail

Dans cette dictée, je m'interroge sur les critères de notation qui évaluent les compétences d'élèves de CM2 de 1987 et 2007. Admettons qu'il y ait une erreur sur Le dans la première phrase du fait de l'absence de capitale, mais ce n'est plus compréhensible dans la dernière phrase avec le groupe le chien pris dans le milieu de la phrase. Je me dis alors que ce n'est pas l'orthographe qui a été sanctionnée, mais la graphie sans doute illisible.

Un autre point concerne les erreurs qui se cumulent et qui n'en font qu'une en réalité. Par exemple, un élève écrit non ou nont à la place de n'ont. Cela fait donc selon la méthode choisie deux erreurs pour les deux notions différentes alors qu'il n'y en a qu'une seule du fait du fonctionnement de la langue orale. L'absence d'identification de l'apostrophe qui passe de 90% à 83 % ne laisse pas de me troubler, mais c'est un signe discret qui n'est pas forcément très visible dans toutes les copies.

Je suis également fort intrigué par la graphie de Á dans Á ce moment. Qu'est-ce qui a été sanctionné ? L'absence de capitale après un point d'exclamation (lequel ne requiert pas automatiquement un nouveau début de phrase) ou d'accent pour 8 ou 9 % d'élèves ? Pourtant, c'est exactement la même proportion dans le groupe à la maison qui n'est pas en tête de phrase (96 à 91 % de réussite). Il y a là trois types d'erreurs différents et le fait que les capitales accentuées s'imposent aujourd'hui a pu augmenter le score d'échec pour le Á, car si l'on prend les autres débuts de phrases on a des taux d'échec similaires pour des mots plus complexes comme Pourquoi.

L'absence de ponctuation dans certaines copies pour la virgule ou le point simple sont aussi dérangeantes : il peut y avoir une simple inattention, mais cela conduit ensuite à une erreur sur la capitale présente ou non du mot suivant. Les erreurs entre points d'exclamation et d'interrogation sont fréquentes à ce niveau et relèvent d'une autre catégorie liée à la confusion des notions, elles sont plus importantes que celles sur la ponctuation ordinaire mais là encore on peut se demander si une erreur n'en entraîne pas une autre.

Je suis donc fort sceptique sur la méthode suivie, elle consiste en un découpage formel qui ignore les phénomènes d'accumulation pour les groupes (alors qu'il n'existe pas de cumulation à l'intérieur d'un seul mot même si trois ou quatre erreurs peuvent s'y trouver) et il n'y a aucune pondération par la prise en compte d'unités plus larges ou sur la différenciation des types d'erreurs plus fine que la simple mention de ponctuation.

Ce sont des points de détail, à la marge. Mais chacun de ces petits chiffres pèse dans l'ensemble du résultat et on ne peut se faire une photographie exacte à partir des chiffres bruts.

Imposteuse

Dans un portrait de Libération non encore mis en ligne :

L’imposteuse échoue en taule, en octobre dernier, pour chéquiers volés et billets de train impayés.

Que dit le TLF ? Pas de féminin au nom imposteur.

Que dit l'oracle Google ? Impostrice 224 (résultats réels et pages francophones), imposteuse 234 (même méthode), imposteure 203 (idem). Ce dernier a l'avantage d'être dans un titre de livre, mais enfin... ma préférence va impostrice par rapport à usurpatrice qui existe déjà comme synonyme dans un sens spécialisé d'imposteur au féminin.

imposteure.jpg

jeudi, 29 janvier 2009

Le der des der

Le sens de dernier peut parfois prêter un peu à confusion, surtout si on l'emploie deux fois dans la même phrase, comme ici dans Libé en ligne :

Posez vos questions au leader du dernier groupe de rock alternatif, à l'occasion de la sortie de leur dernier opus, «Les Wampas sont la preuve que Dieu existe».

Ah bon ? les Wampas sont donc le tout nouveau groupe rock alternatif apparu juste la semaine passée ? Ou bien sont-ils le moins recommandable de tous ces groupes ?

Ah bon ? ils ne feront plus d'autres disques après Les Wampas sont la preuve que Dieu existe ? Ils se dissolvent après, comme les Beatles ou The Band ?

samedi, 03 janvier 2009

Du genre de soldes

C'est bien les lexiques qu'offre le journal de référence, à un détail près :

Soldes. Elles visent à écouler les stocks et ont lieu durant des périodes bien définies. Les produits annoncés comme soldés doivent avoir été proposés à la vente depuis au moins un mois à la date du début des soldes. La distinction entre les articles soldés et non soldés doit toujours clairement apparaître aux yeux des consommateurs.

C'est un marronnier que relever l'erreur de genre pour le mot solde. On ne compte plus les articles à ce propos. C'est autant un marronnier que le sujet des soldes mêmes. La plupart du temps les annonceurs s'en tirent en employant des adjectifs épicènes comme soldes monstres, fantastiques, énormes, grandioses, extraordinaires (avec des tas de qualificatifs hyperboliques). Tant et si bien que lorsque le genre correct est appliqué (des soldes déments, fous, colossaux), cela passe pour une erreur dans le langage parlé. Mais enfin si le journal de référence lui-même se trompe, c'est peut-être parce qu'il y a un problème toujours non résolu ?

jeudi, 18 décembre 2008

Economix

obelix.jpgJ'avais déjà évoqué cette affaire, mais elle semble bien close à présent : la Cour de justice européenne a rejeté le pourvoi des éditions Albert-René au sujet de la confusion entre la marque Obélix et les produits Mobilix d'Orange.

En octobre 2005, le Tribunal de Première instance de la CEJ avait jugé que les éditeurs d'Astérix n'avaient pas de "droit exclusif" sur le suffixe "ix" et que d'autres noms de marques se terminant ainsi pouvaient donc être déposés.
Il avait estimé à l'époque qu'il n'existait "qu'une très faible similitude visuelle" entre Mobilix et Obélix, malgré "une certaine similitude phonétique".

Or, fait étrange, Albert Uderzo et Anne Goscinny ont vendu ce mois-ci leurs parts dans la société Albert-René à Hachette qui possédait déjà les droits éditoriaux des premiers albums et qui assurait la distribution des derniers. Les éditions Albert-René gèrent en outre les produits dérivés, dont ceux du fameux parc Astérix. Et si le nom d'Obélix a été déposé comme marque dans une cinquantaine de pays, c'est justement pour exploiter ces produits dérivés, souvent plus rentables que les bandes-dessinées elles-mêmes. L'issue prévisible du procès a sans doute influé sur la date de la cession, mais les négociations avaient dû commencer au moment de la brouille entre Uderzo et sa fille qui était gestionnaire de la société.

La vraie mauvaise nouvelle, c'est qu'Anne Goscinny souhaite que les deux célèbres Gaulois continuent à vivre après Uderzo. Les derniers albums de Goscinny étaient déjà faibles, ceux d'Uderzo encore plus et le dernier volume était une catastrophe absolue. Quand on voit ce que deviennent les reprises multiples de ces dernières années (le pire exemple me paraissant être les personnages de Jacques Martin à la fois pour le scénario et pour le dessin), il y a de quoi s'inquiéter. Quand je vois ce que sont devenus Lucky Luke ou Achille Talon ou Cubitus, je me dis que le pire est à craindre (les reprises de Tanguy et Laverdure ou de Buck Danny ou de Barbe-Rouge, en revanche, ne m'arrachent pas plus qu'un froncement de sourcil, et encore...)

jeudi, 11 décembre 2008

Y'a bon ! (le retour)

J'en avais parlé il y a deux ans : la société Nutrimaine avait passé un accord afin de ne plus utiliser le slogan Y'a bon, suite aux plaintes déposées par des associations. Elle est revenue sur ce protocole, aussi le Mrap l'assigne en justice. Mais là où cela se complique c'est pour la plainte déposée par Nutrimaine contre l'éditeur du disque Le beau temps des colonies. Celui-ci utilisait l'image du tirailleur sénégalais. Nutrimaine a été déboutée en première instance, mais compte faire appel. On résume : il y a une plainte contre le slogan et une autre contre une image proche de celle de la marque, mais non contre un détournement d'une image appartenant à la marque. Pourtant le logo actuel de Banania est fortement stylisé, réduit à une tête schématique - après être passé à une image d'enfant - et le dessin ne reprend plus le tirailleur de l'époque coloniale. C'est au nom de son histoire que Nutrimaine a porté plainte contre Milan Music.

Ci-dessous une affiche de 1920. On peut noter que les couleurs montrent à la fois le chocolat pour la peau, le lait pour le sarouel blanc, le logo de la marque pour la veste et le plumet du fez.

banania.jpg

vendredi, 05 décembre 2008

Aprenons l'ortografe

Les règles d'une orthographe réformée doivent être très simples. Par exemple : supprimer les doubles consonnes inutiles pour la prononciation...

Autre règle très simple : supprimer les lettres grecques, en abandonnant tout souci de l'étymologie. Quand la prononciation le permet, il faut supprimer les "y" (ceux qui ne correspondent pas à un double "i"), supprimer les "h" après les "t" ou les "r", remplacer "ph" par "f"...

Encore une règle simple : que tous les noms et adjectifs prennent un "s" au pluriel (même "des animaus"), à l'exception des mots qui sont déjà terminés en "s", "x" ou "z", comme "mois", "paix" ou "nez".

Le simple énoncé de cette réforme - bien plus radicale que les rectifications orthographiques - suffirait à faire bondir les neuf dixièmes des personnes, et surtout celles qui ont eu du mal à maîtriser l'orthographe. Ces thèses provocatrices sont cependant en deçà d'une écriture phonologique. Mais, si d'autres langues européennes ont pu simplifier de la sorte de leur orthographe, cela s'est opéré quand l'écriture et la lecture étaient encore inconnues de la grande masse de la population et lorsque les livres, les journaux n'existaient pas de manière industrielle.

samedi, 29 novembre 2008

Neige de culture

Je le découvre par la France Inter, on ne dit plus neige artificielle, mais neige de culture !

Où est la culture dans l'artifice et l'artefact ? Je me demande.

C'est beau comme les verres à neige tombante des magasins vendant des produits pittoresques du pays (vous savez, les tours Eiffel que vous renversez pour voir les flocons tomber une fois que vous les avez mises à l'endroit).

lundi, 24 novembre 2008

Le café fout le camp

Champignac possède aussi son très mauvais journal gratuit comme les grandes villes. Je lis dans le dernier exemplaire cette publicité - parmi bien d'autres :

Le Développement durable et vous. Café-débat Agenda 21.

Je constate que la chose existe bien.

Et je me demande pourquoi on parle de café-débat.

Débat aurait pu suffire. Ou rencontre, réunion, discussion. Si cela se trouve on ne s'y rassemble même pas autour de collations et encore moins d'un café.

Mais la mode des cafés philosophiques a essaimé et donné naissance à des foules de cafés de tous types : littéraires, scientifiques, artistiques. Le terme café est devenu synonyme de conversation un peu informelle dans un cadre convivial. Bien sûr, il y avait une filiation entre les cafés philosophiques datant de dix ans et puis la forme ancienne de disputes philosophiques dans les premiers cafés parisiens du XVIIIe s. ou avec les controverses républicaines du XIXe s. dans les mêmes cafés en province. Mais il s'agissait de se rattacher à une tradition de la parole publique. Or, ici, le mot café vient juste comme un terme à la mode. Je pense aussi à ma collègue documentaliste qui propose un café-lecture à des élèves qui n'ont pas le droit de boire de café au collège. Il y a dix ans, elle aurait encore baptisé son initiative de club-lecture.

Café est devenu un nom de réunion en petit groupe afin de parler. Alors pourquoi débat ? Parce que café n'est pas encore assez significatif dans ce nouveau sens ?

dimanche, 23 novembre 2008

Garde à vue

Une garde à vue pour actes de terrorisme dure quatre jours pleins :

Après une centaine d'heures de garde à vue vécue la semaine passée dans le cadre de l'enquête sur les sabotages à la SNCF, Mathieu B. est plutôt en forme.

24 fois 4, cela fait 96 heures. Mais le délai de signification de la garde à vue intervient après l'interpellation et il peut s'écouler un long délai avant qui n'est pas compé dans la garde à vue. De même, le délai après la signification de mise en liberté ou de défèrement devant un juge peut rallonger ce temps. C'est donc autre chose que la simple garde à vue qui est désigné : l'emprisonnement. Mais on a un langage policé, civilisé, juridique pour parler de ce qui est la privation de liberté. Et donc la centaine d'heures n'est pas une imprécision ou une approximation de langage.

samedi, 22 novembre 2008

La première secrétaire

Même au Figaro, on s'y met pour la féminisation des titres de fonction :

13h44 : la première secrétaire sera désignée mardi soir. Le conseil national du Parti socialiste «se réunira mardi soir» pour se «prononcer sur le résultat et désigner la prochaine première secrétaire», vient de déclarer le patron sortant du PS, François Hollande.

Il est vrai qu'entre une première secrétaire déclarée élue et une autre première secrétaire encore contestaire, il était difficile de choisir... le masculin comme forme du genre neutre. L'imposture grammaticale du masculin comme genre neutre a volé en éclat dans les plus solides bastions de la phallocratie comme le Fig. Est-ce que cela veut dire que les secrétaires du PS étaient auparavant premières et non premiers ? Non. Justement. Mais la situation nouvelle commande un langage plus proche de la réalité et éloigné des fumigations au sujet des genres qui seraient prétendument neutres.

vendredi, 21 novembre 2008

Pour un éloge de la barbarie et de la sottise réunies

Cet ancien enseignant de... français ( révoqué de ses fonctions)  et actuel traducteur vers le français en Belgique parle du français comme d'une langue... barbare ! Il est bien connu que les barbares ne parlaient pas grec, puis qu'ils ne parlaient pas grec ou latin. Que découvre-t-on dans la liste des articles qu'il cible ?

Halieutique

Ichtyologie

Syzygie

Lithotripteur

Alphabétisation, médico-pédagogique,

Asthénie

Cystilychnopnée

Conchyliologues

Psychologiquement, physiquement, angiome, esthétique

Gemmophilie

Erithème, carcinogénèse, mélanine.

 

C'est un peu bizarre, parce que tous ces termes existent aussi dans d'autres langues européennes qui ne sont pas qualifiées, elles, de barbares par le wallingant délirant en lutte contre le français. Presque tous sont grecs d'origine, mais les Romains n'étaient-ils pas des Barbares pour les Grecs parce qu'ils n'étaient pas de leur peuple et qu'ils parlaient le grec avec un accent ? Toutes les langues romanes (et même l'anglais, l'allemand, le russe ou l'arabe sont alors aussi barbares, puisqu'ils adaptent les mots grecs à leur prononciation ou leur graphie) sont donc des langues barbares. Mais cela le Wallon fou ne le dira jamais, perdu qu'il est dans son combat contre la langue française qu'il s'obstine à mener en... français !  Ce dont il parle, en fait, c'est d'un état du journalisme, présent dans à peu près toutes les langues. La prétention de certains plumitifs par l'emploi de mots longs et obscurs du fait de leur origine grecque puisque le grec est peu enseigné ailleurs qu'en Grèce. Et après ? On n'est pas plus avancés si l'on sait que le français c'est caca et que le grec c'est chic ou que le grec en français c'est beurk et que le grec en anglais c'est very good. La bêtise est pleine d'avenir. J'ai de la sympathie pour les crétins absolus.

Des constructions grammaticales et puis des abus du pouvoir

L'affaire de la Cellule invisible continue de me révolter, de m'indigner, de me bouleverser, autant que de m'interroger sur les méthodes fort policières d'un certain journalisme au service des pouvoirs en place et de la chiennerie judiciaire. Je lis ceci dans le Fig Mag (d'accord, le Fig Mag est orienté à la droite de la droite, mais il traduit aussi l'inconscient de la droite qui ne veut pas s'avouer comme extrémiste).

Ainsi, par exemple, fait-il prospérer ses petites affaires. « J. C. », selon l'intitulé de sa déclaration au registre du commerce, est le gérant d'une SARL de « location de terrains et autres biens immobiliers », domiciliée chez ses parents, médecins à la retraite dans les Hauts-de-Seine. Une activité qui lui a rapporté plus de 60 000 euros en 2007. De quoi faire tourner, par ailleurs, même à perte, sa ferme-épicerie de Tarnac.

Le seul problème dans cette histoire, c'est que la ferme du Goutailloux et puis l'épicerie-restaurant-café sont deux lieux différents (dans un des dix villages les plus étendus de France, avec cinquante hameaux pour trois cents habitants) et que Julien Coupat n'était pas le propriétaire ou le gérant de la deuxième structure. Ce genre de déclarations me reste très en travers de la gorge, même si je ne partage pas vraiment les idées des autonomes ou des anarchistes (quelques points de réflexion, de culture ou de détestation sans plus).

Mais on notera la forme de la dernière phrase : sa ferme-épicerie. La ferme-épicerie n'existe déjà pas. On sait qu'il y a une ferme, une épicerie. Déjà, on parlait de vie en communauté pour des personnes qui vivaient au dessus de la mairie dans deux appartements distincts. Tout simplement parce qu'elles habitaient la même commune. Cela commence à faire un peu beaucoup, on suggère quelque chose qui existe dans les représentations et les stéréotypes au sujet des communautés, afin de mieux faire avaler l'idiotie d'un groupe autonomo-anarchiste d'ultra-gauche. Et voici l'épicerie en question qui devient la propriété de Julien Coupat que l'on présente par ailleurs comme un fils de bonne famille faisant par ailleurs oeuvre d'entrepreneur et de propriétaire, alors que les locaux de l'épicerie sont concédés par la mairie et qu'il n'est pas l'animateur ou le gérant de cette épicerie ! Mais comme il fallait le présenter en mec pêté de thunes qui subventionne l'insurrection, il fallait que cette épicerie soit la sienne et pas celle d'autres personnes. Les autres personnes du groupe passent à la trappe, puisque l'on veut vendre une image d'une sorte de gourou qui serait en quelque sorte très friqué et très attentif à ses intérêts matériels. Une sorte de Ben Laden made in Corrèze, Neuilly et Arcachon.

Sauf que l'amalgame ne fonctionne pas. Il y a présupposition de terrorisme. Pas de preuves matérielles (le matériel d'escalade est ridicule pour s'attaquer à des caténaires) et cela n'interpelle presque personne, alors que des moyens électroniques ont été employés dans la pseudo enquête. Il y a présupposition d'un groupe organisé. Mais cela ne fonctionne que si l'on utilise le possessif et la confusion des lieux dans "sa ferme-épicerie", laquelle n'existe pas comme telle mais qui peut devenir une évidence pour les gens qui lisent confusément de mauvais journaux à la solde du ministère de l'Intérieur.

Lequel avait commencé d'abord à chercher d'abord les coupables, puis le crime ! Belle logique... Mais on peut mieux vendre une fausse histoire en peignant un jeune fils de bonne famille aisée plutôt que celle de cette fameuse communauté ou de cette cellule invisible dont on ne démontre nullement l'existence. Il s'agit de fabriquer une sorte d'icône sur laquelle chacun pourra cracher ou bien devant laquelle pourra s'agenouiller et réciter des mantras. On agit comme dans la téléréalité en prétendant révéler le véritable visage d'une seule personne afin de masquer la vérité des conditions de l'enquête plus que suspecte du fait de crimes commis des mois après sur les mêmes lieux où JC aurait été présent et de l'instruction uniquement à charge. Loft Story, Al Qaida, même combat. On est totalement dans le storytelling le plus idiot par ce simple possessif sa. Il faut vendre une image et puis surtout une idéologie. Sécuritaire, bien sûr. Les pauvres y adhéreront bien sûr parce qu'il serait anormal de défendre un bourge, un fils de riche, un type qui utilise son fric pour détruire la société (comme si ce n'était pas le rôle des patrons du Cac40 ou de l'immense président, situationnistes sans le savoir).

Ce petit possessif en dit long sur une crapulerie des journalistes au service de l'idéologie en place.

Deux ou trois amalgames en deux lettres, comment rêver mieux ?

dimanche, 16 novembre 2008

Le nom du condamné

A quoi cela sert-il d'affubler quelqu'un d'un nom tronqué lorsque l'on donne par ailleurs le nom et le lieu de son exposition ?

« L’association invite le peintre Patrick S. (ancien détenu en liberté conditionnelle) à dévoiler ses œuvres au Garage : cette exposition individuelle s’intitule “Résilience”.

Il y a des formes de respect des parcours personnels assez peu orthodoxes. Si l'on avait voulu tout masquer, il n'aurait pas fallu donner les noms qui ne sont pas ceux de l'ancien condamné, ou si l'on avait voulu tout révéler il n'aurait pas fallu donner seulement le début du nom d'un possible criminel. Mais ce serait trop difficile de faire sans cette sorte d'appât ? Pourquoi masquer le nom de quelqu'un qui a été condamné ?

Verrine

Dans l'émission (très intéressante même pour les grands enfants) Maman, les petits bateaux, Noëlle Bréham évoque le mot verrine en parlant de son contenu, par lequel elle est fascinée. Or il y a vingt ans Henriette Walter dans le Français dans tous les sens déplorait que ce beau mot lorrain de verrine ne soit pas plus repris tellement il est utile et simple, c'est vrai qu'il était encore régional :

2. Région. (Franche-Comté, Lorraine). Pot à confiture en verre (d'apr. Tuaillon Région. 1978).

Du contenant au contenu, pourquoi pas ? La synecdoque est amusante. Mais il faut dire surtout que le nom de la verrine a été popularisé par les prétendus beaux livres destinés à des cadeaux de fêtes de fin d'année. Et je ne retrouve plus du tout les verrines de ma mère. De simples bocaux, de pots de verres fort humbles. Quoique contenant des confitures de mirabelle ou de rhubarbe ou de brimbelles bien plus suberbes, des fastes d'or et de rubis. Mais la verrine donnée à tout le monde dans le grand tourbillon commercial de Noël, c'est un trésor de mon enfance qui se trouve soudain jeté sur la voie publique ! Et j'aimerais maintenant que ce très joli et précieux mot lorrain redevienne seulement propre aux Lorrains. Je n'aime pas l'éblouissement factice de ces livres pour Noël, je préfère ceux que j'ai lu autrefois. Dire que c'était un terme de patois auparavant...

La nuit des francisations

C'est marrant ce genre de différence de titres entre la page d'accueil du Monde :

PS : les scénarios pour la "nuit des résolutions",

et puis le blogue invité :

Scenarii pour la commission des résolutions.

Dans un cas, on tente de faire une distanciation avec un langage conventionnel, dans l'autre on tente de faire du bon français en le maltraitant avec du pseudo-italien.

vendredi, 14 novembre 2008

Vers de nouvelles conventions

Pierre Encrevé dans Non Fiction à propos des rectifications qui ont été récemment avalisées par le Robert :

Mais les Français ont toujours tendance à croire que chaque mot possède, de toute éternité, dans le ciel des idées une forme graphique unique et perpétuelle à laquelle, par on ne sait quelle magie, les dictionnaristes et eux seuls auraient accès. L'école des "noirs hussards" chers à Péguy a beaucoup fait pour enraciner et répandre cette croyance naïve, fondée sur une ignorance soigneusement entretenue parce qu'indispensable à légitimer la sélection par l'orthographe. L'orthographe est une production culturelle multiple, complexe, et continue des écrivains, éditeurs, imprimeurs, lexicologues et lexicographes ainsi que des usagers ordinaires dont les prétendues "fautes" finissent souvent par s'imposer lorsqu'elles rectifient l'arbitraire de la convention.

Je partage son point de vue, faut-il encore le dire ? Et où y aurait-il faute dans évènement ou charriot ou déciller alors que les formes antérieures n'étaient que des accidents et que des exceptions justifiées ensuite par une prétendue maîtrise de l'orthographe devenue figée, mais ne répondant ni à la cohérence, ni à l'étymologie ? L'orthographe a toujours été un instrument de pouvoir, de discrimination culturelle, mais elle a pu prendre la manière la plus absurde qui soit dans de tels exemples. L'autre était forcément inférieur, puisqu'il raisonnait logiquement et n'écrivait pas la forme conservée par hasard.

lundi, 10 novembre 2008

De l'argot des tranchées

Bon, il ne faut pas prendre toutes les affirmations de Dauzat dans son Argot de la guerre à la lettre :

Frichti. Le soldat français a emprunté à son ennemi allemand son frühstück (le déjeuner pris sur le pouce). Des deux côtés du front, on a échangé, outre du plomb, des mots.

Le mot date déjà de bien avant 14-18. On le trouve déjà dans le dictionnaire de Delvaux en 1867. Il est référencé en 1834 sous la forme fricheti, en 1855 sous la forme frichti et il a désigné d'abord un repas exceptionnel, puis une préparation de repas et seulement dans un contexte militaire (1864). Mais l'origine alsacienne par fristick correspondant à l'allemand Frühstück, déjeuner, est contestée par Guiraud qui propose une dérivation de fricot du fait que le déjeuner ne peut être un repas complet. Le mot était cependant présent dans l'argot parisien ou militaire depuis un demi-siècle au moins.

Si l'on prend estourbir :

Estourbir est tiré du verbe gestorben.

Ce n'est pas faux, sauf que le mot est présent en français argotique depuis 1815 et qu'il appartenait surtout au français régional de l'Est !

Cette guerre n'a pas été l'échange des mots entre des gens qui se tiraient dessus, mais un grand échange des mots de toutes les régions de France et de toutes les classes sociales. Les mots allemands de la guerre de 14 avaient presque tous eu une vie antérieure en français.

Les poilus ont popularisé des noms déjà fort anciens :

Ont donné à la censure anesthésiante le sobriquet d'Anastasie.

Mais ce surnom avait déjà quarante ans dans la presse parisienne ! Les créations sont peu nombreuses, les mélanges le sont bien plus. Et l'intérêt est de voir alors comment des mots locaux se sont répandus partout.

 

 

Du nom des habitants de Chicago

Ô délicieux spectacle des lecteurs new-yorkais faisant la queue autour du siège du New York Times, pour s’arracher les journaux «historiques». Et les Chicagoyais, donc ! (On dit Chicagoyais ? Chicagoyotes ? Disons, les lecteurs de Chicago), prenant d’assaut le Chicago Tribune.

Voyons, Daniel, cela se trouve en deux coups de clic : les Chicagoans dans la langue originelle. On pourrait adapter la terminaison anglaise, mais nous avons déjà Parmesan, Pisan ou Toscan qui ont le même suffixe d'origine italienne cette fois (et le français ne s'en porte pas plus mal, on ne va pas assaisonner nos pâtes de parmesien ou de parmais ou de parmoïte ou de parmoyote). En outre, le nom de Chicago est prononcé à la française, avec un ch peu anglais, puisque le nom est passé de l'amérindien au français avant de devenir anglais ; d'autre part il n'est guère éloigné sémantiquement de celui de la rue Mouffetard. Cela me semble de nature à rassurer ceux qui voudraient voir là de l'exotisme. Bien sûr, cela aurait mal venu de consulter Wikipedia quand on en a dit tant de mal par ailleurs au sujet de sa notice, mais surtout cela aurait évité un effet de style : faire croire que les habitants de Chicago n'ont absolument pas d'ethnonyme, tout comme pour certains anti-Etatsuniens il faut nier les citoyens des Etats-Unis d'Amérique en déclarant que leur pays n'existe pas vraiment et qu'ils n'ont pas de nom de nationalité propre. Je suis passablement mal disposé, moi aussi, envers les délires franco-français au sujet d'un homme politique d'abord étatsunien plus que noir et surtout de droite que vaguement social-libéral ou social-démocrate ! Mais enfin... cet effet de style, ce n'est pas du meilleur goût, parce que l'on ne veut pas donner à l'autre un nom qu'il se donne et qui est facilement accessible. Cela peut rappeler des écrits d'un autre temps, même si ce n'est pas le cas. Bref, il y avait un mot français pour le dire, mais éviter le mot français est aussi une stratégie oratoire.

vendredi, 07 novembre 2008

Le langage de la guerre

Cette année, les commémorations autour de la Première Guerre mondiale ont une couleur particulière. D'abord, ce sont les premières sans la présence d'un seul ancien combattant. Ensuite, il me semble que le régime actuel fait tout pour célébrer les moindres batailles ou libérations des dernières offensives de 1918. Je ne compte plus le nombre de cérémonies officielles dans le plus petit village de ce champ de guerre que fut mon département. Certes, il s'agit d'un chiffre rond, le nonantième anniversaire, mais cela augure alors mal du centième qui dépassera tout. Bref, le sous-ministre aux Anciens Combattants se dépense sur tous les fronts de province pour les hommages qui préparent le 11-Novembre. Jamais le mémoriel n'avait atteint un tel degré. Et d'un autre côté le patrouillotard Hervé Chabaud s'en donne à coeur joie dans l'Oignon où il a pages ouvertes dès qu'il est question de sabre. L'inflation des ouvrages sur cette sale guerre menace aussi la librairie, les vitrines regorgent de témoignages, de chroniques, d'albums et on ne sait plus où donner de la tête. C'est un peu l'indigestion. Le ministère de la Défense, lui, a ouvert un nouveau site, après celui consacré aux soldats morts ou disparus, et bon... dans le flot de la propagande militariste avec ses figures symboliques, on trouve une partie un peu intéressante qui consiste en un lexique où l'on retrouve quelques mots issus de l'étude d'Albert Dauzat sur l'argot des poilus, mais hélas mélangés à des termes techniques liés à la stratégie ou aux fortifications. Le mélange des époques et des sujets* n'est pas des plus heureux et malheureusement on ne retrouve pas la productivité langagière de cette période.

* Est-il utile de définir bafouille ? Oui, si l'on veut montrer que ce mot est né dans les tranchées, comme beaucoup d'autres mots familiers que l'on ne remarquera pas. Non, s'il est isolé et si l'on ne donne pas d'autres mots illustrant la vie quotidienne de ce temps ou bien les mots désignant la réalité meurtrière considérée du point de vue de la troupe.

jeudi, 06 novembre 2008

La morphologie grammaticale selon la Halde

Dans ses recommandations aux éditeurs [de manuels scolaires], la Halde "rappelle que les fonctions et les métiers doivent être féminisés".

Eh bien ! je peux dire que ce n'est pas gagné quand on voit les parti-pris de la haute et basse administration scolaire qui veut toujours faire croire à une forme de barbarie ou de décadence, voire à une forme de mépris envers les femmes parce qu'on les traiterait indépendamment de leur fonction... On me considérait comme un Martien quand j'écrivais professeure, auteure, proviseure il y a dix ans et que j'invoquais la loi française (ce n'est pas le gouvernement socialisse qui va me dire comment je dois dire ce que je cause naturellement et clairement) et l'exemple québécois (ouais, mais les Québécois, c'est des oufs et ils ne savent pas bien parler français, on le sait quand on écoute parler Céline Dion). Cela s'est un peu amélioré depuis, mais la résistance des plus conservateurs est restée aussi ferme et coriace, y compris contre l'article féminin devant un nom épicène (du type la maire, la ministre, la juge). Ils sont juste un peu moins nombreux, mais ceux qui restent campent sur leurs positions. Faire passer l'idée de la variabilité dès le plus jeune âge est une bonne chose, mais si les parents ne sont pas eux-mêmes impliqués dans ce changement et s'ils ne reçoivent qu'une information partielle et partiale contre toute évolution de la langue, le risque est grand de voir ce voeu se transformer en "opération de propagande stalinienne et politiquement correcte d'un autre siècle" pour les médias dominants. Pourtant, ce serait une respiration pour la langue et une chance de renouveau par une plus grande plasticité, mais cet argument purement langagier ne sera jamais celui qui sera retenu tellement on se place sur un terrain politique au plus haut degré.

La revanche du y trématé

elays.jpgVoici un nouveau produit qui va compléter ma collection de ÿ trématés. C'est le troisième ou quatrième produit commercial que je découvre avec ce glyphe. Les patronymes et les toponymes sont un peu plus nombreux. Mais pourquoi un ÿ trématé ? Tout simplement parce que cette gamme de soins pour le visage et le corps est à base de champignac ! Le ÿ évoque donc bien la flute de champignac surmontée de deux petites bulles et puis renvoie aussi à la ville d'Aÿ qui donnait autrefois son nom au champignac : on disait jusqu'au début du XIXe s. du vin d'Aÿ ou un aÿ. L'autre motivation tient peut-être au fait que ce y trématé est aussi employé par la marque Sÿsleya, ou Sunleÿa de Sisley, qui est "l'antiride de toutes les rides" - un autre produit de beauté donc. Il y a donc une légère imitation du nom alors que ce produit se situe dans le même créneau commercial. Hum...

Un autre fait à noter, c'est l'utilisation de la forme d'un blogue et non d'un site : cela permet un meilleur référencement dans les moteurs si les pages sont régulièrement actualisées, mais il n'y a que quelques brefs rédactionnels au cours du mois de septembre. Le produit est tout nouveau et je crois qu'il ne doit guère dépasser la vente régionale. Ces blogues à caractère publicitaire sont un peu gênants quand ils ne s'affichent pas explicitement comme tels, mais en général ils sont choisis par de petites entreprises et cela indique les capacités de conception d'un site.

Pour rappel :

 

La geste du y trématé.

L'inévitable retour du y trématé.

Mission : y trématé.

mercredi, 05 novembre 2008

Nique, nique et nique...

Voici une question d'une enquête de l'INSEE que commente Baptiste Coulmont - enseignant-chercheur et auteur d'un blogue de fort belle tenue, malgré ou à cause de ses Curiosa.

« Est-il déjà arrivé que l’on se moque de vous, que l’on vous mette à l’écart, que l’on vous traite de façon injuste ou que l’on vous refuse un droit à cause de votre nom ou votre prénom ? »

Il met en avant le phénomène de décroissance du sentiment de moquerie au fil de l'âge, par un histogramme fort parlant. Mais la question me paraît bien générale et vague. On n'est pas encore sur le marché du travail à 17-18 ans et la seule réalité descriptible par des jeunes de cet âge est dans la plupart des cas celle du voisinage, des camarades de classe, de la parentèle. Certes, il a pu y avoir des recherches d'emploi saisonnier ou à temps fort partiel ou pour un contrat d'apprentissage, mais l'ensemble du vécu d'un jeune de moins de 25 ans se situe dans la majorité des cas dans une sphère affective (relation prof-élève, camaraderie de classe ou d'atelier, proximité géographique) qui prend une part démesurée par rapport à d'autres facteurs bien plus présents dans le monde du travail. Si l'étude avait englobé aussi des jeunes de moins de dix-sept ans, je suis certain que les chiffres auraient gonflé en masse, tellement cet âge est sensible. Il faut parfois se souvenir de la métaphore du homard de Dolto. Le fait d'être mis à l'écart ou d'être traité injustement ne peut avoir la même signification pour un adolescent issu ou non de cités et puis pour un cadre quadragénaire.

Le second point qui rend cette étude discutable, c'est que l'on n'aborde pas les techniques de défense, d'évitement ou de réappropriation de son nom, qui ne peuvent se faire qu'avec l'âge et l'expérience. Les plaisanteries sur un nom ou un prénom ne peuvent pas déboucher tout de suite sur une réponse du type "Celle-là, c'est la première fois qu'on me le dit". Quand l'imbécile, qui avait cru faire un jeu de mots facile ou une allusion leste sur un nom se retrouve remis en place, il est possible de vivre en paix avec son prénom ou son nom. Mais cela demande de l'avoir entendu bien des fois avant. Le prénom ou le nom est alors sécurisé. Il est possible aussi que l'allusion tombe parce que la référence n'est plus comprise de tous : j'ai personnellement souffert de la chanson de Soeur Sourire qui était scandée dans mon école, puis du titre d'un film d'Alain Chabat lorsque j'étais vraiment adulte et puis ces références ont presque disparu. Il est possible de se réapproprier son nom par l'auto-dérision (je placardais l'affiche dudit film sur ma porte), mais ce n'est pas encore ce que l'on envisage aussi tôt. Reste l'évitement et donc les surnoms, diminutifs, sobriquets si fréquents dans les classes populaires, ce qui explique que les personnes à haut revenu ou bien ayant une plus forte possibilité de progression sociale soient plus sensibles à la question car elles ne pratiquent pas l'évitement. Elles utilisent des noms codés dans leur classe sociale (ne m'appelez Marie-Thérèse, mais Marité ou Marie, ah ! je défaille, il a osé m'appeler Marie-Thérèse, il devrait avoir honte !*) et tout écart à la norme qu'elles se sont fixées est alors ressenti comme une blessure, alors qu'un prolo se dira si on m'appelle Johnny, alors que je m'appelle Jean, eh bien ! je suis Johnny pour les autres et ce sera mon surnom, celui qui permettra de me reconnaître. Et comme une même personne peut être connue sous trois ou quatre noms différents, cela permet d'atténuer les conflits au sujet d'un nom que l'on exhiberait comme marque sociale unique. Vouloir imposer à tout prix son nom sans tenir compte des autres est une erreur. Vouloir croire que ce nom est stigmatisé à jamais aussi.

* Expérience vécue auprès d'une collègue.