dimanche, 20 décembre 2009
Le prix du maire de Champignac est arrivé !
Je me dois, en tant que comte de Champignac, de suivre l'actualité helvète et en particulier la distinction du Grand Prix du maire de Champignac. Voici donc les résultats d'après la TSR (station bien connue des frontaliers pour donner aussi les résultats des élections françaises avant l'heure).
Champignac d'or : Le feu est sous contrôle, mes hommes sont cuits. Commandant de pompiers à Lausanne Jean-Luc Berney au journal 24 heures.
Champignac d'argent : Le loup est arrivé et il est bien parti pour rester. Jean-Claude Roch, garde-faune du canton de Vaud au journal La Gruyère.
Accessit :
Espoir du champignacisme : Je ne suis pas le seul à être de mon avis. Didier Burkhalter, conseiller fédéral de Neuchâtel.
Mention Oreille de lynx : J'écoutais d'un oeil amusé. Martine Brunschwig-Graf, conseillère nationale de Genève (Genève est république et canton, il n'y a donc pas de conseillers cantonaux comme dans les autres cantons).
Mention Aller simple : Faire comprendre ce que signifie mourir de faim, de maladie, ou sous les balles. Il est très difficile d'appréhender ce genre de situations si on ne les a pas vécues soi-même. André Simonazzi, vice-président de la confédération.
Mention Le débat reste ouvert : Toute personne qui prétend quoi que ce soit dit n'importe quoi. André Kuhn, professeur de droit pénal et de criminologie aux universités de Lausanne et Neuchâtel.
Toutes mes félicitations aux heureux élus. Je répète encore que je ne participe en rien à ce suffrage.
10:27 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française
samedi, 19 décembre 2009
Le juif, cet étranger
Je lis cette phrase dans Libération :
«Cet acte constitue une véritable déclaration de guerre, provenant d’éléments dont nous ne connaissons pas l’identité, mais je suppose qu’il s’agit de néo-nazis animés par la haine de l’étranger», a déclaré son président, Avner Shalev.
Tout pro-sioniste que je sois, cela ne laisse pas de m'interloquer. Des néo-nazis, on en connaît de diverses nationalités, il en existe même des Français, des Belges, des Suisses et peut-être des Québécois ou des Etatsuniens. Alors comment pourraient-ils être contre l'étranger en soi ? Ils se regroupent entre néo-nazis de différents pays lors de fêtes fort païennes et ils ne semblent pas craindre alors l'étranger qui parle le même langage qu'eux. Qui est donc l'étranger ? C'est le juif, bien entendu ! Le juif est toujours l'étranger absolu (sauf que maintenant c'est devenu le musulman forcément terroriste par essence). On utilise un vocabulaire vieux de septante ans pour décrire une réalité actuelle ! Les étrangers que l'on chasse de France ne sont plus juifs, c'était vrai en 40, mais aujourd'hui ce sont d'autres et cela on ne l'entend pas parce que l'on confond étranger et juif. Non, les juifs ne sont plus étrangers en France et c'est heureux, oui il y a des étrangers qui subissent le sort des juifs autrefois. Ne confondons pas les mots. Aucun juif n'est l'étranger absolu. D'ailleurs, cela n'a même pas de sens que se proclamer juif ou français. Je ne comprends pas du tout cette déclaration absurde.
23:58 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, racisme
Nouvelles Lettres persanes VI
De Rica à Usbek, à Nicée
Il est des rencontres fort malencontreuses à Paris. Ainsi, je me suis retrouvé en compagnie d'un khédive de la banlieue la moins pourvue en logement sociaux et la plus fournie en champs de course pour étalons, un certain Jacques Myard. Il appartient à la secte majoritaire, mais il ne se distingue en rien des membres de la secte du Front national. J'ai fort vite compris qu'il n'aime les Arabes que comme chevaux de course et les Persans que comme chats domestiques. Quand il m'a aperçu, il m'a demandé comment l'on pouvait bien être persan sans être terroriste. J'ai eu une grande frayeur, car un ami m'avait dit qu'il avait déposé une proposition d'édit afin de rétablir la peine de mort pour les actes terroristes et je me suis imaginé alors que comme persan j'allais être immédiatement considéré comme suspect s'il se produisait le moindre attentat sur sa personne, comme un lancer de tarte à la crème, une coutume originale venue de la proche Belgique et visant les auteurs de propos stupides et prétentieux. Or il est bien placé pour recevoir ces tartes à la crème.
Après que j'ai répondu à ses questions fort insistantes sur le fait que j'imposerais le voile intégral à mon épouse même si elle ne porte qu'un léger foulard découvrant ses mèches de cheveux en Perse et qu'elle l'abandonne sauf par mauvais temps en Europe, il a cru bon de me dévoiler ses grands projets afin de lutter contre le Mal. Sa théorie est fort simple et s'exprime en termes clairs. Tout le Mal provient d'une seule source : la Toile. Il est évident pour lui que l'excès de démocratie et de parole publique permet tous les excès : pédopornographie, propagande nazie ou islamiste, défense du Pacs et de l'homoparentalité, piratage des oeuvres musicales du derviche Johnny Hallyday, atteintes à l'orthographe et au respect de l'identité nationale donc, mise en cause des élus qui construisent peu de logements sociaux ou qui engloutissent des millions de dinars afin de sauver des champs de course toujours déficitaires. Toutes ces agressions envers les droits les plus démocratiques sont inadmissibles, m'a-t-il déclaré. Il ne faut surtout pas que l'excès de démocratie tue la démocratie réelle que je représente, m'a-t-il assuré. Puis il a ajouté : s'il faut supprimer la démocratie afin que notre régime reste vraiment démocratique, pourquoi pas ?
C'est pourquoi il va présenter une nouvelle proposition d'édit afin de réguler la Toile comme dans le Céleste Empire. Cela veut dire que les contenus seront filtrés selon leurs sources ou bien leurs sujets et que les opérateurs devront désigner à la police comme possibles terroristes tous les gens qui n'exprimeraient pas des idées positives envers le Chah des Chahs. Voilà une belle idée de démocratie du nouveau siècle et d'une grande modernité ! Je lui ai dit que c'était déjà ce que nous connaissions nous-mêmes en Perse par moments et que nous serions bien heureux de pouvoir nous exprimer sur la vie publique sans être accusés automatiquement de sodomie, propagande pour le grand Satan américain, blasphème contre le nom du Prophète, espionnage pour l'ennemi. Cela n'a pas semblé le convaincre de l'absurdité de son projet et il m'a tout de suite accusé d'être un terroriste qui mériterait la peine de mort si l'on écoutait le vrai démocrate et républicain qu'il est. Je me suis enfui fort vite, parce que j'avais peur qu'un attentat à la tarte à la crème n'arrive au moment où je l'écoutais.
A Maisons-Laffitte, le 19 de la lune de Saphar.
11:08 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, humour
vendredi, 18 décembre 2009
Nouvelles Lettres persanes V
De Rica à Usbek, à Andrinople
Mon cher ami, il ne se passe pas de jour en France sans que le grand muezzin de la secte majoritaire, Frédéric Lefebvre, profère une sottise, un mensonge ou une provocation. Cet homme est un véritable miracle en soi, tellement il ressemble au méchant des plus mauvais romans. Il est capable même d'entretenir toutes les discussions dans les souks chaque jour. Je l'ai écouté lors d'un débat sur les ondes ou les étranges lucarnes et il déclare ainsi vers la quinzième minute du premier extrait :
Ecoutez, un certain nombre de gens utilisent la dénomination de son [à Eric Besson] ministère pour essayer de pratiquer des amalgames.
Je trouve cela profondément extraordinaire ! Comment l'amalgame ne serait donc pas possible si l'intitulé du ministère de l'Immigration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire n'était pas justement le sien ? Dans la minute précédente, le grand muezzin déclare d'ailleurs que les thèmes de l'immigration et de l'identité dite nationale sont liés de façon fort logique selon lui, puis il décrète que cela n'a rien à voir si l'on s'attaque à l'intitulé de ce ministère et si certains contestent justement un amalgame entre immigration et identité nationale. Il faut lui reconnaître un art fort adroit et subtil de la rhétorique puisqu'il parvient à masquer le premier amalgame par un autre où l'on compare le vizir fort traître Eric Besson à un autre vizir qui fut empalé sur la place publique après bien des hautes trahisons contre son parti, ses concitoyens, son pays, l'humanité tout entière. Ce ne serait donc pas lui qui aurait écrit dans son questionnaire ceci :
« Comment éviter l'arrivée sur notre territoire d'étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant, dans une partie de la population, la suspicion vis-à-vis de l'ensemble des étrangers ? »
Pour un peu, on en viendrait à plaindre le malheureux traître et vizir qui n'aurait pas choisi sa mission et qui n'accomplirait que son devoir, tel un Afghan demandeur d'asile éloigné du territoire national français et devant ensuite combattre dans on ne sait quelle milice locale et on ne sait trop quel but, mais que l'on pourra présenter selon les circonstances comme un acte de libération ou un ralliement au parti du mal absolu, au gré des alliances des puissances occupantes. Dénoncer l'amalgame, cela vous permet aussitôt de vous poser en victime, mais lorsque l'amalgame a été voulu, consenti, décidé d'avance, qu'il fait partie de la stratégie visant à transformer la secte majoritaire en succursale d'une autre secte n'ayant jamais accédé au pouvoir, le Front national ? Cependant, lorsque l'on a posé les termes d'un débat sur la prétendue identité nationale d'abord dans des questions portant sur l'immigration et encore plus sur la religion supposée, il ne faut guère s'indigner de se voir renvoyer sa propre image puisque l'amalgame était déjà là.
Mais parler d'amalgame permet de se dédouaner aisément et d'accuser les autres lorsque l'on ment totalement.
A Paris, le 18 de la lune de Zilcadé.
21:06 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ump, politique
jeudi, 17 décembre 2009
Nouvelles Lettres persanes IV
De Rica à Usbek, à Erzeron
Parmi les principales singularités de ce pays fort original qu'est la France, il en est une qui n'a pas manqué de me frapper. Imagine-toi que ce pays est tout entier dévoué au culte d'une espèce de derviche tourneur nommé Johnny Hallyday. Ce n'est pas son vrai nom, mais un émir du nom de Jean-Pierre Raffarin m'a assuré que c'était authentiquement français et qu'il rêvait de lui ressembler. On m'a affirmé alors que c'était le plus grand derviche tourneur de tous les temps et qu'il faisait partie de l'identité nationale dont chacun semble si fort épris dans ce pays. Je me suis inquiété, était-il donc connu aux Etats-Unis sous ce nom ? Pas du tout ! Mais chaque Monégasque, Belge ou Suisse francophone sait que le derviche Johnny Hallyday est un grand représentant de la culture française, même quand il reproduit des titres étatsuniens en les chantant mal et trop fort. C'est d'ailleurs pour cette raison que ce derviche a voulu devenir successivement suisse, belge et monégasque : il entendait apporter la plus haute culture française dans ces pays en voie de développement. Il faut dire qu'on ne le connaît pas ailleurs.
Cette semaine et la précédente, toute la presse de ce pays s'est inquiétée du sort de son derviche tourneur qui se trouvait par hasard aux Etats-Unis où il possède une maison et où personne ne le reconnaît dans la rue - ce qui le chagrine fort, car il aurait voulu remplir des stades entiers comme les grandes vedettes étatsuniennes et il lui a fallu affréter des charters pour ses amis afin qu'ils viennent à Las Vegas qui est notoirement connu comme le temple du rock le plus pur et dur. Mais il allait fort mal ces derniers temps et on l'annonçait comme mort, au point qu'un des journaux les plus sérieux de ce pays, Paris-Match, donnait en lien la nécrologie écrite d'avance puisque c'est l'un des fondements de la culture française. S'il venait à périr, qu'Allah l'en préserve, il entrerait directement au Panthéon, le monument des grands hommes de ce pays. Le chah des chahs s'est entretenu heure par heure de son état de santé et il se demandait s'il devait demander à son scribe Henri Guaino de lui écrire un discours commémoratif, si l'on ne devait pas mettre tous les drapeaux en berne, du crêpe à toutes les fenêtres et une diffusion intégrale de toutes les chansons du grand derviche sur toutes les stations nationales sans aucune interruption par d'autres nouvelles.
Chacun y est allé de sa sourate ou de son hadith au sujet de ce derviche qui serait une sorte de prophète de l'identité nationale française. Le muezzin Frédéric Lefebvre lui a souhaité des voeux de prompt rétablissement. Toute la secte majoritaire lui a prodigué des voeux, en oubliant au passage qu'il pourrait se remettre facilement en prenant une petite ligne de cocaïne chaque matin comme il le confiait dans le Monde à Daniel Rondeau ou en se faisant faire des auto-transfusions de sang oxygéné en Suisse, comme certains joueurs de balle. Il s'agit d'un des plus beaux exemples d'intégration et d'assimilation pour la jeunesse de ce pays et chacun devrait copier ce derviche afin de se conformer à l'identité nationale ! Bien entendu, ce derviche est immortel et le jour de sa mort sera un drame national pour la secte majoritaire.
C'est ainsi qu'une autre derviche fort aphone dans ses chansons mais bavarde par ailleurs, très en faveur auprès du chah des chahs dont elle est la courtisane s'est exprimée : « C’est très joliment expliqué par Proust dans A la recherche du temps perdu, il explique que le mendiant ne souffre pas d’être mendiant, que c’est le passant qui souffre pour le mendiant, le mendiant étant mendiant, lui, il est de plain- pied avec sa misère. C’est la même chose la célébrité, quand on est dedans à ce niveau là, on n’en a plus du tout conscience. » Il faudrait donc que les gens qui sont jetés dans la rue sans logement, qui n'ont pas assez d'argent pour nourrir leurs enfants vers le milieu du mois, qui sont menacés de perdre leur emploi ou pire d'être renvoyés dans un pays en guerre et où ils risquent de mourir à coup sûr compatissent sur le sort des célébrités parce que ce serait aussi des victimes.
A Paris, le 2 de la lune de Rhamazan.
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Le ministre de l'Agriculture pris dans un scandale sexuel
Sur une idée du Boeuf qui pleure (Olivier) dans Gazouillis, ce titre de Marianne2 :
Revenu agricole : Le Maire vire sa cutie en direct
Le boeuf ricane un peu vite en renvoyant à un dictionnaire français de référence et il déclare "une faute dans un titre chaque jour". Je réplique aussitôt en affirmant que le correcteur orthographique était en fait en anglais. J'ignorais jusqu'alors que le digne et respectable ancien normalien Bruno Le Maire entretenait une call girl ou une escort girl. On est aux bords du scandale politico-sexuel à la mode du Sun, du Daily Mirror ou de News of the World et ce sera bientôt sur les chaînes de Rupert Murdoch. Mais je m'interroge... Si les correcteurs orthographiques d'un journal au titre si républicain, si laïque et si évocateur du Front populaire sont placés en version anglaise pour les secrétaires de rédaction, que devient donc notre prétendue identité nationale ?
15:17 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, langue française, médias, presse
Nouvelles Lettres persanes III
De Rica à Usbek, à Antioche
Mon cher Usbek, tu ne peux imaginer combien les Français sont un peuple différent de tous les autres et avec une identité nationale propre. Dernièrement, j'ai écouté un mamamouchi de la wilaya de Provence, Thierry Mariani qui vise la direction du lieu. Il appartient à la secte majoritaire, mais il reprend les mots, les idées, les thèmes de la secte honnie, le Front national, qui est le grand ennemi. Il déclarait sans rire qu'il préférait deux ou trois dérapages verbaux à un Front national à vingt pour cent et que la présence de Marocains sur sa commune justifiait un débat sur l'identité nationale. J'ai demandé comment il pouvait être différent d'un membre de la secte du Front national et l'on s'est montré fort embarrassés parce qu'en réalité c'est la secte du Front national sans l'étiquette Front national ! Pourquoi serait-il plus présentable qu'un membre de la secte adverse de celle majoritaire ? C'est un grand mystère.
J'ai aussi écouté une personnalité éminente qui connaît fort bien les problèmes de banlieue. Le cadi, Eric Raoult, officie en Seine-Saint-Denis et il rencontre quotidiennement des difficultés dans son administration, puisque sa commune est une de celles qui comptent le moins de logements sociaux dans sa wilaya et qu'elle bénéficie d'un commissariat contrairement à ses voisines. Il déclare ainsi sans rire : "Au Raincy les casquettes, ce sont pas les mêmes religions qui portent ces casquettes, au Raincy certains portent des casquettes parce qu'ils ont peur de porter une kippa, c'est ça aussi l'identité". J'avoue ne rien avoir compris à sa bouillie mentale et à sa choucroute verbale. La casquette serait donc le signe d'une appartenance à une religion ? Je n'ai pas eu l'impression de l'avoir vu jusqu'à présent lors du pélerinage La Mecque ou au mur des lamentations. Ensuite, je m'interroge sur le fait que certaines religions auraient exclusivement des casquettes, mais que les casquettes seraient portées aussi par les autres religions par peur. Quel peut être le sens de tout cet anathème contre les casquettes après celui sur les burqas qui n'existent pas en France ? Doit-on interdire les casquettes Ricard lors des courses cyclistes ou automobiles, les casquettes Walt Disney dans les parcs d'attraction et les clubs Mickey au bord des plages ? Doit-on prohiber les films étatsuniens remplis d'individus à casquettes et sans doute islamistes ?
Ce qui m'étonne le plus, c'est l'idée que la maîtrise de la langue française serait un impératif pour devenir pleinement français. Lorsque j'écoute les grands imams de ce pays et surtout ceux de la secte majoritaire, je me demande comment ils peuvent exiger ce qu'ils ne possèdent pas eux-mêmes. Ils abrègent les syllabes, éliminent les négations complètes, confondent les mots, ne savent pas construire une phrase cohérente. C'est encore pire à l'écrit si l'on considère le muezzin Frédéric Lefebvre dans ses communiqués de la secte majoritaire ou alors le vizir Besson dans son grand débat sur l'identité nationale. Ils imitent en cela le Chah des Chahs qui s'exprime dans un français des plus rudimentaires afin de croire qu'il serait mieux compris par le bas peuple. Ce dernier le comprend trop bien, il reprend ses idées les plus modérées dans le grand débat sur l'identité nationale, le tout exprimé en termes fort clairs comme "Les bougnoules à la mer". Ils détruisent ainsi le français lui-même par une syntaxe et une phonétique approximatives et ils le placent comme étalon suprême ! Je me dis que si ces gens aimaient vraiment leur langue, ils la quitteraient afin d'arrêter de la martyriser !
De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2.
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mercredi, 16 décembre 2009
Nouvelles Lettres persanes II
De Rica à Nessir, à Ankara
Vraiment, je crains cher ami que tu ne pourras jamais comprendre les Français. Le Chah des Chahs, leur divin souverain, s'affirme le protecteur de tous les réfugiés du monde et déclare qu'il ne souffrira aucune offense aux droits de l'homme tant qu'il sera au pouvoir, que chacun pourra trouver asile en France s'il est persécuté dans son pays à la seule condition qu'il soit une femme et qu'il soit voilé, que la France reste le grand pays (tout est grand dans ce pays comme je le l'ai dit) des droits de l'homme, tandis que le pays voisin, l'Allemagne est et reste le pays du génocide auquel n'ont jamais participé les Français, quand bien même ils auraient enregistré, arrêté, interné, livré, transporté les futures victimes. Un étrange pays, vraiment.
Il y a dans ce pays fort dépaysant une sorte de muezzin illuminé qui appelle quotidiennement à la prière pour la secte majoritaire sur les étranges lucarnes, il se nomme Frédéric Lefebvre. Un Parisien m'a dit qu'il était fou, un autre idiot, le troisième pervers, le quatrième malveillant, un autre m'a dit satanique et je n'ai pu trouver qu'une seule personne pour lui trouver des qualités, un certain Dominique Paillé qui m'assurait qu'on ne le comprenait pas vraiment dans le contexte. Ce muezzin déclare donc des choses folles auxquelles personne ne croit, mais que l'on reprend sans les contredire parce qu'il a la confiance du Chah des Chahs.
Ainsi, aujourd'hui, des Afghans ont été renvoyés dans leur pays en guerre alors même qu'ils fuyaient la guerre et qu'ils étaient persécutés. Que dit donc le muezzin ? Qu'ils s'engagent donc pour libérer leur pays au lieu de rester en France ! Mais de quel côté ? se demandent-ils. Du nôtre, répond aussitôt le muezzin. Ces Afghans seulement doutent que cela puisse leur apporter une sûreté, car leurs propres ennemis sont aussi dans le camp des alliés. Mais le muezzin de poursuivre en déclarant que ce n'est pas ainsi que de Gaulle aurait pu résister en 1940 si tous les Français s'étaient réfugiés à l'étranger. Ils avaient épuisé toutes leurs voies de recours et donc ils avaient administrativement tort, leur seule chance de rachat c'est de se battre aux côtés - et surtout en avant - des troupes qui doivent les libérer quand bien même on devrait les conduire au combat avec un fusil dans le dos ! C'est au nom de cela que la liberté et la démocratie seront bien défendues !
Ce muezzin est profondément extraordinaire. Il est capable de justifier tout et n'importe quoi, et il est prêt à prendre le parti contraire si le Chah des Chahs adopte un autre avis. Il n'écoute rien, il coupe la parole sans prévenir, il reproche aux autres de le couper lorsqu'ils reprennent la parole, il parle de tout sans rien y connaître cinq minutes auparavant, et surtout il se déclare à chaque fois vainqueur d'une sorte de débat qui n'a jamais eu lieu. Une de ses expressions favorites est "ne pas avoir vocation à" et cela permet de tout expliquer, les expulsions, les refus de nationalisation ou de statut de réfugié, quand bien même on se prétend comme un parangon des droits de l'homme. Et il est possible que ces droits de l'homme soient bafoués en la circonstance par le muezzin. Comment un tel homme peut-il exister ? Il fait disparaître toutes les difficultés d'un seul coup de menton et de communiqué, alors que tout le monde geignait. Je me le demande encore.
De Paris, le 6 de la lune de Gemmadi 2.
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Nouvelles Lettres persanes
De Rica à Usbek, à Ispahan
Les Français sont un peuple étonnant qui possède des traditions pouvant dérouter les étrangers que nous sommes. Figure-toi, cher ami, que je suis arrivé dans la capitale au moment où se déroule un grand débat sur l'identité nationale. Il faut dire qu'ici tout est grand : grand emprunt, grand Paris, grands projets, grandes universités, grandes réformes, grands ministères, trains à grande vitesse, et lorsque le Chah des Chahs, leur divin souverain entend s'exprimer à travers les étranges lucarnes c'est lors de ce qu'ils nomment le Grand Journal qui est sans doute animé par un grand journaliste aux grandes compétences. Un Parisien m'a dit sous le sceau du secret qu'il n'y avait pas de personnalité plus qualifiée pour interroger le Chah des Chahs puisqu'elle faisait partie de ses intimes et qu'elle avait déjà écrit un recueil d'entretiens à but électoraliste avec le monarque. Les Français, disais-je, s'interrogent sur leur identité et celle-ci ne peut être que nationale. Cela ne peut que surprendre, puisqu'ils vivraient selon certains dires en république et en démocratie, mais l'on dirait que ces mots sonnent comme malséants aujourd'hui pour eux. Ils font à présent grand-cas - hélas ! oui, tout est grand dans ce grand pays - de sortes de signes qui voudraient dire que quelqu'un est vraiment Français ou que quelqu'un n'a pas vocation à le devenir. Je n'ai pas très bien compris le sens de cette expression "avoir vocation à", mais il semblerait qu'il existe pour ainsi dire une sorte de grâce efficace ou de prédestination afin d'être ou de n'être pas Français, de rester sur le sol français ou d'en être éloigné de manière fort policée. Certains étrangers peuvent le devenir ou y rester, d'autres non, et cela se produit de manière mystérieuse. Il suffit d'un seul signe pour ne pas "avoir vocation à" rester en France, on m'en a cité quelques-uns en m'interrogeant sur mes propres coutumes alors que je n'en possède guère et que je doute de toutes. Je te les livre en désordre : votre femme porte-t-elle la burqa ? êtes-vous polygame ? pratiquez-vous l'excision sur vos filles ? égorgez-vous vos moutons dans la baignoire ? refusez-vous de manger du porc ? écoutez-vous du rap (une étrange musique où les chanteurs ne chantent ni ne psalmodient, mais scandent des slogans) ? taguez-vous les murs de votre cité ?
Un Français qui voyait que même si j'étais Persan, je n'en demeurais pas moins un Persan susceptible de s'intégrer aux valeurs de la civilisation universelle et nationale qui rayonne de Paris m'a invité à assister à un des grands débats sur l'identité nationale. Il faut avouer qu'il appartient à la secte actuellement au pouvoir avec le Chah des Chahs, une secte étrange où l'on fait des mouvements de moulinets des bras tout en mimant les paroles d'une chanson venue d'un autre pays non moins étrange, le Québec. Dans le train à grande - bien entendu - vitesse, qui nous a conduits dans les Vosges, j'ai pu voir de nombreux membres de la secte refaire les gestes rituels comme s'il s'agissait de se purger de toutes les actions néfastes qui avaient précédé le règne du Chah des Chahs et chacun a entonné l'hymne sacrée "Tous ceux qui veulent changer le monde". Comme Persan, je m'interdisais de formuler le moindre jugement sur leur comportement déroutant ou sur la théorie de symboles ésotériques qu'ils voulaient à tout prix me montrer : leur drapeau, leur béret, leur sandwich SNCF modèle de la culture moderne. Ainsi, nous sommes arrivés à Charmes, petite bourgade des Vosges qui est le berceau de celui que l'on pourrait comparer à Omar Khayam pour nous : Maurice Barrès, le grand chantre de la terre qui ne ment pas, de la colline inspirée, de la ligne bleue des Vosges, de la chasse aux traîtres juifs allemands, de l'indispensable revanche et des massacres nécessaires et utiles. Tout ce grand débat était placé sous le signe de la plus grande élévation d'esprit, je n'en doute pas.
Lors de ce grand débat, j'ai entendu une dame fort distinguée et très élégante dire dans un langage soutenu qu'un musulman qui veut devenir vraiment Français doit trouver du travail, ne pas porter de casquette à l'envers, ne pas parler verlan. J'avoue que j'ai eu du mal à comprendre ce qu'elle entendait par là. Si les musulmans n'avaient jamais travaillé ou eu de goût pour le travail, il y a longtemps qu'ils auraient disparu. Le sectateur de l'UMP m'a alors dit qu'elle entendait par là qu'il ne s'agissait pas vraiment des musulmans, mais des jeunes des cités. Je me suis étonné. Tous les jeunes des cités sont-ils musulmans ? Pas du tout ! C'est une figure de style, une image, une manière de parler simple et efficace. "Parler cash" a dit un autre sectateur de l'UMP qui semblait plus jeune. Je comprenais de moins en moins ce qui se disait. "Mais qu'est-ce que le verlan ?" ai-je osé demander. "Une sorte de parler des jeunes en inversant les syllabes", m'a-t-on répondu. "Mais est-ce musulman ? Je n'ai jamais entendu cette langue auparavant, sinon en France ? Cela fait-il partie de vos traditions au même titre que la baguette et Johnny Hallyday ?" Je n'eus pas vraiment de réponse, on se montra embarrassé. On le fut encore plus lorsque je demandai s'il était vrai que tous les jeunes musulmans portaient tous une casquette à l'envers. Comme je ne voulais pas ennuyer davantage mes hôtes, je n'ai pas prolongé mes questions. On m'a dit ensuite que j'étais un musulman susceptible "d'avoir vocation à" s'intégrer à la France, puisque je n'avais commis aucun éclat et que j'avais pu ainsi donner une certaine dignité à ce grand débat. Je ne porte pas de casquette à l'envers puisque je n'en possède aucune, je ne sais ce qu'est le verlan et il est donc tout à fait probable que j'aie pu intégrer dès mon arrivée les principales valeurs de la République.
De Charmes, le 10 de la lune de Gemmadi 2.
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samedi, 12 décembre 2009
Nos ancêtres les Gaulois
Dans le cadre du grand débat sur la prétendue identité nationale, notre magnifique président a déclaré :
Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation.
Certes, je comprends son point de vue, mais enfin... si nos ancêtres à tous les Français sont les Gaulois ne devrions-nous pas d'abord respecter des valeurs païennes et d'abord les dieux des Gaulois ? Pourquoi ont-ils été oubliés dans cet inventaire de toutes les religions qui seraient selon lui le fondement de la France et même de la République (il me semble juste qu'il a oublié quelques personnes au passage, mais lesquelles ?) En quoi seraient-ils moins français ? Et est-ce que les confessions chrétiennes ne seraient pas un peu ostentatoires par rapport à ce qui serait notre civilisation originelle où nous adorions des déesses à poil ? Nous voyons dans l'image ci-contre comment deux braves Français - qui ne savaient pas encore qu'ils étaient déjà français - manifestent leurs valeurs identitaires dans la langue de l'occupant et envahisseur actuel.
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vendredi, 11 décembre 2009
Toute personne qui prétend quoi que ce soit dit n’importe quoi
Bien mieux que l'élection de Miss France, la Star Academy, les César, les Victoire, les Molière, les Gérard, les NRJ Awards, mais du même niveau que les IgNobel : le Grand Prix du maire de Champignac.
C'est aujourd'hui à 18 h 30 que s'achève le vote pour la distinction du Grand Prix du maire de Champignac attribué par l'Académie champignacienne depuis 1988. Ce prix récompense des personnalités helvètes, hommes ou femmes poliitiques, journalistes, animateurs, sportifs, chefs d'entreprise, bref toute personne ayant une certaine notoriété ou un certain pouvoir. Pour être candidat, il faut avoir émis par écrit ou par oral une phrase qui brille par sa syntaxe absurde ou par son illogisme, bref avoir parlé en charabia comme ledit maire. Cette année, il y a 45 candidats que vous invite à découvrir ici. On attend les résultats avec impatience et je les ferai figurer sans doute dans une réédition de ce billet.
J'ai mis en titre l'une de mes phrases mes préférées. Elles ne sont pas toutes forcément drôles, mais c'est un peu meilleur que le Prix de l'humour politique ou le Prix Citron en France. Je précise qu'il n'existe aucun lien direct entre le comte de Champignac ici présent et ce prix, je ne suis même pas abonné à la revue la Distinction, je ne peux donc voter. En outre, c'est une histoire interne à la Suisse, les noms ne diront rien aux autres lecteurs. C'est cependant devenu une tradition pour moi de rappeler chaque année l'existence de ce prix, tout comme je le fais pour les IgNobel. Cela donne un billet assuré, sans polémique et léger. Et cette année, cela permet de rééquilibrer les choses après l'histoire des minarets : en Suisse aussi, on sait se moquer de soi, ce n'est pas seulement la patrie du xénophobe Blocher.
Addendum du 12 décembre : les résultats ne seront proclamés que dans une semaine, le 19 décembre peu avant midi. Cela me donne donc l'occasion d'un billet supplémentaire facile à écrire avant de partir en vacances.
17:19 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, journalisme, langue française, suisse
jeudi, 10 décembre 2009
Tous ceux qui veulent changer les mots
Souvenons-nous.
Dans les années septante, l'un des slogans du Parti socialiste a été Ensemble, changeons la vie. Le texte du slogan est tiré de Vierge folle, un des poèmes d'Une saison en enfer. Il est un peu déformé dans un sens militant, avec l'emploi du collectif au pluriel et de l'ajout du mot ensemble qui faisait partie du langage convenu de l'union de la gauche et que l'on a retrouvé dans l'affiche pour la campagne de notre président magnifique en 2007.
Il a peut-être des secrets pour changer la vie ? Non, il ne fait qu'en chercher, me répliquais-je. Enfin sa charité est ensorcelée, et j'en suis la prisonnière.
Le problème quand on cite ce texte de Rimbaud, c'est que justement Rimbaud ne se proposait pas de changer la vie. Le texte, assez complexe, met en scène les relations entre Rimbaud et Verlaine sous la forme de la Vierge ou de la Veuve, mais avec une sorte de dédoublement où l'on ne sait pas à qui attribuer les propos même s'il semble que Rimbaud fasse parler Verlaine le faisant parler à son tour dans un discours rapporté. On ne sait pas si Rimbaud voulait vraiment changer la vie, si c'était une de ses exigences et comment il l'entendait. Il n'empêche que cela traîne dans beaucoup de manuels scolaires et d'ouvrages généraux de littérature comme une déclaration prophétique du Rimb. Il a beau jeu le Rocheux, maintenant qu'il croupit dans son cimetière moisi des bords de Meuse, il ne peut plus dire ce qu'il pensait vraiment.
Cela n'a pas empêché André Breton de déclarer en 1935 lors du congrès des écrivains antifascistes pour la défense de la culture qui finit par le suicide de Crevel : « Transformer le monde », a dit Marx ; « Changer la vie », a dit Rimbaud ; ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un ». Sauf que Rimbaud n'a jamais donné de mots d'ordre ou de slogans à répéter. C'est la vie de Crevel qui a changé, il s'est suicidé le lendemain de son exclusion par les staliniens du congrès qu'il avait organisé. Ce n'est pas le moment le plus glorieux de la vie de Breton.
Pourquoi parler de tout cela après tant d'années ? Parce que les jeunes pops (les JUMP comme ils se nomment aussi) ont ressorti une immonde bouse de l'auteur industriel québécois Luc Plamondon. Elle s'intitule "Tous ceux qui veulent changer le monde". Elle date de 1976 ! De l'époque de Guy Lusque et Danielle Gilbert ! C'est dire sa modernité. Elle n'est jamais sortie en France, heureusement. Il faut dire que l'on avait déjà Barbelivien comme auteur insupportable. Mais au Québec, c'est redevenu un tube grâce à la Star Académie de cette année (l'équivalent plus identitairement national du Québec pour la Star Academy française). D'où l'idée des jeunes pops de ressortir ce tube inédit en France et calquant un peu le slogan socialiste des années septante comme avait si bien su le faire leur maître et gourou. Cela se traduit dans Twitter par le mot lipdaube, puisque c'est une sorte de karaoké en play-back comme chez Guy Lux d'ailleurs. Mais les premiers détournements arrivent et ils insistent sur l'origine communiste du slogan.
On est dans le siècle du recyclage sous toutes ses formes.
14:46 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, littérature, surréalisme, socialisme, communisme
mercredi, 09 décembre 2009
Mauvaise copie de sciences-po
Voici deux lignes du discours de notre admirable président au sujet de l'identité nationale. Pas n'importe lesquelles. Les premières.
Par référendum, le peuple suisse vient de se prononcer contre la construction de nouveaux minarets sur son territoire. Cette décision peut légitimement susciter bien des interrogations.
Il est déjà un peu inhabituel de commencer un discours politique intérieure par des considérations sur la politique intérieure d'un autre pays, d'ailleurs non membre de l'Union européenne et ayant gelé (2003) sa demande d'adhésion (1992) à l'Union européenne. Dans le cas où la Confédération aurait été candidate à l'Union, il aurait fallu poser la question aux citoyens suisses et le résultat aurait été sans appel : seuls les cantons romans et Bâle-Ville - qui ont voté contre l'interdiction des minarets - auraient accepté d'être intégrés dans l'Europe. La partie la plus européenne de la Suisse est justement celle qui ne craint pas les minarets et est aussi celle qui abrite le plus de musulmans, d'ailleurs originaires d'Europe centrale. Le débat suisse était faux.
Il est encore plus inhabituel de voir poser les termes du prétendu débat sur l'identité nationale en ayant recours à la citation d'un vote qui s'est déroulé après que le prétendu débat français a été lancé. Comme si le vote suisse devait légitimer rétrospectivement des interrogations qui n'ont pas lieu d'être. Dans le style lourdingue qu'on lui connaît, Henri Guaino a voulu trouver une accroche afin de développer ensuite amplement son pensum qui sent fortement l'introduction pataude d'un étudiant de première année de Sciences-Po. Commencer par raccrocher le sujet à une question d'actualité afin d'élargir ensuite, même si cela n'a pas vraiment de rapport. L'important, c'est de dire que l'on a posé une question et montré qu'on lit les journaux.
Seulement, le nègre présidentiel se trahit par son inculture des autres civilisations, notamment européennes : il ne s'agissait pas d'un référendum à la mode gaulliste, mais d'une votation et plus précisément d'une initiative populaire fédérale. Le référendum est demandé en Suisse par l'Assemblée fédérale, l'initiative populaire est demandée par un nombre de citoyens et de cantons. Les deux termes sont différents en Suisse, mais pour la plume présidentielle, c'est comme en France et rien n'a changé depuis des siècles. On n'a pas encore vu la queue d'un référendum d'initiative partagée en France depuis la réforme de la constitution, malgré la votation au sujet de La Poste. Mais quand les fausses questions sont posées en Suisse, elles sont plus légitimes que les questions posées en France au sujet de l'avenir des services publics.
Je signale au passage qu'il a existé une initiative populaire fédérale de même type qui a interdit l'abattage de bétail de boucherie sans l'avoir assommé au préalable. Elle a été votée en 1893. Voyons voir. Qui cela pouvait-il bien viser au nom de la lutte contre la souffrance animale ? Il n'y avait pas encore beaucoup de musulmans en Suisse pour exiger de la viande hallal avec égorgement de l'animal conscient, la tête vers l'Est ? Mais, mais... ce devait être donc des juifs ? La loi de 1893 interdisait de fait la viande cachère et maintenant elle interdit aussi la production de viande hallal. Elle s'applique toujours et les viandes rituelles proviennent toujours en Suisse de l'étranger, la France ou l'Allemagne. Sans le dire explicitement, on demandait l'application d'une politique antisémite ou visant à éliminer les juifs les moins intégrés à la communauté suisse qui se définissait par son christianisme avant tout. Ce qui était exigé, c'était l'abandon même de formes religieuses privées, voire de la confession, et mieux de la conversion. Disons-le, il s'agissait d'une forme de persécution douce avec des prétextes humanitaires. Tout en Suisse est fort poli. Mais on sait si bien y respecter son identité nationale (ses vaches, ses montagnes, son chocolat, ses montres de luxe et son secret bancaire). Un exemple d'intégrité !
J'en reviens à la fameuse tribune guainoïesque. Ce qui me frappe, c'est que l'on n'y parle que de religion, de croyance, de foi. Tout est défini par ce que l'on croit. Le droit à la non-croyance, au doute, au simple scepticisme, à l'indifférence ou à la diversité des attitudes en une personne n'est pas reconnu. Chacun est enfermé dans une bulle et surtout les opinions de libres-penseurs - agnosticisme, athéisme - sont totalement évacuées. Cela n'existe plus dans le délire tribaliste d'un Guaino qui répète à satiété "le peuple". Il faudrait sans cesse se situer en permanence comme la caricature de soi afin de refuser la caricature inexistante de l'autre. La question des minarets ou de la pseudo burqa est du même ordre : exagérer quelques comportements marginaux et leur importance afin de dresser les Français les uns contre les autres par leurs réactions.
Cela finira mal.
16:25 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (33) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, guaino, suisse, immigration, islam; juif, antisémitisme, racisme, religion, politique
dimanche, 29 novembre 2009
Les trente deniers de la trahison des textes
Il ne s'agit que de l'une des nombreuses énormités du dernier Blake et Mortimer scénarisé par le sinistre Jean Van Hamme qui n'est plus à une idiotie près. Que voit-on dans ce dessin (voir l'image pour comprendre la suite) ? D'abord, l'emploi des capitales pour crier le nom de Judas alors que c'était inutile dans le fil du texte assez long de cette bulle. C'est le mauvais goût jacobsien habituel, mais cela aurait pu mieux passer si ce nom avait été celui d'un des ennemis des héros de la série et ici c'est pour désigner un personnage qui n'est jamais apparu avant. On peut se demander si Mortimer n'est pas un fervent chrétien de tendance évangélique tellement il crie ce nom. Ensuite, des erreurs de construction : il faut préférer l'Evangile selon Matthieu pour les protestants et selon saint Matthieu pour les catholiques, mais l'Evangile de Matthieu ce n'est pas sérieux. Les Actes des apôtres (sans capitale) sont certainement de Luc selon les chercheurs, mais ils ne sont pas attribués à cet apôtre dans les différentes éditions du Nouvel Evangile. On écrit donc simplement les Actes des apôtres, voire les Actes.
Ensuite, plus étonnant, c'est que Mortimer soit capable de citer exactement la cote des passages bibliques en question, comme dans une bibliographie. Cela peut faire partie du charme désuet de cette série, mais je ne crois pas que beaucoup de personnes - hormis quelques prêtres et savants - sachent exactement les numéros des versets et chapitres de la Bible. Et ce n'est pas le genre de chose que l'on dit dans le feu d'une discussion. Mais connaissez-vous beaucoup de personnes qui soient capables de parler comme dans une bibliographie en disant Matthieu XXVII, 5 ? Moi, si je connaissais la référence exacte, je la dirais en parlant de Matthieu, chapitre XXVII, verset 5.
Mais ce qui me retient avant tout, c'est que Mortimer déclare que Judas s'est suicidé le jour même de la crucifixion. Or il faut consulter les textes.
Voici ce qu'on lit dans les Actes (traduction Louis Segond, on ne se corrige pas) :
Hommes frères, il fallait que s'accomplît ce que le Saint Esprit, dans l'Écriture, a annoncé d'avance, par la bouche de David, au sujet de Judas, qui a été le guide de ceux qui ont saisi Jésus.
Il était compté parmi nous, et il avait part au même ministère.
Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s'est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues.
Mais on ne trouve pas de trace de suicide au moment de la crucifixion dans Matthieu, Judas refuse l'argent qui lui avait été offert par les pharisiens lorsqu'il apprend la condamnation de Jésus, il le jette aux pieds des prêtres juifs qui ne savent qu'en faire et qui se déterminent à créer avec un cimetière pour les étrangers.
Judas jeta les pièces d'argent dans le temple, se retira, et alla se pendre.
La pendaison le jour de la crucifixion est une invention totale de Van Hamme à partir d'évangiles apocryphes comme celui de Pierre et de légendes médiévales. L'exégèse biblique de Mortimer me semble manquer quelque peu de fondements. Elle s'inscrit en fait dans une version antisémite largement popularisée dans laquelle Judas est le juif déicide par excellence, alors qu'il est dit qu'il a livré Jésus au sanhedrin, lequel l'a livré ensuite aux Romains afin qu'ils acceptent leur sentence (ce que nie Van Hamme dans une case précédente où il parle de livraison pure et simple aux Romains). Les textes bibliques se contredisent entre eux, mais enfin... on ne peut pas leur faire dire ce qu'ils n'ont jamais dit ! C'est une construction mythologique postérieure à partir de la contamination de deux récits différents. Mais de là à reproduire ses mauvais souvenirs de catéchisme mal appris...
17:32 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bande dessinée, bible, religion
jeudi, 26 novembre 2009
A très vite !
Je me demandais quel billet je pourrais bien écrire aujourd'hui et je l'ai trouvé grâce à... Frédéric Lefebvre de l'UMP ! Cet homme est une mine en or pour tous les correcteurs ! Qu'il ne change surtout pas de style, il est parfait dans le registre comique langagier. Comme il écrit maintenant dans Twitter, nous pouvons observer ses erreurs en temps réel. Cela ne concerne pas seulement les erreurs de capitales, de ponctuation, d'accents ou d'apostrophes, mais aussi celles de construction. Il déclare ainsi à 15 h 50 (heure française, Twitter a aussi basculé son fuseau horaire) :
Pour un accueil c'est un accueil ! a très vite
Lorsque j'ai lu ce charabia, je me suis demandé comment il osait défendre l'identité nationale française ! Mais je me suis rendu compte que Google enregistrait quand même 877 résultats réels (à ne pas confondre avec les résultats de la première page). Bien entendu, c'est employé surtout dans des blogues du genre girlie ou entrepreneur dans l'e-bizness qui veulent se démarquer du @+ ou à plus branchouillards pour à plus tard. Mais enfin, un simple "à bientôt" aurait été suffisant. Un "à tantôt" aurait été trop ambigu, vu les différents sens de l'expression dans les provinces françaises, cela veut dire "à plus tard" ou "à demain". Cela doit lui paraître plus branché de mal s'exprimer, mal se coiffer et mal nouer sa cravate.
En fouillant mieux Google, je m'aperçois que c'est une expression orale québécoise (720 résultats réels avec le mot Québec). Donc, oui, Frédéric Lefebvre parle bien le français, mais un français qui n'est pas de son pays (avec ses villages, ses clochers, ses monuments aux morts surmontés de fiers poilus ou coqs gaulois), un français venu d'ailleurs et d'abord de la Toile ! Il n'aurait pas connu cette expression sans Internet (et moi non plus d'ailleurs). Comme il semble se convertir au parler populaire québécois, je propose une mesure fort simple et fort salubre : le délocaliser à Montréal ! Faisons don de Frédéric Lefebvre à nos cousins bien aimés... Ils nous en seront fort reconnaissants, j'en suis sûr. Ils sauront l'apprécier à sa juste valeur.
18:37 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : lefebvre, ump, politique, langue française, francophonie
mercredi, 25 novembre 2009
Des guillemets gestuels dans la geste présidentielle
Cette image de notre admirable et magnifique président m'est parvenue par un lien de Monsieur Kaplan sur Twitter. Il comparait alors notre splendide et extraordinaire président à Chantal Goya imitant les oreilles de lapin - ce qui consisterait à le rabaisser grandement. Que nenni ! dus-je dire en moins de 140 signes. Il se demande alors si de Gaulle, Pompidou, Giscard (sans d'Estaing), Mitterrand, Chirac auraient pu commettre le même geste. Je réponds ici non pour les trois premiers : ils sont tous morts* avant l'apparition du signe aux USA. Le quatrième aimait beaucoup Dallas, mais on ne voit pas ce signe dans cette série texanne, et le cinquième ne se repasse plus que de vieux John Ford et Nicholas Ray.
Il s'agit en réalité des guillemets gestuels étatsuniens que l'on peut observer dans le moindre feuilleton télévisuel venant d'outre flaque et qui sont décrits dans cette page. Je dois dire que cela devenait irritant dans des séries comme Ally McBeal ou Friends en disant "Je veux dire exactement", "Je veux dire seulement", "Je veux dire plus précisément". Il fallait surligner chaque propos considéré comme essentiel afin qu'il n'y ait pas d'équivoque et le résultat se révélait comique après la lassitude du spectateur devant ce nouveau langage des signes. Comme l'emphase est le registre préféré de notre faramineux et formidable président, il ne faut pas s'étonner de leur emploi ici. Notons qu'il y a des variantes avec un ou deux doigts, mais que notre président si sage et si érudit a adopté les quotation marks comme single quote et non comme straight quotation marks. Ce qui montre son niveau d'anglais, puisqu'il connaît l'emploi de l'apostrophe simple dans cette langue barbare.
Ce signe est nouveau en français européen, il est né néanmoins il y a à peine trente ans aux Etats-Unis dans la côte Est, mais notre merveilleux et fabuleux président est à l'affût des moindres nouveautés présentes à la télévision (de préférence tihèfouane) qui diffuse surtout des feuilletons ricains. Alors, comment être résolument moderne et paraître comme un nouveau Kennedy, sinon en adoptant un code gestuel en vigueur dans les programmes industriels que regarde tout le monde ? Cependant, notre fantastique et miraculeux président ne s'est pas aperçu que le code gestuel était employé aussi par dérision dans les feuilletons d'outre Atlantique : les tics de la Nouvelle Angleterre sont raillés aux Etats-Unis mêmes et lorsque les Simpson s'en emparent cela devient un jeu, puisque ces bouseux de Springfield (dont l'Etat reste inconnu jusqu'à cette date) ne sont pas censés avoir intégré le nouveau code des élites de ce pays. Qu'il y ait une ironie, une autodérision et une sorte de running gag n'est pas venu à l'esprit du nouveau personnage des Simpson. C'est dommage pour celui qui se prétend lecteur de Stendhal ou spectateur de Chaplin...
* Que l'on ne me dise pas que Giscard (d'Estaing) n'est pas encore mort, je lis les journaux et je ne peux croire qu'un ancien président se répande aussi stupidement dans des romans grotesques. C'est un imposteur qui signe à sa place.
16:35 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, sarkozy, langue française, télévision, ump
mercredi, 18 novembre 2009
Guainoterie : Vichy n'a jamais existé !
Cela m'avait échappé. Voici ce que notre digne et extraordinaire président a déclaré dans la Drôme, lorsqu'il est allé s'adresser aux culs-terreux qui osent déclarer qu'on les prend pour des bouseux un peu niais.
Rien n’est moins dangereux pour la démocratie et pour la liberté que la République, fût-elle une et indivisible. Depuis deux siècles, à part l'expérience de la Terreur, nul totalitarisme n'a menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme.
Le Canard dans lequel je lis cette déclaration attribue l'origine des propos à Henri Guaino et cela ressemble en effet à une nouvelle guainoterie. BHL, pour lequel je ne manifeste pas la plus haute estime tant s'en faut, parlait à son sujet de maurrassisme et je crois qu'il avait un peu raison. Parce qu'enfin... comme le relève le Canard, c'est non seulement oublier un triste épisode entre 1940 et 1944, mais aussi les deux empires qui n'étaient pas des "havres de démocratie", or les deux empires ont été établis comme la continuation des deux premières républiques. Les pouvoirs spéciaux au gouvernement en Algérie ne sont pas mal non plus dans le genre de dictature dans une forme démocratique. Il l faudrait également parler des droits et libertés accordées aux "indigènes" de nos colonies, par exemple comment on manifesta le sens de la démocratie à Sétif ou Madagascar au moment de la libération du territoire français en Europe, comment les Martiniquais peuvent apprécier le jour de la Saint-Valentin. Et combien d'autres épisodes... L'armée tirant en rangs serrés contre des ouvriers, des femmes et des enfants à Fourmies, est-ce la meilleure preuve de la défense des libertés ? La Terreur aurait donc été le seul épisode totalitaire de notre pays ? Comme c'est étrange... Il n'y aurait donc pas eu de Terreur blanche au retour des émigrés, au moment de la Restauration ? Pour un fervent lecteur du Rouge et le Noir, cela peut sembler un peu bizarre cette dénégation. Le seul mal aurait donc été la Terreur et pas du tout les divers manquements aux principes de la Déclaration des droits de l'homme qui ont pu survenir ensuite ? Mais qui espère-t-on convaincre ainsi en ne donnant comme seule vraie faute l'époque de Robespierre ? Serait-ce parce que la comparaison avec d'autres époques et une en particulier serait un peu déplacée et inconvenante ? Dans l'opération de récupération de l'électorat d'extrême droite, on a connu plus subtil.
13:10 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, guaino, histoire
lundi, 16 novembre 2009
Fiat Lux !
Je commence à être légèrement excédé par la campagne sur les ondes nationales au sujet des lampes usagées. Certes, je suis partisan du tri et du recyclage des déchets et je me suis inquiété auparavant du sort des ampoules basse consommation qui n'est pas sans poser de problèmes. Mais je suis consterné que l'on parle de lampes dans un sens classique pour le récipient qui contient le combustible, alors que le terme lampe désigne aujourd'hui dans le langage courant et en rapport avec l'habitat le support qui peut accueillir des recharges diverses comme des ampoules, des tubes et comme chez moi des torches. Or ce sont ces derniers objets qu'il convient de rapporter chez un distributeur au lieu de le jeter bêtement à la poubelle, non pas ce qui vous sert à envelopper ou à soutenir l'ampoule ou le tube (que ce soit le pot, la vasque, la toupie, le cube, et toutes ces choses que l'on désigne couramment comme lampes dans les magasins d'ameublement parce que l'on peut y placer une ampoule).
Il est parfaitement exact de parler de lampes au sujet de ces recharges. C'est le sens technique et ancien. En revanche, c'est un peu risqué, parce que l'on risque de ne pas être compris : la lampe, pour la plupart des personnes, n'a que le sens de l'objet qui s'illumine. C'est le lumignon de salon ou la suspension de salle-à-manger (en papier crépon et sous forme sphérique chez les babas cools, dans une citrouille pour les américonaïaques) ou l'encadrement du tube au dessus de l'évier de la salle de bain ou de la cuisine. Pas l'objet qui contient le combustible. La métonymie est passée par là et les marchands de lampes design sans aucune ampoule ont fait passer ce nouveau sens. Il faudrait rappeler d'abord le sens premier de lampe pour les plus mal comprenants qui ne savent pas lire les logogrammes ou ne savent pas les voir (et cela se recrute dans toutes les couches de la société), parce qu'ils ne voudront pas se déssaisir de la lampe en bois achetée à Emmaüs ou héritée de la tante Hermentrude, et il jetteront leurs ampoules basse consommation dans le bac commun puisque ce n'est pas vraiment une lampe selon eux. Que l'on commence à voir quelles sont les représentations des gens auxquels on parle, il y a énormément de non techniciens ou non érudits dans la population française, ce n'est d'ailleurs pas de leur faute. L'écologie doit être sociale, ou elle ne sera jamais !
22:23 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, écologie, langue française
dimanche, 15 novembre 2009
Le copier-coller de Kennedy en dégradé de plus en plus gris
« Vous qui, comme moi, êtes Américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis peuvent faire pour le monde, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le monde. » John Fitzgerald Kennedy, discours d'investiture du 20 janvier 1961.
Le discours est ensuite décliné ainsi en France (je passe les versions étatsuniennes, dont celles obamesques) :
« Rassemblez-vous, mobilisez-vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour notre pays ». Ségolène Royal, le lendemain de sa victoire aux primaires socialistes dans un appel aux militants et sympathisants, le 19 novembre 2006.
« On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs. On ne peut pas vouloir bénéficier de la Sécurité sociale sans jamais se demander ce que l’on peut faire pour son pays. » Nicolas Sarkozy au sujet de l'identité nationale, 12 novembre 2009.
C'est un peu bizarre, mais je crois qu'il y a une très grosse différence entre le discours de Kennedy et puis le dernier qui exprime le rétrécissement de la citoyenneté. Je me sens pris d'une sympathie incongrue pour Kennedy par rapport à son avatar dégénéré et franchouillard qui croit bon de reprendre la phrase de Kennedy face à la Porte de Brandebourg et où il confond Brüher (bouillon) et Brüder (frères) dans son texte. Cette différence, c'est celle d'une époque où l'on pouvait parler de rêve américain, mais peut-on parler de rêve français quand on demande d'accomplir des devoirs sans rien au delà de ce que l'on possède déjà ou que l'on veut vous retirer ce que vous avez déjà péniblement gagné ?
Revoyons les mots de Kennedy : citoyens du monde. C'est tout ce que l'on veut sauf un débat au sujet de la présence de la burqa afin de complaire à son électorat le plus raciste, c'est tout ce que l'on veut sauf un discours évoquant les fraudes aux assurances sociales afin de satisfaire les discussions poujadistes de bistrot, c'est tout ce que l'on veut sauf un discours nationaliste. C'est un discours noble, peut-être insincère vu la politique suivie après, mais noble malgré tout parce qu'il demandait un dépassement personnel, un engagement. Et cette noblesse, je ne la trouve pas dans les restrictions de 2009. Bien au contraire.
19:16 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (37) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, kennedy
lundi, 09 novembre 2009
La rhétorique qui travestit l'histoire et la géographie
«On veut prendre un avion. Tous les vols commerciaux sont pleins, alors on loue un avion privé (...), poursuit Philippe Martel. De la mairie, nous sommes allés porte de Brandebourg, il faisait nuit. Il y avait du monde, continue-t-il. Là, on croise François Fillon qui était tout seul. On n'a pas été étonnés de le voir, car il était un grand spécialiste de défense et de relations internationales. On est partis à Check point Charlie et là, on a rencontré une famille allemande qui, en nous entendant parler, nous a abordés - c'était des francophones, un couple avec enfant - et nous a dit: "la liberté est en marche, n'ayez pas peur de la réunification allemande".
Le gros problème de ce genre de déclaration, c'est que la Porte de Brandebourg était à... Berlin-Est, dans le secteur soviétique ! Elle était entourée d'une sorte de no man's land et jamais Kennedy ne s'est adressé à la foule berlinoise sous la porte de Brandebourg ou sur la Pariser Platz, puisqu'il était en face dans le monde dit libre. C'était le lieu le plus fortifié et le plus désert de l'ex-Alllemagne de l'Est. Si Philippe Martel, Alain Juppé et notre splendide président ont d'abord visité ce lieu, c''est qu'ils s'étaient rendus en RDA d'abord, puis qu'ils sont passés à l'Ouest par le fameux Check Point Charlie. Le RPR avait-il des liens privilégiés avec le Parti socialiste unifié d'Allemagne, le SED (ou le vrai nom du PC allemand de l'Est) ? Cela ne m'étonnerait guère, vu les liens que Xavier Bertrand a établi entre l'UMP et le Parti communiste chinois (en attendant le coréen du Nord ou la junte birmane). La Porte de Brandebourg était invisible de l'Ouest, non seulement à cause du mur, mais aussi de tentures qui avaient été placées devant afin qu'il n'y ait pas d'images de l'édifice entier. Quand on voit les images de Kennedy en 63, il est sur une estrade, en hauteur, face à la Porte, mais on ne voit rien d'elle, il n'y a aucune photo de Kennedy devant cette porte. C'est par un effet rhétorique et purement textuel que l'on parle de son discours devant la Porte de Brandebourg, parce que ce lieu lui était interdit tout comme aux Allemands de l'Ouest et de l'Est. La Porte de Brandebourg n'existait plus que dans les textes, pas dans les images ou alors celles du passé. Elle était la figure de l'interdiction et comme telle elle ne pouvait être représentée puisqu'elle n'était pas vue. Mais quand on veut mythifier l'histoire, on est prêt à transformer une figure de style en réalité politique.
17:37 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, allemagne, berlin, communisme
dimanche, 08 novembre 2009
Notre prestigieux président dans les textes qu'il signe
Notre divin et admirable président ne sait vraiment pas s'exprimer en français alors qu'il tient absolument à l'identité nationale :
Nous filons ensuite vers Check Point Charlie pour passer du côté est de la ville, et enfin confronter [sic] ce mur dans lequel nous avons pu donner quelques coups de pioche.
Dire qu'il est ridicule une fois de plus serait superfétatoire. Il devrait engager de meilleurs nègres pour tenir ses comptes 2.0.
Je republie ce texte qui avait déjà été édité le 8 novembre. Le texte était inaccessible et il renvoyait aux commentaires d'un autre billet.
18:43 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, berlin, allemagne, langue française, facebook
mercredi, 21 octobre 2009
L'affaire Emile Zola
Il faut le lire pour le croire, c'est dans le Figaro (lu sur la suggestion du Canard, parce que le Fig n'accompagne pas mon café matinal). Cela concerne une commune qui est passée à gauche aux dernières élections ! Il ne s'agit même pas des affidés de Le Pénible ou des identitaires du maire de l'Orange amère ou des sectaires de l'Agité du bocage, voire de vulgaires sarkozystes.
La littérature peut provoquer des dommages pour l'équilibre psychique des enfants. Sans doute va-t-il falloir obliger les éditeurs à intégrer cette mention sur la couverture des ouvrages. La crèche Émile-Zola accueille depuis quarante ans les bambins d'un quartier de Carpentras. Mais le conseil municipal, pour cet anniversaire, vient de décider de débaptiser la crèche. Le motif ? Le «misérabilisme» associé au nom de l'écrivain «démoraliserait» les personnels.
Réduire le nom de Zola à ses seuls romans se déroulant en milieu ouvrier (en gros l'Assommoir, Germinal et la Bête humaine qui n'est d'ailleurs plus une peinture sociale) c'est vraiment manifester une connaissance sommaire de son oeuvre. Tous les milieux sociaux sont évoqués dans les Rougeon-Macquart que decouvre notre divin président ; paysans, commerçants grands ou petits, financiers, nobles, prêtres, militaires, artistes, politiciens. Son oeuvre parallèle, avant, pendant et après sa grande série montre quelqu'un qui peut se révéler fort sentimental et fleur-bleue qui pourrait faire passer Daudet comme un modèle de sadisme. Il suffit de se pencher sur les contes par exemple.
Que l'on invoque son explication des comportements par le déterminisme, c'est peut-être pertinent. Mais Zola s'est justement battu contre le déterminisme qu'il avait découvert dans les idées de Claude Bernard. Le Docteur Pascal est précisément la manifestation d'une croyance en avenir meilleur. Que ce soit naïf, que ce soit aventureux, soit. Mais Zola - qui n'était en rien un scientifique - ne connaissait pas l'ADN à son époque, ne savait pas que l'on pourrait décrypter des génômes, tout juste connaissait-il quelques notions de sélection génétique ou d'hybridation propres à son époque. Il est le reflet de cette époque, des connaissances de son temps, et cependant il refuse totalement de déterminer quelqu'un par son origine lorsqu'il prend parti dans l'affaire Dreyfus et se retrouve condamné à la prison pour outrage au chef de l'Etat.
Le Zola qui est honoré partout en France, ce n'est pas l'écrivain. Ou sinon nous aurions plus de rues Virgile ou Homère dans nos villes. On ne voit pas de cénotaphes de Molière ou de Rabelais ou de Montaigne au Panthéon. Il rivalise avec Pasteur, de Gaulle, Jules Ferry et la grande star Léon Gambetta pour les noms de lieux. C'est le républicain défenseur des valeurs de la République, lors de l'affaire Dreyfus, qui a été célébré. Donner un nom de rue ou de crèche, c'est un acte politique. Débaptiser un lieu nommé Emile Zola est un acte politique qui se sert de la littérature comme prétexte. Un acte anti-républicain et anti-littéraire.
12:47 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, littérature, langue française
mardi, 13 octobre 2009
Du haut de ces pyramides, 23 ans vous contemplent
Au sujet du Prince Jean, un godillot ose cette comparaison :
Ainsi, Jean-Christophe Lagarde, député (NC) de Seine-Saint-Denis rappelle à l’AFP qu’à l’âge du jeune homme - 23 ans -, «Bonaparte était général d’armée et il devait être en Egypte. C’est une tare typiquement française, où l’on considère que si on n’a pas 50 ans on n’est pas capable de faire quoi ce soit.»
Je ne sais si le député carpette est nul en arithmétique ou plutôt en histoire. Mais Napoléon est né en 1769 ; quand il a eu 23 ans, la République venait juste d'être proclamée ; de simple lieutenant, il se fait élire lieutenant-colonel de la garde nationale cette année par la menace ; mais l'année suivante, il n'est plus que simple capitaine d'artillerie, puis chef de bataillon (commandant) et se retrouve soudain sans affectation, car en disgrâce politique. C'sst en décembre 1793 qu'il est nommé général de brigade du fait de ses amitiés politiques et de son sens de l'intrigue auprès du parti au pouvoir, soit à 24 ans. Il ne commence la campagne d'Egypte qu'en décembre 1797, soit à 28 ans. A force de vouloir prouver à tout prix les absurdités présentes, on profère aussi des absurdités sur le passé. Parler de Bonaparte pour vanter les "généraux de vingt ans", c'est négliger le fait qu'il a dû d'abord sa carrière à sa fréquentation des salons et des cafés autant qu'à la répression des insurrections et qu'il a mené d'abord une stratégie de courtisan. Ensuite, parler de Napoléon présent en Egypte à 23 ans, c'est vouloir un peu trop prouver son opinion par des images d'Epinal. Et surtout prendre les électeurs pour des imbéciles qui ne connaissent que celles-ci.
20:42 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, histoire
jeudi, 01 octobre 2009
Le mensonge qui obscurcit la vérité
Trouvé chez Pascale Robert-Diard*, cette phrase enflammée du Poëte-Premier ministre coupable dans une affaire qui est loin d'être un cours d'eau tranquille et limpide** :
Je suis heureux d’apporter ma contribution à l’émergence de la vérité dans une affaire où les mensonges et les manipulations ont obscurci la vérité.
Diantre ! Ou bien la vérité est évidente, manifeste, et donc claire, ou bien elle n'est pas une vérité et donc il s'agit... d'un mensonge. Le premier but d'un mensonge, c'est justement de taire, de dissimuler, de travestir la vérité, mais l'obscurcir ce serait bien plus difficile, puisque le mensonge devient la vérité présentée. Comme tout le monde déclare que l'affaire est obscure, le Voleur de Feu présidentiable se place du côté de tous ceux nombreux qui déclarent n'y comprendre que pouic et peau de saucisson. Cela vous est obscur ? Je vous révèle pourquoi ! Ce qui est intéressant dans la posture adoptée, c'est que notre héritier de De Gaulle et de Rimbaud (associés dans une maison commune) ne prétend pas parler en son seul nom comme s'il avait déclaré seulement qu'on l'a sali, blessé, calomnié, humilié, mais qu'il semble prendre une posture supérieure en parlant d'une vérité supérieure et transcendantale à laquelle on n'aurait pas eu droit comme les prisonniers d'une caverne platonicienne. Et cette vérité serait de la plus haute importance pour la bonne marche du pays, voire du monde. Le seul problème dans ce genre de rhétorique fort démonstrative et maladroitement cicéronienne, c'est que l'on tombe vite sur la tautologie et les raisonnements en rond avec comme présupposé des faits ou des concepts non prouvés, mais seulement clamés comme des assertions. Et pire... sur des lapalissades comme le mensonge qui obscurcit la vérité ! Les émules des 2be3 l'avaient déjà dit, le feu ça brûle, l'eau ça mouille.
* PRD confirme sa réputation de meilleure chroniqueuse judiciaire de la blogosphère, ses comptes rendus du procès publiés au fur et à mesure sont plus savoureux et cohérents que les autres.
** Je ne retiens que celle-ci pour l'occasion, le procès en question est un festival oratoire assez consternant et fort réjouissant à la fois dont on pourrait tirer dix billets linguistiques par jour.
00:06 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, clearstream
jeudi, 17 septembre 2009
Le discours GPS dans la pub
Une chose me casse particulièrement les oreilles sur les ondes nationales et publiques : les publicités qui adoptent un discours et une diction de GPS. Déjà, lorsque l'on écoute un GPS, c'est particulièrement ennuyeux et pénible puisque toutes les petites séquences sonores sont préenregistrées afin de correspondre à des situations standard selon un modèle autoroutier qui ne correspond pas vraiment au schéma routier secondaire ou à celui des rues villageoises. Le français de mon GPS laisse aussi à désirer puisqu'il me demande par exemple de continuer "zéro virgule cing kilomètres" comme c'est écrit sur les cartes.
Depuis peu donc, une mutuelle d'assurances présente un petit programme qui consiste à guider l'auditeur vers son siège, le tout à l'aide de verbes à l'impératif et d'indications de direction par une voix de robot. Auparavant, c'était un organisme gouvernemental qui voulait prévenir du danger du cancer colo-rectal et de la nécessité d'un dépistage, mais là on se rendait... aux toilettes. Sympathique au petit déjeuner On imagine deux créatifs d'agence de pub qui se demandent comment présenter une nouvelle annonce d'intérêt général sur une chaîne publique qui paye mal, ils ne vont pas se casser la tête en inventions.
Quel peut bien être l'intérêt de telles formes de discours ? D'abord, la publicité partage un trait stylistique avec les messages de GPS : elle est injonctive pour une large part. Mais les incitations peuvent sembler des agressions pour beaucoup et il convient de les noyer derrière des artifices, par exemple un complément qui fera passer l'ordre comme cool, sympa, agréable (le plus magnifique exemple est le "Think different" d'Apple qui dit exactement son contraire). La diction GPS sous son apparence synthétique avec des groupes de mots détachés, prononcés leeennteeemeeent et en gommant toute accentuation donne une sorte de garantie de neutralité : on ne vous dicte pas votre conduite, mais on vous montre quand même le bon chemin, la vraie voie à suivre. Ensuite, il y a l'idée que le GPS, c'est un objet ordinaire qui fait désormais partie du quotidien de chaque famille (et là, j'ai un gros doute...) C'est donc une voix familière, au même titre que la sonnerie de portable idiote que votre collègue oublie toujours d'éteindre et qui vous chante par exemple 'les Lacs du Connemara" à tue-tête. On le prend comme une mascotte, une sorte de démon familier et non pour ce qu'il est, un outil qui peut être asservissant. Nous sommes loin des publicités à la mode Terminator des années 80 qui reproduisaient des sortes d'images de guerre électronique avec viseur et coordonnées écrites dans l'écran, mais le but n'a pas changé.
16:15 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, radio, langue française
jeudi, 10 septembre 2009
De la récup'
J'adore Christophe Ginisty. Ses déclarations, toutes frappées au coin du bon sens de ma grand-mère atteinte d'Alzheimer, toutes remplies de clichés vieux comme mes robes, sont écrites dans un charabia invraisemblable que l'on n'enseigne guère que dans les écoles de RP (relations publiques, autre nom des pubeux qui ont honte de la réalité de leur métier). Si l'on ajoute le fait qu'il milite comme dissident Modem, le portrait est complet et on comprend pourquoi il ose des phrases comme :
Nous sommes face à un pouvoir décomplexé qui est entre les mains des "théoriciens du karcher". Ils n'ont jamais caché leurs inclinaisons à pratiquer un populisme douteux, surfant sur la peur de l'autre et le rejet de la diversité.
Le gouvernement français actuel penche en effet du même côté raciste que le gouvernement italien du clown transalpin. Mais il n'a rien à voir avec la tour de Pise ! Le problème des pubeux, c'est qu'ils n'ont jamais ouvert un livre de français ou un dictionnaire, quand bien même seraient-ils inscrits au Modem afin de faire oublier qu'ils s'expriment aussi mal que les gens qu'ils dénoncent prétendument et qui sont issus des mêmes écoles qu'eux; Frédéric Lefebvre aurait pu s'exprimer exactement dans les mêmes termes pour dire le contraire !
21:45 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, modem
La décision d'honnêteté
Notre admirable et splendide président prend des leçons de syntaxe auprès de Jean-Pierre Raffarin (le meilleur professeur pour ne plus savoir comment parler français depuis Georges Marchais), il déclare ainsi :
"Je l'ai signé, je le fait. C'est une décision d'honnêteté. Si on ne le fait pas, on n'est pas honnête"
Si je veux m'exprimer en bon français et pas dans un patois picto-mercato-raffarinien, je dirais que c'est une décision honnête, une décision prouyant mon honnêteté ou dictée par mon honnêteté, mais pas dans ces termes informes tout juste bons à servir d'argumentaire commercial à des étudiants en BTS action-vente. Dire décision d'honnêteté, c'est fort ridicule ! Mais notre nouveau régime ne craint pas ce travers. On peut craindre dans les mois prochains : la décision de probité, la décision de sincérité, la décision de courage, la décision d'intelligence, la décision de culture, la décision de;.. etc. Le tic raffarinien peut être décliné à toutes les sauces ! Le perroquet qui nous sert de président peut en modifier les formes et cela passera pour le français qui se parle, tout le monde l'imitera.
17:20 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, langue française
dimanche, 30 août 2009
Le soleil ne se lève jamais à l'Est
Après Michel Rocard qui confond les manchots et les pingouins, l'Arctique et l'Antarctique, la droite et la gauche, grâce aux hochets que lui offre notre magnifique président, voici Daniel Cohn-Bendit qui se trompe dans les points cardinaux.
Dimanche, le leader d’Europe écologie Daniel Cohn-Bendit a enfoncé le clou, qualifiant de «ridicule» et «aberrant» le jugement de Mme Royal. «Elle est à l’Est».
Feu Dany le Rouge est devenu un anticommuniste viscéral en quarante ans de carrière. L'ennemi ne peut être que socialiste, communiste et donc de l'Est. C'est l'est de l'Europe qui se trompe lorsqu'il n'est pas dans l'Otan, c'est l'Allemagne de l'Est qui a chuté et les Östlanders sont encore tous de pauvres abrutis pour les braves Allemands qui sont restés à l'Ouest. L'Össie a mauvaise presse en Allemagne : il est fou, criminel, sale, fou, polluant, mal élevé, mal éduqué, pauyre surtout (ce qui est un crime indéfendable). Donc l'Est, c'est caca, Scheiss en Allemagne.
Mais le brillant Dany qui a le talent d'un Dany Brillant nous déclare que Ségolène serait à l'est alors que l'expression consacrée en français depuis à peu près vingt ans est "se retrouvrer ou être à l'ouest". Ce qu'a fait notre brave franchisseur de frontières qui n'hésite pas à se présenter en France aux européennes alors qu'il ne comprend même plus le langage populaire qui s'y parle sans lui. Il ne suffit pas de tutoyer pour faire jeune et décontracté du bulbe, il ne suffit pas de choper une expression familière à la volée au cours d'une discussion informelle pour faire croire que l'on est branché sur la génération des jeunes, il faut encore un peu réfléchir et d'abord remettre en question ses propres préjugés au sujet de ses propres compatriotes et ne pas projeter les préjugés d'un pays sur un autre pays, ce qui n'a visiblement pas été fait par le grand manitou du 68 éternel.
16:32 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : daniel cohn-bendit, écologie, europe écologie, verts, politique, langue française
jeudi, 27 août 2009
Rocard, ambassadeur chez les manchots
L'attaque cardiaque de Michel Rocard a laissé des traces indélébiles. On ne va pas se moquer d'un vieillard qui n'a plus toutes ses facultés, ni tous ses repères (notamment entre sa droite et sa gauche)..
Il rentre cependant tout juste d'une croisière dans le Groenland. Dix jours sur le Diamant, un luxueux paquebot qui lui a offert le voyage contre une série de conférences sur "la gouvernance de l'Arctique" devant des passagers venus du monde entier. Il tient d'ailleurs à montrer de très belles photos de la banquise bleue, raconte avec verve son émerveillement devant les millions de manchots et termine son récit sur les méfaits du réchauffement planétaire par une drôle de métaphore : "Le monde est une friteuse.".
D'habitude, on appelle pingouins à tort les manchots de l'Antarctique et ici c'est l'inverse : il voit des manchots là où ils ne vivent justement pas. Quant aux pingouins, il s'acclimatent fort bien d'un climat modéré et ils peuvent vivre loin de la banquise, par exemple le long des côtes bretonnes. Il s'agissait bien de pingouins, car on imagine mal que notre homme à commissions se soit rendu en croisière au large des Kerguelen ou de Crozet - c'est netttement moins chic. Mais on ne va pas contrarier un homme qui prétend maîtriser si bien son nouveau sujet : les Pôles.
15:14 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, rocard, écologie, animaux, langue française; politique
jeudi, 06 août 2009
Le paradoxe du marronnier
Le problème principal de l'auteur de marronniers, c'est d'abord de faire passer l'idée qu'il doit malgré tout traiter un marronnier même si cela ne plaît pas à son public. Ainsi, l'on assiste à des constructions de phrases aussi obligatoires que le sujet : on dira "le traditionnel chassé-croisé des juillettistes et des aoûtiens" ou bien "la rituelle rentrée des classes" ou encore "le classique pont du 15 août". L'adjectif signale le caractère imposé de l'exercice et il désamorce la critique possible, on sait que le sujet devait venir mais on fait comme si l'on devait s'en excuser par avance. Et cela donne lieu à une forme de sur-cliché : il est désormais impossible que le fameux chassé-croisé soit autre chose que traditionnel au même titre que la galette des Rois, la procession de Carnaval, la manifestation du 1er-Mai ou le défilé du 14-Juillet. On ne peut plus écrire ou dire l'expression sans cet adjectif qui vous colle après comme le sparadrap de l'Affaire Tournesol. En voulant signaler le poncif, on le renforce et on crée une nouvelle figure de style qui justement ne permet plus la mise à distance que l'on voulait établir. C'est là un paradoxe.
11:03 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, journalisme, presse, média, médias


